27 janvier 2011

« On arrête les conneries, tu fais tes valises et on rentre à la maison ».


C’est ainsi que Gérard s’est adressé à son père Marcel dimanche dernier. La scène s’est passée dans une maison de retraite de la région. Marcel était résident d’une maison de retraite depuis 2006 et à 91 ans, il comptait bien y finir ses jours. Mais voilà, ses enfants ne sont plus d’accord. Désormais, il vivra chez son fils. Gérard m’a dit : « Je n’ai pas pris cette décision de gaieté de cœur. J’y ai été forcé pour une question d’argent. C’est simple, la retraite de papa, c’est 690 euros par mois et la maison de retraite, c’est  57,10 euros par jour soit plus de 1700 euros par mois». Pendant plus de 4 ans, la famille a puisé la différence sur les comptes en banque des parents. Quand il n’y a plus eu un fifrelin dans le bas de laine, les enfants et petits enfants ont été contraints de prendre eux-mêmes le relais. « On s’est cotisés pour y arriver ».
Mais voilà, pour 2011, il faut aussi aider la fille de Gérard qui vient de divorcer et se retrouve seule au chômage avec deux enfants. Gérard, lui aussi en retraite ne reçoit qu’une pension d’à peine du double de celle de son père pour avoir travaillé 43 ans en usine et à la chaîne. Et pour 2011 aussi, les tarifs de la maison de retraite augmentent. 2,20 euros de plus par jour, ça fait 66 euros de plus par mois. Comme on dit, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Rappelez-vous, c'était il y a 4 ans, une éternité en politique. Nicolas Sarkozy promettait d'augmenter de 25% les "petites retraites". L'institut Thomas Moore a mesuré récemment l'avancement des réformes de Nicolas Sarkozy. Le chapitre sur les retraites est édifiant : les promesses de campagne ne sont toujours pas à ce jour « pleinement mises en œuvre ». Concernant les petites retraites, le gouvernement avait attendu la veille des élections municipales de mars 2008 pour annoncer que la promesse de revalorisation de 25% du minimum vieillesse serait tenue d'ici 2012. Il faut toujours promettre aux électeurs. En avril 2009, un décret a fixé les prochaines échéances de revalorisation du minimum vieillesse. Pour 2012, la revalorisation de 25% des petites retraites ne concernera que les personnes seules vivant au minimum vieillesse.
Marcel qui était paysan a une toute petite retraite, mais il dit qu’il n'a pas voté pour Sarkozy parce qu’il ne croyait pas à cette promesse. Pas plus qu'aux autres. Marcel dit toujours que les promesses, ça n'engage que ceux qui les croient. Le problème, c'est que beaucoup de retraités n'ont pas la sagesse de Marcel. Et ils sont tombés dans le panneau : ils ont voté pour Sarko.
Le comble de l’histoire, c’est que pour justifier le départ de Marcel de la maison de retraite, Gérard a dit à la directrice de l’établissement qu’il avait trouvé une meilleure place ailleurs pour son père. On a sa fierté tout de même. 

Alain Lefeez
(Cette histoire est authentique, j’ai juste changé les prénoms à la demande de cette famille.)

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Ce qui est triste, c'est qu'ils reprennent la personne âgée uniquement pour des raisons financières et pas par envie de s'en occuper.
Il y a aussi le maintien à domicile qui est possible avec une auxiliaire de vie qui passe tous les jours pour aider à la toilette ou pour faire du ménage.
On peut aussi déprimer quand on revient dans sa famille et qu'on ne se sent pas accueilli les bras ouvert et qu'on a l'impression d'être un fardeau, qu'il s'agisse de personnes âgées, de divorce ou de détresse autrement, comme expulsé d'un logement etc.
La solidarité familiale est obligatoire aussi de par la loi, mais c'est triste quand elle ne se fait pas spontanément et que cela provoque des disputes familiales ou des jalousies entre les uns et les autres. J'ai vécu par rapport à cela. Les disputes pour aider ceux qui sont dans le besoin existent quand cela concerne plusieurs membres dans une famille.
Donc avoir des droits pour rester autonome est important, qu'il s'agisse de divorce ou de pension vieillesse.

Sylvia Mackert