16 octobre 2014

Le système actuel est à l'agonie. A quand la 6e République ?


Ils sont nombreux ceux et celles de mes ami(e) qui me demandent comment il est possible de demeurer adhérent du PS quand on est un tant soit peu de gauche et depuis si longtemps. Je leur réponds, sous forme de boutade évidemment, que la politique est une chose trop sérieuse pour la laisser dans les seules mains des politiciens professionnels. Et qu’on ne quitte pas un bateau qui coule. Imaginons un monde où les élus seraient les seuls à avoir des idées ou de l’imagination et seraient seuls capables d’être à l’écoute du monde qui change et qui bouge.
Michèle Delaunay, ancienne ministre socialiste, députée de la Gironde, aime à raconter qu’elle est entrée en politique à l’âge de 54 ans, qu’on est venue la chercher au nom de la parité et que le métier qu’elle exerçait (chirurgien) lui plaisait, lui permettait d’avoir un pied dans la vraie vie et que ses revenus étaient plus élevés que son salaire de parlementaire. En ce qui la concerne, il s’agit donc bien d’un engagement au nom de certaines valeurs et non un moyen de gagner sa vie en se professionnalisant dans la politique.
La professionnalisation de la vie politique conduit aux pires extrémités. Prenons un exemple au hasard. Celui de Mme Nadine Morano par exemple. Après avoir vu le diable passer dans une rue de Paris (une femme voilée) l’ancienne ministre a couru jusqu’au premier poste de police du quartier pour dénoncer la femme (ou l’homme ?) caché sous le niqab. Comme le planton était seul au poste et qu’il n’a pas reconnu d’emblée la sarkozyste de choc, il s’est fait agonir et reprocher de ne pas «contraventionner» une délinquante. C’est vrai quoi, que fait la police ? Nadine Morano a fait un cirque pas possible au point qu’on pourrait la surnommer Nadine Medrano pour ceux qui ont la mémoire des chapiteaux itinérants.
Nadine Morano-Médrano se croit donc tout permis. Qu’elle pratique la délation ne m’étonne pas. Qu’elle se prévale de ses titres anciens (ministre !) ou actuels (députée européenne) est un ressort bien connu de ceux à qui le pouvoir donne des ailes et tourne la tête. C’est pourquoi il est indispensable que des militants de base leur rappellent que si ils (elles) sont là où ils (elles) sont, c’est parce que des électeurs(trices) ont voté pour eux (elles). Et qu’il s’agit non pas d’un métier mais d’une fonction éminemment précaire et donc provisoire. 
Il en va de même avec Jérôme Lavrilleux. L’élu de l’UMP se met en congé de parti mais ne démissionne pas de son poste de député européen. Pas folle la guêpe. Les 6240 euros plus autant pour les frais ne s’abandonnent comme ça. Quand on a passé sa vie à vivre de la politique, qu’il est difficile de retrouver un vrai travail pour un vrai salaire.
Et Thévenoud ? Le député socialiste atteint de « phobie administrative » se soigne-t-il ? Il se soigne certainement en retrouvant son banc à l’Assemblée nationale et les indemnités qui vont avec. Depuis l’âge de 23 ans, il baigne dans les cabinets, hante la salle des pas perdus (pas pour tout le monde) et fréquente les soirées mondaines. On ne va quand même pas se priver des ors de la République pour quelques factures impayées ?
Et les 20 000 euros d’amendes de Jean-Vincent Placé, d’Europe Ecologie les Verts. 100 PV qu’il a régularisés récemment. 100 PV ? Vous vous rendez compte !
Terminons par le bouquet. « Sarkozy qui me rendra mon honneur » et l’affaire Bygmalion ? Jamais entendu parler. Kekidi ? C’est quoi ça. Les truffes et les lumières. Les vidéos et les télés en continu. Une campagne longue, chère, pendant laquelle on dépense sans compter. 40 millions de dépenses. 22 autorisés. Comment survivre à une telle gabegie ? Et ce sont ces gens-là qui nous font la morale. A quand la 6e République ?

15 octobre 2014

Autoroutes gratuites ? Ségolène Royal ne lâchera pas le morceau


« Soit on baisse les tarifs, soit les autoroutes investissent pour améliorer le système routier et les infrastructures, ce qui évitera qu'on reprenne des impôts sur les gens, soit on fait des prestations gratuites. » Ségolène Royal, hier ?
En suscitant l’idée que les sociétés d’autoroute pourraient rendre les accès à l’autoroute gratuitement pendant le week-end, Ségolène Royal se fait volontairement provocatrice. Mais il s’agit d’une provocation utile et parfaitement justifiée quand on lit avec attention les différents rapports de la Cour des comptes. A de multiples reprises, les juges financiers de la rue Cambon ont épinglé les sociétés d’autoroutes. Elles se gavent à un point tel que les magistrats mettent en cause gravement les contrats de concession signés par l’Etat et par Dominique de Villepin, un politique animé par des raisons obscures puisque lui le soi-disant défenseur des intérêts de l’Etat a bradé un patrimoine précieux largement sous-estimé…
L’ancien Premier ministre dont j’ai à plusieurs reprises mis en cause sa façon autocratique de gouverner (voir le CPE) ne doit pas se croire autorisé à donner des leçons à tout bout de champ surtout après son coup d'éclat. Cet homme, auteur, dit-on, de l’idée de la dissolution en 1997, et surtout responsable de la concession des autoroutes dans les conditions que l’on sait, a fait perdre des milliards à l’état français aujourd’hui dans le besoin.
Ségolène Royal avec le franc parler qui est le sien et une certaine obstination dont il faut lui rendre grâce, est persuadée qu’une pression constante et forte mise sur les sociétés autoroutières devrait aboutir à des avantages pour l’Etat et donc pour les usagers d’autoroutes ou les contribuables hexagonaux. Que Manuel Valls juge infaisable la mise en place de la gratuité n’est pas étonnant de sa part. Est-ce une raison pour affirmer que l’idée de Mme Royal est mauvaise ?
Certainement pas. Et si elle cherche l’appui des Français dans cette affaire, elle l’obtiendra aisément. Baisser les tarifs ? Ne Rêvons pas. Prestations gratuites le week-end ? La mise en place au péage d’Incarville de la gratuité pendant trois mois s’est avérée impossible. N’y comptons donc pas. Reste l’amélioration du système routier et des infrastructures. Sur ce point, il est possible d’agir et de constater sur le terrain, les bienfaits pour la sécurité des usagers et la fluidité de la circulation. Éviter de reprendre des impôts sur les gens ! « Voilà une idée qu’elle est bonne », comme dirait Coluche. Il y faudra du courage politique et de l’entêtement. On peut compter sur Ségolène Royal pour ne pas lâcher le morceau.

13 octobre 2014

Une histoire belge mais pas drôle du tout


Le nouveau gouvernement belge nous donne une idée de ce que serait un gouvernement dominé par le Front national en France. Le ministre de l’Intérieur de notre pays voisin du nord — M. Jam Jambon — membre d’un parti indépendantiste flamand vient de déclarer que les Belges qui avaient participé à la collaboration avec les nazis « avaient leurs raisons ». Même s’il ne précise pas si elles sont bonnes ou mauvaises, il faut comprendre que M. Jambon ne les blâme pas et qu’il leur trouve bien des excuses.
Ainsi, le royaume de Belgique vient-il de se doter d’un gouvernement dans lequel siègent des hommes et des femmes non francophones, historiquement liés à des partis d’extrême droite et parlant le Flamand. Il est vrai que pour la première fois depuis 25 ans, aucun socialiste ne siège dans le gouvernement belge et que M. Michel, le nouveau premier ministre, a offert les postes régaliens aux trois partis flamands très eurosceptiques…
Depuis 1945, la participation de l’extrême-droite à divers gouvernements européens s’est produite en Autriche, surtout, dans les Balkans parfois, et maintenant en Belgique après les Pays-Bas qui ont connu leur crise xénophobe. On le voit, nul n’est à l’abri d’un malheur.
Même s’il est un peu tôt pour dresser un premier bilan de la gestion des 14 municipalités conduites par le Front national, on a déjà un aperçu de ce que les maires FN ont dans la tête. Prenons l’exemple de Béziers. Robert Ménard n’est pas adhérent du FN mais c’est tout comme. Il vient d’inonder la ville de tracts et d’affiches annonçant la venue prochaine dans la ville qu’il guide d’Eric Zemmour, le monsieur qui vote FN mais ne veut pas que cela se sache. Autrement dit, le maire de Béziers, avec des fonds publics, fait la pub d’un livre qui n’en a nul besoin puisque dit-on, 5000 acheteurs se présentent quotidiennement chez les libraires ou les kiosquiers voire les hypermarchés…pour repartir avec la France qui se suicide sous le bras. Merci les copains-coquins !
Dans l’est de la France, dans le sud, dans le nord, les maires FN font ce qu’ils ont dit qu’ils feraient. Ils affament les associations qui ne leur plaisent pas, privent de locaux la Ligue des droits de l’homme et bâillonnent leur opposition à l’occasion des séances de conseil municipal. Quant aux journalistes mal pensants, vous imaginez le traitement qu’on leur réserve.
Lors des votes à venir, les électeurs(trices) devront y regarder à deux fois avant de voter Bleu Marine. Si c’est pour avoir des élus nostalgiques de Pétain, non merci.

12 octobre 2014

« Prenons nos crayons et nos cahiers, ce sont nos armes les plus puissantes » Malala Yousafzaï


Patrick Modiano, prix Nobel de littérature, a vendu 2500 exemplaires de l’un de ses livres aux Etats-Unis. Valérie Trierweiler avec « Merci pour ce moment » a enrichi son éditeur et s’est enrichie elle-même après avoir pris la décision de rendre publics des événements de sa vie privée avec François Hollande, événements vus et lus au prisme de ses sentiments et vendus à des centaines de milliers d’exemplaires.
Valérie Trierweiler est comme les autres. Elle a très mal vécue sa répudiation et la fin de son histoire avec l’homme qui avait dit d’elle : « elle est la femme de ma vie. » Ceux qui ont parcouru ce best-seller — j’en suis (sans aucune honte) sinon comment pourrais-je le commenter — découvriront le monde commun des jalousies, des mensonges et des trahisons. Rien que de très banal au fond et que de très courant.
Bourdieu aurait sûrement détesté le style mais il aurait retenu que Valérie Trierweiler souffre surtout de ne pas avoir été « reconnue » et donc d’avoir été humiliée. Sans les codes du monde politique, sans l’apprentissage de l’énarchie, la vie d’une première dame aux origines modestes ne peut être qu’un enfer…mement.

Que dire du livre d'Eric Zemour (que je n’ai pas lu et que je ne lirai pas). Je me contente de l’entendre déblatérer ses fantasmes et surtout affirmer une certaine nostalgie à l’égard de Philippe Pétain et de sa Révolution nationale. Ils ne sont pas nombreux ceux qui considèrent que Pétain, auteur du statut des juifs dès 1940, fut de ceux qui sauvèrent de l’anéantissement DES juifs français puisque telle est la thèse de Zemour. Les historiens ont eu vite fait de le remettre à sa place : celle d’un polémiste islamophobe, xénophobe, qui ne connaît pas grand chose à ce dont il parle et s’est donné pour tâche de réécrire l’histoire à sa façon : réductrice et falsifiée.

Les élus alsaciens et des habitants de cette belle province de France sont descendus dans la rue, hier, pour protester contre le projet de fusion de leur région avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne dont la capitale est Reims. Le démographe Hervé Le Bras avait prévu ces manifestations. Il avait également anticipé le réflexe provincial des Français très attachés, quoiqu’on dise, à leur histoire locale ou régionale. C’est bien pourquoi la modification de la carte des régions eût mérité plus de dialogue, plus de concertation avec les élus et les habitants.
Au lieu de cela, le gouvernement a fait le choix de passer par la voie parlementaire et de ne pas associer les acteurs de terrain. En Bretagne, dans le Nord, dans l’est de la France, en Poitou-Charente, etc. les élus locaux ruent dans les brancards. S’ils connaissent le découpage en treize régions, ils ignorent encore tout des compétences des uns et des autres et notamment de l’avenir de la clause de compétence générale jusqu’ici attribuée aux communes, aux départements, aux régions…A quelques mois des élections cantonales, on ne connaît toujours pas les départements appelés à disparaître pour cause de métropole proche (Rouen) comme en Seine-Maritime par exemple. Je souhaite bon courage aux candidats socialistes. Les élus de terrain, connus et reconnus, sauveront peut-être leur peau. Quant aux autres ?

Jean-Michel Baylet, président national du PRG et PDG de La Dépêche du Midi, a été sévèrement battu lors des dernières élections sénatoriales. Et pas par n’importe qui ? Il a été éliminé par un dissident de son parti qui en avait assez d’être considéré comme la dernière roue du carrosse. Cette défaite a un goût amer. Elle affaiblit le pouvoir de nuisance de Jean-Michel Baylet et de son parti. Voilà sans doute pourquoi les instances dirigeantes du PRG — Baylet quoi — ont récemment décidé de se livrer à ce qu’elles font de mieux dans la vie politique française : exercer un chantage permanent à l’égard du gouvernement et du président de la République. Au PRG, la réforme territoriale passe mal. Baylet veut sauver quelques bastions et aussi quelques mandats, principales sources de financement pour les partis politiques.
Avec ses 192 villes de plus de 10 000 habitants perdues lors des municipales, le Parti socialiste sait ce qu’il en coûte en termes d’emplois (6 000 !) et de rentrées financières. La défaite de l’UMP lors des dernières législatives est à l’origine de la crise actuelle au sein de ce parti. Un exemple à ne pas suivre…même au PRG.

Le prix Nobel de la paix a été décerné conjointement à la Pakistanaise Malala Yousafzaï et à l'Indien Kailash Satyarthi, tous deux activistes des droits des enfants. Les deux lauréats ont été choisis par le comité parmi une liste 278 candidats « pour leur combat contre l'oppression des enfants et des jeunes et pour le droit de tous les enfants à l'éducation », a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland. La jeune Malala, victime des Talibans et des obscurantistes, a enchaîné les discours, le plus connu étant son allocution aux Nations unies en juin 2013 : « Prenons nos cahiers et nos crayons. Ce sont nos armes les plus puissantes », avait alors clamé la jeune femme. Désormais installée en Grande-Bretagne, où elle a été soignée, Malala Yousafzaï a créé une fondation à son nom et soutient les campagnes en faveur de l'éducation des enfants, en particulier au Pakistan, au Nigeria, en Jordanie, en Syrie et au Kenya. Un beau symbole et une bien belle personne.


11 octobre 2014

Il faut faire raquer les sociétés d'autoroutes qui nous rackettent

(dessin de CANARDLAPIN - Mediapart)

J’ai dénoncé, il y a quelques semaines, les bénéfices « nets » exorbitants des sociétés d’autoroutes. Depuis que Dominique de Villepin, le donneur de leçons, a eu cette très mauvaise idée de concéder les bijoux de famille de l’Etat à des sociétés privées et à un prix défiant toute concurrence, les péages n’ont cessé d’augmenter et les marges des quelques SAPN et autres ASF de croître dans des proportions gigantesques.
Il me faut répéter pour la nième fois que peu de voix se sont élevées contre ce scandale, notamment à gauche. Seul, bien seul, François Bayrou a hurlé et tenté d’empêcher cette spoliation de l’Etat et donc des Français. Mais en vain.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, de Villepin a négocié des conventions draconiennes faisant que toute amputation des marges — au bénéfice de l’Etat — devrait être compensée soit par une augmentation des péages soit par un allongement de la durée des concessions. Sacré Villepin…et il voudrait qu’on l’applaudisse !
Voilà pourquoi l’idée émise par Ségolène Royal me semble bonne. Puisque l’écotaxe a plus que du plomb dans l’aile et que la convention passée (encore l’UMP !) par François Fillon nous oblige à dédommager Ecomouv à hauteur de 800 millions d'euros, dit-on, la société créée pour recueillir une taxe disparue corps et biens sous la pression du lobby des transporteurs routiers (dont il serait idiot de nier les difficultés financières dans le contexte économique actuel) la ministre de l’environnement propose de taxer les sociétés autoroutières.
Elle a raison. Compte tenu des marges constatées aux bilans des dites sociétés, il n’est pas anormal, même s’il faut prolonger la concession de quelques années, de se payer sur la bête, bien gosse et bien grasse. Je ne vois pas d’autres moyens pour financer l’amélioration des infrastructures de transports ferroviaires ou routiers. Il m’arrive d’utiliser les autoroutes de notre pays, pour des raisons de sécurité notamment, et je sais ce qu’il en coûte pour un trajet même court d’une centaine de kilomètres. Si l’on excepte la Bretagne et quelques liaisons du sud de la France, le racket autoroutier rapporte une petite fortune aux actionnaires de SANEF et autres sociétés identiques.
Michel Sapin pourra toujours protester contre la proposition de sa collègue de l’environnement, j’espère qu’elle ne lâchera pas le morceau et passera, s’il le faut, par la loi pour mener au bout son projet. Une dernière suggestion : compte tenu des prix pratiqués par les concessionnaires des parkings privés, je propose à Ségolène Royal d'aller y regarder de plus près. Il doit y avoir, là aussi, du grain à moudre.

10 octobre 2014

La prochaine crise financière proviendra-t-elle de la situation financière des collectivités territoriales ?

Nicolas Mayer-Rossignol à Val-de-Reuil. (photo JCH)
Le taux de croissance de l’Allemagne sera revu à la baisse en 2014 et en 2015. Angela Merkel dit réfléchir à cette fâcheuse situation. Le fait est que les principaux clients de la première économie européenne sont ses voisins et que ceux-ci, frappés plus ou moins durement par la rigueur ou par l’austérité, comme on voudra, achètent moins de produits allemands…la balance commerciale demeure toutefois excédentaire. O combien !
S’agissant de la France, le taux de croissance envisagé par l’INSEE et le FMI ne correspond pas à celui qui a servi à établir le budget 2015. Autrement dit, les prévisions du gouvernement sont « optimistes » selon qu’on lui est favorable ou « insincères » si on l’est moins. En parlant franc cela veut dire que la consommation ne repart pas, que l’inflation est au plus bas et que le chômage va continuer d’augmenter même moins vite, comme dirait Michel Sapin.
En parlant franc, toujours, cela veut dire que les politiques conduites par des gouvernements de droite ou de gauche, construites sur la baisse des dépenses publiques, sur une déflation qui ne dit pas son nom (attendons encore quelques mois) nous mènent tout droit à l’échec. Delphine Batho (la ministre virée) aurait donc raison d’affirmer dans son livre « insoumise » que s’il est fidèle à sa parole, François Hollande ne pourra se succéder à lui-même puisqu’il aura échoué sur une de ses principales promesses : la baisse du chômage en France.
Reconnaissons qu’il n’est pas le seul responsable de la situation actuelle. L’Allemagne ne veut pas relancer l’investissement et donc favoriser une croissance susceptible d’aider ses amis européens. Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission, a beau envisager un programme de 300 milliards d’euros à engager dans des infrastructures et le numérique etc. pour l’instant on n’en voit pas la queue d’un. Christine Lagarde, présidente du FMI, a pris conscience de l'Etat économique de l'UE et pousse à des initiatives même non orthodoxes.
Faut-il pour autant augmenter les impôts ? Certainement pas. Je pense à ce qu’affirmait Nicolas Mayer-Rossignol lors d’une réunion publique tenue à Val-de-Reuil récemment : « Les gestionnaires de fonds publics doivent veiller à l’état de la dette. Elle doit être soutenable. » C’est sans doute parce qu’elle est soutenable en Haute-Normandie que cette région est considérée comme l’une des régions les mieux gérées de France. Et pourtant, la Région Haute-Normandie lance des programmes d’investissements importants en collaboration avec les départements et les intercommunalités.
Prenons garde. La prochaine crise économique pourrait bien provenir de l’état des finances des collectivités territoriales dont les dépenses fixes ne baisseront pas si aisément.

8 octobre 2014

Loi antiterroriste : le gouvernement confond précipitation et efficacité


« Demain jeudi 9 octobre, le Sénat examine le projet de loi antiterroriste. Il s'agira d'une lecture unique, puisque le gouvernement, confondant précipitation et efficacité, a décidé de la procédure d'urgence. L'Observatoire des libertés et du numérique (OLN) considère que cette décision prive la représentation nationale d'un débat normal sur les libertés publiques, dans lequel les arguments contraires auraient mérité d’être entendus.

Si la lutte contre le terrorisme est légitime, elle ne peut justifier de légiférer en urgence sous le coup de la peur et de l’émotion, et d’adopter des lois toujours plus liberticides. Les événements récents posent sans aucune contestation possible la nécessité de procéder à la poursuite, à l'arrestation et au jugement de criminels. Mais sans le respect des principes, la lutte contre le terrorisme se réduit, aux dépens de la justice et des libertés publiques, à une vengeance sans fin. Amender encore une fois l’arsenal déjà lourd de la lutte antiterroriste dans ces circonstances, c’est prendre le risque de dissoudre la délibération démocratique dans une posture événementielle. A chaque fois qu'en matière législative, on fait vite, on ne fait pas bien. Et c'est exactement le cas avec la future « loi antiterroriste », déjà votée par l’Assemblée nationale et qui va suivre la procédure d’urgence : une seule lecture à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Une fois de plus, au lieu de procéder à une évaluation des lois existantes avant d’en promulguer une nouvelle qui pourrait tenir compte de l’expérience, ce qui tient lieu d’analyse, c’est le recours législatif immédiat et l'illusion est ainsi donnée que l'on a pris en haut lieu la mesure du danger. Aujourd’hui le combat contre le « djihad », comme hier celui contre le terrorisme, fait que, de coups de menton virils en déclarations martiales, la cause est entendue : la patrie est en danger et les atermoiements ne sont plus de mise, même quand il s'agit des libertés publiques. Que les prises de position honteuses de certains à droite, comme celle du député UMP Alain Marsaud, qui invitait à « s’asseoir sur les libertés », ne viennent pas éclipser le fait qu’aujourd’hui encore la balance entre sécurité et libertés va dans le même sens, déséquilibrée qu’elle est vers toujours plus de diminution des droits. Développement sans fin d’un arsenal répressif déjà très lourd, création d’une nouvelle infraction de l’intention, création de pouvoirs exorbitants de l’administration sur les citoyens, leurs déplacements, leur expression, notamment sur le Net, détricotage du droit de la presse, accroissement des pouvoirs de police et de la justice dans des domaines allant bien au-delà du terrorisme : autant de dévoiements de notre droit, que la lutte contre le terrorisme ne saurait légitimer.

L’argument est d’autant plus efficace que la situation internationale est extrêmement dangereuse. A l’engagement militaire sur un théâtre extérieur correspond une relativisation des libertés fondamentales pour tenter de dominer l’incertitude de la période, ce qui suffirait à dévaloriser, voire annihiler la critique.

C’est ainsi que dans la loi antiterroriste, ses motifs n’ont que la peur comme conseillère. La Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) tout comme la Commission numérique de l'Assemblée nationale et le Conseil national du numérique se sont d'ailleurs montrés, dans leurs avis,  extrêmement critiques sur son contenu. Mais il en adviendra de ce texte comme d'autres : le gouvernement ni ne consulte ni ne sollicite un avis, dont il avait bien pressenti qu’il mettrait à jour l’illégitimité et l’inefficacité de telles atteintes aux droits et libertés.

Au rebours de cette courte vue, l’Observatoire des libertés et du numérique (OLN) considère que l’expérience de ces lois appliquées dans le monde (en particulier aux États-Unis, qui s’en sont faits le parangon avec le Patriot Act), montre que celui-ci n’est pas devenu plus sûr avec ces méthodes. A moins d’être aveugle, il faut bien constater que le terrorisme ne faiblit pas quand tombent les libertés publiques. Dans les pays mêmes qui pratiquent à un degré ou à un autre la suspension des libertés dans ce cadre, les effets sont médiocres voire contre-productifs.

C’est à l'audition d'une multiplicité de points de vue, constitutionnel, juridique, politique, social, qu'il eût fallu procéder. Mais le débat n’a pas eu lieu puisque les initiateurs de la loi, telle qu'elle est, disent qu’il n’y a pas d’autre politique possible. Les questions ne seront donc pas posées. C’est ce à quoi les organisations qui composent l’OLN ne peuvent pas se résoudre. L'OLN appelle les sénateurs à tenir le débat, et, s’ils ne refusent pas d’adopter la loi, à tout le moins à proposer des amendements propres à apporter des garanties. Il appelle enfin les parlementaires à utiliser en tout état de cause leur possibilité de soumettre la loi au Conseil constitutionnel. »
Communiqué de l'Observatoire des libertés et du numérique : Cecil, Creis-Terminal, LDH, Quadrature du Net, Saf, SM.

Nicolas Sarkozy prépare-t-il un 18 Brumaire interne à l'UMP ?

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Nicolas Sarkozy prépare-t-il un 18 Brumaire interne à l'UMP ? La question se pose. Même s’il accepte, du bout des lèvres, une primaire à droite pour départager les candidats de ce camp à la prochaine élection présidentielle, gageons qu’il fera tout pour l’éviter. Ne cherchons pas ailleurs la candidature précoce (trop ?) d’Alain Juppé et celle non moins répétée de François Fillon. On sait ce que pense Nicolas Sarkozy de la primaire à droite : « Regardez les socialistes, déclare-t-il avec un sourire en coin, ils ont leur choisi leur candidat après une primaire. On voit le résultat. »
En fait de résultat, il lui faudra attendre encore 30 mois avant de le connaître avec plus de précision que le doigt mouillé et que ses certitudes dont on sait ce qu’elles valent. Cerné par les affaires, les membres de sa secte dénoncent même un « acharnement » des juges, Nicolas Sarkozy alias Paul Bismuth étant mêlé de près ou de moins près à un tas d’affaires aussi différentes que l’affaire Karachi, l’arbitrage Tapie, le scandale Bygmalion, les sondages de l’Elysée, et maintenant les éventuelles retro commissions versées dans le cadre d’une vente d’hélicoptères à un pays fort peu démocratique du nom de Kazakhstan dans lequel le président n’organise pas d’élections. Ainsi est-il plus facile de conserver le pouvoir.
Ces affaires judiciaires vont forcément durer dans le temps. Dans le temps long. Il est bien évident que l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République lui permettrait d’échapper aux jugements des cours dans la mesure où il recouvrerait une immunité pour cinq années. Cette immunité, il fera tout ce qui en son pouvoir pour l’obtenir. Cela passe par une désignation à la candidature d'une élection qui, s’il affrontait Marine Le Pen au second tour, serait pour lui une promenade de santé. Il manquerait de nombreuses voix à gauche mais Sarkozy l’emporterait.
Comment être sûr d’être le candidat de la droite ? Il n’y a pas cinquante manières. Il suffit de s’emparer de l’UMP — ce qui sera fait fin novembre — de modifier les statuts du nouveau parti qu’il projette avec l’accord des militants favorables à 80 % à Sarkozy et de renvoyer à Bordeaux et à Laval (ou Paris) les deux anciens premiers ministres dont l’un fut son « collaborateur » et l’autre son ministre des affaires étrangères.
Il s’agirait alors d’un 18 brumaire nouveau genre et d’une prise de pouvoir à la hussarde, manière qu’affectionne particulièrement les grognards genre Hortefeux ou Césari.
(1) Le coup d'État du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799) de Napoléon Bonaparte marque la fin du Directoire et de la Révolution française et le début du Consulat.

Comment l'industrie du tabac fait pression sur les députés européens en pratiquant l'art du « copier-coller »

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Tous les députés européens (hommes et femmes) sont épiés, surveillés, fichés par le lobby des fabricants de tabac. L’émission Cash investigation, sur France 2 hier soir, nous a décrit un paysage bruxellois ravagé par ces commerciaux redoutables prêts à tout pour empêcher le vote de directives gênantes pour la vente de cigarettes, de cigares et autres tabac en vrac dans l’Union européenne.
Elise Lucet et son équipe d’enquêteurs ont réussi à se procurer un recueil de 600 pages rédigées par le groupe Philip Morris et contenant tous les objectifs, les moyens, les techniques de l’immense entreprise américaine ainsi que le fichier des députés assorti de commentaires plus ou moins agréables en fonction des votes et des déclarations publiques des honorables élus.
L’attitude des député(e)s ne dépend d’ailleurs pas de leur étiquette. Il se trouve — est-ce un hasard ou la loi du nombre — que les députés les plus directs et les plus favorables à Philip Morris se recrutent à l’UMP. Le député Franco, ex-député français, est même une caricature. Il explique simplement, sans mesurer réellement l’aberration de ses propos, qu’il propose au vote de ses collègues des amendements rédigés par les industriels du tabac car cela lui fait gagner du temps après qu’il a constaté, grosso modo, qu’il était d’accord avec le contenu. Un autre ex-député UMP, M. Aubry, a oublié qu’il avait proposé des copiés-collés des amendements des mêmes industriels sous prétexte qu’il est contre toutes les interdictions. Il raconte que rien ne peut empêcher un être humain qui veut passer à l’acte de le faire. Si quelqu’un veut fumer qu’il fume. S’il court de risque de mourir d’un cancer ou d’un infarctus, c’est son problème. Quand l’intervieweur lui parle de santé publique et du devoir d’un élu de défendre l’intérêt général et la prévention et non l’intérêt de l’industrie du tabac, il botte en touche…
Mieux même, lors de l’interview d’un responsable de Philip Morris, l’homme emploie 28 fois le mot de maladroit : « Je ne nie pas que ce commentaire soit maladroit ». Il s’agit d’une remarque « maladroite. » Le tout à l’avenant. On n’est pas étonné d’apprendre que certains (qui ?) avancent l’idée qu’inciter les gens à fumer permet d’économiser sur le versement des retraites puisqu’un fumeur sur deux mourra autour de 60-65 ans ! Quel cynisme.
Le lobby du tabac n’est qu’un lobby parmi d’autres. Les députés Franco et Aubry justifient la présence de ces professionnels au Parlement européen au nom de l’information : « nous sommes mieux informés après les avoir rencontrés qu’avant. » Le reportage ne dit pas — peur d’un procès ? — quel intérêt personnel (s’ils en ont un) ont les députés favorables aux marchands d’un produit sur lequel il est écrit : « fumer tue. » Il n’empêche que l’adoption d’une directive sur les paquets dits neutres a été rejetée grâce aux amendements des députés de…Philip Morris ?

6 octobre 2014

L'accident de Jules Bianchi : le but n'est pourtant pas de mourir au volant


Jules Bianchi.
Comme tout un chacun je compatis à l’état de Jules Bianchi après le très grave accident de formule 1 dont il a été victime sur le circuit japonais de Suzuka. Les circonstances de l’accident ne sont pas encore très bien connues puisque les images ont été interdites de diffusion au public mais il est clair que la formule 1 du jeune pilote français a percuté un engin de levage présent en bord de piste pour procéder à l’évacuation d’une autre automobile accidentée.
Depuis des années les organisateurs des grands prix de Formule 1 obligent les constructeurs à améliorer sans cesse les organes de sécurité des véhicules afin que les pilotes se sortent le mieux (ou le moins mal) possible des accidents inévitables quand on pilote des bolides à 300 km/heure. On en est arrivé à un point tel que tout accident semble entraîner des conséquences improbables voire impossibles. Et inadmissibles.
C’est le cas pour l’accident de Jules Bianchi. Nombre de commentateurs considèrent que le typhon présent près des cotes du Japon durant le week-end avec vents violents et pluies incessantes aurait dû aboutir à une suppression pure et simple de la course. D’autres, parmi les pilotes, estiment qu’ils sont responsables de la conduite de leur engin et que c’est à eux de s’adapter aux conditions de course même dantesques.
Henri Pescarolo, ancien pilote, assure que le risque zéro n’existe pas et que le sport automobile eu égard aux puissances des moteurs et aux vitesses atteintes est réservé à des hommes (et des femmes) aux qualités physiques et mentales évidemment exceptionnelles. Mais comme dans tout geste sportif, l’impondérable demeure présent. La faute humaine d’un pilote, l’erreur d’un dépanneur, le manque de réactivité du directeur de course, les pneus non adaptés aux conditions climatiques…autant de causes pouvant aboutir à l’irréparable. Le but n’est pourtant pas de mourir au volant ou de devenir infirme à vie. Le but est de se dépasser soi-même, comme un alpiniste meurt dans une avalanche, au nom de la passion exacerbée d’un sport ou d’une pratique sportive.
J’ignore si, comme on l’affirme parfois, les recherches effectuées sur les formules 1 peuvent être utilisées pour améliorer les véhicules de tout un chacun. Un fait demeure évident : le principe de précaution ne peut être invoqué quand 22 bolides s’élancent sur un circuit de 3 ou 4 kilomètres. Les pilotes ont conscience des risques qu’ils courent, il les accepte tout en faisant tout ce qu’ils peuvent pour sortir indemnes des bavures gravissimes.