20 octobre 2021

Peut-on espérer une exposition des œuvres de Lily Mendès France, artiste peintre méconnue ?

Pierre Mendès France et son épouse à Louviers en 1954

 

Une grande dame. Sans doute très (trop) discrète. Mais quand on a pour mari un homme d’Etat d’une intelligence exceptionnelle et d’un charisme non moins flamboyant, qu’on vit dans une France de la tradition fondée sur des rôles assignés, qu’on est mère de deux enfants, comment se construit-on une vie personnelle ? Ce fut le dilemme de Lily Mendès France, épouse de Pierre, dont Claude Cornu s’est plu, ce mardi soir au Moulin, à narrer les vicissitudes et les épanouissements que lui autorisèrent une vie qui ne manqua pas d’épisodes dramatiques.

 

Qu’on en juge. Un père aimant assassiné par des cambrioleurs au Caire où il avait créé le premier grand magasin ; la mort d’une sœur adolescente emportée par une septicémie ; un mari arrêté par la police de Vichy, condamné pour une désertion totalement fabriquée par des magistrats aux ordres de Pétain ; un exil de plusieurs années aux Etats-Unis où la famille séparée connut bien des difficultés matérielles…et enfin la maladie ponctuée par une mort prématurée en 1967.

 

Lily Jeune

Lily Mendès France rayonnait par sa beauté, son élégance mais aussi et surtout par un indéniable talent pictural trop méconnu. C’est cet aspect-là de sa vie que le conférencier d’un soir réunissant les adhérents de la SED et de l’Université populaire a voulu mettre au jour. En fait, il s’agissait simplement d’une légitime reconnaissance à l’égard de celle qui se tint toujours droite et debout auprès d’un homme politique accaparé par les affaires du monde « dont l’histoire se souviendra » comme le dit si bien François Mitterrand lors de l’hommage national organisé dans la cour d’honneur du Palais Bourbon après la mort de PMF en 1982.

Rosy Cicurel soeur de Lily 1915-1941

 

Lily Mendès France pratiqua très tôt le dessin et la peinture. Une formation classique lui donna l’occasion d’aspirer à être plus qu’un peintre du dimanche. Elle participa à plusieurs salons jusqu’à ce qu’elle devienne l’épouse (le 26 décembre 1933 à Louviers) du frère de son amie Marcelle. Il est vrai que la naissance de Bernard et Michel, peu d’années après le mariage de Pierre et Lily, obéra sensiblement les temps de loisir d’une femme tout entière occupée à satisfaire les besoins de ses enfants et à soutenir un mari très engagé dans la politique. Les Lovériens l’aperçurent (notre photo) lors de la visite de Pierre Mendès France à Louviers quand il devint Président du Conseil et donc chef du gouvernement.

 

Pourtant, Lily ne manquait pas de talent. Ses dessins sont précis, ses personnages teintés d’une forme de mélancolie, ses natures mortes inspirées, sans doute, de Giorgio Morandi, de Paul Cézanne voire d’Amédée Ozenfant. Mais la « patte » reste originale. Les critiques de la presse spécialisée, au milieu d’une foule d’exposants, remarquèrent ce trait assuré et ces couleurs magnifiquement déployées. Excepté deux ou trois expositions personnelles, jamais Lily Mendès France ne se lança dans une carrière où un épanouissement reconnu aurait pu couronner son talent. Discrète, elle souhaita le demeurer si fortement que toutes ses œuvres sont restées dans la famille Mendès France, à Louviers ou à Paris. Parmi les toiles et les dessins projetés sur écran ce mardi, comment ne pas citer cette toile en fort mauvais état que des soldats allemands zélés criblèrent de balles dans la maison des Monts investie par les nazis ? « Jeu bête » écrira-t-elle. Ou plutôt fanatisme débridé, qui sait ?


 

Claude Cornu (notre photo) se plut enfin à espérer, comme ce fut le cas lors de l’exposition de 2012 au musée dans une salle dédiée (1), qu’une exposition plus large des œuvres de Lily Mendès France soit programmée dans un futur proche. J’ignore si les responsables municipaux lovériens y songent. En tout cas, Michel Mendès France et Michel Natier, ancien directeur du musée, en avaient discuté. Le conférencier fit le vœu, encore, que la correspondance de Pierre et de Lily fasse l’objet d’une publication…

(1) L’exposition consacrée à la vie de Pierre Mendès France fut inaugurée par François Hollande, président de la République.


15 octobre 2021

Le couple Pécresse-Bertrand n'est pas à une génuflexion près

Qu’il s’agisse de Michel Barnier ou de Valérie Pécresse, le ton est le même. Alors que le premier cité a négocié le Brexit et défendu les intérêts de l’Union européenne pendant plusieurs années, le voilà devenu un défenseur des lois nationales qui, dans la hiérarchie des normes, devraient primer sur les textes européens. Quelle tristesse. Alors que cet homme présentait les meilleures qualités morales, le voilà pris dans le piège d’une campagne électorale à droite pour le moins surprenante. Pour ne pas être en reste, Mme Pécresse entonne le même refrain imitant les Polonais et les Hongrois bienheureux de bénéficier — et largement — des subventions européennes. Tomber à bras raccourcis sur l’Europe a toujours été le sujet favori de l’extrême droite et maintenant de la droite. On ne se refait pas.

Et pourtant. Chaque état sait en rejoignant l’union, qu’il devra veiller à l’application des lois européennes et voter la transcriptions des dites lois dans les textes nationaux. La Grande-Bretagne en avait d’ailleurs fait son cheval de bataille et Boris Johnson revient à la charge dans le cadre du projet de nouveau protocole sur l’Irlande du nord et la frontière avec l’UE. Bojo a beaucoup menti et il ne lui sera pas beaucoup pardonné.

Un homme (ou une femme) politique ne peut pas tout se permettre. Je sais bien que les promesses n’engagent que ceux et celles qui les écoutent mais tout de même : « Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites » aimait à dire le sapeur Camenbert. M. Barnier et Mme Pécresse, candidats…à la candidature dans le cadre du congrès de l’UMP devraient se montrer plus regardants quant à la manière de conduire leur campagne.

L’Europe à 27, à 30 ou 32 ( ?) ne peut fonctionner que si les règles communes sont acceptées par tous. Quand le gouvernement polonais « vire » les juges qui ne lui plaisent pas du tribunal constitutionnel pour les remplacer par des magistrats à la botte pressés de dire le nouveau droit « supérieur » au droit européen, il sort de la règle commune et doit en assumer les conséquences. Sortir de l’UE ? Vous n’y pensez pas. La vache est bien grasse et peut encore servir. 

Quant à Mme Pécresse et M. Bertrand, ils viennent de toucher le fond en annonçant qu’ils allaient tous deux adhérer de nouveau au Parti républicain. Ils avaient pourtant claquer la porte de leur parti avec fracas jurant leurs grands dieux qu’on ne les y reprendraient plus. Face au congrès des militants (un cercle fermé donc) les deux candidats principaux auront besoin des finances de LR et de son soutien logistique. L’argent reste souvent la principale motivation des candidats putatifs de la droite républicaine. Le couple Pécresse-Bertrand n’est pas à une génuflexion près.

13 octobre 2021

Le frelon oriental, un nouveau prédateur d'abeilles recensé dans le sud de la France

Le frelon oriental est présent dans le Sud-Est de l’Europe, dans le Nord-Est de l’Afrique, dans le Moyen Orient et l’Asie centrale et le Sous-continent indien. On trouve également des populations isolées dans les oasis sahariennes et il a été introduit à Madagascar.

 

Cette espèce ressemble beaucoup au frelon européen. Il se distingue par sa couleur roux de rouille beaucoup plus étendue, en particulier sur l’abdomen. Seulement la face antérieure de sa tête et une bande de son abdomen sont jaune.

Sa taille est comparable à celle de Vespa Crabo communément appelé le frelon commun. Les reines mesurent de 25 à 35 mm de long. Les mâles et les ouvrières sont plus petits et atteignent rarement 25mm.

 

Découvert récemment dans la région de Marseille, le frelon oriental est susceptible de se répandre sur l’ensemble du territoire national. Si par hasard vous rencontrez ce frelon soyez aimable de me le faire savoir en m’envoyant un commentaire sur ce blog. Merci d’avance de votre attention.

 

 


11 octobre 2021

Les antivax en prennent pour leur grade : la vaccination anti-COVID efficace à plus de 90 %

Au centre de Louviers

Les antivax en prennent pour leur grade. Une étude a été publiée aujourd’hui. Elle porte sur 22 millions de personnes dont une moitié vaccinée et une autre non vaccinée. Et les résultats sont éloquents : les personnes vaccinées (toutes des adultes) ont 90 % de « chances » en moins de contracter la COVID 19. Autrement dit, 9 neuf personnes sur 10 ne seront pas touchées par la maladie ! Et cela pendant des mois puisqu’au 5e mois de la vaccination, les personnes sont toujours protégées.

On savait, eu égard aux constatations des laboratoires pharmaceutiques (Pfizer, Moderna, Astra Zeneca) que la protection avoisinait 90 % et plus. C’est la première étude portant sur un aussi grand nombre de personnes et dont les résultats sont incontestables. Je suis évidemment vacciné. Et je ne comprends pas comment ni pourquoi des esprits éduqués, dont les enfants reçoivent les vaccinations obligatoires, peuvent se montrer hostiles (parfois violemment) au vaccin anti-COVID. Les arguments du genre « on n’a pas assez de recul » ne tiennent pas quand six milliards d’humains ont reçu les doses nécessaires à une protection très importante et avec les résultats que l’on connaît. Et puis, comment expliquer le recul de la pandémie, sinon par une vaccination systématique ? Les 12 à 15 % des Français(e)s non vacciné(e)s devraient courir au centre le plus proche pour bénéficier du bouclier vaccinal. La vaccination c’est comme l’abstention : quand on ne participe pas, il ne faut pas se plaindre.

Zemmour favorable à la peine de mort : une raison suffisante pour ne pas voter pour lui

Le président de la République et Robert Badinter se sont retrouvés, récemment, au Panthéon, pour fêter le 40e anniversaire de l’abolition de la peine de mort en France ! On a peine à imaginer que la patrie des droits de l’homme était à la traîne alors même que les révolutionnaires des Lumières, d’abord, avec Condorcet, et plus tard, Victor Hugo, avaient exprimé leur volonté de voir supprimer cet acte barbare, déshonneur de la justice française.

François Mitterrand, ancien ministre de l’intérieur, à l’origine de plusieurs exécutions de militants algériens luttant pour l’indépendance, a regretté d’avoir manqué de lucidité lors d’une période troublée de notre histoire. En 1981 quelques semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle, alors que les sondages indiquaient qu’une majorité de Français était favorable à la peine de mort, le candidat socialiste à la magistrature suprême se déclara hostile à la peine de mort. C’était assurément un acte politique audacieux.

Il n’était pas seul. Son ministre de la justice, Robert Badinter, avocat inlassable de l’abolition fut celui qui, au cours d’une séance mémorable, invita l’Assemblée nationale à l’approuver. Sur tous les bancs de de celle-ci, une importante majorité de député(e)s décida que la guillotine devait être reléguée dans les poubelles de l’histoire. Alors que de grandes démocraties (celle des Etats-Unis notamment) continuent d’appliquer ce châtiment inhumain, le nombre des pays décidant l’abolition s’accroît chaque année. Il ne reste plus guère que des dictatures ou des « démocratures » (comme la Chine) pour croire encore aux vertus pédagogiques de la suppression sociale de la vie ! En France, les adeptes de la peine de mort se recrutent surtout à l’extrême-droite. Notre appartenance à l’Union européenne et notre constitution ont sanctuarisé l’abolition. Mais Zemmour, toujours lui, se déclare ouvertement favorable au rétablissement de la peine de mort en France. S’il n’y avait qu’un mobile pour refuser de voter pour lui (s’il est candidat…mais il le sera bien un jour) ce serait bien suffisant.

10 octobre 2021

Mélanie Boulanger lavée de tout soupçon mais elle a vécu « le pire moment de sa vie »

Mélanie Boulanger « a vécu le pire moment de sa vie »

J’avais été sidéré d’apprendre que Mélanie Boulanger, la maire de Canteleu, l’une des vice-présidentes de la métropole rouennaise et aussi récente tête de liste aux élections régionales pour le PS et Europe Ecologie les Verts, avait été interpellée et placée en garde à vue par les enquêteurs dans le cadre d’un trafic de stupéfiants et d’association de malfaiteurs.

Pour avoir approchée Mélanie Boulanger du temps où elle travaillait au sein du cabinet de l’actuel maire de Val-de-Reuil, sa personnalité et son comportement ne cadraient pas avec celle et celui d’une délinquante. Les journaux nationaux dont « Le Monde » et régionaux dont « Ouest-France » ont été prompts à faire leurs gros titres sur cette information. On peut les comprendre. Ce n’est pas tous les jours qu’une jeune élue locale voit son nom mêlé à un trafic ayant des ramifications au Maroc ou aux Pays-Bas.

J’aurais aimé qu’ils soient aussi rapides à informer leurs lecteurs de la remise en liberté de Mélanie Boulanger contre laquelle aucune charge n’a été retenue par les policiers. Dans les affaires de trafic de drogues la garde à vue peut durer au maximum 96 heures. Mélanie Boulanger a été élargie, comme on dit, au bout de 48 heures. Je me mets à la place de son compagnon et de sa fille ainsi que des élus et électeurs(trices) qui lui ont accordé leur confiance. A la sidération s’ajoutait le doute même infime. Il est rassurant et positif que l’honneur de Mélanie Boulanger soit intact et qu’elle soit lavée de tout soupçon. 

 Elle a même tenu, ce lundi 11 octobre, une conférence de presse à la mairie de Canteleu au cours de laquelle elle s'est étonnée de sa mise en garde à vue qui lui a causé « le pire jour de sa vie ». Elle en a profité pour regretter que l'Etat n'ait pas tenu ses promesses sur les effectifs policiers et la lutte contre les trafiquants lesquels ne sont pas privés de la menacer au cours des  dernières années. Elle a, fort heureusement, constitué un dossier béton prouvant ses interventions et ses décisions (police municipale, caméras de surveillance) au bénéfice de cette ville de la banlieue rouennaise où la vie associative, sportive, culturelle, est intense.

9 octobre 2021

La Société d'études diverses reprend son cycle de conférences : le 19 octobre « Lily Mendès France peintre méconnue »

La SED peut enfin reprendre le cycle de ses conférences mensuelles. En octobre et novembre, elle propose deux rendez-vous, en partenariat avec l’Université populaire. Ces deux manifestations auront lieu non, comme d’habitude, à l’Hôtel de ville, mais dans la salle du Moulin, rue des Anciens combattants d’Afrique du Nord. Il faudra évidemment respecter les consignes sanitaires en vigueur dans tous les lieux culturels : si le port du masque est recommandé mais facultatif, chacun devra, en revanche, présenter son passe sanitaire (ou, à défaut, une attestation de vaccination) pour entrer dans la salle.

 

Le mardi 19 octobre, à 18 heures, la SED reprogramme la conférence de Claude Cornu, deux fois annulée en 2020, « Lily Mendès France, peintre méconnue ». Le 27 novembre 1967, Lily Mendès France, l’épouse de l’ancien député-maire de Louviers, décédait des suites du cancer dont elle souffrait depuis plusieurs années. Les Français avaient découvert cette femme discrète et élégante en 1954, lorsque, Pierre Mendès France étant devenu Président du Conseil, elle était apparue à ses côtés dans les cérémonies officielles. Mais si elle avait choisi, depuis son mariage, de s’effacer devant la carrière de son mari et de se tenir à l’écart des manifestations publiques, elle s’adonnait avec passion à la peinture, bâtissant à l’abri des regards une œuvre dont le public ne prit connaissance qu’après sa disparition, lors d’une unique rétrospective organisée dans une galerie parisienne. La conférence, qui sera accompagnée d’illustrations, est donc l’occasion de découvrir une femme qui fut aussi une Lovérienne d’adoption et de cœur.

 

Le mardi 9 novembre, dans la même salle mais à 18 heures 30, aura lieu la projection du film documentaire de Christian Clères, J’aime pas Flaubert, en présence du réalisateur. Sous ce titre provocateur, le film offre, grâce aux divers intervenants, dont notamment Yvan Leclerc, professeur émérite de littérature à l’Université de Rouen, et la romancière Marie-Hélène Lafon, l’occasion de parcourir l’œuvre de l’auteur de Madame Bovary, dont la Normandie célèbre, cette année, le bicentenaire de la naissance. La projection sera suivie d’un débat avec le public.

8 octobre 2021

Quelques réflexions au débotté : Tapie coule Wonder, Zemmour ment sur Pétain, Boris Johnson face au Brexit, Les Polonais jouent perso…

Bernard Tapie à Louviers en 1987. (photo JCH)


Tapie et Wonder ou comment couler une boite

On en a fait des tonnes sur Bernard Tapie, son débat musclé avec Jean-Marie Le Pen, les matches de foot truqués, la victoire de l’OM en coupe d’Europe, l’arbitrage à 404 millions d’euros, sans oublier le Phocéa et autre signe extérieur de richesse. François Mitterrand avait un faible pour lui et c’est ainsi qu’il le choisit pour couler Michel Rocard aux européennes et devenir ministre du gouvernement de la République.

Je ne nie ni la force mentale du personnage ni son immense courage face à la maladie. Mais j’ai devant les yeux l’image des salariés de l’usine Wonder, virés du jour au lendemain d’une industrie mythique à Louviers qui occupa des centaines d’ouvriers avant de partir en capilotade. Je les revois, salués par un Jean Hedern-Hallier provocateur iconoclaste venu narguer Tapie sur le site des Jonquets. Je revois leurs larmes et leur colère tellement justifiée.

 

Zemmour ment sur Pétain. Qui vole un bœuf…

En 2021 il se trouve un futur candidat à l’élection présidentielle française pour oser affirmer que le régime de Pétain a sacrifié les juifs étrangers pour sauver les juifs français ! Cette affirmation est un énorme mensonge que seuls les ignares peuvent gober. Il est en effet totalement contraire aux faits historiques d’avancer de telles énormités. Les descendants des familles juives françaises savent bien que nombre de leurs aïeux ont fini leur vie dans les camps d’extermination pour la simple raison qu’ils étaient juifs.

Ce n’est pas tout. Qui a édicté le statut des juifs en octobre 1940 leur interdisant un grand nombre de professions (artistes, comédiens, journalistes, fonctionnaires, enseignants, etc.) ? Qui a créé des numerus clausus pour devenir médecin ou avocat ? Qui a imposé le port d’une étoile jaune stigmatisant des Français et des Françaises dont Hitler et Pétain voulaient qu’ils (et elles) disparaissent dans la nuit et le brouillard?

Eric Zemmour, puisqu’il s’agit de lui, se disqualifie totalement. Si par malheur il devenait président de la République (ce que je n’imagine pas) notre pays regorgerait de haine dans une société violente. Souhaitons que les électrices et les électeurs de notre beau pays n’écoutent pas cette sirène de malheur.

 

Les Polonais jouent perso

Le tribunal constitutionnel polonais vient de déclarer qu’il est inadmissible que les décisions de la Cour européenne de justice soit au-dessus, dans la hiérarchie et dans ses décisions, des lois strictement nationales.  Il s’agit pourtant des textes fondateurs de l’Union européenne ce dont veulent s’affranchir certains dirigeants comme Orban et le président tchèque un eurosceptique en chef.

C’est simple. Plutôt que de récriminer et de se lamenter, il suffit de couper le robinet des subventions à ces pays qui refusent de jouer le jeu collectif. On ne peut pas d’un côté, tendre la sébile, comme disait Maurice Druon, et de l’autre refuser des règles qui s’imposent à tous. Sans les fonds européens, que deviendraient les Polonais, les Tchèques ou les Hongrois ?

 

Boris Johnson boira-t-il le calice du Brexit jusqu’à la lie ?

La Grande-Bretagne manque de tout : les rayons des supermarchés se vident, les pompes à essence aussi, les pêcheurs ont du mal à écouler leurs prises…Même si BoJo invoque l’épidémie de COVID pour masquer ses erreurs et ses insuffisances, viendra le moment de vérité. La vérité du Brexit que de nombreux citoyen(ne)s britanniques commencent à découvrir dans toutes ses conséquences fâcheuses.

Et la vérité c’est que la Grande-Bretagne, quand bien même elle aura trouvé un accord avec le grand frère américain et le cousin australien dans le cadre de l’affaire des sous-marins, réalise 50 % de ses échanges avec l’Union européenne.

Le Premier ministre britannique va plus loin. Il remet en cause des accords signés il y a quelques mois régissant les relations de la République d’Irlande et l’Irlande du nord avec le reste de la Grande-Bretagne. Comme il complique à loisirs des permis de pêche des armateurs français qu’il refuse de renouveler, Clément Beaune, chargé des relations européennes au sein du gouvernement français, suggère de rationner la fourniture d’électricité à l’île de Jersey durant les mois à venir en mesure de rétorsion. Je ne suis pas certain que punir Boris Johnson de cette façon permettra d’améliorer les rapports avec un pays allié important dans le cadre du système de défense européen et dans la lutte contre le terrorisme. Il faudra certainement inventer autre chose.

 


 

 


6 octobre 2021

Jean Zay et Pierre Mendès France condamnés à Clermont : « Chaînons manquants » entre De Gaulle et Blum

Joan Mendès France (au centre) et Hélène Zay, à droite
Pour le meilleur…et pour le pire. Dans la salle des mariages de Clermont-Ferrand, cette formule rituelle est écrite sur les murs. Ces murs devant lesquels Jean Zay et Pierre Mendès France furent condamnés par le tribunal militaire du régime de Vichy après deux procès intentés contre de soi-disant déserteurs, juifs qui plus est. Sans revenir en détail sur l’affaire dite du Massilia, qu’on sache simplement que plusieurs députés français (dont Jean Zay, Pierre Mendès France, Pierre Viénot et Alex Wiltzer) prirent la mer en juin 1940 pour gagner le Maroc afin d’y poursuivre le combat contre les nazis au moment même où Pétain demandait l’armistice. Le maréchal saisit là l’occasion d’instrumentaliser le départ de ces élus de la nation pour les salir et par là même blâmer le gouvernement du Front populaire auquel les deux « amis-frères » avaient appartenu et devenu « le responsable de la débâcle ». Pierre Viénot fut condamné à une peine de prison avec sursis. Alex Wiltzer bénéficia d'un non lieu. Il faut dire que ni Viénot, ni Wiltzer n'étaient juifs !

Jean Zay, d'abord, connut le pire des sanctions : la déportation (1) le 4 octobre 1940 et Pierre Mendès France, ensuite, le 9 mai 1941, se vit infliger une peine de six années de détention sans oublier la suppression de ses droits civils. Jean Zay fut assassiné par la milice de Darnand après le débarquement des alliés du 6 juin 1944. Pierre Mendès France, s’évada de la prison de Clermont pour rejoindre la France libre et le général de Gaulle à Londres où il fit preuve d’un grand courage.

« Un peuple sans mémoire est condamné à revivre son histoire » (Mouloud Mameri). Cette formule illustre la nécessité que l’Institut Pierre Mendès France et l’Association des amis de Jean Zay (avec le cercle Pierre Mendès France clermontois) ont faite leur, d’où la journée de commémoration organisée à Clermont-Ferrand, lundi dernier, ouverte par Olivier Bianchi, maire (PS) de la ville, sur les lieux mêmes de l’infamie perpétrée par les théoriciens de la Révolution nationale. Cette terrible Révolution nationale symbolisée, notamment, par une justice militaire partiale (et plus tard avec les sections spéciales) dont on sait qu’elle est à la justice ce que la musique militaire est à la musique. Le pire parfois.


François Loncle et Vincent Duclert


François Loncle, le tout nouveau président de l’Institut Mendès France, en a profité pour fustiger certain impétrant révisionniste et potentiel candidat à l’élection présidentielle. A l’heure où l’antisémitisme et le racisme redoublent de vigueur, l’Institut PMF organisera dans les mois à venir une manifestation d’importance nationale dont les intervenants restent à définir. A quelques semaines du premier tour de l’élection, il ne sera, en effet, pas inutile de dénoncer les fausses nouvelles et de critiquer ceux et celles qui, au mépris des textes constitutionnels, veulent transformer la France en un apartheid d’un nouveau genre.

Pour évoquer les premiers procès du régime de Vichy, deux historiens se sont mis à l’ouvrage. Olivier Loubes, professeur à l’université de Toulouse et biographe de Jean Zay, a narré comment Vichy — et ses exécutants — ont voulu éliminer des opposants républicains. Cette dictature française a répandu l’idée que la république, celle « enjuivée du front populaire » était responsable de la défaite de la France face à l'Allemagne et ses alliés. Olivier Loubes a trouvé la bonne formule : Les procès de Clermont sont « les chaînons manquants » dans la mémoire collective entre le procès du général de Gaulle (condamné à mort) et le procès de Riom (celui de Léon Blum) d’où Vichy sortit en lambeaux au grand dam des nazis.

L’intervention d’Olivier Loubes, ciselée, permit se saisir la solitude carcérale mais aussi la profonde humanité de Jean Zay. Un homme livré à l’injustice, abandonné à lui-même et sa famille (une femme et deux enfants) et promis au sort funeste qui fut le sien. Hélène Zay-Mouchard, l’une des filles de Jean Zay, présente à Clermont, donna lecture d'un message de Pascal Ory et d’extraits de quelques lettres de son père, moment émouvant s’il en fut, illustration d’un fils, d’un mari, d’un père, d’un martyre, soutenu par l’affection des siens face à la broyeuse psychique que représente une innocence bafouée.

Olivier Loubes et Vincent Duclert
 Vincent Duclert, enseignant à Sciences Po Paris, chercheur à l’EHESS, mieux connu pour avoir présidé la commission sur le génocide Rwandais et directeur de l’édition des écrits de résistance de Pierre Mendès France (2) a bien décrit les mécanismes politique et juridique conduisant PMF à décider de s’évader après sa condamnation définitive. PMF, docteur en droit, construisit une défense argumentée, redoutable d’efficacité et pourtant impuissante puisque le jugement était écrit d'avance. Son évasion se justifiait tant elle symbolisait de sa part le refus absolu d’une machination destinée à condamner un homme dont le seul crime consistait à vouloir poursuivre le combat ! Combat qu’il assuma au sein de l’escadron Lorraine (Forces aériennes de la France Libre) avant de rejoindre le général de Gaulle à Alger dans le gouvernement provisoire de la République.

Avec Françoise Chapron, attachée scientifique de l’Institut PMF et cheville ouvrière de cette journée singulière, on crut entendre la voix de l’ancien président du Conseil, ancien député-maire de Louviers. Le choix des textes qu’elle lut a retenu toute l’attention du nombreux public présent — parmi lequel quelques étudiants (khagneux) du lycée Fénelon de Clermont — dont plusieurs membres furent très heureux d’échanger avec Hélène Zay-Mouchard ou Joan Mendès France toutes deux gardiennes vigilantes d’une mémoire familiale légitimement sublimée.

 

Hélène Zay-Mouchard avec les étudiants et leur professeur

(1) Aucun Français n’avait été condamné à la déportation depuis les procès des Communards de Paris après 1871. 

(2) Ecrits édités avec la collaboration étroite de Michel et Joan Mendès France ainsi que Simone Gros.

22 septembre 2021

François Loncle succède à André Azoulay à la tête de l'Institut Mendès France

 

André Azoulay (au centre) avec François Loncle à sa gauche sur la photo.


Perpétuer la mémoire et l’action de Pierre Mendès France, soutenir les étudiants dans leurs recherches sur la vie de PMF qu’il s’agisse de l’international ou de la politique nationale, organiser des colloques, des débats autour de la pensée et de l’action de PMF, en éditer les contenus tels sont quelques uns des objectifs de l’Institut qui porte son nom. L’ancien Président du Conseil, député de Louviers, président du Conseil général du département de l’Eure, maire de Louviers, demeure un phare dont la modernité éclaire la politique contemporaine dans ce qu’elle a de noble et de puissant au service de l’intérêt général et notamment des classes sociales défavorisées. Mais le rôle de l’institut n’est pas seulement mémoriel. Il a vocation à défendre des causes justes. La lutte contre l’antisémitisme est de celles-là. Il faut s’attendre à ce que des propositions d’actions pédagogiques soient avancées par le nouveau conseil d’administration de l’Institut auquel j’ai l’honneur d’appartenir.

 

L’assemblée générale de l’Institut Mendès France se tenait la semaine dernière à la mairie du 3e arrondissement de Paris sous la présidence d’André Azoulay. Pendant plusieurs années, ce dernier a conduit avec élégance et passion une association malmenée, comme tant d’autres, par la pandémie de la COVID. Et pourtant. André Azoulay est parvenu à maintenir un lien solide entre les membres de l’Institut, contraint qu’il fut de recourir à plusieurs reprises à la visioconférence pour assurer une permanence indispensable pour dépasser les contingences sanitaires imposées par la situation du pays. Il est vrai qu’il a été fortement soutenu par Françoise Chapron, attachée scientifique et Fanny Durville, secrétaire de l’Institut, toutes deux soucieuses de la pérennité de l’association.

 

Il se trouve que François Loncle s’est déclaré disponible pour succéder à André Azoulay, démissionnaire, sa présidence étant acquise à l’unanimité des votants. François Loncle, député de Louviers, a été élu pour la première fois en 1981 même si le président Mendès France aurait aimé le voir triompher dès 1978 (notre photo) lui qui l’avait poussé à partir à la reconquête d’un territoire tant aimé. Sauf une courte interruption de 1993 à 1997, François Loncle a conservé la confiance des électeurs constamment jusqu’en 2017 après un quinquennat Hollande chaotique pour la gauche de gouvernement et après qu’il a décidé de ne pas se représenter. Son successeur, Bruno Questel (député LREM) est même entré au CA de l’Institut où il renforcera les liens de celui-ci avec l’Assemblée nationale.

 

François Loncle et PMF à Louviers.
François Loncle s’est toujours réclamé de PMF. Rendre la 4e circonscription de l’Eure à la gauche, telle fut la tâche (réussie) du secrétaire national du MRG devenu, sur l’insistance aimable de François Mitterrand, un socialiste de centre-gauche très attaché à quelques valeurs essentielles : la liberté de conscience, le progrès scientifique et technique, la démocratie locale ainsi que la primauté du suffrage universel toujours et partout.

 

La première action du nouveau président est imminente. En effet, le 4 octobre prochain aura lieu à Clermont-Ferrand, à l’initiative des Amis de Jean Zay et de l’Institut Mendès France associée à la municipalité de la ville l’anniversaire des procès iniques intentés par le Maréchal Pétain aux députés de gauche pour  « désertion » alors que leur présence sur le Massilia (1) n’était dictée que par des considérations militaires visant à poursuivre le combat contre les nazis. Jean Zay et Pierre Mendès France furent injustement condamnés à des peines infamantes, surtout parce qu’ils étaient juifs. Jean Zay, assassiné par la milice en 1944, fut un ministre remarquable dont j’ai déjà fait l’éloge sur ce blog. Pierre Mendès France, lui, parvint à s’évader de la prison de Clermont-Ferrand (2) avant de rejoindre le général de Gaulle à Londres et la France libre. Joan Mendès France, l’épouse de Michel, l’un des deux fils de PMF, ne pourra pas comme elle l’aurait souhaité, visiter la cellule de son beau-père, des contingences d’ordre militaire empêchant ce moment espéré.

 

Qu’importe. Les interventions des historiens (dont Vincent Duclert) programmées le 4 octobre rappelleront à la centaine de présents attendue combien Jean Zay et Pierre Mendès France ont compté dans l’histoire de la 3e république et pour ce dernier surtout, dans l’histoire de la 4e et de la 5e républiques. Et combien ils comptent encore.

 

(1)  Le Massilia est ce bateau qui quitta Bordeaux en juin 1940 pour gagner le Maroc où Jean Zay et PMF furent interpellés.

(2)  Dans le film « Le Chagrin et la Pitié » Pierre Mendès France rapporte pourquoi il décida de s’évader et, surtout, comment il y parvint.