8 février 2019

Quelques réflexions au débotté : le groupe Hermès à Louviers, FX Priollaud candidat aux Européennes ? Plenel met Cohen KO. Di Maio est comme chez lui parmi les gilets jaunes

Le groupe Hermès fait le buzz à Louviers
L’annonce du groupe Hermès fait le buzz. En rendant publique son intention d’ouvrir une nouvelle usine à Louviers, le groupe de luxe apporte manifestement de l’eau au moulin des dirigeants de la Communauté d’agglomération lesquels assurent que le développement économique demeure la priorité de leurs actions.
Hermès est déjà présent sur notre territoire avec deux usines au Vaudreuil (parfums) et à Val-de-Reuil (petite maroquinerie). La nouvelle usine de production de produits de luxe haut de gamme prendra place dans le hub situé sur la zone industrielle de Louviers-La Fringale. Le Hub, pour ceux et celles qui l’ignoreraient, comprend des bâtiments de l’ancienne usine Cinram, usine Philips à l’origine en 1957. L’agglomération ayant eu la bonne idée de maîtriser le foncier, a donc les moyens d’offrir au groupe Hermès, des locaux construits et immédiatement disponibles. Les mois qui viennent nous permettront de mieux connaître le contenu de la future usine dont l’ouverture est prévue en 2021. Ce laps de temps devrait aussi offrir de l’emploi à des gens formés par Hermès aux métiers de la maroquinerie et choisis selon des critères alliant l’intelligence du geste et l’amour du travail bien fait. Si Bernard Leroy, président de Seine-Eure, parvient à concrétiser ses espoirs, on pourrait enfin se satisfaire d’un lien profond entre les emplois salariés et les domiciles des futurs artisans du cuir actuellement majoritairement situés hors du territoire local.

FX Priollaud candidat aux Européennes ?
FX Priollaud, maire de Louviers. ©JCH
Je participais ce matin à une conversation non destinée à être rendue publique. Je n’en livrerai donc pas les détails. Le thème en était « les élections européennes et l’avenir du maire de Louviers, François-Xavier Priollaud. » Mes interlocuteurs savent l’attachement du maire (Modem) à la construction européenne. N’est-il pas le vice-président régional chargé des liens entre la Normandie et Bruxelles ? Il est donc facile d’ébaucher des plans de carrière politique au bénéfice du premier magistrat lovérien. S’il est candidat aux Européennes sur la liste commune Modem-LREM, sera-t-il en position éligible ? Sera-ce une candidature de témoignage lui permettant de conserver son poste de maire de Louviers ?
En vérité le premier magistrat de notre ville n’a jamais manifesté publiquement l’intention de siéger à Strasbourg. Personnellement, je le vois mal parvenir à mener de front ses responsabilités régionales et locales avec celles d’un mandat de parlementaire européen. A un an et quelques mois des élections municipales, il courrait un risque important en cas d’échec. Mieux vaut tenir que courir.


Face à face Plenel-Cohen
Le face à face récent entre Edwy Plenel, directeur du site Mediapart, et Patrick Cohen, journaliste sur la 5 (notamment dans C à vous) illustre une fois de plus la nécessité de défendre la liberté de la presse et ce qui va avec : la protection des sources. Patrick Cohen a jugé inconvenant que Mediapart rendent publics les échanges entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, les héros malgré eux d’une affaire protéiforme bizarroïde, sous prétexte qu’il s’agissait d’une rencontre privée entre deux personnes ignorant, bien sûr, qu’elle étaient écoutées pendant leur dialogue.
La théorie — que je soutiens — d’Edwy Plenel est l’exact contraire de cette prise de position. Un journaliste digne de ce nom, s’il n’a pas acquis les écoutes de manière mercantile ou frauduleuse ou par des moyens déloyaux, se doit de publier tous les éléments d’une affaire d’intérêt public. Personne n’affirmera que les agissements de M. Benalla, si proche du président et du pouvoir exécutif, ne sont pas d’intérêt public. Plusieurs informations ont été ouvertes notamment par le parquet financier afin de connaître les rapports (contractuels ?) entre un oligarque russe et le couple Benalla-Crase, du nom de l’ancien gendarme originaire de Louviers, d’ailleurs. L’obstination de Patrick Cohen était pathétique tandis que la colère d’Edwy Plenel s’exprimait de manière fort construite et implacable. Plenel a de nombreux détracteurs dont François Loncle, ancien député, qui me rappelle sans cesse le rôle qu’il aurait joué dans le suicide de Pierre Berégovoye. L’ancien Premier ministre, fort déprimé, n’avait peut-être pas besoin d’un article au vitriol pour attenter à sa vie. Qui sait ?

Les dirigeants italiens devraient rester chez eux
Le rappel de l’ambassadeur de France à Rome pour « consultations » intervient après une série d’incidents entre la France et l’Italie. Depuis l’arrivée au pouvoir de Salvini et Di Maio (extrême droite et anti-partis) leurs critiques acerbes pleuvent sur la France de Macron comme à Gravelotte. Les Italiens n’apprécient pas le rachat de quelques fleurons de la botte par des sociétés françaises, ils veulent remettre en cause des projets communs et anciens tel que la liaison Lyon-Turin par exemple et surtout la visite de Di Maio aux gilets jaunes (1) sur le territoire français donc, a été la goutte faisant déborder le vase.
Di Maio assure qu’il est venu en France au nom du mouvement cinq étoiles et pas comme ministre. Difficile à admettre quand on est membre d’un gouvernement et quand Salvini appelle publiquement les Français à battre Macron ! L’Italie est un pays que j’adore. Tout comme j’aime les Italiens. Je déteste les dirigeants de cette grande démocratie. Ils sont de nombreux défauts : nationalistes, xénophobes…et populistes dans le pire sens du mot. Ils ont gagné les élections. Soit. Souhaitons que ce qu’une élection a fait, une autre pourra le défaire.

(1) Ingrid Levavasseur, tête de la liste RIC, était absente car en désaccord avec Chalançon, le gilet jaune qui avait fait appel au général de Villiers pour résoudre la crise ! Il a accueilli Di Maio !

5 février 2019

Mediapart dérange. Pour des journalistes dignes de ce nom la protection des sources est un devoir sacré


Le site d’information Mediapart dérange. Il a, au cours de ces dernières années, donné du fil à retordre à bien des politiques. De l’affaire Cahuzac à l’affaire Bettencourt, de l’affaire Sarkozy-Libye aux frasques de Claude Guéant, les journalistes de Mediapart n’ont pas chômé. Le pouvoir — tous les pouvoirs — craignent ces journalistes d’investigation, enquêteurs jamais à court d’idées et d’informations.

En publiant, il y a quelques jours, des enregistrements de conversations privées entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, « au nom de l’intérêt public », le site Mediapart s’est attiré de très élogieux commentaires et de vives critiques. Au nom de quoi, en effet, des journalistes se permettent-ils de rendre publiques des paroles saisies on ne sait ni comment ni par qui ni pourquoi. Et dans un cadre totalement privé. Edwy Plenel, directeur de Mediapart répond : « Quand ces enregistrements permettent aux citoyens de connaître les tenants et les aboutissants d’une affaire d’intérêt général, les journalistes ont le devoir de les faire connaître. » Il s’appuie d’ailleurs sur le jugement d’un tribunal qui dans l’affaire des écoutes du majordome de Liliane Bettencourt avait déclaré Mediapart exempt de toute peine au nom de la légitimité de l’information et  de l’intérêt général.

Alors, on comprend d’autant moins les raisons qui ont amené deux procureurs et des policiers à vouloir perquisitionner les bureaux de Mediapart, hier et on comprend mieux pourquoi Fabrice Arfi, directeur adjoint, a refusé cette perquisition. Qui sait si le juge de la détention et des libertés autorisera dans les jours qui viennent une perquisition coercitive, cette fois ?

Ce qui est en jeu est fort simple. Contraindre un journaliste à divulguer ses sources est impensable. Que serait un journalisme d’investigation sans sources fiables et sûres ? Tenter de les identifier par des manœuvres judiciaires même légales, est immoral. Un seul cas justifierait une plainte : si les journalistes avaient eux-mêmes procédé aux enregistrements des conversations par des moyens techniques illégaux ? On n’en est pas encore là.

4 février 2019

Le député Pierre-Henri Dumont (LR) demande l'élimination physique des djihadistes français


Le député LR Pierre-Henri Dumont. (capture d'écran).
Je me demande, parfois, comment des parlementaires ont pu être désignés par le suffrage universel pour représenter les citoyens. Il faut croire que le vote, s’il est évidemment l’expression d’une démocratie n’en est heureusement pas le seul élément. Interrogé sur LCP, le député LR du Pas-de-Calais, Pierre-Henri Dumont, a déclaré: "Il y a un choix juridique d'intelligence avec l'ennemi, en leur retirant la nationalité française. Il y a un autre choix, l'élimination de ces personnes". De qui parle l’honorable (!) parlementaire républicain qui plus est ?

Il évoque le sort qu’il réserverait aux djihadistes, citoyens français, hommes ou femmes ( ?) s’ils devaient revenir sur notre sol ! Ce député semble ignorer plusieurs éléments pourtant fondamentaux. Primo, la peine de mort a été supprimée en France est c’est tant mieux. Les nations civilisées se distinguent des barbares sur ce point. Secundo, la France est un état de droit avec une justice indépendante. Elle existe pour juger les crimes et délits commis sur le sol français ou ailleurs. Une avocate parisienne expliquait très bien hier soir, sur la 5, que les Français et Françaises ayant rejoint la Syrie ou l’Irak pour combattre les mécréants (que nous sommes) et qui sont actuellement dans les mains des Kurdes syriens ne peuvent être jugés puisque l’Etat kurde n’a aucune existence légale et donc pas de justice indépendante. Tertio, il est impossible de déchoir de leur nationalité — et donc de les rendre apatrides — des Français disposant d’un passeport national. François Hollande, en voulant remettre en cause ce principe « totem » de la gauche a perdu la confiance de centaines de milliers de Français écœurés et dépités.

N’en déplaise à ce monsieur Dumont qui, pour avoir une tête de premier de la classe sue quand même la haine et la vengeance, il est évident qu’il est du devoir du gouvernement d’accueillir sur notre sol les djihadistes de nationalité française qu’ils soient adultes ou enfants. Que ceux-ci doivent être jugés pour terrorisme et bénéficier de tous les droits : avocats, témoins, preuves, qu’un mis en examen possède. La justice doit évidemment passer et condamner sévèrement les auteurs reconnus coupables de ces faits gravissimes. Dans une démocratie la loi du talion n’est pas une loi codifiée. Qu’un député (élu de la nation donc) suggère d’éliminer physiquement des gens qui ont pris (ou non) les armes contre leur pays est tout simplement effarant.

3 février 2019

Quand Maupassant nous est conté par Gérard Gengembre et la société d'études diverses de Louviers


Gérard Gengembre.©JCH
En écoutant Gérard Gengembre (1) parler de Maupassant, « écrivain normand », il vaut mieux être riche, en bonne santé et ne pas craindre l’avenir. La vision du monde du grand écrivain dont le talent littéraire et stylistique est incomparable, est celle d’un misanthrope profondément pessimiste sur la nature humaine et tout simplement déterministe. Il est où le bonheur ? Elle est où la tendresse ? Il est où l’amour ? Pour Maupassant tout ne serait que vacuité.

L’homme donc est mauvais. Il est souvent stupide, roublard, radin, particulièrement quand il s’agit d’un paysan normand, mais on aurait tort de régionaliser les ressentiments de Maupassant à l’égard des habitants de sa province. Car ces ressentiments il les généralise à tous les hommes. En tous temps et en tous lieux. L’écrivain célébrissime, dans ses chroniques, nouvelles, romans, au-delà des descriptions picturales avec mer et soleil où il décrit une certaine beauté, juge avec un mépris certain le monde des humains qu’au fond de lui-même il déteste. Peut-être les enfants et les prostituées (qu’il fréquenta assidument…et attrapa même la syphilis) trouvent-ils auprès de lui quelques qualités.

L’optimiste avec Eros, le pessimiste avec Thanatos ? Ce serait une vision trop binaire. Maupassant, « élève » de Flaubert, est plus subtil, plus fin. Qu’importe, le message qu’il veut faire passer est celui d’une existence déprimante à l’heure où la psychologie n’en était qu’à ses balbutiements. Il est vrai qu’être atteint d’une MST à 27 ans ne peut que vous pourrir la vie. Il en mourra d’ailleurs à 43 ans après avoir vécu sa dernière année dans une inconscience quasi totale.
 
Une salle comble pour écouter le conférencier. ©JCH
Si la postérité a retenu Guy de Maupassant, c’est sans doute parce que la crudité des situations, la cruauté des personnages, le souci du détail, ont dépassé le simple cadre romanesque « régional » pour atteindre à l’universalité. Naturaliste ? Interroge Gérard Gengembre ? Réaliste ? Anti-romantique ? Sans doute toute cela à la fois. Maupassant issu de la bourgeoisie n’a pas la volonté de défendre l’ordre établi ou l’ordre social. Il est le membre d’une caste intellectuelle élitiste peu sensible au malheur des ouvriers des manufactures exclus de ses récits et de ses portraits. Le monde qu’il décrit (décrypte) est celui qu’il a sous les yeux, les paysages (Etretat-Fécamp, le pays de Caux, Paris) les paysans, très majoritaires socialement, et la petite bourgeoisie dont il exècre tous les excès et la suffisance.

Le public présent dans la salle (comble) Pierre Mendès France a fait une ovation à Gérard Gengembre. Il nous avait déjà enchanté avec ses conférences sur Victor Hugo en Normandie ou encore Balzac, en grand spécialiste de la littérature du 19e siècle. Mêlant le savoir et l’humour, le conférencier ne pouvait qu’être longuement applaudi.
(1) Gérard Gengembre, professeur émérite de l’université de Caen.

2 février 2019

« Des femmes en Seine-Eure » ou quand les femmes travaillent partout et tout le temps


Lors du vernissage vendredi soir. ©JCH
François-Xavier Priollaud, maire de Louviers : un homme. Bernard Leroy, président de l’agglomération Seine-Eure : un homme. N’y avait-il donc aucune femme, adjointe, vice-présidente de l’agglomération pour prononcer le discours officiel du vernissage de l’exposition « femmes en Seine-Eure » aux 19e et 20e siècles ? Heureusement, Vanina Gasly, directrice du service des archives de l’agglomération, a guidé les visiteurs pour commenter les différents documents exposés : une femme à l’honneur, quand même.
Je lisais récemment, dans une étude parue dans le journal Le Monde que trop peu de femmes occupaient les présidences effectives des groupes du CAC 40. Il en va de même pour les assemblées élues. Même avec la parité obligatoire — excellente mesure — trop peu de femmes sont maires ou présidentes de métropoles, communautés d’agglomération, conseils départementaux…certes il faut du temps pour changer les mentalités mais comme les occasions à saisir ne sont pas si nombreuses…

Les ouvrières (et ouvriers) de l'usine Jeuffrain en grève en 1936. ©archives Jean-Charles Houel
D’où l’immense intérêt de cette exposition tenue au service des Archives de l’agglomération. Pour leur premier acte public, Vanina et Frédéric, notamment, ont tiré le maximum des documents déposés dans leur service et répertoriés dans la mesure des moyens affectés. Photographies, affiches (ah le spectacle de catch féminin de Forges-les-eaux !) documents officiels, extraits de fichiers, journaux, ne manquent pas pour rappeler combien notre région a été façonnée par les industries textiles et de la chaussure par exemple. Bernard Leroy a insisté sur les centaines d’emplois féminins occupés dans ces industries de main d’œuvre très spécialisées au cours des deux siècles précédents. Les énoueuses, épinceteuses, rentrayeuses…n'ont-elles pas donné leurs lettres de noblesse au drap de Louviers que Napoléon, empereur, appréciait au plus haut point !

On découvre aussi comment les femmes devenues mères devaient recourir à des expédients pour assumer de conserve leur profession et leur rôle de maman. Et les journées sans fin ! Une bande dessinée d’une page réalisée par Jean-Pierre Raux, (présent au vernissage 50 ans après) rappelle quelles étaient les tâches domestiques assumées très majoritairement par les femmes dans les années 60. Du matin très tôt au soir très tard, la « maîtresse » de maison était sollicitée partout et tout le temps.

Cette exposition appelée à durer quelques semaines doit être absolument visitée par les classes d’âges adaptées à la compréhension des documents proposés. Il appartient donc aux enseignant(e)s intéressé(e)s de prendre contact avec le service des archives pour programmer des visites les plus enrichissantes possibles. Évidemment, les habitants de la région (et d’ailleurs) doivent se sentir concernés par la situation des femmes, dans les usines, aux champs, à la maison…des femmes en Seine-Eure.

Service des archives de l’agglomération Seine-Eure : 11A rue Charles-Cros, 27400 Louviers
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1 février 2019

« Normandie image » fait appel à votre mémoire…filmée


FX Priollaud et Agnès Deleforge. ©Jean-Charles Houel
Dans une boite à gâteaux. Une boite à chaussures. Au fond d‘un tiroir ou d’un carton. Ils peuvent être partout. Et il n’y a rien à jeter. Ils ? Ce sont les films amateurs, familiaux, historiques, géographiques, événementiels tournés au gré des aventures d’un jour ou d’un voyage, d’un mariage ou d’un anniversaire ou pour la beauté d’un visage ou d’un paysage. Pour la mémoire collective, aucun document, aucune trace écrite, photographiée ou filmée, n’est à supprimer.
Pensons donc à cette nécessité : trouver, protéger, classer, numériser, tous ces souvenirs qui, apparemment sans importance, en auront pour les futures générations avides de mieux comprendre le passé et d’en utiliser les preuves.
 
Hier soir, au Moulin, une quarantaine de personnes, étaient présentes à l’invitation de François-Xavier Priollaud, maire et d’Agnès Deleforge, chargée de projet au sein de Normandie-images qui assure la mémoire audiovisuelle et cinématographique de notre région, et ce pour deux raisons. D’abord assister à la projection de documents filmés amateurs ayant trait à Louviers (avec Pierre Boust et la visite de Pierre Mendès France en 1954 ou la place du Parvis en 1926 due à André Noufflard) et des très courts métrages coproduits par Antoine Martin (le fils d’Ernest et Nicole) et FR3, notamment.
Le but de la soirée ? Convaincre les Lovériens et les habitants de la région de chercher et « donner » des films oubliés et conservés sans qu’on en connaisse très bien l’intérêt actuel ou futur. 

Cette « récolte » de documents animés n’est pas l’apanage de Normandie-images. D’autres régions de France ont lancé une initiative semblable et les résultats ont souvent dépassé tous les espoirs des animateurs. C’est pourquoi la date du Jeudi 28 mars (voir encadré ci-dessous) n’est en rien anodine. Elle devrait permettre de découvrir des trésors et de travailler à les sauvegarder. Alors, chers lecteurs, si vous pensez détenir des pépites ou des films ordinaires, n’hésitez pas à vous rendre au Musée où les spécialistes vous attendent pour vous expliquer les techniques de conservation et les conditions juridiques autorisant la diffusion.


28 janvier 2019

Quelques réflexions au débotté : le tir d'un flash ball ? La vitesse à 80 Km/h, la démocratie participative à Louviers, le feu à France bleu…


Jérôme Rodrigues victime d’un tir ( ?) policier 
Jérome Rodrigues, un gilet jaune proche d’Eric Drouet, classé par C Politique parmi les « énervés » a été atteint, samedi dernier, par un projectile tiré par les forces de l’ordre. Il risque de perdre un œil alors même qu’il filmait le face à face entre les manifestants et la police. Donc, il n’exerçait aucune violence ni ne créait de risque à l’égard de cette dernière. Alors, tir de LBD ? Éclat de grenade de désencerclement ? Les deux ? Une enquête a été ouverte auprès d’IGPN, la police des polices, pour connaître précisément les causes de ce tir tragique.
Jérôme Rodrigues risque donc de perdre la vue d’un œil. Il devient un mutilé de plus dans la longue cohorte des victimes de violences policières, que ces dernières soient défensives ou offensives, qu’elles soient légitimes ou excessives, tout cela importe peu. Quand j’entends certains gilets jaunes justifier leurs violences par le fameux « on ne fait pas d’omelette (comprendre la révolution) sans casser des œufs (comprendre des dégradations, vols, pillages, violences contre les flics) et quand on sent le pouvoir incapable de prendre des décisions rapides aptes à stopper le mouvement, il y a de quoi craindre pour l’avenir des uns et des autres. Un grand débat, c’est bien, des résultats immédiats, c’est mieux.

Penser globalement, agir localement
Edouard Philippe est satisfait. Et il a des raisons de l’être. Le nombre de morts et de blessés sur les routes de France a diminué sensiblement en 2018 alors que les trois années précédentes avaient au contraire grossi les statistiques. Pour comprendre les raisons de cette baisse, le premier ministre met en avant la limitation à 80 Km/heure sur le réseau secondaire sans séparation centrale. Je sais que les associations d’automobilistes contestent cette vision des choses et pourtant. S’il y a moins de morts sur les routes c’est que la vitesse (première cause d’accidents) a été ralentie ou que subitement les conducteurs ont décidé de se montrer plus prudents.
La vérité est sans doute à mi-chemin. Il va sans dire que si le Président de la République juge que la limitation à 80 Km/h « est une connerie » et qu’il faut y remédier, on se dirige tout droit vers des mesures de bon sens déjà énoncées sur ce blog. Faisons confiance aux préfets et aux présidents des départements pour juger de la nécessité de définir les zones de ralentissement. Penser globalement, d’accord, mais agir localement c’est encore mieux.

Louviers : ville d’inventions citoyennes
Démocratie participative ! On n’entend que ce mot sur les ondes. Mais à Louviers, en 1965-1983 la démocratie participative n’était pas qu’un mot. Elle était en action, balbutiante, chaotique, en recherche permanente mais la volonté politique était bien présente grâce à un homme exceptionnel et qui avait eu raison avant bien d’autres et notamment avant les gilets jaunes et leur RIC, le référendum d’initiative citoyenne.
A cette époque, on parlait « commissions extra-municipales, « information, participation et contrôle » une formule que j’ai retrouvée, hier à la radio, dans la bouche de Pierre Rosanvallon, qui dans son dernier livre dresse un bilan contrasté du système démocratique français. Information, car que serait le citoyen s’il n’avait que les réseaux sociaux et leurs vérités alternatives ? Participation, car que serait un citoyen passif donc inactif ? Contrôle, car que serait une décision adoptée collectivement si elle n’était pas vérifiée et certifiée par le citoyen-électeur ? Lisez ou relisez le ivre d’Hélène Hatzfeld « la politique à la ville, inventions citoyennes à Louviers ». Cette histoire est tellement actuelle.

France Bleu Grenoble en feu
Au cours de la nuit les studios de France Bleu Grenoble ont été incendiés volontairement. Les auteurs — on sait que l’acte est criminel eu égard aux deux départs de feu recensés — étaient-ils animés par la haine de la presse ? Répondaient-ils ainsi aux mots d’ordres de certains hommes politiques ? Étaient-ils mécontents du traitement journalistique proposé par les reporters de France 3 Région dans le cadre des manifestations des gilets jaunes ?
Pauvres journalistes. Non seulement leur crédibilité baisse année après année mais en plus on attente à leur outil de travail quand on ne les passe pas à tabac ou pire quand ils restent sur le carreau après une rafale…au Mexique ou au Brésil…ou encore en Russie. Je n’oublie pas non plus les dessinateurs-journalistes de Charlie Hebdo assassinés en plein boulot et en plein Paris.

Bellamy…ou bel ami ?
Pour diriger la liste des Républicains aux prochaines élections européennes, Laurent Wauquiez va proposer la candidature de M. François-Xavier Bellamy, philosophe, Versaillais et surtout, ancien membre de « La Manif pour tous » (opposé au mariage pour tous) association catholique animée par des intégristes.
On dit que ce candidat ne fait pas l’unanimité dans les rangs de la droite républicaine. Pensez-donc. Les sondages actuels (peu fiables à trois mois et plus du scrutin) accordent 11,5 % des suffrages à cette liste de droite ex-UMP. Est-ce avec M. Bellamy, j’avais envie d’écrire « Bel Ami », cet homme ambitieux et séducteur sans scrupule décrit par Maupassant, que la droite républicaine retrouvera un peu d’aisance ? Ce serait sans doute exagérer le rôle d’un philosophe inconnu, membre d’une secte (j’exagère à peine) dont l’avenir se décidera demain à Paris au siège de LR.

26 janvier 2019

Les socialistes de l'Eure préparent surtout les élections municipales de 2020


Ils animent le Parti socialiste dans l'Eure et la région. ©Jean-Charles Houel
Grande surprise en entrant ce matin dans la salle polyvalente d’Aviron. Il existe encore des militants socialistes ! Et si, sur le plan national, l’union de la gauche demeure utopique, aux plans départemental et local, l’intelligence collective prend le pas sur les querelles de chapelles ou les revendications égocentriques. Ce matin, à l’occasion de la cérémonie de vœux de la fédération de l’Eure du PS, plus de cent personnes représentant le PS, le PRG, le PC et EELV, ont écouté avec attention les différents discours préparés par la vieille et la jeune gardes. Timour Veyri, premier secrétaire fédéral a retrouvé Marc-Antoine Jamet, Jean-Louis Destans, Janick Léger et Nicolas Mayer Rossignol (1) certains d’entre eux aspirant à jouer à nouveau  un rôle important dans leur zone d’influence.

L’élection d’Emmanuel Macron semblait avoir ringardisé la gauche sociale-démocrate et les partis de gauche réformistes. La révolte sociale en cours, en coagulant des colères parfois contradictoires, remet les « vieux » partis dans le jeu politique. Leur retour, plus rapide que prévu doit faire face à un obstacle majeur : l’émiettement des forces républicaines et de progrès. Pour les orateurs PS il est mortifère de laisser se développer le face à face entre les nationalistes, souverainistes, populistes (RN et DLF)et La République en Marche. La droite modérée ayant choisi cette dernière, la France insoumise courant derrière les gilets jaunes, il y aurait un passage (étroit) pour une gauche responsable même si le quinquennat Hollande n’a pas laissé que des bons souvenirs dans le peuple se reconnaissant en elle.

Comme le dit Einstein s’« il n’existe ni passé, ni présent, ni avenir », occupons-nous donc, sans nostalgie, des affaires les plus urgentes : la démocratie participative et représentative, la justice sociale, le consentement à l’impôt, le maintien et la création de services publics…dont le coût doit être sans cesse expliqué (et légitimé !) auprès des citoyens. Jean-Louis Destans et Janick Léger au département, Nicolas Mayer-Rossignol à la Région, Marc-Antoine Jamet, à la mairie de Val-de-Reuil, ont prouvé et prouvent encore qu’une conception progressiste de l’action politique apportent un plus en qualité de vie. Avec Jean-Louis Destans, il y avait des projets, des investissements, un département de l’Eure lisible et visible. Avec Nicolas Mayer Rossignol, la Haute-Normandie se distinguait par ses innovations. Avec les Européennes dans le viseur et surtout, les municipales, il n’est pas écrit que Evreux, Louviers, Les Andelys resteront dans le giron de la droite fût-elle centriste.

La crise déclenchée par les gilets jaunes ouvre les yeux sur la précarité, la pauvreté, les injustices. J’ignore s’il faudra attendre la fin du grand débat pour que l’exécutif adopte les décisions qui s’imposent. Timour Veyri lance en tout cas un appel pour que les socialistes participent au grand débat et exigent le retour de l’ISF, une augmentation des bas salaires, un effort pour l’éducation et la formation. Bien le moins pour la gauche.

(1) Jean Louis Destans, ancien député et président du conseil général, Nicolas Mayer-Rossignol, ancien président de la Région Haute-Normandie, Janick Léger, présidente du groupe PS dans l’actuel conseil départemental, Marc-Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil et président de la commission des finances du conseil régional.

23 janvier 2019

(Petite) Affaire Portier-Leroy : Quelle mouche a piqué le préfet de l'Eure ?


Capture d'écran.
Eric Portier est le fils de Pierre Portier. Il n’est pas aussi connu que son père mais cela ne devrait pas tarder. Actuellement, il vend des casseroles et, soit dit en passant, pourrait bien s’en être accrochée une nouvelle aux fesses. En réussissant son pari intime de réussir un selfie avec Emmanuel Macron à Grand-Bourgtheroulde, lors du débat organisé dans l’Eure à l’intention des maires de Normandie, il a mis un élu important du territoire dans l’embarras. Pensez donc, il s’est prévalu du « parrainage » de Bernard Leroy pour passer les filtres nombreux destinés à empêcher les gilets jaunes et les éventuels terroristes d’atteindre le Président de la République.

A la question « Connaissez vous ce monsieur ? » posée par un responsable de la sécurité à Bernard Leroy flanqué d’Eric Portier, le maire du Vaudreuil a répondu « oui » puisque c’est vrai. Fallait-il pour autant en conclure, comme l’a fait un peu vite le préfet de l’Eure Thierry Courderc, que Bernard Leroy s’est montré complice d’une atteinte gravissime aux règles de sécurité…qu’il n’est d’ailleurs pas chargé d’appliquer. Sinon à quoi serviraient les services de l’Etat ?

Le préfet, très colère, en a fait tout un fromage demandant, dans un premier temps — excusez du peu — la démission de Bernard Leroy de ses fonctions électives ! Comme si un préfet pouvait imposer une solution aussi brutale qui reviendrait à mépriser le suffrage universel. Évidemment, le président de la CASE (agglomération Seine-Eure) n’a pas pris la demande au sérieux. Mais comme il ne souhaite pas jeter de l’huile sur le feu, bien lui en a pris de « choper » la grippe qui l’a cloué au lit pendant quatre jours, sans portable ni réseau.

Il faut s’interroger (pas trop longtemps tout de même) sur ce qui poussé le préfet à adopter un style péremptoire et faire sa sortie de route allant même jusqu’à justifier ses absences futures si, par malheur, il se trouvait dans la même pièce que Bernard Leroy. Sans être psychanalyste, métier sérieux s’il en est, j’en ai déduit que les démêlés judiciaires du préfet dans l’affaire de l’adhésion de la communauté « Eure-Madrie-Seine » à l’agglomération Seine-Eure au cours de laquelle il a été condamné par la justice administrative à une injonction limitée à 30 jours (1) pour signer la fusion, y était sans doute pour quelque chose. Ce n’est pas tous les jours que le plus haut représentant de l’Etat dans le département se voit ainsi contredit dans ses intentions. Et comme M. Couderc n’est pas le Roger du même nom…

La leçon de cette histoire de cornecul ? Qu’Eric Portier aurait certainement gagné à se montrer plus discret plutôt que de revendiquer auprès de la presse locale  la diffusion des selfies (2) qu’il possède en compagnie de Sarkozy, Hollande, Obama…et Macron. La question ne se serait pas posée de savoir comment il avait pu franchir les différents barrages anti-gilets jaunes. Eric Portier avait même demandé à François Loncle, ancien député, de pouvoir l’accompagner. Le parlementaire honoraire, connaissant bien les pratiques des services de sécurité, n’est pas tombé dans le piège. Un piège bien innocent en vérité, qui ne méritait sans doute pas autant de tapage médiatique, dans lequel je prends plaisir à plonger à mon tour.
(1)  Cette injonction datant d’octobre 2018 n’a été respectée que très récemment.
(2)  La mode des selfies n’est souvent qu’un reflet d'états d’âmes narcissiques.
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21 janvier 2019

La valeur argent, objectif de vie, est un frein au développement des idées vraiment de gauche

Même les Gilets jaunes font de la pub pour Nike !
Une auditrice attentive de l’émission de France Culture « la Fabrique de l’histoire » (du 17 janvier dernier) consacrée au Comité d’action de gauche de Louviers m’a fait part de son regret. Aucun mot, me reproche-t-elle, n’a été consacré aux gilets jaunes qui, selon elle, utilisent aussi les outils de la démocratie participative. Je me dois d’indiquer que lors de l’enregistrement de l’émission, je n’ai pas omis d’insister sur le besoin de reconnaissance témoigné sur les ronds points et d’une recherche de dignité face à l’arrogance de certains de nos gouvernants.

La journaliste de France Culture, responsable des choix éditoriaux, n’a pas souhaité retenir mon propos mais je ne saurais le lui reprocher. Cette « Fabrique de l’histoire » en restaurant la crédibilité d’une aventure partagée pendant près de vingt ans dans la ville de Louviers a montré que la démocratie participative était avant tout une entreprise collective au service d’objectifs communs. Elle a aussi rappelé que cette démocratie de base ne peut qu’exister — dans le système actuel — qu’avec le soutien d’élus éclairés et courageux.

Le mouvement des gilets jaunes a pris naissance contre la taxe carbone et finalement contre le consentement à l’impôt. Il est vrai que l’optimisation fiscale et la fraude fiscale — celles des riches le plus souvent — créent une injustice révoltante. Pour autant, à Louviers, ce consentement à l’impôt était justifié par la redistribution directe aux citoyens-contribuables sous la forme de services publics « gratuits ». Les Lovériens, les plus jeunes notamment, avaient un accès libre aux équipements sportifs, culturels, éducatifs, de mobilité, les dépenses de fonctionnement étant assurées par les quatre taxes (foncier bâti, non bâti, taxe professionnelle et taxe d’habitation). Ces quatre taxes visant à imposer plus lourdement les propriétaires et les plus riches. Le Dr Martin, alors maire, déclarait « que les citoyens ne rechignent pas pour payer l’eau ou le service des eaux usées alors que la culture, par exemple, devrait être une simple option. »En mutualisant les dépenses, c’était une façon de redistribuer les richesses.

Je reconnais qu’il existait d’importantes réticences des forces politiques situées à droite mais même au parti socialiste (celui de 1971 et d'Epinay) il s’est trouvé des hommes et des femmes pour coller des affiches sur les murs de Louviers disant : « la gratuité ça coûte cher ! » Voilà pourquoi aucun accord ne fut possible avec les partis de gauche traditionnels lors des élections de 1977 qui virent le CAG (Comité d’action de gauche) emporter les 27 sièges à pourvoir. Alors pourquoi la droite est-elle revenue au pouvoir à Louviers en 1983 ? Parce que les campagnes électorales fondées sur la « gabegie » « les impôts trop élevés » trouvent toujours des électeurs pour protester contre l’impôt et ce qu’ils appellent « le gaspillage ». Tant que la valeur argent demeurera un objectif de vie (au-delà du nécessaire s’entend) le combat des idées vraiment de gauche aura bien du mal à progresser.