21 mai 2022

Philippe Brun et Lisa Moreau ont trois semaines pour convaincre

Philippe Brun au micro
Pour leur entrée en campagne, Philippe Brun et Lisa Moreau ont choisi d’entrer en fanfare dans une salle archépontaine bien remplie ce vendredi. Un maire, Richard Jacquet, trop heureux de mouiller le maillot, deux animateur(trice)s pour créer un climat « up to date », une escouade de jeunes filles et garçons co-équipiers du candidat pleins d’un dynamisme confiant, des interventions musclées de la part des différents soutiens composant la NUPES (la Nouvelle union populaire, écologique et sociale) notamment de la part de Jean-Luc Léger — on a cru un moment que c’était lui le candidat — un discours émouvant de Lisa Moreau (suppléante et Pistrienne) sur la situation des femmes dans la France de 2022 (précarité, salaires inférieurs à celui des hommes à compétences égales, violences sexistes et sexuelles, charge mentale supérieure etc.) on a entendu et compris combien la place du deuxième sexe ne doit pas demeurer la seconde même si la parité commence à faire sentir ses effets sur la société. Courte intervention, par ailleurs, de Diego Ortega, secrétaire national des radicaux de gauche soucieux de souligner un soutien sans réserve ni ambiguïté au tandem « Brun-Moreau » alors que l’ancien maire de Louviers et  son ami d’enfance, Olivier Taconet, ont décidé de faire un petit tour de piste. A signaler également, le geste élégant d’Arnaud Levitre (PCF) qui, in fine, a décidé de ne pas déposer sa candidature.

Que retenir de l’intervention de Philippe Brun ? Sans notes, appuyé sur ses fortes convictions, il n’en est plus à sa première campagne et maîtrise de mieux en mieux son sujet. Le débat télévisé sur France 3 région qui avait lieu quelques jours avant la réunion de vendredi soir, a d’ailleurs confirmé sa capacité d’analyse, sa connaissance des dossiers et sa pugnacité. En l’écoutant, on sort de la banalité et du rabâchage. Son choix est guidé par l’écoute et « le terrain » car pour lui le député doit être un homme du crû, ce qui renforcerait son ancrage local et régional après des municipales et des départementales infructueuses. Je pense aussi à Axelle Lemaire qui, venue soutenir Philippe Brun pendant la campagne des municipales de 2020, lui avait prédit un avenir à la Mendès France. Excusez du peu !

 

N’ayant que peu de goût pour la polémique stérile, Philippe Brun écarte donc d’un revers de main la litanie des autres candidats au siège législatif de la 4e circonscription de l’Eure. Philippe Brun et Lisa Moreau se présentent comme les principaux concurrents de la candidate RN, un parti dangereux qui a viré en tête dans l’Eure au soir du second tour d’avril dernier. Philippe Brun n’aspire pas à la députation pour satisfaire un quelconque ego ou prendre une revanche sur un sort funeste. Il égrène une à une les difficultés du temps : d’abord les problèmes sociaux et sociétaux. Les difficultés à boucler les fins de mois, à se soigner, à toucher la juste rétribution de son travail ou de ses efforts, dominent la scène politique. L’accord avec les autres partis de gauche ne s’est pas fait sur la politique internationale ou européenne. On sait que les positions de Jean-Luc Mélenchon sur l’OTAN (il prône le non alignement), sur les relations avec Poutine et la Russie, sur les traités européens, ne cadrent pas toutes avec les engagements passés du PS et donc des candidats qui en émanent. Ce domaine dit « réservé » du président de la République conduit les membres de la NUPES des cinq cantons de la 4e à axer prioritairement leurs propositions sur la retraite à 60 ans, le SMIC à 1500 euros, le blocage des prix des matières premières et des produits de première nécessité, la révision de la politique sanitaire ou la planification écologique de plus en plus indispensable pour protéger la planète et les biodiversité. Je sais bien que ce programme peut sembler utopique mais même dans l’opposition, un élu peut proposer des lois sources d’inspiration éventuelle pour des gouvernants décidés à changer.

Lisa Moreau suppléante

 

Un candidat de gauche doit également privilégier le système éducatif garant de l’égalité des chances et de la formation tout au long de la vie. La laïcité enfin est un marqueur idéologique. Je sais que des contradictions au sein de la NUPES ont pu freiner l’enthousiasme des vieilles troupes très attachées à la liberté de conscience et à la neutralité de l’Etat. Est-ce rédhibitoire quand on veut gouverner en équipe ? Comme les élections législatives ne peuvent être lues comme un copier coller de l’élection présidentielle, il y a fort à parier que Jean-Luc Mélenchon ne deviendra pas le premier ministre d’Emmanuel Macron. Tout de même, après le résultat catastrophique d’Anne Hidalgo et celui des autres formations, on attend de la gauche plus qu’un sursaut. Philippe et Lisa ont trois semaines pour convaincre. Ce sera court mais dense.

12 mai 2022

Philippe Brun candidat (presque) unique de la gauche dans la circonscription de Louviers

Ce qu’une loi fait, une autre loi peut le défaire. 

On apprend, grâce à une fuite, que la Cour suprême des Etats-Unis s’apprête à laisser les états fédéraux libres de permettre ou non d’avorter ! Ce serait la fin de la décision Roe qui, en 1973, a permis à toutes les femmes américaines de disposer librement de leur corps et de choisir d’interrompre leur grossesse si tel était leur choix.

Les trois juges nommés par Trump sont tous les trois ultra-conservateurs et ils et elles apportent leur voix à une des plus importantes régressions que les USA aient connues au cours des cinquante dernières années. Ce n’est pas tout. La cour suprême des Etats-Unis a également décidé il y a quelques semaines que les états auraient dorénavant le libre choix d’imposer des normes plus strictes s’agissant du vote par correspondance et de l’ouverture du nombre de bureaux électoraux. Joe Biden a tenté de s’opposer légalement à cette décision qui va priver l’électorat afro-américain — surtout — de moyens simples et efficaces de voter. Dans les états du sud où les afro américains sont très nombreux, la diminution des bureaux de vote va occasionner des files d’attente gigantesques dont le but (non avoué) est bien de dissuader un électorat favorable aux démocrates de se rendre aux urnes. Trump savait ce qu’il faisait en installant dans la durée des juges ( ?) plus intéressé(e)s par leurs convictions personnelles que par l’intérêt collectif.

 

Philippe Brun candidat NUPES

L’accord national décidé au plus haut niveau des différents partis de gauche taille des croupières à l’engagement d’un parti de gauche et de gouvernement (le PS) qui doit faire face à une perte de crédibilité et de confiance depuis plusieurs années. Bien implanté au niveau local (régions, départements, villes) le PS a vu ses rangs fondre durant le quinquennat Hollande et pendant la présidence de la République d’Emmanuel Macron. Ce qui unit les quatre partis de gauche (LFI,EELV,PC,PS) est-il plus important que ce que les divise (ou le contraire), telle est la question légitime qu’on peut se poser. Il est vrai que Jean-Luc Mélenchon au fond de lui-même ne croit pas possible de devenir le premier ministre du président réélu et que l’accord passé n’a pas d’autre objectif (pourquoi pas ?) de tenter d’obtenir un maximum de circonscriptions.

Dans l’Eure, trois d’entre elles sont réservées à LFI, une aux écologistes et une autre au PS — la quatrième, celle de Louviers —  dont le député actuel est Bruno Questel (Renaissance, ancien membre du PRG et du PS) successeur de François Loncle. Il est évident que transposer les résultats du premier tour de la présidentielle aux législatives futures serait une erreur. JLM possède un charisme et des talents qui feront défaut à nombre de candidats NUPES.

Ce n’est pas le cas de la circonscription de Louviers qui voit Philippe Brun désigné par la nouvelle alliance. Il répond, par ses qualités intellectuelles, sa formation et son courage politique, aux nécessités du temps. A Louviers il conduit (avec d’autres) une opposition difficile tant le tandem « Priollaud-Leroy » domine à la fois le conseil municipal de Louviers et l’agglomération Seine-Eure. Le scrutin d’arrondissement majoritaire à deux tours oblige les candidat(e)s à montrer leurs qualités. A démontrer aussi leurs capacités d’action sur un territoire. Soutenu comme un seul homme par Marc-Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil (aussi réservé que je le suis sur l’accord NUPES) et de nombreux élus du territoire, Philippe Brun continue de tracer sa route et de gagner en notoriété. L’unité de la gauche devrait lui permettre d’atteindre le second tour. Au soir du premier on risque bien de voir le RN terminer en tête. Va-t-on vers un duel ou une triangulaire opposant Bruno Questel, la candidate du RN et Philippe Brun ?

 

Frank Martin : le retour

J’apprends, ce matin, qu’Olivier Taconet (LRDG) serait (?) sur le point d’être candidat titulaire d’un binôme avec Frank Martin dans la 4e circonscription. Pour l'ancien maire, ce serait une forme de retour aux sources même si sa première expérience (contre François Loncle) avait eu un goût amer. Il n’avait pu, en effet, dépasser le cap fatidique des 5% ouvrant droit à un remboursement par l’Etat des frais de campagne. M. Taconet doit avoir de bonnes économies pour prendre le risque d’une candidature dont on mesure mal le sens politique ainsi que sa plus-value. Quant au retour de Frank Martin, l’un de ses anciens amis m’a adressé le commentaire suivant : ce sera plus qu’un naufrage : le Titanic ! Attendons donc la déclaration formelle.

19 avril 2022

Voter Le Pen c'est voter Poutine-Orban

 

Toutes les voix qui appellent à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle sont bonnes à prendre car je connais parmi mes amis, mes camarades, mes relations, des hommes et des femmes qui ne vont pas mettre un bulletin Le Pen dans l’urne le 24 avril mais vont se réfugier dans l’abstention ou un vote blanc ou nul. 

Déjà, en 2017 il s’était trouvé 4,5 millions d’électeurs et d’électrices pour refuser le vote Macron…et le vote Le Pen considérant que c’était bonnet blanc et blanc bonnet. J’allais écrire blanc benêt. A cette époque, j’ai été très en colère contre ce choix consistant à ne pas choisir. En 2022 la colère a disparu mais c’est un autre sentiment qui m’anime. Il ressemble beaucoup au contenu du texte que viennent de publier 500 artistes, comédiens, acteurs, réalisateurs, chanteurs, qui disent ne pas placer sur un même plan la démocratie (Macron) et le populisme (Le Pen).

Placer sur le même plan Macron et Le Pen c’est ne rien apprendre de l’histoire et ne rien comprendre aux enjeux actuels qui nous dépassent tous et toutes. Ces enjeux nous invitent à réfléchir une seconde à ce que serait la France si par malheur et choix démocratique (ce n’est pas incompatible) Marine Le Pen devenait présidente. Pourquoi un malheur ? Si Mme Le Pen était élue, Il faudrait s’attendre à un renversement d’alliances, à l’éclatement du couple franco-allemand, ce serait la victoire de Poutine-Orban, la victoire de l’axe de ce qu’ils appellent la démocratie illibérale à la Trump avec fausses nouvelles et autoritarisme : liberté de la presse bafouée, oppositions muselées, haine des étrangers et racisme rampant, Europe éclatée, climatoscepticisme exacerbé …Lisez attentivement le programme de Marine Le Pen, il recèle les germes d’une « Révolution nationale » telle que la rêvaient Pétain et ses sbires qui ont abattu la république pour créer l’Etat français. Chez Marine Le Pen, il y a du Zemmour. Son referendum avec prime majoritaire n’a d’autre but que de contourner le parlement où elle sait qu’elle n’obtiendra jamais de majorité. S’agissant de la liberté des femmes, elle se déclare hostile à l’IVG « de confort » comme si l’IVG ne recelait pas toujours une part de détresse. « La priorité nationale » qu’elle prône manifeste clairement sa haine des étrangers qu’ils soient légaux ou clandestins. Elle voulait même interdire le voile dans l’espace public une mesure que Robert Ménard qui la soutient juge impossible !

Enfin ce n’est pas faire injure à Marine Le Pen que de la qualifier de populiste. Elle a été nourrie par un père dont le principal objectif était de tournebouler le système. Ce système qui par ailleurs alimente financièrement le RN-Front national et parfois de manière illégale comme nous l’apprend Mediapart. Qu'on en juge : Marine Le Pen, Louis Aliot, Bruno Golnisch, Jean-Marie Le Pen, du temps où ils étaient députés à Strasbourg, ont fait payer au budget européen des sommes destinées à la vie de leur parti : vins, champagne (en plus de l’affaire des assistants parlementaires) à lire en détail sur le site indépendant. Derrière les selfies avec chaton dans les bras, se cache ainsi une volonté dirigiste, conservatrice, mais surtout une grande incompétence et un aveuglement coupable alors même que la guerre en Europe a été déclenchée par un ami de Marine Le Pen toujours partisane d’un accord OTAN-Russie, on croit rêver ou plutôt cauchemarder !

L’élection du président (ou de la présidente) de la République se fait en deux tours et au suffrage universel. Ce fut la volonté du peuple français, interrogé par référendum par le général de Gaulle qui avait façonné la constitution à sa guise. Il ne reste donc que deux postulants ce 24 avril et il nous faut choisir l’un d’entre eux. J'invite tous ceux et toutes celles qui veulent éviter la mise en pratique d'une idéologie dangereuse pour la démocratie à voter pour Emmanuel Macron.

13 avril 2022

Contre l'extrême droite et en homme de gauche, je voterai Macron sans barguigner

Si au premier tour d’une élection, on choisit, au second tour on élimine. Comme il ne reste que deux candidats, le choix est facile. Il faut aussi que les démocrates, les républicains authentiques se fassent une raison : le projet de Macron ne peut être regardé comme un totem mais il est pour eux la seule solution de second tour. Les vaincus du premier tour doivent s’attendre à ce que le programme de leur candidat ou leur candidate ne puisse être la référence intégrale de leur ancien favori. Les contraintes de la 5e République, voulues par le général de Gaulle — et que personnellement je conteste en fervent soutien de Pierre Mendès France — obligent les candidats de second tour à certaines contorsions puisqu’il leur faut élargir le spectre originel aux deux bouts. Le macronisme depuis sa fondation, est pétri de ce « en même temps » (qui penche plus à droite qu’à gauche) mais avec Macron, les libertés fondamentales seront préservées et les crises internationales affrontées dans le respect des assemblées parlementaires, des accords et des traités, européens en particulier .

 

La coalition contre Marine Le Pen se construit. Car ce n’est pas seulement un barrage qu’il faut ériger. Il faut aussi donner de l’espérance, préparer l’avenir avec un nouveau projet macronien. Je viens de lire la profession de foi de premier tour de Marine Le Pen. Toutes les mesures que le Front national (et son père) proposent depuis des décennies sont réaffirmées et on peut dire que la dédiabolisation dont tout le monde parle n’est pas acquise. Loin de là. Qu'on en juge : la préférence nationale, la suppression du droit du sol, le rejet des étrangers, la fin de l’union européenne existante avec la renégociation des traités (?), le retour de la peine de mort, la suppression du voile dans l’espace public (et ta sœur ?) la sortie du commandement intégré de l’OTAN (en temps de guerre !), elle propose même la réduction des tarifs des péages (alors que les autoroutes sont privatisés et que les tarifs dépendent des sociétés !) sans oublier les promesses mirifiques non financées (la retraite), le soutien aux antivax, au professeur Raoult notamment et l’hexachloroquine…et je n’aurais garde d’oublier l’admiration de Marine Le Pen pour Donald Trump et Vladimir Poutine, l’un ayant poussé à l’assaut violent du Capitol (avec cinq morts) pour contester l’élection de Joe Biden, l’autre conduisant une guerre terrible contre l’Ukraine et le peuple ukrainien avec des milliers de morts. Et Orban, le Hongrois corrompu et censeur en chef, et Salvini, l’Italien ami des fascistes, ces proches de Le Pen au parlement européen : « dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. » Marine Le Pen est bien…une Le Pen. Les électeurs de Zemmour ne s’y trompent pas. Ils voient en elle la doublure de leur favori tombé bien bas d’ailleurs puisqu’il n’y avait pas de vote caché comme certaines bonnes âmes osaient nous l’affirmer. Ah le complotisme ! Un proche de Mme Le Pen a déclaré que Zemmour avait servi de paratonnerre au premier tour et que c'est lui qui avait pris la foudre. Au second tour, Mme Le Pen ne peut plus se dissimuler, on la voit telle qu'en elle-même.

 

Dépouillement à Louviers.
Les hommes de gauche, comme Lionel Jospin, Bertrand Delanoé, Bernard Cazeneuve, les candidat(e)s tels que Yannick Jadot, Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, appellent soit à voter pour Emmanuel Macron, soit à faire barrage (les castors !) à l’extrême droite. L’amoureuse des chats qui a adouci, dit-on, son image, s’est montrée, hier à Vernon, sous son vrai jour. Emportée par le naturel (qui revient au galop) elle a déclaré avoir le droit de choisir les journalistes invités à ses points de presse puisqu’elle était chez elle. Avec les Le Pen on choisit ses interlocuteurs. Certains professionnels sont bannis, considérés comme hostiles à tort ou à raison. Ils ne plaisent pas à Madame. Voilà comment elle pratique la démocratie des opinions et considère la liberté de la presse : elle trie le bon grain de l’ivraie et expulse ceux et celles qui ne lui plaisent pas. On retrouve là les fondamentaux de la droite extrême que Zemmour assume et que Marine Le Pen a tenté de cacher. Mais il et elle sont bien frère et sœur siamois… elle qui aime tellement les chats.

Le 24 avril il faudra se poser une seule question : aimerai-je vivre dans un pays présidé par une adepte de Mauras, une nostalgique de Pétain, l’héritière d’un père raciste et xénophobe, une admiratrice de Poutine et de Trump…Mon choix est fait : en homme de gauche je voterai pour Emmanuel Macron sans barguigner. 

7 avril 2022

Bernard Stirn : une vie au service du droit public et de la défense des libertés

Derrière Hélène Carrère d'Encausse, on reconnait Bernard Stirn et Pierre Delvové

Mon récent reportage photo sur l’intronisation de Bernard Stirn, comme nouveau membre de l'Académie des Sciences morales et politiques, ne rend évidemment pas compte de la carrière brillante d’un homme connu pour ses talents juridiques bien au-delà des frontières hexagonales. D’ailleurs, de nombreux délégués étrangers, européens notamment, avaient tenu à venir à Paris pour assister à une forme de consécration laquelle sied mal à un homme dont la tempérance et la modestie sont notoires. Je me devais donc, même brièvement, de revenir sur une cérémonie républicaine suivie par une assistance nombreuse.

Ceux et celles qui ont rencontré Bernard Stirn ailleurs qu’au Palais royal où siège le Conseil d’Etat, savent combien il est ouvert et généreux. Il est de ces intelligences discrètes qui ne veulent que le bien et le bon. Toute sa carrière, de la faculté de droit de Caen jusqu’aux plus grandes écoles de la République (Sciences Po Paris et l’ENA) et ensuite partout où il a enseigné ou pratiqué le droit, témoigne d’un respect scrupuleux des règles et d’une rigueur que seuls les esprits pétris d’humanisme parviennent à déployer dans la durée, quelles que soient les trépidations du monde politique. Je n’aurais garde d’oublier qu’il présida, pendant de longues années et avec quelle assiduité, le conseil d’administration de l’Opéra de Paris épris qu’il est de danse et d’art lyrique.

Dans le portrait de Bernard Stirn que Pierre Delvolvé a brossé lors du discours d’accueil (un discours très attendu…depuis trois années perturbées par la pandémie de la Covid) sans notes, d’une grande élévation et non sans humour (Jean Castex a dû avoir parfois les oreilles sifflantes) on a redécouvert les qualités de celui qui a formé 48 générations d’étudiants, créé une jurisprudence souvent originale, défendu les droits fondamentaux dans le corpus d’une Charte européenne adjointe au traité de Lisbonne et rédigée avec Guy Braibant et quelques spécialistes d’une matière aussi pointue qu’exigeante. De même, l’apport créatif de Bernard Stirn se retrouve-t-il dans les différentes éditions des livres qu’il a consacrés au droit public ou « aux libertés en questions ». Président de la section du contentieux du Conseil d’Etat pendant plusieurs années, Bernard Stirn a eu maintes occasions lors de référés, par exemple, de manifester l’attachement de la haute juridiction administrative à l’égard des droits et des libertés, le pouvoir des gouvernants ayant parfois besoin d’être recadré sinon freiné.

L’épée remise par Jean-Marc Sauvé (avec les roulements de tambour des gardes républicains) a toute une histoire. Elle a appartenu à son grand-père puis son père, tous deux préfets de la République, que le hasard des nominations a conduit en Normandie où Bernard Stirn est né et a choisi de résider. Au Vaudreuil très exactement. Il y passe une retraite fort active, puisque le club de golf de cette commune le compte parmi ses membres où il jouit d’une estime générale. D’ailleurs il avait eu la bonne idée d’inviter quelques amis golfeurs, pratiquants d’un sport où l’étiquette et l’éthique sont des valeurs essentielles. Des valeurs que le juge Stirn a défendues toute sa vie.

5 avril 2022

Bernard Stirn a reçu son épée d'académicien en présence de Jean Castex et de Laurent Fabius

Bernard Stirn, ancien président de la section du contentieux du conseil d'état, a reçu son épée de membre de l'Académie des sciences morales et politiques, des mains de Jean-Marc Sauvé, vice-président honoraire
du conseil d'état, ce lundi à Paris.
 

Jean Castex, Premier ministre et Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, avaient tenu à être présents pour saluer la belle carrière du nouvel académicien.

Bernard Stirn, en compagnie de Marc-Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil.

De nombreux invités étaient présents sous la coupole. Bernard Stirn « accueilli »par Pierre Delvové, a rappelé l'essentiel de la carrière de son prédécesseur, Prosper Weil, dont la vie et les travaux ont constamment été placés sous le signe de la défense du service public et de la défense de la liberté. 
 


Pascal Ory et Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'Académie Française.



4 avril 2022

Les griffes de Marine Le Pen prêtes à servir

A une semaine du premier tour de la présidentielle, il est grand temps de placer certains hommes et certaines femmes politiques de notre pays devant leurs responsabilités. Alors qu’on découvre les charniers et les exécutions sommaires de l’armée russe près de Kiev, les crimes de guerre commis par les soldats de Poutine, il faudra bien que les Zemmour, les Le Pen et les Mélenchon nous disent pourquoi ils sont si arrangeants avec le tyran et il faudra aussi qu’ils cessent de se dissimuler derrières des prétextes inadmissibles du genre « ils ont été provoqués par l’OTAN. »

Que je sache, aucun avion, aucune armée occidentale n’a attaqué le territoire russe. Aucun avion, aucune armée n’a tenté de gagner des territoires appartenant à un pays libre reconnu par l’ONU. Les poutiniens nous font le coup de la protection nécessaire des frontières du plus grand pays du monde. Et la Géorgie, et Le Donbass, et la Crimée. Y parler la langue Russe n’implique pas qu’on ait le droit d’occuper ces territoires. Cela voudrait dire que partout où l’on parle le Français, la France serait chez elle ! Au Canada, en Afrique…que sais-je ?

L’impérialisme russe doit donc être combattu. Les auteurs de crimes de guerre poursuivis par la justice internationale. Les Sanctions financières, économiques, accrues. L’aide militaire aux Ukrainiens augmentée. Parmi les candidats(dates) à la présidentielle il en est une qui tente de passer entre les gouttes. Marine Le Pen, qui adule Poutine et ses méthodes, n’exclut pas de retisser des liens avec lui, dès la guerre finie. En attendant, elle se cache, se protège, cherche à éviter les situations embarrassantes et n’a pas l’aveu facile.

Lors du débat de second tour, on peut imaginer que le président de la République actuel, s’il est qualifié, lui demandera des comptes détaillés. Qu’il appuiera là où cela fait mal. Les Français et les Françaises doivent savoir qui est Mme Le Pen. L’adoratrice des chats et des chatons a, comme eux, les griffes rétractiles. Pour l’instant, elle les cache. Mais on sait qu’elles sont prêtes à servir.

30 mars 2022

Poutine plus proche de…Raspoutine que de Gorbatchev

22 % des Français et des Françaises interrogé(e) s lors d’un sondage récent considèrent que la Russie se sentant « menacée » est dans son bon droit quand Poutine fait la guerre aux Ukrainiens. Ils sont 52 % à considérer que Poutine avait au moins une bonne raison de commencer cette guerre ! Voilà le résultat de la propagation des thèses complotistes assimilant l’OTAN (et donc les pays qui la composent) à un agresseur qui ne dirait pas son nom. En France, les Zemmour, les Le Pen et les Mélenchonnistes assuraient, il y a quelques semaines, que l’OTAN et les Américains s’employaient à encercler la Russie (15 millions de km2) le plus grand pays du monde et qu’en conséquence Poutine se trouvait en état de légitime défense. Ben voyons comme dirait l’autre. Or, l’OTAN est une organisation défensive qui n’a aucun appétit pour le territoire des nations européennes, qu’elles soient orientales ou occidentales.  Mais c’est le message qui est martelé par les Poutiniens, en Russie et en France aussi, depuis près de vingt ans. A l’évidence, Poutine veut reconstituer l’empire communiste d’avant l’effondrement de l’URSS. Il veut installer un glacis entre l’Europe et ses frontières. Et comme il ne connaît que le langage de la brutalité et de la force, le recours aux armes est son outil de persuasion. Plus je cogne, plus je gagne.

Le pire est qu’il parvient à faire douter les démocraties dites libérales du bienfondé de leurs modes de vie et notamment de la qualité de leur processus démocratique. En France, les élections sont libres et les oppositions bien vivantes. Le bulletin de vote est le maître de la cérémonie et chaque voix compte. En France, on ne bourre pas les urnes et le vote est secret. C’est la garantie de la liberté et de l’égalité. Ceux et celles qui s'abstiennent, acceptent donc le choix qui se fait sans eux. Avec RT (Russia today) Spoutnik et des milliers de hackers, Poutine s'est immiscé dans les processus démocratiques, aux Etats-Unis, en France, en Grande-Bretagne avec un seul objectif : mettre à bas la démocratie libérale.

Ce qui est incroyable, c’est qu’après La Géorgie, la Tchétchénie, la Syrie, la Crimée, le Donbass, et maintenant le Mali, la République Centre-africaine (et le fameux groupe Wagner) la propagande russe continue de démontrer une remarquable efficacité. Il faut dire que la France regorge de comptenteurs aptes à reprendre en cœur les arguments de Poutine, de Lavrov, et des personnes dûment autorisées à expliquer « l’opération spéciale » doux euphémisme pour justifier les centaines de Morts à Marioupol, Kiev ou Kharkiv. Et pour museler toute information libre ou toute opposition.

Quels sont les buts de guerre de Poutine, du moins ceux qu’il a avoués : « la démilitarisation et la dénazification de l’Ukraine ». La grande guerre patriotique de 1941-1945 devant servir de référence. Il faut être soit naïf, soit ignare, pour avaler ces fadaises. Car l’histoire ne repasse pas les plats. Et face à Poutine, tout un peuple s’est levé, ni nazi ni fasciste. Le maître du Kremlin ne s’attendait pas à faire face à une défense aussi énergique et efficace du président Zelinsky, du gouvernement, de l'armée et des citoyens et citoyennes d’Ukraine. Les nazis, car il y en a (en France aussi) ce sont les membres du bataillon Azov. Il comprend quelques centaines d'hommes adeptes de la violence. Leurs insignes ne laissent aucun doute sur leur fascination pour Hitler. Comme d’habitude il faut trier le bon grain de l’ivraie. Ce ne sont pas ces fanatiques qui expliquent l’Ukraine d’aujourd’hui laquelle frappe à la porte de l’Union européenne et devra donc respecter le libre suffrage, le droit européen, la liberté d’informer et reconnaître des droits à l’opposition. Tout ce qu’exècre un Poutine plus proche de…Raspoutine que de Gorbatchev.

27 mars 2022

La mort de Pierre Quéméner, une belle figure de la vie lovérienne et sportive

Pierre Quéméner
Je viens d’apprendre le décès, à l’âge de 99 ans, de Pierre Quéméner, une figure de la vie lovérienne, lui qui a tant apporté à notre ville et dans bien des domaines. Mais avant de consacrer son temps et son énergie au service du bien commun dans l’action politique, Pierre avait été un conseiller pédagogique précieux au sein de l’Education nationale et ceux et celles qui l’ont approché savent combien il était attentif aux qualités qu’il savait déceler chez les futurs instituteurs et institutrices, ces hussards de la république laïque. Toujours un mot d’encouragement. Toujours une disponibilité. Dans conseiller, il y a conseil et son expérience ainsi que ses convictions faisaient merveille auprès des personnes dévouées à la cause toujours lumineuse qu’est l’enseignement. C’est si vrai que son épouse et certains de ses enfants — je pense à Jean-Pierre et Jacqueline son épouse ainsi qu’à Micheline — doivent être inscrit(e)s au tableau d’honneur de l’Education nationale.

Très proche de la jeunesse, Pierre était aussi un dirigeant sportif talentueux en plus d’être bénévole. On sous-estime gravement — et on a tort — l’importance que toutes ces femmes et hommes jouent au sein de la vie associative. Il fut l’un des cadres essentiels de l’Etoile athlétique lovérienne, où il côtoya les grands noms que sont MM. Totain, Boucher, Le Targa, Lambert, sans oublier les inconnus qui, chaque année le 11 novembre, courent le Carrington, cette fête du cross country ouvrant la saison au calendrier national et accueillant des coureurs de toutes nationalités.

C’est aussi grâce à lui (et quelques autres) qu’Alain Mimoun, Michel Jazy, Michel Bernard, des gloires de l’athlétisme hexagonal, sont venues à Louviers pour affronter les coureurs locaux et régionaux. Mes amis Daniel Legrand et  Jacky Ricard qui avaient connu « Monsieur Quéméner » au faîte de sa gloire sportive lui ont rendu visite pendant des années à l’Ermitage, le grand âge l’ayant obligé à quitter sa maison de la rue Guy de Maupassant où il était apprécié de tous les habitants du quartier.

A la table du conseil

Elu conseiller municipal d’opposition, avec Henri Fromentin et Louis Vallée, sur une liste d’action communale aux côtés du docteur Ernest Martin, il prit tout naturellement des responsabilités exécutives en devenant adjoint au maire lorsqu’Henri Fromentin devint le premier magistrat de la ville en 1976, d’abord et en 1977 encore lors du renouvellement national des assemblées communales. Dans son poste d’adjoint il déploya toutes ses qualités. C’est lui notamment qui contribua à permettre le jumelage de Louviers avec la ville allemande de Holzwickede conscient que le déroulement dramatique de la seconde guerre mondiale ne devait pas pénaliser les générations de jeunes Français et Allemands dont on apprécie aujourd’hui la qualité des échanges autant que leur impérieuse nécessité. Le sport faisait également partie de ses attributions et il parvint à soutenir tous les clubs sportifs de la ville. L’office municipal des sports alors présidé par André Crenn, fut le théâtre de duels épiques entre tenants du sport loisir et ceux du sport de compétition. Au sein du Comité d’Action de gauche, les partisans de l’un et de l’autre s’affrontèrent, Pierre parvenant à créer le consensus et à rassurer le monde sportif.

Sur le plan humain et relationnel et sans rien renier de ses convictions d’homme de gauche, Pierre Quéméner refusait tout sectarisme. Il était direct, ouvert, un animateur né et l’un des piliers d’une municipalité qui avait fait de la démocratie directe le cœur de son programme. Pierre Quéméner y démontra l’étendue de ses certitudes : la confiance, l’écoute, le partage, la discussion d’où peut sortir une solution aux problèmes collectifs embrassant tout le champ de l’action communale. Avec le décès de Pierre, c’est bien une page de Louviers qui se tourne. Denis Lahaye, ancien adjoint de Frank Martin, a réagi à la mort de Pierre Quéméner : « il habitait sa vie et a toujours été présent pour les autres. »

Les obsèques civiles de Pierre auront lieu ce vendredi 1er avril à 12 heures au crématorium d’Evreux. Je présente à ses enfants, ses petits-enfants et toute sa famille, mes condoléances attristées.

Avec Gérard Martin, Henri Fromentin, Patrice Yung et Monique Bonnet.

 


21 mars 2022

Mieux connaître la rivière d'Eure avec Jean-Pierre Binay, président de la SED de Louviers

Bernard Leroy, le président de l’agglomération (CASE) a raison : la région de Louviers a bien de la chance d’avoir sur son territoire une société savante dynamique composée de personnes capables d’aborder tous les sujets et ainsi d’améliorer les connaissances. Comme chacun sait, on n’a jamais fini d’apprendre et la SED contribue avec ses animateurs et ses invités à poursuivre ce but louable : partager des passions ou un savoir. Au fil des années, pour qui veut mieux connaître Flaubert, le général de Gaulle, Georges Simenon, Lily Mendès France ou l’histoire de la chute du mur de Berlin, pour ne citer que ces quelques exemples, la SED (Société d'études diverses) est devenue incontournable. L’art, la littérature, l’histoire, la géographie, la science sont en effet abordés dans des ouvrages édités par ses soins ou lors de conférences ouvertes aux adhérents, évidemment, mais aussi à des publics plus larges. Les élèves du primaire n’étant pas oubliés avec l’organisation annuelle d’un rallye destiné à leur permettre de découvrir le patrimoine local.

Les membres actifs du conseil d'administration

L’assemblée générale de la SED s’est tenue, ce samedi au Moulin, en présence d’un public nombreux démontrant l’intérêt collectif de cette association lovérienne. Les rapports ont été approuvés à l’unanimité, comme la liste des membres du conseil d’administration, lesquels ne se contentent pas de faire de la figuration.

C’est notamment le cas de Jean-Pierre Binay. L’actuel président de la Société d’études diverses connaît bien l’histoire de la rivière d’Eure et notamment celle des bras qui traversent Louviers. Les pertuis, les portes marinières, les cabotières, les moulins, le halage et les marchandises transportées jusqu’en 1926, année de la fin de navigabilité, n’avaient aucun secret pour un conférencier passionnant. Ainsi, JP Binay a longuement évoqué les travaux du canal dont une partie a longtemps servi de bassin d’apprentissage à la natation et de stade de water-polo. Des travaux conséquents y ont été entrepris en 1971 d’abord et plus récemment depuis que la CASE est devenue l’organisme chargé de l’entretien de la rivière. Démonstration a été faite, s’il en était besoin, que le président de la SED, à force de recherches et de trouvailles documentaires, aura su se montrer savant sans être ennuyeux. De chaleureux applaudissements ont salué son travail minutieux. Bravo Jean-Pierre !

Travaux du barrage de la Villette en 1971 (photo JCH)