7 juin 2011

« Mélenchon est dans le formatage politique » par Alain Lefeez


André Chassaigne et Jean-Luc Mélenchon (DR)

La direction du PCF, traumatisée par le score de Marie-George Buffet (1,93%) à la présidentielle de 2007, a choisi de longue date de ne pas présenter de candidat et de s’en remettre à l’option Mélenchon sous le label Front de Gauche. Ce n’est pas une surprise, la Conférence Nationale du PCF s’est prononcée pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon, à 63,6 % des voix. La composition de la Conférence assurait d’avance une majorité à la direction nationale du parti. Je n’ai jamais été favorable aux décisions prises d’en haut et je me réjouis donc que les militants du PCF aient tout de même le choix, le 18 juin prochain, de départager les trois derniers postulants de la primaire (même s’il ne faut pas l’appeler comme ça) : Emmanuel Dang Tran, seul candidat opposé à la stratégie du Front de Gauche, l’ogre médiatique Jean-Luc Mélenchon et son principal rival, André Chassaigne.

Au cours des dernières semaines, le mécontentement de nombreux communistes s’est exprimé de plus en plus fortement, dans les sections et fédérations du parti. Ce mécontentement s’alimente de plusieurs sources. A travers la candidature de Chassaigne, beaucoup de communistes défendent la nécessité que le PCF, et les idées du communisme, figurent au premier plan de la campagne électorale. Par ailleurs, la position de Mélenchon sur la guerre en Libye a choqué bon nombre d’entre nous. Mais même des camarades plutôt favorables à Mélenchon, initialement, ont eu le sentiment, parfaitement fondé, que la direction du parti cherchait à imposer cette candidature au détriment d’un débat pleinement démocratique, au sein du parti. Au final, si la Conférence Nationale avait adopté un bulletin de vote ne comprenant pas la candidature d’André Chassaigne, ça ce serait très mal passé à la base du parti. Et ni André Chassaigne, ni la direction nationale ne voulaient prendre la responsabilité de déclencher une crise interne sur cette question.

André Gerin a annoncé qu’il retirait sa candidature pour appeler les militants à voter André Chassaigne. A l’inverse, Emmanuel Dang Tran a annoncé qu’il maintenait sa candidature et le fait qu’il maintienne sa candidature apparaît comme une division qui risque de favoriser la candidature de Mélenchon. Dans les jours à venir, on entendra certainement l’argument suivant : « Si les militants communistes désignent Chassaigne, le Front de Gauche explosera ». Pourquoi ? Parce que Mélenchon maintiendrait tout de même sa candidature à la présidentielle. Il est vrai que Mélenchon l’a suggéré à plusieurs reprises. Mais ceci n’est pas vraiment un argument, c’est plutôt un chantage

Or, je me moque un peu de qui sera le candidat du Front de Gauche à la prochaine présidentielle, car quel que soit ce candidat, à l’issue du premier tour, l’un ou l’autre donnera exactement la même consigne de vote pour la suite. Pour ma part, j’ai toujours souhaité et soutenu la candidature d’André Chassaigne parce qu’il défend une alternative révolutionnaire au capitalisme en crise. Son  « programme populaire et partagé » comporte de nombreuses propositions positives. Mais la Conférence Nationale ne s’est concentrée que sur la question des candidatures, au détriment du programme. 

Pourtant la question du programme demeure absolument décisive. Aujourd'hui, dans la grande masse des citoyens, il y a une forme d'indignation et de rejet qui se manifeste par rapport à la politique institutionnalisée, super médiatisée autour de personnalités. Le Front de Gauche devrait montrer une autre façon de faire de la politique, très collective, un peu comme ce qui s'est passé lors du traité constitutionnel européen. Il n'y a pas ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Jean-Luc Mélenchon est dans le formatage politique en ce sens qu'on veut nous obliger à réduire la politique à des personnalités. Sa campagne est faite sur des prestations télévisées, sur des buzz, sur des coups de gueules. Cela peut paraître séduisant car médiatique mais je pense que cela ne correspond plus aux attentes d'aujourd'hui.

Alain Lefeez

6 juin 2011

Démocratie et socialisme : qui devra payer ? Le capital ou le travail ?

Démocratie et socialisme est un courant du Parti socialiste animé par Gérard Filoche. Il publie une lettre régulière que j'ai plaisir à rendre publique à mon tour :

« Loin de s’éloigner, la crise financière continue de ronger la zone euro. Une crise qui a transformé des dettes privées en dettes publiques, lorsque les états se sont portés au secours du système bancaire au bord de la faillite. Une crise que de nombreux Etats veulent maintenant faire payer à leurs populations… alors que les banques ont retrouvé leurs profits d’avant crise, et continuent allégrement leurs pratiques spéculatives.
L’exemple de la Grèce est frappant. La Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international exigent toujours plus du peuple grec. Toujours plus d’austérité, encore plus de privatisation. La baisse des revenus, le chômage, la précarité entrainent tous les jours un peu plus ce pays dans la récession. Les spéculateurs (ce qu’en langage libéral, on appelle les marchés financiers) n’ont toujours pas l’assurance que la Grèce pourra rembourser, les notes des agences de notation sont jour à après jour un peu plus dégradées, et la Grèce trouve alors des emprunts à taux de plus en plus élevés. Cercle vicieux sans fin ! Le Portugal semble emprunter le même chemin. La théorie des dominos appliquée à l’Europe ?

Les Grecs fainéants ?

Pour la chancelière démocrate-chrétienne Angela Merkel, les raisons de cette situation sont simples. Elle s’en est prise à la mi-mai aux Grecs, Portugais et Espagnols tire-au-flanc. Pas de chance pour elle, selon les données de l’OCDE, la durée annuelle du travail est (chiffres de 2009) nettement moindre en Allemagne (1390 heures en moyenne) qu’en Espagne (1654 heures), au Portugal (1719 heures) et surtout en Grèce (2119 heures). Quant à l’âge effectif moyen de départ à la retraite, il est le même pour les salariés allemands (62,2 ans), espagnols (62,3 ans), portugais (62,6 ans) ou grecs (61,5 ans). La productivité par tête Outre-Rhin est dans la moyenne de l’Europe du sud. Quant à la productivité horaire, elle est au-dessus de la moyenne mais pas meilleure que celle de la Grèce(*). Angela Merkel a donc tout faux ! Elle oublie volontairement le rôle des grandes banques (notamment celles de son pays), mais aussi le choix fait par elle de baisse imposée du coût du travail afin de favoriser les exportations allemandes (politique qui, pour être « efficace », ne peut être mise en œuvre que par un seul pays).

Des plans d’austérité de plus en plus rejetés par les populations
Les manifestations et les grèves en Grèce, le mouvement des Indignés dans l’État espagnol commencent à inquiéter les milieux financiers. « Le risque de contagion des mouvements sociaux en Europe est un facteur supplémentaire d’aversion aux marchés d’actions » lit-on dans une note du courtier CMC Markets.(**).

La question de la dette publique sera aussi au centre de la présidentielle de 2012 en France. 
Résultat de la crise financière et de la politique de baisse des impôts pour les riches pratiquée par Sarkozy depuis 5 ans, la dette publique française sera-t-elle mise en avant par certains à gauche pour justifier à l’avance tous les renoncements ? En arrivant au gouvernement en 2012, un gouvernement de la gauche unie devra organiser un audit de la dette de la France. Les raisons de cette dette devront être débattues publiquement. Pourquoi faudrait-il rembourser la part de cette dette qui serait jugée illégitime car due aux pratiques spéculatives du capitalisme financier ? Débattons-en dès maintenant !

(*)Tous ces chiffres proviennent d’une étude du chef économiste de Natixis, Patrick Artus, cités par Le Monde du 2 juin
(**) Le Monde de l’économie du 31 mai

5 juin 2011

Trois mois après la catastrophe, rien n'est réglé à Fukushima


Trois mois après la catastrophe, rien n'est réglé à Fukushima, même si l'actualité médiatique l'a fait passer au second plan.
Les cœurs des trois réacteurs ont fondu, celui du réacteur 1 a percé sa cuve en plusieurs endroits, l'eau radioactive s'est écoulée vers l'océan depuis le réacteur 3. On se demande même si les réacteurs 1, 2 et 3 ne sont pas en train de tomber en miettes, leurs structures métalliques étant de plus en plus défaillantes après que celles en béton ont été ébranlées par les explosions dès les premiers jours et le 7 mai de la fumée est sortie du site, ce qui signifie que l'un des réacteurs est en feu. La pollution radioactive a atteint des pics au Bangladesh, au Botswana, sur la côte est des États-Unis.

Au japon, elle dépasse les zones d'évacuation et de confinement et elle atteint des niveaux  de 10 à plus de 100 millisieverts par an. Les normes de dangerosité  ont été multipliées par 20 et l'incapacité du gouvernement japonais à appliquer la loi face au lobby nucléaire a conduit son conseiller scientifique, le Professeur Toshiso Kosako à démissionner les larmes aux yeux devant tant de gâchis et d'absurdité.
Pendant combien de temps va-t-il falloir continuer à refroidir les lieux en accumulant toujours plus d'eau contaminée qui devra être rejetée dans l'environnement.
En France, le lobby ne désarme pas et compte bien poursuivre dans cette voie dangereuse et coûteuse au lieu de changer de politique énergétique.
Pour que Fukushima ne subisse pas le même traitement de mensonges et d'omerta que Tchernobyl, pour arrêter la poursuite insensée et irresponsable de la politique nucléaire, pour que la France rejoigne les pays qui ont su y renoncer, venez manifester nombreux à l’appel du réseau « Sortir du nucléaire » le samedi 11 juin à Paris. Rendez-vous à 14 h 30 place de la République à Paris. Résistons au lobby du nucléaire !
(communiqué de SDN 27)

 

Les Français majoritairement favorables à une sortie progressive du nucléaire

Selon un sondage de l'Ifop publié dans le Journal du dimanche daté du 5 juin, plus de six Français sur dix (62 %) expriment leur préférence pour un arrêt progressif "sur 25 ou 30 ans" du programme nucléaire hexagonal et de ses centrales. Selon cette enquête, 15 % se prononcent pour un arrêt rapide du programme nucléaire français et 22 % sont au contraire favorables à sa poursuite et à la construction de nouvelles centrales. Une majorité de sondés, 55 %, ne ressent pas d'inquiétude à l'égard des centrales nucléaires françaises, contre 45 % qui se disent préoccupés. Ce sondage a été réalisé après la décision de l'Allemagne d'abandonner l'énergie nucléaire dès 2022.

Je me méfie des sondages comme j'ai une peur bleue des referendums. Les résultats des sondages dépendent souvent des questions posées, du contexte émotionnel dans lequel ils sont réalisés et des marges d'erreur des différents instituts ainsi que des redressements opérés. Quant au referendum, il s'agit d'un exercice antidémocratique de fausse démocratie directe. Chacun sait qu'on ne répond pas à la question mais à celui ou celle qui la pose et je n'en finis pas de regretter d'avoir dit NON au général de Gaulle quand il voulait supprimer le sénat où la représentation des ruraux domine celle des urbains depuis des décennies et fausse la démocratie puisque cette assemblée vote aussi la loi !

Revenons au sondage sur le nucléaire. Evidemment, la catastrophe de Fukushima succédant à celle de Tchernobyl nous incite, tous et toutes, à regarder le problème du nucléaire avec plus d'attention et une prudence de siou. Un ami me disait, récemment, qu'avec le principe de précaution, il n'y aurait ni voiture ni avion puisqu'on déplore des accidents. Le nucléaire soulève bien des questions : environnementales, économiques, scientifiques…et sécuritaires. Le drame de Fukushima démontre que les experts les plus avertis n'avaient pris en compte la possibilité d'un tsunami exceptionnel. Par définition, l'exceptionnel surprend et nous incite donc à beaucoup de modestie.

Le sondage du journal du Dimanche indique que les Français(e)s sont conscients des difficultés et de l'incertitude liée à une technologie dont tout démontre qu'on ne la maîtrise pas totalement. Ils savent que l'Etat, EDF, Areva, ont partie liée pour défendre un choix opéré dans les années soixante et répondant à une logique centralisatrice bien en osmose avec la pensée gaulliste dominante à l'époque. Finalement, les centrales nucléaires sont la conséquence logique de la dissuasion nucléaire. On utilise le même argument : l'indépendance ! Celle de la nation et celle des énergies. Le monde globalisé dans lequel nous évoluons doit tout de même nous inciter à réviser notre manière de voir le monde et d'assumer une responsabilité collective plus large que celle du seul hexagone. Je l'avoue, ce sondage dominical me fait plaisir.

« Dans “capitalisme vert”, le problème, ce n’est pas le mot vert ! »


© Pascal Rossignol / Reuters et Mousse/Abaca / Montage Le Point.fr

Décidément, suivre aveuglément les experts en communication pour organiser la campagne d’un parti politique ou promouvoir des candidats est un exercice risqué. Europe-Écologie – Les Verts en font aujourd’hui la malheureuse expérience. En décidant de confier la candidature de leur parti à des personnalités sans grande expérience politique et sans véritable colonne vertébrale idéologique, mais médiatiquement reconnues, EELV essuie les unes après les autres diverses déconvenues.

Ce fut d’abord Eva Joly dénonçant il y a peu « l’arrogance avec laquelle les Irlandais avaient refusé de ratifier par leur vote le Traité de Lisbonne en 2008 ». En inscrivant le credo du néolibéralisme dans ce qui n’est ni plus ni moins que la copie conforme du Traité constitutionnel européen de 2005, le Traité de Lisbonne interdit tout interventionnisme des États dans la sphère économique, au nom de la sacro-sainte concurrence libre et non faussée. Or, la conversion de l’économie pour la rendre compatible avec les objectifs relatifs au réchauffement climatique ne peut être mise en œuvre sans une politique volontariste des États, interdite par le Traité de Lisbonne. Il ne peut exister de « capitalisme vert » comme voudrait nous le faire croire Daniel Cohn-Bendit.

Ce fut ensuite au cours de la première journée du congrès de La Rochelle Nicolas Hulot qui a semé le trouble en avouant publiquement avoir récemment envisagé un « tandem » avec Jean-Louis Borloo. On sait à présent qui est Borloo et où il se situe politiquement. Ces deux déclarations, venant de personnalités qui chacune dans leur domaine de compétence, ont acquis une notoriété incontestable, sont pourtant porteuses de la négation de ce que fut l’idée fondatrice des Verts : l’écologie politique.

Eva Joly comme Nicolas Hulot n’ont toujours pas compris qu’il n’est pas possible de négocier avec l’oligarchie qui dirige le monde : les forces économiques d’une poignée de sociétés transcontinentales et le capitalisme financier qui poursuivent un seul but : croître et s’enrichir le plus possible et le plus rapidement possible, au bénéfice de quelques uns et au détriment du plus grand nombre. Ces belles personnes n’ont évidemment, quoiqu’elles puissent en dire, aucun égard pour notre planète. Croire, comme on l’a fait en France avec le grotesque « Grenelle de l’Environnement », qu’il suffit de faire asseoir ensemble autour d’une table ces personnes ou ces groupes aux intérêts antagonistes pour que, par la magie de la seule discussion aboutissant au consensus, tous les problèmes soient résolus, tient d’une naïveté affligeante. La planification écologique, qui est un des axes majeurs de réflexion du Parti de Gauche depuis sa création ne pourrait se faire sans contrevenir à certaines des dispositions du Traité de Lisbonne et donc sans affronter le capitalisme qui en est l’inspirateur.

Seul compte en la matière le rapport des forces en présence. La légitimité que donnerait la souveraineté du peuple exprimée par une victoire dans les urnes permettrait de commencer d’établir ce rapport de forces. Tout le reste n’est que fables et autres billevesées. La seule question qui vaut est la suivante : pour accomplir le virage écologique indispensable à la préservation de l’humanité, comment franchir le mur de l’argent qui constitue le rempart derrière lequel est installé le capitalisme ? Et comment ensuite l’affronter sans recourir à la violence ? Si l’on en croit certains économistes – Pierre Larrouturou*, expert d’EELV est de ceux-là –, le rempart ne serait plus aujourd’hui constitué de lingots d’or, mais de vulgaire papier-monnaie sans valeur aucune tant les États-Unis ont, au cours des dernières années, fait fonctionner la planche à billets. Des milliers de milliards de dollars circulent en permanence au-dessus de nos têtes qui n’ont aucune contrepartie réelle. Il se pourrait donc que ce mur de l’argent s’effondre tout seul avant longtemps. Il est malheureusement à craindre que la crise qui en résulterait, telle la vague d’un tsunami, emmènerait tout sur son passage, capitalisme vert compris.

Reynald Harlaut
Parti de Gauche, membre du Front de Gauche

* Pierre Larrouturou, « Pour éviter le krach ultime », Éditions Nova, Paris, 2011

4 juin 2011

Hulot Borloo-compatible !

Loin de moi l'idée de m'immiscer dans les débats internes d'Europe Ecologie Les verts. Mais j'en connais un qui doit bicher, comme on dit. C'est Daniel Cohn-Bendit. Il n'a pas voulu être présent au congrès de confirmation à La Rochelle, confirmation de Cécile Duflot comme secrétaire générale du mouvement. Dommage tout de même qu'il ait été absent parce qu'il aurait pu commenter l'écart de langage de Nicolas Hulot. Celui-ci, en train de faire ses gammes de candidat potentiel, s'est quelque peu égaré dans le verbe et les mots après une soirée fatigante.

Autrement dit, après un verre de Gamay (lire sur Mediapart) et une journée à se retenir, Nicolas Hulot s'est lâché et a tout de go assuré qu'il aurait bien fait un tandem avec Jean-Louis Borloo. Mais pas avec l'UMP. Ce faux pas a immédiatement été répercuté par une dépêche AFP et les Smartphones des congressistes n'ont cessé d'adresser des alertes avec les déclarations du candidat rival d'Eva Joly. Alertes considérées comme autant de signaux d'alarme.

Eva n'en demandait pas tant qui s'est immédiatement lancée dans une tirade anti-Borloo, rappelant qu'il était candidat au poste de premier ministre au moment même où Nicolas Sarkozy prononçait son discours de Grenoble. Ce fameux discours n'a-t-il pas été considéré comme une agression totale contre les étrangers devenus les boucs émissaires de la campagne électorale balbutiante ? Eva Joly n'a pas oublié non plus les dix ans de gouvernement de droite de Borloo et s'est déclarée totalement incompatible avec cet homme-là et sa politique. Du coup, ses actions remontent sérieusement et nombre de membres d'EELV se disent assurés de ne pas voter pour un candidat apprécié à droite et qui apprécie les politiques de droite.

Reynald Harlaut et moi-même avons dénoncé sur ce blog les attitudes et les positionnements de Nicolas Hulot. Chassez le naturel il revient au galop. Hulot assure qu'il va s'en passer des choses pendant l'année à venir. Il a bien raison, lui aussi peut exploser en plein envol !

Nicolas Sarkozy ne cesse de saper les libertés publiques


Nous avons vu dans notre dernier article comment Nicolas Sarkozy manœuvrait pour tenter d’obtenir que l’État (donc lui-même qui pense le représenter à lui seul) dispose de moyens pour contrôler tout ce qui circule sur la toile.

Sa volonté de remettre en question tout ce qui ressemble de près ou de loin à un contre-pouvoir n’a cessé de se manifester depuis son arrivée à l’Élysée. Le comportement cavalier qu’il a eu à de nombreuses reprises envers les assemblées parlementaires en dit long sur le mépris dans lequel il les tient et sur ce à quoi il veut les réduire.

Mais sa faculté de nuisance ne s’arrête pas là. Dans tous les domaines où le législateur a, dans sa sagesse, installé des contre-pouvoirs pour se prémunir des conséquences sur la démocratie que pourrait avoir un pouvoir devenant autoritaire, il est intervenu avec plus ou moins de succès pour en réduire le champ d’application et l’indépendance.

C’est dans le domaine de la justice qu’il a semble t-il rencontré le plus de difficultés. Si la loi sur la carte judiciaire qui a abouti à la fermeture de nombreux tribunaux d’instance a pu être mise en application, en revanche il a dû renoncer à obtenir la dépénalisation du droit des affaires que lui réclamaient ses amis du Fouquet’s et à mettre en place la réforme visant à supprimer le juge d’instruction.

Dans le domaine de l’information, la loi qui lui permet à présent de nommer les présidents de l’audiovisuel public constitue une formidable régression, même si le système précédent n’assurait pas leur totale indépendance.

Son plus récent forfait est la réunion au sein d’une même entité des autorités administratives indépendantes qu’étaient la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’Égalité), la Commission nationale de déontologie de la sécurité, le Médiateur de la République et le Défenseur des enfants. D’abord, parce qu’elles n’avaient pas démérité et largement démontré leur utilité. Ensuite, parce que les personnalités qui étaient à la tête de ces autorités étaient pleinement occupées par leurs responsabilités et qu’on voit mal comment une seule personne à la tête des quatre pourrait être davantage efficace. Enfin, parce que profitant de ce regroupement, la loi prévoit désormais que c’est le président de la République en personne qui en nomme le président. C’est donc la fin de leur indépendance, laquelle permettait dans un certain nombre de cas, de dénoncer les effets pervers de politiques aujourd’hui menées, comme par exemple celle qui concerne les étrangers.

Le Front de Gauche dénonce cette nouvelle atteinte aux libertés publiques. De nombreuses associations s’en inquiètent : la Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International pour ne citer qu’elles. Mais dans l’état de confusion mentale qui règne actuellement, largement entretenu par les médias, sur les affaires ayant trait à la vie privée de la classe politique, visant à ce qu’après le « tous pourris », succède à présent le « tous pervers » ainsi que le souligne Jean-Luc Mélenchon dans son dernier billet sur son blog, elle passe quasiment inaperçue. Et si ce n’est le but recherché, cela y ressemble étrangement.

Reynald Harlaut
Parti de Gauche, membre du Front de Gauche

3 juin 2011

La vidéosurveillance passée au crible des scientifiques : inutile et au coût exorbitant !


 Je publie une tribune parue dans le journal Le Monde il y a quelques jours. Le texte est édifiant et réduit à néant les discours sécuritaires des ministres de l'intérieur et du maire de Louviers. Je vous en fais juge.

« Après Paris, c'est Marseille, deuxième plus grande ville de France, qui a annoncé son plan "1 000 caméras". La question est à l'ordre du jour du conseil municipal extraordinaire qui a lieu le 30 mai dans la cité phocéenne. De fait, les municipalités de toute taille, de la grande métropole jusqu'au village de zone rurale, sont de plus en plus nombreuses à s'équiper en vidéosurveillance. Elles répondent en cela à une "priorité" de la politique de sécurité depuis 2007. Et pourtant, l'efficacité de cette technologie est tout sauf démontrée du point de vue scientifique.
Rappelons d'abord que la vidéosurveillance est utile à bien des choses : pour surveiller des entrepôts, des dépôts et des parkings, afin de lutter contre le vol de matériel. Les banques l'utilisent pour filtrer les entrées et sorties et réduire les risques de braquage. Des magasins s'en servent contre le vol à l'étalage. Les casinos pour repérer les tricheurs.
La vidéosurveillance contribue aussi à la sécurité publique. On l'utilise pour surveiller le trafic autoroutier, et prévenir les accidents dans les sites industriels sensibles... Tout cela existe et fonctionne plus ou moins bien depuis longtemps. La vidéosurveillance est en effet utilisée dans des buts précis, afin de gérer des risques concrets bien identifiés.
Mais ce que l'Etat appelle désormais "vidéoprotection" et qu'il tente de généraliser à toutes les collectivités territoriales (et aux bailleurs sociaux) par une pression politique et une incitation financière, c'est autre chose. Il s'agit ici de déployer des caméras dans l'espace public, dans les rues de nos villes et de nos villages, pour y surveiller tout en général et rien en particulier, en affirmant que cela aura des effets à la fois préventifs et répressifs permettant de diminuer la délinquance.
Or, les évaluations scientifiques contredisent cette affirmation, remettant ainsi en question la bonne gestion de cet argent public. Précisons d'abord que, par définition, l'évaluation scientifique ne peut être menée que par des chercheurs indépendants du pouvoir politique et des entreprises privées commercialisant cette technologie. L'éthique scientifique ne tolère pas le conflit d'intérêts.
Ensuite, l'évaluation scientifique ne se situe pas sur le terrain philosophique mais sur celui des faits. Elle cherche en l'espèce à répondre aux questions suivantes : la vidéoprotection est-elle une technique efficace de lutte contre la délinquance ? Est-elle un investissement rationnel au regard de l'évaluation d'autres outils de prévention et de répression ? Enfin, une évaluation scientifique repose sur des études de terrain, des observations longues et répétées de fonctionnements ordinaires des dispositifs, des comptages et des calculs précis, des comparaisons rigoureuses et une connaissance de la littérature scientifique internationale.
Tout cela se distingue des arguments des promoteurs politiques et financiers du système, qui utilisent des exemples spectaculaires mais isolés, des faits divers réels mais décontextualisés, des arguments d'autorité au lieu de démonstrations vérifiables et des calculs budgétaires qui "oublient" de compter le coût salarial. Pour toutes ces raisons, beaucoup d'élus et de citoyens seront sans doute surpris d'apprendre que, premièrement, la vidéoprotection n'a qu'un impact marginal sur la délinquance ; deuxièmement, qu'augmenter cet impact supposerait des moyens policiers supplémentaires alors qu'ils se réduisent ; troisièmement, que le coût réel du système "assèche" tellement les budgets de prévention de la délinquance que l'on doit conclure à un usage très contestable de l'argent public. Développons un peu.
1. La vidéoprotection ne surveille par définition que l'espace public et elle est installée dans les centres-villes. Elle n'a donc aucun impact sur les violences physiques et sexuelles les plus graves et les plus répétées qui surviennent dans la sphère privée. Elle n'en a pas davantage sur les atteintes aux personnes, moins sérieuses, survenant sur la voie publique et qui relèvent le plus souvent d'actes impulsifs (bagarres, rixes entre automobilistes, querelles de sortie de bar, etc.).
Elle n'a ensuite qu'un impact dissuasif marginal sur des infractions fréquentes comme les vols de voiture, les cambriolages de résidences principales ou secondaires, et même sur toute la petite délinquance de voie publique des centres-villes où elle est installée. En réalité, la vidéo permet surtout de repérer et d'identifier a posteriori les auteurs de rixes et d'attroupements sur la voie publique, de dégradations de biens publics ou privés sur la voie publique, enfin, et plus rarement, de vols avec violence, de vols à l'étalage, de braquages de commerces ou encore de petits trafics de stupéfiants.
Tout cela à condition que les caméras soient positionnées sur les lieux de ces délits au bon moment, ce qui est loin d'être le cas, puisque la plupart des caméras effectuent des "parcours" prédéfinis laissant des zones sans surveillance pendant plusieurs minutes.
En définitive, l'impact en termes de détection d'infractions autres que routières se situe entre 1 % et 2 % du total des infractions sur la voie publique traitées en une année par les services de police ou de gendarmerie sur le territoire de la municipalité concernée.
Enfin, l'aspect judiciaire n'est guère plus probant. Les réquisitions d'images à des fins d'enquête après des infractions sont du même niveau statistique, sans que l'on sache si ces images ont été exploitables et exploitées dans la suite des procédures judiciaires. On est donc loin, très loin, d'un système efficace de prévention de la délinquance. Ce bilan plus que médiocre conduit nombre de villes déjà équipées à mobiliser la vidéosurveillance à d'autres usages qui permettent d'en légitimer l'utilité : le contrôle de la circulation et du stationnement, la sécurisation de l'intervention des policiers, des pompiers ou des ambulanciers.
2. Il existe de nombreuses évaluations étrangères (Angleterre, Australie, Canada, Etats-Unis...), qui montrent que, dans de rares cas, l'impact de la vidéosurveillance peut être plus important. Quel est le facteur-clé ? Contrairement au discours dominant en France, ce n'est pas l'augmentation du nombre de caméras. L'expérience londonienne (au moins 60 000 caméras, soit autant que ce qui est prévu pour la France entière) le montre. Il ne sert à rien de chercher à "saturer" l'espace et de s'émerveiller devant des murs d'écrans donnant le sentiment de voir et de contrôler toute une ville au même moment.
La clé réside dans le couplage étroit de la vidéosurveillance avec les forces de police présentes dans la rue, afin d'accroître le niveau d'information des policiers, mais aussi de diminuer leur temps d'intervention.
En d'autres termes, il ne sert pas à grand-chose de repérer plus vite un problème si la police n'intervient pas plus vite. Dès lors, la situation française apparaît dans tout son paradoxe, pour ne pas dire dans son absurdité puisque la vidéoprotection est promue par les pouvoirs publics comme un substitut et une contrepartie à la réduction des effectifs policiers.
3. Il est sans doute inévitable que des entreprises à but lucratif cherchent à vendre leurs produits à tout prix, en les présentant comme dotés de facultés qu'ils n'ont qu'en partie et en dissimulant les coûts réels pour l'utilisateur. Cela se constate dans tous les domaines, et le marché privé de la sécurité n'échappe pas à la règle.
Il est en revanche plus étonnant que l'Etat participe à ce marketing par l'intermédiaire des préfets, ainsi que de fonctionnaires de police et de gendarmerie chargés de relayer sur le terrain le "plan de vente" des entreprises privées. En effet, les caméras perdent toute efficacité préventive lorsqu'elles ne sont reliées à aucun système de visionnage en temps réel et qu'une municipalité ou un bailleur ne peut donc qu'espérer, par exemple, récupérer le matin une image exploitable d'une infraction commise la veille.
Et que l'on ne dise pas que le raccordement des caméras aux postes de police ou de gendarmerie résoudra le problème puisque, encore une fois, cela s'effectue conjointement à la réduction du nombre de ces fonctionnaires et donc de leur disponibilité pour des missions nouvelles. En réalité, pour avoir des chances de donner des résultats, le système de caméras doit être relié à un centre de supervision dans lequel des opérateurs visionnent les images 24 heures sur 24 et 365 jours sur 365.
De plus, ces opérateurs doivent être assez nombreux pour limiter le nombre d'écrans à visionner faute de quoi, au bout de quelques minutes, les observations montrent qu'ils ne voient plus rien. Ainsi, l'on est en train de rompre l'égalité de traitement du service public et de compromettre toute politique globale et intégrée de prévention de la délinquance, au profit d'un mirage technologique que seules les communes les plus riches pourront s'offrir pour des profits qui s'estimeront davantage en termes de visibilité politique et de sentiment d'insécurité que de lutte efficace contre la délinquance. S'agit-il en tout cela d'une politique rationnelle, efficace et bonne gestionnaire des deniers publics ? Il est permis d'en douter.

Eric Heilmann est professeur à l'université de Bourgogne ;
Tanguy Le Goff est chercheur à l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-France ;
Laurent Mucchielli est directeur de recherches au CNRS.

2 juin 2011

Les aides de Véolia aux amis du Marité ou « le système de dette »

Ouverture du colloque au CESE sur la gouvernance de l'eau (ph JCH)
J'ai reçu plusieurs mails et d'appels téléphoniques suite à la publication du dernier article consacré à l'attribution d'une somme de 20 000 euros par la fondation Véolia aux « Amis du Marité ». Cette aide mérite qu'on s'y arrête et qu'on en analyse toutes les conséquences.

Les fondations ou les fonds de dotation ont ceci de remarquable qu'ils bénéficient, dans certaines conditions, de remises d'impôts pouvant aller jusqu'à 66 % des sommes versées. Toutes les multinationales (entreprises, banques, holdings) ont donc créé une fondation leur permettant de pratiquer des « gestes » financiers pas toujours désintéressés.

La fondation Véolia a déjà, par le passé, apporté son aide financière à l'association que préside Hubert Zoutu, maire de Heudebouville, en soutien au village béninois de Bohicon. Hubert Zoutu, maire et délégué de sa commune à la CASE, est, quelque part, obligé d'être moralement compréhensif à l'égard d'une société qui accorde 80 000 euros à son association.

Il en va de même pour Franck Martin, président du conseil d'agglomération Seine-Eure, acharné défenseur de Véolia, société qui, on le sait, s'est vu attribuer l'ensemble des délégations de services publics que sont l'eau, l'assainissement, le ramassage et l'élimination des déchets, les transports scolaires et urbains. Sans oublier la centrale de chauffe attribuée à Dalkia, nom d'une filiale de Véolia. Franck Martin, président du groupement chargé de la construction du nouveau Marité (compte tenu de l'état du bateau, on ne peut parler de restauration) tire toutes les sonnettes pour financer les centaines de milliers d'euros nécessaires à cette construction. Véolia a compris tout l'intérêt qu'il y aurait à apporter sa contribution au Marité sous une forme légale correspondant aux nouveaux besoins du navire.

Mais les responsables de Véolia ne sont pas des philantropes. Ils savent bien qu'en accordant des aides financières à qui que ce soit, ils s'en font des obligés qui entrent dans ce qu'appellent les psychanalystes « un système de dette » et qu'il faudra bien, un jour ou l'autre, renvoyer l'ascenseur. J'ai le souvenir que dans un autre temps, Franck Martin avait menacé le PS de rompre un accord électoral quand il apprit que la Générale des eaux (ancien nom de Véolia) finançait la campagne électorale municipale à une époque où ces dons d'entreprises étaient interdits. Il y a aujourd'hui prescription mais on savait que tôt ou tard, la Générale des eaux saurait se rappeler au souvenir des élus. D'ailleurs Odile Proust s'en trouva fort aise puisqu'elle bénéficia d'un droit d'entrée copieux lui permettant de financer en partie la Médiathèque Boris Vian.

De ces quelques lignes, il ressort que notre combat contre la multinationale est difficile. Nous savons pourtant qu'il existe un nombre sensible d'élus, conscients du système pervers qui régit les rapports entre la CASE et Véolia, mais ils n'osent pas se lancer dans ce qui serait une honorable défense des intérêts des usagers. L'association pour la protection et l'amélioration de l'environnement que je préside, s'est fixé pour objectif de faire prendre conscience aux élus de la CASE et aux citoyens de la nécessité de revenir, en février 2015, en régie publique. Jean-Luc Touly et Anne le Strat (présidente de Eau de Paris) sont venus à Val-de-Reuil et Louviers, expliquer ce choix de bon sens.

Le vendredi 10 juin, à 20 heures, au cinéma les Arcades de Val-de-Reuil, nous projetterons « Water Makes Money » un film qui explique par le menu les agissements des multinationales de l'eau. Cette projection sera suivi d'un débat. Je vous invite vivement à y participer ou à y assister.

1 juin 2011

20 000 euros de la fondation Véolia pour le Marité !


En cherchant sur la toile à Marité, on trouve les deux articles suivants. Je ne résiste pas au plaisir de les publier. Laurence Martin ou Martin Laurence qui n'est pas une marraine mais un parrain puisqu'il est le directeur de l'agence de Louviers de Véolia eau a dû envoyer une lettre de félicitations au président de l'agglomération Seine-Eure lequel a dû lui adresser une lettre de remerciements. S'ils me les confient, je me ferai un plaisir de les rendre publiques.

Un trois-mâts patrimonial, écologique et social.
Après avoir œuvré à son retour en France, l'Association des amis du Marité remet en état le dernier terre-neuvier français pour qu'il serve à l'action sociale de collectivités normandes rassemblées dans un Groupement d'intérêt public. L'Association des amis du Marité a été créée en 2002 et s'appelait à l'époque « Association pour le retour du Marité en Normandie ». Le dernier terre-neuvier français (nom donné aux bateaux équipés pour pêcher la morue sur les grands bancs de Terre-Neuve) était en vente en Suède. Sous l'impulsion de Gérard d'Aboville, l'association a milité activement pour son retour en France, mobilisant plusieurs centaines de bénévoles et donateurs afin de financer le rachat de ce grand trois-mâts vieux de cinq siècles, ainsi que des collectivités locales normandes, qui ont constitué un Groupement d'Intérêt Public (GIP) dans lequel siège l'association.
Fiche signalétique
Identité : Association des amis du Marité
Lieu : Manche - France
Marraine : Laurence Martin, Veolia Eau
Dotation : 20 000 euros
Comité du 5 avril 2011

Une remise en état solidaire et écologique
L'Association des amis du Marité, en sommeil depuis quelques années, est aujourd'hui mandatée par le GIP Marité pour intégrer une dimension écologique à sa remise en état.
Entre 2008 et 2010, la coque du voilier a été totalement remise en état par le Chantier naval Bernard de Saint Vaast la Hougue (Manche) qui a utilisé des bois certifiés. Le gréement, la timonerie, la propulsion, la gestion des fluides, le circuit d'adduction d'eau et de traitement des eaux usées font partie de la seconde phase des travaux (2010/2011). Le GIP donne une dimension éducative et sociale au chantier : des élèves d'un lycée professionnel, des publics en difficulté, chômeurs de longue durée, RMIstes ou encore jeunes en réinsertion sont associés aux travaux. Une convention signée avec le ministère de la Justice a ainsi permis de faire intervenir une cinquantaine de jeunes engagés dans des mesures de réparation pénale suite à des délits mineurs. De plus, Voiles Écarlates qui organise des stages d'initiation à la mer et de réinsertion pour les jeunes en difficulté dans le cadre de la réparation pénale, s'est associé au Centre de formation professionnelle pour chômeurs de longue durée de Cherbourg pour intervenir également sur le chantier pendant six mois en 2008. Enfin, le GIP intègre, dans son projet d'exploitation du navire, l'organisation d'embarquements au profit de publics spécifiques (scolaires, séniors, personnes en situation de handicap ou de difficultés sociales...)
La rénovation consiste à effectuer les travaux de remise en état en conservant au voilier son aspect tel qu'il était en 1923, tout en le dotant des équipements les plus modernes et, surtout, écologiques. L'Association des amis du Marité a ainsi sollicité la fondation Veolia Environnement pour la mise en place du système de traitement des eaux usées du navire. De tels équipements permettant au Marité de mériter son titre de bateau d'exception attribué par le Grenelle de la mer.

Le Marité refait surface dans la presse locale

Les journaux locaux viennent de consacrer plusieurs articles au Marité, le beau bateau dont Franck Martin est tombé amoureux. On lit sur le site du Marité les phrases suivantes quelque peu datées, je vous l'accorde : « Après l’annonce du Conseil général de l’Eure, de la ville de Rouen et de la ville de Fécamp de se retirer du Groupement d’intérêt public propriétaire du navire, la présidence du GIP est désormais assurée par Franck Martin, président du Conseil d’Agglomération Seine-Eure et ardent défenseur du projet. Le premier objectif est de trouver les fonds nécessaires à la mise en flottaison de la coque. Les centaines de témoignages d’encouragement laissés par les visiteurs sur le livre d’or confortent les collectivités dans leur volonté de sauver ce patrimoine unique. »

Si je lis bien, le conseil général de l'Eure, les villes de Rouen et de Fécamp dont les exécutifs ne sont pas présidés par des imbéciles ont décidé de stopper la machine infernale consistant à refaire de la cale au sommet des mats un bateau dont tout indique qu'il est très fatigué. Franck Martin, grand marin à la voile devant l'éternel, éditeur malouin de livres consacrés à la mer (dont celui relatant l'aventure historique du trois mâts), maire de Louviers sur-Eure et président de l'agglomération Seine-Eure nage autour du Marité comme un poisson dans l'eau. Mais la Manche n'est pas seulement une partie de l'Atlantique. Elle est aussi au bout du bras quand il faut quémander les subventions, les aides, les dons et les legs pour éviter au Marité une « infortune de mer » si vous me permettez l'expression. Il ne s'agit plus de sauver le soldat Cléret mais une ruine coûteuse que tous les bons prétextes évidemment sociaux ne permettront jamais de justifier. Les millions d'euros d'argent public ou privé sont des millions d'euros mal placés quand ils le sont dans une entreprise qui n'a rien à voir avec notre région immédiate.
Si des ports français — Cherbourg par exemple — le ministère de la mer, des marins fortunés ou mécènes ou le conseil régional de Basse-Normandie veulent sauver le Marité, grand bien leur fasse. Qu'avons nous à voir à Louviers avec ce trois mâts, «patrimoine unique» ainsi qu'il est écrit plus haut ? Quels sont les liens de Louviers et de l'agglo Seine-Eure avec la marine à voile ? Quel élu osera dénoncer cet usage injustifié des fonds publics locaux ? Qui ? Quand ?

Le maire de Louviers s'est fait une spécialité de faire du neuf avec du vieux. Du Marité d'origine, il ne restera pas grand-chose sauf le nom. Si la Villa Calderon est un songe, le Marité un rêve, les obsessions du maire lovérien deviennent cauchemardesques. A quand la prochaine ?