13 janvier 2019

La Société des nations ? La paix par la solidarité collective…souvent souhaitée jamais réalisée


Jean-Michel Guieu.© Jean-charles Houel
Est-il possible d’imaginer un monde sans guerre ? Sans doute pas. De tous temps, cependant, des hommes de bonne volonté, pacifistes ou « solidaristes » qu’ils soient chefs d’états ou simples citoyens se sont plu à croire à la mise en place d’une solidarité collective susceptible de résoudre les différends entre états par un droit opposable aux puissances guerrières.

« La Société des Nations (1919-1946), fille de la Grande Guerre et ancêtre de l’ONU », par Jean-Michel Guieu, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, était donc le thème de la conférence proposée par la Société d’Etudes diverses de Louviers, samedi, dans la salle Pierre Mendès France de l’hôtel de ville. La SDN part de loin et, malheureusement, elle finit mal. En 1946, l’Organisation des Nations unies succède à la SDN avec des objectifs moins ambitieux et une distribution des rôles nouvelle. Autant la SDN, dans l’esprit et la lettre plaçait les états (petits et grands) sur un pied d’égalité, autant l’ONU fera la part belle aux grandes puissances : l’URSS, les USA, la Grande-Bretagne, la France et la Chine.

Revenons à la SDN de 1919 créée à l'occasion de la conférence de la paix. Ses fondations prennent naissance en Grande-Bretagne, en France mais aussi et surtout aux Etats-Unis où le président démocrate Wilson (profondément religieux) désireux de protéger la liberté du commerce mondial défend une paix raisonnable dès 1915 alors que son pays affiche son neutralisme. Les USA entreront quand même en guerre en 1917 et seront les fers de lance lors de la signature du traité de Versailles dont les premiers articles reprennent la totalité des désirs du président américain. L’histoire retiendra que le Congrès américain ne ratifiera pas la charte de la SDN qui rassemblera 60 nations dont les pays européens les plus importants avec le Japon notamment.

Des années vingt aux années trente, beaucoup pensent que la guerre de 1914-1918 sera la der des der. Les intellectuels, la presse, de nombreux politiques tels qu'Aristide Briand, en France ou Gustav Streseman, en Allemagne (ils recevront le prix Nobel de la paix) avaient la certitude de ce qui semblait être une évidence : la paix toujours et partout pour le plus grand bénéfice de l'humanité. Tant de millions d’hommes : Russes, Allemands, Français, Britanniques, Italiens, Turcs, Arméniens, morts ou blessés sur les champs de batailles, tant de millions de morts et de blessés parmi les civils. On expérimente alors « la guerre totale » avec des armes nouvelles et meurtrières…ouvrant la porte aux terribles bilans de la seconde guerre mondiale et à l’échec de la Société des Nations incapable d’empêcher l’Italie d’envahir l’Ethiopie et L’Allemagne de réoccuper la Rhénanie ou d’envahir la Tchécoslovaquie. Et ne parlons pas de l’invasion de la Mandchourie par le Japon.

Léon Bourgeois, le Français initiateur d’une solidarité collective efficace avait souhaité que cette SDN se dote des moyens d’une force internationale pour ramener les puissances belliqueuses à la raison. Sans l’aide de Clémenceau ses espoirs sont restés lettre morte. Les casques bleus de l’ONU, force d’interposition d’aujourd’hui, ont montré leurs limites au Moyen Orient, en Afrique ou dans la Mittle Europe. D’autant que les USA, première puissance mondiale n’est plus présidée par un Wilson messianique mais par un Trump isolationniste.

Jean-Michel Guieu, très applaudi par une salle comble a répondu aux questions du public. Ce fut l’occasion pour Claude Cornu de rappeler que le Samedi 2 février 2019 Gérard Gengembre, professeur émérite de l’Université de Caen et spécialiste de la littérature du XIXe siècle, évoquera « Maupassant, écrivain normand » à 16 heures aux lieu et heure habituels.

12 janvier 2019

Le Comité d'action de gauche sur France Culture le 17 janvier de 9 à 10 heures dans La Fabrique de l'Histoire


En mai 1969, Hélène Chatelain dans le Nouvel observateur titrait : « l’aventure du docteur Martin ». La défaite du maire de Louviers aux élections municipales partielles mettait un terme provisoire à une politique d’autonomie municipale, utopique sans doute, mais illustrée de décisions bien concrètes dans la vie des Lovériens. L’article de la journaliste parisienne insistait sur les équipements publics mis à la disposition des citoyens et sur les formes de démocratie participative confirmée de 1976 à 1983 après une reconquête du pouvoir local par le Comité d’Action de gauche et son allié, le PSU.
Affiche du CAG de 1976.©JCH
Hélène Hatzfeld, docteur en sciences politiques, est venue enquêter à Louviers sur cette expérience de démocratie locale originale et tellement à l’ordre du jour avec les manifestations des gilets jaunes réclamant une prise de parole permanente et des respirations démocratiques renouvelées plus souvent. Le livre qu’elle a écrit et paru aux PUR explicite en détails, sur la base d’entretiens et d’archives (notamment les miennes) les trois grandes périodes de cette histoire passée très actuelle : 1965-1969 avec la municipalité d’Union des Gauches, 1970-1976 avec l’opposition et la reconquête du pouvoir, 1976-1983, phase active avec la création de commissions extra-municipales et le lancement d’un journal municipal ouvert.
France Culture et Emmanuel Laurentin ont eu connaissance du livre d’Hélène Hatzfeld et proposé aux militants du CAG de cette époque de narrer l’histoire de cette « autogestion » municipale. Séverine Liatard, journaliste de la radio de service public est donc venue à Louviers pour des entretiens complets. Le montage de l’émission sera diffusé le 17 janvier de 9 à 10 heures sur les antennes de France Culture dans le cadre de « La Fabrique de l’histoire. » Lovériens anciens et nouveaux habitants auraient intérêt à écouter les témoignages des acteurs de l’époque, tous et toutes très investis dans cette passion alors commune : défendre l’intérêt général en créant de nouveaux services publics et en en facilitant l’accès notamment par l’entrée libre.

Les « faux » journalistes n'ont aucune crédibilité


Jean-Michel Apathie a raconté comment un « journaliste » sans nom l’avait interpellé au coin d’une rue pour le traiter de menteur et de « journaliste au service de l’argent et du pouvoir ». Désireux de conserver l’anonymat , il est fort probable que ce soi disant homme de presse ne soit autre que Marc Rylewski (1), un soutien des Gilets jaunes qui l’ont adoubé depuis des semaines.

Marc Rylewski vole de ses propres ailes et si les gilets jaunes ne jurent que par lui, il ne faut pas se tromper. Marc Rylewski n’a ni carte de presse ni qualités pour se présenter comme journaliste. Disons qu’il joue les journalistes au service des causes qu’il défend…comme le feraient donc ceux et celles qu’il assimile au pouvoir ! Il s’agit d’un reporter-cameraman « irresponsable » au sens plein du droit qui ne respecte en rien les règles que se fixent des professionnels dignes de ce nom.

Les « informations » qu’il diffuse sont brutes de décoffrage, sans contexte, sans analyse, sans mise en perspective et surtout sans qu’elles puissent répondre aux questions fondamentales : qui, quoi, quand, où ? Pourquoi, comment ? Ce Marc Rylewski est évidemment libre de ses opinions sauf s’il commet un délit réprimé par la loi.

Jean-Michel Apathie, au ton grave, considère que la haine diffusée par Marc Rylewski et celle des gilets jaunes violents, nous conduit au bord de la guerre civile. Il exagère sans doute mais on aurait tort de ne pas s’inquiéter de ces amateurs de fausses nouvelles et de complots, eux qui n’hésitent pas à populariser la quenelle de Dieudonné, signe de ralliement des antisémites. Il y a du facho là-dessous et le soutien de Salvini, le ministre de l’Intérieur italien, ne préjuge rien de bon.
(1) Source Le Figaro.

11 janvier 2019

Les préfets pourraient adapter les 80 km/heure à l'état des routes départementales


La limitation à 80 Km/heure n’est pas inscrite au programme des sujets à débattre lors de la grande consultation nationale lancée la semaine prochaine dans l’Eure par le président Macron. Je suis favorable à cette limitation de la vitesse. Elle semble donner des résultats positifs puisque le nombre d’accidents et de morts a diminué sur les routes départementales depuis la mise en œuvre de cette mesure majoritairement rejetée par les Français.
Je suis favorable ou plutôt « j’étais » favorable car il faut bien avouer que sur certaines routes, la généralisation de la mesure ne se justifie pas. La décision consistant à imposer partout et en tous temps la limitation à 80 Km/ sur des portions de route non accidentogènes est excessive et nombreux sont ceux et celles qui proposent d’autres solutions.
Il en est une, de bon sens et équilibrée. Le gouvernement devrait ainsi permettre aux préfets, meilleurs connaisseurs du terrain, d’adapter la règle aux endroits jugés statistiquement comme dangereux ou points noirs. Il conviendrait, en effet, de conserver les 90 Km/heure sur les routes en bon état ou suffisamment sûres pour permettre une circulation fluide et moins contraignante. J’imagine que lors du grand débat, nous serons nombreux à soulever cette question et à proposer une adaptation intelligente ce la règle actuelle.

9 janvier 2019

L'état d'une démocratie se juge aussi dans le rapport des citoyens avec la presse


On juge une démocratie à l’état de ses prisons et j’ajouterai à la manière dont les citoyens et les autorités se comportent à l’égard de la presse et donc des journalistes. Vous me direz, c’est une marotte chez moi de toujours parler des affaires de presse. Certes, on ne se refait pas et mon passé est ce qu’il est. En citant un passage de la charte des journalistes sur ce blog, et très récemment, j’ai rappelé le devoir qui s’impose aux hommes et aux femmes de presse : La recherche de la vérité des faits. Pour atteindre ce but, le contexte semble évidemment très difficile surtout dans le domaine social quand s’opposent des classes aux intérêts divergents.

Le mouvement des gilets jaunes n’a pas eu besoin des journalistes pour se faire connaître du public. Les réseaux sociaux, malgré tous leurs défauts (insultes, violence verbale, anonymat) ont popularisé une colère qui couvait depuis des années. Au début, le gouvernement a fait la sourde oreille puis, sous la pression des évidences et des violences ; a fait un geste en mettant 10 milliards d’euros sur la table d’une négociation virtuelle aux résultats concrets. L’exécutif, face à un tel déferlement de haine et d’esprit de vengeance de la part des gilets jaunes espérait obtenir la fin du mouvement. Il perdure, limité en participation, mais toujours présent sur les ronds points et dans les rues des grandes villes.

Le rôle de la presse, c’est de rendre compte des faits et de les analyser. Pour ce faire, des journalistes professionnels, mus par une vocation, interrogent, filment, enregistrent les protagonistes partis pris aux événements, le gouvernement, les gilets jaunes, les citoyens favorables ou non. La pluralité de la presse en France, même dans une main majoritairement issue du monde des affaires, garantit une diversité d’opinions. Et comme on ne fait jamais l’unanimité, il est logique que des gilets jaunes ou des sans gilets apprécient plus ou moins les récits publiés.

Pour autant, faut-il, en cas de mécontentement, s’en prendre physiquement aux journalistes de terrain ? La réponse est évidente. Qu’ils appartiennent à BFM-TV, à l’Indépendant du midi, aux radios de services publics etc. jamais les journalistes ne devraient être victimes de voies de fait et de coups et leur matériel (caméras, microphones) détruit. C’est pourtant cette violence permanente qu’ils (ou elles) doivent affronter au point que les directions des chaînes de Télé, des grands organes de presse font appel à des sociétés de sécurité pour que des gardes du corps protègent leurs émissaires. Plusieurs journalistes ont été poursuivis, coursés et finalement frappés. Jean-Luc Mélenchon doit être aux anges : la détestation de la presse se diffuse.

Un acte 9 des gilets jaunes se prépare. Le gouvernement a décidé de faire appel à 80 000 CRS et gardes mobiles dont plus de 1000 d’entre eux ont été blessés plus ou moins gravement depuis le 17 novembre 2018. Alors que le grand débat va s’ouvrir et que le Président de la République débute la semaine prochaine son tour de France par Bourgtheroulde, chez le député Bruno Questel, et même (et surtout) si on n’est pas forcément d’accord avec lui, les gilets jaunes doivent profiter de cette opportunité pour faire savoir à Emmanuel Macron comment ils conçoivent la culture du compromis, seul moyen de sortir d’un face à face a priori sans conclusion prochaine. Le rendez-vous avec les élus permettra peut-être de mieux connaître le plan d’action du gouvernement. Il est plus que temps.

8 janvier 2019

Quelques réflexions au débotté : De Yann Moix à Carlos Ghosn, des Gilets jaunes au cardinal Barbarin


Yann Moix et les femmes de 50 ans

Yann Moix s’est fait connaître en participant à l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché. » Avec sa consœur, Natacha Polony, ils ont pris un malin plaisir à pousser la polémique très loin et très fort au point de faire de l’humiliation des invités le nec plus ultra d’une forme de téléréalité. Comme toutes les bonnes choses ( ?) ont une fin, ni Moix, ni Polony, n’ont fait de vieux os auprès de Laurent Ruquier. Il est vrai que le turn over est une des caractéristiques de cette émission pour couche tard mais bien suivie puisque tel est le menu préféré de certains téléspectateurs.
Yann Moix, donc, s’est fait un nom et une image. Cette image risque d’être écornée après la déclaration récente de ce Monsieur affirmant qu’il ne se voyait pas toucher le corps d’une femme de cinquante ans, lui le spécialiste des femmes d’origine asiatique de 25 ans. Quelle drôle d’idée. Comment peut-on sortir une bêtise pareille ? Bien sûr, des femmes de 50 ans ont réagi en renvoyant Yann Moix à ses préférences (il en a le droit) mais franchement, quand l’amour est là, quand la passion se déchaîne, qu’on ait 15, 20 ou 50 ans ou 75 ans n’est-ce pas d’abord la qualité des échanges humains et des rencontres qui compte ? Il faut toujours se méfier des généralités. Elles ignorent la singularité des hommes et des femmes…si multiples et si divers.

Violences urbaines : les gilets jaunes mènent aux…poings.
Les gilets jaunes comptent dans leurs rangs un ex boxeur professionnel qui en a encore dans les poings. Samedi après-midi sur le pont Léopold Sedar Senghor, face aux gendarmes mobiles dont l’objectif — sur ordre — était d’empêcher les manifestants de gagner l’Assemblée nationale, Christian D. a pris la garde puis l’attaque du boxeur déchainant uppercuts, crochets et directs et maltraitant un gendarme portant masque et bouclier. Le pauvre était KO debout. Comme il n’y avait pas d’arbitre pour stopper le combat, Christian D. a opté pour cogner un second adversaire.
Un gendarme au sol a donc pris une volée de coups de poings et de pieds de la part de quatre à cinq énergumènes supermotivés à moins qu’ils n’aient auparavant avalé quelques remontant interdits par les contrôleurs antidopage. Depuis, le boxeur fou s’est rendu à la police non en avoir justifié sa violence : « j’ai été gazé, ma femme a été gazée et mes amis aussi. » Il oublie que les policiers et gendarmes (1) bénéficient du droit de violence légitime pour défendre les personnes et les biens. Quand une rue est interdite de passage, elle est interdite. A « poing » c’est tout. Et que dire du Fenwick dans la porte du ministère ? Pire que du vandalisme !

Le cardinal Barbarin préfère la loi divine
Le cardinal Barbarin préfère la loi divine à la loi des hommes. Devant le tribunal correctionnel de Lyon, le prélat affirme qu’il n’a rien à se reprocher. Pourtant, il a appris lors de l’exercice de son ministère lyonnais qu’un prêtre de la région se livrait à des actes pédophiles et que plusieurs dizaines de jeunes garçons en avaient été les victimes. Pourquoi Mgr Barbarin n’a-t-il pas informé la Justice ? Pourquoi a-t-il pris ses ordres au Vatican où la loi du silence régnait alors ? Pourquoi tant d’enfants dans le monde entier ont-ils été agressés sexuellement et violés par nombre de serviteurs d’un Christ qui n’en pouvait mais.
Le pape François affirme que l’Eglise veut rompre avec ce silence coupable. Les jeunes garçons, proies du prêtre maintenant identifié, devenus des hommes aujourd’hui demandent réparation. Certes, il existe des délais de prescription et peut-être le cardinal Barbarin échappera-t-il à une peine infamante. Il reste que son honneur aura, de toutes façons, été bafoué.

Du Fenwick à l’antisémitisme
Benjamin Griveaux était présent sur le plateau de l’émission C à vous lundi soir. Il a narré en détail comment il avait été exfiltré de son ministère avec ses collaborateurs après la prise d’assaut des gilets jaunes et des masques noirs samedi dernier lors de l’attaque au Fenwick. Il en a profité pour expliquer que son épouse, de religion juive, a été victime d’agressions antisémites n’ayant donc rien à voir avec les revendications des gilets jaunes ou les positions du gouvernement.
Les gilets jaunes sont très hétérogènes, tout le monde le constate. Certains soutiennent Le Pen (la majorité) d’autres Mélenchon (une minorité) d’autres encore, n’attendent rien des politiques, quel que soit leur parti, de droite ou de gauche. Les actes et propos antisémites, les agressions racistes et homophobes, ont ponctué diverses actions des gilets jaunes depuis le 17 novembre dernier. Il y a là un ferment de haine, de volonté d’exclusion au sein même des gilets jaunes puisqu’à Marseille, chez Bernard Tapie, il a fallu faire appel à la police pour séparer le bon grain de l’ivraie : ceux qui veulent discuter et résoudre les problèmes et ceux qui ne veulent rien entendre.

Carlos Ghosn ira-t-il à Canossa ?
J’ignore si Carlos Ghosn est coupable d’avoir dissimulé des rentrées financières au fisc japonais. Toujours est-il que la police de Tokyo et le procureur local l’ont mis en prison depuis plus de 50 jours où il croupit dans une cellule à peine chauffée. Ce matin, le président de Renault et anciennement de Nissan, a lu une déclaration devant le tribunal où il clame son innocence. Amaigri, fatigué, l’ancien dirigeant du premier producteur mondial d’automobiles a fait montre d’une pugnacité étonnante pour un homme qu’on veut faire avouer avant de discuter.
Le système judiciaire japonais (aberrant en France) conduit en effet les interpellés à avouer ! On avoue et après on cause ! Mais Carlos Ghosn refuse d’avouer des fautes qu’il estime injustes. S’il n’avoue pas, il ne sortira pas de prison. Ses avocats  vont quand même demander sa mise en liberté sous caution. Carlos Ghosn a le temps de lire. Il ferait bien de lire le texte que Steve Jobs écrivit quelques jours avant de mourir dans la cinquantaine. Il y explique que l’argent ne peut être une fin en soi et que la dignité de l’homme se trouve ailleurs que dans la réussite matérielle. Amen.

(1) Un commandant de police semble s’être très mal comporté à Toulon. Une vidéo le montre en train de frapper un homme porteur, a-t-il déclaré, d’un tesson de bouteille. Une enquête interne a été ouverte par l’IGPN.

6 janvier 2019

Le Moulin d'Andé est en deuil. Alain Kremski est mort


Alain Kremski et Christine Lipinska au Moulin. ©JCH
J’apprends la mort d’Alain Kremski, pianiste et compositeur. Il est décédé à Paris, des suites d’un cancer. Ce dernier est venu à bout du combat engagé par Alain Kremski, depuis plusieurs années.
Qui est Alain Kremski ? Un musicien interprète polyvalent qui avait fait du Moulin d’Andé son havre de paix et un relais d’amitiés. C’est là que je l’ai cotoyé à de multiples reprises lors des concerts qu’il y donnait, certes, mais aussi des réunions du conseil d’administration de l’association auquel nous appartenions tous deux. Alain suivait de près la situation administrative et financière du Moulin, même s’il préférait discuter des projets artistiques que Suzanne Lipinska continue d’initier avec passion et persévérance.
Alain était un artiste, un vrai. Un magnifique interprète (piano et bols tibétains) mais également un compositeur à l’image de son frère Laurent Petitgérard, un ami du Moulin d’Andé lui aussi. Tous deux ont contribué à assurer la pérennité de la renommée et de la belle image du Moulin toujours aussi présent dans la vie culturelle de notre région.
Les amis du Moulin sont tristes. Ils seront nombreux à assister à la cérémonie musicale organisée cette semaine au crématorium du Père Lachaise à Paris en mémoire d’Alain.

5 janvier 2019

Grand débat national : la démocratie participative doit respecter le dyptique « formation-information »


Les citoyens dans l'hôtel de ville de Louviers en 1977.©Jean-Charles Houel
Le Conseil économique, social et environnemental a lancé, à la fin de l’année passée, une consultation ouverte à tous et toutes afin de connaître les revendications des Français, qu’ils soient gilets jaunes ou sans gilets. Cet appel au peuple a été l’occasion d’une manipulation qui fait craindre les pires conclusions en cas de prise en compte (un jour ?) des pétitions sur Internet. Devinez quel sujet est jugé prioritaire par des internautes ayant répondu aux sollicitations du CESE ? Je vous le donne en mille : L’abrogation de la loi Taubira sur le mariage pour tous. Alors que les gilets jaunes n’ont à aucun moment, remis en cause cette loi, on découvre avec effarement que cette loi progressiste, égalitaire, est toujours contestée par les divers mouvements radicaux liés à l’intégrisme catholique dont « la manif pour tous » qui n’est en réalité qu’une manif pour quelques uns. Les suppôts de la manif pour tous continuent d’occuper les réseaux sociaux d’où le résultat enregistré par le CESE.

Cela montre, tout simplement, qu’ouvrir le robinet des doléances, sans cadres, sans précautions légales, pourrait aboutir à l’adoption de textes issus de minorités agissantes susceptibles d’influencer et de dominer une majorité silencieuse ou indifférente. Il existe, historiquement, en France des mouvements ou partis dont l’agitprop est le principal mode d’intervention publique. Joindre l’agitation collective à la propagande individuelle, c’est une méthode que les communistes soviétiques ont longtemps utilisée avec la conclusion que l’on sait. Il en va ainsi dans tous les pays totalitaires et dans les démocratures à l’œuvre à l’est de l’Europe. 

Ayant, par ailleurs, participé pendant longtemps aux commissions extramunicipales créées à Louviers (Eure) dans les années soixante-dix et quatre-vingt, je puis affirmer que le premier souci des citoyens alors présents le situait devant leur porte. C’est un lieu commun de constater que les soucis individuels priment toujours l’intérêt général et qu’il y a fort à craindre que le grand débat national proposé par le président de la République soit plutôt un grand déballage de frustrations, de jalousies et de vengeances diverses. Accordons quand même aux organisateurs le bénéfice du doute mais si j’en juge par la constatation citée plus haut, n’attendons pas trop des trois mois à venir.

Le mieux serait que des sujets soient proposés, des volontés exprimées, le tout enveloppé d’une information complète comprenant les projets, leur financement, leurs conséquences sur notre vie quotidienne, sur l’environnement, afin que la consultation nationale débouche sur de véritables interrogations et réflexions. Il est du rôle de l’exécutif de proposer son programme et, éventuellement, de vérifier que les Français sont toujours branchés dessus. La démocratie a besoin de respiration…pas d’asphyxie violente ou sournoise.

4 janvier 2019

Eric Drouet affirme qu'il n'a pas voté Le Pen : Qui peut le croire ?

Décidément, monsieur Eric Drouet occupe la une de l’actualité. Mais si, comme il l’affirme, il n’a pas voté pour Marine Le Pen aux deux tours de la dernière élection présidentielle, j’ai compté parmi ceux qui ont propagé une fausse nouvelle et c’est éminemment regrettable. Rappelons en deux mots qui est M. Drouet. Avant de devenir un homme fascinant pour Jean-Luc Mélenchon, il a été l’un des initiateurs du mouvement des gilets jaunes en novembre dernier et surtout un porte parole d’une partie des protestataires n’hésitant pas au passage à relayer des thèses complotistes du genre : « le pacte de Marrakech » ouvre la voie à « une immigration massive en France. La France s’est vendue, etc.etc. » Eric Drouet est donc un gilet jaune d’un genre particulier.

Revenons sur son affirmation. Il assure ne pas avoir voté pour Marine Le Pen mais se dépêche d’ajouter : « Et même si j’avais voté pour elle, le problème n’est pas là. » Un psychanalyste serait très intéressé par cette phrase. Car elle ouvre la porte à toutes les interprétations et en particulier, elle nous permet de croire que M. Drouet a bien voté pour Mme Le Pen à la présidentielle. Ses postures, la matraque présente dans son sac lors d’une manifestation à Paris (il sera jugé pour ce fait en juin prochain) la proposition d’aller occuper l’Elysée…ses appels à manifester (sans déclaration ni autorisation) tout concourt à en faire un homme fascinant, en effet, mais pas pour les raisons qu’avance le chef de la France insoumise.

Certes, Eric Drouet bénéficie de la présomption d’innocence. Comme tout un chacun et c’est heureux. Mais il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. Quand Jean-Luc Mélenchon exige des excuses de Benoit Hamon (1), il se fout de la G……du monde. La récupération politique est si voyante (à quelques mois des européennes) si indélicate, si méprisante (Mélenchon n’a que faire de M. Drouet) qu’elle le disqualifie pour parler au nom de la gauche. 

N’oublions pas que J.L. Mélenchon était mitterrandien, pas mendésiste. Il admirait dans l’ancien président de la République « socialiste » l’homme rusé, théâtral, littéraire, l’homme cultivé, tribun comme lui. Comment aurait-il pu se reconnaître dans l’ancien maire de Louviers, épris de vérité, de respect pour le citoyen, de dignité dans l’art de pratiquer la politique ? Autrement dit, je ne crois pas un mot de Drouet comme je ne crois pas un mot des lamentations de Mélenchon, un artiste du verbe qui finirait par nous faire croire ce qu’il dit.

(1) Benoit Hamon a été l'un des premiers à reprendre un texto de Jean-Michel Apathie qui affirmait qu'Eric Drouet avait voté Le Pen.

2 janvier 2019

Benoit Hamon ne comprend plus rien à Jean-Luc Mélenchon. Nous non plus.


Dans un texte publié sur son blog, dans un style dont il a le secret, (emphatique, coloré, imagé) Jean-Luc Mélenchon tresse une couronne de lauriers à Eric Drouet, le chauffeur–routier-gilet-jaune que le leader de la France insoumise compare au Drouet qui reconnut le roi Louis XVI en fuite à Varennes. Pour un admirateur de Robespierre, la comparaison était plus que tentante. Nul n’ignore plus depuis la fameuse perquisition que JLM, député, « est la nation » « la République » à lui tout seul. Le tribun de la France insoumise n’hésite donc devant aucune comparaison, aucun rapprochement, lui donnant l’occasion de sublimer les gilets jaunes, oubliant au passage que le monsieur Drouet qui, selon lui, possède tant de qualités est aussi celui qui, sur sa page Facebook, n’hésite pas à dénoncer « l’immigration massive » et à utiliser le mot racailles dans son acception la plus vile. Son penchant pour la droite extrême n’en est que plus évident.

Comme il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, reconnaissons que Jean-Luc Mélenchon n’a pas tort quand il dénonce une société injuste, un capitalisme rapace, des inégalités révoltantes. Il encourage donc les gilets jaunes à poursuivre leur mouvement de protestation, à l’amplifier même puisque 80 % de leurs propositions figureraient dans le programme de la France insoumise. J’ai le privilège (utilisons le JE comme Mélenchon) d’avoir une certaine expérience politique et d’avoir suivi la carrière d’un homme élu depuis longtemps, tantôt sénateur socialiste, tantôt secrétaire d’état de François Mitterrand, tantôt conseiller général, tantôt député européen et aujourd’hui, député de Marseille. Ces différents mandats électifs, acquis dans le cadre d’une démocratie représentative, ont donc permis à Jean-Luc Mélenchon de presque toujours vivre de la politique, cette tare qu’il reproche à tant d’autres qui, comme lui, n’ont connu que les bancs des assemblées si éloignés, selon lui, de la vraie vie.

Parmi les propositions des gilets jaunes, il en est une qui doit interpeller les démocrates. C’est celle du référendum d’initiative citoyenne dont j’ai déjà dit tous les défauts sur ce blog. Mélenchon approuve des deux mains cette proposition. Il l’a transforme même puisqu’il suggère l’adoption d’un référendum révocatoire dont la motivation principale serait simple comme bonjour : « Vous n’êtes pas content d’un élu, Virez-le ! » On dirait du Trump tout craché. Ce référendum révocatoire n’est pas né en France. Il existe dans un pays d’Amérique du Sud, le Venezuela, pour ne pas le nommer, où la démocratie est fort malmenée pour ne pas dire inexistante. Demandez aux Colombiens ce qu’ils pensent des files d’attente aux frontières de citoyens fuyant le chavisme et Maduro. Les remèdes seraient-ils pires que les maux ?

La grande Révolution française ne fut pas le résultat d’un mouvement de quelques milliers de personnes, respectables au demeurant. La Révolution a été animée et suscitée par le tiers Etat représentant une majorité de Français. Certains Gilets jaunes sont nourris au lait des réseaux sociaux et des fake news, d’autres aux injonctions de Marine Le Pen, d’autres encore se réclament clairement d’un fascisme militarisé (Vive le général de Villiers !) d’autres encore, se déclarent heureux d’avoir trouvé au rond point du coin une solution à leur solitude et leur mal-être. Qui niera la réalité de cette situation ? Qui peut faire l’impasse sur l’arrogance d’une président « trop intelligent » ( !) Qui peut se satisfaire d’un système global qui détruit la faune et la flore avant que l’espèce humaine elle-même soit menacée d’une disparition plus du tout impossible. 1789 fut le fruit d’un soulèvement global, parisien et provincial. De nos jours, l’école républicaine a façonné des citoyens éduqués, de plus en plus formés et informés à la vitesse de la lumière.

Le rapport aux élus change avec le temps. Les dernières élections présidentielle et législative ont connu une assez faible participation dû à un senti d’impuissance du politique apparemment sans influence sur la vie des gens. L’arrogance d’Emmanuel Macron n’a rien arrangé. Le mépris engendre l’humiliation, la révolte puis la violence. On en est là. Et 10 milliards d’euros (utiles certes) ne modifieront pas en profondeur des décennies de coupure entre la France d’en haut et celle d’en bas.

Faut-il en revenir à cette bonne vieille lutte des classes et des rapports de force ? Le grand débat de trois mois proposé par le pouvoir peut-il déboucher sur une gouvernance plus horizontale, moins jupitérienne ? Adepte de la démocratie participative, malgré ses échecs et sa chronophagie, je soutiendrai tout mouvement allant dans le sens d’un plus grand respect du citoyen dont il ne faut pas attendre de miracle.  Mais je suis comme Benoit Hamon, je ne comprends plus rien à un Jean-Luc Mélenchon dont Hamon dit qu’il a quitté les rives de la Gauche. Eric Drouet, qui fascine Mélenchon, a voté pour Marine Le Pen aux deux tours de la présidentielle ! Alors non, merci bien.