15 mai 2013

Gilles Kepel (et les printemps arabes) devant les lycéens rolivalois de Marc Bloch


Marc-Antoine Jamet et Gilles Kepel. (photo JCH)
Gilles Kepel est de ces intellectuels brillants, polyglottes, formés aux meilleures écoles de la République et passionnés par le sujet de leurs recherches. Lui parle l’Arabe couramment, connaît le monde islamique sur le bout des doigts et est capable, sans aucune note, de disserter pendant une heure trente sur ce qu’on appelle « les printemps arabes » à l’image de notre printemps, frais et pluvieux. Quels sont les points communs entre les événements de Tunisie, d’Egypte et de Libye ? Quelles sont les raisons qui ont conduit les peuples de ces pays à mettre à bas la dictature qui régnait chez eux depuis des décennies pour laisser la place à des gouvernements sous l’influence des Frères musulmans et prompts à vouloir détenir tous les pouvoirs.
Devant les lycéens de Marc Bloch et quelques privilégiés volontaires, à l’invitation de Jean-Pierre Cantrelle, proviseur et Marc-Antoine Jamet, maire, Gilles Kepel, professeur à la biographie longue comme le bras, s’est livré à un exercice dans lequel il excelle. Sous une forme dilettante, au fil des associations d’idées, le très fin connaisseur de l’Islam et de l’histoire-géographie a décrit un monde en plein bouleversements et bien malin qui pourrait prévoir la suite des événements en cours.
Retenons quelques points fixes : l’importance de la religion dans ces pays du Levant et du Moyen-Orient, la rivalité brutale et violente entre Chiites et sunnites, la merveilleuse rente pétrolière et gazière dans certains de ces pays, la situation souvent peu enviable des femmes, et enfin, la difficulté d’imaginer une démocratie à l’occidentale dans laquelle 51 % des suffrages vaut beaucoup plus que 49. A cela s’ajoutent la présence d’un état juif, le rôle de l’Iran sur l’Irak, sur la Syrie et sur le Hezbollah libanais, l’opposition entre les Etats-Unis d’Amérique et la Russie pour résoudre la crise syrienne…ce qui compose une mosaïque compliquée, confuse, où la raison ne l’emporte pas toujours sur les fanatismes et où la laïcité a bien du mal à se frayer un chemin.
Ajoutons la croissance hyper rapide des Émirats, du Bahrein, du Qatar, leur propension à développer leurs investissements dans les pays développés mais en crise, et nous comprendrons pourquoi ni Francis Fukuyama (et la fin de l’histoire) ni Huntington (et le choc des civilisations) n’apportent de réponse satisfaisante aux situations en cours.
Les six élèves admissibles au grand oral de Sciences Po Paris auront écouté avec attention Gilles Kepel. Il s’est voulu pédagogue et conseiller à leur intention comme si nous étions tous appelés à passer devant le jury. Avec succès évidemment.

14 mai 2013

Encore trop de canalisations en plomb…


Une question écrite de François Loncle à la ministre de l'égalité des territoires et du logement :
« M. François Loncle attire l’attention de Mme la ministre de l’Egalité des territoires et du Logement sur les risques sanitaires encourus par les habitants des immeubles anciens équipés de canalisations en plomb. En effet, l’eau du robinet contenant un taux élevé de plomb présente de graves dangers. La directive européenne 98/83/CE relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine impose la division par 2,5 de la teneur en plomb de l’eau potable d’ici au 25 décembre 2013, ce qui suppose le remplacement de tous les tuyaux et canalisations en plomb, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des habitations. En France, le programme d’assainissement du réseau public progresse de manière satisfaisante. Ce n’est pas le cas du parc immobilier privé où 2 à 3 millions de logements sont concernés, soit 10 à 15 % des logements situés sur le territoire national. Ces travaux nécessitent des sommes importantes puisque l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) évalue leur coût à 1 000 euros par logement. C’est pourquoi M. François Loncle souhaiterait que Mme la ministre de l’Egalité des territoires et du Logement lui explique les mesures envisagées pour remédier à cette disparité et pour accélérer la rénovation des canalisations dans les habitations privées. »
François Loncle, député de l'Eure

Trop de racisme et de saluts fascistes dans les stades de football !


Des casseurs — c’est leur nom — ont gâché « la fête » organisée à l’occasion de la célébration du titre de champion de France de la ligue 1 de football gagné par l’équipe du Paris-Saint-Germain. Quelques dizaines de supporteurs ultras, comme on dit dans le milieu, ont profité de l’occasion pour casser du flic, des abris bus et des vitrines de la Place du Trocadéro à l’avenue des Champs Elysées. Les joueurs n’ont disposé que de cinq minutes pour se montrer et dégager illico presto afin d’éviter les gnons et les bousculades. Bertrand Delanoë, maire de Paris, raccompagné à sa voiture par des gardes du corps n’a pas demandé son reste et des grenades assourdissantes ont eu pour effet de chasser les brutes à quelques rues du lieu de rendez-vous initial.
En un mot, la soirée a été complètement ratée. Le préfet de Paris a même annoncé que, dorénavant, quelle que soit la raison de fêter les victoires du PSG, il n’y aura plus de bus spécial dans les rues et encore moins de supporteurs pour les encourager. Le football, quand il est bien pratiqué, est un sport populaire. Quand il suscite les excès d’hier soir, il sent mauvais. Il faut dire que cette année, les titulaires de l’équipe qatari n’ont manqué ni d’argent ni de cartons rouges. Léonardo lui-même, manager général, a été surpris par les caméras de Canal-Plus en train de bousculer un arbitre, M. Castro, dans les vestiaires, ce qui pourrait lui coûter une longue suspension.
Le PSG n’est pas la seule équipe à susciter tant de passion haineuse et tant de gestes insolents. En Italie, combien  de joueurs ont été accusés de paroles racistes et de saluts fascistes ? Combien de matches truqués ? Combien de joueurs dopés ? (le football n’est pas le seul sport dans ce domaine). A Paris, en Angleterre, en Italie, en Espagne, combien de footeux surpayés. Quand, à vingt ans, on dispose d’une collection de six voitures de luxe à des prix insensés, il ne faut pas s’étonner que des garnements de banlieue au chômage ou dans l’oisiveté éprouvent quelque jalousie et font de la violence leur mode d’expression favori. « Puisque je ne vaux rien, puisque je ne suis rien, je n’ai rien à perdre. » Il est étrange, tout de même, que ces jeunes se reconnaissent dans les discours stigmatisants de l’extrême droite raciste et xénophobe. Dans les actes des skin-heads, ces fameux crânes rasés qu’on retrouve systématiquement dans les manifestations des groupes identitaires et nationalistes. Lors de la manif pour tous, ces crânes rasés ont été à l’origine des incidents sur les Champs Elysées. Ce sont les mêmes qui ont insulté les journalistes et les preneurs d’images, hier, au Trocadéro et ont jeté des pavés dans les vitrines. Eric Ciotti, le monsieur sécurité de l’UMP, a tort de mettre en cause le préfet de police et le ministre de l’Intérieur. Là où il a vu 50 policiers, il y en avait 800, chiffre confirmé aujourd’hui. Il devrait savoir que quand les têtes brûlées ont décidé de passer à l’action, seules des dizaines de compagnies de CRS ou de gardes mobiles peuvent en venir à bout. A quoi bon jeter de l’huile sur le feu quand on est un responsable cohérent et sérieux ?

13 mai 2013

La grande lessiveuse du suffrage universel


Les hommes politiques, quel que soit le niveau de leurs responsabilités, ont parfois une drôle d’idée du suffrage universel. En étant désigné par les citoyens lors d’un vote, certains en sont à considérer que ce vote annule tous leurs errements et toutes leurs turpitudes. Après la guerre de 1939-1945, il y eut bien des condamnations pour collaboration avec l’ennemi nazi. Certains hommes furent lynchés et donc assassinés sans jugement, d’autres (des femmes) furent tondues le plus souvent pour avoir eu des relations intimes avec des militaires allemands, d’autres encore furent condamnés à des peines de prison ou frappés d’une période d’indignité nationale les empêchant d’être élus.
Passé cette période, ils ont été un certain nombre en France et dans l’Eure, notamment, à souhaiter être « blanchis » par le suffrage des électeurs. Une élection revenait, dans leur esprit, à un effacement des fautes, un oubli des déshonneurs, à une réhabilitation sociale et publique. Dans l’Eure, Modeste Legouez, ancien sénateur, fut de ceux-là. On le vit parader, recevoir des médailles et s’engager politiquement très à droite sans craindre l’opprobre du peuple d’autant plus qu’un sénateur est élu par d’autres élus ! Et Legouez fut également élu maire et conseiller général !
En se promenant sur le marché de Villeneuve-sur-Lot, ville dont il est le maire, Jérôme Cahuzac prend le pouls de la ville dont il était, il y a quelques semaines encore, également le député. Contraint à la démission de son poste de ministre sous la pression et les révélations du site Mediapart, il a dû en faire autant avec ses fonctions de parlementaire…sous la pression du président de la République et du Parti socialiste. Alors qu’il pouvait retrouver, de facto, son siège de député, il a dû abandonner l’idée de revenir au Palais Bourbon par automaticité.
Cahuzac n’exclut, aujourd’hui, pas d’être candidat à la prochaine élection législative partielle bien que le PS (qui l’a exclu) ait d’ores et déjà désigné un candidat officiel du nom de Barral, ancien chef d’entreprise et bien connu localement. Si Cahuzac va au bout de son idée, qui sait si les électeurs ne feront pas marcher la grande lessiveuse du suffrage universel, celle qui nettoie plus blanc que blanc et réintègre les parias condamnés ou susceptibles de l’être. Il est vrai que tant que la justice n'a pas dit son dernier mot, personne n’est définitivement coupable.
Pour autant et c’est vrai partout en France, on ne doit pas considérer qu’une élection est une réhabilitation ou un effacement des fautes et des erreurs. Franck Martin a déclaré dans la presse locale — après avoir été condamné en première instance pour diffamation à Evreux à l'égard de Marc-Antoine Jamet — que le seul jugement qui compte à ses yeux « est celui des électeurs. » Franchement, je ne vois pas pourquoi les Lovériens, par leur vote, auraient à abonder (ou non) dans le sens du maire. Ce dernier devra être jugé, politiquement, sur son action, sur ses alliances et sur son programme. Pas seulement sur ses faux pas.

Deux rendez-vous à ne pas manquer

Alain Bergounioux (DR)
La Fédération de l’Eure du Parti socialiste vous invite à assister à la conférence que donnera Alain Bergounioux, historien, responsable des relations avec les revues et fondations du Parti socialiste, conseiller du premier secrétaire, ce lundi 13 mai à 19 h 15 au siège de la Fédération 65 rue Joséphine à Evreux.
Le thème choisi : « le combat socialiste hier et aujourd’hui » est plus que jamais d’actualité compte tenu de la crise économique et des difficultés auxquelles le gouvernement et la majorité parlementaire doivent faire face.

Demain, mardi 14 mai à 16 h 30, au Théâtre des Chalands de Val-de-Reuil, dans le cadre de l’atelier Sciences-po du lycée Marc Bloch, Gilles Kepel, spécialiste de l’Islam et du monde arabe sera présent pour apporter son éclairage sur les printemps arabes et les événements survenus en Libye, en Tunisie, en Egypte ainsi qu’en Syrie.

10 mai 2013

Appel à tous ceux et toutes celles qui possèdent des archives de la période municipale lovérienne de 1965 à 1983


Le chantier des voies piétonnes du centre-ville a causé la perte du pouvoir du CAG aux élections de 1983. (photo JCH)
Nous sommes nombreux(ses) à avoir vécu la belle aventure — car c’en fut une — du comité d’Action de Gauche de Louviers. Créé après la défaite de la liste Martin aux municipales de 1969, inspiré par l’exemplarité de la politique municipale d’Ernest Martin, ancien maire de 1965 à 1969, le comité d’Action de Gauche a été l’initiateur de combats aussi divers que ceux engagés en faveur de la libre expression, par exemple, et de l’accès libre pour tous aux équipements collectifs.
Quand je lis, aujourd’hui, sous la plume de Pierre Lescure, chargé d’un rapport sur la culture et adressé à Aurélie Filipetti, ministre de François Hollande, que « la gratuité est contre-nature » je me dis que, décidément, des hommes dits de gauche peuvent être animés des meilleurs sentiments du monde mais que leur idéologie et leur manière de voir la vie respirent le libéralisme à plein nez. Pour se cultiver, il faut payer. Pour acheter son beefsteak aussi, tout comme pour aller à la piscine. Payer, toujours payer. C’est ce droit payant, ce droit à « consommer » que nous souhaitions à cette époque remettre en cause. C’est cet accès forcément ségrégatif que nous souhaitions supprimer. Au bénéfice des enfants de familles modestes, surtout, mais surtout au bénéfice de tous les enfants de Louviers.
Le mot de gratuité ne convient d’ailleurs pas. Car rien n’est gratuit. Construire une piscine et la faire fonctionner coûte évidemment de l’argent. Mais si l’on veut qu’un maximum d’enfants apprennent à nager, continuent de faire du sport durant toute leur vie et s’épanouissent collectivement, la communauté doit faire un effort. Cet effort c’est l’impôt. L’impôt redistributeur que tout un chacun devrait contribuer à alimenter en fonction de ses moyens et de ses besoins. Et sans barguigner.
L’action du Comité d’Action de gauche et son programme ont servi de tremplin programmatique et électoral à la liste conduite par Henri Fromentin. Une municipalité dite autogestionnaire a géré les affaires de Louviers de 1976 à 1983. C’est cette action qu’Hélène Hatzfeld, chercheuse au CNRS, scrute depuis plusieurs mois, analyse, mêlant entretiens avec les acteurs de l’époque et consultation des documents qu’elle a sous la main.
Sur ses conseils, j’ai fait don au service des archives municipales lovériennes de l’ensemble des archives personnelles que je possédais. Si j’écris cet article, c’est pour inciter tous les témoins, acteurs, amis, élus, à en faire autant et pour qu'ils alimentent par leur don (1) la connaissance et le savoir liés à l’action de cette municipalité Fromentin-Martin. Je peux comprendre le déchirement affectif ressenti à l’idée d’abandonner les traces d’une période individuelle et collective très riche. Je veux pourtant espérer que chacun et chacune d’entre nous se soucient plus de l’avenir que du passé. Le travail d’Hélène Hatzfeld sera une pierre de plus au récit municipal lovérien. Il est de notre devoir de l’aider et d’alimenter les archives municipales afin que les futures générations comprennent combien dès cette époque, la citoyenneté active était un vrai marqueur de la gauche solidaire.
(1) Les personnes qui souhaitent faire don de leurs archives personnelles (journaux, photographies, affiches, textes divers) peuvent m’adresser un commentaire en précisant leurs coordonnées. Je prendrai ensuite contact avec elles pour assurer une transmission officielle au service d’archives municipal.

8 mai 2013

Aminata Traoré, privée de visa !


« Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture du Mali et militante altermondialiste, s'est vue refuser le renouvellement de son visa de circulation par le consulat de France, alors qu'elle devait se rendre en France et en Allemagne à l'occasion de plusieurs conférences mi avril.
Nos organisations considèrent que le droit à l'expression est indispensable au débat démocratique, y compris quand il s'agit d'un point de vue critique sur la politique menée par le pays concerné par l'octroi du visa. Doit-on penser qu'il y a un lien entre les positions publiques d'Aminata Traoré sur l'intervention de la France au Mali et ce refus de visa ?
Nos organisations, alors même que leurs appréciations et positions publiques sur l'intervention de la France au Mali et ses prolongements actuels peuvent être différentes, désapprouvent unanimement qu'une personne dont les apports dans les débats internationaux et les liens avec les mouvements de solidarité internationale sont incontestables, soit ainsi privée de parole en étant privée de visa.
Elles réaffirment leur attachement à la liberté d'expression, à la nécessité de débats citoyens et transparents sur des questions aussi graves qu'une intervention militaire de cet ordre et au droit de circulation des personnes. »
(Communiqué du CRID, centre de recherche et d'information pour le développement, collectif de 53 associations françaises de solidarité internationale)

A l'agglomération Seine-Eure, le retour en régie publique ne doit pas tomber à l'eau…


Les délégués de la CASE ne se posent pas de question sur les délégations de services publics. Ils ont tort. (photo JCH)
Au nom de l’association que je préside (1) j’ai demandé et obtenu un rendez-vous avec Patrice Yung, président de la CASE. Avec un membre du bureau de cette association, Stéphane Conan, nous avons tous deux été reçus, la semaine dernière, avec amabilité et courtoisie. Nous souhaitions nous entretenir avec M. Yung de deux dossiers dont les citoyens ne doivent pas se désintéresser : les conséquences de l’incendie qui a détruit  le poste général d’alimentation électrique de la station d’épuration de Louviers et l’avenir de la délégation de service public concernant l’eau et l’assainissement.
Avec le concours de M. Régis Petit, directeur général adjoint, M. Yung nous a apporté quelques précisions sur les circonstances de l’incendie de la station d’épuration aux causes à coup sûr accidentelles. Les dommages sur le milieu aquatique avec rejet des effluents dans l’Eure n’auront été concrets que pendant 48 heures, le temps d’installer des postes électriques individuels pour que la station reprenne son rythme normal d’épuration. L’Agence de l’eau n’aurait pas relevé de pollutions notables de la rivière eu égard au débit constaté durant cette période notoirement pluvieuse.
Sur le plan juridique, les experts des assurances discutent des responsabilités et évidemment celle de celui qui devra payer les dégâts très importants seulement dix ans après la mise en service de la STEP. Il nous a été dit que les usagers ne seraient en aucune façon mis à contribution. Se pose tout de même la question des alarmes surtout celle de la détection anti-incendie dont le maire de Louviers, ancien président de la CASE, a déclaré publiquement avoir découvert son absence à l’occasion du fait divers.
L’avenir de la DSP eau et assainissement ? Notre association se bat depuis plusieurs années pour le retour de cette DSP en régie publique. Pas seulement par idéologie ou anti quelque chose. Un important mouvement national conduit nombre de communes et d’intercommunalités à abandonner les contrats avec les opérateurs privés et optent pour des régies publiques offrant une contrôle total sur les prestations et les investissements engagés. Souvent, les régies publiques pratiquent des prix de l’eau moins élevés et, surtout, mettent en place des tarifs sociaux favorables aux familles en difficulté. Sans parler de la situation et des conditions de travail améliorées des personnels.
Nous avons maintes fois évoqué l’arrêt Olivet du Conseil d’Etat, du nom de cette commune du Loiret, qui fixe à vingt ans au maximum la durée des contrats passés avec des opérateurs privés. En février 2015, la CASE aura donc la possibilité, si les délégués le souhaitent, de revenir en régie publique sur le territoire des communes concernées. Les textes prévoient le paiement d’une indemnité de compensation après avis du directeur départemental des finances publiques. M. Yung nous a confirmé que l’avis de ce dernier avait été sollicité, conformément à la loi, et que les discussions engagées avec Véolia conduisent l’opérateur privé à exiger une indemnité « financièrement insupportable » par la CASE. C’est du moins l’avis actuel de M. Yung. Il est évident que des négociations serrées doivent s’ouvrir et que si telle était la volonté de l’exécutif communautaire, il serait sans aucun doute possible de trouver un accord avec Véolia. M. Yung nous a rappelé le droit d’entrée payé par Véolia à l’occasion de la construction de la médiathèque mais, comme souvent, il nous semble que depuis la réalisation de cet investissement, les usagers ont largement remboursé la mise initiale !
Ce que nous demandons — en vain — depuis longtemps, c’est obtenir la liste de la totalité des investissements réalisés par l’opérateur privé depuis l’origine des conventions et le calendrier de l’amortissement des équipements réalisés. La CADA (2) que nous avions interrogée en son temps considère que cette liste n’est pas un document public habituel et que rien n’oblige la CASE à le confectionner et donc à le rendre consultable. Au-delà de la stricte interprétation juridique, il nous semble qu’au nom de la transparence, un effort aurait pu être fait. Nous voulons bien admettre qu’écourter la durée du contrat de Véolia entraîne un préjudice financier pour la société privée mais il devrait être admis par les responsables de la CASE qu’il nous est impossible d’acquiescer à leur raisonnement sans avoir sous les yeux les documents — les conventions, les dates — permettant à Véolia de justifier ses demandes surtout si elles sont exorbitantes. Il existe en effet une série de jugements qui ont permis aux communes de voir le montant des indemnités dues au privé sensiblement abaissé.
M. Yung, en acceptant de nous recevoir a légitimé notre existence et nous en lui en savons gré. Cette légitimité devrait l’inciter à jouer cartes sur table et c’est aussi ce que nous demandons à l’ensemble des délégués de la CASE, peu enclins dans leur majorité à faire toute la clarté sur ces dossiers. Certains d’entre eux sont pourtant membres de partis politiques (PS, EELV, PCF) ayant dans leur programme le retour en régie publique des DSP confiées au privé. Nous souhaitons que les futurs élus (et non délégués) de la CASE prennent en compte ce besoin d’informations répondant à l’intérêt général. En attendant mars 2014, l’association a décidé de redoubler d’efforts pour aller plus à fond dans le dossier et en savoir plus sur la réalité des demandes de Véolia.
(1) Association pour la protection et l’amélioration de l’environnement.
(2) Commission d’accès aux documents administratifs.

7 mai 2013

« Lettre ouverte à un électeur socialiste qui se pose (peut-être) des questions » par Marc-Antoine Jamet


Au soir de la victoire de François Hollande. (photo JCH)
François Hollande, 365 jours après le 6 mai. 

Cher(e) camarade, Cher(e) ami(e),

Il y a un an, grâce à ton vote, grâce à celui des millions de Français qui ont fait le même geste que le tien, François Hollande était élu à la Présidence de la République. Lui, Chef de l’Etat, il devenait ainsi, après François Mitterrand en 1981, le deuxième socialiste à accéder à la magistrature suprême sous la Cinquième République. Nous, ses partisans, ses militants, nous en étions fiers. Nous, ses soutiens, ses supporters, nous en étions même heureux. A la Bastille, revenait l’air d’une chanson que nous aimions bien. Le temps passe-t-il si vite ? Certains paraissent aujourd’hui ne plus se souvenir de cette joie qui faisait tressaillir le « Peuple de Gauche », de ces regards victorieux, de ses visages libérés. Commentant telle ou telle décision du pouvoir qu’ils ont contribué à désigner, ils osent faire la petite bouche ou, regrettant telle ou telle prise de position, ils laissent apparaître une triste figure. C’est selon.

Alors, il n’est pas inutile de leur rappeler l’atmosphère délétère qui, à droite, entoura une fin de campagne marquée par la fraternisation avec les idées les plus extrêmes, les plus obscures, le rejet qui entoura les derniers jours du président sortant, ses manières discutées, ses amis discutables, le mélange de dette et de déficit qui caractérisa sa politique cinq années durant. Prolongeant celles, toutes aussi néfastes, mais moins brutales, de son prédécesseur, ses erreurs constituent, de fait, la première explication à l’absence de croissance et au chômage de masse dont, désormais, nous sommes accablés. L’une comme l’autre ne sont pas apparus, comme par un soudain désenchantement, au soir d’un dimanche électoral. Le feu ne couvait pas sous la cendre. C’est parce que l’incendie était gigantesque et que les citernes étaient vides que le suffrage universel a désigné les socialistes.

On nous reproche déjà de peiner à réparer en douze mois ce qui a été -mal- fait en douze ans ? Soyons logiques. Imaginons ce qu’auraient été notre vie et, par la suite, notre tâche, si l’équipe néoconservatrice dont, comme un fardeau, nous portons désormais le bilan, creusant l’ornière, avait appliqué son programme cinq années de plus. Injustices fiscales, inepties économiques et inégalités sociales se seraient accrues au lieu d’être corrigées. Indubitablement. Tu n’as donc rien à regretter. Au contraire ! Voter Hollande était le bon choix et cela le reste. Fondamentalement.


Masochisme à Gauche et amnésie à droite

Bien sûr, les critiques n’ont pas tardé. L’angélisme consubstantiel à la Gauche s’y est quelque peu brulé les ailes. Ces flèches étaient pourtant prévisibles. D’abord, parce que c’est le sort de toute opposition qui devient majorité que de voir, contre elle, basculer les mécontents, s’emporter les impatients et s’auto-enflammer les partisans d’une radicalité tribunicienne, posture facile, fonds de commerce factice qui fit, il y a trente ans, les plus beaux jours du défunt Georges Marchais. Ensuite, parce que la situation laissée par le Gouvernement Fillon était si désastreuse et les dossiers dissimulés ou différés, comme le plan social de PSA à Aulnay, si nombreux que, sur son inertie, mot bien choisis, le bateau France ne pouvait, si ce n’est virer de bord, au moins changer de cap aussi vite que les passagers le réclamaient au nouvel équipage et au capitaine corrézien qu’ils s’étaient donné. Le soi-disant pédalo avait la taille du plus énorme des paquebots. Pas simple à manœuvrer quand les moteurs sont à l’arrêt. A cette impatience légitime, les attentes et les espoirs étant si grands, se sont ajoutés les effets moins rationnels de l’accélération, de la numérisation et de la mondialisation de l’information, de plus en plus déconnectée du temps nécessaire à l’action humaine que ce Gouvernement est sans doute le premier à éprouver avec une telle force. Enfin les ténors de la majorité sortie ont retrouvé dans leurs archives de les plus belles pages d’une partition qu’ils ont toujours maîtrisé à ravir : le grand air du déni, plus couramment appelé en médecine l’amnésie. Ils en ont usé et abusé. En virtuoses. NKM, Baroin, Pécresse, Lemaire, Copé, ministres faillis, rejetés et battus ? Allons donc. Vous avez du rêver. Convenons que nous n’avons pas rechigné à tomber dans ces différents pièges. Avouons que notre Gouvernement, où l’expérience était rare, a parfois donné l’impression des prendre son temps pour prendre ses marques. Nous savions cela. On pouvait le craindre. Nous ne l’avons pas supporté. Nous voulions tout. Tout de suite. Soyons honnêtes : après 4 500 jours de Raffarinades et de Filloneries, comment cela eut-il pu être possible ?


En six mois, Hollande a déjà tenu les 2/3 de ses promesses.

Pourtant, et ce qui aurait dû frapper les observateurs, c’est la rapidité -justement- qui a prévalu. Les engagements de la campagne, pour les deux tiers d’entre eux, ont été tenus en six mois. S’il n’y a pas eu le moindre état de grâce, dans l’opinion, dans la presse, il n’y a pas eu non plus de période de rodage, de délai de mise en route. Les promesses n’ont pas tardé à se transformer en actes aussitôt entrés en vigueur. L’allocation scolaire revalorisée de 25% a été décidée à la première rentrée, l’augmentation du nombre d’enseignants et d’adultes encadrants à l’école initiée dès l’été, la réforme des rythmes scolaires entamée sans tergiverser. La création des zones de sécurité prioritaires a rappelé la fermeté du Gouvernement en matière de sécurité. Le rétablissement de la retraite à 60 ans pour ceux qui ont travaillé tôt a démontré que la Gauche était fidèle à ses valeurs. La baisse de 30% des rémunérations du Président, du Premier ministre et des ministres, une nouvelle manière de se comporter au pouvoir, qui a fait sourire, mais qui, en Scandinavie ou en Allemagne, est devenue habituelle depuis des décennies, malgré la défection d’un homme rongé par ses démons, ceux de l’argent qui en frappe tant, ont façonné l’empreinte de la république irréprochable qui ne méprise pas, qui n’écrase pas. Moins de morgue et moins de brutalité sont des éléments centraux -et qu’il ne faut pas minimiser- de la présidence normale. On tremble moins dans les préfectures, les ambassades, les rectorats. L’accord compétitivité emploi, les emplois d’avenir, le contrat de génération ont jeté les bases d’un sursaut économique. Rien de tout cela n’était caché. Ce sont autant de propositions phares de la campagne du candidat Hollande. Le Parlement n’a jamais autant et si concrètement travaillé depuis dix ans. Moins sollicité, on lui aurait reproché son inactivité. Régulièrement consulté, on le dit embouteillé. C’est le goût français pour le paradoxe…


Gouverner en accord avec ses valeurs

La Gauche n’est pas là que pour gérer la transformation sociale et le redressement productif laissant à d’autres le soin de légiférer sur les principes. D’eux découle le reste. Ce sont des bases, des repères. Sur ce chapitre, une année a suffi pour renouer avec l’esprit des avancées républicaines. Quelle grande liberté fondamentale a-t-elle été obtenue, confortée, développée grâce à Nicolas Sarkozy en cinq ans ? Pas évident de répondre. A l’inverse, depuis le 6 mai 2012, des pages nouvelles d’égalité et de fraternité ont été écrites. Les écoliers du XXIème siècle les apprendront-ils dans leurs manuels scolaires ? Peut-être pas. Ce n’est pas parce que les socialistes sont au pouvoir que la société française va retrouver du jour au lendemain les chemins de la vertu civique. Des années de crise morale et économique, les années Tapie, les années Messier, les années Bettencourt, sont passées par là et ont tout lessivé. Recommençons pas à pas. Nous avons appris à l’école que la première femme ministre a été nommée par Léon Blum. Nos enfants apprendront que lorsque François Hollande est devenu Président de la République, pour la première fois dans l’histoire de la vie politique française, une parfaite parité gouvernementale a été instaurée. Nous avons soutenu Simone Veil lorsqu’elle s’est battue pour la légalisation de l’IVG. En 2013, le Gouvernement de Jean-Marc Ayrault a permis son remboursement à 100% et mis à la disposition des très jeunes filles une contraception afin de faire reculer le nombre des grossesses précoces. L’écart de rémunérations entre les hommes et les femmes est de 25% en moyenne. A partir de 2013, les entreprises qui n’appliqueront pas l’égalité salariale seront pénalisées faisant ainsi voler en éclats le plafond de verre qui opprimait dirigeantes, ouvrières, employées et cadres. Il a fallu attendre 1982 pour que l’homosexualité ne soit plus considérée comme un délit dans le code pénal. En 2013 les couples de même sexe ont acquis le droit de se marier. C’est pour l’Egalité que ces décisions ont été prises. D’autres sont à prendre et je pense naturellement, élu d’une commune cosmopolite et paisible, au droit de vote des étrangers aux élections locales.  Il ne faut pas cependant au nom de ce qui reste à faire nier ce qui vient d’être fait. Le pessimisme, maladie infantile du socialisme ?


La France écoutée, crue et respectée

C’est parfois de l’extérieur que viennent les jugements les plus lucides sur le changement français. Je ne parle pas des gros titres de la presse qui, ailleurs comme ici, vend plus de papier ou de clics avec ce qui va mal qu’avec ce qui va bien. Dans le monde, Paris est perçu autrement. Avons-nous seulement vu le soulagement des chancelleries européennes et des gouvernements alliés à voir notre pays retrouver à son sommet doctrine, cohérence et stabilité ? La prévisibilité et la clarté sont des éléments déterminants des relations internationales. Elles sont indispensables à la diplomatie française. Le moins que l’on puisse dire est qu’elles n’avaient pas été privilégiées depuis 2007. En opposition totale avec les improvisations, les errements et la surprise qui marquèrent la conduite de la France face aux printemps arabes, passant en quelques secondes d’une coupable bienveillance pour les dictateurs Ben Ali, partenaires pour certains ministres UMP de contrats immobiliers, et Kadhafi, invité comme jadis les cosaques de Koutouzov à dresser sa tente à l’ombre des arbres des Champs-Elysées, à une intervention militaire en Lybie qui sauva des vies, mais éparpilla armes et djihadistes dans toute la région, le  triumvirat Hollande-Fabius-Le Drian a réalisé un sans-faute. Le retrait annoncé et exécuté d’Afghanistan en est une illustration. L’intervention au Mali en est une autre. La France, loin des méthodes de la Françafrique, a répondu présent pour défendre un Etat qui s’apprêtait à tomber aux mains des terroristes. Cette politique a été plébiscitée. Pas besoin de tapes dans le dos de Poutine ou de « Barack et moi on va sauver le monde ensemble », mais des images fortes de John Kerry venant à Paris refonder, en français, avec les Etats-Unis, une confiance qui avait manifestement disparue, de l’Inde réconciliée avec Paris après les incidents qui émaillèrent le dernier quinquennat ou, encore, de François Hollande premier Chef de l’Etat reçu par le nouveau Président chinois et avec les égards d’un déjeuner privé qu’aucun autre ne s’était vu proposer jusqu’à présent. A l’inverse d’une habitude prise par les deux précédents locataires de l’Elysée, le Président de la République envisage la politique internationale, non pour se tenir à distance des difficultés de politique intérieure, mais pour servir une stratégie de diplomatie économique et répondre aux préoccupations quotidiennes des Français, au premier rang desquelles figure évidemment l’emploi. 


Retrouver croissance et emploi

Car la politique extérieure, aussi importante soit-elle, ou les réformes de société, qui font émerger le visage inquiétant d’une droite si réactionnaire qu’elle fait peur à ses propres leaders, ne peuvent masquer l’enjeu fondamental des quatre prochaines années : redonner au pays de la croissance et inverser la courbe du chômage.  C’est l’objectif de ce Gouvernement. Pourquoi ne pas le croire ? C’est le but que lui a fixé le Président. Y parviendra-t-il ? Il l’affirme et veut s’en donner les moyens, du crédit de compétitivité à l’introduction de cours d’entrepreneuriat au collège en passant par la Banque Publique d’investissement et la réhabilitation de l’entrepreneur. C’est la fameuse boîte à outils dont ne plaisantent que ceux qu’épargne la panne sociale. Ce faisant, il prend sans doute un risque, mais c’est celui du courage et du volontarisme, lorsqu’il persiste à évoquer, devant les Français de Shanghai voici deux semaines, le calendrier qui permettrait à ces mesures de conduire notre économie vers la réussite. Cela d’autant plus que cette dynamique connaît des échecs. Il en est de symboliques. Certains font mal comme Petroplus. D’autres en sont-ils vraiment comme Florange ? Quoi qu’il en soit, croyait-on vraiment que François Hollande mènerait un combat facile là où, depuis Lionel Jospin qui inversa la courbe du chômage, nul n’a connu de succès. En attendant, le Président agit et conduit une révolution demeurée trop silencieuse pour être populaire. A situation historique, attitude responsable, ce Gouvernement est, de fait, le premier depuis longtemps, peut-être depuis celui de 1984, à vouloir réhabiliter l’ambition industrielle. Elle existe au plus haut niveau de l’Etat. C’est elle qui a sauvé M’Real dans l’Eure. C’est elle qui protège l’usine Renault de Flins et donne du travail à celles de Sandouville et Cléon. La création de filières d’excellence, la promotion du « made in France », la constitution d’un tissu de PME nous redonneront un avantage comparatif. C’est la voie de l’avenir et il repose sur trois axiomes. Pour partager des richesses, ce qu’exige la solidarité, il faut en créer. Pour combattre les déficits, il faut vendre plus que nous achetons. Pour produire des services, ce qui est sain, on ne peut se dispenser de créer des biens.


Sérieux, rigueur ou austérité

Mais il est un autre pilier à la politique économique de ce début de quinquennat. Il n’a pas bonne presse. Il est peu esthétique et aucunement valorisant, du moins en France, quand il s’agit de rassurer et de séduire des citoyens, contribuables ou épargnants, qui s’alarment d’être traités par la finance internationale incarnée, à leurs yeux, par Charybde et Scylla, la Chancelière allemande et la patronne du FMI, comme l’ont été les PIGs[1]. C’est la sacro-sainte réduction de la dette. On dit qu’elle cache la rigueur et l’austérité. Je te dirai qu’elle valide notre sérieux et conditionne notre crédibilité. Ce n’est pas un objectif. C’est un impératif. Il est cependant conditionné à une autre exigence : celle de la solidarité fiscale qui implique que chacun contribue honnêtement, par l’impôt, selon ses moyens, à l’assainissement de nos finances publiques, bref que l’individu se place au service du collectif ce qui, par les temps que nous vivons, vaut assurément mieux que le contraire.

Certes, la dette abaissée et la confiance des investisseurs retrouvée, la croissance ne ressurgira pas comme par miracle, instantanément. Ce lien automatique et immédiat serait absurde. Dans nos mairies où le déficit est interdit par la Loi, l’opulence n’est pourtant pas toujours, c’est un euphémisme, au rendez-vous. Mais parce que l’Etat retrouvera une marge d’impulsion économique, il pourra de nouveau jouer des régulateurs et des multiplicateurs que la Commission Européenne l’abjure de ne pas utiliser, même si elle a introduit, la semaine dernière, un peu de souplesse dans cet interdit, tout comme elle avait versé un peu de croissance, à la demande du Président Français, dans son dernier « paquet » Euro. Si François Hollande réussit à redresser les finances du pays et à faire évoluer Bruxelles, les deux n’étant pas sans relations, il vérifiera une règle d’or, la seule et unique qui vaille, celle de 1997, celle qui dit que la Gauche, au pouvoir, gère mieux que la droite.

Voilà, cher(e) camarade, cher(e) ami(e), ce que j’avais à cœur de t’écrire. Les bilans de cette première année de mandat que tu liras dans les journaux seront probablement très différents de celui que j’ai décrit, mais si les éditorialistes ont un droit absolu à la critique, car c’est une part de leur métier, de sa beauté et de leur liberté, il me semble qu’un militant a le devoir entier de soutenir son Président, son Gouvernement, son Programme, car c’est le premier de ses engagements. Je le fais. Je t’incite à le faire.


Marc-Antoine JAMET

Premier secrétaire de la fédération de l’Eure du Parti socialiste




[1] Les premières lettres du Portugal, de l’Italie et de la Grèce, forment le mot cochon en anglais coc.

5 mai 2013

Jean-François Copé, un Pinochet au petit pied…


« La France a besoin d’un mai 1958 » vient de déclarer Jean-François Copé. Les Français d’un certain âge et ceux qui connaissent leur histoire savent qu’en cette année 1958, un certain général de Gaulle prit le pouvoir sous la pression des militaires en Algérie et devint président du conseil avant de supprimer la 4e République et de doter la France d’une nouvelle constitution sous laquelle nous continuons de vivre.
Plusieurs éminentes personnalités de gauche ont, à l’époque, refusé ce que François Mitterrand a qualifié de coup d’état. Pierre Mendès France était évidemment de ceux-là. Le général de Gaulle a habilement joué des peurs et des angoisses du peuple, de la menace de guerre civile et a profité de l’image forte qu’il façonna pendant la seconde guerre mondiale comme chef de la Résistance et de la France Libre. François Mitterrand ne lui pardonna jamais ce 13 mai et sa prise de pouvoir en pleine guerre d’Algérie et de 4e finissante.
De la part de Copé, la formule fait sens. Il veut signifier qu’à la tête de l’Etat se trouvent, selon lui, un président et un gouvernement « faibles » « incompétents » pas à la hauteur des problèmes d’ailleurs causés, pour la plupart soit dit en passant, par la gestion Sarkozy. Chez Copé, il ne s’agit pas d’une parole en l’air. Le président de l’UMP (désigné comme on sait par un pu-putch interne) est un bonapartiste dans l’âme. Un 18 Brumaire et un 13 mai 1958 ne lui font pas peur. Voilà pourquoi, il y a quelques semaines sur ce blog, j’avais raison d’émettre la crainte de ces comportements dignes de l’Amérique du sud des années soixante, quand les coups d’état militaires se succédaient les uns aux autres.
A mon sens, cette parole de Copé n’a pas été suffisamment commentée par les politiques et notamment par les responsables du Parti socialiste. Copé est sans doute un Pinochet au petit pied mais ses propos sont bien suffisants pour mettre en doute ses vrais sentiments républicains. (Le site Médiapart évoque aujourd’hui les propos de Copé dans le même sens que moi). Je le répète, on ne pourra pas dire que nous ne savions pas.