14 décembre 2021

Comment le général De Gaulle est devenu la voix de la France libre…

 

Eric Roussel

Comment un parfait inconnu, du moins du grand public, peut-il devenir en quelques jours une personnalité appelée à un destin d’exception. Il y a peu d’exemples dans l’histoire d’une telle fulgurance de la part d’un colonel promu général à titre temporaire et sous-secrétaire d’Etat à la guerre dans le gouvernement moribond de Paul Reynaud en juin 1940. Alors que notre pays cédait de tous côtés face à l’invasion allemande, il s’est trouvé quelques hommes plus lucides et plus courageux que la majorité d’entre eux pour sauver l’honneur de la France. Le général De Gaulle fut de ceux-là.

A l’occasion de la conférence donnée ce samedi dans le cadre de la SED par Eric Roussel biographe et historien (1), aujourd’hui membre de l’Académie des sciences morales et politiques, on en sut plus sur les jours tragiques qui ont abouti à la défaite de nos armées, à l’armistice souhaité par une majorité pétainiste, à l’entrée du général De Gaulle dans la grande histoire. Il a certes fallu une suite de circonstances exceptionnelles pour que l’aventure tombe du bon côté. Il aura aussi fallu Jean Moulin, Pierre Brossolette, héros de la Résistance, le président Roosevelt pour faire entrer les USA dans la guerre et il aura aussi fallu que Staline accepte de supporter seul le front oriental pour venir à bout de nazis fanatisés et partisans de la guerre totale, raciste et génocidaire.

Face à une salle bien pleine, Eric Roussel narre par le menu l’installation du gouvernement à Bordeaux en mai 1940, la démission du gouvernement Reynaud, l’ascension du Maréchal Pétain, le départ pour l’Angleterre du général De Gaulle. Au cours de ses rencontres fructueuses avec Winston Churchill c’est ce dernier, le premier, qui perçoit les qualités (et les défauts) de cet homme seul mais déterminé. Il faut l’être pour oser déclarer le 18 juin que la France, elle, n’est pas seule et qu’elle doit continuer le combat. Peu d’hommes et de femmes ont entendu le fameux appel prononcé à 22 heures et, ce  que l’on sait moins, après qu’il a été revu et corrigé par les Britanniques.

Le général De Gaulle, reconnu en quelques semaines par Churchill comme le chef de la France libre, aura dû pallier l’absence à Londres des politiques (2) des hauts fonctionnaires et s’appuyer sur des hommes tels Jean Monnet. Celui dont l’histoire retient qu’il sera le père de l’union européenne propose dans l’urgence l’impossible union franco-britannique pourtant acceptée par le général De Gaulle ! Le symbole restera mais les deux hommes s’opposeront ensuite durablement.

Eric Roussel, interrogé sur les liens du général De Gaulle et du maréchal Pétain, rappelle opportunément que le colonel De Gaulle fut la plume de son commandant avant de s’émanciper et de faire la tournée des ministères pour convaincre les gouvernants de la nécessité de remiser la stratégie défensive alors en vogue avec Gamelin et Weygand. De Gaulle avait compris avant les autres le rôle essentiel des blindés dont les chefs allemands avaient saisi tous les avantages. C’est aussi pourquoi Paul Reynaud avait appelé au gouvernement celui qui n’était que le colonel De Gaulle. Trop tard.

Eric Roussel, dont la conférence a été déprogrammée à deux reprises pour raisons sanitaires, a pu déployer ses nombreuses connaissances émanant de sources souvent originales. On lui sait gré, notamment, d’avoir exploité les archives recensées par M. Lombart, ancien assistant archiviste municipal, qui avait trouvé dans les greniers de la mairie de Louviers des documents permettant de mieux connaître la passion épistolaire de Pierre Mendès France. Le sujet d’une autre conférence ?

 

(1)  Eric Roussel est l’auteur de plusieurs biographies : De Gaulle, Pompidou, Mendès France, Giscard d’Estaing…Il a été président de l’Institut Pierre Mendès France.

(2)  Georges Mandel, ancien collaborateur de Georges Clémenceau et ministre de la 3e République aurait pu (dû) partir en Angleterre. Hostile à l’armistice, il a refusé de quitter le territoire national…parce que juif. Il a été assassiné en juillet 1944 par la milice de Darnand.


11 décembre 2021

François Loncle fait chevalier de la Légion d'honneur par Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian décore François Loncle

Décorer François Loncle de la Légion d’honneur n’est pas l’apogée d’une action politique commencée dans le journalisme. En saluant le parcours de l’ancien député de Louviers, lors d’une cérémonie, jeudi, au quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian, notre ministre des Affaires étrangères, a simplement dressé le constat d’un engagement au service de l’intérêt général, un engagement jamais démenti..

Encore aujourd’hui, l’ancien président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale fréquente les couloirs du Palais Bourbon où il retrouve chaque semaine ses amis, souvent d’ex-socialistes convertis au macronisme et adhérents de « Territoires de progrès ». S’agit-il d’une nuance ? Non, c’est bien plus que cela. Car François Loncle, adhérent du Parti radical de Maurice Faure, a dû passer par une proximité intellectuelle et morale avec Eugène Descamps et Edmond Maire à la CFDT pour être adoubé par Pierre Mendès France. L’ancien député maire de Louviers l’invita à reconquérir la circonscription de Louviers perdue en 1958 lors d’une législative sous influence gaulliste. Au lendemain de sa victoire sur Philippe Pontet en 1981, François Loncle Invita le président Mendès France. Ils déjeunèrent au « Récamier ». Et là, PMF se montra joyeux et réconforté : sa défaite d’antan était enfin lavée.

Ratée de peu en 1978, la marche fut en effet escaladée lors de la vague rose de 1981 après que François Loncle avait négocié (pour le MRG) le programme commun de la gauche où il apprit à fréquenter François Mitterrand, l’homme aux mille facettes. Parrainé par PMF, repéré par le président élu en 1981, ainsi était lancée une longue carrière politique favorisée à sept reprises jusqu’en 2017, année où François Loncle passa le flambeau à Bruno Questel, député LREM à ses côtés lors de la cérémonie honorifique. Ces sept mandats interrompus une seule fois en 1993 (et à deux reprises pour des fonctions ministérielles) sont la preuve de l’attachement à un territoire, certes, mais aussi et surtout de la confiance tissée sans relâche avec les électeurs et les électrices de la quatrième circonscription de l’Eure.

Jean-Yves Le Drian ne manque ni d’humour, ni de mémoire. Il en fallait pour remarquer un rapport parlementaire de 2012 signé de François Loncle et prémonitoire de la gravissime situation des états sub-sahariens frappés par le terrorisme djihadiste encore aujourd’hui. François Loncle demeure lié à ces états africains devenus, au fil du temps et des voyages, l’objet de toutes ses attentions. La présence de Jean-Hervé Lorenzi et d’Hubert Zoutu (maire de Heudebouville) jeudi soir au quai d’Orsay, en plus de celle de quelques personnalités : Claude Bartolone, Didier Migaud, Jean-Louis Bourlanges, Jean-Michel Boucheron, et de quelques députés compose un vrai groupe d’amitié, celui qu’on forge quand tout va bien mais aussi quand tout va mal. Et une vie politique est ainsi faite qu’elle ne peut pas être un long fleuve tranquille. Catherine Aubé, la secrétaire de la permanence lovérienne de Louviers, fut aux premières loges pour recueillir les doléances des centaines de citoyens ou étrangers qu’un député doit accompagner dans leurs démarches qu’elles soient administratives ou privées.


L’amitié politique est une chose, la famille en est une autre. François Loncle a pu s’appuyer sur une épouse solide (60 ans de mariage) des enfants attentifs, sans oublier ses parents et ses frères et sœurs — pour certains disparus — mais qui comptent beaucoup pour lui. Dans ses remerciements, François Loncle rappela aussi avec émotion son professeur d’histoire et géographie, un certain M. Poirier alias Julien Gracq, lequel l’aura sans doute initié à la géopolitique.

François Loncle aime les gens. Il sait aussi ce qu’il doit à certaines personnes (comme Claude Bellevin par exemple qui nous manque beaucoup) et surtout à Pierre Mendès France. Membre de l’Institut du nom de l’ancien président du Conseil, François Loncle en est devenu, il y a quelques semaines, son président, succédant ainsi à André Azoulay. Avec le soutien de Françoise Chapron, attachée scientifique de l’Institut, se préparent deux actions programmées en 2022. Une journée consacrée à la lutte contre l’antisémitisme et le racisme et un colloque sur « Pierre Mendès France, le parlementaire ». Jean-Yves Le Drian n’a pas manqué d’insister sur la modernité de la pensée d’un homme dont François Mitterrand a dit lors de la cérémonie d'obsèques organisée dans la cour de l'Assemblée nationale en 1982 : « Sans lui rien n’eût été possible ».

Les amis et la famille

 

29 novembre 2021

Eric Zemmour a la classe : il nous le met bien profond

Le doigt de Zemmour : quelle classe ! (photo AFP)

Eric Zemmour, avec l’élégance naturelle qui le caractérise, « nous le met bien profond ». Et de joindre le geste à la parole. L’opposante marseillaise (restée anonyme) a donc réussi un coup médiatique exceptionnel ce samedi : en le provoquant elle nous permet de découvrir un Zemmour fébrile, penaud, qui recourt à l’insulte avec un doigt d’honneur en prime après un épisode raté sur tous les plans.

On doit donc dire merci à cette Marseillaise ainsi qu’au photographe de l’agence France Presse dont le rôle dans l’affaire est considérable. J’ai toujours admiré les photographes de presse. Ils sont capables de trouver le lieu, le moment, l’angle, pour « shooter » comme ils disent, quand et où il le faut. C’est sans doute un don, mais c’est surtout une grande obstination. Reprenons le fil de l’histoire : Zemmour était sur le départ. Installé à l’avant de sa berline sur le siège passager pour gagner la gare Saint-Charles. Qui aurait pu croire qu’un événement important se produirait à cet instant-là ? Un événement si important qu’il plombe sérieusement une candidature non encore déclarée qu’on devine en grande difficulté.  

L’ancien polémiste du Figaro compte sur le meeting du Zenith de Paris pour se requinquer. Alors que de plus en plus de ses soutiens désertent le champ de bataille, il sera intéressant de constater qui et combien seront ceux et celles qui continuent de croire en lui. Peut-être certains adeptes du grand remplacement passeront-ils aux travaux pratiques en dézinguant Zemmour de son piédestal où il n’aura trôné que le temps de la chute des feuilles.

A la SED de Louviers : « Printemps 1940, De Gaulle entre dans l'histoire » par Eric Roussel

Eric Roussel
La prochaine conférence de la Société d’Études Diverses aura lieu le samedi 11décembre, aux lieu et heure habituels (16 heures) dans la salle Pierre Mendès France, à l’Hôtel de Ville de Louviers. Nous aurons le plaisir d’accueillir une nouvelle fois Éric Roussel, historien et membre de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques). Il évoquera une période capitale de la vie du général De Gaulle, auquel il a consacré en 2002 une biographie de référence: « Printemps 1940 : De Gaulle entre dans l’histoire ». Aujourd’hui la geste gaullienne a des allures d’épopée. En réalité, De Gaulle au printemps 1940 dut s’imposer, comme le prouvent à présent les documents d’archives. Jusqu’au mois de mai, il était peu écouté et n’entra au gouvernement qu’après le succès de l’offensive allemande. Après l’effondrement de la France, les Britanniques attendaient la venue à Londres de personnalités comme Paul Reynaud ou Georges Mandel. De Gaulle apparaissait comme une figure secondaire et sans avenir. Ce fut au prix d’une lutte acharnée qu’il parvint à lancer le 18 juin son appel sur les ondes de la BBC. Encore fut-il censuré et contraint de modifier son texte. Seul Churchill avait deviné l’envergure du personnage. Il ne tarda pas à éprouver sa détermination farouche à prendre la tête des Français Libres et à défendre les droits de son pays au besoin contre ses alliés. C’est l’histoire, souvent mal connue ou simplifiée, de ces quelques semaines, à l’issue desquelles De Gaulle entra dans la légende, qu’évoquera le conférencier. Comme pour toute manifestation culturelle en cette période de pandémie, chacun devra présenter son passe sanitaire à l’entrée de la salle.

 


20 novembre 2021

Blum et Mendès France à la Fondation Jean Jaurès par Frédéric Salat-Baroux et Frédéric Potier

 

Frédéric Salat-Baroux  et l'animatrice de la fondation Jean Jaurès
Frédéric Salat-Baroux et Frédéric Potier ne sont pas des historiens. A tout prendre, rentrer dans la vie de Léon Blum pour l’un et dans celle de Pierre Mendès France, pour l’autre, n’est pas interdit bien au contraire. Qu’un homme de droite (1) et un préfet de gauche (2) décident de célébrer la mémoire de ces deux grandes figures de la gauche française, et dans la période actuelle si chaotique, ne doit pourtant rien au hasard. Notre pays a besoin de grandes références car le monde politique français contemporain manque d’incarnation. Notamment à gauche. Si l’on excepte Emmanuel Macron, au centre de l’échiquier politique et, dans une moindre mesure Jean-Luc Mélenchon, à la gauche de la gauche, la France souffre bien d’une forme de médiocrité « historique » que ne compensent pas un Xavier Bertrand, une Marine Le Pen et encore moins un Eric Zemmour dernier venu dans le paysage médiatique hexagonal. Cet olibrius assure connaître l’histoire de France ! Et pourtant. Il a tout faux sur Pétain, sur l’affaire Dreyfus, sur la colonisation, sur les rapports homme-femme et, enfin et surtout, sur le théorie du grand remplacement, du grand n’importe quoi.

Qu’il était bon et roboratif, jeudi soir, au siège de la Fondation Jean Jaurès à Paris, d’écouter les deux Frédéric présenter leur dernier livre et évoquer la vie de ces hommes d’état au caractère bien trempé.  « Blum Le magnifique », c’est l’homme qui plaçait, dans l’ordre : l’amour, la littérature et la politique ! Frédéric Salat-Baroux, on le sent, on l’entend, aime Léon Blum, ce Français juif vomi par une presse de caniveau, ce socialiste invétéré « gardien de la vieille maison », ce grand leader inspiré par Jaurès et surtout celui qui, à la tête du Front populaire, sut faire avancer la justice sociale et faire fonctionner (grâce à des hommes comme Jean Zay notamment) l’ascenseur méritocratique bien en panne en 2021.

L’homme Blum, quel est-il ? Frédéric Salat-Baroux Prend un exemple : il rappelle qu’une fois Georges Mandel (3) assassiné par la milice, Léon Blum imagine pour lui-même (alors qu’il est emprisonné à Buchenwald) une fin aussi tragique. Il rédige alors deux testaments. L’un pour son fils (à qui il lègue sa bibliothèque…et pas la fameuse vaisselle dorée objet de tous les fantasmes antisémites et qui n’a évidemment jamais existé) et l’autre pour la postérité c’est à dire ce que devrait être une France d’après-guerre avec à sa tête le général De Gaulle et les politiques définies par le Conseil National de la Résistance. Malheureusement, le retour du régime des partis mit fin à ce grand dessein.

 

Frédéric Potier

Frédéric Potier dans son « Pierre Mendès France, la foi démocratique » insiste plus sur l’action politique de PMF que sur ses traits de personnalité même s’il met en avant sa vive intelligence ou son charisme. Il le décrit comme volontaire — « gouverner c’est choisir »— doté d’un esprit scientifique peu répandu chez les élus ou la haute fonction publique, attaché à des valeurs issues de la Révolution française. Sa devise pourrait être « la République et la démocratie ». Comme Léon Blum Pierre Mendès France a été toute sa vie attaqué par les antisémites. On dit qu’il refusa de présider le Conseil du gouvernement en 1956 parce qu’un juif ne pouvait régler l’affaire algérienne. Je m’interroge sur cette affirmation. Son bilan de 1954 à 1955 était si riche et si dense, son entourage était si brillant (à l’image de Georges Boris devenu son ami) qu’on a peine à imaginer un PMF refusant l’obstacle. Le keynésianiste qu’il fut aurait doté la France de dirigeants intègres, passionnés, au service du progrès qu’il opposait au conservatisme. Au lieu de cela, la France hérita de Guy Mollet…

 

M. Salat-Baroux, soulignant l’engagement légaliste des deux hommes à l’honneur d’un soir, insiste sur l’humiliation et le déshonneur ressenti par PMF lors du procès inique de Clermont-Ferrand. Qu’on ait pu le traiter de déserteur — ce que fit la justice de Pétain — était une tache que PMF parviendra à effacer définitivement en 1954  (4) quelques semaines avant son arrivée à la tête du gouvernement de la France. Georges Kiejman, dans son dernier livre, affirme qu’il s’est toujours senti Français juif plutôt que juif français. Il en allait de même pour Léon Blum et Pierre Mendès France. Jamais ils n’oublièrent leur judéité. Mais jamais ils n’en firent ni l’alpha ni l’omega de leur engagement. La sincérité pour l’un et la vérité pour l’autre, et réciproquement, furent les deux obsessions de ces hommes remarquables. C’est pourquoi la courte période au pouvoir de Blum et Mendès France a durablement marqué la politique française. Que Frédéric Salat-Baroux et Frédéric Potier aient décidé de rappeler leur mémoire et leur action n’est pas anachronique. C’est un signe de modernité. Leur exemple devrait inspirer tous les citoyens épris de progrès et de justice sociale.

 

(1)  Frédéric Salat-Baroux, né le 12 juillet 1963 à Paris, est un haut fonctionnaire et avocat français. Du 2 juin 2005 jusqu'à la fin du mandat de Jacques Chirac, il occupa les fonctions de secrétaire général de la présidence de la République française à l'Élysée.

(2)  Frédéric Potier, né le 18 janvier 1980 à Pau, est un haut fonctionnaire français. Préfet, il est délégué général à l’éthique et à la conformité de la RATP.

(3)  Georges Mandel, ministre de la 3e République, a été assassiné par la milice peu de temps après le débarquement de Normandie le 6 juin 1944.

(4)  Pierre Mendès France a obtenu la Cassation de la décision du tribunal militaire de Clermont-Ferrand qui l’avait condamné pour désertion en 1941.

16 novembre 2021

Eric Zemmour devant le Bataclan : l'indignité nationale

Eric Zemmour a choisi le Bataclan pour s’y « recueillir » de manière pressée, sans affect, sous les flashes des appareils photos des reporters d’images et des caméras. Une improvisation ratée. Car le Bataclan, c’est surtout cette salle de spectacles où 90 personnes ont trouvé la mort en novembre 2015, assassinées par trois fanatiques radicalisés qui s’étaient joints aux kamikazes des terrasses et du stade de France. Que venait faire Zemmour en ce jour de recueillement où jamais, un homme ou une femme politique de gauche ou de droite avant lui, n’avait osé prendre la parole ? Que venait-il faire sinon faire campagne d’une manière lamentable en éructant une critique totalement infondée.

Zemmour a osé. Il sera, pour l’histoire, le mec narcissique venu insulter l’ancien président de la République, François Hollande, et la mémoire de celles et de ceux dont le mode de vie et de pensée se situait aux antipodes de celui de Zemmour. Les clients des terrasses ou les spectateurs du groupe rock Eagles of Death Metal n’étaient évidemment pas pour la majorité d’entre eux d’extrême-droite. Les témoignages des survivants des massacres sont unanimes : les jeunes hommes et les jeunes femmes rassemblés ce soir là à Paris prônaient l’amour, l’amitié et la paix.

Il n’y a donc pas de mots pour décrire le geste de l’ancien éditorialiste du Figaro. Il n’y a pas de mots pour blâmer une initiative électoraliste aussi impudente qu’imprudente. D’ailleurs, nombre de personnes venues se recueillir lui ont dit vertement quoi penser de son attitude. Pas vous ! Pas ici et pas maintenant !

De fait, Zemmour a montré qu’il n’était pas à la hauteur de son ambition. Il n’a tout simplement ni le niveau ni les épaules lui permettant de faire face aux responsabilités les plus élevées. Dans un bafouillis dont il a le secret, il a dit qu’un président de la République ne devait pas se contenter de marche blanche ni d’allumer des bougies. En novembre 2015, l’Etat français a tenu bon. Le gouvernement a fait face.

Après l’explosion d’un taxi à Liverpool, La ministre de l’intérieur britannique a indiqué qu’un attentat était hautement probable en Grande-Bretagne prochainement. Je suppose que M. Zemmour va accuser M. Johnson d’être un criminel ? C’est si simple !

27 octobre 2021

« J'aime pas Flaubert » au Moulin le 9 novembre

La Société d’Études Diverses organise, en partenariat avec l’Université populaire, la projection du film documentaire de Christian Clères, J’aime pas Flaubert, le mardi 9 novembre à 18 h 30, dans la salle du Moulin, rue des Anciens combattants d’Afrique du Nord. Christian Clères a déjà été accueilli à Louviers et à deux reprises, pour la projection des films qu’il a consacrés à Michel Bussi et à Marcel Proust. Beaucoup ont sans doute pu apprécier ses talents de réalisateur.

J’aime pas Flaubert : sous ce titre volontairement provocateur, Christian Clères demande à des spécialistes de l’écrivain de lui donner les raisons pour lesquelles il faudrait aimer Flaubert. Grâce aux divers intervenants, dont notamment Yvan Leclerc, professeur émérite de littérature à l’Université de Rouen, et la romancière Marie-Hélène Lafon, le film offre l’occasion de parcourir la vie et l’œuvre de l’auteur de Madame Bovary, dont la Normandie célèbre, cette année, le bicentenaire de la naissance. La projection se déroulera en présence du réalisateur et sera suivie d’un débat avec le public.

22 octobre 2021

Quand la saillie de M. Eric Zemmour fait mouche, une arme à la main

La scène est spectaculaire. On voit le candidat Zemmour, une arme à la main, qui met en joue les journalistes placés face à lui lors d’une visite au salon de l’armement. Cette scène a fait les gorges chaudes du monde médiatique auquel pourtant on reproche l’affichage obsessionnel de l’ancienne vedette de Cnews et du Figaro. Je pense qu’on a tort. Car cette scène, a priori facétieuse, en dit beaucoup sur la psychologie de celui dont 80 % des Français jugent qu’il n’a pas l’étoffe d’un président de la République.

 

A vrai dire, qui en doutait ? Un polémiste-éditorialiste, marchand de livres dont le commerce est fondé sur la haine de l’islam et de l’islamisme (sans nuance aucune entre les deux) ne peut, le temps d’une pré-campagne électorale, prétendre jouer un rôle essentiel dans la course à la victoire au second tour de la présidentielle, l’élection pivot de la constitution de la 5e République. Jean-Marie Le Pen avait déjà joué ce rôle dans les années quatre-vingt avec le succès que l’on sait : battu au second tour de 2002 par Jacques Chirac en récoltant 17 % des suffrages. Déjà, les Français et les Françaises mesuraient bien le danger venant de l’extrême droite.

 

Certes, les temps changent. Et Jean-Marie Le Pen, toujours lui, considère que la judéité d’Eric Zemmour lui permet d’affirmer les mêmes énormités avec plus de crédibilité : l’extrême droite — ou la droite extrême — aurait gagné la bataille des idées. On verra bien au mois de mai. Mais revenons à notre arme. Eric Zemmour n’est pas, et on ne lui reprochera pas, ce qu’on pourrait appeler un homme baraqué. Il doit donc affirmer sa virilité (lui que les femmes indisposent tant par ailleurs) par d’autres moyens que les seuls muscles de son corps. Et là, le fusil à la main, il tient en respect des gens qu’il méprise ou exècre, c’est selon, en pointant une arme dans leur direction en leur disant (sur un ton moqueur et avec le sourire) « je ne vais pas vous rater. »Le plus petit caporal ou le plus mauvais chasseur sait que, jamais, au grand jamais, on ne doit viser quelqu’un avec une arme qu’elle soit chargée ou pas. Cette règle vaut pour tous et encore plus pour un homme aspirant aux plus hautes fonctions.

 

J’avais un ami pour qui le signifiant et le signifié voulaient dire quelque chose. En l’occurrence, la saillie ( !) de M. Zemmour fait mouche si vous me permettez cette expression en ce qu’elle dit de sa volonté de mettre les médias au garde à vous et de supprimer ce qu’il appelle les contre-pouvoirs. Une société autoritaire, voilà ce qu’il veut. Mais, et c’est une antienne, l’autoritarisme n’est pas l’autorité. Autrement dit, Eric Zemmour est bien plus proche de Bénito Mussolini que du général De Gaulle de 1940. Quand l’un peut être grotesque, l’autre atteint la grandeur.

20 octobre 2021

Peut-on espérer une exposition des œuvres de Lily Mendès France, artiste peintre méconnue ?

Pierre Mendès France et son épouse à Louviers en 1954

 

Une grande dame. Sans doute très (trop) discrète. Mais quand on a pour mari un homme d’Etat d’une intelligence exceptionnelle et d’un charisme non moins flamboyant, qu’on vit dans une France de la tradition fondée sur des rôles assignés, qu’on est mère de deux enfants, comment se construit-on une vie personnelle ? Ce fut le dilemme de Lily Mendès France, épouse de Pierre, dont Claude Cornu s’est plu, ce mardi soir au Moulin, à narrer les vicissitudes et les épanouissements que lui autorisèrent une vie qui ne manqua pas d’épisodes dramatiques.

 

Qu’on en juge. Un père aimant assassiné par des cambrioleurs au Caire où il avait créé le premier grand magasin ; la mort d’une sœur adolescente emportée par une septicémie ; un mari arrêté par la police de Vichy, condamné pour une désertion totalement fabriquée par des magistrats aux ordres de Pétain ; un exil de plusieurs années aux Etats-Unis où la famille séparée connut bien des difficultés matérielles…et enfin la maladie ponctuée par une mort prématurée en 1967.

 

Lily Jeune

Lily Mendès France rayonnait par sa beauté, son élégance mais aussi et surtout par un indéniable talent pictural trop méconnu. C’est cet aspect-là de sa vie que le conférencier d’un soir réunissant les adhérents de la SED et de l’Université populaire a voulu mettre au jour. En fait, il s’agissait simplement d’une légitime reconnaissance à l’égard de celle qui se tint toujours droite et debout auprès d’un homme politique accaparé par les affaires du monde « dont l’histoire se souviendra » comme le dit si bien François Mitterrand lors de l’hommage national organisé dans la cour d’honneur du Palais Bourbon après la mort de PMF en 1982.

Rosy Cicurel soeur de Lily 1915-1941

 

Lily Mendès France pratiqua très tôt le dessin et la peinture. Une formation classique lui donna l’occasion d’aspirer à être plus qu’un peintre du dimanche. Elle participa à plusieurs salons jusqu’à ce qu’elle devienne l’épouse (le 26 décembre 1933 à Louviers) du frère de son amie Marcelle. Il est vrai que la naissance de Bernard et Michel, peu d’années après le mariage de Pierre et Lily, obéra sensiblement les temps de loisir d’une femme tout entière occupée à satisfaire les besoins de ses enfants et à soutenir un mari très engagé dans la politique. Les Lovériens l’aperçurent (notre photo) lors de la visite de Pierre Mendès France à Louviers quand il devint Président du Conseil et donc chef du gouvernement.

 

Pourtant, Lily ne manquait pas de talent. Ses dessins sont précis, ses personnages teintés d’une forme de mélancolie, ses natures mortes inspirées, sans doute, de Giorgio Morandi, de Paul Cézanne voire d’Amédée Ozenfant. Mais la « patte » reste originale. Les critiques de la presse spécialisée, au milieu d’une foule d’exposants, remarquèrent ce trait assuré et ces couleurs magnifiquement déployées. Excepté deux ou trois expositions personnelles, jamais Lily Mendès France ne se lança dans une carrière où un épanouissement reconnu aurait pu couronner son talent. Discrète, elle souhaita le demeurer si fortement que toutes ses œuvres sont restées dans la famille Mendès France, à Louviers ou à Paris. Parmi les toiles et les dessins projetés sur écran ce mardi, comment ne pas citer cette toile en fort mauvais état que des soldats allemands zélés criblèrent de balles dans la maison des Monts investie par les nazis ? « Jeu bête » écrira-t-elle. Ou plutôt fanatisme débridé, qui sait ?


 

Claude Cornu (notre photo) se plut enfin à espérer, comme ce fut le cas lors de l’exposition de 2012 au musée dans une salle dédiée (1), qu’une exposition plus large des œuvres de Lily Mendès France soit programmée dans un futur proche. J’ignore si les responsables municipaux lovériens y songent. En tout cas, Michel Mendès France et Michel Natier, ancien directeur du musée, en avaient discuté. Le conférencier fit le vœu, encore, que la correspondance de Pierre et de Lily fasse l’objet d’une publication…

(1) L’exposition consacrée à la vie de Pierre Mendès France fut inaugurée par François Hollande, président de la République.


15 octobre 2021

Le couple Pécresse-Bertrand n'est pas à une génuflexion près

Qu’il s’agisse de Michel Barnier ou de Valérie Pécresse, le ton est le même. Alors que le premier cité a négocié le Brexit et défendu les intérêts de l’Union européenne pendant plusieurs années, le voilà devenu un défenseur des lois nationales qui, dans la hiérarchie des normes, devraient primer sur les textes européens. Quelle tristesse. Alors que cet homme présentait les meilleures qualités morales, le voilà pris dans le piège d’une campagne électorale à droite pour le moins surprenante. Pour ne pas être en reste, Mme Pécresse entonne le même refrain imitant les Polonais et les Hongrois bienheureux de bénéficier — et largement — des subventions européennes. Tomber à bras raccourcis sur l’Europe a toujours été le sujet favori de l’extrême droite et maintenant de la droite. On ne se refait pas.

Et pourtant. Chaque état sait en rejoignant l’union, qu’il devra veiller à l’application des lois européennes et voter la transcriptions des dites lois dans les textes nationaux. La Grande-Bretagne en avait d’ailleurs fait son cheval de bataille et Boris Johnson revient à la charge dans le cadre du projet de nouveau protocole sur l’Irlande du nord et la frontière avec l’UE. Bojo a beaucoup menti et il ne lui sera pas beaucoup pardonné.

Un homme (ou une femme) politique ne peut pas tout se permettre. Je sais bien que les promesses n’engagent que ceux et celles qui les écoutent mais tout de même : « Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites » aimait à dire le sapeur Camenbert. M. Barnier et Mme Pécresse, candidats…à la candidature dans le cadre du congrès de l’UMP devraient se montrer plus regardants quant à la manière de conduire leur campagne.

L’Europe à 27, à 30 ou 32 ( ?) ne peut fonctionner que si les règles communes sont acceptées par tous. Quand le gouvernement polonais « vire » les juges qui ne lui plaisent pas du tribunal constitutionnel pour les remplacer par des magistrats à la botte pressés de dire le nouveau droit « supérieur » au droit européen, il sort de la règle commune et doit en assumer les conséquences. Sortir de l’UE ? Vous n’y pensez pas. La vache est bien grasse et peut encore servir. 

Quant à Mme Pécresse et M. Bertrand, ils viennent de toucher le fond en annonçant qu’ils allaient tous deux adhérer de nouveau au Parti républicain. Ils avaient pourtant claquer la porte de leur parti avec fracas jurant leurs grands dieux qu’on ne les y reprendraient plus. Face au congrès des militants (un cercle fermé donc) les deux candidats principaux auront besoin des finances de LR et de son soutien logistique. L’argent reste souvent la principale motivation des candidats putatifs de la droite républicaine. Le couple Pécresse-Bertrand n’est pas à une génuflexion près.