2 mars 2021

Végétaliser ! Le nouvel impératif catégorique de l'Agglomération Seine-Eure

« Soyons pragmatiques. Si l’Agglomération Seine-Eure n’a pas mieux à faire que de lancer une consultation citoyenne sur deux petits mois par l’aider à compléter une carte collaborative des espaces à végétaliser dans le cadre de son étude stratégique « végétalisations et agriculture urbaine » laissons son personnel et les consultants de l’opération faire leur métier. La végétalisation doit s’inscrire dans l'urbanisme défini par un projet politique de développement sur un long terme. Ce nouvel impératif catégorique ne doit pas être pas un pansement.


En haut lieu, on s’aperçoit aujourd’hui que la place de la halle manque de végétalisation mais n’est ce pas quand M. François-Xavier Priollaud  a remodelé cette place qu’il fallait s’en préoccuper ? Il n’y eut pas de concertation citoyenne alors. Le mot d’ordre était de réaliser « un aménagement rapide et pas cher ». Sans aucune réflexion globale au préalable sur les effets de la circulation en centre ville, sans aucune perspective au-delà du plafond bas. Imaginer un système de toiture avec biotope aurait eu de multiples bienfaits pour l’air urbain, la biodiversité… sans compter une vue plus agréable pour les habitants des immeubles qui entourent la halle.

Que dire de l’aménagement minéral de la place Thorel qui va à contre sens des mesures à prendre pour réduire le réchauffement climatique. Ce ne sont pas les quelques arbres plantés sans perspective de leur développement qui en annuleront l’effet. L’aménagement des ronds points du Becquet n’est surtout pas à prendre comme antidote. Quelle débauche de moyens — même s’ils ont été financés par la SAPN — pour un résultat d’une tristesse d’un perpétuel 11 novembre. La consigne  devait être là : pas ou peu d’entretien. Pourquoi ne pas avoir semé tout simplement des ronds points d’herbes champêtres pour casser la verticalité déjà si présente avec les lampadaires…

Enfin, avant de parler de la rénovation des cours de récréation des écoles « très en vogue à Paris » Ici à Louviers, il faudrait commencer par la rénovation des écoles elles-mêmes qui sont dans un état déplorable. Les projecteurs vont être braqués sur la nouvelle école Jules Ferry mais n’oublions pas les autres ! On espère que la cour de récréation de cette nouvelle école est déjà pensée comme « une oasis » !  »
 

  • Patricia Houel-Deschamps

Après la condamnation de Nicolas Sarkozy, la meute veut la peau du parquet national financier

A écouter les commentateurs de la vie politique et judiciaire, le jugement condamnant Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog et le magistrat Alibert à trois ans de prison dont un ferme, est d’une sévérité inadmissible et bien la preuve que la justice est instrumentalisée. Comme ils ne reculent devant aucune énormité (Ivan Rioufol du Figaro est une vraie caricature) ils considèrent que ce qu’on reproche à Sarkozy et consorts relève de l’anecdote et du procès…d’intention. La faute à qui ? Au parquet national financier bien sûr ! Et les bons apôtres de nous vendre et revendre la nécessité de dissoudre le parquet national financier et ses procureurs à la petite semaine qui jettent aux orties un ancien président appelé à l’être à nouveau…Sauf que les juges du siège ne sont pas à la botte du gouvernement et encore moins à celle de M. Dupont-Moretti, ministre de la justice et ancien avocat dont on a retracé les fadettes dans un temps antérieur. Les trois juges du tribunal de Paris ont décidé en conscience de sanctionner l’homme qui a été le garant de l’indépendance de la justice sur laquelle il s’est assis brillamment avec la complicité de deux assistants.

 

Le PNF a été créé pour faire suite à l’affaire Cahuzac. L’ancien ministre a été condamné et il a payé (notamment pécuniairement) pour ses fautes. Depuis le PNF a épinglé des gens de gauche et de droite et notamment François Fillon que M. Rioufol absout a priori puisqu’on lui reprocherait simplement d’avoir accepté un costume en cadeau ! Pauvre Pénélope, un éminent journaliste du Figaro, sexiste ordinaire, ne pense même pas à la citer elle qui a bénéficié d’un emploi fictif à l’Assemblée quand son mari rêvait de l’Elysée. Les Fillon ont exploité…le filon des assistants parlementaires familiaux et ils n’ont d’ailleurs pas été les seuls à en bénéficier. Depuis, les règles ont été changées car elles choquaient légitimement les citoyens.

 

Revenons à Nicolas Sarkozy. Ses avocats ont fait appel par conséquent il demeure présumé innocent. Quant au parquet national financier, s’il ne tenait qu’à Monsieur Eric Zemour il serait rayé de la carte judiciaire en deux temps trois mouvements. Il fallait l’entendre palabrer hier soit sur Cnews, une chaine info qui a choisi une ligne éditoriale très  à droite, très anti-gauche, très anti ce qui ne plait pas à M. Zemour dont les démêlées judiciaires sont pléthore. Ceci expliquant cela. Il se dit que cet admirateur des dirigeants populistes aurait des velléités de candidature à la présidentielle de 2022. Outre qu’il gênerait celle de Marine Le Pen, il pourrait bien constater que le pouvoir des mots n’est pas celui des urnes. Eric Zemour ne remplit pas toutes les cases justifiant qu’il se lançât dans cette course. Il a du bagout, c’est un fait, mais le contenu de sa pensée est étroit et répétitif. Plaider contre les procureurs quand on en est un soi-même à la télé chaque soir en compagnie d’une claque silencieuse et patiente ne manquerait pas de sel.

21 février 2021

Ecole Jean Zay : « le batiment devrait rester dans le patrimoine de la ville »

François-Xavier Priollaud, le maire de Louviers, m’a adressé, en cette fin d’après-midi dominicale, la réponse à ma question concernant l’avenir de l’actuelle école maternelle Jean Zay. « Plusieurs options sont à l’étude et la municipalité communiquera le moment venu. Le bâtiment devrait rester dans le patrimoine de la ville. » Pour M. Priollaud il ne s’agit pas à proprement parler d’une fermeture mais d’un regroupement d’écoles. L’école nouvelle (et ancienne) portera le nom de « Jean Zay-Les Cascades ». Le maire ne le précise pas mais c’est évidemment un symbole important que de conserver le nom de Jean Zay dont j’ai rappelé les initiatives heureuses pour la jeunesse et la culture lors de son passage au gouvernement de la France.

Sans préjuger de l’avenir de l’école Jean Zay, on doit espérer que cette dernière puisse effectivement rester dans le patrimoine communal. Pour devenir quoi ? Attendons les décisions de la municipalité.

Anciens(nes) de l'usine Philips-Polygram-Cinram : vos papiers !

photo JCH
L’usine Philips implantée à Louviers le fut grâce à l’action de Pierre Mendès France alors député de la circonscription et élu de Louviers. Face à la crise de la filière textile qui s’annonçait déjà, il voulait diversifier les emplois et assurer le développement industriel de la ville. Je me souviens de l’inauguration dont l’invité d’honneur était Jean Nohain (animateur de 36 chandelles à la télévision) tandis que l’harmonie municipale alors dirigée par Maurice Désert interprétait Sur la route de Louviers.

De nombreux disques microsillons 45 et 33 tours ont été pressés dans l’usine de Louviers. Des artistes tels que Serge Gainsbourg, Georges Brassens (accompagné d’Eddie Barclay), Barbara, Nana Mouskouri ont visité l’usine sous la direction de Fernand Pasquier entouré des cadres locaux MM. Crapard et Graux, pour ne citer qu’eux, connus pour leur professionnalisme. Si j’ai eu le bonheur d’accompagner Georges Brassens et Nana Mouskouri, je n’étais malheureusement pas encore journaliste lorsque Serge Gainsbourg et Barbara sont venus à Louviers.

Le but de ce billet est d’inviter ceux et celles qui possèdent des documents retraçant l’histoire de l’usine à toutes les époques (Philips-Polygram-Cinram) ainsi que celle de l’usine Portenseigne) à les confier au service des archives de l’agglomération Seine-Eure dans le but de monter une exposition retraçant 50 années de vie industrielle. Qu’il s’agisse de photos, de couvertures de disques, d’objets de toutes sortes…le service des archives en prendra le plus grand soin et vous les rendra (si vous le souhaitez) après l’événement et après les avoir numérisés.

20 février 2021

Que va devenir l'école maternelle Jean Zay après sa fermeture ?

Hélène Zay-Mouchard. (photo JCH)
Pour ceux qui aiment l’histoire même quand elle est tragique (ne l’est-elle pas toujours ?) j’aimerais évoquer la mémoire de Jean Zay. Cet homme de gauche, juif, patriote, ami de Pierre Mendès France a dû subir la vengeance de Vichy et du gouvernement Pétain-Laval auteur d’une législation antisémite abominable. Emprisonné à Clermont-Ferrand aux côtés de PMF pour une désertion totalement imaginaire après l’expédition du Massilia (1), Jean Zay, ministre du gouvernement de Front populaire, a laissé une œuvre remarquable d’audace et de confiance dans la jeunesse de notre pays.

 

Pendant ses quarante-quatre mois au gouvernement du Front populaire, Jean Zay institue en effet au titre de l’Éducation nationale : les trois degrés d’enseignement, l’unification des programmes, la prolongation de l’obligation scolaire à quatorze ans, les classes d’orientation, les activités dirigées, les enseignements interdisciplinaires, la reconnaissance de l’apprentissage, le sport à l’école, les œuvres universitaires ; et au titre des Beaux-Arts : le CNRS, le Musée national des arts et traditions populaires, le Musée d'Art moderne, la Réunion des théâtres lyriques nationaux, le festival de Cannes.  (2) Sans doute parce qu’il était un homme d’une trempe peu ordinaire, Vichy a voulu l’éliminer et la milice de Darnand l’a assassiné en juin 1944 alors que la guerre avait depuis Stalingrad, changé d’orientation.

 

Photo d'archives JCH

Si j’évoque la mémoire de Jean Zay, c’est parce qu’à Louviers, il s’est trouvé une municipalité, celle de Pierre Mendès France, pour donner à une école maternelle le nom de ce ministre d’exception. Comment une municipalité de gauche aurait-elle pu omettre de saluer l’action d’un homme aussi exceptionnel ? Hélène Zay-Mouchard sa fille unique (notre photo) perpétue le souvenir de son père à Orléans et dans le Loiret dont il fut l’élu pendant si longtemps. De nombreux monuments publics portent le nom de Jean Zay partout en France. L’école lovérienne Jean Zay est actuellement une école maternelle. Mais la baisse des effectifs a conduit la municipalité à décider le transfert des deux classes à l’école des Cascades (pour faire des économies) et à fermer définitivement l’école Jean Zay à la fin de cette année scolaire. Une question me brûle les lèvres : que vont devenir l’école de la route de Pacy et l’habitation attenante ? J’ai adressé une demande au maire, François-Xavier Priollaud, pour obtenir une réponse. Je ne doute pas qu’il trouvera un moment pour satisfaire ma curiosité qui est aussi, et surtout, celle des enseignants, des parents d’élèves et des habitants de notre bonne ville.

 

(1) Le Massilia est un navire qui a quitté Bordeaux avant l’armistice de juin 40 avec à son bord des députés et personnalités voulant poursuivre la guerre dans l’empire. Pétain a voulu faire croire à la désertion de ces hommes qui voulaient combattre les Allemands.

(2) source wikipedia.


18 février 2021

Le contournement Est de Rouen n'évitera pas l'opposition de nombreux élus locaux et des associations de protection de l'environnement

Nicolas Mayer-Rossignol, le président de la métropole rouennaise a changé d’avis. Lorsqu’il était président de la Région Haute-Normandie, il s’était montré favorable à la réalisation du contournement Est de Rouen devant relier l’A 28 à l’A 13 au carrefour des Clouets à Val-de-Reuil. Depuis qu’il a été élu président de la Métropole, NMR n’en veut plus. S’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, M. Mayer-Rossignol n’est pas un imbécile. Plusieurs raisons motivent son changement de pied. Le maire de Rouen a passé un accord de gouvernance avec Europe-Ecologie-Les-Verts, vent debout contre le projet autoroutier, et cet accord oblige à respecter la parole donnée. De plus, de nombreux élus locaux, des associations de protection de l’environnement et des agriculteurs, voient d’un très mauvais œil la destruction de dizaines d’hectares de forêts ainsi que la disparition de terres cultivables. De plus, le tracé de cette autoroute, même s’il n’est pas encore définitif, s’inscrit dans une proximité redoutée notamment dans la vallée de la Seine et les plaines alluviales. L’érection d’ouvrages d’art imposants ne manque pas de soulever des oppositions dans les communes concernées.

 

Pourtant, et malgré les opposants, le Conseil d’Etat a rejeté des actions judiciaires visant à mettre un terme à ce projet d’origine étatique, financé avec le concours des collectivités territoriales que sont la Région, le département de Seine-Maritime en plus des financements des éventuels concessionnaires. Le département de l’Eure, hier, la métropole rouennaise, aujourd’hui, refusant leur concours financier, MM. Hervé Morin, président de la Région et Bertrand Bellenger, président du conseil départemental de Seine-Maritime, ont décidé de se substituer à la métropole rouennaise en augmentant leur participation de 66 millions d’euros ! En attendant le vote des assemblées qu’ils président, le mouvement d’opposition ne va pas ralentir la cadence. L’association « Non à l’autoroute », notamment, veut contrebalancer le soutien que les chambres de commerce et d’industrie ne manquent pas de faire connaître voyant dans ce nouvel axe routier une meilleure respiration (dans tous les sens du terme) dans l’agglomération rouennaise débarrassée d’une circulation pléthorique de poids lourds et une facilité pour les flux générés par le développement économique de la vallée de Seine.


Le coût total de l’opération est estimé à 900 millions d’euros soit 21,6 millions d’euros du kilomètre ! On peut penser que le coût prévisionnel sera dépassé comme le sont régulièrement les projets routiers. On va plutôt vers 1 milliard d’euros…donc. Les opposants font des contre-propositions : ils suggèrent (vieille demande) de rendre gratuit le péage d’Incarville sur l’A 13 qui permettrait de soulager l’ancienne nationale entre Rouen et le département de l’Eure ce que refuse la SAPN peu encline à perdre le bénéfice des rentrées. Elle a même refusé une demande Jean-Louis Destans, ancien président du conseil général de l’Eure, qui avait proposé une période d’essai de quelques mois, histoire d’étudier les comportements des automobilistes et des routiers. Il ne faut donc pas se bercer d’illusions d’autant plus que le futur concessionnaire devra faire face à un nouveau péage pour avoir le droit de circuler sur cet axe nord-sud.

 

Bien malin qui peut dire, aujourd’hui, quel avenir sera réservé au projet. En ces temps de crises en tous genres, l’argent public est une denrée rare et il y a fort à parier que certains travaux d’infrastructures vont être soit supprimés soit reportés dans le temps. A quelques mois des élections régionales, Hervé Morin ne veut pas être celui qui a dit non au contournement Est de Rouen. Et les opposants ne vont pas manquer de faire campagne contre un projet contraire aux exigences de protection environnementale devenues essentielles en 2021.


14 février 2021

La prescription d'un crime (viol ou inceste) ne signifie pas nier son existence

Dans une tribune parue dans le journal « Le Monde » plusieurs avocats et avocates mettent en cause l'attitude des parquets (depuis une dizaine d'années) dans les affaires d’inceste ou de viols. Ils dénoncent le fait que la notion de prescription soit foulée au pied et qu’ainsi des affaires « éteintes » occupent la une de l’actualité. Ils regrettent que la pression médiatique prenne le pas sur l’attitude des procureurs ce qui aurait pour effet de mettre en valeur certaines affaires et d’en taire des milliers d’autres. Il est vrai que les victimes n’ont pas toutes l’occasion d’écrire un livre ou de tourner un film !


On ne peut pas sous-estimer ce danger. Il est réel. Et d’ailleurs les parquets prennent d’infinies précautions avant de rendre publiques les enquêtes préliminaires ouvertes lors de la révélation de crimes destinées à mettre au jour d’autres faits délictueux non frappés de prescription. On sait tous qu’il s’agit d’un prétexte destiné à permettre aux victimes d’être reconnues et de les déculpabiliser. Ce qui n’est pas rien. Il serait également contestable de nier le droit à l’information de la part des journalistes dont c’est le métier. Je ne place pas au même niveau les commentaires anonymes balancés sur les réseaux sociaux et les enquêtes journalistiques répondant à des critères professionnels : recherche de la vérité si tant est qu’elle est toujours  singulière, exigence du contradictoire en donnant la parole aux victimes et aux auteurs présumés à condition que les uns et les autres acceptent de répondre aux questions posées. Ce qui n’est pas le cas dans l’affaire Olivier Duhamel pour ne citer que la plus récente puisque ce dernier a choisi (pour l’instant) de se taire.

 

Quand la prescription est établie, l’action publique est terminée. Serait-ce pour autant la loi du silence ? Quand on connaît les conséquences de l’emprise d’un adulte sur un enfant, pour en rester aux affaires d’inceste, on peut comprendre qu’il se passe un temps long avant que la victime sorte de sa torpeur. Pour des raisons évidentes (éclatement de la cellule familiale, chantage, menaces, honte, humiliation…) et c’est le cas de Camille Kouchner évoquant son enfance et celle de son frère jumeau, il a fallu du temps (et une psychanalyse…) pour qu'elle écrive « la familia grande ».

Ce que les six avocat(e)s oublient (ou taisent volontairement) c’est que la révélation de faits mettant en cause des personnalités peut aider à libérer la parole des victimes « normalement » destinées à l’anonymat. Ce fut vrai avec le mouvement metoo et les violences sexuelles de toutes natures et cela est vrai également avec la publicité faite autour d’un livre qui n’a rien de sulfureux et qui a pour fonction (vertu ?) d’imposer le silence à une personnalité médiatique, journalistique, politique admirée par nombre d’observateurs et par une élite sensible à « l’entre nous ».

 

Les avocat(e)s ont raison de rappeler que la prescription est un principe fondamental en droit. La prescription, « c’est un droit à l’oubli » pour l’auteur d’une infraction. Si en 10 ans voire 20 ou 30 ans, l’action publique n’a pas d’éléments de preuves permettant de poursuivre quelqu’un, quelle serait la logique de poursuivre un éventuel auteur de crime après tout ce temps ? Prescrire une infraction ne signifie pas nier son existence et c’est bien pourquoi le garde des Sceaux, ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, réfléchit à revoir les délais de prescription en matière de violences sexuelles ou d’inceste.

 

 

10 février 2021

Pierre Mendès France un « perdant magnifique » en podcast sur France Inter

L'hommage de François Mitterrand à l'Assemblée nationale après le décès de PMF. (photo JCH)

 

Fabrice Drouelle, journaliste et animateur radio sur « France Inter » a choisi, avec la complicité de l’historien Jean Garrigues, d’ouvrir (la semaine dernière) une saison consacrée aux perdants magnifiques de la 5e République. Perdants ? Pourquoi pas ? Mais magnifiques…en quoi la perte du pouvoir ou l’impossibilité d’y accéder à nouveau pourrait-elle être ainsi qualifiée ? La première personnalité choisie pour illustrer sa série n’était autre que Pierre Mendès France. Cette heure de grande écoute nous a fait un plaisir immense. Pensez donc. Une heure à évoquer la carrière d’un homme d’Etat d’exception qui ne transigea jamais sur l’essentiel : la démocratie représentative contre le pouvoir personnel. L’information du peuple contre le secret. Et surtout l’intérêt général avant les intérêts particuliers. Ces exigences portées haut par l’ancien maire de Louviers s’accommodaient mal avec les querelles partisanes de la 4e République et encore moins avec les institutions voulues par le général De Gaulle. Pierre Mendès France en paya le prix malgré sa grande popularité.

 

Pierre Mendès France, jeune membre du Parti radical de la 3e République est précoce en tout. Doté d’une grande intelligence, il est bachelier, licencié en droit, avocat, parlementaire avant tout le monde. Par ses dons et son talent, par sa culture économique si chevillée au corps, il entre comme sous-secrétaire d’Etat dans un ministère Blum et après s’être évadé de la prison de Clermont-Ferrand où Pétain l’avait fait condamner pour une désertion inventée de toutes pièces dans l’affaire dite du Massilia (1), Pierre Mendès France rejoint le général de Gaulle et la France libre. Il s’y distingue en combattant au sein du groupe aérien Lorraine (il était navigateur) et rejoint Alger en novembre 1943 dans le gouvernement provisoire formé par le général de Gaulle qui ne manque pas de faire appel à lui. Quelques temps plus tard, le général, recevant la lettre de démission de PMF du gouvernement en 1945 (pour des désaccords sur la stratégie financière) parle de lui en affirmant : « Mendès France n’est pas un cheval qu’on attelle ». Ce fut le titre de l’émission de Fabrice Drouelle.

 

En effet, pendant toute sa vie politique, Pierre Mendès France ne reniera jamais ses engagements ni ses principes ni ne cédera à la facilité. Hostile à la prise de pouvoir du général De Gaulle en 1958 (un homme qu’il admira pourtant pour son refus de l’armistice et son opposition au régime de Vichy) après un coup de force soutenu par les parachutistes de Massu (déjà) il demeurera un adversaire résolu de l’élection du président de la République au suffrage universel au contraire de François Mitterrand. Comme il avait été hostile à la constitution de la 5e République qui, en son article 16, donnait les pleins pouvoirs à un homme seul à la tête du pays.

 

Pendant les sept mois, onze jours de sa présidence du Conseil, il fut, dans bien des domaines, un précurseur, un visionnaire. Il ne se contentait pas de gérer les affaires de l’Etat. Il y ajoutait une faculté d’anticipation favorisée par un entourage de professionnels et d’experts, de personnalités d’exception telles Georges Boris, son ami, et tant d’autres devenus ministres malgré les différences d’étiquettes politiques que Pierre Mendès France ne plaçaient pas forcément au premier plan eu égard à la situation politique complexe générée par les clans et les partis.

 

De ces quelques mois au pouvoir on retient, par exemple, la fin de la guerre d’Indochine et sa lutte contre l’alcoolisme. C’est très réducteur même si c’est important. On retient aussi ses causeries adressées aux Français(çaises) et destinées à expliciter les choix de l’exécutif. Ses orientations dans les domaines scientifique, culturel, scolaire, économique, financier, ont préfiguré la France des trente glorieuses et une volonté de combat contre les inégalités qu’il avait constatées comme avocat à Louviers dès les années trente.

 

A Louviers, justement, où sa famille possède toujours une maison aux Monts, on cultive avec soin la mémoire de cet homme d’Etat. Battu en 1958 dès le premier tour des élections législatives par Rémy Montagne, gaulliste opportuniste, PMF en éprouva un légitime chagrin même s’il  nous confia en 1981 que, finalement, les électeurs(trices) étaient les maîtres du jeu et que s’ils(elles) lui manquèrent alors c’est bien parce qu’un tsunami avait décidé de ramener le général de Gaulle au gouvernail d’une France malade de la guerre d’Algérie que les gouvernants de la 4e République n’avaient pas su (ou voulu) ni comprendre ni maîtriser. Il se trouve que PMF, en 1956, avait proposé une voie que personne n’osa emprunter qui conduisit d’ailleurs à sa démission du gouvernement Mollet. Un regret, peut-être, que son action locale et départementale n’ait pas été suffisamment évoquée au cours de cette bonne émission rythmée par les interventions de PMF.

 

Alors, perdant magnifique ? Perdant aux élections, l’homme politique doit admettre la réussite de ses adversaires. D’erreurs, Pierre Mendès France n’en commit aucunes relatives à ses principes d’action et de vie. D’ailleurs les Grenoblois surent bien — en 1967 — approuver son opposition au général de Gaulle après que ce dernier avait pratiqué une politique libérale bien peu favorable aux Français les moins aisés. L’Institut Mendès France (présidé par André Azoulay) auquel j’ai l’honneur d’adhérer, continue d’organiser colloques et symposiums en référence à l’action de Pierre Mendès France. C’est dire le rôle éminent qu’il tient toujours dans les cœurs et dans les esprits.

 

(1) Le Massilia est le nom de ce bateau sur lequel Pierre Mendès France, Jean Zay et Georges Mandel, notamment, se sont embarqués pour gagner le Maroc et poursuivre la lutte contre les nazis. Pétain signa l’armistice et fit accuser ces anciens ministres de la 3e République de « désertion ». Si PMF a réussi son évasion de la prison de Clermont-Ferrand (après un procès et une condamnation iniques) Jean Zay et Georges Mandel furent assassinés par la milice de Darnand en 1944.


9 février 2021

L'assemblée générale de la SED de Louviers reportée à la fin de la crise sanitaire

Le Moulin d'Andé cher à Suzanne Lipinska. (Photo JCH)
Jean-Pierre Binay, président de la Société d’études diverses de Louviers et sa région, et Claude Cornu, vice-président s’adressent aux membres de l’association :

« Nous espérons qu’en ces temps difficiles, vous conservez à la fois la santé et le moral. En effet, il faut, à l’évidence, attendre encore avant d’enregistrer une amélioration de la situation sanitaire permettant un retour à une vie normale. C’est vrai aussi pour la SED et la reprise de nos activités. D’ores et déjà, il paraît difficile de maintenir notre assemblée générale, comme nous l’envisagions, le samedi 6 mars prochain. Il est préférable de la reporter à une date ultérieure.

Mais le bulletin, auquel nous travaillons depuis plusieurs semaines et que nous pensions vous remettre, comme d’habitude, à cette occasion, est en voie d’achèvement. Il s’agira d’un numéro double, regroupant le traditionnel bulletin annuel et celui que nous faisons paraître à l’automne depuis trois ans. Il vous sera adressé par courrier début mars ou, si vous habitez Louviers, déposé à domicile. Aussi, pour en profiter, nous vous invitons à renouveler votre adhésion dès maintenant, en envoyant le coupon prévu à cet effet à notre siège social, 41 rue aux Huiliers (la cotisation a été fixée à 20 euros lors de la dernière assemblée générale).

Les manifestations culturelles étant pour l’instant annulées, nous espérons que cette lecture vous apportera son lot de découvertes. Vous y trouverez en particulier, plusieurs études, en lien avec l’actualité, sur les épidémies qui ont frappé dans le passé la ville et la région de Louviers. Nous vous suggérons, en même temps, une autre idée de lecture : le dernier numéro trimestriel (n°16 2020) de la revue Études normandes consacre son dossier thématique au cinéma dans lequel figure notamment un article sur le Moulin d’Andé. La revue (8,90 euros) est disponible à la librairie Quai des Mots, à Louviers.


8 février 2021

Formidable nouvelle : Jean-Claude Forestier devient le repreneur du golf de Léry-Poses

JC Forestier (à gauche) avec Jean Van de Velde

Je sais bien que le golf est encore (et c’est bien dommage) un sport considéré comme quelque peu élitiste. Cette image est à la fois désuète et obsolète. La preuve ? L’existence réussie de golfs publics ouverts à tous et permettant à tout un chacun de pratiquer une activité sportive soit sur le mode loisir, soit en compétition. Ceux et celles qui s’intéressent à la vie du golf, au plan international, savent que Victor Perez a terminé ce dimanche, à la 4e place d’un tournoi disputé en Arabie Saoudite où il jouait en dernière partie aux côtés du numéro un mondial Dustin Johnson.

L’objet de ce billet n’est pas de vanter les qualités du meilleur joueur français. Il est de faire connaître une bien bonne nouvelle pour les golfeurs et golfeuses de notre région. Dans notre horizon immédiat, deux golfs se partageaient les rendez-vous amicaux ou sportifs : le Vaudreuil et Léry-Poses. Le golf du Vaudreuil a été racheté il y a plus de dix ans par un amateur éclairé, passionné de golf et « militant » actif de la promotion de ce sport. Jean-Claude Forestier — est-il besoin de la présenter aujourd’hui ? — a transformé le parcours du Vaudreuil, son club-house, son accueil, pour en faire un lieu où l’on se sent bien et où la pratique du golf peut se faire en fonction des envies et des besoins de tous et toutes. Cet entrepreneur accompli a connu une réussite brillante dans les affaires et il n’hésite pas (même quand les temps sont durs comme aujourd’hui) à investir dans la formation et à faire appel à des professionnels du golf qu’il s’agisse des green-keepers ou des gestionnaires.

 

En prenant à son service Guillaume Biaugeaud et son épouse Céline, M. Forestier a eu du flair. Depuis l’arrivée de ce couple émérite, les membres de l’association sportive, les joueurs du dimanche, les équipiers jeunes et moins jeunes, les futurs joueurs nationaux ou mieux encore, ont bénéficié d’une vraie reconnaissance favorable au développement d’un site exceptionnel. En dix ans, le golf s’est transfiguré. Au point que les membres de la seconde division du tour européen aiment à se retrouver au Vaudreuil. Ils savent qu’il leur faudra du talent pour emporter l’épreuve du Challenge tour organisée cette année à compter du 8 juillet. Ils savent aussi pouvoir compter sur des conditions de jeu difficiles ne laissant que peu de place au hasard ou à la chance.

 

J’évoquais plus haut l’existence du golf de la base de loisirs de Léry-Poses. Ces dernières années, ce golf au parcours lui aussi très intéressant, a connu quelques vicissitudes. La pandémie n’a évidemment pas arrangé les choses si bien que les gestionnaires du Syndicat mixte de la Base de loisirs ont organisé un tour de table pour que le golf, ses installations, ses machines, sa restauration, ses salariés, aient la certitude d’un futur positif. Jean-Claude Forestier, le délégataire retenu, dans une vidéo de 8 minutes sur You Tube, explique son projet, ses moyens et vante la synergie évidente entre les deux golfs maintenant placés sous son autorité. M. Forestier devient en effet le titulaire d’une « autorisation temporaire d’occupation » de l’ensemble des équipements du golf en bénéficiant d’une délégation de service public de neuf années lui offrant la durée nécessaire à la concrétisation de ses projets. En l’écoutant j’ai compris qu’il avait à cœur de réussir. Avec Guillaume Biaugeaud, à la direction générale, il a un atout maître. Mais Jean-Claude Forestier — il a raison — veut préserver les identités des deux golfs maintenant placés  sous sa houlette. Léry-Poses a connu une belle période sportive avec des équipes de jeunes, notamment, très performantes. Au Vaudreuil, l’école de golf n’a pas encore atteint son rythme de croisière ce qui ne saurait tarder. Avec deux parcours de 18 trous, un parcours compact de neuf trous, l’offre golfique devient vraiment alléchante pour les amateurs (trices) dont on sait qu’ils sont nombreux(ses) en Normandie. Et puis, pour les grincheux et les jaloux, qu'ils sachent que le golf est une activité saine, de plein air, bénéfique pour la santé physique et mentale des pratiquants. Par les temps qui courent, et tant que les golfs restent ouverts, voilà une solution pour vaincre l'ennui ou la morosité.

 

Nous ne nous y trompons pas. Pour qui connaît la volonté de réussite et le savoir-faire de Jean-Claude Forestier, il y a fort à parier que la saison golfique 2021 ne sera pas balbutiante. Les membres de l’un ou l’autre golf pourront évidemment, à certaines conditions, avoir accès aux deux parcours. Franchement, c’est formidable ! Quand la fin de la crise sanitaire interviendra (dès cet été ?) on aura plaisir à jouer ici ou là et à s’y restaurer sous le soleil normand.