9 mai 2021

François Mitterrand était passé à Louviers quelques jours avant le 10 mai 1981

François Mitterrand avec Henri Fromentin et Michel Doucet. (photo JCH)

Le 10 mai 1981 restera pour les socialistes un jour historique. Pour toute la gauche également puisque pour la première fois sous la 5e République, un homme issu de ses rangs devenait président. Quelques jours avant ce dimanche exceptionnel, François Loncle, pas encore député et Henri Fromentin, alors maire de Louviers, avaient accueilli François Mitterrand en compagnie de Michel Doucet, l’un des animateurs de la section de Louviers du PS. Réunis dans la cour de l’Hôtel de ville, les supporteurs (et les curieux) avaient attendu un long moment François Mitterrand connu pour ses retards légendaires. Il allait prononcer un discours intense, bref mais apte à susciter un souffle porteur de victoire.

 

Déjà en 1978, le candidat du PS avait rendu visite à notre ville. La salle des fêtes était alors remplie à ras bord et des centaines de Lovériens et Lovériennes ainsi que nombre de voisins (on reconnaît Jean Récher à droite sur la photo en bas du billet) l’avait écouté à une époque où la gauche était considérée comme un parti de gouvernement conquérant. Les législatives de cette année-là ne lui permirent pas d’engranger le succès qui ne devait se produire que trois ans plus tard, VGE et les diamants de Bokassa, n’ayant pu résister à la poussée de la gauche enfin victorieuse grâce il est vrai au coup de pouce de Jacques Chirac adversaire résolu du président sortant.

 

Jean Lacouture et son épouse ont rédigé le récit de l’après 10 mai en accomplissant un tour de France des régions et des initiatives. Ils passèrent sur la route de Louviers et eurent la gentillesse de m’interroger pour me demander mes sentiments après le 10 mai. Ils avaient choisi Louviers car ils connaissaient un peu l’histoire du comité d’Action et « l’aventure du Dr Martin » comme l’avait titré en 1969 le Nouvel Observateur. Je leur exprimais ma satisfaction de voir la gauche arriver au pouvoir mais je tempérais mon bonheur en relativisant le programme de François Mitterrand. Le tournant de la rigueur pris en 1983-1984 devait confirmer mes craintes même si le bilan du gouvernement de Pierre Mauroy avait des couleurs chatoyantes. Les Français n’ont pas oublié la suppression de la peine de mort, la retraite à 60 ans, la libération des ondes, les nationalisations et un ensemble de mesures économiques et sociales tant promises et tant attendues. Il reste à souhaiter qu’un jour futur permettra à l’espérance de gauche de renaître et de triompher à nouveau.


 

8 mai 2021

Trump a fait espionner des journalistes du Washington Post

La hantise du journalisme d’investigation ! Aux Etats-Unis, mais en France aussi, le pouvoir politique, quel qu’il soit, se méfie des journalistes. Leur liberté d’expression et leurs qualités d’enquêteurs dérangent au plus haut point. Mais quand la justice se mêle à l’écriture de l’histoire, le danger pour la liberté devient encore plus criant et révoltant. Le Washington Post, quotidien devenu culte après l’affaire du Watergate, vient d’apprendre que le ministère de la justice de Donald Trump avait intrigué afin de découvrir les échanges (échanges téléphoniques personnels et professionnels, mails etc.) de trois journalistes du quotidien, lesquels enquêtaient sur le rôle et l’ingérence de la Russie de Poutine dans la campagne électorale de 2016 en faveur de Trump. Aux Etats-Unis la liberté de la presse est garantie par la Constitution. Y déroger est un crime très grave. 

 

La rédaction en chef du journal américain a demandé au ministère de la Justice de faire toute la lumière sur ce coup bas finalement peu étonnant de la part de l’équipe Trump. Ses affidés — et l’avenir nous réservera d’autres mauvaises surprises — étaient prêts à tout pour servir le président (dictateur ?) peu regardant sur la Constitution américaine et sur les libertés qu’elle garantit. Alors même que l’ancien président poursuit sa campagne mensongère, assurant toujours qu’il avait gagné l’élection, le conseil de surveillance de Facebook a décidé de maintenir l’interdiction de publier de Trump eu égard aux risques encourus de campagne mensongère ou calomnieuse. L’ancien président mène en effet une croisade contre les parlementaires qui ont osé voter pour la procédure d’empêchement finalement refusée par le Sénat. Les élections de mi-mandat s’annoncent chaudes et risquées. Sans le canal de Twitter et de Facebook, Trump dispose de moins de relais pour instiller son venin et sa perfidie.

 

6 mai 2021

Les basses eaux de la gauche ne dureront pas. Viendra le temps du reflux.

A Louviers la gauche est unie
La politique c’est comme la marée. Tantôt haute, tantôt basse. Si j’en juge par les différents sondages en cours la gauche est plutôt dans le reflux. En additionnant l’ensemble des votes potentiels (PC,PS, EELV,LFI, PRG…) le pourcentage obtenu dépasse à peine les 30 %. Pas de quoi envisager une victoire lors de la future présidentielle surtout si la gauche y va éparpillée ce qui, malheureusement, est assez prévisible. A Louviers, elle vient de réussir l’improbable : présenter des candidats de large union et créer un mouvement appelé à s’inscrire dans la durée. Il est vrai que la jeune génération sait dépasser les querelles d’egos et privilégier l’intérêt général. Souhaitons qu’elle s’en souvienne durablement.

 

Pour la gauche, donc, les temps sont durs. La base longtemps acquise à la gauche la déserte année après année déçue qu’elle a été de la gestion Hollande (notamment) et elle se déporte de plus en plus sur la droite et l’extrême droite ! Quel paradoxe ! Des gens peu fortunés mais travailleurs, une classe moyenne inquiète, une mondialisation échevelée, une crise sanitaire interminable, des gilets jaunes devenus invisibles (pour le moment) composent un maelström qui pourrait réserver des réveils douloureux.

 

Il faut avoir des convictions chevillées au corps pour défendre des idéaux éternels. Mais les idées peuvent être belles, sans un homme ou une femme pour les incarner, elles restent de pure forme. On ne peut pas vanter le gloubi-boulga politicien comme une recette miraculeuse. Il suffit d’assister aux séances de l’Assemblée nationale pour constater les discours haineux de M. Jacob contre le gouvernement. L’affaire Muselier en dit beaucoup sur la trouille qu’inspire à la droite (pas seulement à elle d’ailleurs) la montée du Rassemblement national. Face à ce réel danger, le front républicain va-t-il exploser alors même que Marine Le Pen soutient la création d’un mouvement à vocation putschiste dévoilant son véritable caractère ? Au second tour de la présidentielle, il ne faudra pas être trop regardant. L’élection de Marine Le Pen serait un vrai désastre pour notre république et pour la vie démocratique nationale et européenne. Je ne suis pas de ceux qui désertent face au péril. S’il faut se pincer le nez, on se le pincera pour éviter le pire.

 


4 mai 2021

Philippe Brun et Nolwenn Léostic : l'union de toute la gauche en mouvement

Les élections régionales et départementales approchent à grands pas. La crise sanitaire ne permet pas aux candidats des rencontres en face à face ou la tenue de réunions publiques à l’ancienne. Comment remédier à un état de fait très regrettable pour le fonctionnement démocratique ? En se présentant avec simplicité et sincérité ce qu’on fait Philippe Brun et Nolwenn Léostic, ce lundi, dans le jardin du Manoir de Bigards. 

 

Ces deux candidats titulaires sont en lice pour devenir les conseillers départementaux de Louviers. L’un est soutenu par le parti radical de gauche (sans qu'il en soit membre), l’autre par Europe-Ecologie-les Verts mais ils ont réussi l’exploit d’être également soutenus par le Parti communiste et le parti socialiste. D’ailleurs, la présence de Leslie Cléret, ancienne conseillère générale et d’Eric Lardeur, maire de Saint-Etienne-du-Vauvray (suppléant), ainsi que celle de Claude Duflot, mandataire financier, et Diego Ortega, conseiller communautaire, ajoutaient du baume au cœur de ces candidats plein d’avenir.

 

Latetia Sanchez, maire de Saint-Pierre-du-Vauvray, en lice pour les régionales dans l’Eure et Sabine Anquetin-Ranger (suppléante) renforçaient l’implication territoriale de celui et celle qui aspirent à  défendre les intérêts des Lovériens dans une assemblée actuellement présidée par la droite. Les compétences du conseil général ont évolué au fil des lois et des différents projets gouvernementaux. L’action sociale, la situation scolaire (les collèges) les services de secours et d’incendie, l’état des routes…les projets structurants des assemblées territoriales soutenus par le conseil général sont autant de préoccupations au cœur du projet des deux prétendants fervents défenseurs de l’environnement et de la justice sociale.

 

Hier dans le jardin du manoir de Bigards, une ambiance bon enfant régnait. On devine qu’il s’agit pour Louviers d’une chance à ne pas laisser passer. Ces élections départementales vont sans doute connaître une forte abstention mais à l’heure où des généraux en retraite se découvrent des vélléités de putschistes et où le Rassemblement national connaît un essor dangereux pour la République, on lira avec intérêt les résultats de cette élection locale notamment à Louviers où les deux sortants sont candidats à leur réélection. Le scrutin aura lieu pour mémoire les 21 et 28 juin, dans deux mois à peine donc en même temps que le vote pour les listes régionales.

19 avril 2021

Mélanie Boulanger tête de liste écolo-socialiste aux prochaines régionales



19 mars 2021

Les socialistes de l'Eure et le confinement : « la résultante d'une situation non anticipée »

Timour Veyri, premier secrétaire de la fédération de l'Eure du Parti socialiste communique :

« Cela fait maintenant plusieurs semaines que les scientifiques de tous bords nous alertent sur la situation sanitaire difficile dans notre département, en Seine-Maritime et en Ile-de-France, chez nos voisins franciliens. Dans ce contexte, personne ne peut être satisfait des décisions prises hier par le gouvernement, qui sont la résultante d'une situation non anticipée. 

 

Il s’agit désormais de tirer les conclusions de faits qui se présentent à nous, un an après le début de l’épidémie. Pour vaincre la propagation du virus, il est avant tout essentiel de revoir notre méthode de travail. Décréter un confinement local aurait dû être anticipé avec les élus locaux de l'Eure, les plus à même de connaître les réalités du terrain et d'assurer la déclinaison sur celui-ci des mesures nationalement décidées par le gouvernement. Les  élus socialistes de l’Eure se sont ainsi réunis hier soir pendant l'allocution du Premier Ministre, afin d’échanger et de se concerter. Tous, nous appelons l’État à s'appuyer dorénavant sur élus locaux pour permettre aux mesures d'apporter leur pleine efficacité, le plus rapidement possible, car la population est déjà à bout. Rappelons-le. 

 

Par ailleurs, à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Nous, élus socialistes de l’Eure, demandons avec force davantage de vaccins et de centres de vaccination dans l'Eure, car il nous en manque cruellement. Pour faire face au bond des contaminations dans notre département, ces mesures doivent être prises maintenant, et non avec le délai auquel nous avons hélas été habitués depuis un an. Si la situation est particulièrement difficile dans l'Eure et la Seine-Maritime, alors, soyons cohérents ! Donnons-nous plus de moyens pour les Eurois et les Seinomarins ! Il est également tout à fait nécessaire de revoir la liste des publics prioritaires à la vaccination: depuis que la décision a été prise, et nous la soutenons, de garder nos écoles ouvertes, nos enseignants et leurs proches sont en première ligne pour assurer la continuité du service public et de la pédagogie. Nous nous devons de les protéger, grâce à ce vaccin qui est aujourd’hui notre plus prometteur bouclier. 

 

Enfin, nous estimons qu’une ré-allocation des ressources s’impose, au même titre qu’une ré-orientation de l’économie dans la lutte contre le virus. Si nous sommes "en guerre" pour reprendre la formulation du président de la République, alors, il faut une économie de guerre. C'est à dire qu'il faut des réquisitions, une véritable intervention de l'Etat pour le monde hospitalier, mais aussi pour augmenter nos capacités de production, par exemple sur les vaccins.  

 

Je veux conclure au nom des socialistes de l’Eure par une pensée de soutien chaleureux aux maires et aux équipes municipales qui vont devoir gérer dans l’urgence les mesures annoncées hier, aux commerçants qui verront leur office fermer ce soir à minuit, et à tous ceux et toutes celles, dans le monde associatif, de la culture, du sport, et de la restauration qui depuis des mois souffrent particulièrement. Vous nous êtes essentielles, vous nous êtes essentiels, et nous pensons à vous. »

13 mars 2021

Eric Piolle, le maire de Grenoble, en visite à Louviers

 

Eric Piolle avec les élus et citoyens de Louviers

Eric Piolle est de ces maires écologistes qui ont emporté une mairie d’une grande ville lors des élections municipales. Si ses collègues de Bordeaux, Poitiers ou Strasbourg, ont été désignés par les électeurs (trices) lors du dernier renouvellement, Eric Piolle, lui, a été le seul membre d’Europe-Ecologie-Les-Verts élu en 2014 à Grenoble ville de plus de 100 000 habitants. Il a donc un bilan apprécié des Grenoblois(es) puisqu’il a été réélu aisément en 2020. La proximité entre Louviers et Grenoble n’est pas évidente pour les jeunes générations mais il existe un lien affectif et politique entre ces deux villes. Il a pour nom Pierre Mendès France. En effet, l’ancien président du Conseil a été élu député dans les circonscriptions englobant les deux communes. Mais il existe un autre lien entre Louviers et Grenoble : l’action municipale participative. A Louviers, elle avait pour symboles Ernest Martin et Henri Fromentin, à Grenoble, elle était conduite par Hubert Dubedout, membre des GAM (groupes d’action municipale) fondé par Robert de Caumont, ancien maire de Briançon.

 

Il était donc logique qu’Eric Piolle, dans son tour de France des régions (1), choisisse Louviers pour une halte militante ce vendredi après-midi. D’abord aux Andelys puis à la Chapelle Darblay, à Grand-Couronne, où l’usine papetière est menacée de fermeture définitive, les membres d’EELV ont souhaité accueillir l’élu grenoblois près de la gare aux musiques, sans flonflons, mais avec l’idée de lui conter des projets que les défenseurs de l’environnement, du développement durable, des transports collectifs développent dans l’agglomération Seine-Eure. Et quoi de mieux qu’une marche symbolique le long de la voie ferrée abandonnée depuis des décennies et qui pourrait renaître dans un futur plus ou moins lointain. (2)

 

Eric Piolle a échangé avec Nolwenn Léostic, Pascal Labbé, Alexis Fraisse, membres d’EELV, Philippe Brun et Ingrid Levavasseur, élu(e)s à Louviers, partageant avec eux la pratique démocratique grenobloise ainsi que les projets en cours. Interrogé sur les futures élections régionales de juin 2021 et l’exemple de l’unité à gauche dans les Hauts-de-France, Eric Piolle indique que dans sa région, les discussions entre les différents partis de gauche sont en cours. Mais l’union de la gauche reste un combat, combat qui selon Eric Piolle, ne doit pas faire oublier pourquoi on veut se faire élire : pour des égos ou pour le service public ? Ses exemples de démocratie locale associant citoyens et experts sous la forme d’ateliers ne pouvaient que séduire ceux et celles qui se plaignent de la verticalité parfois arrogante d’élus soi-disant détenteurs de la science infuse…Après cette rencontre, Eric Piolle a pris la route vers la Seine-Maritime pour rencontrer les salariés d'une usine en grand danger. En tant qu'ancien de l'industrie papetière, le maire grenoblois n'aura pas eu de mal à comprendre les angoisses d'ouvriers d'une filière qu'Arnaud Montebourg était venu défendre chez M-Real quand il était ministre du redressement productif. 

(1) Eric Piolle semble être candidat à la primaire d’EELV en vue de la prochaine élection présidentielle.

(2) Il ne s’agirait pas d’un train habituel mais plutôt de cabines circulant selon une fréquence à définir et sans conséquences fâcheuses pour les riverains de la ligne actuelle encore propriété de la SNCF jusqu’en 2024.

 

9 mars 2021

Cookies « solaires » dans les écoles de Louviers avec le soutien de Biocoop

L’ association des Vagabonds de l’énergie interviendra auprès de 24 classes de Louviers, à partir du 15 mars, au travers d’ateliers de cuisine solaire. Une initiative insolite et inspirante soutenue par le réseau Biocoop. Depuis l’été 2020, l’association Normande « Les Vagabonds de l’énergie » est sur les routes avec un outil innovant : Hélianthe la vagabonde, un four solaire installé sur une remorque. Avec pour seule source d'énergie le soleil, il peut atteindre 300°C et cuire ainsi de nombreux aliments. Des cookies seront cuisinés par les élèves de Louviers pour être ainsi cuits.

 

L’opération, qui va durer trois semaines, concerne des élèves du CP jusqu’aux classes de collège. Les animations aborderont le développement soutenable et plus particulièrement les questions d'énergie et d’alimentation durable. Une idée qui a tout de suite séduit le Fonds de Dotation de la coopérative Biocoop SA et la coopérative de consommateurs Biocoop Nymphéa-27 (trois magasins à Evreux, Louviers et St Marcel). Ces magasins soutiennent financièrement cette initiative. Elle s’inscrit dans la nécessaire transition écologique et solidaire. Biocoop s'engage ainsi pour le climat !

 

Clément Bresciani, responsable des « Vagabonds de l’énergie », est à l’origine de cet outil de sensibilisation concret et hors du commun. Le four solaire est une machine « Low-tech », c’est à dire sans haute technologie et sans émission de CO2 et de GES, les fameux Gaz à Effet de Serre, responsables du réchauffement climatique. À contre-courant d’une époque de numérisation, cet appareil n’utilise ni électricité, ni écran tactile, ni réseau intelligent. Et pourtant ça fonctionne !

 

Pour les curieux.ses, le four solaire sera, dès que possible, en démonstration grand public au magasin Biocoop de Louviers (dates communiquées sur www.biocoop-louviers.fr)

 

8 mars 2021

Les peurs de Me Soulez-Larivière, avocat dominical de Nicolas Sarkozy et de Thierry Herzog

Me Daniel Soulez-Larivière est un grand avocat. Chaque dimanche, il nous distrait avec ses chroniques judiciaires sur le Journal du Dimanche. Cette semaine c’était pour voler au secours de ses confrères Sarkozy et Herzog. Me Soulez-Larivière nous met en garde, nous les citoyens ordinaires, contre le jugement condamnant les deux amis, jugement dont on aurait bien tort, selon lui, de se réjouir. Et dans une démonstration rythmée, l’essayiste nous présente une valse judiciaire à trois temps sans aucun silence. Et pourtant, le silence vaut mieux, parfois, que ces attaques contre le Parquet national financier, les juges d’instruction et les magistrats du siège dont les travaux ont abouti à la condamnation.

 

Le procureur général du PNF a eu l’occasion, récemment, d’expliquer comment les 17 magistrats qu’il dirige, travaillent et sortent des affaires. Ils en examinent plus de 600 actuellement. Une enquête administrative a même été demandée par le garde des Sceaux ministre de la Justice pour un possible dysfonctionnement en rapport avec la recherche de l’identité de la taupe (voir plus loin). Pour tous les défenseurs (surtout les politiques) de Nicolas Sarkozy et de Thierry Herzog, la faute qu’on leur reproche, n’a pas été commise. Ils en avaient l’intention mais comme ils ne sont pas passés à l’acte, on devrait jeter à la poubelle trafic d’influence et pacte de corruption. 

 

Ce que tout le monde a compris, c’est que si une taupe bienveillante n’avait pas informé le trio de leur mise sur écoute à l’aide de la ligne ouverte par « Paul Bismuth », le coup de pouce auprès du prince de Monaco en faveur de Gilbert Azibert aurait bien eu lieu. Nous avons compris également que l’avocat général de la Cour de cassation qu’il est, aurait tenté concrètement d’en savoir plus sur l’avenir de l’agenda de Nicolas Sarkozy qui avait peur ( ?) de certaines découvertes dans le cadre de l’affaire Bettencourt d’ailleurs terminée par un non lieu. Les magistrats bordelais contraints de clore l’affaire n’ont en effet pas réussi à prouver que des enveloppes kraft qui circulaient contenaient des espèces sonnantes et trébuchantes. Le doute a profité aux mis en cause.

 

Me Soulez-Larivière nous prend pour des bœufs ou des veaux selon la saison. C’est lui qui nous fait peur. Beaucoup plus en tout cas que les magistrats indépendants, libres de toute influence ou pression, seuls face à leur intime conviction et au faisceau d’indices graves OU concordants (et non pas graves ET concordants) comme le précise le code de procédure pénal. La nuance est plus qu’importante dans la mesure où les indices peuvent être graves sans être concordants. De même ils peuvent être concordants sans être graves. Et cela suffit pour entrer en condamnation !

 

La condamnation de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog et Gilbert Azibert n’est pas de nature à nous réjouir. Là-dessus, je suis d’accord avec Me Soulez-Larivière. Qu’un ancien Président de la République soit menacé du bracelet électronique pendant quelques mois n’a rien de très positif mais Me Herzog et Me Sarkozy sont aussi avocats. Ils connaissent donc bien la loi pénale et étaient donc à même d’imaginer les conséquences de leur comportement si, par malheur pour eux, il venait à être découvert, ce qui fut le cas. Je suis surpris, à moins qu’il ne s’agisse d’une forme de corporatisme, de l’initiative de Me Soulez-Larivière. Il nous avait habitués à plus de circonspection et en tout cas à moins d’animosité à l’égard de juges indépendants. Les condamnés ayant interjeté appel, jusqu’au prochain jugement, ils demeurent innocents.

6 mars 2021

Quelques réflexions au débotté : Balladur, Sarkozy, Le Pen…

10 millions de francs de tee-shirts pour soutenir Edouard Balladur

10 millions de francs déposés en billets de 500 sur le compte de campagne d’Edouard Balladur quelques jours après le premier tour de l’élection présidentielle de 1995 et de forts soupçons de rétro-commissions dans la sombre affaire dite de Karachi…soit. Mais comme les juges de la Haute cour de justice n’ont pas pu en déterminer la provenance, ils ont absous l’ancien Premier ministre et l’ont relaxé alors qu’il risquait une peine d’amende et d’emprisonnement. Son ami François Léotard n’a pas eu la chance de l’ancien rival de Jacques Chirac puisqu’il a été jugé coupable d’avoir accepté l’argent des rétro-commissions sur les contrats d’armement (comme trésorier de la campagne) et condamné à deux ans de prison avec sursis et 100 000 euros d’amende.

François Léotard a annoncé son intention de tenter d’obtenir la cassation du jugement devant la cour du même nom et s’est évidemment indigné de sa condamnation. Il a plaidé l’ignorance et n’a pu expliquer clairement d’où venaient ces 10 millions de francs en espèces qui auraient été le produit de la vente de tee-shirts et autres gadgets pendant la campagne. 10 millions de francs de tee-shirts, cela laisse rêveur…

 

J’ai lu les 254 pages du jugement condamnant Nicolas Sarkozy

Ils ont été nombreux les commentateurs sur la toile après la publication du jugement condamnant Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog et Gilbert Azibert à trois ans de prison dont deux avec sursis pour trafic d’influence et pacte de corruption. L’ancien président est sorti de sa réserve pour faire état de son indignation et de sa volonté d’aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme pour « faire éclater son innocence et la vérité. » D’ici là, il faudra qu’une cour d’appel — puis la cour de Cassation (éventuellement) — se prononce.

Médiapart a eu la bonne idée de publier les 254 pages du jugement. J’ai lu avec attention ce jugement notamment les pages relatives aux différentes écoutes dont Nicolas Sarkozy assure qu’il s’agit de morceaux mis bout à bout. A les lires, ce n’est pas du tout l’impression ressentie. Ce ne sont pas, comme MM. Sarkozy est Herzog veulent le faire accroire, des conversations entre un avocat et son client. Ce sont bien des conversations entre deux amis de trente ans d’autant plus que Gilbert Azibert est introduit dans la boucle si bien qu’il n’y a aucune ambiguïté sur le fond du contenu. Ce qui est drôle c’est le changement de ton après que le trio a appris qu’il était sur écoute et qu’une taupe (elle aurait été identifiée) leur avait révélé cette initiative des juges d’instruction. Pour autant je ne suis pas certain qu’une relaxe en appel soit impossible. Les juges prennent leurs décisions en leur âme et conscience et en fonction de leur intime conviction appuyée sur des arguments juridiques. Qui sait ce que les magistrats de la cour d’appel de Paris décideront ?

 

Des soutiens de Jean-Luc Mélenchon votent Le Pen !

Quand je lis les résultats d’un sondage indiquant que 40 % des électeurs-trices de Jean-Luc Mélenchon disent vouloir voter pour Marine Le Pen au second tour de la prochaine présidentielle de 2022 je me dis que ces électeurs-trices là ne sont pas de gauche. Qu’ils soient des insoumis, d’accord. Mais certains insoumis peuvent aussi être de droite ou appartenir à la droite-extrême. Marine Le Pen se situe dans le camp des ennemis de la République même si son parti entre dans le champ démocratique. Ceux et celles qui donnent leurs voix au Rassemblement national savent-ils, savent-elles ce qu’ils font ? Ils et elles cautionneraient le programme de Marine Le Pen fondé sur l’exclusion, la stigmatisation, la violence dans les relations ? Les références de l’ex-FN demeurent celles d’hier : des nostalgiques de la monarchie absolue comme de la colonisation. La république demeure pour les Le Pen cette « gueuse » que les camelots du roi contestaient dans la rue le 6 février 1934. Quand Marine Le Pen affirme appartenir aux « patriotes » il s’agit d’un paradoxe. Au fond elle est l’anti-France puisque notre pays est celui des Lumières et des droits de l’homme qu’elle remet en cause sans cesse. Sans parler de ses théories économiques antieuropéennes et protectionnistes.

 

Suzanne Lipinska officier de la Légion d’honneur

Le Moulin d’Andé ne cesse de tourner depuis 1956, année au cours laquelle Suzanne Lipinska prit la tête de ce que Claude Cornu a joliment appelé « une thébaïde normande pour les cinéastes. » Dans la revue Etudes normandes de décembre dernier, le vice-président de la Sociétés d’études diverses de Louviers consacre quatre pages à l’histoire du Moulin en citant quelques uns et quelques unes des scénaristes, acteur-trices, réalisateurs-trices qui ont fréquenté ce lieu magique.

Magique, le Moulin l’est toujours car il conserve la mémoire des hommes et des femmes d’exception passés par le Moulin. Et comment ne pas évoquer le souvenir de Maurice Pons, l’ami cher parmi les amis, l’auteur des Saisons et de Rosa et dont la nouvelle « Les mistons » fut adaptée au cinéma par François Truffaut. Comment ne pas citer Georges Perec qui écrivit à Andé la célèbre « Disparition », livre entier écrit sans la lettre E. Un exploit oulipien dont Suzon conserve la manuscrit en un lieu sécurisé.

Suzanne Lipinska, commandeur des Arts et des lettres, fut faite chevalier de la Légion d’honneur à la fin du siècle dernier. Roselyne Bachelot l’a récemment informée de sa promotion au grade d’officier dans l’ordre le plus prestigieux ce qui rend ses immenses mérites encore plus grands. Je ne doute pas que fidèle à l’histoire et à l'esprit du Moulin, Suzon organisera une fête inoubliable quand la triste pandémie aura été vaincue.