6 avril 2019

Monet-Auburtin : le face à face de Giverny

Monet : Etretat.©JCH
Claude Monet, l’impressionniste. Jean-Francis Auburtin, le symboliste. Ils ont aimé les mêmes sites, les mêmes régions mais leur interprétation du monde les différencie voire les oppose. A l’initiative de la SED (Société d’études diverses) une trentaine de membres de cette dernière ont eu le plaisir et l’avantage d’être guidés au sein des salles du Musée de Giverny qui présente encore de longues semaines, le travail du maître historique du lieu et de celui qui marcha dans ses pas sans le savoir ( ?).

Claude Monet est son propre inspirateur. Il ne part pas de rien, comme tous les artistes du monde, mais peint très vite de manière originale et personnelle. Les toiles présentées à Giverny, qu’elles viennent de Tokyo ou du musée de Vernon, atteignent des sommets. Etretat, Fécamp, Belle-Île, la Méditerranée et ses calanques, Antibes, l’Italie, la Suisse…tout un univers identifiable au premier coup d’œil, à la première émotion.
Auburtin. ©JCH

Auburtin, si proche dans la recherche des sujets, a du mal (c’est subjectif de ma part évidemment) à soutenir la comparaison. Je sens bien que des désaccords vont surgir. Peut-on classer les artistes, évaluer leur apport à la création, quel sens a telle préférence ou tel artifice émotionnel ? Le parti pris par les organisateurs est géographico-artistique. Comment deux peintres dissemblables parviennent-ils à donner d’un même lieu, à quelques années d’écart, une idée de ce qu’ils voient et de ce qu’ils transmettent ? Auburtin, inspiré par Puvis de Chavannes, n’a évidemment pas la même résonnance, la même palette, qu’un Monet studieux, parfois répétitif, mais toujours à l’affut du changement de lumière. D’où les fameuses séries sur les meules, les peupliers, la cathédrale de Rouen ou les falaises d’Etretat et de Fécamp dont quelques toiles sont exposées à Giverny.

Les deux artistes ont profondément aimé la Normandie. L’un est enterré à Varengeville, l’autre là où les nymphéas ont vu le jour.
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5 avril 2019

Sus au frelon asiatique ! L'agglomération Seine-Eure prendra en charge les frais de destruction des nids


Le frelon asiatique : beaucoup d'orange.
Le frelon asiatique est un prédateur aussi dangereux qu’actif. Mais une fois qu’on a écrit cela, le plus important reste à faire : trouver le moyen de le détruire. Depuis qu’il est arrivé en France par bateau et par Bordeaux (dans une poterie chinoise…route de la soie avant l’heure ?) le frelon asiatique a conquis l’ensemble du territoire national. De Toulouse à Lille et de Brest à Strasbourg, Vespa velutina (son nom latin) détruit les colonies d’abeilles dont il use pour nourrir son couvain.
Le système est simple. Le frelon asiatique se poste en vol stationnaire devant la planche d’envol de la ruche et attrape au vol les abeilles qui rentrent et sortent. Il coupe la tête de la victime à quelques mètres de la ruche et emporte l’abdomen de l’abeille à son nid pour nourrir ses larves. Le menu du frelon se compose de 40 % d’abeilles. On imagine facilement les ravages qu’il peut causer dans le cheptel apicole.

La destruction des nids est donc indispensable pour limiter la pression sur les ruches. Il faut d’abord les trouver. Dans les haies, les sous pentes de toitures, les arbres de haute tige. Ensuite il faut évidemment faire appel à des entreprises spécialisées dans la destruction des nuisibles dont les salariés sont équipés contre les attaques et les piqûres de frelons (pas plus dangereuse qu’une piqûre de guêpe ou d’abeille). Il faut donc être vigilants et avoir l’œil.
Ces dépenses s’élèvent selon les cas de 70 euros à 300 euros en cas de déploiement d’échelles ou de nacelles. Et c’est là qu’intervient la CASE (communauté d’agglomération Seine-Eure). Les élus de l’agglomération viennent de décider de subventionner les propriétaires privés qui engageraient des frais pour détruire les nids de frelons. Bernard Leroy, son président, a proposé qu’on testera cette aide pendant une année afin de connaître les incidences financières de cette décision. Elle devrait, en tout état de cause, inciter les « découvreurs » de nids à ne pas hésiter à solliciter leur destruction.

Par ailleurs, il appartient aux apiculteurs de poser des pièges simples (bouteille au goulot renversé par exemple avec bière, vin blanc, grenadine) pour saisir les frelons amateurs de boissons sucrées. Le vin blanc a pour effet de dissuader les abeilles de se gorger du liquide ! 

Comme la saison apicole est en avance, on peut imaginer que les frelons interviendront plus tôt. Dès le mois de mai, donc, il faudra être attentif et surveiller les planches d’envol !
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4 avril 2019

François Hollande devant les élèves du lycée Marc Bloch de Val-de-Reuil : notre destin est à l'intérieur d'une Europe unie


François Hollande accueilli par Marc-Antoine Jamet et le proviseur.©JCH
Une foule d’élèves, de professeurs, de militants socialistes et quelques élus attendent l’arrivée de l’invité devant le lycée Marc Bloch de Val-de-Reuil. Une auto-école surgit. Je risque une petite blague : « François Hollande tente de récupérer quelques points perdus. » Marc-Antoine Jamet sourit. Il n’en pense pas moins. Il a encore dans les oreilles le texte qu’a lu, hier soir, au théâtre de la Colline, Stanislas Nordey, écrit par Edouard Louis « Qui a tué mon père ? » « Voilà une pièce qui devrait être donnée à l’Arsenal (1)…» A bon entendeur !

L’invité surgit enfin. François Hollande et son escorte ont trois quarts d’heure de retard sur l’horaire prévu. Qu’à cela ne tienne, on est habitué. L’ancien Président de la République va à la rencontre des élèves de secondes, premières et terminales. Il est venu leur parler de l’Europe, du Brexit, de l’Euro, de la montée des populismes, des routes de la soie ardemment désirées par le pouvoir Chinois. Les questions des élèves (ils ont bien répété) fusent. Jade, Marie, Juliette, Emma, Baptiste, Clémence, Moussa, Caroline, Lorenza, Kevin, pour ne citer qu’eux et elles, sur l’Europe et les migrations (Schengen)  l’Europe et les nationalismes, l’Europe et la géostratégie, l’Europe et les élections.

François Hollande a réponse à tout. En pédagogue averti et maintenant bien rôdé (il visite de nombreux lycées en France) il argumente, défend l’Union européenne, fustige le Rassemblement national et Salvini, souligne l’habileté chinoise, tout en revenant avec émotion sur les attentats du 13 novembre qu’il a vécus en première ligne au stade de France et dans le PC opérationnel. Sur ses convictions politiques, François Hollande n’a pas changé. A défaut de pouvoir défendre les socialistes, il se réclame du socialisme démocratique, le seul à même, selon lui, d’équilibrer la libre entreprise et la justice sociale. Il venait pourtant de loin puisque son père, médecin, ORL était engagé à l’extrême droite et défendait l’Algérie Française.
François Hollande invitent les lycéens de Marc Bloch à prendre en charge la lutte contre le changement climatique. ©Jean-Charles Houel
A l’évidence, les lycéens de Marc Bloch ont apprécié la prestation du redoutable orateur qu’est demeuré l’ancien président. Non sans humour, non sans petites blagues, donc, François Hollande a finalement fait honneur aux attentes des enseignants et de leurs élèves. L’Europe, c’est l’Europe de leur avenir, non ? Sans citoyens informés et formés, sans leur sens critique aiguisé, sans une jeunesse consciente de l’existence d’une Europe unie dans la paix depuis plus de 70 ans mais fragilisée par la montée des populismes tout danger de destruction de l'édifice n'est pas écarté. On devine que l’ancien président appelle à une vigilance accrue. N’a-t-il pas récemment déclaré que la victoire de l’extrême droite en France relevait du possible ? L’ancien premier secrétaire du PS redevient aujourd'hui le héraut d’un combat de toujours. de lycée en lycée il porte la bonne parole même si son quinquennat n’a pas laissé que de bons souvenirs…saluons toutefois la signature des pays unanimes lors de la COP 21 animée par Laurent Fabius…et Ségolène Royal. Le degré Celsius de l'urgence climatique !
(1) Le théâtre de la ville de Val-de-Reuil 
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2 avril 2019

Quelques événement lovériens passés injustement inaperçus…


Bernard Stirn entre à l’Académie des Sciences morales et politiques
Bernard Stirn. ©JCH
Le 18 mars dernier, un ami normand, habitant du Vaudreuil, était élu à l’Académie des sciences morales et politiques. Bernard Stirn, puisqu’il s’agit de lui, a vu ses mérites personnels et ses compétences professionnelles être récompensés par une élection acquise par 22 voix sur 40 au siège de Prosper Weil dont il prononcera l’éloge en 2020 comme le veut l’usage.
Bernard Stirn a accompli toute sa carrière au Conseil d’Etat où il présida, il n’y a pas si longtemps, la section du contentieux. Par ailleurs professeur à l’école des Sciences politiques de Paris et à l’Ecole nationale d’administration, il a présidé, au nom de l’Etat, plusieurs conseils d’administrations d’établissements publics tel que l’Opéra de Paris par exemple.
Ses connaissances en droit public sont exceptionnelles. Il a rédigé plusieurs ouvrages très importants liés à l’administration et aux constitutions. Sa participation a été sollicitée à plusieurs reprises en Europe et en Afrique notamment où les anciennes colonies francophones ont souhaité se doter d’un appareil d’Etat démocratique.
Bernard Stirn a été longtemps Lovérien avant de trouver la quiétude au Vaudreuil où, dans quelques années, il s’adonnera plus régulièrement qu’aujourd’hui, à sa passion sportive, le golf. Qu’il reçoive les félicitations chaleureuses de tous ses amis, nombreux dans notre région.

Edmond Lanon ? Un dessinateur de grand talent
Visite au Musée. Commentaires de Michel Natier. ©JCH
Les Amis du musée de Louviers ont organisé, vendredi dernier, une visite particulière de la collection Lanon. Sous la houlette de Michel Natier, les membres présents ont écouté avec attention les explications bien documentées du directeur du Musée, et apprécié les carnets de dessins d’Edmond Lanon, impossibles à consulter dans le cadre de l’exposition actuellement ouverte au public.

Videz vos greniers des films anciens qui pourraient s’y trouver
Agnès Deleforge et Michel Natier en arrière plan. ©JCH
Les animateurs du pôle image de Rouen ont tenu leur promesse. Le 28 mars, Agnès Deleforge et une technicienne étaient présentes au Musée pour recevoir les films amateurs dont les familles accepteraient de se dessaisir au bénéfice de la collectivité. Seuls François Charmot (SED) et Rémy Sergé sont venus apporter leurs trésors. L’un est relatif à la fête du centenaire d’un amiral originaire de la Manche les autres sont des souvenirs familiaux de la famille Sergé. Le pôle image de Rouen continue de lancer des appels pour que chaque famille inventorie les souvenirs laissés dans les greniers ou les caves, là où les films de tous formats risquent de subir l’usure du temps et des mauvaises conditions de conservation. Une fois identifiés, il est évident que les ayant droits conservent la propriété intellectuelle et morale puisqu’une convention est signée par le pôle image rouennais.

La démolition a débuté rue du 11 novembre
La démolition du garage Cambour a débuté la semaine dernière. ©photo Jean-Charles Houel
Le garage Hée, situé sur la place Thorel, est devenu le garage Cambour. Dans les années cinquante, il s’y vendait véhicules Peugeot et les fameux vélosolex, les ancêtres des vélos électriques. L’aménagement de la rue du 11 novembre et de la Place Thorel (dans le cadre de la liaison Louviers-Val-de-Reuil) nécessite la démolition de ces locaux artisanaux confiés à une entreprise spécialisée. Les travaux ont débuté la semaine dernier. C’est avec un pincement au cœur que les Lovériens ont vu tomber les murs d’un garage renommé (transféré sur la zone industrielle de la Fringale) avant que les aménagements futurs donnent un autre visage à ce quartier de Louviers.
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29 mars 2019

Bruno Putzulu a joué Cavanna au Moulin de Louviers. On est toujours le Rital ou l'Arabe de quelqu'un


Bruno Putzulu interprète fidèle et drôle de Cavanna. ©Jean-Charles Houel
Le père ? Une chemise bleue. La mère ? Une table recouverte d'une nappe en plastique et quelques  chaises de cuisine. L’histoire ? Celle de l'enfance de François Cavanna, narrée dans son beau livre « les Ritals », mise en scène par Mario Putzulu et jouée par Bruno, son frère, comédien français qui n’oublie rien de son origine sarde. C’est toujours grand bonheur d’entendre la langue italienne, de voir mimer les gestes, de ressentir les colères ou les amours de nos  amis transalpins à condition que les sons ne sortent pas de la bouche d’un Salvini dont je me demanderai toujours comment cet homme-là, avec cette vulgarité-là, ces idées-là a pu arriver au pouvoir dans un pays si beau, si cultivé, si civilisé.

Pour regarder, entendre, apprécier « Les Ritals » la salle du Moulin à Louviers était pleine hier soir d’un public pas trop jeune, avide de se souvenir qu’être Italien en France, dans les années quarante n’était pas forcément une sinécure. A cette époque là aussi, l’arrivée de l’étranger dérangeait. Qu’il soit « macaroni » ou « espingouin » qu’il fuie le fascisme à la mode Mussolini ou à la mode Franco, l’immigré des années quarante s’installe en France pour fuir une misère absolue, travailler dur, bâtir des maisons et des vies durables.

Les enfants ! François Cavanna est un enfant unique. Il habite dans la rue Sainte-Anne à Nogent-sur-Marne. C’est là qu’il connaît la vie la plus merveilleuse qu’un enfant puisse connaître auprès de parents attentifs. Choyé, adulé, adoré, François Cavanna a raconté cette aventure de « Ritals » en pays de France. Ses camarades, ritals comme lui, sa scolarité à l’école primaire ou l’école primaire supérieure. Il y excellait. Ses visites régulières à la bibliothèque municipale de Nogent où sa culture s’étend et se vivifie. Cavanna raconte avec force détails, tantôt comiques, tantôt sensibles sa première aventure sexuelle au Bordel avec un numéro exceptionnel de Bruno Putzulu : le comédien exprime si bien la timidité, le désir ardent, les maladresses de « puceau » qui le font devenir « un homme » grâce aux soins d’une « dame » compréhensive.

L’accordéon. N’oublions pas l’accordéon. Plus qu’un bruit de fond. Grégory Daltin (de Trévise) le second personnage de la pièce, sort des sons magnifiques de son instrument. Quand on connaît Nino Rotta ou Enio Morricone, on mesure bien l’importance de la musique pour les familles italiennes et pour Cavanna en particulier. D’ailleurs, ce dernier demeure un des rares auteurs à sublimer le rôle d’un instrument dans l’accompagnement d’une vie heureuse, complète, la tête tournée vers les étoiles.

Comment oublier enfin d’évoquer le noyau de pêche, ce symbole de grandeur et d’avenir pour le père de Cavanna ! Quand surgiront les passions tristes et la xénophobie ordinaire, les arbres, assure-t-il, se dresseront devant les totalitaires pour défendre les droits de l’homme, l’écologie, le féminisme et aujourd’hui, la planète terre. « Les Ritals veut être, dans une période brumeuse comme celle que nous vivons, le geste fraternel d’un grand écrivain à l’égard de ceux que la misère des temps condamne à chercher leur pain dans l’exil » (Rocco Femia, producteur).

26 mars 2019

Le président Emmanuel Macron, un donneur de leçon arrogant et méprisant


La manifestation était interdite à cet endroit-là, soit. Les sommations d’usage des forces de police ont été faites dans les règles, soit encore. Mais à Nice, samedi, qui hissait les drapeaux et pour quels mots d’ordre ? Ni black blocks, ni gilets jaunes radicaux. Seulement des militants d’ATTAC et de groupes humanitaires et solidaires. Alors, c’est clair : la charge des CRS était totalement inadaptée à la situation. Aucun bien, aucun bâtiment public n'allait être endommagé, aucune personne ne courrait de danger. 

Une militante d’ATTC, âgée de 73 ans, filmée en bonne forme avant d’être bousculée (1) s’est retrouvée à terre après une charge des CRS victime de plusieurs fractures dont une du crâne. Le procureur de la République de Nice a ouvert une enquête préliminaire, fait saisir les bandes de la vidéosurveillance, et la famille de la septuagénaire a porté plainte contre le préfet et contre X pour violences volontaires et surbornation de témoins. Des policiers, selon la fille de la blessée, auraient insisté auprès d’elle pour qu’elle accuse un cadreur parti prenante de la bousculade. Le procureur a d’ores et déjà déclaré que la lecture des bandes exonéraient les policiers…

Affirmation reprise par le Président de la République qui, fidèle à sa parole « libérée » s’est distingué en souhaitant un prompt rétablissement à la blessée et en lui administrant une leçon de prudence et de sagesse sur le thème : « A cet âge là, on reste à la maison pour ne pas être prise dans une bousculade sur une place interdite. » Primo, les manifestations de rues ne font l’objet d’aucune limite d’âge. Secundo, les militant(e)s d’ATTAC ont l’habitude de distribuer leurs tracts d’information dans les rues des villes et de manifester quand l’actualité le commande. Toujours avec pacifisme. Mme Geneviève Legay avait l’expérience de ces appels citoyens. Elle n’ignorait pas, sans doute, l’interdiction de manifester mais avait décidé de braver ce qui lui paraît être une atteinte aux droits fondamentaux. A Nice, j’aurais pu être à ses côtés sans pourtant vouloir casser du flic ou m’en prendre aux vitrines des commerces. La démocratie c’est aussi la possibilité de faire connaître ses opinions et ses points de vue sur la place publique. Il semble que les temps changent mais pas trop car, comme disait Pascal « comme on a pu faire que ce qui fut juste fut fort, on a fait que ce qui fut fort fut juste ! »

Je condamne sans hésitation les propos du président de la République. Il peut avoir raison juridiquement et tort politiquement et moralement. En contraignant ses soutiens à pédaler dans la choucroute visant à justifier l’injustifiable, Emmanuel Macron fait une nouvelle fois preuve d’arrogance, de mépris. Son rôle n’est pourtant pas celui-là. Là où il est, il se doit de calmer les excès, de chercher des compromis et des accords avec ceux qui tiennent la rue depuis le 17 novembre. Le grand débat a été un grand déballage. Il est plus que temps que le président remette de l’ordre dans ses idées et ses choix politiques.

(1) D'après les déclarations du procureur de la République, trois personnes sont susceptibles d'être celle ou celui à l'origine de la chute de Mme Legay. Et pas des policiers.

25 mars 2019

La mort de Christian Lafenêtre, ancien conseiller municipal de Louviers, nous rend très triste

Christian Lafenêtre en 1977. ©JCH
La mort de Christian Lafenêtre, à l’âge de 77 ans, nous rend triste. Très triste. Christian, au delà des responsabilités éminentes qu’il remplit avec compétence et sérieux au sein  du groupe La Poste pendant toute sa vie, fut le symbole même de l’homme au courage moral et aux convictions inébranlables. Chacun se souvient de sa bonhomie, de son goût pour la blague mi-chou mi-chèvre, de ses élans tempétueux lors des mémorables campagnes électorales municipales des années soixante dix et quatre-vingt. Pendant toutes ces années, il accompagna le Dr Ernest Martin, maire de 1965 à 1969 puis adjoint d’Henri Fromentin, de 1976 à 1983.
Christian était un pilier du CAG (Comité d’action de gauche) où il étalait sans modération son talent pour la polémique, la défense de ses idées « anar » (et sans violence) son aversion pour les partis politiques — fussent ils de gauche — dans lesquels il voyait toujours la voie de la trahison. Son rôle dans les campagnes électorales fut essentiel pour analyser les documents budgétaires et financiers. Et aussi pour préparer les budgets de l’exécutif local à une époque où la tutelle préfectorale ne laissait rien passer contraignant les communes à présenter des propositions sincères et véritables.
Christian, et c’était sans doute dû à son attachement originel à la Poste, était un ardent défenseur du service public. A louviers on était servi puisque la politique municipale reposait justement sur le développement de ces services au bénéfice des plus jeunes mais également des travailleurs que la mairie aida en maintes occasions et notamment en mai 1968 ou lors de conflits sociaux plus tard chez Wonder par exemple.
J’ai le souvenir qu’en 1976, pendant l’été, il fallut compléter le conseil municipal d’un siège pour pouvoir élire le maire. Au sein du CAG, deux candidats postulèrent : Patrice Yung, qui fit le chemin que l’on sait, et Christian Lafenêtre. Battu par la majorité des militants malgré de très bons arguments techniques et surtout politiques, Christian n’en continua pas moins à agir et à devenir conseiller municipal lors des élections générales de 1977. Pendant les six ans du mandat de la municipalité dite « autogestionnaire », Christian Lafenêtre soutint sans relâche les choix du maire, Henri Fromentin, et des adjoints dont Ernest Martin. Bienveillant, attentif à la situation financière de la ville, ses conseils avisés furent souvent suivis. 
Sur le plan privé, il était ce qu’on appelle un bon père de famille, aimant et indulgent. Il mettait en pratique ce que Courbet nous avait enseigné : « Les enfants n’appartiennent à personne. Ils n’appartiennent qu’à leur future liberté. »
Les obsèques de notre ami et camarade Christian auront lieu le jeudi 28 mars à 14 heures à l’église Notre Dame de Louviers. J’invite ses amis du CAG et ceux qui l’ont apprécié à y saluer une dernière fois celui qui avait érigé en dogme un mot d’ordre aussi charnel que provocateur (1) que la bienséance m’interdit de reproduire ici. Et tout le monde éclatait de rire !
(1) Mot d’ordre reproduit dans le livre d’Hélène Hatzfeld : « La politique à la ville, inventions citoyennes à Louviers (1965-1983). Editions Presses universitaires de Rennes.

Fausses nouvelles et « vérités alternatives » risquent de polluer la campagne électorale des Européennes


Ariane Chemin, du « Monde » en passeuse passionnée de savoirs. ©JCH
Le débat organisé à Val-de-Reuil après le forum sur l’éducation et la formation aux médias a, une fois de plus, tourné autour des gilets jaunes et de leur propension à rejeter journaux et journalistes à l’image des Français qui, de plus en plus, font de moins confiance à la presse écrite ou autre. Il est vrai que les jeunes, notamment, utilisent leurs réseaux facebook ou leurs applications personnelles pour savoir ce qu’il se passe en France et dans le monde. Mais les informations qu’ils lisent sont souvent biaisées par les affinités ou préférences des groupes qui les composent. Si on s’attend à lire ce qu’on attend de lire, on ne risque pas d’être confronté à des contradictions, des incohérences ou pire, des fausses nouvelles ou des thèses complotistes sans être capables de les remettre en cause.

L’éducation aux médias — et on peut faire confiance aux enseignants du service public pour cela — passe par un accès aux divers canaux d’informations et un pluralisme de titres et d’opinions. Il faut, par exemple, lire « Le Monde » et « le Figaro », un journal de centre-gauche et un journal de droite pour prendre connaissance de commentaires sur des faits qui devraient être incontestables dans leur réalité. C’est là que le bât blesse. Car l’invention des vérités alternatives met à mal la vérité des faits, base indispensable à une discussion contradictoire cohérente. Voilà pourquoi un grand nombre de journaux et de chaînes, au delà des sites spécialisés, ont créé des services de décodage et de vérification permettant de corriger les erreurs involontaires ou les affirmations mensongères de la part des politiques, notamment, ou des « intellectuels » engagés à droite…ou à gauche. Trump, Bolsonaro, Poutine, Orban, Marine Le Pen, et tant d’autres, sont des spécialistes des vérités alternatives. Dans leur bouche, elles ne sont rien d’autres que des opinions et des élucubrations idéologiques, visant à convaincre les auditeurs les plus influençables les moins éduqués. Il va de soi que plus vous êtes cultivés, plus vous possédez de savoirs, plus vos connaissances sont larges, moins vous aurez de chances de croire le premier bobard énoncé comme une vérité.

Chez les gilets jaunes, pour revenir à eux, le célèbre Maxime Nicolle est une caricature d’émetteur de fausses nouvelles. Il n’y a pas si longtemps, il a relayé des doutes sur l’attentat de Strasbourg (!) des contre-vérités sur le pacte de Marrakech tandis que le RN (ex-FN) divaguait sur le siège permanent de la France au conseil dé sécurité de l’ONU.

A la veille de la campagne électorale européenne, la vigilance s’impose. J’ai souvenir du débat d’entre deux tours de la présidentielle au cours duquel la candidate du FN avait perdu les pédales et raconté n’importe quoi sur bien des sujets. A l’époque elle voulait sortir de l’Euro et de l’union européenne ! Elle soutenait ardemment le Brexit ! Face aux énormes difficultés que rencontre Theresa May, on ne l’entend plus. Elle préfère faire coller des affiches sur « l’immigration massive », la tarte à la crème de l’extrême droite depuis que son père a inventé la recette. Sans oublier les interventions des Russes et des algorithmes américains…alors prudence.
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24 mars 2019

Plus d'un million de remainers (anti-Brexit) dans les rues de Londres pour un nouveau référendum


Et si Nelson manifestait lui aussi…©GH
Hier à Londres, une manifestation gigantesque s’est déroulée avec un seul thème : On veut revoter ! On veut un second référendum ». Plus d’un million de citoyens britanniques ont battu le pavé pour signifier à Theresa May, la première ministre, qu’ils n’étaient pas d’accord avec le projet élaboré pendant de longs et pénibles mois avec l’Union européenne. Cet accord, d’ailleurs rejeté à deux reprises par la chambre des Communes, est le seul susceptible de permettre une sortie ordonnée de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Mais les remainers (maintien dans l’Union) ne l’entendent pas de cette oreille.

Un sondage récent indique que 56 % des Britanniques (de 54 à 58 %) selon la marge d’erreur veulent rester dans l’Union européenne. Nombre d’entre eux insistent sur le fait que la campagne de 2016 a été mensongère (Farage et Johnson les ont trompés) et que par conséquent les résultats du vote ont été faussés. J’ai toujours dit et écrit que le référendum portait en lui une réponse trop simpliste pour être honnête. La démocratie directe engageant un pays entier et par voie de conséquence une Union entière ne peut satisfaire une pédagogie complexe, lente à expliquer, que la démocratie représentative remplit tant bien que mal. Et mieux en tout cas qu'une réponse par Oui ou par Non.

La date de sortie est fixée au 12 avril. Comment en un laps de temps aussi court, Theresa May va-t-elle pouvoir se sortir du pétrin dans lequel elle a plongé le pays. La pétition mise en ligne sur le site du Parlement britannique a recueilli en quelques jours plusieurs millions de signatures. Les signataires veulent un nouveau vote et bien malin qui connait le sort réservé aux Britanniques dont la monnaie, la Livre, a chuté depuis des mois et dont l’économie s’essouffle avant peut-être de collapser.
 J’ai la chance d’avoir un membre de famille domicilié à Londres. Il a suivi avec attention la manifestation d’hier et m’a fait parvenir quelques clichés dont je le remercie. 

https://www.bbc.co.uk/news/uk-politics-47678763
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23 mars 2019

Quelques réflexions au débotté : Trump le goujat, la fondation Vuitton, Le Manoir de Bigards, la clause de conscience des journalistes, l'armée et les gilets jaunes

Donald Trump est un goujat
A Gauche Mac Cain, à droite Trump…
Donald Trump a encore trouvé le moyen de jouer les mal élevés. Devant un aréopage de militaires de tous grades, il s’est livré à une nouvelle charge contre le sénateur Mac Cain, décédé d’un cancer il y a sept mois. Le sénateur est de ceux qui ont refusé d’annuler l’Obamacare, l’assurance santé obligatoire aux Etats-Unis qui permet aux plus démunis d’être soignés.
Trump a fait un flop. En affirmant que Mac Cain n’était pas le genre de gars qu’il apprécie, ses remarques ont entraîné un silence…de mort parmi les personnes présentes devant la scène où le fantasque Trump se produisait. Faut-il rappeler que le sénateur Mac Cain, dans une autre vie, a été prisonnier (6 ans) des Vietnamiens du Nord pendant une guerre qui a duré tant d’années et causé la mort de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Quant à Trump, on sait qu’il a usé de tous les subterfuges pour éviter de partir au Vietnam, les dossiers le compromettant étant d’ailleurs cachés dans un coffre-fort inaccessible.

…et de Manet.©JCH
La fondation Vuitton : courez-y !
La fondation Vuitton, à Paris, expose la collection Courtault. Elisabeth Courtault et son mari, de descendance française (grands industriels du textile) ont constitué, de 1920 à 1929, une collection exceptionnelle de plusieurs dizaines de toiles signées des plus grands maîtres de l’impressionnisme et du post-impressionnisme. Qu’on en juge : Manet, Monet, Renoir, Cézanne, Picasso, Gauguin, Van Gogh, Modigliani, Seurat, Vuillard, Bonnard, Degas, tous présents sur les cimaises de la Fondation.
Déambuler dans les salles du musée fut une joie et une chance uniques. Le tout Paris de la presse mais pas seulement, a eu le plaisir, mardi soir, de découvrir des originaux qu’on est plus habitué à admirer dans les catalogues spécialisés ou les ouvrages d’art.

Le Manoir de Bigards deviendra un hôtel-restaurant
Le Manoir de Bigards de Louviers, ai-je écrit il y a quelques temps, est sauvé. On en sait plus aujourd’hui puisque le maire a rendu public un projet subventionné par l’Etat qui devrait permettre de transformer ce bel immeuble collectif de la rue du quai à Louviers en hôtel, restaurant, et demeure d’un certain niveau d’exigence. Des activités culturelles — c’est sa destination depuis longtemps — devraient également offrir un nouveau lieu de fréquentation non loin de la Médiathèque, des cinémas et du Musée. Les enfants de la ville ont été des milliers à fréquenter les ateliers d’expression libres qu’animaient Olivier Gramond, Yves Martin, Simone Etienne…dans des salles du fameux Manoir.

Ariane Chemin en discussion avec un jeune « critique »
La Clause de conscience
Lors du débat organisé à Val-de-Reuil sur la formation à la lecture de la presse, j’ai omis de mentionner, à l’attention des jeunes qui voudraient se lancer dans ce métier merveilleux, que la profession de journaliste est la seule (avec les médecins dans certaines situations mais il s’agit d’un « ordre ») dont la convention collective prévoit l’application d’une clause de conscience en cas de modification de la ligne éditoriale ou de changement dans le capital de l’entreprise. Les journalistes s’estimant en droit de ne plus travailler pour tel ou tel patron touchent des indemnités comme s’il s’agissait d’un licenciement ordinaire. S’agit-il d’un privilège ? Je ne le crois pas dans la mesure où les hommes et femmes de plume doivent savoir quelle ligne éditoriale leur direction leur propose…ou veut leur imposer.

Les gilets jaunes à Rouen.©Jean-Charles Houel
L'armée à la caserne !
L’utilisation des forces armées, dans le cadre du maintien de l’ordre, ne peut être justifiée qu’en cas d’état d’extrême urgence ou de menaces graves sur l’état républicain. Il est dangereux voire risqué, de solliciter des militaires pour protéger des bâtiments publics. Les gilets jaunes, même violents, même casseurs et pilleurs, ne sont pas des terroristes. Que les policiers et gendarmes protègent les personnes et les biens, c’est normal dans un état de droit. Que le gouvernement ait souhaité pendant 19 semaines qu’il y ait le moins de morts et de blessés possibles, c’est admissible. Il suffisait de passer sur les Champs élysées cette semaine pour constater les dommages énormes causés aux vitrines, commerces, magasins… le tout coûtant aux assurances et à l’état (et aux villes) près de 200 millions d’euros sans compter les indemnisations pour chômage partiel et l’absence de chiffres d’affaires. On ne sait plus très bien, aujourd’hui, pourquoi les gilets jaunes descendent dans la rue. 40 000 manifestants ne font pas un peuple. Et 1500 black blocks non plus. Les Français, dans leur grande majorité, disent Stop. Il faut donc négocier et trouver des compromis. Sans organisation structurée, sans leaders incontestés, avec certains d’entre eux sur les listes de Le Pen ou Dupont-Aignan, ce ne sera ni simple, ni facile.



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