12 novembre 2022

Hanouna n'a qu'un but : alimenter la machine à cash et à clash

Cyril Hanouna, animateur de touche pas à mon poste, n’est ni journaliste, ni agent de divertissement. C’est un histrion. Un méchant histrion-valet à 35 millions d’euros chargé de défendre les intérêts, les postures, l’idéologie de son maître qui a pour nom Bolloré. L’événement créé récemment par la diarrhée verbale d’Hanouna face à un député de la France insoumise est une caricature poussée à l’extrême (droite bien sûr) et destinée à répandre la « bonne » parole sur la base des théories les plus avilissantes pour ceux qui les proposent et ceux qui les défendent. 

Alors, les hommes et les femmes politiques, doivent-ils-elles fréquenter le mauvais garçon qu’est Hanouna ? Si on s’appelle Zemmour et si on doit son succès médiatique à Bolloré, la réponse est oui. Si on veut rester digne et ne pas alimenter la logorrhée d’Hanouna et ses équipes, il faut absolument s’abstenir de cautionner par une présence à ses côtés, les énormités, les insultes qu’il profère avec un unique but : faire le buzz et alimenter la machine à cash et à clash.

Le paysage audiovisuel français ne doit pas ressembler à Fox News, le canal TV américain qui a fait le succès de Trump. Il existe suffisamment de chaînes en France pour ne pas être obligé de s’avilir consciemment ou non, en côtoyant de près un personnage sinistre qui se complaît dans une fange où il veut entraîner certains de ses invités et les téléspectateurs.

11 novembre 2022

Une vraie provocation : Le Rassemblement national de l'AN veut présider un groupe d'étude contre l'antisémitisme !

Les groupes d’études de l’Assemblée nationale sont en train de se constituer. Ils s’intéressent à la chasse, à la corrida ou à …l’antisémitisme. Et l’on apprend que le Rassemblement national s’est mis en tête de tenter d'obtenir la présidence de ce dernier groupe. On croit rêver ou plutôt cauchemarder. Comment une majorité de député(e)s dignes de ce nom accepteraient-ils de confier au RN l’animation d’un groupe d’élus de la nation réunis pour étudier l’antisémitisme et appartenant à un parti dont le fondateur — Jean-Marie Le Pen — s’est illustré durant toute sa carrière par des mots et des attitudes que n’auraient pas rejeté(e)s le premier antisémite venu.

 

Il faut dire que la France et certains Français portent dans leurs bagages une histoire déplorable faisant des juifs, depuis des siècles, les boucs émissaires des malheurs nationaux. De l’affaire Dreyfus aux campagnes de haine contre Léon Blum, Jean Zay ou Pierre Mendès France, du statut des juifs de Pétain à la déportation qui causa la mort de tant d'hommes, de femmes et d'enfants, la vie politique française regorge d’actes, de discours, de livres, d’affiches, de tracts et de dessins antisémites dans un pays qui, après la monarchie, s’est pourtant construit sur la base des droits de l’homme et de l’égalité entre eux quels que soient leur couleur ou leur religion. D’ailleurs, l’Institut Mendès France auquel j’appartiens, organisera en 2023 une journée consacrée à la lutte contre l’antisémitisme puisque dans ce domaine, toutes les initiatives sont bonnes à prendre.

 

Mais que Marine Le Pen et les siens tentent de s’approprier la présidence d’un groupe d’étude sur l’antisémitisme relève, selon moi, de la pure provocation dont l’extrême droite française est coutumière. D’ailleurs, nombre de députés de gauche et du groupe Renaissance, se sont élevés contre cette manœuvre. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet a sagement décidé de différer l’attribution de la présidence du groupe d’étude qui, s’il n’a que peu de pouvoir réels, revêt quand même une charge symbolique très puissante. 

 

J’ose espérer que les députés, toutes appartenances confondues, vont s’opposer farouchement à cette demande du Rassemblement national dont l’un des députés s’est illustré récemment jusqu’à la caricature en invitant un député de la nation à « retourner en Afrique ». On a vu là le vrai visage de ceux qui, ce matin même, vont se rendre à Toulon pour vilipender les 254 migrants épuisés par plusieurs semaines en mer où, naufragés en Méditerranée, ils ont été récupérés par un navire de sauvetage.

7 novembre 2022

Nolwenn Léostic a rencontré un maraîcher dont la vie « n'est ni simple ni facile »


Nolwenn Léostic, conseillère municipale à Louviers, écrit :

Pour votre info, un retour sur ma rencontre avec B. qui m'a accueillie dans sa ferme mercredi de la semaine dernière. Depuis le COVID, notre autonomie alimentaire me préoccupe, elle me préoccupe surtout depuis que j'ai appris que nous pouvions nourrir les 100 000 habitants de notre agglomération pendant une semaine seulement avec nos productions locales, la plupart étant consacrées à l'exportation.

 

B. est maraîcher à 10 km de Louviers et il a accepté de répondre à la question suivante : comment les élus locaux peuvent-ils soutenir les maraîchers et les fermiers ? 

 

La réponse est la suivante : ce n'est ni simple ni facile. L'accès à la terre, mais surtout à une bonne terre cultivable, est compliqué. Un des terrains qu'il a racheté était une ancienne pépinière : « cela fait des années que j'alimente cette terre avec mon compost et je ne fais toujours pas pousser ce que je veux. Il faut du temps pour que la terre travaille pour nous.» Avec 7,6 hectares dont 1,6 sous serre, B. a déjà quatre salariés et bientôt cinq et il se fait malgré tout rattraper par les mauvaises herbes. 

«Je dépense 400 euros pour protéger mes haricots des acariens sans utiliser de produits chimiques au printemps/été. C'est pour cela que je ne peux pas vendre mes légumes aux cuisines centrales, parce que les prix d'achat sont trop bas. Et surtout, le prix d'achat, pour la moitié, c'est le coût du temps de récolte. C'est très dur physiquement, recruter est difficile.»

 

B. pratique la rotation des cultures : là où poussent ses choux, l'année suivante, ce seront des carottes et l'année d'après, du blé. « Ça permet de ne pas épuiser le sol et d'éviter les malformations des légumes qui finissent par attraper des maladies s'ils sont toujours dans le même sol. Et surtout, je cuisine ce que je cultive, il faut que ce soit bon, sinon je change de méthode !» B. rit quand je lui demande s'il a eu des aides financières. Il me répond qu'il a perçu celles accordée aux jeunes agriculteurs mais que le reste, c'est un prêt consenti par une banque.

 

La route sera longue pour retrouver notre autonomie alimentaire. 

4 novembre 2022

Bronca antiraciste à l'Assemblée nationale : un député RN tombe le masque et insulte un député noir LFI

Chassez le naturel, il revient au galop. Rien n’y fait, rien n’y fera. Les fondamentaux du Rassemblement national, ex Front national, sont bien ceux qu’un député plus impétueux que les autres, moins dissimulateur que les autres, a exprimés avec vigueur ce jeudi, dans l’hémicycle du Palais Bourbon où siègent les membres de l’Assemblée nationale. En apostrophant un député de la région parisienne, Carlos Martens Bilongo, d’un : « qu’il retourne » en Afrique selon les uns ou d’un « retourne en Afrique » selon d’autres, n’enlève rien au caractère raciste de l’injure. L’auteur de cette déplorable intervention, un certain Grégoire de Fournas, est un viticulteur de la région bordelaise. Même si certains de ces tweets anciens ont disparu dans la journée, on sait que l’auteur de l’injure est coutumier du fait. Il s'est emporté contre le député LFI car celui-ci protestait contre l'indifférence des gouvernements européens aux drames que vivent des migrants sur des bateaux secouristes. De Fournas a dit tout haut ce que trop de Français et aussi ses collègues pensent tout bas.

 

C’est ainsi. Ce n’est pas parce que Marine Le Pen a réussi à faire élire 89 député(e)s que son mouvement est devenu subitement fréquentable. Dans le naturel de ce parti politique où Jean-Marie Le Pen a longtemps sévi avec maintes saillies dès son élection en 1956 dans le mouvement de Poujade, qu’il a répétées tout au long de sa vie, figurent en bonne place la nostalgie  des bruits de botte et celle des insultes racistes les plus primaires. Inviter un député français, noir de peau, mais n’ayant jamais vécu en Afrique, à retourner sur un continent qui n’est pas le sien mais celui de ses ancêtres, c’est faire preuve d’une extrême bêtise et d’un grand mépris que l’Assemblée nationale a décidé de sanctionner. Sur proposition de sa présidente, Mme Yael Braun-Pivet, les élu(e)s ont en effet privé le député coupable de présence dans les travées pendant deux semaines et diminué son indemnité parlementaire, sanctions utilisées pour la seconde fois depuis 1958.

 

A l’évidence, c’est un rude coup contre le parti d’extrême droite. La fameuse dédiabolisation, ligne centrale de la stratégie de Marine Le Pen, démontre qu’il s’agit d’une illusion destinée à tromper les gogos. Jérôme Jaffré, un spécialiste de l’analyse politique considère que cette injure d’un député de base qui visiblement n’a rien compris à la ligne Le Pen, fait reculer le RN de plusieurs cases. La dame aux chats est en fait entourée de nostalgiques de l’Algérie française et de la colonisation, de skin-heads reconvertis, de petits fachos méchants et de racistes enfin vus sous leur vrai jour. Le masque est tombé.

 

 

2 novembre 2022

L’élection de Lula au Brésil : une bonne nouvelle pour l’Amazonie et la planète tout entière

L’élection de Lula, comme président du Brésil est aussi et surtout la défaite du machiste-raciste Bolsonaro. C’est une première satisfaction. C’est très important pour les minorités qui vont, enfin, pouvoir marcher la tête haute dans le respect de leur dignité. Mais Lula président va être confronté à un mur d’hostilité et de vengeance de la part des assemblées récemment élues et majoritaires à droite et à l’extrême droite. La violence de la campagne électorale et le déchainement des évangélistes, de certains militaires et des nostalgiques des coups d’état laissent planer un doute (Bolsonaro affirme vouloir respecter la constitution) sur une paisible passation de pouvoirs qui, de toutes façons n’aura lieu que dans deux mois. D’ici là, on peut compter sur le perdant pour se livrer à toutes les manœuvres possibles et…imaginables destinées à compliquer la tâche du nouveau président.

 

La victoire de Lula est aussi la victoire de la préservation de l’Amazonie et donc de toute la planète. Bolsonaro se moquait des alertes climatiques et favorisait des groupes et des intérêts financiers occupés à la déforestation et la disparition des peuples autochtones. On doit espérer que Lula va user de son pouvoir pour mettre un terme (provisoire ?) à ces terribles atteintes à la protection du poumon vert de notre terre. Sauver la forêt amazonienne c’est sauver l’oxygène du monde. En ce sens la victoire de Lula est un peu la victoire de tous ceux et toutes celles qui luttent pour préserver l’avenir de nos enfants contre le réchauffement climatique. L’accord économique du Mercosur et de l’Union européenne peut-il retrouver de la vigueur ? Devra-t-on le réexaminer pour le rendre supportable en termes d’émissions de CO2 ?

 

L’urgence est ailleurs. Des nuées de camions organisent des barrages routiers pour empêcher les échanges entre les villes et les régions brésiliennes. Que mijote l’apprenti dictateur ? Il avait prévenu, comme le fit Trump il y a deux ans, qu’il ne reconnaîtrait pas la victoire de Lula. Le peuple a parlé. Le suffrage universel ne se discute pas. Le drapeau de la gauche flotte dorénavant sur toute l’Amérique du sud. A elle de ne pas rater sa rencontre avec l’histoire.

30 octobre 2022

Le poutinien Jean-Luc Mélenchon n'est pas la solution pour une gauche de gouvernement

La constitution de la NUPES trouve sa justification dans une stratégie électoraliste permettant à un parti socialiste en état de mort cérébrale de sauver quelques positions. S’il est évident que des sièges ont été conquis grâce à cette union (1) un certain nombre de circonscriptions ont été perdues, nombre d’électeurs(trices) étant effarés par la violence et la tension suscitées par Jean-Luc Mélenchon, le grand architecte, bizarrement absent de l’Assemblée nationale pour des raisons que je ne m’explique pas. Le bruit et la fureur, s’ils sont légitimes face à certaines situations de pauvreté ou d’abandon sur le plan individuel, ne peuvent être conçues comme des méthodes de gouvernement ou d’opposition. Surtout si ces oppositions aspirent à gouverner un jour. Mélenchon fait peur à une majorité de Français et de Françaises. Il le sait et il en joue. Comme Jean-Marie Le Pen à ses débuts. Seulement lui, il ne voulait pas du pouvoir.

 

La majorité relative des partis Renaissance, Modem et Horizon, oblige le gouvernement à trouver des compromis pour faire adopter ses textes, et l’opposition à s’opposer avec les moyens du bord, la motion de censure étant un de ces moyens constitutionnels. Et c’est là que la faiblesse de la NUPES apparaît. Une opposition de gauche divisée en quatre parties inégales fait surgir, tôt ou tard, des différences devenues des divergences. L’histoire du PS, du PCF, des écologistes ne ressemble pas à celle de La France insoumise qui, même si elle est récente, est fondée sur la tension dans les rapports humains et donc sur une forme d’intolérance. L'Assemblée nationale n'est pas seulement une caisse de résonance. Elle est le lieu du débat qui ne se résume pas à un combat.

 

La prochaine motion de censure prônée par LFI ne sera pas signée par les trois autres partenaires (?) de la NUPES. EELV, le PCF et le PS (tendance Faure) refusent de faire de la censure un système apte à créer bien des contre-sens si on pense à la provocation du RN appelant à rejoindre la NUPES dans son opposition. Dans une France majoritairement de droite, le retour de la gauche au pouvoir ne pourra pas se faire seulement en hurlant ou en quittant l'hémicycle.

 

Car qu’on le veuille ou non, le RN n’est pas un parti comme un autre. Jeudi soir, dans l’émission « complément d’enquête » (sur la 2) les réseaux de Poutine en France étaient mis au jour. On y découvre les luttes d’influence des Russes engagées par des hommes comme François Fillon, Thierry Mariani, Philippe Olivier (2). C’est tout bénéfice pour Poutine. Les voyages ou les locaux qu’ils occupent sont (étaient ?) financés par la Russie qui a tenté avec RT (Russia Today) et Spoutnik d’entrer dans les foyers de l’hexagone pour y répandre la parole du Kremlin ou colporter des fausses nouvelles quand ce n’est pas pour porter atteinte à la sincérité du suffrage universel. Les neuf millions d’euros prêtés par une banque russe au RN contraint ce dernier à renvoyer l’ascenseur d’une manière ou d’une autre. On se souvient aussi des mails de LREM publiés sauvagement entre les deux tours de la présidentielle de 2017. On apprend dans le reportage que des hackers russes ont voulu rejouer la scène en 2022. 

 

Mais au fait, Jean-Luc Mélenchon (3) n’est-il pas l’homme qui le 24 février dernier, quand les Russes envahissaient l’Ukraine, prévoyait (outre les soi-disant « provocations américaines et de l’OTAN ») une guerre de quelques jours gagnée, selon lui, par Poutine. Depuis l’Ukraine se bat et les Russes reculent. Il y a là un point commun avec le RN qui devrait tous nous interpeller…y compris ses partenaires de la NUPES.

(1) dont celle de la 4e circonscription de l'Eure 

(2) Le beau-frère de Marine Le Pen.

(3) Je n'aime pas sa façon de toucher, les journalistes en particulier, en des gestes souvent condescendants autant que méprisants. 

27 octobre 2022

L'entrée de Pierre Mendès France au Panthéon est-elle pour demain ?

François Loncle vient d'offrir quelques livres de (ou sur) PMF au Président de la République.©Jean-Charles Houel

 

Le 18 octobre dernier, jour du quarantième anniversaire de la disparition de Pierre Mendès France, le Président de la République a rendu « un hommage discret » (1) à l’ancien Président du Conseil, ancien député et président du conseil général de l’Eure, ancien maire de Louviers…mais un hommage quand même. D’un commun accord avec François Loncle, actuel président de l’Institut Mendès France, Emmanuel Macron a en effet souhaité partager un déjeuner à l’Elysée avec une quinzaine de personnalités et personnes ayant côtoyé PMF dont Joan et Tristan Mendès France, sa belle-fille et son petit-fils.

 

Le Président voulait surtout écouter. Il a donc très peu parlé. Il désirait entendre les témoignages concrets de ceux et celles qui ont aimé, admiré l’homme que la quatrième République et les jeux politiciens ont entravé dans ses efforts visant à conduire une politique de paix, de progrès social et de relèvement national. Son refus de céder à la démagogie, son obstination à vivre et agir selon des valeurs et des principes que sa famille notamment lui avait inculqués, l’ont empêché de réaliser tout à fait son destin. Comme Jaurès, comme Léon Blum, cet homme supérieurement intelligent, cultivé, curieux de tout, a ouvert (en sept mois et 17 jours) nombre de chemins et démontré que la politique pouvait être ni sale ni opportuniste. On aurait aimé apprendre d'Emmanuel Macron ce qu'il a retenu sur les plans politique et philosophique d'un Mendès France connu pour sa rigueur et sa lutte contre ce qu'il appelait « la facilité».

 

Dans son livre « Révolution » l’actuel Président évoque les personnalités exceptionnelles qu’étaient le général de Gaulle, à droite, et Pierre Mendès France, à gauche. Je serais bien imprudent d’en tirer quelque conclusion ou quelque leçon que ce soit. On a décrit, ici ou là, un Emmanuel Macron « et de droite et de gauche. » Il se trouve que Pierre Mendès France, lui, a toujours été de gauche, socialiste plutôt que radical, car il abhorrait le pouvoir personnel et sublimait le rôle du citoyen au nom duquel les politiques agissent. Et pour lui ce n'était pas de la théorie.

 

Une question fut posée au président par François Loncle : que penserait-il de l’entrée au Panthéon de Pierre Mendès France  (« Aux grands hommes (et femmes) la patrie reconnaissante ») cet « éveilleur de consciences » ? Les tentatives déjà anciennes (en 2012) sont restées lettre morte si l’on compte les réponses polies de François Hollande. L'actuel Président de la République a répondu vouloir étudier l’éventuelle demande qui ne pourrait aboutir qu’en accord avec sa famille. Le maître des horloges aura donc jusqu’à l’année 2027 (sauf surprise) pour que le monde entier apprenne que « l’homme sans qui rien n’eût été possible » (2) a toute sa place parmi les grands Français.

 

Les discussions d'après déjeuner.©Jean-Charles Houel

J’oubliais. Des invité(e)s important(e)s étaient présents autour de la table dressée dans le salon des ambassadeurs. La pétillante Anne Sinclair, le magistral Jean-Pierre Chevènement, l’élégant Claude Perdriel, le sage Claude Weil, les historien et historienne Robert Frank et Sabine Jansen, l’académicien Eric Roussel…on notait aussi la présence de Sébastien Lecornu (très en verve), ministre des Armées, successeur de PMF à la tête du conseil départemental de l’Eure, de François-Xavier Priollaud, maire de Louviers. Philippe Brun, élu en juin dernier député de la 4e circonscription de l’Eure (NUPES-PS) celle de Pierre Mendès France était absent. La touche d’un macronisme peu soluble dans le mendésisme ?

 

(1)  Comme l’a écrit la journaliste du Monde Claire Gatinois

(2)  Le mot de François Mitterrand à PMF le jour de son investiture.

25 octobre 2022

L'embardée de Bardella nous promet des jours sombres

Le journal Le Monde a raison de s’indigner. L’exploitation politique de l’assassinat de la jeune Lola, adolescente tuée dans des circonstances encore confuses mais bien réelles par une femme, de nationalité algérienne, sous le coup d’une OQTF (obligation de quitter le territoire) est répugnante. Il n’est pas question, ici, de se lancer dans une analyse que seuls des experts qualifiés pourront étayer pour connaître les causes et le déroulement de cette tragédie. Mais que les Ciotti, Zemmour, Le Pen, et autres Bardella, s’en donnent à cœur joie pour faire de ce fait divers un élément de leur campagne électorale ancienne mais constante est tout simplement odieux.

 

On savait Zemmour incorrigible. On connaissait les penchants racialistes de la droite extrême et de l’extrême droite. Leur opposition absolue et permanente au Président de la République et au gouvernement les aveugle. Car s’il existe bien un problème migratoire, il est mondial. Les déplacés par la guerre, la faim, la recherche d’une vie meilleure, seront de plus en plus nombreux et sur tous les continents. L’Europe occidentale et la France « ne pourront accueillir toute la misère du monde mais devront prendre toute leur part. » (1).

 

J’entendais hier soir sur la 5 le jeune coq Bardella affirmer que si le RN était au pouvoir, les étrangers frappés d’une OQTS seraient dans l’avion dans le quart d’heure suivant son arrivée aux rênes du gouvernement. Paroles, paroles…On a même assisté à un rétropédalage en règle de Marine Le Pen qui avait prévu d’assister (avec ses député(e) à la manifestation organisée par Zemmour et qui finalement a préféré se faire plus discrète suite aux souhaits émis par la famille de Lola désireuse d’éviter toute récupération politique. La salle des pas perdus de l’Assemblée nationale a pourtant brui de ces clameurs protestataires faisant fi de la douleur de la famille de Lola et cherchant des voix à bon marché.

 

On compte environ 100 000 OQTF par an. Seules 15 à 17 % d’entre elles sont effectives. Ce n’est pas que la France est plus molle, plus laxiste que d’autres. Les pays d’accueil refusent de délivrer les laisser passer consulaires indispensables pour pénétrer sur leur territoire. Et comme les renvoyés sont soit délinquants, soit prosélytes, soit sans formation, les gouvernements refusent de récupérer leurs ressortissants. C’est un fait regrettable mais c’est la réalité. Hurler avec les loups ne fait pas une politique. L’embardée de Bardella donne une idée assez précise de ce qui attend notre fragile démocratie. Le peuple ferait bien d’y regarder à deux fois avant de lui confier un jour le pouvoir.

(1) De la citation de Michel Rocard, on ne retient souvent que la première moitié de la phrase.

 

23 octobre 2022

Les activités de la SED : un film sur Maupassant et une conférence sur le château de Gaillon

Lors d'une visite à Gaillon en 2019. (photo Jean-Charles Houel)

Le congrès de la Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, qui s’est tenu à Louviers du 12 au 15 octobre, a été une réussite. Près de 140 personnes ont assisté, durant ces quatre jours, à tout ou partie des différentes séances. La SED remercie une fois de plus chaleureusement la municipalité de Louviers et l’agglomération Seine-Eure sans qui nous n’aurions pu organiser cette manifestation, mais aussi tous ceux d’entre vous qui nous ont apporté leur concours ou sont venus écouter telle ou telle des communications. Nous reprenons dès le mois prochain le cours normal de nos activités. La SED organise, en partenariat avec l’Université populaire, la projection du film documentaire de Christian ClèresJ’aime pas Maupassant, le mardi 8 novembre, à 18 h 30, dans la salle du Moulin, rue des Anciens combattants d’Afrique du Nord.

Nous avons déjà accueilli Christian Clères à plusieurs reprises, pour les films qu’il a consacrés à Michel Bussi, Marcel Proust, Gustave Flaubert. Il nous offre, cette fois, l’occasion de parcourir la vie et l’œuvre de l’auteur de Boule de suif. La projection se déroulera en présence du réalisateur et sera suivie d’un débat avec le public. Nous réintégrerons la salle Pierre Mendès France le samedi 10 décembre pour une conférence d’Emmanuel Pous, directeur du château de Gaillon, sur l’histoire du bâtiment et les projets de rénovation et de valorisation mis en œuvre par l’agglomération Seine-Eure.

Dans l’immédiat, nous suggérons une idée de lecture à tous ceux qu’intéresse le passé de notre ville. Le dernier numéro de la revue Études normandes, outre un dossier thématique sur la photographie en Normandie, comporte, dans la rubrique Regards variés, un article de Claude Cornu consacré à une Lovérienne, Madame de Saint-Marceaux (1850-1930). Née Marguerite Jourdain, elle appartenait à une famille de drapiers de Louviers. Elle a quitté jeune la ville et vécu à Paris, où elle a tenu pendant plus d’un demi-siècle, sous la Troisième République, un salon musical réputé dans son hôtel du boulevard Malesherbes. Ses vendredis ont accueilli tous ceux, compositeurs et interprètes, qui ont laissé un nom, de Claude Debussy à Francis Poulenc, d’Alfred Cortot à Marguerite Long. Vous pouvez commander la revue à la librairie Quai des mots.


16 octobre 2022

Que reste-t-il de Pierre Mendès France ? Une modernité, un style, un engagement à Louviers et dans le monde

François-Xavier Priollaud, maire de Louviers, anime le débat. Yves Jeuland et  Alix Maurin (à droite)
Difficile d’établir un portrait robot des personnes présentes, ce vendredi, à Louviers, pour assister en avant-première à la diffusion du film d’Yves Jeuland et Alix Maurin consacré à Pierre Mendès France et intitulé « Mendès la France ». Le fait est que les jeunes ne garnissaient pas en nombre les travées de la grande salle de la Scène 5. Et c’est bien dommage quand on connaît l’intérêt de PMF pour la jeunesse et la construction de leur avenir (1). Le maire de Louviers, François-Xavier Priollaud, avait mis les petits plats dans les grands pour marquer d’une pierre blanche l’évocation de la vie « romanesque et rocambolesque » de celui qui ne gouverna que sept mois et 17 jours mais qui, aujourd’hui, semble faire l’unanimité à gauche, c’est normal, mais aussi à droite ce qui paraît plus inattendu.Tout homme (ou femme) politique a été, est ou sera Mendésiste.

 

Il en va ainsi de la mémoire et des grands hommes « sic transit gloria mundi ». Avec le temps, tout s’en va et en 2022 on oublie les menaces, les attentats, les diffamations (souvent dues à l'extrême droite raciste) et les basses besognes politiciennes (chez les radicaux-socialistes notamment) tous moyens utilisés pour empêcher un homme de paix et de bonne volonté de réussir dans son entreprise de redressement du pays. Heureusement le documentaire d’Yves et Alix existe afin que nul n’oublie qui était ce petit parisien né en 1907, précoce en tout, supérieurement doué, qui décida un beau jour de mettre son intelligence, sa force morale et physique et son courage au service d’une grande cause : la France et les Français.

 

Après la diffusion du film (visible ce dimanche soir sur France 5 à 22h50), un débat a rassemblé quelques personnalités (dont François Loncle, président de l’Institut Mendès France, Bernard Leroy, président de l'agglomération Seine-Eure, Anne Terlez, vice président du Conseil départemental) qui ont succédé à Pierre Mendès France dans ses différents mandats de député, maire ou président du conseil général. Ses successeurs ne sont pas tous et toutes de gauche, c’est évident, mais la présence de Philippe Brun, député PS, a évité l’inévitable unanimisme qu’une soirée d’hommage comme celle-là peut susciter. Car bien des questions sont toujours l’objet d’intenses débats : l’Europe dont il contestait le caractère technocratique dessaisissant de fait les politiques de leurs responsabilités (2)? Les institutions de la 5e République qu’il condamna ? Les rapports avec le général de Gaulle auquel il resta attaché, avec François Mitterrand qu’il soutint dans toutes ses campagnes présidentielles puisqu’il ne connaissait qu’un camp, celui du progrès contre les conservatismes.

 

Le film d’Yves Jeuland et Alix Maurin se situe ailleurs. Le fil rouge qui détermine la force (et peut-être la faiblesse) de PMF, c’est sa judéité et son corollaire : l’antisémitisme. Comme Blum, comme Jean Zay (son ami) comme Georges Mandel, Pierre Mendès France a souvent été visé non pas pour ce qu’il faisait mais pour ce qu’il était. Cette identité est constitutive de son regard sur le monde et aussi de ce qu’il appelait lui-même les qualités et les défauts des hommes et des femmes en politique. Même s’il n’était pas juif au sens religieux, Pierre Mendès France se savait, se sentait juif. C’était son patrimoine, c’était le legs d’une famille aimante et bienveillante, une vraie famille française dont bien des fils se sont distingués sur les champs de bataille au cours des 19e et 20e siècle pour défendre l’empire ou la république. Ou défendre le capitaine Dreyfus et Emile Zola.

 

 Aujourd’hui encore, Joan, la belle-fille de PMF, épouse de son second fils Michel, Tristan et Margot ses petits-enfants veillent avec beaucoup de soins sur l’héritage de leur aïeul. La maison des Monts constitue le témoignage concret de l’attachement qu’éprouvait Pierre Mendès France pour la ville de Louviers et plus largement pour cette Normandie qu’il connaissait si bien. « Mais, me confia-t-il en mai 1981, les électeurs avaient le droit de ne pas être d’accord avec moi. » Il éprouva donc un vrai chagrin après sa défaite de 1958 et il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre son refus de revenir à Louviers en 1962 et son choix de tenter une aventure à Evreux où on ne l’attendait pas. De l’orgueil ? Si c’est le cas, cela renforce sa profonde humanité.

 

Et les citoyens ? Pierre Mendès France avait une haute idée du suffrage universel et bien qu’ayant connu déceptions et déconvenues chez les radicaux et même au PSA-PSU, il a toute sa vie privilégié la délibération collective où chacun peut apporter sa pierre à la vie démocratique, et pourquoi pas dans un parti. En ce sens, il a inspiré les maires de gauche qui lui ont succédé. Ernest Martin, Henri Fromentin, Franck Martin (lors de son premier mandat) ont tous tenté (parfois avec des réussites) d’associer les citoyens aux décisions qui les concernent eux, et donc leur ville, et donc leur région. C’est bien pourquoi, comme l’a souligné Philippe Brun, PMF est demeuré fidèle au scrutin d’arrondissement qui favorise le lien entre le citoyen et l’élu, scrutin cruel quand naissent les vagues indomptables et font de l’électeur(trice) le bourreau d’années de travail.

 

Que reste-t-il de Pierre Mendès France ? Sa modernité, sa méthode, ses objectifs dont la justice sociale si importante quand l’inflation frappe d’abord les plus pauvres et les épargnants. Un passage du film offre  à Jean-Louis Bourlanges l’occasion de souligner les soi-disant échecs de PMF. Il cite ses démissions, ses refus, ses combats perdus et PMF de lui répondre : « On m’a souvent dit que j’avais eu raison trop tôt. C’est mieux que d’avoir tort. »

 

J’emprunte à Frédéric Potier, membre de l’Institut Mendès France auquel j’ai l’honneur d’appartenir, la conclusion d’un article qu’il vient d’écrire pour la Fondation Jean Jaurès : « Mendès France n’était pas un simple gestionnaire prudent et rigoureux, une version sociale démocrate d’Antoine Pinay, mais bien un authentique socialiste soucieux de transformer profondément le réel ! En réalité, la figure de Pierre Mendès France constitue une synthèse remarquable entre un attachement viscéral à la démocratie et à la République et une modernité économique rompant avec un capitalisme non régulé. Ainsi Simon Nora, le principal conseiller économique de Pierre Mendès France, note qu’être keynésien à la façon de Pierre Mendès France, c’était « une façon polie d’être socialiste  ». Un socialisme assurément atypique. »

 

(1)  Il serait bien qu’à Louviers, outre l’analyse détaillée de ses archives — 26 000 lettres — une initiative soit prise pour que l’engagement de Pierre Mendès France soit enseigné aux élèves de notre ville et que son nom ne soit pas seulement celui d’une rue.

(2)  Théorie contestée par Claude Cornu. Pourtant, dans les œuvres complètes de PMF (Gallimard) page 274, on lit lors du débat sur le marché commun : Pierre Mendès France déclare à l’Assemblée nationale : « L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne…soit la délégation des pouvoirs à une autorité extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale finalement une politique au sens le plus large du mot, nationale et internationale. » C’est bien le rôle joué par la Commission européenne que les 27 membres de l'UE ont aujourd'hui accepté.