22 décembre 2018

Les gilets jaunes parisiens enlèvent leur masque : ils chantent La quenelle de Dieudonné


Cette semaine, il ne s’est guère trouvé que Jean-Luc Mélenchon pour appeler à la poursuite du mouvement des gilets jaunes. Avec un talent certain de tribun, une sincérité qu’on ne peut nier, le chef de file de la France insoumise a dressé une fresque palpitante de l’histoire de France assurant que l’insurrection en cours ressemblait aux grands moments révolutionnaires de notre pays !

A l’évidence, les chiffres de participation aux manifestations constatés ce samedi, à Paris et dans les autres villes du territoire, contredisent les prédictions de l’ancien candidat à la présidentielle. Ils n’étaient plus que quelques centaines aux frontières de l'hexagone, à Montmartre, à Versailles, ou sur les péages d’autoroutes. Les blocages aux ronds points, considérés comme dangereux par le ministre de l’Intérieur, ont malheureusement occasionné un nouveau décès (le 10e depuis le début du mouvement) sans omettre les bagarres, incidents, incendies et autres dommages matériels…

Photo la Provence (capture d'écran)
J’ai écrit, ici, 15 jours avant le 17 novembre, que les gilets jaunes étaient, dans leur majorité, proches des thèses du rassemblement national. Sondage après sondage, cette affirmation se confirme. Marine Le Pen avec 24 % des voix en vue des européennes de mai, caracole en tête devant La République en Marche (19 %) et la France insoumise (11,5%). Laurent Wauquiez et Les Républicains obtiendraient 8 % soit un score très médiocre ! Quant à la gauche, ses divisions — si elles se confirment — feront d’elle des participants sans influence.…7 à 8 % pour les Verts, 7 % pour le PS, des miettes pour les autres. Et même 8 % pour une liste gilets jaunes si elle se présentait, ce qui ferait chuter le RN de plusieurs points d’intentions de vote.

Mais il y a pire. Devant le Sacré Cœur de Paris, des dizaines de gilets jaunes ont entonné ce matin « La Quenelle » de Dieudonné, le farouche antisémite, condamné à diverses reprises pour incitation à la haine raciale et autres infractions fiscales. Et comme il ne reste que les plus convaincus, on a une certaine idée de ce que Jean-Michel Apathie subodore depuis des semaines : un mouvement orchestré et inspiré par une extrême droite fort habile, tout simplement déguisée en gilet jaune. Dans ces conditions, je ne comprends toujours pas l’obstination d’un Jean-Luc Mélenchon qui encourage l’occupation de la rue dans la mesure où la gauche républicaine et sociale, sous toutes ses formes — dieu sait qu’il en existe beaucoup — n’inspire nullement les manifestants jusqu’auboutistes. Et à moins d’être sourds et aveugles, les gilets jaunes du 22 décembre ne sont plus ceux du 17 novembre !

21 décembre 2018

Louviers-Elbeuf, « Histoire croisée de deux cités drapières »


La première page de couverture.
De longs mois d’écriture et un travail d’archives colossal : L'« Histoire croisée de deux cités drapières » (1) que sont Louviers et Elbeuf, est d’abord le fruit d’une collaboration exemplaire entre la SED (Société d’études diverses de Louviers et sa région) et la Société de l’histoire d’Elbeuf. En cela, le mérite des rédacteurs(trices) des 200 pages de textes et de recherche d’illustrations, doit être souligné. Ensuite, quelle belle idée ! Alors que les lieux communs ont tendance à insister sur les querelles anciennes opposant les deux villes, on retient de la lecture (même rapide, article oblige) du livre un sentiment de ressemblance et de destin commun bien plus riche et plus positif qu’on le croit communément.

Évidemment, les deux cités drapières appartiennent à deux départements différents. Quand le pouvoir a décidé de placer Elbeuf en Seine-inférieure, il a contribué à éloigner Elbeuf de Louviers alors que l’histoire et la proximité géographique contribuaient t plutôt à conserver Elbeuf dans l’Eure. Il est d’ailleurs remarquable, qu’aujourd’hui, des communes du Roumois choisissent l’agglomération Seine-Eure (Louviers-Val-de-Reuil) pour affronter le futur.

Dans ces 200 pages, les auteurs préviennent que l’exhaustivité n’est pas atteinte. Pourtant, du néolithique à la période contemporaine, les habitants des deux cités trouveront matière à connaissance dans tous les domaines de la vie. Urbanisme, santé, équipements collectifs, guerres, industries, démographie, tout est passé au crible de l’action des différents élus et responsables au quotidien. Comme il fallait s’y attendre, le drap occupe une place centrale. Tour à tour, les industriels de cette industrie — elle a fait la renommée internationale des deux villes — démontrent leur savoir-faire et leur génie inventif appuyé sur les progrès scientifiques, qu’il s’agisse de l’énergie, du commerce, de l’exigence de qualité par exemple. Que les uniformes de l’empereur Napoléon aient été faits en drap de Louviers en dit long sur la qualité prestigieuse de ce tissu.

Mais avec le temps la mono-industrie aux noms éternels comme Blin et Blin pour Elbeuf et Jeuffrain-Miquel-Vandevoorde pour Louviers a laissé la place à des  activités industrielles et entrepreneuriales modernes, Louviers bénéficiant de la présence de Val-de-Reuil et des parcs industriels de l’agglomération Seine-Eure.
Le livre ne néglige pas, loin de là, les artistes et écrivains de renom ainsi que les politiques dont l’importance, s’agissant par exemple de Pierre Mendès France à Louviers ou Laurent Fabius à Elbeuf, n’échappe à personne. Certes, l’actuel président du Conseil constitutionnel ne fréquente plus beaucoup la Normandie mais il y conserve nombre d’amis, pas seulement des politiques d’ailleurs, puisque l’ancien député d’Elbeuf  n’omettait pas de rendre souvent visite aux antiquaires et commissaires-priseurs de notre région. Ne pas évoquer la fréquentation d’un établissement scolaire elbeuvien par Pierre Bérégovoy, ancien Premier ministre de François Mitterrand, serait une faute ainsi qu'omettre le souvenir d’André Maurois, académicien et écrivain français parmi les plus célèbres.

Pour ceux qui s’intéressent aux vieilles pierres, qu’ils sachent que les villes d’Elbeuf et Louviers n’en manquent pas. Des églises, bien sûr, mais pas que…car le patrimoine de ces deux villes est riche en rues pavées, bords de fleuve ou de rivière, musées, le tout mis en valeur par les deux sociétés savantes associées. 

Vous inviter à lire (donc à acheter ?) l’« Histoire croisée de deux cités drapières » est d’une grande banalité mais je vous le conseille, cependant. Toutes les générations y trouveront telle illustration, tel chapitre, tel nom d’artiste…susceptibles de montrer un autre visage que celui que l’on a sous les yeux tous les jours. Comme le soulignent les auteurs : « le passé est comme un jardin, on peut le travailler chaque année et chaque année, il nous offre une moisson de nouvelles découvertes. »

(1) Livre en vente dans les librairies des deux villes au prix de 25 euros.
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20 décembre 2018

Le référendum d'initiative citoyenne (RIC) ? Il pose un vrai problème mais apporte une mauvaise réponse

Revenons sur cette histoire de référendum d’initiative citoyenne. Un débat est né sur cette proposition émanant de gilets jaunes soutenus plus ou moins directement par Marine Le Pen (dont le référendum d’initiative populaire est une copie conforme) et par Jean-Luc Mélenchon qui y ajoute le référendum confiscatoire permettant de démissionner des élus sous un prétexte choisi par la population ! Une constitution privilégiant la démocratie représentative ne peut l'accepter.

Quand j’entends un certain Maxime Nicole (Fly Rider) sur la toile revendiquer « la souveraineté et la liberté du peuple » j’ai le poil qui se hérisse. Ce Maxime Nicole, à qui tous les journalistes de radio et de télé tendent le micro, est âgé de 25 ans, se prend pour un penseur d’exception alors que quand on l’écoute bien, on entend des arguments éculés, mensongers, complotistes. C’est lui qui disait détenir des secrets aptes à mettre à bas la République, c’est le même qui a lancé le mot d’ordre contre « le pacte de Marrakech et l’invasion migratoire », c’est le même encore qui a vu dans l’attentat terroriste de Strasbourg, « comme par hasard », la main du gouvernement sans le dire expressément. Et je me dis : faut-il donner du pouvoir à ces démagogues patentés, ces hâbleurs répétitifs, amateurs de Fake news ? Ils trouvent des Français pour croire en leurs balivernes. Soit. Devons-nous pour autant céder à leur chantage, devons-nous nous mettre à genoux devant des gilets jaunes « aux cheveux longs et aux idées courtes »?

Certainement pas. Et le gouvernement (dont Edouard Philippe) ne devrait pas donner trop de crédit à une proposition qui pose un vrai problème mais apporte une mauvaise réponse. Que le besoin de démocratie participative s'exprime, c'est évident. Mais comme le dit Dominique Wolton, sociologue et expert en communication « une affirmation devant un micro n’est pas pour autant une vérité. » Il ne faut pas confondre l’information vérifiée, recoupée, corroborée (par des journalistes dont c’est le métier) avec l’expression des émotions spontanées trop souvent construites sur des affects individuels oubliant que l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers. 

C’est si vrai que les commentaires publiés sur la toile sont, dans leur grande majorité, anonymes, comme si les auteurs avaient honte de leur expression, comme s’ils craignaient d’être montrés du doigt pour leurs insultes, menaces, agressions verbales. Et par peur des procès judiciaires aussi. Le référendum d’initiative citoyenne ? Pourquoi pas mais alors, il doit être encadré, limité, respectueux du droit et des lois. Imagine-t-on un référendum sur la peine de mort ? Sur le mariage pour tous ? Sur la Procréation médicale assistée ? L’interruption volontaire de grossesse ? Tous sujets devant être traités avec tact, éthique, raison…nécessitant informations contradictoires, climat apaisé, refus des passions tristes.

La responsabilité de chacun est bien dans le courage de ses opinions. Les tireurs venus devant le domicile de Bruno Questel, député, se sont sauvés comme des pleutres. Les voleurs, pilleurs, destructeurs à Paris agissaient casqués et masqués. En ces temps troublés, il me paraît sain de rappeler que la charte du journaliste (dont le métier est d'informer, pas de déformer) commence ainsi : « un journaliste digne de ce nom, prend la responsabilité de tous ses écrits, même anonymes. Il tient la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents, la déformation des faits, le mensonge pour les plus graves fautes professionnelles…» voilà pourquoi on doit considérer avec la plus grande méfiance et la plus extrême prudence les propos des Maxime Nicole, Eric Drouet et autres Cauchy, soi disant porte parole des gilets jaunes. Ils n’engagent qu’eux-mêmes et ceux qui les suivent…soit quelques milliers de complices. Ils ne doivent pas faire la loi, applicable à tous et pour tous.
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17 décembre 2018

Bruno Questel invité spécial de l'émission « C politique » sur la 5


Bruno Questel hier soir à la télévision. (Capture d'écran)
Bruno Questel, député de Louviers, invité de l’émission C politique, sur la 5, a décrit par le menu l’agression de tireurs venus sonner à la porte de son domicile de Bourgtheroulde, vendredi dernier. Des cartouches retrouvées à terre prouvent que les armes utilisées n’étaient pas factices mais bien létales quand bien même les visiteurs du soir n’avaient pas l’intention de tuer qui que ce soit. Cet acte d’intimidation a quel but ? Intimider l’élu de la nation dans ses prises de position, ses convictions, ses votes ? C’est bien mal connaître Bruno Questel.

L’ancien lycéen de Louviers a été suffisamment cabossé dans sa vie politique pour adopter une attitude raisonnée à l’égard de ce fait divers peu banal. Bien sûr, la carapace n’est jamais assez épaisse quand on est à la tête d’une famille et que l’action militante conduit à courir des risques. Sur le plateau de C politique, l’élu de la 4e circonscription avait face à lui un gilet jaune qui, sous un air affable, a durci le ton lorsque le député a mis en cause l’occupation des ronds points, mal sécurisés (on compte plusieurs morts et blessés depuis le 17 novembre) nécessitant la présence des forces de l’ordre qui, par les temps qui courent, ont autre chose à faire.

Bruno Questel, membre de la République en Marche, assume les erreurs commises par le gouvernement et la majorité mais défend bec et ongles les propositions du Président de la République devenu, sous la pression de la rue, plus ouvert au dialogue et plus attentif aux travailleurs pauvres. Mais les gilets jaunes ne veulent pas seulement du pain. Ils veulent aussi une reconnaissance. Une dignité que les propos malheureux du président semblaient ignorer. « Les premiers de cordée, ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, les fainéants et les gaulois réfractaires…» autant d’expressions symboliques , pour le moins, émanant d’un Jupiter longtemps sourd et aveugle.

Le député de Louviers, en son for intérieur, ne peut que regretter ces saillies présidentielles arrogantes. Lui qui est sur le terrain en permanence, à l’écoute depuis des semaines, mesure la distance qui sépare la France d’en haut et celle d’en bas comme dirait JP Raffarin. Le successeur de François Loncle s’est exprimé, hier soir, avec clarté et responsabilité. Conscient de l’importance de la tâche à venir et du lien à maintenir avec ses électeurs(trices) il a déclaré ne pas renoncer au dialogue avec ses « agresseurs » dont il connaît, pour une partie d’entre eux, l’identité. C’est la preuve d’une conscience claire de la nature des problèmes sociaux, économiques et institutionnels qui sont devant nous.

Et demain ? A l’évidence, Emmanuel Macron va devoir ramer pour retrouver une crédibilité politique. Sa forte majorité à l’Assemblée nationale lui épargne l’angoisse de la mise en minorité. L’opinion publique ? Une autre paire de manches.
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16 décembre 2018

Le député de l'Eure, Bruno Questel, menacé par des « chasseurs » d'un genre particulier


Bruno Questel.©JCH
Bruno Questel, député de l’Eure, successeur de François Loncle dans la 4e circonscription de ce département, a été victime de pressions et de menaces, de la part d’une quarantaine de gilets jaunes venus devant son domicile de Bourgtheroulde (27), ville dont il a été maire pendant longtemps et dans un canton qu’il représente au conseil départemental.

La soirée avait débuté par une réunion publique tenue en fin d’après-midi, ce vendredi, à Louviers dans le quartier de Maison rouge. C’est là qu’il a dû notamment répondre aux questions de quatre avocats venus l’interpeller sur la réforme de la justice voulue par Nicole Belloubet, ministre de la justice et garde des sceaux. Lui-même avocat, Bruno Questel nous a raconté avoir répondu calmement à toutes les interrogations des hommes et femmes à la robe noire même si l’une d’entre elles a tweeté qu’elle avait réussi à « pourrir » la réunion du député ! Il existe sans doute d’autres moyens pour faire connaître son opposition à un projet de loi.

Le pire était à venir. Rentré chez lui, assez tard, donc, sa famille et lui-même ont été sortis du domicile par des tirs de fusil manifestement destinés à susciter inquiétude voire angoisse. Des cartouches ont d’ailleurs été retrouvées qui permettront peut-être aux enquêteurs de remonter jusqu’aux tireurs. Bruno Questel, comme d’autres députés du groupe La République en Marche, a donc été menacé parce qu’il appartient au groupe majoritaire à l’assemblée et soutient le gouvernement par ses votes. C’est évidemment scandaleux et déplorable. On peut ne pas être d’accord avec la politique conduite par l’exécutif (1), cela ne justifiera jamais le recourt à des méthodes violentes ou fascisantes destinées à intimider un élu. Bruno Questel, un homme d’expérience, a porté plainte à la gendarmerie d’autant que plus tard après les faits narrés ci-dessus, une quarantaine de gilets jaunes sont venus devant sa porte pour lui dire leur façon de penser…

Ces méthodes, soyons clairs, sont des méthodes dont l’extrême droite, si elle n’en détient pas l’exclusivité, est adepte. J’espère que l’on saura, dans les semaines qui viennent, qui a menacé le député de l’Eure. Ce dernier continuera, il nous l’a confié, à suivre sa ligne de conduite. Les menaces de mort, anonymes, les coups de fusil (en l’air pour l’instant !) et les insultes verbales n’appartiennent pas au registre démocratique. L’agression contre Bruno Questel est donc bien une attaque et un chantage à l’égard d’un élu de la nation. L’idée d’un referendum révocatoire, à la mode dans les récentes manifestations, n’est rien d’autre qu’une copie des régimes sud-américains (Venezuela, Bolivie etc.) dont le degré de violence dépasse largement celui des dernières semaines en France. Est-ce cela que nous voulons ? J’en doute.

(1) Emmanuel Macron a reconnu avoir été blessant…et maladroit dans son expression. C’est bien le moins qu’il pouvait faire. L’arrogance et le mépris reconnus par tous ne sont pas admissibles de la part du Président de la République. Il a promis de changer de gouvernance ? On le jugera à l’épreuve des faits.


15 décembre 2018

Le referendum d'initiative citoyenne n'est pas la panacée…


La France n’est pas la Suisse. Dans la confédération helvétique (par définition composée de plusieurs cantons autonomes) la votation locale fait partie de l’histoire nationale. Pour des raisons économiques, sociétales, culturelles, les citoyens sont souvent invités à donner leur avis et il arrive que les réponses aux questions soient négatives. Transposer ce système démocratique dans l’hexagone me semble pourtant vain.

Pourquoi ? La France est un pays jacobin, encore très centralisé, où l’égalité demeure une valeur fondamentale. Personne n’imagine la région Centre (par exemple) se doter d’une « loi » applicable sur son seul territoire. La constitution veille à ce que l’unité du pays soit préservée et que partout la loi s’applique de la même manière. C’est le produit de 200 années ponctuées d’empires, de monarchies et de républiques lesquelles ont abouti à l’identité nationale actuelle.

Parmi les revendications des gilets jaunes figure une demande de referendum d’initiative citoyenne. Sans que l’on sache vraiment ce qu’il y a derrière, ce besoin de démocratie directe prouve que le suffrage universel actuel ne semble plus suffisant à satisfaire les citoyens en colère. A Louviers, on a expérimenté cette démocratie dite participative entre 1965-1969 et 1976-1983. Des commissions extra-municipales (pas seulement composées d’élus locaux) ont fonctionné de manière à associer les citoyens aux projets municipaux et aux décisions qui les concernent. Avec un succès franchement inégal car la participation nécessitait de disposer de temps libre, d’une information complète et d’une certaine formation par exemple, celle d’apprendre à parler en public ce qui n’est pas aussi simple qu’on le croie.

Laurent Mauduit auteur de La Caste (1)
Dans un referendum, tout dépend de la question posée et de celui ou celle qui la pose. C’est bien pourquoi ce mode d’expression est à manier avec d’infinies précautions. Il s’agit en effet d’éviter autant le plébiscite que d’enfoncer des portes ouvertes. Je suis personnellement attaché à la démocratie représentative laquelle a souffert lors des dernières élections présidentielle et législative. Emmanuel Macron a en effet été élu par défaut face à Marine Le Pen. On ne peut pas dire que son programme ait été formellement approuvé par les Français. Idem aux législatives lors desquelles les Français ont souhaité demeurer cohérents…mais insatisfaits.

C’est cette frustration qu’on paie aujourd’hui et qui, dans un même mouvement européen voire mondial, favorise les populistes dont l’extrême droite. Les sondages indiquent que la liste RN (ex-FN) arriverait en tête aux prochaines européennes devant la liste LRM derrière à un point et, plus loin derrière encore, les Républicains et la France insoumise avec 12 et 10 points. Le tremblement de terre idéologique de 2017 connaît donc une forte réplique qu’un vote citoyen ne suffira pas à calmer. 

Le gouvernement propose trois mois de débats locaux. Acceptons en l’augure sans avoir aucune illusion sur leurs conclusions et surtout, sur leur éventuelle traduction législative malgré les promesses d'Edouard Philippe. Il sera toujours temps de s’exprimer lors des prochains scrutins nationaux avec, en mars 2020, les élections municipales, élections suprêmes de proximité et, pour le coup, de projets concrets.

(1) « La Caste » (éditions La Découverte), enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir. On découvre comment Emmanuel Macron et ses collègues inspecteurs des finances ne cessent de faire des allers et retours entre le privé et la haute fonction publique. 

9 décembre 2018

Eric Roussel biographe de Valéry Giscard d'Estaing converse avec les Lovériens

La biographie de « Valéry Giscard d’Estaing »(1), par Eric Roussel, n’est pas une biographie officielle comme l’a écrit imprudemment un journaliste trop pressé. L’ancien président de l’Institut Pierre Mendès France, aux origines lovériennes maintes fois réaffirmées, était présent, ce samedi à la librairie A la Page, pour participer à une conversation avec les quelques auditeurs invités par la SED à l’occasion de la sortie de ce livre il y a maintenant quelques semaines.

Eric Roussel et Claude Cornu A La Page. ©Jean-Charles Houel
L’intérêt d’Eric Roussel pour les hommes importants de notre pays (peut-être écrira-t-il un jour la biographie d’une femme ?) tels que le général De Gaulle,  Pierre Mendès France, Pierre Brossolette ou encore Georges Pompidou ou Jean Monnet, l’a conduit à passer une vingtaine d’heures avec l’ancien président de la République, ancien ministre des finances, qui croyait dur comme fer à sa réélection en 1981 quand il fut pourtant battu par François Mitterrand.
Pour écouter Eric Roussel, Bernard Leroy, ancien député de Louviers et François-Xavier Priollaud, maire, étaient présents parmi le public. Évoquer VGE c’est narrer l’histoire d’un « conservateur libéral » qui osa donner le droit de vote aux plus de 18 ans et permettre aux femmes en détresse d’interrompre leur grossesse grâce aussi à Simone Veil…
D’après Eric Roussel, VGE espérait que des hommes et des femmes de gauche viendraient  un jour secourir sa politique. Il n’en fut rien car Giscard d’Estaing était un homme de droite, au plan économique certes, mais aussi dans son art de vivre malgré les petits déjeuners dès potron-minet avec les éboueurs ou les diners impromptus chez les Français moyens.
La biographie d’Eric Roussel nous apprend que VGE était favorable à l’Algérie Française et qu’à ce titre il refusa de signer les accords d’Evian et de faire partie de la délégation à Evian avec Robert Buron et Louis Joxe. Remplacé par Jean de Broglie, celui-ci mit un pied dans le territoire des affaires qui devait le conduire là où il fut assassiné à Paris.
Elu local, VGE l’était avec conviction dans une Auvergne qui, pourtant, le renvoya à ses chères études. Il avait été député, conseiller général, conseiller régional, à la différence d’un Macron tombé du ciel. Tous deux inspecteurs des finances, le second choisit de pantoufler dans une grande banque d'affaires quand le polytechnicien-ingénieur qu’était VGE préféra servir l’Etat français…et maintenir un lien fort dans la France-Afrique et certains diamants maudits.
(1) Valéry Giscard d'Estaing. Editions de l'Observatoire.

Le Comité d'action de gauche de Louviers dans « la Fabrique de l'histoire » sur France Culture


Ernest Martin, Henri Fromentin et Gérard Martin. (photo JCH)
L’émission de France Culture « La fabrique de l’histoire » diffusée le matin entre 9 et 10 heures est célèbre. Emmanuel Laurentin, son producteur, veille à ce que des reportages soient connectés à une actualité historique en lien avec les événements sociaux, économiques, politiques, de notre temps. Ainsi, Séverine Liatard, productrice déléguée et journaliste au sein de la chaine publique, est elle venue à Louviers (et autour de Louviers) sur les traces du comité d’Action de gauche et d’Ernest Martin initiateurs d’une politique originale privilégiant les services publics dans toute leur diversité. Accompagnée d’un technicien du son et d’une assistante, Mme Liatard a souhaité consacrer une émission à ce Louviers d’hier et rencontrer d’anciens membres du CAG survivants d’une époque épique qui, de 1965 à 1983, ont vécu de près ce qu’Hélène Hatzfeld a appelé « les inventions citoyennes à Louviers ».
Monique Morelli à la salle des fêtes

Rendons justice à Hélène Hatzfeld. C’est grâce à son livre (1) et sa remarquable analyse des événements lovériens vus au prisme d’une chercheuse spécialiste des mouvements ouvriers et de la démocratie directe que Séverine Liatard a découvert la route de Louviers qu’avaient, avant elle, empruntée Pierre Mendès France et les partisans de l’autonomie communale. L’occasion me fut donc donnée de relire et de remettre au goût du jour le Manifeste de l’Union des Gauches qu’avait rédigé en mars 1965 le Docteur Ernest Martin quelques jours avant le second tour des élections municipales qui le virent prendre la tête d’une liste d’union appelée à battre la liste Montagne. Ce document unique est d’une actualité brûlante. Il produisait avant l’heure une pensée aussi classique que moderne plaçant le citoyen dans l’axe central des préoccupations. Du citoyen comme homme et femme libre mais aussi de la jeunesse, dont l’avenir devait être construit par l’éducation et la formation si essentielles aux yeux de l’ancien président du Conseil et du maire d’alors dont l’aventure prit fin en 1969 après une trahison de ceux (le PCF) qui aurait dû soutenir mordicus la politique conduite.

Les trois grandes périodes du programme d’action du Dr Martin et de ses amis doivent être restituées ainsi : 1965-1969, théorisation pratique de l’union des gauches et de ses principes, 1969-1976, combat idéologique contre une droite dure, 1976-1983, mise en pratique de la notion de services publics à accès libre dans toutes les dimensions de l’action locale avec le renfort d’Henri Fromentin, doté d’une volonté au moins aussi puissante que celle de son premier adjoint.

Ce qui frappe, c’est l’actualité de cette pensée. Alors que des gilets jaunes qui « ne sont rien » comme dirait Emmanuel Macron, exigent une reconnaissance, une dignité et de meilleures conditions de vie, la geste du CAG resurgit pour rappeler que les élus, à tous les niveaux de responsabilité : local, régional, national, ne doivent pas se contenter des rythmes électoraux. Pour être vivante, la démocratie doit constamment s’appuyer sur les associations, les corps « intermédiaires », les élus devenant les réceptacles des revendications individuelles ou collectives. Sans nier, certes, le programme pour lequel ils ont été choisis puisque les élus sont tout de même là où ils sont pour agir au service du bien public et de l’intérêt général à  toujours placer au-dessus des intérêts individuels.

A Louviers, Séverine Liatard m’a entendu puisque j’ai eu l’honneur de rappeler ces souvenirs si vivants, Reynald Harlaut (dessins affiches), Sabine Anquetin (service famille), François Bureau (adjoint), ainsi qu’Isabelle Martin (fille d’Ernest, très engagée auprès de son père et de ses idées) et le couple que forment Simone (animatrice d’ateliers d’expression libre et Jacques Etienne (architecte). Tous et toutes ont participé à la belle aventure lovérienne à une période où la solidarité politique s’appuyait sur des hommes et femmes exceptionnel(le)s qui formaient une équipe solide aux origines multiples. La date de diffusion de « La fabrique de l’histoire » à la mode lovérienne n’est pas encore connue. On sait qu’elle aura lieu au mois de janvier…le 14, le 17…ou à une autre date. Je ne manquerai pas de signaler sur ce blog le rendez-vous que nous propose France Culture, une chaîne du service public dont l’audience ne cesse de croître à l’image de choix éditoriaux courageux.
(1) « La politique à la ville » inventions citoyennes à Louviers (1965-1983) éditions PUR.



28 novembre 2018

A Louviers l'ex-FN veut récupérer le mouvement des gilets jaunes


Qu’on ne vienne pas nous dire que le Rassemblement national ne souhaite pas récupérer politiquement le mouvement des gilets jaunes. Si, sur certains sites, les membres de l’ex-FN se font discrets ce n’est pas le cas à Louviers où, hier soir, Jacky Vassard, conseiller municipal et donc élu, bloquait la circulation des véhicules venant d’Evreux et désirant emprunter le rond-point du Béquet. Marine Le Pen se fait discrète, plus que ses militants qui eux, n’hésitent pas à battre le rappel. M. Vassard n’était donc pas le seul de son mouvement, d’autres visages bien connus de l’ex-FN, lui apportant une aide conséquente.

Dans l’Eure, le mouvement des gilets jaunes est important. Notre département compte de nombreux points de blocages. Finalement les statistiques publiés par l’INSEE et analysées par Hervé Le Bras, démographe, montrent que l’Eure est au niveau des territoires de « la France vide » entre les Ardennes et les Pyrénées atlantiques sur un axe est sud-ouest. Partout ou le FN d’hier a réalisé des scores élevés lors des consultations électorales, les Gilets jaunes sont de sortie. Pourquoi ? Conséquence de la paupérisation déjà évoquée sur ce blog et abandon de nombreux services publics entraînant un mécontentement croissant ?

Les élections européennes approchent. Le parti de Marine Le Pen se sent pousser des ailes. Bien que sa mise en examen dans l’affaire des assistants parlementaires tendrait plutôt à la discréditer eu égard à l’utilisation privée de fonds publics, le RN est en tête des sondages et mise sur la mobilisation des Gilets jaunes les plus durs pour attirer les voix. L’appel à manifester à Paris, samedi, sur les Champs Elysées, apparaît dès lors comme une réplique su séisme de la semaine passée. Les pavés ont volé haut et les lacrymogènes aussi. Bis repetita placent ?

27 novembre 2018

A vec la SED de Louviers : « Le sport : un héritage inattendu de la Première Guerre mondiale » .


 La prochaine conférence de la Société d’Études Diverses aura lieu le samedi 15 décembre, à 16 heures, dans la salle Pierre Mendès France, à l’Hôtel de Ville de Louviers. Pour clore cette dernière année de la commémoration de la Grande Guerre, nous avons voulu évoquer un aspect original et totalement méconnu du conflit. Notre invité, Michel Merckel, professeur honoraire d’EPS et grand sportif (il fut international de judo) mais aussi historien, a consacré un livre, fruit d’années de recherches, au rôle de la Grande Guerre dans le développement du sport, et c’est le sujet qu’il abordera dans sa conférence : « Le sport : un héritage inattendu de la Première Guerre mondiale » .
Cette longue période de souffrances et d’horreurs a effectivement permis au sport, jusqu’alors réservé à une élite sociale, de conquérir les couches populaires. C’est au départ pour remonter le moral des troupes entre deux assauts que de jeunes officiers, reprenant l’initiative de quelques soldats, eurent l’idée de recourir à la pratique sportive. Pour les Poilus, souvent issus du monde rural, ces séances, bien plus ludiques que les manœuvres, furent l’occasion de toucher pour la première fois un ballon de football ou de rugby. Ils purent aussi parfois découvrir la compétition au contact de leurs frères d’armes britanniques ou américains. De plus, 14-18 contribua à l’éclosion du sport féminin et du handisport, né pour gérer les séquelles laissées par l’effroyable conflit.

Valéry Giscard d’Estaing par Eric Roussel à la librairie à La Page
Eric Roussel (©photo JCH)
Avant cette date, en marge des manifestations organisées par la SED, nous vous rappelons que le samedi 8 décembre, à 17 heures, la librairie À la Page, rue du Matrey, accueillera l’historien Éric Roussel. Il présentera, au cours d’une rencontre avec les lecteurs qu’animera Claude Cornu, son dernier livre, Valéry Giscard d’Estaing, biographie de l’ancien président de la République. Éric Roussel est bien connu des Lovériens et du public de la SED, devant lequel il a eu l’occasion de prononcer plusieurs conférences, à l’occasion notamment de la publication des ouvrages qu’il a consacrés à Pierre Mendès France et à François Mitterrand.

L'Equerre d'argent pour le quartier des Noés à Val-de-Reuil


Construire l'avenir en protégeant l'environnement. (capture d'écran)
L’Equerre d’argent, équivalent du prix Goncourt pour les architectes, a distingué cette année pour son architecture  le Centre de consultation de soins psychiatriques de Metz conçu par Pascale Richter et ses associés. Les jurys de l’Equerre d’argent ont remis un nouveau prix, celui de l’aménagement du paysage attribué à l’Ecoquartier des Noés, à Val-de-Reuil réalisé par Philippe Madec  pour le compte de la Société immobilière de logement de l’Eure, car il « apporte une réponse à l’urgence écologique et à la nécessité sociale ».

Le dynamisme et la vision à long terme de l’urbanisme par le maire, Marc-Antoine Jamet sont, une nouvelle fois, récompensés, et s’inscrivent dans les traces des principes fondateurs de la ville nouvelle par ses concepteurs dont Gérard Thurnauer, architecte conseil, décédé l'an dernier.

Cette volonté se traduit également dans « les détails ». Ces détails qui donnent à la ville une image positive : pas de laisser aller dans l’entretien des espaces verts tous inscrits harmonieusement dans le paysage. Pas de rond-point imaginé sans cohérence avec l’environnement, pas de plantation d’arbres irréfléchie pour justifier un engagement écologique de vitrine ou de mobilier urbain déglingué toujours disparate… Ici aucune trace de verres en plastique abandonnés pas plus que de palettes brûlées, de papiers gras laissés trois jours après une manif. Urgence écologique et nécessité sociale obligent.



26 novembre 2018

A la Société libre de l’Eure : « De Louviers à Jargeau (1940-1945)…des nomades internés »


Dans le cadre de ses conférences mensuelles, la Société libre d’agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l’Eure, association laïque fondée en 1798 sous le Directoire, accueille samedi 1er décembre 2018  Vanina Gasly, responsable du service des Archives de la Communauté d’agglomération Seine-Eure.
Cette conférence intitulée : « De Louviers à Jargeau : parcours de nomades eurois internés (1940-1945) », aura lieu comme de coutume aux Archives départementales de l’Eure à Évreux, 2 rue de Verdun, à partir de 14 h 30.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, pas moins de 110 nomades du département de l’Eure ont été inquiétés par les autorités françaises et d’occupation. Du 22 novembre 1940 au 7 mai 1941, environ 90 d’entre eux, hommes, femmes et enfants, furent internés dans une carrière désaffectée de Louviers (Eure), dans des conditions inhumaines.

La plupart furent ensuite dirigés vers le camp d’internement de Jargeau (Loiret), d’où certains ne furent libérés qu’à la fin de l’année 1945. Tous étaient Français, tous avaient un travail, leur seul tort était d’être nomades. Toujours douloureux dans l'esprit des familles, cet épisode méconnu a fait l'objet d'un important travail de recherche de la part du service des Archives de la Communauté d'agglomération Seine-Eure. En mémoire, un livret retraçant l’histoire du camp a également été rédigé avec le concours d’historiens et d’élèves du lycée Marc-Bloch (Val-de-Reuil), tandis que le 17 mars 2018, une stèle commémorative était posée sur le site-même du camp de Louviers.

Cette conférence sera illustrée par la projection de photographies et documents d’époque.
Entrée libre et gratuite.
Société libre de l’Eure, 2 rue de Verdun 27025 Evreux cedex. – http://societe-libre-eure.org

« Make our buying power great again » ou rendez-nous du pouvoir d'achat !


Christophe Castaner. (Var matin)
Je viens de relire les comptes-rendus de presse et les conclusions des commissions d’enquête parlementaires créées après la journée tragique du 6 février 1934. Ce jour-là, place de la Concorde, des ligues factieuses, des groupes d’extrême droite et royalistes, à l’image de l’action française, sont partis à l’assaut du Palais Bourbon avec la ferme intention de déposer les représentants de la nation alors même que d’autres apprentis fascistes complotaient pour prendre le pouvoir. Il est vrai que Mussolini avait donné l’exemple et que Hitler était devenu chancelier.

Les forces de l’ordre, mal organisées, sous le commandement d’un préfet novice et dépassé, tirèrent sur la foule entraînant morts et blessés. La République résista mais pas le gouvernement Daladier dont le président du Conseil décida de démissionner. En faisant allusion à cette journée marquante de notre histoire, lors de sa conférence de presse de samedi soir, et après les incidents graves commis par des éléments incontrôlés, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a souligné le rôle ambigu de Marine Le Pen. Dans un tweet, la présidente du RN (ex-FN) s’est interrogée sur les raisons qui ont conduit le gouvernement à interdire toute manifestation sur les Champs Elysées, invitant de fait les Gilets jaunes à se rendre sur la célèbre avenue.

Je ne crois pas que Marine Le Pen ait jamais eu l’intention de renverser le gouvernement. Je ne crois pas non plus qu’un danger fasciste imminent menace la République. Mais en rappelant le 6 février 1934, le ministre de l’Intérieur réveille les mémoires et réaffirme ainsi que la démocratie est fragile et qu’un réflexe séditieux existe toujours dans l’ultra droite. Il ne faudrait pas pour autant que le gouvernement considère qu’il est quitte. La révolte contre l’impôt, l’augmentation des taxes, la stagnation — ou la baisse — du pouvoir d’achat demeurent des priorités dans l’esprit d’une grande majorité de Français. La paupérisation croissante oblige le Président de la République à constater qu’il n’existe pas que des premiers de cordée. On attend avec impatience et une certaine anxiété les annonces de demain.  « Make our buying power great again » autrement dit en Français : « Rendez-nous un pouvoir d’achat consistant »

21 novembre 2018

Les vaches de Pierre Garcette abattues par des veaux


Pierre Garcette et sa moustache. (photo JCH)
La presse régionale rend compte des actes de vandalisme commis au rond-point des vaches de Saint-Etienne-du-Rouvray. Des « gilets jaunes » avaient bloqué, samedi dernier, les automobilistes dans ce carrefour important de la région, permettant notamment l’accès à la zone industrielle située au sud de Rouen. De manifestation bon enfant, les événements ont tourné vinaigre dimanche au point que des « veaux » dont on ignore pour l’instant l’identité s’en sont pris aux vaches installées depuis trente ans sur le terre plein du rond-point.

Les journalistes locaux auraient dû enquêter et s’interroger sur la personnalité de l’artiste auteur de cette idée géniale : installer des vaches en matière plastique (en 1989) afin de réveiller une mémoire agricole perdue au bénéfice de l’industrie et de la voiture. Dans la région de Louviers et au Moulin d’Andé notamment on connaissait bien Pierre Garcette, puisqu'il s'agit de lui, cet ami du théâtre et de la Pie rouge et plus d’une fois il fit preuve d’une fertile imagination pour éveiller nos sens. Musique, peinture, sculpture, littérature, rien n’échappait à son inventivité. 

J’imagine que Pierre, s’il avait vécu, après avoir déploré la destruction de « ses » vaches, aurait trouvé une belle idée pour symboliser un acte destructeur et idiot, certes, mais la déconstruction n’est elle pas aussi un art ? Le maire (PCF) de la commune a déposé une plainte qui, sans doute finira dans les limbes. Gageons que Pierre Garcette qui n’hésitait pas à crier « mort aux vaches » n’aurait jamais demandé la prison pour le pécheur. Évidemment, tout le monde n’a pas sa classe !

20 novembre 2018

Laurent Wauquiez et la PMA : un haut degré de cynisme ou de mauvaise foi


Laurent Wauquiez n’a pas encore touché le fond mais il s’en rapproche, jour après jour, déclaration après déclaration. En osant comparer la procréation médicale assistée (PMA) « à l’eugénisme qui conduit tout droit au nazisme », le chef des Républicains ( ?) a soulevé un tollé et un émoi bien justifiés. Il faut être ignare en histoire ou animé d’un cynisme sidéral — voire d’une mauvaise foi insigne — pour mettre sur le même pied la PMA qui existe depuis de nombreuses années et a permis à de nombreux couples de réaliser leur rêve : avoir un enfant ; et le nazisme, doctrine raciste qui a conduit au génocide des juifs d’Europe et à la mort de dizaines de milliers de personnes (tziganes, homosexuels…) ou d’enfants ne répondant pas aux critères dits de la race supérieure.

Avec des déclarations comme celles-là, Wauquiez démontre qu’il n’a pas la carrure d’un homme d’Etat et encore moins celle d’un chef de parti démocratique. Que LR ait une doctrine et des convictions (même musclées parfois) c’est bien le moins. Quand le chef de ce parti part à la dérive et veut câliner un auditoire complice (celui de Sens commun association de catholiques intégristes) il prouve tout simplement qu’il n’est vraiment pas taillé pour la fonction suprême.

Depuis, il a rétropédalé. Mais ses explications emberlificotées conduisent plutôt à l’enfoncer un peu plus. Car la PMA n’est rien d’autre qu’une méthode scientifique permettant à des couples infertiles et bientôt des couples de femmes homosexuelles d’avoir des enfants. Où est le mal ? S’agissant des couples d’hommes qui ne manqueront pas de réclamer une égalité compréhensible, leur demande de GPA (grossesse avec mère porteuse) pose de graves problèmes éthiques que la société devra résoudre d’une façon ou d’une autre. Chaque en son temps, n’est-ce pas ?

19 novembre 2018

Les gilets jaunes seront-ils supplantés par les gilets noirs ?


Ce qui me frappe, après ce week-end de protestation des gilets jaunes, c’est le nombre de blessés (sans oublier la mort d’une manifestante en Savoie) recensés sur les différents points de barrage ou de blocage. Plus de 400 ! Certains le sont gravement, d’autres plus légèrement. S’y ajoutent les membres des forces de police et de gendarmerie, percutés par des automobilistes irascibles ou atteints par des projectiles.

Ces accidents sont dus à la volonté de certains organisateurs de ne pas déclarer les lieux et heures des blocages afin d’anticiper tout empêchement de la part des forces de l’ordre. Il apparaît que cette forme d’amateurisme a eu des conséquences fâcheuses. Partout où les déclarations préalables à l’occupation du domaine public ont été déposées, les policiers et gendarmes, loin de gêner qui que ce soit ont surtout veillé à ce que ni les protestataires, ni les usagers de la route, ne pètent les plombs. Etant moi-même pris dans un blocage, il m’a fallu faire preuve de patience mais la présence d’une connaissance parmi les personnes actives a permis à la file de voitures de continuer son chemin.

Si, comme il a été annoncé, les gilets jaunes manifestent samedi prochain à Paris, il leur faudra évidemment informer la préfecture de police, détailler leur parcours, solliciter un encadrement des forces de l’ordre et obtenir l'autorisation d'occuper la voie publique. Dans un pays de droit, certaines règles s'imposent à tous. S’ils souhaitent remonter le boulevard Saint-Honoré, par exemple, je doute que satisfaction leur soit donnée. En tout état de cause, les commerçants jalonnant  le parcours devront baisser leur rideau suffisamment tôt pour éviter la casse qui ne va pas manquer de se produire. Gageons que les black blocs seront de la partie et qu’ils sauront, comme d’habitude, se mêler discrètement aux manifestants avant de casser du flic et du fric (les banques). Les membres de ces commandos en ont dans le gilet…noir, ce sera un moyen de trier le bon grain de l’ivraie.

Le gouvernement, dont les membres restent droit dans leur botte, doivent s’attendre à faire face à un grand mécontentement. Ce dernier sera visible, audible, peut-être répétitif mais, dans la mesure où Edouard Philippe a adressé une fin de non recevoir au responsable de la CFDT, Laurent Berger, prêt à jouer les monsieur bons offices, il ne faudra pas être surpris si Jupiter prend la foudre. De lui et de lui seul, dépend la suite des événements.

10 novembre 2018

Macron ou l'art de se mettre dans le « pétr(a)in »


Emmanuel Macron a l'art de se mettre dans le « pétr(a)in ». Attention aux questions des journalistes. Les insolents, les malpropres, quel manque de respect à l’égard de sa majesté Manu Premier. Voilà qu’un gratte papier impertinent interroge le président au débotté et l’interpelle sur le traitement actuel réservé à Pétain, le traître, le collabo, le condamné à mort gracié par le général De Gaulle en raison de l’âge de l’impétrant et des services rendus pendant la première guerre.

Journal du 12 décembre 1918.
Le président de la République assure qu’avant de se livrer à des « choix funestes », Pétain fut « un grand soldat. » Pétain, c’est quand même l’ancien ambassadeur de France en Espagne, l’ami de Franco,  celui qui haïssait les parlementaires, les francs-maçons, les juifs, les syndicats ouvriers, les communistes, celui qui, à la fin de la guerre, apporta un concours moral à la Milice de triste souvenir, celle qui assassina Georges Mandel, Jean Zay et tant de résistants et de Français libres. Ce fut aussi l’homme de Sigmaringen après avoir été celui de la rencontre de Montoire où il posa avec Hitler pour la photo des actualités.

Grand soldat ? Le pire c’est que c’est vrai. Autrement dit, Macron a historiquement raison mais politiquement tort. Les actes commis pendant la seconde guerre mondiale effacent le talent militaire du général, commandant des forces Françaises elles mêmes placées sous la férule du maréchal Foch, commandant en chef des armées alliées (française, britannique, américaine, australienne etc.).

Pétain dont le nom est associé à la bataille de Verdun (en 1916 et pendant plusieurs mois avec une victoire défensive de l’armée française et des centaines de milliers de morts français et allemands) est quand même un fieffé réactionnaire, prompt à accuser le front populaire de tous les maux et prompt aussi à sacrifier les juifs étrangers réfugiés en France, d’abord, avant de livrer aux nazis ensuite 75 000 juifs français dont seulement 3000 survécurent aux camps de la mort. Un chef d’Etat français n’évoque pas le nom de Pétain sans précautions et sans avoir pesé chaque mot au trébuchet. Il se doit de (parfois) refuser les micros tendus et de (toujours) surveiller son langage.

7 novembre 2018

Gilet jaune et bonnet rouge : la démagogie n'a pas de limite


Pour une fois, je suis sur la même longueur d’ondes que Clémentine Autain, députée de la France Insoumise. Le 17 novembre, elle refuse de descendre dans la rue car elle ne veut pas que sa présence soit récupérée par Marine Le Pen et le journal Minute. Même si on peut comprendre la colère de ceux et celles dont l’automobile est un outil de travail ou une nécessité pour se rendre au bureau, à l’usine ou à la Faculté, puisque le prix du carburant ne cesse de grimper, je suis d’accord sur un point avec elle : refusons la démagogie ambiante et trouvons d’autres moyens pour faire connaître notre mécontentement.

Le chef de l’Etat et le gouvernement font fonctionner leurs méninges pour chercher — et si possible trouver — des solutions aptes à désamorcer la colère des foules. Emmanuel Macron a avancé quelques pistes copiées sur les mesures mises en place par Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France. Pourquoi pas ? Il reste que le diesel pue et tue, comme la cigarette, et qu’après nous avoir incités pendant des années à acheter diesel, on nous bassine avec l’électrique qu’on ne maîtrise pas encore et qui coûte encore trop cher. Sans oublier que le Brent coûte lui aussi de plus en plus cher à la pompe.

Revenons aux manifestations du 17 novembre. Il aura fallu qu’une Bretonne (bonnet rouge ou benêt rouge) balance ses critiques sur les réseaux sociaux (5 millions de vues !) du genre « Mais Macron qu’est-ce qu’il fait du pognon à part construire une piscine et changer la vaisselle de l’Elysée »… si cela ce n’est pas de la démagogie, je ne sais pas ce que c’est. Depuis, elle fait la tournée des plateaux télé où la réalité dépasse la fiction : tous dans la rue avec des gilets jaunes ! Bloquons les routes, les autoroutes, imitons les bonnets rouges qui avaient fait reculer le gouvernement et supprimer l’écotaxe dont le besoin devient évident. Il en a alors coûté 800 millions d’euros d’indemnités au contribuable que Ségolène Royal considère comme indues au contraire de Valls…le décideur final. « Rien ne nous obligeait, affirme-t-elle, à payer cette somme ! Il fallait aller en justice…»

Aucun syndicat n’appelle à manifester le 17 prochain. La gauche est divisée. Benoit Hamon refuse, lui aussi, le mélange des genres. Il insiste sur la transition énergétique et les contraintes inhérentes à cette ardente obligation. Quant à la France insoumise, elle préconisait la suppression du diesel dans son programme présidentiel mais elle ne veut pas rater l’occasion de se payer Macron. Comprenne qui pourra. Où est la cohérence ?

5 novembre 2018

A la Société d'études diverses de Louviers : « la sculpture religieuse au 16e siècle dans le diocèse d'Evreux »


« Les responsables de la SED (Société d'études diverses de Louviers) ont dû, pour des raisons indépendantes de leur volonté, modifier le sujet de la prochaine conférence de l’association. Celle qui était initialement prévue est reportée à une date ultérieure. Une conférence aura bien lieu le samedi 17 novembre, au lieu et à l’heure habituels : à 16 heures, salle Pierre Mendès France, à l’Hôtel de Ville de Louviers. L’invité sera Nicolas Trotin, professeur de lettres modernes en classes préparatoires, président de la Société parisienne d’Histoire et d’Archéologie normandes et spécialiste de l’histoire de l’art en Normandie. Il abordera un sujet qui intéresse notre département : « La sculpture religieuse au XVIe siècle dans le diocèse d’Évreux ».

L’art religieux haut-normand de la Renaissance semble souvent se confondre avec les expériences rouennaises, tant la capitale de la province ecclésiastique de Rouen résonnait, à cette époque, du bruit de nombreux chantiers monumentaux, où architecture, sculpture, vitrail, enluminures et arts précieux formaient un vaste ensemble dont, malgré les destructions, on repère encore les importants vestiges. L’évêché d’Évreux n’est pas demeuré à l’écart de ce prodigieux dynamisme artistique. Mieux, il en fut l’une des principales composantes, chacune de ses villes ayant attiré maçons, imagiers et peintres qui les transformèrent en autant de foyers artistiques capables de produire de véritables chefs-d’œuvre. La conférence, accompagnée d’images, évoquera ainsi, dans le domaine de la sculpture, les œuvres méconnues, voire ignorées, conservées en particulier dans les églises de la région de Louviers. »

Eric Roussel à La Page
Le samedi 8 décembre, Éric Roussel sera présent à Louviers, à la librairie À la Page, rue du Matrey. Il y présentera à 17 heures, au cours d’une rencontre avec les lecteurs qu’animera Claude Cornu, son dernier livre, Valéry Giscard d’Estaing, biographie de l’ancien président de la République. Éric Roussel est bien connu des Lovériens et du public de la SED, devant lequel il a eu l’occasion de prononcer plusieurs conférences, à l’occasion notamment de la publication des ouvrages qu’il a consacrés à Pierre Mendès France et à François Mitterrand.

3 novembre 2018

La nouvelle vidéo de L 214 montre des pratiques révoltantes et barbares


Dans l'abattoir du Boischaut. (capture d'écran)
Le responsable de la FDSEA de l’Indre affirme que la vidéo de l’association de défense des animaux L214 est du « lynchage ». Sur France Info, il regrette qu’on mette en cause des gens qui ne font que leur métier. Sur les images (partagées sur ce blog) on assiste à un « spectacle » scandaleux. Les animaux ne sont pas traités comme…du bétail mais comme des objets qu’on peut manipuler à sa guise. On les découpe quand ils ne sont pas encore morts, on enlève les cornes d’une vache toujours vivante, on accroche un chevreau à une esse alors qu’il gigote toujours. Heureusement, l’abattoir du Boischaut est classé bio. Que serait-ce s’il s’agissait d’un abattoir ordinaire ?

Évidemment, les propriétaires de l’établissement ont porté plainte pour introduction dans un lieu privé et filmage interdit. J’ai envie de dire : et alors ? On ne peut que féliciter les auteurs de ces images (même dérobées) puisqu’elles mettent au jour des méthodes brutales, sauvages, que les conditions de travail et la productivité exigée induisent immanquablement.

L214 « association de protection animale œuvrant pour une pleine reconnaissance de la sensibilité des animaux et l'abolition de pratiques cruelles » a raison de rendre publiques des pratiques honteuses. Ces lanceurs d’alertes doivent, plutôt qu’être montrés du doigt par des professionnels insensibles ou barbares, être au contraire félicités pour leur courage. Même s’ils bravent la loi et la transgressent, ces défenseurs de la condition animale placent la souffrance des bêtes abattues au dessus d’autres valeurs telles que le travail ou la nécessité de satisfaire l’appétit des humains.

J’entendais cet après-midi le PDG de Herta constater que depuis deux ou trois ans, la consommation de charcuterie stagne voire est à la baisse. Les Français ouvrent donc les yeux, ils mangent moins de viande, écoutent les conseils des nutritionnistes et s’indignent des pratiques d’abattage d’un autre âge. Du moins dans un pays civilisé comme le nôtre. On sait depuis belle lurette que la souffrance animale existe. Qu’elle doit être prise en compte dans toutes les situations. Qu’elle ne souffre aucune exception même et surtout quand il s’agit d'ôter la vie de ces bêtes à viande. Bons sentiments, direz-vous ? Je n’en ai aucune honte.