8 mai 2017

Emmanuel Macron domine de la tête et des épaules…surtout de la tête



Avec près de 66 % des suffrages, Emmanuel Macron a dominé des épaules et de la tête (surtout de la tête) une Marine Le Pen dont le naufrage programmatique a été acté lors du débat de mardi dernier à la télévision. Le nouveau président de la République aurait tort de croire (d’ailleurs il ne le croit pas) que cette victoire sans appel est un soutien ferme et durable à son projet. Que le vote ait manifesté au travers de sa personne et de sa volonté une forme d’adhésion est indéniable mais ce n’est pas l’essentiel de l’expression du second tour. Les Français(e)s ont surtout voulu barrer la route du pouvoir au Front national dont l’histoire, le passé, les propositions, la violence verbale ou physique, continuent de faire peur. Ce parti peut bien changer de nom, il ne pourra pas masquer ses outrances, sa démagogie et finalement sa marginalisation. Pour preuve, une fois encore, une fois de trop, l’oukase lancé contre une quinzaine d’organes de presse interdits d’accès au QG de Mme Le Pen le soir de sa défaite. J’en connais d’autres — et qui ne sont pas d’extrême-droite — dont le comportement à l’égard de la presse frise l’hystérie.

Marginalisée à 10 millions de voix c’est déjà énorme. Il suffit de lire les scores obtenus par Marine Le Pen dans les villages et les périphéries des villes pour comprendre que le « dégagisme » érigé en théorie et en pratique par Jean-Luc Mélenchon est devenu un mot d’ordre dans lequel les « oubliés » et les « désespérés » mais aussi les racistes et les homophobes trouvent du sens. Je pense aussi à tous ces rurbains qui ont voulu habiter les campagnes là où le foncier était accessible et qui, avec le temps et l’espace, constatent l’augmentation des coûts pour les transports, les allers-retours coûteux en argent et en énergie. Ils demandent plus de services, plus de services publics, ceux-là même qu’ils ont abandonnés dans leur chef-lieu de canton ! Pourtant les intercommunalités ont redonné vie et solidarité mais les discours du Front national — l’insécurité, l’immigration, la préférence nationale — ont fini par imprégner les esprits et susciter des jalousies. Mme Le Pen en a usé et abusé.

Hier soir, les émissaires des partis présents sur les plateaux de télévision nous ont offert ce qui nous dégoûte le plus dans la vie politique. Les Coppé, les Corbières (il avoue avoir voté Macron…mais après la victoire !), les Rachline, les Baroin étaient venus défendre leur boutique en vue des législatives prochaines lors de la fameuse « mère des batailles ». Ils en rêvent tous. Ils cauchemardent même. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il aurait eu grand tort de négliger l’influence des médias que pourtant il exècre. Il a même trouvé le moyen de se satisfaire de la défaite de Marine Le Pen alors que deux tiers de ses militants et sympathisants appelaient à voter blanc ou nul et que lui-même Jean-Luc Mélenchon les a sans doute imités ! Le « monarque » républicain défenseur de « l’extrême finance » (1), s’il doit beaucoup à une majorité d’électeurs de la France insoumise, ne doit rien à Mélenchon lui-même. Il a joué avec le feu, il faudra s’en souvenir.
 
Chez les Républicains (LR) et les socialistes, malgré la qualité de certains candidats, l’inquiétude est au plus haut. Les inévitables déclamations du genre « vous allez voir ce que vous allez voir » ne vont pas empêcher les anciens partis de gouvernement de devoir ramer pour sauver les meubles en juin prochain. Le PS est coupé en trois, les Républicains (LR) en autant de portions entre ceux qui veulent rejoindre la majorité présidentielle, ceux qui veulent garder la vieille maison et ceux qui cherchent une chambre introuvable avec une majorité absolue et une cohabitation des jours anciens. Question rénovation de la vie politique, on fait mieux ! Manquerait plus que Fillon donnât son avis…

A Louviers, à Val-de-Reuil, Pont-de-l’Arche et dans les gros bourgs, Emmanuel Macron est arrivé en tête. Dans certains villages, Mme Le Pen récolte le fruit des colères et de la révolte. La France est coupée en deux et les suffrages en quatre. Il reste au jeune président à « rassembler » et à unifier ce qui peut l’être. La quadrature du cercle !

(1) L'expression et de Jean-Luc Mélenchon

Des réactions à l'élection d'Emmanuel Macron : Richard Jacquet, Marc-Antoine Jamet, François-Xavier Priollaud…


Le dépouillement va commencer…
Richard Jacquet : prendre en compte la colère
Les citoyennes et citoyens de France se sont exprimés et ont élu Emmanuel Macron, Président de la République.
A l’issue de plusieurs mois de débats, parfois passionnants, parfois affligeants, avouons-le, les Françaises et les Français ont choisi le candidat qui incarne et sauvegarde les valeurs de la République et je suis heureux de ce sursaut démocratique.

Le premier enseignement de ce scrutin est que les Françaises et les Français ont éliminé clairement le projet de Madame Le Pen.
Ils ont rejeté l’autoritarisme du projet du Front National et lui ont opposé la Liberté. Ils ont refusé la théorie d’extrême droite qui consiste à établir plusieurs rangs de citoyens et lui ont préféré l’Egalité. Ils ont refusé la division des français et la stigmatisation généralisée et lui ont opposé la Fraternité.
Les Français ont mesuré l’inconséquence du projet du FN et l’inconsistance de sa candidate. L’amateurisme de sa fin de campagne, le manque de connaissance des grands enjeux qui sont devant nous, l’approximation de ses propos sont à l’image de ceux qui se présenteront en son nom, aux élections législatives. Ils ne connaissent pas les réalités de terrains, ne s’intéressent à nos territoires que lors des élections et n’ont aucune idée à développer, sinon le projet que les Françaises et les Français viennent de rejeter.

Je dois prendre en compte le vote parfois de colère, souvent de dépit et de refuge d’un grand nombre d’électeur et c’est le deuxième enseignement.
Les scores du FN sont historiquement hauts. J’ai la pleine conviction que les votes de désespérance sont aussi le produit d’une société qui produit toujours plus d’inégalités et d’injustices. Les Françaises et les Français seront en capacité d’accepter les réformes indispensables du pays, seulement s’ils ont la certitude que l’effort demandé sera juste et équilibré.

Le troisième enseignement est qu’une nouvelle fois, le rejet d’un candidat fait l’élection de son concurrent. Le Président élu a choisi un slogan qui est désormais une feuille de route : « Ensemble la France ».
C’est là aussi une condition de la réussite du quinquennat qui commence. Le quart des suffrages exprimés au premier tour n’est pas suffisant selon moi pour rassembler et fédérer les Français dans une communauté de destin. Si la volonté est de rassembler, alors toutes celles et tous ceux qui souhaiteront accompagner un projet réformateur, progressiste devront être entendus, écoutés et associés. Tout autre méthode conduirait selon moi à réactiver des clivages contre-productifs.

Sans jamais oublier d’où je viens, ni renier mes valeurs, je serai disponible pour faire réussir un projet utile aux Françaises et aux Français. Rassembler n’est pas renoncer. C’est tout le sens de ma candidature à l’élection législative dans la 4ème circonscription du département de l’Eure les dimanches 11 et 18 juin. »

Marc-Antoine Jamet :  Macron parfois arrogant, parfois débutant…
Pour la Fédération du Parti Socialiste de l’Eure, le résultat du second tour de l’élection présidentielle  emporte avec lui plusieurs enseignements.

Le premier, le plus rassurant pour la République, est la relative faiblesse de l’abstention par rapport à ce que certaines prévisions avaient laissé entendre. Elle reste nationalement à un niveau encore très proche de celle observée il y a quinze jours. Les consignes ambigües et, somme toute, irresponsables données par certains candidas n’ont fort heureusement été suivies que de peu d’effets, même s’il faut déplorer la multiplicité des votes blancs et nuls qui, d’une certaine façon, permettent ce soir la surreprésentation de l’extrême droite. Au contraire, de nouveaux électeurs, absents, lors du premier tour, sont venus conforter le camp de la démocratie et faire barrage au Front National. Ils ont été l’élan vital de la France pour échapper au populisme.

Le second point satisfaisant de la soirée est le score, nettement plus bas qu’elle ne l’espérait, enregistré par Marine Le Pen au plan national. On peut y voir la conséquence du comportement calamiteux de la Présidente du Front National lors du débat d’entre deux tours, mais cela tient également à la mobilisation concrète des républicains en de nombreux points de l’hexagone à l’image de celle qui s’est faite autour du Premier Ministre Bernard Cazeneuve à Val-de-Reuil jeudi dernier. Mais ce constat positif ne se vérifie pas hélas dans l’ensemble de notre département. Loin de là. On mesure à quel point l’Eure est malade, gouvernée qu’elle est par des majorités de droite dans la plupart de ses villes, au conseil départemental et à la région Normandie. Les résultats qu’y recueille le FN (près de 45%) et les pointes qu’il peut atteindre dans certaines communes où il frôle ou dépasse les 50% sont alarmants.

Un troisième point ne peut être passé sous silence. La Gauche de Gouvernement, singulièrement le Parti Socialiste qui animait pourtant la majorité sortante, est absente de ce second tour et, comme en 2002, s’en est remis à un candidat qui n’était pas issu des ses rangs pour faire obstacle à l’extrême droite. C’est un grave échec qui doit amener, sans attendre et dès les prochaines échéances électorales, un ressaisissement, un redressement et une refondation si les formations traditionnelles de la Gauche ne veulent pas définitivement disparaître, dépérir ou se marginaliser.

Au-delà de ces éléments de fond, les socialistes de l’Eure veulent saluer la victoire du nouveau Président de la République qui l’emporte ce soir avec plus de 9 millions de voix d’avance. Il faut souhaiter qu’il soit le Président de tous les Français. Il faut espérer pour notre pays qu’il réussisse. Il est impossible de ne pas voir l’intelligence et la fulgurance de la trajectoire d’Emmanuel Macron, l’audace qu’il a mis dans sa conquête du pouvoir, la jeunesse et la modernité de ses idées. Autant d’atouts, autant de dangers. Tout dépendra de lui, de ses premiers gestes, de ses premières décisions. Nous observerons donc le choix de son Premier Ministre, la composition de son Gouvernement, la majorité qu’il ambitionne avec la plus grande vigilance. Ces gestes indiqueront sa véritable orientation politique. Il faudra également prêter la plus grande attention aux éléments de son programme économique. Sur le calcul des retraites, l’indemnisation du chômage et la fiscalité, comme sur beaucoup d’autres dossiers, il devra infléchir ses positions et revoir ses propositions s’il ne veut pas sombrer dans le libéralisme le plus austère, le plus stérile. Schroeder oui, Thatcher non. Renzi certainement. Merkel pas vraiment. May pas un instant.

Nous avons évidemment une pensée émue et chaleureuse pour François Hollande qui fût un grand chef de l’Etat et a su diriger, faire avancer, moderniser notre pays au milieu des épreuves les plus dures. L’Histoire lui rendra justice. Il est clair que la République devra lui permettre de s’exprimer et de jouer tout son rôle dans les années qui viennent.

Nous, socialistes eurois, derrière nos candidats Richard Jacquet, Martine Séguéla, Marie-Claire Haki, Laetitia Sanchez, sommes désormais tournés vers l’avenir, c’est-à-dire vers les législatives. Justice sociale et égalité des chances ne sont pas dépassées. Il demeure une Gauche et une droite. Le camp du mouvement hier divisé, aujourd’hui éliminé, doit demain savoir se rassembler. Des discussions ont été ouvertes, dans l’Eure, avec nos amis écologistes et nos alliés communistes. Elles doivent se poursuivre et trouver une issue positive.

Le mouvement En Marche, parfois arrogant, souvent débutant, doit trouver un équilibre dans ses attitudes et ses prises de position. En aucun cas des candidats parachutés, hors sol ou même rejetés par les autres partis ne peuvent prétendre représenter les habitants de notre département mieux que des élus de terrain, enracinés, clairs dans leurs choix, connus de tous. Sans cela nous subirons dans l’Eure le joug du Front National et laisserons les cinq circonscriptions de l’Eure à ces candidats, souvent mis en examen, racistes et incompétents, comme Nicolas Bay, ancien disciple de Bruno Mégret, qui multiplient les provocations à l’encontre des idées et des valeurs qui sont le socle de notre pays et son message universel.

Cependant, c’est la dernière fois que nous échappons au plus haut niveau de nos institutions au Front National. Derrière Marine se dresse l’ombre de Marion. Il s’agit du même système aberrant en pire. Il est donc essentiel de ne pas oublier la leçon des urnes. Notre pays souffre. Il est rongé par l’extrême pauvreté d’une partie de plus en plus importante de la population, les angoisses collectives et la perte des repères traditionnels, ainsi que par la précarité et le désespoir qui, en milieu rural, comme en milieu urbain, ont poussé des millions de personnes vers l’extrémisme. Crise, chômage et terrorisme sont devenus insupportables. Il faut à la France retrouver l’emploi, la sécurité et la prospérité, les trois allant ensemble, pour tourner définitivement le dos à la violence politique, sociale et idéologique. C’est la feuille de route qu’ont tracée aujourd’hui les Français à Emmanuel Macron. Sa première déclaration a été de ce point de vue peu convaincante. Il devra pourtant être à la hauteur de ces enjeux. L’avenir dira s’il en est capable. »

François Xavier Priollaud : satisfaction et rassemblement


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« J’exprime ce soir ma satisfaction de constater que les Français ont fait un choix clair en faveur d’Emmanuel Macron qui devient le 8e Président de la Ve République.

Le score de Marine Le Pen reste toutefois historiquement élevé et je considère pour ma part qu’une voix en faveur du Front National sera toujours une voix de trop.
Emmanuel Macron a désormais l’obligation de rassembler au-delà des clivages partisans du passé, afin de ne pas reproduire l’erreur de 2002 qui n’avait pas tiré les enseignements du second tour de l’élection présidentielle.
Les élections législatives qui s’annoncent seront décisives pour la formation d’une majorité ouverte et pluraliste.
Ce qui doit nous rassembler, c’est l’intérêt de la France, l’avenir de l’Europe et le projet de société que nous voulons transmettre à la jeunesse.
La  tâche est immense et nous devons nous mettre immédiatement au travail ! »

 



 

7 mai 2017

Les Lovériens aux bureaux de vote


Les Lovériens, comme de nombreux Français, se sont rendus tôt dimanche matin, dans les bureaux de vote de la ville. Cette photographie a été prise à 10 heures devant le bureau présidé par Anne Terlez, adjointe au maire. François Xavier Priollaud était d'ailleurs présent au moment de notre passage. Une queue d’une quinzaine de minutes attendait les citoyens désirant accomplir leur devoir électoral. On était loin des deux heures d’attente des Français expatriés à Montréal par exemple.

6 mai 2017

Emmanuel Macron face aux journalistes de Mediapart : sans connivence ni complaisance


Emmanuel Macron, hier soir, sur le plateau de Mediapart.
Abonné à Mediapart depuis trois ans, j’apprécie la compétence des journalistes et leur constante recherche de la vérité. Avec les équipes placées sous la direction d’Edwy Plenel, l’investigation est devenue un genre spécifique. Il a permis de sortir quelques affaires importantes nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie. Je pense évidemment au cas de Jérôme Cahuzac. Edwy Plenel a définitivement installé Mediapart dans le paysage nouveau de la presse Internet et lui assuré une crédibilité jamais démentie.

C’est pourquoi j’attendais avec une certaine délectation la venue en direct d’Emmanuel Macron sur le plateau de Mediapart, hier soir. Fidèles à leur pratique sans connivence et sans complaisance, les quatre journalistes choisis pour interroger le probable futur président ne lui ont pas laissé un poil de sec. Tout y passé : le banquier chez Rothschild, l’inspecteur général des finances, le secrétaire général adjoint de la présidence de la République, le ministre de l’économie…les questions ont porté sur les institutions (proportionnelle et contrôle du gouvernement par le Parlement), l’économie et le social (les conflits d’intérêts et le chômage) l’environnement et le nucléaire, les projets de lois urgents (moralisation de la vie politique notamment) le choix des membres du gouvernement, le tout en plus de deux heures de débat.

Emmanuel Macron, je dois l’avouer, m’a surpris. Par sa parfaite connaissance des dossiers, la cohérence d’un programme assumé (même si je ne suis pas d’accord sur tout) la rigueur de son argumentation, il a fait montre de belles qualités intellectuelles et d’un courage dont il devra être bien doté — et durablement — pendant le quinquennat à venir. Il n’a pas caché que le renouvellement et le rajeunissement de la vie politique allaient créer un choc, des ruptures, susciter un changement d’approche et d’état d’esprit.

Y sommes-nous prêts ? Emmanuel Macron prend des risques et ne les dissimule pas. Il fait le pari du « changement maintenant » (1) et fera ce qu’il dit à la différence de son prédécesseur qui n’a pas toujours dit ce qu’il allait faire. Ou fait le contraire de ce qu’il avait dit. En ce sens le résultat du second tour de la présidentielle conditionnera sûrement le visage de la future majorité de l’Assemblée nationale que M. Macron appelle de ses vœux. Il assure qu’il y aura de la place pour des centristes évidemment avec le MODEM, pour des socialistes (PS), des Républicains (LR), et tous ceux et celles qui se reconnaîtront dans le futur parti appelé à succéder à En Marche ! Sacré pari en effet.

(1) M. Macron n'a pas lui-même utilisé cette expression.

5 mai 2017

Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle à Louviers et par bureau de vote

Les Lovériens qui s'intéressent de près à la vie politique seront heureux de pouvoir consulter les résultats du premier tour de la présidentielle et, en fonction des reports envisagés par les sondages, imaginer quel pourrait être le résultat du second tour.

Débat présidentiel : la déroute de Marine Le Pen obscurcit son avenir


La presse française et étrangère, les téléspectateurs français dans leur immense majorité ont jugé Marine Le Pen minable, agressive, menteuse, lors du débat avec Emmanuel Macron. En pourrissant le face à face par des interruptions permanentes, en démontrant l’absence de projet crédible et cohérent, en méprisant son adversaire d’un soir, l’ex-future présidente du Front national s’est discréditée, décrédibilisée. Elle n’est prête ni à gouverner ni à devenir une opposante de long terme. Même des frontistes l’ont trouvée mauvaise et sans grandeur.

Est-ce si étonnant ? C’est une chose de jouer les grandes gueules dans des meetings de convaincus, de distribuer des sifflets pour agonir un adversaire, de s’inspirer de Donald Trump pour renverser la table ou de faire la lèche aux insoumis. C’en est une autre de débattre pendant deux heures trente, de dialoguer « projet contre projet » de s’affirmer comme candidat potentiel à la présidence surtout quand l’adversaire connaît parfaitement son texte et sa musique. Pour y parvenir, il faut être préparé, posséder les qualités personnelles et intellectuelles idoines et « couvrir » des domaines aussi complexes que l’économie, l’Europe, les relations internationales, le devenir des institutions, le rôle du Parlement…Manifestement, Marine Le Pen n’appartient pas à la catégorie, réduite il est vrai, des personnalités politiques capables de devenir chef d’Etat ou de gouvernement. Pendant deux heures trente, les Français ont découvert la vraie Marine Le Pen, digne héritière de son père, matériellement et idéologiquement. Sans l’imparfait du subjonctif mais avec le sourire sur commande, Mme Le Pen ressemble de plus en plus à celui qu’elle a voulu cacher et qu’elle a banni du mouvement qu’il avait créé. Mais les remarques aussi insidieuses que perfides, les mensonges éhontés, notamment sur le compte caché d’Emmanuel Macron aux Bahamas (1), ont rappelé aux Français de 2017 que Jacques Chirac avait eu raison d’affirmer : « on ne débat pas avec le Front national ».  Ce parti n’est pas dans le champ démocratique et républicain. Il joue son jeu, applique ses règles et parvenu au pouvoir, effacerait toutes les traces d’un débat contradictoire légitime.

« Jeanne d’Arc au secours ! » aurait donc pu s’écrier la candidate Le Pen pendant le débat. Alors qu’Emmanuel Macron parvenait tant bien que mal, à parler du fond, à expliquer les hérésies de son adversaire, Mme Le Pen s’enfonçait petit à petit dans ses épaules et dans son siège. Battue à plate couture, elle fut incapable de changer de stratégie alors que celle choisie la poussait à la faute et au KO. Les sondages d’avant second tour n’ont pas tardé en enregistrer une baisse sensible de Mme Le Pen. Les disputes entre amis sur le vote blanc, l’abstention ou le vote Macron n’en deviennent que plus anecdotiques voire dérisoires. Il reste à faire le travail et à donner aux abstentionnistes de gauche et de droite une satisfaction intérieure qu’ils n’auront pas méritée.
Tous et toutes ont maintenant en point de mire les législatives et la redistribution des cartes. La nouvelle partie qui commence sera conditionnée par le choix du Premier ministre et du gouvernement de transition, les investitures et la qualité des impétrants, la capacité des forces de gauche et de droite, à s’assurer un minimum d’esprit collectif. Voilà qui va nous occuper encore quelques temps.

(1) Des sites d’extrême droite relaient cette fausse nouvelle depuis des semaines. M. Macron a porté plainte, l’enquête est en cours.

3 mai 2017

J'élimine Le Pen et je choisis Macron


Les insoumis sont en passe de gagner leur pari. Le pari de Jean-Luc Mélenchon et de ses militants surtout, plus que celui de ses électeurs dont une majorité (51 %) votera pour Emmanuel Macron. Le pari de Mélenchon est très simple : Macron doit être élu avec la marge la plus étroite possible ! Il doit être affaibli avant les législatives que les insoumis espèrent gagner. Le sondage paru aujourd’hui dans le journal Le Monde, s’il prévoit une victoire du candidat d’en Marche ! exprime également un manque d’adhésion à sa personne et à son programme. Il est autant détesté que Marine Le Pen ce qui n’est pas peu dire ! Pourtant, 59 % de l’ensemble des électeurs(trices) annoncent qu’ils voteront pour Emmanuel Macron. Il apparaît comme un rempart face aux agressions que feraient subir à notre société le Front national et sa candidate. 

Sur le plan économique, la sortie de l’Europe et le retour au Franc, objets de bien des cafouillages sémantiques cette semaine, seraient une catastrophe pour l’ensemble des Français. Dévaluation de fait, taux d’intérêts de la dette insurmontables, considérable augmentation des prix des produits importés, perte de confiance de la part des investisseurs français et étrangers…La France serait mise à l’index. On voit déjà les conséquences du futur Brexit sur le vivre ensemble…et la baisse de la croissance en Grande-Bretagne !

Sur le plan sociétal, l’arrivée au pouvoir d’une Le Pen et de son clan de gudards et d’identitaires causerait d’énormes dommages dans la cohésion déjà abîmée des Français entre eux. Les socialistes, les communistes, les insoumis, les musulmans, les journalistes, les syndicalistes…tous ceux qui n’ont pas le doigt sur la couture du pantalon, devraient raser les murs. Il faut imaginer ce que serait la vie sous l’extrême droite. Il suffit d’écouter les opposants aux maires des quelques villes frontistes pour savoir quel climat de tension, quelle pression permanente, s’exercent actuellement à Béziers, Hénin-Beaumont, Fréjus, Beaucaire…sur les opposants ou ceux et celles qui pensent autrement. 

Quand j’entends un insoumis placer sur le même plan « le fascisme » de Le Pen et « l’esclavagisme social » de Macron, je m’interroge. Sait-il ce qu’il dit ? Connaît-il le sens des mots ? A-t-il une claire conscience de ce que c’est que de vivre comme en Turquie ou comme en Russie où les élections sont truquées, les oppositions muselées, les libertés fondamentales bafouées, l’économie rackettée ? Bien sûr que Macron n’est pas le candidat idéal ! En existe-t-il, d'ailleurs ? Bien sûr qu’il possède une forme d’arrogance propre à sa formation ? Bien sûr qu’il est jeune et manque d’expérience ? Bien sûr qu’il faudra combattre certaines de ses propositions ? Pour autant, nous serons dans le champ républicain et dans le respect de la démocratie donc le respect de l’opposition. En fait, nous n’avons pas vraiment le choix. C’est la loi d’airain de la constitution de la 5e République. Au second tour de la présidentielle, on élimine. J’élimine Le Pen et je choisis Macron.

30 avril 2017

Quelques réflexions au débotté : Le Pen-Erdogan : même combat, les regrets des Brexiters, Frau le caméléon, Dupont-Aignan plutôt Pierre Laval, faisons notre part du travail


Les bons conseils du maire de Grenoble
Eric Piolle
Eric Piolle, le maire EELV de Grenoble a choisi Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle. Dans un entretien avec une journaliste du JDD, il annonce qu’il votera pour Emmanuel Macron au second tour, non pas parce qu’il a été séduit par le programme de l’ancien ministre, mais « parce que chacun doit faire une part du boulot pour battre Marine Le Pen. » Le vote blanc ou nul est un vote, qu’on le veuille ou non, qui favorise la candidate du Front national. C’est bien pourquoi elle cherche le meilleur moyen d’inciter les citoyens à s’abstenir ou à voter nul. Il paraît que 18 % des électeurs(trices) du chef de la France Insoumise serait prêt à mettre un bulletin FN dans l’urne ! C’est bien pourquoi Jean-Luc Mélenchon a eu tort de ne pas dire clairement quelle serait son attitude le 7 mai.
Si c’est le cas et si, par malheur, Marine Le Pen gagne la présidentielle, je n’ose même pas imaginer la tête des insoumis qui auront permis, en commettant l’erreur de leur vie, l’arrivée au pouvoir des apprentis fascistes.

Un plus ne font pas deux
De plus, il est vain d’imaginer que les résultats du premier tour de la présidentielle vont se répéter lors des élections législatives. Prenons le cas de la circonscription de Louviers. Le candidat de la France insoumise, du moins se présente-t-il comme tel, est Bernard Frau, le caméléon de la politique. En trente ans, il aura couvert à quelques exceptions près, l’ensemble de l’éventail politique. De la gauche à la droite et parfois à la droite extrême quand il fut pasquaïen mâtiné de de Villiers. Je ne comprends toujours pas comment les instances de la France Insoumise ont pu donner leur investiture à cet homme, vraie caricature de l’engagement à géométrie variable ?
Franchement, croit-on les électeurs de la circonscription de Louviers assez naïfs et stupides pour voter les yeux fermés en faveur du candidat mélenchoniste qu’on nous propose ? Il est évident que les électeurs (trices) de gauche et de centre gauche préfèreront le candidat PC, celui du PS ou celui d’en Marche ! Jamais M. Frau ne fera 20,72 % des voix dans la ville de Louviers, pour ne citer qu’elle…

Dupont-Aignan : Pierre Laval, pas Jean Moulin
Pour rassurer les électeurs(trices) de notre pays, Mme Le Pen — si elle gagne — propose de confier la conduite de la politique à Dupont-Aignan ! Si elle croit atteindre son but, elle se trompe parce que le maire d’Yerres n’a rien de rassurant. Je viens de relire son programme des présidentielles. Il est effrayant. Tout de même, quand il exige que les candidats aux élections aient un casier judiciaire vierge, sait-il que bien des membres du Front national dans l’entourage proche de la candidate FN sont mis en examen et que la candidate FN elle-même, grâce à son immunité, a échappé provisoirement à l’interrogatoire des juges d’instruction qui ne manqueront pas, c’est le cas de le dire, de lui demander des comptes sur les emplois présumés fictifs ? Dupont-Aignan aussi veut supprimer les régions alors que la loi territoriale a démontré toute leur utilité et leur efficacité au bénéfice de l’éducation, de la formation, de l’emploi et du développement économique ? S’agissant de l’Europe, il veut supprimer l’euro et en faire une monnaie de réserve ! Comme Mme Le Pen. Je comprends donc que les Gaullistes voient en lui un Pierre Laval plutôt qu’un Jean Moulin. D’ailleurs Daniel Cordier, l’un des sept compagnons de la Libération encore vivant évoque l’imposture de Dupont-Aignan et appelle à voter pour Emmanuel Macron.

Le Brexit et Trump n’ont plus la cote
Marine Le Pen est une fanatique du Brexit et de Donald Trump. Elle a laissé éclater sa joie quand les Britanniques ont choisi, par 51,8 % des suffrages, de quitter l’Union européenne. Elle a fait de même quand Trump a été élu. Si j’ajoute qu’elle fricote avec Poutine depuis des lustres, le tableau de sa politique étrangère est complet. Pour autant, elle devrait y regarder à deux fois. Un sondage récent (il y a trois jours) indique que les habitants de la Grande-Bretagne regrettent majoritairement le Brexit. La Livre sterling a perdu 30 % de sa valeur renchérissant d’autant les produits importés. Theresa May a rencontré Junker et Barnier cette semaine et la rencontre s’est fort mal passée. May veut un accord commercial avant de s’engager à payer son dû à l’UE, ce que refusent les 27 !
Quant à Trump, sa popularité, après cent jours de présidence, est au plus bas. Les manifestations succèdent aux manifestations, il a annulé toutes les mesures de protection de l’environnement prises par Barack Obama. C’est sans doute pourquoi Mme Le Pen a fait son cinéma aujourd’hui, près d’une industrie polluante du sud de la France. Dupont-Aignan est sur la même ligne : vive le tout nucléaire ! Si par malheur les Français élisaient ce couple infernal, ils regretteraient très vite ses décisions. Mais il serait trop tard pour pleurer.

Manifestations interdites : Le Pen-Erdogan même combat
Demain jour de 1er mai, des Français vont défiler dans les rues de nos villes. La fête du travail est célébrée par les syndicats de travailleurs même si leur unité n’a pas pu se réaliser. La CFDT sera en pointe avec la volonté de faire battre Marine Le Pen au second tour. Les autres n’en pensent pas moins mais ne veulent pas heurter des militants FN membres de leur famille syndicale. On connaît un tas d’élus FN membres de la CGT ce que ses dirigeants acceptent mal.
Donc, on manifestera en France demain. Savez-vous que si Marine Le Pen était présidente, ces manifestations seraient interdites ? Elle a déclaré que pendant l’Etat d’urgence, elle interdirait les manifestations de rues. Comme l’état d’urgence est tellement urgent qu’il va durer des mois ou des années, on a compris que le FN voulait museler toute opposition. Le Pen-Erdogan même combat !




29 avril 2017

Richard Jacquet inaugure son local de campagne à Louviers


Nicolas Mayer-Rossignol est venu soutenir Richard Jacquet (à droite).
Pour Richard Jacquet l’entre deux tours de l’élection présidentielle n’est pas synonyme d’inaction. Bien au contraire. Depuis plusieurs semaines, le candidat de la proximité fréquente les villes et les villages de la 4e circonscription de l’Eure actuellement détenue par François Loncle. Le maire de Pont-de-l’Arche avait donc invité des élus, des militants et les sympathisants de la fédération de l’Eure du PS mais pas seulement puisque des membres de EELV (Alexis Fraisse) ou du PRG (Diego Ortega) étaient présents, à l’inauguration de la permanence du candidat socialiste implantée sur la Place de la Porte de l’eau à Louviers, dans un quartier historique et central de la ville chef-lieu.

Sans mettre son drapeau dans sa poche, Richard Jacquet est un militant-élu de longue date, le potentiel successeur de François Loncle tient tout d’abord à évoquer le difficile premier tour des forces qu’il soutenait tout en appelant sans hésiter une seconde, les électeurs (trices) de l’Eure à voter pour Emmanuel Macron dont il ne prononça pas le nom mais celui du sigle de son mouvement « En Marche ! » Pour lui, le danger de l’élection de la candidate du Front national est réel. Il faut donc que tous les républicains s’unissent et se rassemblent pour empêcher son accession au pouvoir, un désastre pour le pays. Et pour les territoires puisque le programme frontiste comprend la disparition des régions et des intercommunalités : « Même si je ne suis pas toujours d’accord avec le président de Seine-Eure, il faut reconnaître tous les bienfaits de la communauté d’agglomération pour les communes et leurs habitants. »

Passée cette nécessaire évidence, Richard Jacquet et, avant, lui Nicolas Mayer Rossignol, ancien président de la région haut-normande, se plurent à vanter (tant pis pour l’égo) les qualités mises en avant pour légitimement espérer la victoire en juin prochain : l’expérience, l’ouverture, l’honnêteté, l’écoute, la bonne connaissance de la circonscription sans oublier un programme fondé sur le social, l’emploi, la sécurité et surtout les services publics. Pendant ses pérégrinations dans les communes, Richard Jacquet a constaté (et regretté) l’absence, ici d’une école, là, d’une poste, là encore d’une service de proximité essentiel au bien-être des habitants.

Il aura évidemment l’occasion après le second tour de la présidentielle, de décliner ses propositions concrètes tant auprès des maires que des citoyens. Il sera aidé par une équipe convaincue partout à Louviers, Val-de-Reuil, Gaillon, le Roumois, un réseau d’amitiés dans la tradition des campagnes électorales réussies. Mais cela, on le saura vraiment le 18 juin.

Voter Macron : « Si nous ne faisons pas ce minimum, nous sommes des salauds »…


« Il y a une chose à faire, une seule, mais elle ne suffira pas : voter Macron pour faire barrage au FN. C’est un minimum. Si nous ne faisons pas ce minimum, alors là, nous sommes des salauds. Des salauds qui se pensent protégés et qui se foutent du reste. » Christine Angot a trouvé les mots justes avant ce second tour. Si nous ne votons pas Macron le 7 mai, nous sommes des salauds. C’est exactement ce que je pense. Et ce n’est pas le ralliement alimentaire de Dupont-Aignan qui y changera quoi que ce soit. Debout la France se couche alors que le maire d’Yerres se réclame du gaullisme ! Quelle caricature, quel dévoiement, quelle honte !
Heureusement, dès hier soir, des membres de ce parti tel que Dominique Jamet ont immédiatement démissionné. Ils ont compris que ce qui nous est présenté comme un accord de gouvernement est une farce. Il s’agit en réalité d’un accord financier pour permettre à Dupont-Aignan de faire face à ses dépenses de campagne. Marine Le Pen met la main à la poche. Elle achète un candidat sans scrupules qui nous montre enfin son vrai visage : un politicien aussi falot que véreux. Dupont-Aignan serait-il le Doriot contemporain des années trente ? Lui aussi finira dans la poubelle de l’histoire.

La campagne de Marine Le Pen n’aura donc été, lors de ce second tour, composée que de mises en scène, d’images photoshopées ou vieilles d’une dizaine d’années (voir les tracts) de coups médiatiques comme sur le parking des Whirlpool avec distribution de sifflets et de croissants, de tentatives visant à embobiner les insoumis comme cet appel aux mélenchonistes ! Alors là, il fallait oser « parler fourbe » comme le déclare Alexis Corbières, porte parole des insoumis. Oser draguer la gauche de la gauche quand on est la droite de la droite démontre autant une insincérité absolue qu’une limite à la crédibilité du discours des Le Pen. 

Christine Angot écrit encore : « Les gens n’étaient pas prêts à voir la France tomber aux mains du FN en 2002. Maintenant, ils le sont pour une majorité d’entre eux. Il y a ceux qui le revendiquent et votent au premier tour. Et il y a ceux à qui ça ne plaît pas et qui sont prêts à faire avec. » En ce qui me concerne, je ne suis pas prêt à faire avec. Même si je regrette les erreurs de Hollande, conteste certains aspects du programme de Macron, je considère que la politique du pire ne sera jamais la solution. Car elle reviendrait à punir ceux-là même qui votent Le Pen et qui ont le plus besoin de la solidarité nationale.