29 janvier 2009

Maurice Allais et le libre échangisme, « une idéologie aussi funeste qu'erronée »

Maurice Allais est l'un des esprits les plus brillants de notre temps. A la fois physicien et économiste, il a réussi à imprimer sa marque dans ces deux disciplines et il est le seul économiste français à avoir obtenu le Prix Nobel de Sciences Economiques (1988). Aussi bien en Physique qu'en Economie, il a passé sa vie à rechercher l'anormal, l'exceptionnel et à redresser ce qu'il pouvait y avoir de faux dans les idées reçues. (source site des élèves et amis de Maurice Allais).
En ce jour de grève générale, je considère que ce texte éclaire bien les choix de nos économistes et les résultats catastrophiques que nous venons de connaître (banques, capitalisation,bonus énormes) qui se traduisent par des suppressions d'emplois, des délocalisations, des licenciements
.
J'ai trouvé ce texte de Maurice Allais sur le site du journal Le Monde. Le prix Nobel y donne la preuve que les dysfonctionnements qui ont abouti à la crise financière et donc à la crise économique et sociale de l'automne dernier, ne sont pas tombés du ciel mais étaient connus des spécialistes depuis des années. Les lignes qui suivent datent de 1998. C'était il y a dix ans ! C'est lumineux, intelligent, prémonitoire…

De profondes similitudes
« De profondes similitudes apparaissent entre la crise mondiale d'aujourd'hui et la Grande Dépression de 1929-1934 : la création et la destruction de moyens de paiement par le système du crédit, le financement d'investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme, le développement d'un endettement gigantesque, une spéculation massive sur les actions et les monnaies, un système financier et monétaire fondamentalement instable (...).
Ce qui est éminemment dangereux, c'est l'amplification des déséquilibres par le mécanisme du crédit et l'instabilité du système financier et monétaire tout entier, sur le double plan national et international, qu'il suscite. Cette instabilité a été considérablement aggravée par la totale libération des mouvements de capitaux dans la plus grande partie du monde.
(...) Depuis 1974, une spéculation massive s'est développée à l'échelle mondiale. A New York, et depuis 1983, se sont développés à un rythme exponentiel de gigantesques marchés sur les "stock-index futures", les "stock-index options", les "options on stock-index futures", puis les "hedge funds" et tous "les produits dérivés" présentés comme des panacées (...).

Qu'il s'agisse de la spéculation sur les monnaies ou de la spéculation sur les actions ou de la spéculation sur les produits dérivés, le monde est devenu un vaste casino où les tables de jeu sont réparties sur toutes les longitudes et toutes les latitudes. Le jeu et les enchères, auxquelles participent des millions de joueurs, ne s'arrêtent jamais. Aux cotations américaines se succèdent les cotations à Tokyo et à Hongkong, puis à Londres, Francfort et Paris. Sur toutes les places, cette spéculation, frénétique et fébrile, est permise, alimentée et amplifiée par le crédit. Jamais dans le passé, elle n'avait atteint une telle ampleur (...).

De gigantesques pyramides de dettes
L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s'était constatée. Jamais sans doute il n'est devenu plus difficile d'y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n'était apparue avec une telle menace d'un effondrement général.» (texte de 1998).

Je rappelle le titre de l'un de ses livres parmi les plus importants sur la mondialisation, La destruction des emplois et de la croissance : « La Crise mondiale aujourd'hui » est un ouvrage publié en 1999 aux Éditions Clément Juglar, 62, Avenue de Suffren 75015 Paris. Le lecteur intéressé devra acheter l'ouvrage. De nombreuses librairies existent sur le net. Citons par exemple : http://www.alapage.com/ qui possède ce livre dans son catalogue.
Dès la page de garde, Maurice Allais donne le ton : « Ce livre est dédié aux innombrables victimes dans le monde entier de l'idéologie libre-échangiste mondialiste, idéologie aussi funeste qu'erronée et à tous ceux que n'aveugle pas quelque passion partisane. »

3 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est un des auteurs que je préfère parmi les libéraux. Nous faisons souvent de graves contre-sens.

Il a appelé à votre NON au projet de TCE. Je l'ai très souvent cité dans le blog Voie Militante.

Jean-Charles Houel a dit…

Pour ce que j'en sais, Maurice Allais aimait à se présenter comme socialiste…et libéral, un mot qui ne l'effrayait pas dans la mesure où il lui donnait le sens originel de doctrine politique visant à ne pas entraver la liberté économique. Mais à certaines conditions : des règles du jeu claires, des gendarmes pointilleux (les états) des objectifs permettant le progrès humain. En ce sens, il était aussi socialiste.

Anonyme a dit…

@Jean-Charles
comme le dit Denis les contre-sens
sont pléthoriques et la science
économique ne fait pas parti des
sciences dures.
Mes livres de chevet en ce moment
sont une biographie de frédéric Bastiat et son célèbre "la loi"
Ce célèbre économiste et homme politique était considéré à son époque(1801-1850) comme un homme de gauche, aujourd'hui ses écrits sont
repris par de nombreux libéraux et en France par Madelin.
ou est la vérité?
max de beuzeville