2 avril 2016

Déchéance de nationalité : Hollande jette l'éponge


Alain Juppé attend son heure…
Plus les mois défilent, plus l’état d’urgence est devenu obsolète. Une fois passées les premières semaines avec perquisitions et assignations à résidence, il est évident que les carnets d’adresses des services de renseignement et des fichiers de la police et de la gendarmerie ont épuisé leurs sources et leurs ressources. Ainsi l’état d’urgence renouvelé par le Parlement ne sert plus qu’à d’éventuelles mesures destinées à faire face à une attaque massive des terroristes contre la population.

Nous ne le répéterons jamais assez. L’arsenal juridique actuel, modifié plusieurs fois au cours de ce quinquennat dans un sens plus répressif, suffit à demeurer dans un état de droit même si je n’ignore pas les remarques acerbes de la cour européenne des droits de l’Homme plus que critique envers la France. Alors, devons-nous nous habituer à cet état d’exception ? Devons-nous accepter que des citoyens, suspects d’un jour, victimes de délations demain, dont les noms et adresses sont rendus publics sans grande précaution, se taisent et tolèrent cet état de fait ?

Pour X raisons, le projet présidentiel visant à déchoir les terroristes définitivement condamnés de leur nationalité et à rendre cette mesure constitutionnelle a fait un flop. Je ne m’en plains pas. Depuis que cette velléité du pouvoir avait été rendue publique, j’avais maintes fois attiré l’attention des lecteurs de ce blog sur l’inefficacité de cette mesure et sur cette rupture avec les idéaux de la gauche mais pas seulement. En puisant dans le vivier idéologique de l’extrême droite et de la droite dure, François Hollande a pris un énorme risque : celui de mécontenter à gauche et de ne pas rallier à droite. Autrement dit il a perdu sur tous les tableaux. L’art de la synthèse dont on le gratifie mécaniquement, est devenu l’art de se faire piéger sous les coups de boutoir d’un premier ministre aux accents sarkozystes.

La gauche aujourd’hui n’est pas un champ de ruines mais c’est tout comme. Éclatée, émiettée, la majorité actuelle ouvre un boulevard ou plutôt une avenue à la droite la plus libérale économiquement et conservatrice socialement. On ne me fera jamais prendre Alain Juppé pour un tendre ou un mou. Il sera dur avec les faibles et doux avec les puissants. S’il est vrai qu’après quatre ans d’âge, tout est joué, je ne vois pas en quoi le nouveau Juppé — je ne parle pas des autres candidats à la primaire — serait fondamentalement différent du Juppé de 1995. Celui qui mit la France dans la rue…alors, d’où viendra la lumière ? D’une primaire à gauche ? Pourquoi pas. Il est temps de tout essayer.

1 avril 2016

Le silence des agneaux fait un bruit infernal


Un peu de respect pour le bien-être animal
Choquantes ! Terriblement choquantes. Les images de ces agneaux étourdis maladroitement à coups de marteau, dépecés alors qu’ils bougent toujours, balancés comme de vulgaires déchets dans les files d’attente du découpage ont révulsé nombre de Français lesquels ont quelque raison d’avoir la sensibilité à fleur de peau. L’abattoir mis en cause, dans le sud de la France a dû fermer ses portes le temps d’une enquête approfondie permettant de comprendre pourquoi et comment, ces actes de cruautés sont possibles en France, en 2016.

Il ne faudrait pas non plus, taper seulement sur les lampistes mis à pied séance tenante. Que sait-on des employés filmés par caméra cachée au moment où ils accomplissent leur forfait ? Que sait-on de leurs conditions de travail, de leurs salaires, de la productivité qu’on attend d’eux ? Loin de moi l’idée d’absoudre les auteurs de ces actes barbares mais il convient de dépasser l’image pour tenter de comprendre comment des hommes « normaux » peuvent en arriver à de telles extrémités. Il importe de dénoncer les fautes mais il convient aussi d’en rechercher les causes et ne pas dire comme Manuel Valls sur un autre sujet : « tenter de comprendre c’est déjà chercher à excuser. »Non, c'est tout simplement une preuve d'intelligence.

J’ai ouï dire que des dizaines d’abattoirs de notre pays connaissaient les mêmes dérives et les mêmes excès. Les Français mangent de la viande, beaucoup de viande, et les escalopes ou les côtes d’agneau ne tombent pas du ciel. Il a fallu nourrir, engraisser des centaines de milliers d’ovins, de porcins, de bovins…pour remplir nos assiettes. Au prix payé aux producteurs — si j’en crois les responsables des syndicats agricoles — les éleveurs n’équilibrent pas leur budget. Et on voudrait que le bien-être animal fût respecté quand les hommes qui les produisent sont dans la dèche ? Bien sûr qu’il le faudrait et les services de l’Etat devraient y veiller par des contrôles permanents et des pratiques améliorées mais les moyens dont disposent les services vétérinaires ne le permettent pas.

Il s’agit d’une chaine de production et tous les maillons doivent, si je puis dire, être parfaitement…graissés. Si un échelon quelconque manque à ses devoirs et aux règlements édictés (il paraît qu’il y en a trop ? La faute à Bruxelles sans doute) C’est l’ensemble des professions qui pâtissent d’une image dégradée et dégradante.


29 mars 2016

Sortir Florence Hartmann de sa geôle : signez la pétition !


Jeudi 24 mars, jour de la condamnation par le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de Radovan Karadzic, l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie, à 40 ans de prison pour génocide et crimes contre l’humanité, la journaliste Florence Hartmann, qui se trouvait aux côtés des associations de victimes de la guerre de Bosnie-Herzégovine, a été brutalement arrêtée par des gardes du Tribunal et écrouée dans la prison des criminels de guerre pour y exécuter une peine de prison de 7 jours.



La coïncidence entre ces deux faits jette une ombre terrible sur un jour qui aurait dû être celui du triomphe de la justice. Il s’agit d’un événement insensé et révoltant pour tous ceux qui, dans le monde, défendent la liberté d’informer et plus généralement les droits humains.
Florence Hartmann avait été la porte-parole du procureur du TPIY Carla Del Ponte de 2000 à 2006, avant de se retrouver poursuivie en tant que journaliste par ses anciens collègues, devenus à la fois juge et partie, pour outrage à la Cour. Motif : avoir révélé dans son livre Paix et châtiment (Flammarion, 2007) les dessous d’une négociation secrète entre le Tribunal et la Serbie dans le cadre du procès de l’ancien Président serbe Slobodan Milosevic.

Dans ce marché, le Tribunal s’engageait à ne pas divulguer certaines preuves de l’implication permanente et déterminante de l’Etat serbe dans la guerre en Bosnie-Herzégovine.
Soulignons avec force que ces éléments étaient déjà connus des milieux autorisés, et qu’au moment des faits Florence Hartmann n’était plus employée du TPIY, mais avait repris son métier de journaliste indépendante. Elle n’a jamais dérobé des documents ou pratiqué le mélange des genres, comme on a trop souvent pu l’entendre ici ou là. Son seul credo est que le public a droit à la vérité, et que c’est le devoir du journaliste de l’informer. 

C’est pourquoi elle a jugé crucial de publier ces informations. 
Condamnée à une amende de 7 000 euros, levés en deux semaines par son Comité de soutien et déposés sur un compte que le Tribunal a refusé de prélever, son jugement a été confirmé en appel en 2011, et sa peine définitivement commuée en 7 jours de prison. Le simple fait que son procès ait été rattaché à l’affaire Milosevic était en soi un scandale et une absurdité. Le fait qu’elle se retrouve aujourd’hui internée dans la même unité de détention que les criminels de guerre qu’elle a sans relâche combattus par ses actes de bravoure, son engagement indéfectible et ses écrits, nous le qualifions de perversion pure et simple d’une institution que nous avons nous-mêmes contribué à créer en 1993.



Nous continuons de croire que l’établissement du TPIY est un immense progrès dans l’histoire encore jeune du droit pénal international. C’est en effet son existence qui a permis l’arrestation du principal responsable de la guerre, Slobodan Milosevic, 5 ans seulement après la fin des combats, et a ouvert la voie à l’établissement de la Cour Pénale Internationale (CPI), où il n’est pas interdit d’imaginer qu’un jour, un Bachar El Assad puisse se
retrouver au banc des accusés.
Les conditions mêmes de l’arrestation de Florence Hartmann, d’une rare violence, évoquant un guet-apens, alors que les associations de victimes tentaient de résister à l’assaut des gardes du Tribunal, ont entaché à jamais le souvenir de ce jour.

Une semaine de prison, c’est peu, diront certains. Mais que fait Florence Hartmann dans le quartier des criminels de guerre, non loin de Radovan Karadzic condamné pour génocide ? Que fait-elle placée à l’isolement, lumière allumée 24 heures sur 24, guichet ouvert toutes les 15 minutes, privée de communication avec l’extérieur ?



A l’instar de Carla del Ponte, nous réclamons sa libération immédiate, et plus encore, nous exigeons sa réhabilitation. Empêchée aujourd’hui de travailler dans les organisations internationales et dans les médias du fait de cette condamnation odieuse, seule une réhabilitation totale lui permettra de reprendre le cours de sa vie professionnelle et personnelle, mise en suspens et radicalement affectée par cette injustice.



LIBÉREZ ET RÉHABILITEZ FLORENCE HARTMANN !
 Une pétition internationale peut être signée en ligne :
https://www.gopetition.com/petitions/release-florence-hartmann-petition.html 

Le recyclage des conseillers du prince est en marche

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Le recyclage des hauts fonctionnaires fonctionne comme le recyclage des capitaux. Les  conseillers du prince se glissent aussi facilement aux postes élevés des établissements financiers du privé que les milliards d’euros dans les circuits financiers mondiaux ou…Français. C’est ainsi que, depuis plusieurs semaines, de précieux collaborateurs de la présidence de la République quittent leur poste auprès de François Hollande pour gagner qui, Axa, qui une filiale bancaire, le tout avec l’aval du premier responsable de l’Etat.

C’est un grand privilège que de bénéficier de la sécurité de l’emploi. Non pas qu’il faille se révolter ou s’en plaindre mais le constat est tout de même éclatant : dans les cabinets ministériels siègent des hommes et des femmes sans doute compétent(e)s mais également assuré(e)s de trouver un bon poste à leur départ de leurs fonctions actuelles dont le quidam ne comprend pas toujours la finalité du travail.

Aux États-Unis, le système des dépouilles fait que le président élu s’entoure, pour la durée de son mandat, de personnes de confiance informées dès leur prise de fonction du caractère éphémère  de leur job. En France, les allers retours entre les ministères et les grands corps d’Etat (Conseil d’Etat et Inspection des finances notamment) et le système bancaire offrent des conditions de carrière et donc de salaires extrêmement avantageuses avec un système de primes souvent opaque venant se surajouter aux rémunérations des échelons et du Glissement vieillesse technicité. Autrement dit, la haute fonction publique ne fait craindre ni l’insécurité ni la peur du lendemain.

L’élément intéressant est que le départ de ces hauts fonctionnaires aujourd’hui, à un an de l’élection présidentielle, indique pour le moins une certaine fébrilité au sommet de l’Etat. Vous me direz, l’influence du président actuel disparaîtra du jour au lendemain s’il est battu dans les urnes. On peut donc comprendre que François Hollande, comme Nicolas Sarkozy en son temps, souhaite protéger et assurer l'avenir de ceux et celles qui l’ont si bien servi avec les résultats que l’on sait.

27 mars 2016

Le patrimoine des parlementaires de l'Eure est consultable en préfecture…à quelques conditions


A l'Assemblée nationale.
Les lois sont faites pour servir. C’est ainsi que la loi sur la transparence de la vie publique permet aux citoyens des différents départements de consulter les dossiers patrimoniaux de leurs parlementaires, députés et sénateurs. Évidemment, certaines conditions s’imposent. Le citoyen intéressé doit écouter son interlocuteur lui rappeler les termes de la loi et s’engager à ne pas prendre copie du dossier et à ne pas publier le résultat de ses investigations. Surtout quand on tient un blog ou quand on est journaliste. A quoi bon alors consulter des dossiers dont personne d’autre que vous ne peut avoir connaissance ?

Pour tester le processus, j’ai demandé l’autorisation au préfet de l’Eure de consulter le dossier patrimonial (et non fiscal) d’un parlementaire de l’Eure. Ayant la conviction de répondre à une légitime exigence citoyenne et aussi à un besoin de curiosité inhérent au métier pratiqué pendant toute ma vie, j’ai reçu l’accord de la préfecture et me suis rendu à Evreux cette semaine.

Très aimablement accueilli par le chef de cabinet du préfet de l’Eure et son adjointe, je n’ai eu besoin que d’un petit quart d’heure pour consulter le dossier du député que j’avais choisi. Après avoir — mais c’est la loi — décliné mon identité et présenté la CI en cours ainsi que l’attestation d’inscription sur les listes électorales de Louviers, j’ai parcouru les quelques pages d’une copie d'un dossier dont l’original est détenu par la HATVP le tout sous la surveillance de mes hôtes.

Au cours de notre brève conversation, j’ai appris que les citoyens ne s’étaient pas pressés au guichet de la préfecture puisqu’à ce jour nous ne sommes que deux à figurer sur le registre spécial tenu à la disposition des parlementaires au cas où ils souhaiteraient connaître les noms de ceux et celles qui veulent en savoir plus sur leur richesse réelle ou supposée. L’intérêt de cette loi réside sans doute dans le fait que les parlementaires sont tenus de déposer l’état de leur patrimoine au début de leur mandat et de remplir ce même dossier au terme de son exercice. Ainsi, quiconque peut constater ou une stabilisation de leur situation ou une évolution négative…ou positive. Et d’en chercher les raisons !

Autre objectif de cette loi : permettre à tout citoyen de faire savoir à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique qu’une déclaration est soit mensongère, soit incomplète. Ce qui n’est pas donné au citoyen ordinaire. Quant au dossier que j’ai consulté, je suis bien incapable d’en mesurer la sincérité ou la réalité faute de comparaison. 

Dans certaines démocratie nordiques, les dossiers patrimoniaux des élus sont mis en ligne sur Internet. On n'en est pas encore là en France même si des progrès sensibles ont été accomplis au cours du quinquennat actuel. Il s'agirait là d'une amélioration certaine en faveur d'une vraie transparence simple et facilement accessible. Je ne doute pas qu'on y parviendra un jour.

25 mars 2016

Le pouvoir devrait se souvenir de l'affaire Malik Oussekine


Malik Oussekine est mort lors d’une manifestation étudiante en décembre 1986 contre le projet de loi Devaquet. Ce jeune homme avait été frappé par un membre d’une équipe dite de voltigeurs autrement dit par des policiers circulant à moto. Les conséquences de ce drame furent à la hauteur de sa gravité. Le ministre démissionna et la loi fut retirée.

Le gouvernement actuel ferait bien de relire les événements d’aujourd’hui à l’aune de ceux de 1986. Trente ans, c’est insuffisant pour l’oubli et encore moins pour le pardon. Les violences policières d’hier dues à quelques brebis galeuses d’un commissariat du 19e arrondissement illustrent un goût pour la violence à la fois inutile et totalement contre-productif. La vidéo qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux démontre que le jeune lycéen à terre ne présentait absolument aucun risque pour les policiers. Il n’était ni agressif ni armé et aurait donc dû être relevé sans autre forme de procès. Le violent coup de poing du policier, sujet à une enquête de la police des polices, est tout simplement aussi gratuit que stupide.

C’est navrant car le maintien de l’ordre relève de la responsabilité du pouvoir, il doit être, surtout quand ce pouvoir est de gauche, assumé avec intelligence et raison. Il appartient aux différents ministres en charge de la sécurité des personnes et des biens de veiller scrupuleusement au respect d’une éthique et d’une proportionnalité de la réponse aux exactions éventuelles. Les ordres donnés à la hiérarchie policière n’admettent pas d’à-peu-près ni de laisser aller. Après les drames qui ont endeuillé notre pays et l’élan confiant suscité à l’égard des courageuses forces de l’ordre, il est dommage qu’une bavure évidente ébrèche ces sentiments.

24 mars 2016

Gardons intacts nos sentiments compassionnels : faisons face et résistons, chacun à sa manière


Je n’ai pas pour habitude d’aborder des aspects de ma vie privée sur ce blog. J’en ferai donc une exception. Il s’agit de ma mère. Alors que mon père était encore prisonnier de guerre pendant les années 1944-1945, elle eut à subir, au sein de sa famille, une multitude de décès dus à des maladies qu’on soigne bien aujourd’hui (la tuberculose et la typhoïde notamment) mais également au cancer. Si je vous parle de ma mère c’est qu’elle me racontait, de son vivant, ces épisodes tristes de sa vie et une phrase me revient en mémoire : « Les morts se succédaient et on n’avait plus de larmes pour pleurer. »

C’était sans doute l’effet de ce que les psychologues appellent « l’épuisement compassionnel. » Autant notre disponibilité, notre émotion et notre capacité à partager sont vives lors des premières catastrophes personnelles ou collectives, autant notre faculté d’identification se dilue lorsque les événements dramatiques se succèdent au fil des mois et des années. On s’habitue, parait-il, on se protège, on fait le gros dos, en espérant qu’un terme sera mis (comment ? quand ?) à cette litanie de morts aussi soudaines que monstrueuses.

Allons-nous devenir à notre tour des épuisés compassionnels ? Janvier et novembre 2015…mars 2016, Londres, Madrid, Ankara, Istanbul, Damas, Paris, Bruxelles, Bamako, Boston…des bombes, des attentats, des fusillades et des morts. Des dizaines de morts, des centaines de blessés au nom d’un Dieu, leur Dieu devenu diable. Les morts des mécréants, des mauvais musulmans, des apostats, des athées, quel programme pour des islamistes djihadistes radicaux, des islamo-fascistes pour le dire en un mot, dont l’objectif principal, selon Gilles Kepel, est de faire monter l’extrême-droite dans les démocraties pour susciter l’islamophobie et déboucher sur une guerre civile et le chaos.

Les terroristes ont pourtant tort. Grâce aux réseaux sociaux, à une communication parfois envahissante mais inévitable, nous sommes spectateurs de ces atrocités en sachant que nul n’en est à l’abri et que des proches, des personnes aimées, ou tout simplement des inconnus devenus des amis d’infortune, qu’ils soient Blancs, Noirs, Métis, seront peut-être demain les victimes de cette violence aveugle.

Puisque la vie n’a aucun sens, trouvons-lui en un. Evitons les débats inutiles et inefficaces sur la déchéance de nationalité dont on mesure bien aujourd’hui l’incapacité à stopper le terrorisme, évitons les querelles subalternes sur Twitter où les Leroux (PS) Morano (LR) et Rachline ou Médard (FN) se ridiculisent autant qu’ils se discréditent. Faisons face et résistons puisque ce mot se charge lui aussi d'affect et de courage.

23 mars 2016

L'effet néfaste des néonicotinoïdes sur les abeilles démontré en laboratoire


Le groupe d'experts internationaux spécialisés sur la biodiversité (IPBES), créé en 2012 sur le modèle du groupe international d'experts sur le Climat (Giec), a publié le 26 février son premier rapport qui alerte sur le déclin au niveau mondial des espèces pollinisatrices, à l'occasion de sa quatrième réunion plénière, à Kuala Lumpur (Malaisie).
Ce rapport, de 800 pages, a été réalisé par 77 experts. Il est le fruit de deux années d'analyses des données disponibles, alors que les études scientifiques se succèdent sur la mortalité des colonies d'abeilles, confirmant le rôle d'agents infectieux et de pesticides qui sont susceptibles d'interagir entre eux.
L'abeille domestique à miel européenne (Apis mellifera) est "le pollinisateur le plus répandu dans le monde, produisant près de 1,6 million de tonnes de miel par an, selon les estimations. A elles seules, les abeilles sauvages comptent environ 20.000 espèces", soulignent les experts de l'IPBES. Des espèces de papillons de jour et de nuit, de guêpes, de coléoptères, d'oiseaux, de chauves-souris et d'autres vertébrés contribuent également à la pollinisation.
La perte des pollinisateurs impacte la sécurité alimentaire
Le rendement des cultures "dépend tant des espèces sauvages que des espèces domestiques". Le rapport rappelle "l'importance de la pollinisation pour la sécurité alimentaire mondiale". 80% des cultures à travers le monde sont dépendantes de l'activité des insectes pour la pollinisation, au premier rang desquels les abeilles domestiques et sauvages.
16% des espèces de pollinisateurs vertébrés (oiseaux, chauves-souris) sont menacées d'extinction à l'échelle mondiale et jusqu'à 30% sur les îles. "Et cette tendance risque de s'accentuer", préviennent les chercheurs, en s'appuyant sur les statistiques de la liste rouge de l'UICN. En Europe par exemple, 37% des populations d'abeilles, sauvages et domestiques, et 31% des papillons sont déjà en déclin, tandis que 9% de ces espèces sont menacées d'extinction. La valeur annuelle des cultures mondiales, directement touchées par les pollinisateurs, est estimée "entre 235 et 577 milliards de dollars", précise l'IPBES.
Un résumé du rapport d'une trentaine de pages, à l'intention des décideurs, vise à les aider à impulser une politique afin d'enrayer les pressions. "Ce résumé a été validé par les représentants d'une centaine de pays. Il tire 22 messages clés, un ensemble de faits essentiels et surtout une palette d'outils pour l'action dont les décideurs publics ou privés sont invités à se saisir. La délégation française est intervenue pour faire en sorte que tout l'état de la science y soit pris en compte", a souligné Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) qui anime le Comité français pour l'IPBES.
Effets des néonicotinoïdes démontrés en laboratoire
Le déclin des pollinisateurs sauvages est principalement dû "à des changements dans l'utilisation des terres, aux pratiques de l'agriculture intensive et à l'utilisation de pesticides, aux espèces invasives [frelon asiatique, ndlr], à des agents pathogènes [parasites dont le varroa, ndlr] et au changement climatique", a résumé Robert Watson, le nouveau président de l'IPBES.
Le rapport pointe en effet les pratiques agricoles intensives, dont l'usage massif des pesticides néonicotinoïdes (imidaclopride, clothianidine et thiamethoxame). Leurs "effets létaux et sublétaux" sur les abeilles ou bourdons sont démontrés en laboratoire. Le rapport souligne toutefois le manque de données "concluantes en conditions réelles", tout en notant qu'une étude récente a montré des effets négatifs sur les pollinisateurs sauvages. Cette étude, menée sur le terrain en Suède, montre que "l'utilisation d'un insecticide à base de néonicotinoïdes [clothianidine par le biais de pollen de colza, ndlr] a une incidence négative sur la reproduction des abeilles sauvages, mais n'a aucun effet sur les colonies d'abeilles à miel".
Pour rappel, la Commission européenne a décidé en 2013 de restreindre l'usage de ces trois substances (thiaméthoxame, clothianidine, imidaclopride), au vu des risques suspectés pour les insectes pollinisateurs, et de lancer une ré-évaluation. "Les évaluations actualisées, qui se pencheront sur l'utilisation de ces substances en tant que traitement des semences et granules, seront finalisées pour janvier 2017", a précisé l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Deux autres substances néonicotinoïdes (acétamipride et thiaclopride) sont actuellement inscrites dans un programme de réexamen en vue de leur ré-approbation dans l'UE.
"L'incidence directe et indirecte des insecticides a été un des moments forts lors de la validation du résumé pour décideurs. Les experts suggèrent de réduire l'exposition des pollinisateurs. Le rapport invite à poursuivre les efforts pour évaluer les impacts, notamment à long terme et sur un ensemble large d'espèces", a précisé Jean-François Silvain. Les experts recommandent de réduire l'usage des pesticides, via des techniques alternatives de lutte contre les ravageurs, le soutien à l'agriculture biologique, l'agroforesterie ou encore la rotation des cultures.
Mais selon Le Monde, la présence de deux salariés des industries agrochimiques Bayer et Syngenta, parmi les experts de l'IPBES chargés d'élaborer ce rapport, a suscité la polémique durant cette session plénière, accusés de conflits d'intérêt. "La vraie question est de savoir si les scientifiques liés à l'industrie aident ou empêchent les progrès scientifiques", a répondu l'IPBES. Elle estime nécessaire d'impliquer les experts qualifiés de cette industrie "dans la recherche de solutions".
Impacts des plantes transgéniques : des lacunes de connaissances
Quant aux cultures OGM, leurs effets sublétaux et indirects sur plusieurs pollinisateurs "ne sont pas encore bien compris", indiquent les experts de l'IPBES. "Il est important de souligner ces lacunes de connaissances. L'incidence des plantes génétiquement modifiées sur les pollinisateurs est un domaine où il y a encore un gros travail à faire", a indiqué le président de la FRB. Or, "l'évaluation des risques, avant l'agrément de mise sur le marché ne prend pas suffisamment en compte les effets sublétaux et indirects des plantes transgéniques résistantes aux insectes ou celles tolérantes aux herbicides, en partie liée à ce manque de données", a-t-il prévenu.
Selon l'IPBES, la tolérance aux herbicides "réduit la disponibilité de mauvaises herbes", qui constituent une source d'alimentation pour les pollinisateurs. Au contraire, la résistance aux insectes "se traduit souvent par une diminution de l'utilisation d'insecticides et peut contribuer à atténuer les pressions qui s'exercent sur les insectes utiles, y compris les pollinisateurs".

21 mars 2016

La majorité des Français sont contre le cumul des mandats. Sarkozy s'en soucie peu.


Décidément, Nicolas Sarkozy n’est plus dans le coup. Alors qu’une majorité de Français et maintenant d’élus sont franchement contre le cumul des mandats entre un mandat de parlementaire et la présidence d’un exécutif local, l’ancien président de la République caresse ses compagnons ( ?) dans le sens du poil en se déclarant favorable au cumul.

La loi actuelle prévoit que les futurs députés et sénateurs, élus en 2017, devront choisir entre leur mandat parlementaire et leurs fonctions locales, président(e) de conseil départemental ou régional, maire de grande ville, président d’agglomération ou de métropole etc. Pour éviter d’être, d’ores et déjà atteint, par la loi, Hervé Morin, par exemple, ne s’est pas montré très empressé de démissionner de son mandat de député en faisant déposer un recours contre son élection par l’un de ses amis lui permettant ainsi de conserver ses fonctions d’élu de la nation jusqu'au prochain renouvellement de l'assemblée.

Tous ceux qui ont le mot de moderne en bouche ne sont pas toujours ceux qui souhaitent s’appliquer à eux-mêmes des règles simples, claires transparentes. Pour mener à bien un mandat à l’Assemblée nationale ou au Sénat, il ne faut faire que cela. Assister aux réunions de commissions, travailler à la préparation des propositions de lois, contrôler le gouvernement, être présent dans la circonscription pour écouter le pays et tenir des permanences, voilà des tâches bien suffisantes pour un homme ou une femme normal(e). Sarkozy invoque « la nécessité de détenir un mandat local pour être sur le terrain. » Comme s’il était nécessaire d’être maire ou président de conseil départemental pour entendre le « bruit et la fureur » comme dirait Jean-Luc Mélenchon. Il est vrai qu'à Neuilly-sur-Seine, on ne doit pas entendre grand'chose de la colère des salariés ou de celle des chômeurs.

Avec les réseaux sociaux, les multiples canaux d’informations et de communications, le monde change et le travail parlementaire également. Le temps des lettres manuscrites signées par le député du coin est révolu. Ce qu’on attend d’un vrai parlementaire c’est qu’il explique ses choix, les motive, fasse la pédagogie des textes du gouvernement soit pour les approuver soit pour les contester. Il est indispensable que les électeurs comprennent le sens du travail en cours et prenne connaissance des votes de l’élu de leur circonscription. Distribuer des programmes et promettre, c’est bien, tenir ses engagements c’est encore mieux. Quant à Sarkozy, il a encore raté une belle occasion de se taire. Il est bien le seul à penser que le futur gouvernement de droite (si elle arrive au pouvoir en 2017) fera, de l’abolition de la loi sur le cumul, une priorité.

20 mars 2016

L'économie est-elle une science ? Les Normands en première ligne


Benoit Malbranque (à droite). (Photo Jean-Charles Houel)
Le jeune conférencier de 24 ans a tout le temps devant lui. Benoit Malbranque diplômé en économie et directeur d’édition de livres consacrés à cette spécialité, était présent, jeudi à Louviers, invité dans le cadre des conférences et animations de l’université populaire (promue par la municipalité de Louviers) au sein de laquelle les membres de la SED ne sont pas absents. L’économie politique ou la science économique a intéressé nombre de Français et de Normands, notamment, bien avant que les Anglo-saxons ne deviennent les véritables têtes pensantes de cette branche essentielle au bon (ou au mauvais) fonctionnement des sociétés. Benoit Malbranque a insisté sur le fait que Jefferson lui-même possédait une bibliothèque où les auteurs Français étaient majoritaires…C’est dire l’engouement des étrangers pour les économistes de France où nul plus qu’ailleurs n’est prophète en son pays.

Ainsi, devant trois dizaines d’auditeurs, ont défilé la vie et l’action des pionniers normands d’une activité humaine mêlant monnaies, impôts, inflation, taux d’intérêts, banques centrales…au fil des monarchies et des républiques. Je ne vais pas égrener toute la liste des noms retenus par le conférencier mais parmi les économistes normands, Benoit Malbranque cita Oresme, dont le traité des monnaies date du 14e siècle, redécouvert au 19e, et qui semble toujours pertinent aujourd’hui, Boisguilbert, trop heureux de faire la leçon aux nobles et notamment au roi Louis XIV, en vain semble-t-il, ainsi que Montchrétien et Walras (né à Evreux), fondateur de l’école mathématique, très en vogue aujourd’hui.

Élargissons le propos à ses contenus philosophique et politique. Nous avons connu bien des présidents (Mitterrand notamment) dont l’intérêt pour l’économie était quasiment nul. Ces hommes considéraient que le politique conduit le monde et que l’intendance (l’économie donc) devait suivre. Avec le temps et la disparition de l’URSS et son système autarcique autant que xénophobe, les sociétés ont compris que si la loi du marché devait s’appliquer dans les démocraties, elle devait également être régulée pour empêcher les fraudeurs et les aigrefins d’avoir pignon sur rue. Les informations de ces derniers jours font apparaître le rôle éminent des paradis fiscaux joué auprès des banques françaises aussi réputées que le Crédit agricole ou la Société générale, paradis dont Sarkozy avait annoncé la fin mais, là aussi, il s'est trompé.

On pourra toujours écrire des traités sur les monnaies et disserter sur le fonctionnement de la planche à billets. Si les hommes et les femmes politiques n’intègrent pas la nécessité d’une morale en économie et d’une réelle maîtrise de l’avidité des richesses (50 % des richesses mondiales sont détenues par 1% de la population) il faut s’attendre à des révoltes et des révolutions.