6 janvier 2017

Les racines chrétiennes de François Fillon ne doivent pas guider son programme présidentiel

Sur TF1 récemment, François Fillon a mis en avant son engagement religieux pour justifier le fait qu’il n’oubliera pas d’être solidaire à l’égard des populations fragiles ou précaires. « Je suis chrétien, a-t-il assuré, et comme tel etc.etc.» Comme François Bayrou l’a remarquablement noté, et bien qu’il soit lui-même croyant, c’est la première fois qu’un candidat sérieux à la présidence de la République se réfère à une religion. François Bayrou affirme qu’il s’agit là non seulement d’une maladresse mais encore d’une faute. 

La société française est une société au sein de laquelle la laïcité est un bien commun partagé par tous, croyants et non croyants. Cette laïcité, spécificité française permet, sous le même toit, de vivre ensemble malgré des différences voire des divergences. Il est inconcevable — même si certains s’en exonèrent — qu’un futur éventuel président de la République ose se référer à ce qui relève de la sphère privée pour justifier des actes publics. Nous ne sommes pas dans un pays où le religieux et le séculier sont mêlés. Nous ne sommes pas dans un pays où la religion doit dicter ses choix à un quelconque élu du peuple. La loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat est une loi fondamentale. C’est cette loi qui permet la cohabitation plus que pacifique entre les différentes religions et des institutions. Cette neutralité s'impose à tous.

La remarque de François Fillon nous éclaire un peu plus sur sa personnalité. En effet, le Canard enchaîné nous apprend, cette semaine, que le candidat de la droite et du centre a l’intention de rendre obligatoire la scolarité à partir de l’âge de 5 ans afin, prétexte-t-il, que les enfants s’initient, dès l’école maternelle, à l’apprentissage de la lecture. Il se trouve que les élèves des grandes sections de maternelle bénéficient d’ores et déjà des conseils avisés des enseignants et bon nombre d’entre eux (les élèves) bénéficient d’une maîtrise certaine de la lecture en entrant au cours préparatoire. François Fillon enfonce donc une porte ouverte.

Le Canard affirme que le projet Fillon est plus spécieux. En rendant l’école obligatoire à cinq ans, les écoles privées sous contrat (la plupart sous l’égide d’associations catholiques) pourraient bénéficier des aides publiques qui démarrent aujourd’hui à partir de 6 ans ! S’agissant des dépenses de fonctionnement des classes sous contrat, l’État et chaque collectivité territoriale seraient tenus d’y participer dans les mêmes conditions qu’ils participent aux dépenses de fonctionnement des classes correspondantes dans les écoles et les établissements publics d’enseignement ! Et hop, le tour serait joué. 

On constate donc, si le Canard enchaîné a raison, un lien fort entre les déclarations publiques de François Fillon et le contenu de son programme : la polémique qu’avait initiée Alain Juppé sur l’interruption volontaire de grossesse (à laquelle François Fillon est personnellement opposé) et que certains de mes lecteurs m’ont reproché de relayer avait donc un fondement plus sérieux qu’il n’y paraît à prime abord. Si François Fillon est élu, il devra veiller à ne pas confondre ses convictions personnelles et le service de l’Etat et des Français. Nous ferons partie de ceux et celles qui ne manqueront pas de le lui rappeler.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Si l'Etat français est laïc, depuis quand la société française serait laïque.
Tu as tendance a nous mélanger les choses pour faire une démonstration douteuse d'autant que Bayrou a été longtemps au syndicat CFTC et Le Driant à la JOC
Ce dernier breton a même enseigné dans un lycée libre (ou privé) d'obédience catholique à Hennebont (56), à Notre Dame du Vœu pour ne pas le nommer, au début de sa carrière, lorsqu'il était encore prof d'histoire. Donc oui les hommes politiques comme eux et Fillon sont des hommes engagés, et reconnaissent l'origine de ce qu'ils sont et de leurs idées tout simplement. Tout le reste n'est que polémique inutile mise en pâture auprès du public par certains médias peu scrupuleux des faits et de la vérité qu'elle sous-tend.