7 mars 2016

Le courage de Michel Viger vaincu par la maladie


Michel Viger (second à partir de la droite) en visite sur un chantier de la ville nouvelle. (photo Jean-Charles Houel)
Ne pourront se souvenir de lui que les hommes et les femmes lié(e)s à la création de la ville nouvelle du Vaudreuil (devenue Val-de-Reuil) et intéressé(e)s par l’immense chantier que fut la naissance de cette ville. Michel Viger, décédé samedi dernier à Puteaux, où il résidait, fut pourtant un membre éminent de l’équipe constituée autour de Jean-Paul Lacaze, d’abord, puis d’Henri Troude, ensuite, et de Michel Doucet, enfin. Un professionnel dynamique, entreprenant, très au fait du marché du travail et ayant foi en une aventure forcément passionnante.

Son travail consistait à mieux définir les zones d’activités et à favoriser l’implantation d’industries et d’usines créatrices d’emplois. Né dans la Manche, la Basse-Normandie d’hier, Michel Viger était donc très attaché à nos régions et à leur développement. Son professionnalisme, son sens relationnel, son exigence éthique, son sens de l’anticipation faisaient de lui un homme incontournable et précieux pour la construction de la ville nouvelle. Entouré d’urbanistes, de sociologues, de géographes, de spécialistes de l’environnement, Michel fit le maximum dans l’établissement public où il œuvrait quotidiennement mais également pour les communes environnantes. Il avait compris, en effet, que Louviers, Pont-de-l’Arche, et les communes du site immédiat devaient se développer en harmonie avec la ville nouvelle et non contre les intérêts des autochtones.
C’est ainsi qu’il fut l’un des initiateurs des zones d’activités des Ecoparcs de Vironvay et Heudebouville si appréciés aujourd’hui dans l’agglomération Seine-Eure. Après avoir quitté l’EPVN, Michel voyagea de Caen à New York, des Etats-Unis à la Nouvelle Calédonie où il accomplit des missions au service de l’Etat avec le même zèle et la même obstination.

Sur le plan humain et amical, Michel Viger était on ne peut plus estimable. Doté d’un solide sens de l’humour, amoureux de la vie, il enchantait les lieux de réjouissance où son sourire et ses éclats de rire emplissaient tous les espaces disponibles. Nous avons souvenir de soirées de Saint-Urbain, de rencontres au Moulin d’Andé, que de joie ! C’est peu dire qu’il comptait vraiment pour ceux et celles qu’il enchantait.

En ces instants de tristesse, je pense à son ex-épouse, Geneviève, à ses enfants et à Christine, qui l’a accompagné au cours de ces derniers mois pendant lesquels la maladie est venue à bout de son courage. Michel sera inhumé mercredi à Tréauville, le village de la Manche dont il était originaire. Un dernier mot : Michel était roux et comme l’écrivait Cocteau : « il est né roux, il vivra roux. » Une belle vie…

3 mars 2016

Sarkozy et le coup d'état permanent…


« Il y a urgence à changer de président » a déclaré l’ancien président Sarkozy lors de sa visite au salon de l’agriculture. Souvenons-nous. C’est dans ce même salon qu’il avait décoché un « casse toi pôv con » à un visiteur qui avait refusé de lui serrer la main : « touche moi pas tu vas me salir » (en Français dans le texte). Le propos de Sarkozy m’inquiète. Comme tout un chacun, il connaît le calendrier et donc la date des prochaines élections présidentielles…en 2017. Il lui faudra donc attendre un an et quelques mois pour calmer son impatience comme celle des Français qui, depuis 2012, pestent, protestent contre cette gauche forcément incompétente et illégitime. Cette phrase m’inquiète parce qu’elle appelle à bouleverser les échéances constitutionnelles…sans qu’on sache très bien ce qui se cache derrière des propos d’autocrate plus habitué à se faire obéir (par le peuple éventuellement) qu’à respecter les règles de la démocratie.

A moins que Sarkozy n'ait d’autres idées en tête et souhaite accélérer le processus. Quelles idées ? Un coup d’état ? Avec qui, avec quelle armée ? L’armée française est légaliste et légitimiste. Pas forcément républicaine mais obéissante au pouvoir civil issu d’élections régulières, pas comme ces présidentielles de 2012 qui ont vu Sarkozy dépasser les plafonds de dépenses créant une inégalité évidente entre les candidats. Excluons donc le coup d’état. 

Alors quoi d’autre ? Une révolte dans la rue à l’occasion des prochaines manifestations contre la loi El Khomri, révolte ouvrant ensuite la voie à une révolution et enfin à une vacance du pouvoir genre voyage à Baden Baden en 1968 ? Sarkozy rêve tout haut. Si la révolte n’est pas exclue, la révolution ne semble pas encore inscrite à l’ordre du jour. Je sais bien que Sarkozy est un immense provocateur mais tout de même…

Sarkozy n’est pas seul. Il doit compter avec Juppé, Le Maire, Fillon, NKM et tous les autres. Depuis l’affaire des écoutes Azibert-Paul Bismuth, je me méfie pourtant de cet homme comme de la peste. La peste a disparu mais pas Nicolas Sarkozy et ses mises en examen. Il est vrai qu’il voulait faire disparaître les juges d’instruction, ces petits pois indigestes capables de mettre au pas les politiques sûrs d’eux-mêmes et dominateurs. Au final, la justice triomphera…du coup d'état permanent.

2 mars 2016

Pierre Jacquemain, ancien conseiller de Myriam El Khomri, condamne le projet de loi « travail »


Le journal « Le Monde » publie aujourd'hui, un texte de Pierre Jacquemain, conseiller auprès de la ministre Myriam El Khomri depuis plusieurs mois. En total désaccord avec l'esprit et la lettre du projet de loi Travail, il vient de démissionner de ses fonctions. Il explique pourquoi il s'oppose au texte.
« Pour faire de la politique, il faut rêver. Peut-être ai-je été trop naïf sur la capacité de la ministre du travail, Myriam El Khomri, à faire rêver et progresser les travailleurs de notre pays ? A incarner une parole de gauche, une parole libre, une parole utile, une parole forte. Une parole juste. Celle qui dénonce la paupérisation de la société, celle qui s’insurge devant la précarisation du monde du travail qui conduit des millions de Français à vivre au jour le jour – avec toujours cette peur du lendemain.
La réforme de Myriam El Khomri devait porter l’exigence d’un nouveau modèle de société. C’était, je le crois, l’ambition de la huitième ministre du gouvernement. Une place de choix dans la hiérarchie gouvernementale. Un porte-voix exceptionnel pour donner le la à une réforme majeure du quinquennat dans un gouvernement au parti pris libéral assumé. Le président de la République lui-même avait fait de cette réforme l’un des tournants de son quinquennat. Ce devait être une réforme de progrès, ce sera au mieux une réforme de compromis – voire de compromission. Au pire, cela restera comme une trahison historique – et destructrice – d’une gauche en mal de repères.
Pourtant, Myriam El Khomri a gagné des batailles. C’est une militante qui n’a peur de tenir tête ni au premier ministre ni au président de la République. Son parcours, ses engagements, son action à la Ville de Paris et au secrétariat d’Etat à la politique de la ville auraient pu – auraient dû – la conduire à porter haut et fort les revendications des travailleurs.
A défendre les salariés d’Air France quand 3 000 postes sont menacés. A s’opposer fermement au travail du dimanche. Ou encore à ne rien céder sur les commandes patronales, notamment en matière de licenciement. J’y ai cru. Et nous avons échoué. Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Myriam El Khomri y croit encore. Je n’étais donc plus utile à ses côtés. J’ai quitté son équipe sur un désaccord politique et stratégique majeur. D’ordinaire, un conseiller ministériel, petite main de l’ombre, ça ferme sa gueule.
Autoritarisme de Matignon et poids de la technostructure
Mais, parce que je suis profondément convaincu que cette réforme nous entraîne collectivement dans le mur, parce que j’ai la conviction qu’elle sert les intérêts politiques de quelques-uns et les intérêts économiques de quelques autres (privilégiés), enfin parce que je suis déterminé à ce qu’une autre voix pèse à gauche, j’ai assumé publiquement le désaccord qui m’opposait à la ministre. C’est déloyal diront certains. Je ne le pense pas. Il ne s’agit aucunement de remettre en cause une ministre en exercice, qui m’a fait confiance au cours de ces dix derniers mois et que je respecte pour ses qualités humaines.
Il s’agit d’attaquer sur le fond un texte droitier, une réforme libérale qui déshonore la gauche – pis, l’atomise, alors que cette gauche-là est en responsabilité. Et quelle responsabilité ! Comment peut-on avoir raison contre tous ? A quel moment et de quel droit pense-t-on avoir raison contre ses propres alliés ? Pour qui parlent-ils ? D’où parlent-ils ? Ils ont tué la gauche.
Aujourd’hui, le malaise est partout. Dans les cabinets ministériels, sur les bancs de l’Hémicycle, à droite, à gauche, sur Internet. Et bientôt dans la rue. L’histoire se répète. Prenez Villepin, mettez Valls. Dix ans plus tard, même remède, même combat. Souhaitons à cette réforme le même sort que le CPE. Parce qu’il faut tout réécrire. Tout. Qui peut croire par exemple que favoriser les licenciements va permettre de lutter contre le chômage ? Qui pense sérieusement que la dématérialisation des fiches de paye est une révolution sociale ? Qui peut décemment parler de démocratie sociale, au plus près de l’entreprise, quand on sait le rapport de force qui se joue, au quotidien, entre employeur et employé ?
Ce texte est un non-sens économique. Une aberration politique. Il résulte d’une équation terrifiante : d’une part, l’autoritarisme matignonnesque et, d’autre part, l’invasion, à tous les étages, de la technostructure. La technocratie aura-t-elle raison de la politique ? Le renouvellement générationnel de nos dirigeants n’est en vérité qu’une façade, une illusion. Un faux-semblant. Et je veux croire qu’une autre voie est possible. Elle est possible, souhaitable, et nécessaire. Dehors à présent. Pour construire l’alternative à gauche. La politique est une affaire de conviction, de colonne vertébrale, de vision, de transformation, et de rêve, disais-je. Parce que, pour faire de la politique, il faut rêver. »
Pierre Jacquemain
Ancien conseiller de Myriam El Khomri

1 mars 2016

Manuel Valls recule…avant d'aller dans le mur ?


Myriam El Khomri en visite à Val-de-Reuil. (photo JCH)
Les centaines de milliers de signatures apposées au bas de la pétition sur change.org contre le projet de loi El Khomri, le coup de gueule de Martine Aubry, les réticences de Jean-Christophe Cambadélis, nombre de députés rétifs et les critiques acerbes de la CFDT sont venus à bout de la morgue du Premier ministre Manuel Valls. 
Sans doute sous la pression du Président de la République, le chef du gouvernement a préféré prendre le temps d’une utile réflexion avant de présenter le projet de loi devant l’Assemblée nationale. C’était bien le moins qu’il pouvait faire, assuré qu’il était d’aller dans le mur et de se faire applaudir par une droite moqueuse trop heureuse de mettre le fer dans la plaie ouverte à gauche. 
Je ne vais pas entrer dans les détails du projet de loi mais la flexisécurité dont se repaît M. Le Guen, secrétaire d’état aux relations avec le parlement, est surtout caractérisée par beaucoup de flexibilité sur le temps de travail ou sur les indemnités de licenciements « sans cause réelle ni sérieuse » et peu de sécurité professionnelle si l’on en juge par les désobligeantes remarques de l’ensemble du monde syndical des salariés.
Le président de la République assure qu’il réformera jusqu’au bout de son mandat de cinq ans. Soit. Si ses réformes destinées, affirme-t-il, « à améliorer la compétitivité des entreprises » ne sont pas équilibrées par des mesures en faveur du pouvoir d’achat ou du salaire minimum, il ne sera pas surpris que le salariat manifeste une colère au moins égale à celle des éleveurs et des agriculteurs. D’ailleurs, quand ces derniers saccagent un stand ministériel ou insultent copieusement le président et son Premier ministre, je ne sache pas que les auteurs des violences soient poursuivis et condamnés comme le furent les syndicalistes auteurs de violences matérielles et sévèrement punis par les tribunaux correctionnels. Il faut croire que dans la France de 2016, il existe les violences légitimes …et les autres !

28 février 2016

On connaît mieux le domaine de Louis Renault grâce à Yvette Petit-Decroix et la Société d'études diverses


Un public nombreux et attentif aux propos d'Yvette Petit-Decroix. (photo Jean-Charles Houel)
Petite annonce : cherche thésard(e) et (ou) président(e) d’association apte à passer quatre ou cinq années à éplucher les nombreux documents et archives relatifs au domaine de Louis Renault dans la boucle de Seine d’Herqueville-Connelles-Daubeuf-Muids et Andé.
Yvette Petit-Decroix trouvera-t-elle la perle rare ? Après le travail immense engagé par elle-même au titre de la pure connaissance et de la joie de transmettre, il serait bien qu’une âme passionnée s’attachât à poursuivre cette patiente et rigoureuse obsession.

La salle Pierre Mendès France de l'hôtel de ville de Louviers a connu une belle affluence, hier, répondant ainsi avec élégance à l’invitation de la Société d’études diverses à laquelle appartient Yvette Petit-Decroix très à l’aise devant son micro pour narrer une aventure humaine colossale.
Le domaine de Louis Renault, tout le monde en parle mais personne ne sait vraiment de quoi il retourne. Les pires fantaisies circulent : 20 000 hectares…un tunnel jusqu’à Château-Gaillard…Drieu La Rochelle y séjournait…que de rumeurs !

La réalité est plus prosaïque mais non moins surprenante. A son apogée, en 1939, le domaine Renault couvre 2000 hectares, il comprend une dizaine de fermes productives et surtout un ensemble de constructions neuves ou restaurées à usages professionnel et privé. Il est le résultat d’une attention permanente et d’une inlassable série d’acquisitions fruit d’une fortune évidente. Le constructeur automobile a tout compris du système puisqu’il réussira à acquérir des chemins communaux ou des équipements publics allant même jusqu’à rénover l’église d’Herqueville !

Louis Renault, bricoleur de génie, a découvert la boucle de Seine par hasard, il jette sur elle son dévolu au début du 20e siècle imaginant y développer un domaine agricole très varié : céréales, vaches laitières, beurre, porcs, volailles, lapins et même le cidre ! N’en jetez plus la cour est pleine. Situé près de Paris, relié à la capitale par route et voie ferrée, dans un site merveilleux, le domaine exceptionnel de Louis Renault lui permettra d’exprimer tous ses talents d’industriel, d’inventeur, de bâtisseur. 
Yvette Petit-Decroix.

Au fil des années, les hectares s’accumulent, les châteaux et les fermes s’embellissent, les productions se diversifient. Maison de matelots en bord de Seine, château d’habitation sur les hauteurs, architecture anglo-normande, mécanisation des outils de production, ordre et organisation rationnelle, régisseurs, chefs de fermes, à l’évidence sans la seconde guerre mondiale, le domaine Renault se serait encore considérablement épanoui et aurait fait de notre région immédiate l’une des plus enviées de l’ouest parisien.

Yvette Petit-Decroix ne dira mot de la fin de vie de Louis Renault. Comme on le sait, ses usines de Billancourt seront nationalisées quelques mois après sa mort par le gouvernement du général De Gaulle pour faits de collaboration économique. De 1940 à 1944, des chars, des camions et d’autres engins sont sortis des usines de l’île Seguin et ont immédiatement équipé l’armée allemande. Décédé en octobre 1944 (1) dans la cellule qu’il occupait à la prison de Fresne, il n’aura donc jamais été jugé. Certains ont expliqué la mort de Louis Renault par de mauvais traitements qu’on lui aurait infligés. Il semble, en réalité, qu’il soit mort des suites de maladie. Il avait 67 ans. Son fils Jean-Louis a tenté de poursuivre l’œuvre entreprise mais en 1962, le domaine est éclaté et c’est la fin de l’histoire. Fin provisoire, peut-être, si, comme je le crois, une bonne âme accepte de se saisir du flambeau brandi par Mme Petit-Decroix. Parmi les nombreux propriétaires actuels des châteaux, maisons, terrains, il en est qui ignorent l'origine de leur bien. Cette conférence et le livre de Mme Petit-Decroix éveilleront sans doute des vocations d'historien parmi ces successeurs de Louis Renault.

(1) En 2011, sept des petits-enfants de Louis Renault engagent une procédure afin d'obtenir une indemnisation du préjudice causé par la nationalisation. Ils tentent de faire valoir une question prioritaire de constitutionnalité, en arguant du fait que l'ordonnance N° 45-68 du 16 janvier 1945 qui institue la nationalisation serait contraire aux droits fondamentaux, de la propriété notamment. Ils sont déboutés le 11 janvier 2012 : le tribunal de grande instance de Paris se déclare incompétent pour statuer sur leur demande. Leurs avocats annoncent leur décision de faire appel. Le 21 novembre 2012, la cour d'appel de Paris confirme la décision du tribunal de grande instance de Paris et déboute la famille Renault.

26 février 2016

L'engagement de Martine Aubry en faveur d'une primaire à gauche est une chance car la gauche se réveille


La Gauche se réveille. Maintenant que Martine Aubry a donné son accord à l’organisation d’une primaire destinée à désigner le meilleur candidat pour défendre les valeurs mises à mal par François Hollande et Manuel Valls, une nouvelle route s’ouvre à tous ceux et toutes celles qui ne se résignent pas.
Se résigner, c’est anticiper la défaite de la gauche dès le premier tour, c’est considérer que le président sortant a le droit de se dispenser de devoir justifier et défendre son bilan, c’est également admettre que si le président sortant n’y va pas, le candidat naturel ne peut être que son premier ministre.

Daniel Cohn Bendit assure que le discours de Manuel Valls à Munich, discours dans lequel il fustige la naïveté d’Angela Merkel eu égard à l'arrivée massive des migrants, l’a décidé à lutter contre l’exécutif actuel. Cette parole du Premier ministre français, sur le territoire allemand qui plus est, doit être sévèrement condamnée. Angela Merkel, quelles que soient  les raisons (notamment démographiques) justifiant l’accueil des migrants, fait honneur à la démocratie et aux démocraties occidentales. Malgré Pegida, malgré les relents de racisme et aussi malgré les graves violences de Cologne, la chancelière allemande continue de plaider en faveur d’un accueil digne de ceux et celles qui fuient la guerre.

En ce que me concerne et au-delà de tous les reproches qu’on peut faire à ce gouvernement social-libéral vallsiste, je ne soutiendrai pas des hommes prétendant constitutionnaliser la déchéance de la nationalité. « Trop c’est trop » affirment Martine Aubry et ses amis. La déchéance de nationalité n’est ni du 19e siècle, ni du 21e siècle. C’est une pensée d’exclusion venue tout droit de l’extrême droite. Le droit du sol est dans les gènes de notre République. De la même façon que quiconque désire être Français peut le devenir à condition de partager notre communauté de destin. Vouloir inscrire dans le marbre une mesure symbolique, inefficace, inutile, montre bien que des digues morales ont sauté dans la tête des dirigeants de ce pays.

Quant au projet de loi El Khomry, le soutien du MEDEF, des ex-UMP, des centristes, démontre que la flexi-sécurité ( ?) une invention sémantique à faire rêver les patrons, ne répond pas aux desseins sociaux et justes qu’un gouvernement de gauche devrait proposer. Valls déplore l’absence de propositions de Martine Aubry. Les mois qui viennent devraient le combler puisque la primaire de gauche permettra à l’ensemble des protagonistes y participant de décliner leur projet pour la France mais avant tout pour les Français. Je suis certain qu’il ne sera pas déçu. En tout cas, il le sera moins que nous le sommes nous-mêmes à l’égard de ce gouvernement.

24 février 2016

« Trop, c'est trop ! » le réquisitoire de Martine Aubry (et ses amis) contre la politique du gouvernement Valls-Hollande

Martine Aubry lors du discours du Bourget. (capture d'écran)
Martine Aubry, Daniel Cohn-Bendit, Axel Kahn, François Lamy et Jean-Marc Germain, dénoncent la politique conduite par le gouvernement. Le Pacte de responsabilité, la déchéance de nationalité, le refus d’accueillir davantage de réfugiés et la réforme du code du travail leur font craindre un échec du quinquennat ainsi qu’un affaiblissement durable de la France et de la gauche. Cette tribune paraît dans le journal « Le Monde » de ce soir.

« Il est des vérités désagréables à dire, mais il est des moments où il faut savoir les mettre en pleine lumière. Trop, c’est trop ! Les motifs d’insatisfaction sur les politiques menées depuis 2012 n’ont pas manqué, et nous-mêmes, comme d’autres, n’avons pas manqué d’alerter. Depuis quelques mois, ces désaccords se sont mués en une grande inquiétude. La colère populaire s’est confirmée sans appel par quatre défaites électorales successives. Ce n’est plus simplement l’échec du quinquennat qui se profile, mais un affaiblissement durable de la France qui se prépare, et bien évidemment de la gauche, s’il n’est pas mis un coup d’arrêt à la chute dans laquelle nous sommes entraînés.
Bien sûr, nous n’oublions pas les succès de la COP21, la priorité donnée à la lutte contre les inégalités à l’école, les avancées de la loi santé. Mais, à côté de cela, que de reculs !

La gauche avait déjà assisté, incrédule, en janvier 2014, au pacte avec le Medef qui se révéla un marché de dupes. Nos mises en garde avaient alors été ignorées. Nous aurions aimé nous tromper. Malheureusement, de l’aveu du premier ministre lui-même, la réalité, tellement prévisible, est là : un million d’emplois promis, quelques dizaines de milliers tout au plus effectivement créés. Bien sûr, il fallait aider à la reconquête de la compétitivité de nos entreprises, mais pour cela il eût fallu cibler les aides sur celles exposées à la concurrence internationale et les lier à des contreparties précises.
Ces 41 milliards d’euros mobilisés pour rien, ou si peu, auraient été si utiles à la nouvelle économie, à l’écologie, à l’éducation et à la formation, aux territoires, à l’accès à l’emploi de ceux qui en sont le plus éloignés, au pouvoir d’achat, aux investissements publics et privés et donc aux carnets de commandes des entreprises. A chaque étape et par des voies multiples, nous avons fait des propositions précises pour relancer la croissance et l’emploi dans le cadre d’un nouveau modèle de développement social et écologique, et d’une réorientation de l’Europe, attelons-nous-y !
Puis, nous nous sommes vu infliger, à l’hiver 2015, ce désolant débat sur la déchéance de nationalité. Pourtant la France, autour du président de la République, s’était montrée digne et forte après les attentats de janvier comme de novembre. Nous avons approuvé l’état d’urgence comme le renforcement des moyens d’action de nos forces de l’ordre et des services de renseignement face à une menace terroriste d’un niveau sans précédent. A Versailles, le président de la République a émis l’idée d’une peine de déchéance de nationalité pour les terroristes. Très vite, chacun a compris l’impasse : réservée aux binationaux, elle est contraire au principe d’égalité ; appliquée aux mono-nationaux, elle fabriquerait des apatrides. Et, si ce débat nous heurte tant, c’est qu’il touche au fond à notre conception de l’identité de la France. Pour la gauche, l’identité française doit être républicaine, elle se définit comme une communauté non pas d’origine, mais de destin, fondée sur les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité.

Evitons cette fêlure profonde

Le texte adopté par l’Assemblée nationale a gommé les aspérités sans en supprimer les effets, et en les aggravant en étendant la déchéance de nationalité aux délits. Mis entre les mains de gouvernements futurs mal intentionnés, il ouvre la voie à toutes les dérives. Aller au Congrès de Versailles dans ces conditions serait une fêlure profonde pour la gauche et d’ailleurs aussi pour certains démocrates. Evitons-la. Substituons à cette déchéance de nationalité une peine de déchéance de citoyenneté ou d’indignité nationale inscrite dans la loi, frappant tous les terroristes quelle que soit leur origine.

Par une regrettable accélération du temps, la semaine dernière, ce fut la meurtrissure de l’indécent discours de Munich, à propos des réfugiés. Se revendiquer d’une liberté de ton n’autorise pas tout. Non, Angela Merkel n’est pas naïve, Monsieur le premier ministre. Non, elle n’a pas commis une erreur historique. Non, elle n’a pas mis en danger l’Europe, elle l’a sauvée. Elle l’a sauvée du déshonneur qui aurait consisté à fermer totalement nos portes à toutes ces femmes, ces hommes et enfants fuyant les persécutions et la mort et en oubliant ceux qui chaque jour perdent la vie en Méditerranée.

La fermeté, c’est le langage qu’il faut tenir à ceux des Etats européens qui s’exonèrent de toute solidarité, de toute responsabilité à l’égard des réfugiés. La France ne doit pas être de ceux-là. La France, quand elle s’appuie sur ces valeurs comme elle l’a fait dans son histoire en accueillant les opposants des dictatures par exemple, est un pays respecté, admiré et aimé. Cela oblige les femmes et les hommes qui le dirigent. La mission de la France n’est pas de dresser des murs, mais de construire des ponts. Sans nier un seul instant l’ampleur du problème, nous attendons de la France qu’elle se tienne aux côtés de ceux qui agissent.

Et, aujourd’hui, voici que l’on s’en prend au code du travail ! La gauche a appris des mouvements ouvriers qu’il n’y a pas de liberté sans égalité. Ce n’est pas une affaire de tabous. Le droit n’enferme pas, il libère. Il libère en arrêtant la liberté des autres où commence la sienne. Il libère en apportant aux plus faibles les droits qui visent à rééquilibrer les rapports dans l’entreprise.
C’est pour l’avoir ignoré que, partout au sein de la gauche, l’avant-projet de loi dit « El Khomri » a provoqué non plus de la déception, mais de la colère ! C’est toute la construction des relations sociales de notre pays qui est mise à bas en renversant la hiérarchie des normes, et en privilégiant l’accord dans l’entreprise dans un pays où le taux de syndicalisation est faible et où le patronat n’a jamais aimé la négociation. Les salariés vont subir un chantage permanent et les entreprises seront soumises à des distorsions de concurrence, alors que l’accord de branche unifie les conditions générales de travail pour les entreprises d’un même secteur. Et, à qui fera-t-on croire qu’en multipliant les facilités de licenciements, comme le prévoit le projet de loi – limitation du pouvoir d’appréciation du juge sur le motif économique, prise en compte des seules filiales françaises pour apprécier les difficultés économiques d’une multinationale, plafonnement à un niveau très bas des indemnités prud’homales pour licenciement abusif… – oui, à qui fera-t-on croire qu’on favorisera ainsi l’emploi ? Réduire les protections des salariés face au licenciement conduira plus sûrement à davantage de licenciements !

Pas nous, pas la gauche !

Qui peut imaginer que, en généralisant les possibilités de ne plus payer les heures supplémentaires en heures supplémentaires – calcul sur trois ans de la durée du travail, rémunération au forfait dans les PME, possibilité de déroger à un accord de branche pour les majorations… –, on améliorera la situation de l’emploi en France ? Qui peut faire croire qu’augmenter le temps de travail va diminuer le chômage ? Moins de pouvoir d’achat pour les salariés, moins d’embauche pour les chômeurs en cas de surcroît d’activité, est-ce bien cela que l’on veut dans un pays de plus de 3,5 millions de chômeurs et dont les entreprises souffrent de carnets de commandes trop peu remplis ?
Que le patronat institutionnel porte ces revendications, pourquoi pas, même si elles nous paraissent en décalage avec ce que nous disent les entreprises sur le terrain. Mais qu’elles deviennent les lois de la République, sûrement pas ! Pas ça, pas nous, pas la gauche !

Bien sûr, comme tout texte de régulation, le code du travail doit évoluer, au regard des changements du monde, mais sans affaiblir sa force protectrice. La gauche doit porter en la matière de grandes réformes sources de compétitivité pour les entreprises et de progrès social pour les salariés, telles que la sécurité sociale professionnelle, qui permettent à chacun au XXIe siècle de rebondir en cas de difficultés, sans passer par la case chômage, et de progresser tout au long de sa vie professionnelle.
Et puis, disons-le, la méthode n’est plus supportable. On brandit à nouveau la menace de l’article 49-3. Et alors, nos députés en désaccord doivent-ils dire que, dans ce cas, ils voteraient la censure ? Tout cela est déraisonnable. Une France gouvernée sans son Parlement est mal gouvernée. La démocratie est atteinte. Redonnons tout son pouvoir au Parlement, respectant ainsi la Constitution, les textes qui en sortiront n’en seront que meilleurs et leur légitimité renforcée.

Les valeurs, l’ambition sociale, les droits universels de l’homme, l’équilibre des pouvoirs, que restera-t-il des idéaux du socialisme lorsque l’on aura, jour après jour, sapé ses principes et ses fondements ? Nous n’ignorons rien des difficultés du moment, la crise économique, la montée du terrorisme, le réchauffement climatique, les migrations, la crise agricole… Nous n’ignorons rien des difficultés de l’exercice du pouvoir, nous l’avons montré. De l’idéal au réel, il y a toujours une distance que, depuis Jaurès, nous assumons d’accepter.

Mais prendre le monde tel qu’il est n’est pas renoncer à le transformer pour le rapprocher sans cesse de ce qu’il devrait être. Encore moins de l’éloigner de toute idée de justice. C’est pourtant ce qui est en train de se passer. Il ne suffit pas de se revendiquer du réformisme social pour en mériter le titre. Il n’y a ni vraie réforme ni social dans nombre de politiques qui sont menées depuis deux ans. On y trouve des propositions puisées dans le camp d’en face, qui n’ont rien de moderne, et qui sont inefficaces. Et, puisqu’on nous parle du serment de Versailles, rappelons-nous de celui du Bourget, mis à mal une fois de plus, et qui pourtant fonde la légitimité au nom de laquelle le pouvoir est exercé depuis 2012. Pour sortir de l’impasse, il faut de vraies réformes, synonymes de progrès économique, social, écologique et démocratique. Elles doivent être porteuses d’émancipation pour chacun et de vivre-ensemble pour tous. C’est ce chemin qu’il faut retrouver ! Celui de la gauche tout simplement ! »

Les signataires de ce texte sont : Claude Alphandéry (résistant, économiste engagé dans l’insertion), Martine Aubry (maire de Lille, PS), Daniel Cohn-Bendit (ancien député européen écologiste), Daniel Cohen (économiste, membre du conseil de surveillance du « Monde »), Laurence Dumont (première vice-présidente de l’Assemblée nationale, députée du Calvados, PS), Yann Galut (député du Cher, PS), Jean-Marc Germain (député des Hauts-de-Seine, PS), Annie Guillemot (sénatrice du Rhône, PS), Benoît Hamon (député des Yvelines, PS), Yannick Jadot (député européen, EELV), Bruno Julliard (premier adjoint à la maire de Paris, PS), Axel Kahn (généticien, essayiste), Chaynesse Khirouni (députée de Meurthe-et-Moselle, PS), François Lamy (député de l’Essonne, PS), Gilles Pargneaux (député européen, PS), Christian Paul (député de la Nièvre, PS), Laura Slimani (présidente des Jeunes socialistes européens) et Michel Wieviorka (sociologue).

Pesticides : les experts étaient payés par l'industrie chimique…que valent leurs études ?


Essaim de mai rentrant à la maison. (photo Jean-Charles Houel)
Dans les industries pharmaceutique et agroalimentaire, les conflits d’intérêts sont pléthore. Pas un rapport n’est publié sans qu’un indice de suspicion ne porte ombrage aux conclusions des soi-disant experts surtout quand ces derniers autorisent la mise sur le marché de médicaments ou de pesticides contre indiqués pour la bonne santé humaine ou animale.

Le journal Le Monde publie, ce soir, un long article consacré à un rapport destiné à être rendu public prochainement et relatif aux insectes pollinisateurs. Le journaliste auteur de l’article met en cause nommément deux scientifiques responsables de deux chapitres de ce rapport alors qu’ils sont salariés ou rétribués par des industriels de la chimie producteurs de molécules reconnues comme nuisibles pour les abeilles et les bourdons pour ne citer qu’eux. Que penser de leurs préconisations ?

A l’évidence, le conflit d’intérêts est patent. Personne ne peut comprendre ni accepter que des scientifiques travaillant au service d’industriels soient dans le même temps appelés à porter un jugement et des avis sur les produits utilisés en agriculture ou en apiculture. Même si ces scientifiques clament leur bonne foi et assurent que leur objectivité et leur honnêteté ne peuvent être mises en cause, ils devraient comprendre que si leurs constatations les poussent à certifier l’innocuité de certains produits comme les néonicotinoïdes par exemple l’utilisateur de bonne foi, lui aussi, est fondé à plus que s’interroger. Les apiculteurs savent depuis des années que ces produits ont entraîné la disparition de nombreuses colonies d'abeilles même si des causes multifactorielles peuvent expliquer la disparition de nombreux ruchers.

Quelles solutions ? D’abord la vigilance de la communauté scientifique. Si les deux experts ont été mis en cause dans l’étude sur les insectes pollinisateurs, c’est bien parce que certains membres du groupe choisi ont signalé le rôle de leurs collègues…au sein de l’industrie chimique. Ensuite l’attention plus soutenue des donneurs d’ordres lesquels devraient veiller à ce que les experts s’engagent à déclarer (avec contrôle éventuellement) leur situation véritable. On peut imaginer la création d’une haute autorité internationale indépendante susceptible de régler ces conflits d’intérêts nuisibles pour la probité mais également pour les insectes eux-mêmes et les produits que nous consommons.

23 février 2016

Bombardement de Bouaké : la juge d'instruction demande la traduction devant la Cour de justice de la République de trois anciens ministres de Jacques Chirac


En publiant, hier sur mon blog, les réflexions que m’inspirait le reportage de l’émission « Spécial Investigation » sur les conditions de la mort des neuf soldats français tués en côté d’Ivoire en novembre 2004, j’étais loin de penser que la juge d’instruction en charge du dossier Bouaké, Mme Sabine Kheris, était sur le point de demander la traduction devant la Cour de justice de la République de trois anciens ministres de Jacques Chirac. Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin et Michel Barnier (défense, intérieur, affaires étrangères) risquent donc d’avoir à justifier devant des juges l’absence de toute volonté d’enquêter sur une affaire troublante qui a permis aux pilotes biélorusses et leurs techniciens d’échapper à la justice française. La juge écrit selon l’article paru dans Médiapart aujourd’hui : « Il est apparu tout au long du dossier que tout avait été orchestré afin qu’il ne soit pas possible d’arrêter, d’interroger ou de juger les auteurs biélorusses du bombardement ».
 
Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin et Michel Barnier, les trois anciens piliers du gouvernement de Jacques Chirac auraient pris cette décision de ne pas agir après « concertation à un haut niveau de l'État ». Ils encourent, chacun, trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour avoir « fourni à la personne auteur ou complice d'un crime ou d'un acte de terrorisme puni d'au moins dix ans d'emprisonnement un logement, un lieu de retraite, des subsides, des moyens d'existence ou tout autre moyen de la soustraire aux recherches » (article 434-6 du Code pénal).

La conclusion de la juge Kheris est sans appel : la décision de ne rien faire pour entendre les pilotes a été « prise à l’identique par le Ministère de l’Intérieur, le Ministère de la Défense et le Ministère des Affaires étrangères » qui savaient que les mercenaires slaves échapperaient ainsi à la justice. L’ordonnance pointe clairement une possible décision politique : l’instruction « permet de penser à l’existence d’une concertation à un haut niveau de l’État et non au fait que des services subalternes ou “techniques” aient géré la situation ».
L’avocat des familles des victimes affiche une satisfaction légitime dans la mesure ou une fois encore, il est prouvé que l’obstination d’une juge d’instruction peut venir à bout de tous les obstacles politiques placés sur le chemin de la vérité. Il reste au parquet à apprécier les propositions de la juge d’instruction dont la démonstration bien étayée semble implacable.

22 février 2016

Les familles des neuf soldats morts à Bouaké demandent justice


Après le bombardement du camp français Descartes. (photo l'œil d'Afrique)
L’émission « Spécial investigation » sur la chaîne payante (ou cryptée) Canal Plus est passionnante. Les journalistes d’investigation se montrent prudents, insistants, courageux et s’attachent à fouiller les dossiers les plus ardus mettant en cause des états, des gouvernements, des entreprises ou encore des mafias.

Bouaké. Ce nom de ville vous dit-il ou vous rappelle-t-il quelque chose ? L’action se passe en 2004 en Côte d’Ivoire. Le conflit fait rage entre les partisans de Laurent Gbagbo, constamment présenté comme socialiste ( ?) au cours du reportage, président de la Côté d'Ivoire. Il tient Yamoussoukro et Abidjan au sud. Au nord Allassane Ouatara (1) est à la tête des rebelles désireux de conquérir le pouvoir. Le 7 novembre, deux Sukhoï de l’armée de l’air ivoirienne, pilotés par des Biélorusses et des co-pilotes Ivoiriens, fondent sur un casernement de l’armée française et lâchent leurs bombes faisant neuf morts français, un mort américain et de nombreux blessés.

Les thèmes de l’émission sont les suivants : qui a donné l’ordre de bombarder les soldats français ? Pourquoi les pilotes en cause (2) n’ont-ils pas été arrêtés par ces mêmes solodats Français qui en ont eu l’occasion à plusieurs reprises notamment sur l’aéroport de Yamoussoukro qu'ils surveillaient 24 heures sur 24 ? Pourquoi le secret défense est-il opposé aux avocats des familles des victimes désireux de connaître la vérité même douze ans après les faits ? La journaliste qui mène l’enquête rencontre des témoins en France, en Côte d’Ivoire, pose les bonnes questions aux bonnes personnes. Et le moins que l’on puisse dire est qu’un épais brouillard entoure ces bombardements mis sur le dos de Laurent Gbagbo dont on comprend pourtant qu’il n’en avait aucun intérêt.

Au fil des témoignages, de la description précise des faits et de l’analyse géopolitique de l’affaire, on en vient à soupçonner (injustement ?) le gouvernement français (Chirac était président et Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense) dont l’attitude ne semble ni très claire, ni très nette. Jacques Chirac n’aimait pas Laurent Gbagbo non plus que Dominique de Villepin, ministre de l'Intérieur, pris en flagrant délit de grosse colère contre le président ivoirien. Il existe également une hypothèse mettant en cause l'entourage du président Gbagbo mais la juge d'instruction en charge du dossier doit encore progresser.

L’émission se termine après qu’on a appris que la journaliste a été en contact avec l’un des pilotes biélorusses, lequel se plaint de ne pas avoir été payé de la totalité de la somme qu’on lui avait promise pour son acte de guerre et que n’ayant aucune confiance dans la presse, il n’a plus donné signe de vie. On reste donc sur sa faim…

(1) Il deviendra président après le départ de Laurent Gbagbo…
(2) On connaît leurs noms mais pas leur domicile ou leur lieu de résidence.