9 mars 2011

L’affaire du gaz de schiste : une bombe prête à exploser à la moindre étincelle


Ce pourrait bien être là l’étincelle qui mettrait le feu aux poudres. Venant après toutes les décisions désastreuses de la droite tombant les unes après les autres sur la France comme les plaies d’Égypte, cette affaire de gaz de schiste, dernière-née des calamités sarkozystes, rassemble à elle seule toutes les tares du système mis en place par l’Élysée depuis 2007.

Pour celles et ceux qui n’auraient pas encore entendu parler du gaz de schiste, il faut dire qu’il s’agit là de gaz naturel piégé dans les roches schisteuses. Le procédé d’exploitation est américain, aux mains des compagnies pétrolières. Sa description à elle seule remplit d’effroi. Des quantités énormes d’eau sont envoyées dans les couches profondes du sous-sol sous des pressions colossales pour fracturer la roche, additionnées de plusieurs centaines de produits chimiques tous plus dangereux les uns que les autres, afin de dissoudre le gaz et lui permettre de remonter avec les boues en surface. Il subsiste après l’exploitation un paysage ravagé, une interrogation sans réponse sur les conséquences liées à la destruction des couches internes du sous-sol et dans tous les cas la contamination pour des siècles des nappes phréatiques par les résidus des produits toxiques utilisés. Une vidéo montre qu’en certain endroit des États-Unis, un incendie a pris naissance dans une habitation alors que son occupant a approché la flamme d’un briquet de l’eau du robinet de l’évier.

Tous les habitants des régions Nord-Américaines et canadiennes où a débuté cette exploitation s’accordent à dire qu’il s’agit de la plus grande catastrophe écologique de l’histoire de leur pays dont on ne mesure pas encore les conséquences à moyen et long terme. Les compagnies pétrolières, elles, se frottent les mains. Les profits juteux sont pour le moment au rendez-vous et la législation très laxiste ne leur impose guère de contraintes, y compris pour la remise en état des zones dévastées par les multiples forages et les boues polluantes.

Les choses, pour dramatiques qu’elles soient, auraient pu en rester là. Après tout, libre aux Américains de faire ce qu’ils veulent de leur pays et d’en faire un enfer inhabitable pour leurs petits enfants. Mais, dès qu’il s’agit de faire du fric, même à n’importe quel prix, il y a toujours et partout des mariolles pour rêver qu’ils pourront faire fortune en deux temps trois mouvements et après eux le déluge.

En France, on en connaît au moins deux que l’idée a inspirés. Un certain Gérard Mestrallet, président du groupe GDF-Suez fraîchement privatisé (et qui ne gagne que 1.016.667 euros par mois, une misère) et un second, un certain Julien Balkany, demi-frère de l’autre, le repris de justice député-maire de Levallois-Perret et grand ami du président.

L’affaire s’est jouée en douce, comme il se doit dans le milieu sarkozyste. Juste avant de quitter son ministère de l’Environnement, le ministre Borloo a signé dans le plus grand secret un arrêté accordant des concessions et autorisant le groupe Total, le groupe GDF-Suez et la société Toréador – celle de Julien Balkany –, alliés à des sociétés américaines, à procéder à des forages de prospection en vue de l’exploitation ultérieure de ce gaz de schiste. Comme dans les meilleurs films de truands, ils se sont partagé les territoires potentiellement intéressants. Des surfaces qui couvrent des régions entières. Tout cela bien entendu sans la moindre enquête publique préalable, sans la moindre concertation avec les habitants et les élus des régions concernées. Circulez, y a rien à voir ! L’histoire de l’extension du camp du Larzac sous Giscard, n’est à côté de cela qu’une fabulette pour endormir les tout-petits.

Pour tenter de calmer les esprits, au moins jusqu’aux cantonales, NKM, Nathalie Kosciusko-Moriset, ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, rien de moins, a décrété en catastrophe un moratoire devant la levée de boucliers que ce projet suscite partout dans le pays. Mais tous ceux qui sont concernés n’y voient là qu’une manœuvre dilatoire, puisqu’il doit prendre fin au 15 avril et qu’alors, la prospection devrait reprendre comme si de rien n’était.

Sauf que la fronde est lancée. Ils étaient près de 20.000 manifestants, rassemblés autour de leurs élus et de personnalités médiatiques comme José Bové, Éva Joly, Cécile Duflot, etc. à Villeneuve-de-Berg, petite commune d’Ardèche de 2.500 habitants directement menacée par le projet, le 26 février dernier. Et presque 3.000 à Doue, en Seine-et-Marne, pas très loin de Château-Thierry, ce samedi 5 mars. Tous sont prêts à en découdre avec le pouvoir, élus de droite compris, et empêcher le démarrage de la prospection par tous les moyens. Mon petit doigt me dit que tous les ingrédients sont réunis pour une confrontation et que la révolution citoyenne pourrait bien prendre racine dans un de ces coins là.
À suivre…

Reynald Harlaut


1 commentaire:

Anonyme a dit…

Gaz de schiste : un pompage radioactif ?
Le Now York Times a publié sur son site 30000 pages de documents secrets portant sur les gaz non conventionnels. Ils révèlent les risques de radioactivité liés aux forages par fracturation hydraulique. Outre les dangers sanitaires évoqués par Reynald, le quotidien américain révèle que les eaux usées issues de ces forages affichent des taux de radioactivité plusieurs centaines et quelques fois milliers de fois supérieurs au seuil autorisé. (l' eau en quantité faramineuse est chargée de produits chimiques connus pour êtres cancérigènes et mutagènes, et de plus elle traverse des couches d'uranium et de radium). Sachant que les stations d'épuration sont incapables de traiter ce genre de pollution, ces eaux sont néanmoins rejetées dans les rivières. De plus la pollution atmosphérique due aux forages est une menace croissante. Le Wyomming en 2009, a échoué pour la première fois de son histoire a respecter les normes de qualité de l'air : en cause des vapeurs contenant du benzène et du toluène provenant des puits.

(Voir dossier de l'Humanité du 02.03.11)
Claudine Duteuil.