16 mars 2011

« Pour une fois, je suis d’accord avec Ségolène ! » Par Alain Lefeez


Le débat sur le nucléaire est un débat essentiel. Il mêle démocratie, énergie, sécurité, transparence et recherche scientifique. Il s'agit donc d'un débat contradictoire au sein duquel la diversité est plus que nécessaire. Mon blog, comme vous le savez, est ouvert à des opinions différentes dès lors que l'expression des auteurs est de bonne foi. Alain Lefeez est — ô combien — un des participants actifs de cette expression. Le texte qu'il m'a adressé expose un point de vue qui n'est pas le mien mais il est évidemment respectable.
La centrale nucléaire de Fukushima près de Tokyo
 "J'espère que ce n'est pas l'approche des élections cantonales qui explique que tout d'un coup tout le monde s'agite pour réclamer des référendums, pour faire ceci, pour faire cela." Après cette allusion claire aux écologistes qui, comme Cécile Duflot ou Daniel Cohn-Bendit, ont demandé l'inscription au programme de la gauche d'un référendum sur le nucléaire, Ségolène Royal a ajouté : "Je pense qu'il y a un délai de décence et de respect."
Il n’est pas question pour moi de nier les dangers du nucléaire, les risques associés à cette forme de production d’énergie et le problème que posent le traitement et le stockage des déchets, pour autant il y a quelque chose d'indécent dans l’attitude des écologistes et de certains autres à profiter d’un évènement aussi tragique et de l’émotion et des peurs qu’il suscite pour demander un référendum sur le sujet. Le demander maintenant et comme çà, contribue de plus à faire un amalgame inopportun et trompeur entre la situation de la France et celle du Japon, dont le niveau d’exposition aux tremblements de terre et aux tsunamis est pour le moins très différent.
Je n’ai pas la prétention de vouloir faire le tour du sujet, mais sortir du nucléaire pour la France qui en obtient 75% de son électricité serait certainement beaucoup plus compliqué que ce que laissent entendre nos joyeux écolos qui sortent leurs fringues du sèche-linge tous les soirs pendant que leurs enfants jouent à la console chacun dans leur chambre.
Il n’y a qu’à voir les difficultés qu’ont nos voisins allemands qui après avoir pris cette décision en 2001, ont décidé cet automne de prolonger la durée d'activité de leurs centrales nucléaires de 12 ans en moyenne. Il faut dire qu’ils sont encore loin d’avoir des solutions de substitution qui permettraient de compenser leurs 24% d’électricité issus du nucléaire. Et leurs énergies renouvelables ne fournissent que 16% de leur électricité, ce qui est pourtant déjà beaucoup. Quand aux économies d’énergie, là aussi les investissements sont coûteux et le tout électrique comme par exemple l’automobile électrique ne laisse pas présager un gros potentiel en la matière.
Du coup, l’Allemagne se rabat sur le charbon qu’elle produit et le gaz qu’elle importe. Le premier est difficile à produire, polluant et très gros émetteur de CO2, le second émet moins de CO2 que le charbon mais beaucoup plus que le nucléaire et rend l’Allemagne dépendante de ses fournisseurs venant de l’Est et des pays traversés par les oléoducs.
La France dont le nucléaire produit 75% de l’électricité serait confrontée à cette problématique puissance 3. Un débat rapidement où plutôt dans un an quand on aura viré Sarko et sa bande serait certainement plus profitable à la France qu’un débat sur l’Islam avant que l’Europe nous impose de refiler nos centrales au privé. Par contre, se précipiter pour demander un référendum dans la foulée des évènements du Japon, pour profiter ainsi de l’émotion et des peurs suscitées par cette tragédie, relève d’une mauvaise démarche populiste. Sur un sujet aussi complexe les réactions à chaud ne peuvent être bonnes conseillères. »
Alain Lefeez

1 commentaire:

Denis a dit…

Je suis toujours subjugué de voir des gens de gauche reprendre les éléments de langage de l'UMP et notamment quand il s'agit du félon Eric Besson.

Sur Ségolène, pour être exhaustif, il faudrait rappeler que le 10 mars, elle a lancé un plan de résistance photovoltaïque en région Poitou-Charentes.

Par ailleurs, pour ceux qui auraient la mémoire courte, je leur rappelle qu'elle s'était prononcé pour une réduction à 50% du nucléaire d'ici 2020 dans la production électrique. Il s'agissait bien là de sortir du nucléaire.

Quant à l'indécence, il y en a autant dans la bouche de ceux qui ont peur des résultats des 20 et 27 mars. Leur discours s'inscrit dans l'électoralisme qu'il tâche pourtant de dénoncer.

Pour ceux qui n'ont toujours pas compris la vraie nature de l'industrie nucléaire, la catastrophe de Fukushima nous rappelle que le nucléaire n'est pas à l'échelle de l'homme.