29 mars 2019

Bruno Putzulu a joué Cavanna au Moulin de Louviers. On est toujours le Rital ou l'Arabe de quelqu'un


Bruno Putzulu interprète fidèle et drôle de Cavanna. ©Jean-Charles Houel
Le père ? Une chemise bleue. La mère ? Une table recouverte d'une nappe en plastique et quelques  chaises de cuisine. L’histoire ? Celle de l'enfance de François Cavanna, narrée dans son beau livre « les Ritals », mise en scène par Mario Putzulu et jouée par Bruno, son frère, comédien français qui n’oublie rien de son origine sarde. C’est toujours grand bonheur d’entendre la langue italienne, de voir mimer les gestes, de ressentir les colères ou les amours de nos  amis transalpins à condition que les sons ne sortent pas de la bouche d’un Salvini dont je me demanderai toujours comment cet homme-là, avec cette vulgarité-là, ces idées-là a pu arriver au pouvoir dans un pays si beau, si cultivé, si civilisé.

Pour regarder, entendre, apprécier « Les Ritals » la salle du Moulin à Louviers était pleine hier soir d’un public pas trop jeune, avide de se souvenir qu’être Italien en France, dans les années quarante n’était pas forcément une sinécure. A cette époque là aussi, l’arrivée de l’étranger dérangeait. Qu’il soit « macaroni » ou « espingouin » qu’il fuie le fascisme à la mode Mussolini ou à la mode Franco, l’immigré des années quarante s’installe en France pour fuir une misère absolue, travailler dur, bâtir des maisons et des vies durables.

Les enfants ! François Cavanna est un enfant unique. Il habite dans la rue Sainte-Anne à Nogent-sur-Marne. C’est là qu’il connaît la vie la plus merveilleuse qu’un enfant puisse connaître auprès de parents attentifs. Choyé, adulé, adoré, François Cavanna a raconté cette aventure de « Ritals » en pays de France. Ses camarades, ritals comme lui, sa scolarité à l’école primaire ou l’école primaire supérieure. Il y excellait. Ses visites régulières à la bibliothèque municipale de Nogent où sa culture s’étend et se vivifie. Cavanna raconte avec force détails, tantôt comiques, tantôt sensibles sa première aventure sexuelle au Bordel avec un numéro exceptionnel de Bruno Putzulu : le comédien exprime si bien la timidité, le désir ardent, les maladresses de « puceau » qui le font devenir « un homme » grâce aux soins d’une « dame » compréhensive.

L’accordéon. N’oublions pas l’accordéon. Plus qu’un bruit de fond. Grégory Daltin (de Trévise) le second personnage de la pièce, sort des sons magnifiques de son instrument. Quand on connaît Nino Rotta ou Enio Morricone, on mesure bien l’importance de la musique pour les familles italiennes et pour Cavanna en particulier. D’ailleurs, ce dernier demeure un des rares auteurs à sublimer le rôle d’un instrument dans l’accompagnement d’une vie heureuse, complète, la tête tournée vers les étoiles.

Comment oublier enfin d’évoquer le noyau de pêche, ce symbole de grandeur et d’avenir pour le père de Cavanna ! Quand surgiront les passions tristes et la xénophobie ordinaire, les arbres, assure-t-il, se dresseront devant les totalitaires pour défendre les droits de l’homme, l’écologie, le féminisme et aujourd’hui, la planète terre. « Les Ritals veut être, dans une période brumeuse comme celle que nous vivons, le geste fraternel d’un grand écrivain à l’égard de ceux que la misère des temps condamne à chercher leur pain dans l’exil » (Rocco Femia, producteur).

26 mars 2019

Le président Emmanuel Macron, un donneur de leçon arrogant et méprisant


La manifestation était interdite à cet endroit-là, soit. Les sommations d’usage des forces de police ont été faites dans les règles, soit encore. Mais à Nice, samedi, qui hissait les drapeaux et pour quels mots d’ordre ? Ni black blocks, ni gilets jaunes radicaux. Seulement des militants d’ATTAC et de groupes humanitaires et solidaires. Alors, c’est clair : la charge des CRS était totalement inadaptée à la situation. Aucun bien, aucun bâtiment public n'allait être endommagé, aucune personne ne courrait de danger. 

Une militante d’ATTC, âgée de 73 ans, filmée en bonne forme avant d’être bousculée (1) s’est retrouvée à terre après une charge des CRS victime de plusieurs fractures dont une du crâne. Le procureur de la République de Nice a ouvert une enquête préliminaire, fait saisir les bandes de la vidéosurveillance, et la famille de la septuagénaire a porté plainte contre le préfet et contre X pour violences volontaires et surbornation de témoins. Des policiers, selon la fille de la blessée, auraient insisté auprès d’elle pour qu’elle accuse un cadreur parti prenante de la bousculade. Le procureur a d’ores et déjà déclaré que la lecture des bandes exonéraient les policiers…

Affirmation reprise par le Président de la République qui, fidèle à sa parole « libérée » s’est distingué en souhaitant un prompt rétablissement à la blessée et en lui administrant une leçon de prudence et de sagesse sur le thème : « A cet âge là, on reste à la maison pour ne pas être prise dans une bousculade sur une place interdite. » Primo, les manifestations de rues ne font l’objet d’aucune limite d’âge. Secundo, les militant(e)s d’ATTAC ont l’habitude de distribuer leurs tracts d’information dans les rues des villes et de manifester quand l’actualité le commande. Toujours avec pacifisme. Mme Geneviève Legay avait l’expérience de ces appels citoyens. Elle n’ignorait pas, sans doute, l’interdiction de manifester mais avait décidé de braver ce qui lui paraît être une atteinte aux droits fondamentaux. A Nice, j’aurais pu être à ses côtés sans pourtant vouloir casser du flic ou m’en prendre aux vitrines des commerces. La démocratie c’est aussi la possibilité de faire connaître ses opinions et ses points de vue sur la place publique. Il semble que les temps changent mais pas trop car, comme disait Pascal « comme on a pu faire que ce qui fut juste fut fort, on a fait que ce qui fut fort fut juste ! »

Je condamne sans hésitation les propos du président de la République. Il peut avoir raison juridiquement et tort politiquement et moralement. En contraignant ses soutiens à pédaler dans la choucroute visant à justifier l’injustifiable, Emmanuel Macron fait une nouvelle fois preuve d’arrogance, de mépris. Son rôle n’est pourtant pas celui-là. Là où il est, il se doit de calmer les excès, de chercher des compromis et des accords avec ceux qui tiennent la rue depuis le 17 novembre. Le grand débat a été un grand déballage. Il est plus que temps que le président remette de l’ordre dans ses idées et ses choix politiques.

(1) D'après les déclarations du procureur de la République, trois personnes sont susceptibles d'être celle ou celui à l'origine de la chute de Mme Legay. Et pas des policiers.

25 mars 2019

La mort de Christian Lafenêtre, ancien conseiller municipal de Louviers, nous rend très triste

Christian Lafenêtre en 1977. ©JCH
La mort de Christian Lafenêtre, à l’âge de 77 ans, nous rend triste. Très triste. Christian, au delà des responsabilités éminentes qu’il remplit avec compétence et sérieux au sein  du groupe La Poste pendant toute sa vie, fut le symbole même de l’homme au courage moral et aux convictions inébranlables. Chacun se souvient de sa bonhomie, de son goût pour la blague mi-chou mi-chèvre, de ses élans tempétueux lors des mémorables campagnes électorales municipales des années soixante dix et quatre-vingt. Pendant toutes ces années, il accompagna le Dr Ernest Martin, maire de 1965 à 1969 puis adjoint d’Henri Fromentin, de 1976 à 1983.
Christian était un pilier du CAG (Comité d’action de gauche) où il étalait sans modération son talent pour la polémique, la défense de ses idées « anar » (et sans violence) son aversion pour les partis politiques — fussent ils de gauche — dans lesquels il voyait toujours la voie de la trahison. Son rôle dans les campagnes électorales fut essentiel pour analyser les documents budgétaires et financiers. Et aussi pour préparer les budgets de l’exécutif local à une époque où la tutelle préfectorale ne laissait rien passer contraignant les communes à présenter des propositions sincères et véritables.
Christian, et c’était sans doute dû à son attachement originel à la Poste, était un ardent défenseur du service public. A louviers on était servi puisque la politique municipale reposait justement sur le développement de ces services au bénéfice des plus jeunes mais également des travailleurs que la mairie aida en maintes occasions et notamment en mai 1968 ou lors de conflits sociaux plus tard chez Wonder par exemple.
J’ai le souvenir qu’en 1976, pendant l’été, il fallut compléter le conseil municipal d’un siège pour pouvoir élire le maire. Au sein du CAG, deux candidats postulèrent : Patrice Yung, qui fit le chemin que l’on sait, et Christian Lafenêtre. Battu par la majorité des militants malgré de très bons arguments techniques et surtout politiques, Christian n’en continua pas moins à agir et à devenir conseiller municipal lors des élections générales de 1977. Pendant les six ans du mandat de la municipalité dite « autogestionnaire », Christian Lafenêtre soutint sans relâche les choix du maire, Henri Fromentin, et des adjoints dont Ernest Martin. Bienveillant, attentif à la situation financière de la ville, ses conseils avisés furent souvent suivis. 
Sur le plan privé, il était ce qu’on appelle un bon père de famille, aimant et indulgent. Il mettait en pratique ce que Courbet nous avait enseigné : « Les enfants n’appartiennent à personne. Ils n’appartiennent qu’à leur future liberté. »
Les obsèques de notre ami et camarade Christian auront lieu le jeudi 28 mars à 14 heures à l’église Notre Dame de Louviers. J’invite ses amis du CAG et ceux qui l’ont apprécié à y saluer une dernière fois celui qui avait érigé en dogme un mot d’ordre aussi charnel que provocateur (1) que la bienséance m’interdit de reproduire ici. Et tout le monde éclatait de rire !
(1) Mot d’ordre reproduit dans le livre d’Hélène Hatzfeld : « La politique à la ville, inventions citoyennes à Louviers (1965-1983). Editions Presses universitaires de Rennes.

Fausses nouvelles et « vérités alternatives » risquent de polluer la campagne électorale des Européennes


Ariane Chemin, du « Monde » en passeuse passionnée de savoirs. ©JCH
Le débat organisé à Val-de-Reuil après le forum sur l’éducation et la formation aux médias a, une fois de plus, tourné autour des gilets jaunes et de leur propension à rejeter journaux et journalistes à l’image des Français qui, de plus en plus, font de moins confiance à la presse écrite ou autre. Il est vrai que les jeunes, notamment, utilisent leurs réseaux facebook ou leurs applications personnelles pour savoir ce qu’il se passe en France et dans le monde. Mais les informations qu’ils lisent sont souvent biaisées par les affinités ou préférences des groupes qui les composent. Si on s’attend à lire ce qu’on attend de lire, on ne risque pas d’être confronté à des contradictions, des incohérences ou pire, des fausses nouvelles ou des thèses complotistes sans être capables de les remettre en cause.

L’éducation aux médias — et on peut faire confiance aux enseignants du service public pour cela — passe par un accès aux divers canaux d’informations et un pluralisme de titres et d’opinions. Il faut, par exemple, lire « Le Monde » et « le Figaro », un journal de centre-gauche et un journal de droite pour prendre connaissance de commentaires sur des faits qui devraient être incontestables dans leur réalité. C’est là que le bât blesse. Car l’invention des vérités alternatives met à mal la vérité des faits, base indispensable à une discussion contradictoire cohérente. Voilà pourquoi un grand nombre de journaux et de chaînes, au delà des sites spécialisés, ont créé des services de décodage et de vérification permettant de corriger les erreurs involontaires ou les affirmations mensongères de la part des politiques, notamment, ou des « intellectuels » engagés à droite…ou à gauche. Trump, Bolsonaro, Poutine, Orban, Marine Le Pen, et tant d’autres, sont des spécialistes des vérités alternatives. Dans leur bouche, elles ne sont rien d’autres que des opinions et des élucubrations idéologiques, visant à convaincre les auditeurs les plus influençables les moins éduqués. Il va de soi que plus vous êtes cultivés, plus vous possédez de savoirs, plus vos connaissances sont larges, moins vous aurez de chances de croire le premier bobard énoncé comme une vérité.

Chez les gilets jaunes, pour revenir à eux, le célèbre Maxime Nicolle est une caricature d’émetteur de fausses nouvelles. Il n’y a pas si longtemps, il a relayé des doutes sur l’attentat de Strasbourg (!) des contre-vérités sur le pacte de Marrakech tandis que le RN (ex-FN) divaguait sur le siège permanent de la France au conseil dé sécurité de l’ONU.

A la veille de la campagne électorale européenne, la vigilance s’impose. J’ai souvenir du débat d’entre deux tours de la présidentielle au cours duquel la candidate du FN avait perdu les pédales et raconté n’importe quoi sur bien des sujets. A l’époque elle voulait sortir de l’Euro et de l’union européenne ! Elle soutenait ardemment le Brexit ! Face aux énormes difficultés que rencontre Theresa May, on ne l’entend plus. Elle préfère faire coller des affiches sur « l’immigration massive », la tarte à la crème de l’extrême droite depuis que son père a inventé la recette. Sans oublier les interventions des Russes et des algorithmes américains…alors prudence.
-->

24 mars 2019

Plus d'un million de remainers (anti-Brexit) dans les rues de Londres pour un nouveau référendum


Et si Nelson manifestait lui aussi…©GH
Hier à Londres, une manifestation gigantesque s’est déroulée avec un seul thème : On veut revoter ! On veut un second référendum ». Plus d’un million de citoyens britanniques ont battu le pavé pour signifier à Theresa May, la première ministre, qu’ils n’étaient pas d’accord avec le projet élaboré pendant de longs et pénibles mois avec l’Union européenne. Cet accord, d’ailleurs rejeté à deux reprises par la chambre des Communes, est le seul susceptible de permettre une sortie ordonnée de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Mais les remainers (maintien dans l’Union) ne l’entendent pas de cette oreille.

Un sondage récent indique que 56 % des Britanniques (de 54 à 58 %) selon la marge d’erreur veulent rester dans l’Union européenne. Nombre d’entre eux insistent sur le fait que la campagne de 2016 a été mensongère (Farage et Johnson les ont trompés) et que par conséquent les résultats du vote ont été faussés. J’ai toujours dit et écrit que le référendum portait en lui une réponse trop simpliste pour être honnête. La démocratie directe engageant un pays entier et par voie de conséquence une Union entière ne peut satisfaire une pédagogie complexe, lente à expliquer, que la démocratie représentative remplit tant bien que mal. Et mieux en tout cas qu'une réponse par Oui ou par Non.

La date de sortie est fixée au 12 avril. Comment en un laps de temps aussi court, Theresa May va-t-elle pouvoir se sortir du pétrin dans lequel elle a plongé le pays. La pétition mise en ligne sur le site du Parlement britannique a recueilli en quelques jours plusieurs millions de signatures. Les signataires veulent un nouveau vote et bien malin qui connait le sort réservé aux Britanniques dont la monnaie, la Livre, a chuté depuis des mois et dont l’économie s’essouffle avant peut-être de collapser.
 J’ai la chance d’avoir un membre de famille domicilié à Londres. Il a suivi avec attention la manifestation d’hier et m’a fait parvenir quelques clichés dont je le remercie. 

https://www.bbc.co.uk/news/uk-politics-47678763
-->

23 mars 2019

Quelques réflexions au débotté : Trump le goujat, la fondation Vuitton, Le Manoir de Bigards, la clause de conscience des journalistes, l'armée et les gilets jaunes

Donald Trump est un goujat
A Gauche Mac Cain, à droite Trump…
Donald Trump a encore trouvé le moyen de jouer les mal élevés. Devant un aréopage de militaires de tous grades, il s’est livré à une nouvelle charge contre le sénateur Mac Cain, décédé d’un cancer il y a sept mois. Le sénateur est de ceux qui ont refusé d’annuler l’Obamacare, l’assurance santé obligatoire aux Etats-Unis qui permet aux plus démunis d’être soignés.
Trump a fait un flop. En affirmant que Mac Cain n’était pas le genre de gars qu’il apprécie, ses remarques ont entraîné un silence…de mort parmi les personnes présentes devant la scène où le fantasque Trump se produisait. Faut-il rappeler que le sénateur Mac Cain, dans une autre vie, a été prisonnier (6 ans) des Vietnamiens du Nord pendant une guerre qui a duré tant d’années et causé la mort de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Quant à Trump, on sait qu’il a usé de tous les subterfuges pour éviter de partir au Vietnam, les dossiers le compromettant étant d’ailleurs cachés dans un coffre-fort inaccessible.

…et de Manet.©JCH
La fondation Vuitton : courez-y !
La fondation Vuitton, à Paris, expose la collection Courtault. Elisabeth Courtault et son mari, de descendance française (grands industriels du textile) ont constitué, de 1920 à 1929, une collection exceptionnelle de plusieurs dizaines de toiles signées des plus grands maîtres de l’impressionnisme et du post-impressionnisme. Qu’on en juge : Manet, Monet, Renoir, Cézanne, Picasso, Gauguin, Van Gogh, Modigliani, Seurat, Vuillard, Bonnard, Degas, tous présents sur les cimaises de la Fondation.
Déambuler dans les salles du musée fut une joie et une chance uniques. Le tout Paris de la presse mais pas seulement, a eu le plaisir, mardi soir, de découvrir des originaux qu’on est plus habitué à admirer dans les catalogues spécialisés ou les ouvrages d’art.

Le Manoir de Bigards deviendra un hôtel-restaurant
Le Manoir de Bigards de Louviers, ai-je écrit il y a quelques temps, est sauvé. On en sait plus aujourd’hui puisque le maire a rendu public un projet subventionné par l’Etat qui devrait permettre de transformer ce bel immeuble collectif de la rue du quai à Louviers en hôtel, restaurant, et demeure d’un certain niveau d’exigence. Des activités culturelles — c’est sa destination depuis longtemps — devraient également offrir un nouveau lieu de fréquentation non loin de la Médiathèque, des cinémas et du Musée. Les enfants de la ville ont été des milliers à fréquenter les ateliers d’expression libres qu’animaient Olivier Gramond, Yves Martin, Simone Etienne…dans des salles du fameux Manoir.

Ariane Chemin en discussion avec un jeune « critique »
La Clause de conscience
Lors du débat organisé à Val-de-Reuil sur la formation à la lecture de la presse, j’ai omis de mentionner, à l’attention des jeunes qui voudraient se lancer dans ce métier merveilleux, que la profession de journaliste est la seule (avec les médecins dans certaines situations mais il s’agit d’un « ordre ») dont la convention collective prévoit l’application d’une clause de conscience en cas de modification de la ligne éditoriale ou de changement dans le capital de l’entreprise. Les journalistes s’estimant en droit de ne plus travailler pour tel ou tel patron touchent des indemnités comme s’il s’agissait d’un licenciement ordinaire. S’agit-il d’un privilège ? Je ne le crois pas dans la mesure où les hommes et femmes de plume doivent savoir quelle ligne éditoriale leur direction leur propose…ou veut leur imposer.

Les gilets jaunes à Rouen.©Jean-Charles Houel
L'armée à la caserne !
L’utilisation des forces armées, dans le cadre du maintien de l’ordre, ne peut être justifiée qu’en cas d’état d’extrême urgence ou de menaces graves sur l’état républicain. Il est dangereux voire risqué, de solliciter des militaires pour protéger des bâtiments publics. Les gilets jaunes, même violents, même casseurs et pilleurs, ne sont pas des terroristes. Que les policiers et gendarmes protègent les personnes et les biens, c’est normal dans un état de droit. Que le gouvernement ait souhaité pendant 19 semaines qu’il y ait le moins de morts et de blessés possibles, c’est admissible. Il suffisait de passer sur les Champs élysées cette semaine pour constater les dommages énormes causés aux vitrines, commerces, magasins… le tout coûtant aux assurances et à l’état (et aux villes) près de 200 millions d’euros sans compter les indemnisations pour chômage partiel et l’absence de chiffres d’affaires. On ne sait plus très bien, aujourd’hui, pourquoi les gilets jaunes descendent dans la rue. 40 000 manifestants ne font pas un peuple. Et 1500 black blocks non plus. Les Français, dans leur grande majorité, disent Stop. Il faut donc négocier et trouver des compromis. Sans organisation structurée, sans leaders incontestés, avec certains d’entre eux sur les listes de Le Pen ou Dupont-Aignan, ce ne sera ni simple, ni facile.



-->

22 mars 2019

Les journalistes professionnel(le)s ne travaillent pas tous pour des canards boiteux !


Ariane Chemin et Elise Karlin.©JCH
« Gonflé ». Il faut être gonflé pour organiser « un forum d’éducation aux médias et à l’information » alors qu’un grand chamboulement dans le paysage de l’information s’opère avec les fausses nouvelles, les théories complotistes, les gilets jaunes négationnistes, sans oublier la folie des réseaux sociaux tous plus anonymes les uns que les autres. Heureusement, il existe des journalistes, hommes et femmes, capables de défendre une profession qui ne mérite ni opprobre ni pléthore de compliments, des hommes et des femmes passionnés, curieux, heureux d’écrire l’histoire au jour le jour. Nous les avons rencontrés.

Hier soir, à Val-de-Reuil, l’âme de Jesse Owens planait au-dessus des têtes. L’homme à qui Hitler refusa de serrer la main lors des JO de 1936, a donné son nom à la salle chargée d’accueillir un public jeune et citoyen venu en nombre pour entendre les explications d’orateurs avertis issus de « la soi-disant mauvaise presse. » Des journalistes (un comble) toujours en action à la radio, à la télé ou dans la presse d’information généraliste. Marc-Antoine Jamet, maire de la jeune cité, et Jean-Marie Le Chanony, IDEN pour la circonscription scolaire Louviers-Val-de-Reuil, sont à l’origine de l’organisation du forum du jour. Il est sain, il est roboratif de constater que des élus et des fonctionnaires de l’éducation nationale s’inquiètent de la manière dont leurs « enfants » lisent les médias (quand ils les lisent) ou s’informent (quand ils s’informent).

Un sondage paru dans « La Croix » démontre le peu de goût des jeunes pour la presse écrite quotidienne ou magazine. Un tweet, un profil facebook, un SMS, ici et là, vaudraient tout l’or du monde. Bien pratiques tous ces outils mais pour savoir quoi,  pour apprendre quoi ? Un gloubi boulga informe et sans saveur, voilà ce que nous réservent (le plus souvent) les réseaux sociaux.

Ivan Levaï aime Mme de Sévigné et Françoise Giroud.
Une information, comme dirait Ivan Levaï, ce n’est pas de la communication. Elle doit être la relation d’un fait (réel) narré, commenté, hiérarchisé dans la masse globale des événements locaux, nationaux ou mondiaux. C’est cela le travail d’un journaliste. Un homme ou femme qui signe ses articles, les revendique, les justifie selon des critères simples : un regard honnête et subjectif sur le monde qui nous entoure. Ariane Chemin, grand reporter au Monde, Elise Karlin, grand reporter à l’Express, sont de ce monde-là. Comme Stéphane Albouy, directeur de la rédaction du Parisien Libéré (un quotidien qui a bien évolué et gagne à être lu) ou Guillaume Lejeune, directeur départemental du quotidien Paris-Normandie.

Les mots de la fin pour MAJ.©JCH
Toutes et tous, à leur façon, selon leur support, mènent une bataille perpétuelle contre le vieillissement — et la raréfaction — du lectorat, l’indifférence au sort d’autrui, pour la vérité des faits, surtout ceux qu’on essaie de taire ou de cacher au public.  Alors, à quoi servent encore les journalistes (1) ? A cette question je réponds : sans Ariane Chemin, pas d’affaire Benalla. Sans le Canard enchaîné, pas d’affaire Fillon. Sans Médiapart, pas d’affaire Cahuzac. Sans une presse libre et indépendante du pouvoir politique (elle l’est !) il n’est pas de journaux crédibles ni d’aide à la compréhension du monde qui nous entoure.

Une femme, porteuse d’un gilet jaune, n’a rien voulu entendre. Venue clamer sa « haine » des journalistes « qui mentent et qui donc nous cachent la vérité », elle est la porte-parole d’un collectif plus large, plus radicalisé, plus violent, semaine après semaine. Étonnez-vous que des journalistes soient frappés, pourchassés, comme de vulgaires sorciers qu’à une autre époque, on brûlait sur le bûcher. Ne sont-ils pas les porteurs de mauvaises nouvelles, les messagers inquiétants, les contre-pouvoirs des institutions, les corps intermédiaires indispensables au bon fonctionnement d’une vraie démocratie ?

Les journalistes sont-ils pour autant, exempts de tout reproche, de toute critique. Bien sûr que non. D’ailleurs, ils balaient devant leur porte. Nombreux sont les sites de décodeurs, de fact Checking (vérification des faits) bien utiles pour mesurer la crédibilité d’une Le Pen ou d’un Dupont-Aignan, tous deux habitués aux mensonges ou à la dissimulation. Et l’avenir ? Bien sombre pour Elise Karlin. Elle prévoit la disparition de la presse papier magazine, un mouvement déjà enclenché aux États-Unis souvent précurseur en matière d’actualité. D’ailleurs, le site Médiapart fournit une bonne photographie du futur : un site payant, animé par une rédaction talentueuse passionnée par l’investigation, fière de livrer au public des faits d’intérêt général aptes à mieux faire comprendre les contradictions sociétales en France et ailleurs.
Dominique Jamet. ©JCH

En digne père d’un fils brillant, Dominique Jamet avait évidemment son mot à dire. Il aurait été dommage de ne pas entendre l’opinion d’un homme qui ne manque ni de courage moral, ni de talent oratoire. Né en 1936, Dominique Jamet a été de bien des aventures de presse. Son passage auprès de Philippe Tesson, au sein du Quotidien de Paris, a sans aucun doute contribué à faire de lui un débatteur redoutable, un « causeur » craint et respecté. Lui aussi a des craintes pour l’existence des journaux généralistes. Depuis cinquante ans, tant de titres ont disparu ! Marc-Antoine eut le mot de la fin. Ou plutôt les mots tant il aime la musicalité des adjectifs et sait décrire la qualité des relations singulières qu’il entretient, tantôt pour la société qui l’emploie, tantôt pour les idées qu’il défend.

(1) C'était le thème de la conférence-débat. Un titre provocateur, certes. Il porte en lui les dangers qui menacent une presse libre de tous les pouvoirs.


-->

21 mars 2019

A quoi servent encore les journalistes ? Débat ce soir à Val-de-Reuil à partir de 18 heures au stade Jesse Owens


En 1977 les journalistes de Paris-Normandie en lutte contre Robert Hersant.
Ce soir, jeudi, à partir de 18 heures, au stade Jesse Owens de Val-de-Reuil, les habitants de la région sont conviés à assister et participer à un débat ayant pour thème « A quoi servent encore les journalistes ? »Avec la présence de Stéphane Albouy, directeur de la rédaction du Parisien-Aujourd’hui en France, Ariane Chemin, journaliste politique au Monde, Elise Karlin, journaliste à l’Express et Guillaume Lejeune, directeur départemental de « Paris-Normandie », le public est assuré de se trouver face à des professionnels aguerris et compétents.

L’invitation fait état d’une situation difficile pour la presse écrite qui n’est, bien sûr, qu’une forme de presse. D’une manière plus générale quelles réponses faut-il apporter face au défi du numérique ? La presse papier est-elle condamnée ? Nouveaux supports, nouvelles technologies, quel avenir pour les médias traditionnels ? Réseaux sociaux, groupes de pression, fausses nouvelles, comment s’assurer de la fiabilité d’une information ?

Ce débat se déroule dans le cadre du premier forum de l’éducation aux médias et à l’information de Val-de-Reuil organisé à l’initiative de Marc-Antoine Jamet, maire de la ville et Jean-Mary Le Chanony, inspecteur de l’Education nationale pour la circonscription de Louviers-Val-de-Reuil. Cette soirée sera animée par le club de la presse de Normandie.
Venez nombreux.

15 mars 2019

Marine Le Pen : suffisante autant qu'insuffisante (1)


Le prix de la baguette de pain. Le prix du ticket de métro. Le montant du SMIC horaire ou mensuel net. Tout candidat à une élection, surtout au niveau national, se doit de connaître ces « détails » par cœur. Jean-Jacques Bourdin, sur RMC, se régale quand il interroge ces élus ignares ou ignorants des choses de la vie. Hier soir, Marine Le Pen — chacun se souvient des limites qu’elle mit au jour lors du débat de second tour de l’élection présidentielle — s’est à nouveau plantée magistralement en comparant les niveaux de SMIC européens. En voulant tacler Emmanuel Macron, favorable à un SMIC généralisé mais conforme aux standards de chaque pays de l’Union européenne, la responsable du Rassemblement national a avancé un SMIC français à « 36 euros » sans qu’on sache s’il s’agit d’un taux horaire brut ou net, alors même que ces 36 euros représentent le coût horaire de la main d’œuvre en France et que le SMIC est à 1201 euros net mensuel en janvier 2019. Moquée de toutes parts, Marine Le Pen a tenté de corriger le tir ce matin en tweetant les taux horaires des SMIC en Europe et en affirmant que la convergence vers un SMIC uniforme en Europe n’était pas pour demain. Jamais personne de sensé n’a avancé une telle hypothèse. Emmanuel Macron non plus !

En confondant l’ECU et l’Euro, Marine Le Pen s’était fourvoyée lors du débat. Sur plusieurs dossiers brûlants, Emmanuel Macron avait eu beau jeu de détailler des éléments explicatifs clairs et pédagogiques. On sent que Mme Le Pen ne maîtrise pas les dossiers un peu techniques, elle éprouve des difficultés pour mémoriser ou se lancer dans l’abstraction. Elle manque de Background, ce qui prouve que faire de la politique nécessite une bonne culture générale et qu’une licence en droit ne suffit pas pour assurer une gymnastique intellectuelle propre à intervenir promptement avec précision.

La campagne d’affichage lancée par le Rassemblement national « Marine Le Pen dit la vérité » est une campagne de rétropédalage visant à corriger ou interpréter des propos fumeux ou mensongers tenus sur les antennes des radios ou des plateaux télé. Le métier de politique est un métier ardu. Il y faut un esprit clair, des convictions affirmées, des opinions stables. Que Marine Le Pen encense l’Euro aujourd’hui après l’avoir stipendié à longueur de meetings montre bien les approximations, les opinions sondagières dont elle témoigne. C’est bien pourquoi une candidate comme celle-ci gonfle ses scores au premier tour sans pouvoir concrétiser au second. Comment pourrait-elle rassembler (excepté Dupont-Aignan) et obtenir une majorité absolue des suffrages alors que son apprentissage n’est pas terminé et que ses insuffisances sont criantes.

(1) François Mitterrand, auteur de cette formule appliquée à l'un de ses adversaires politiques, savait être cruel.
-->

14 mars 2019

François Ruffin dans C à vous : la dureté de son discours cache une fragilité empathique

François Ruffin (capture d'écran)
J’ai dit assez de mal de François Ruffin sur ce blog pour oser corriger le tir. Invité, hier soir, de l’émission C à vous, le député de la France insoumise, élu de la Somme, venait présenter son dernier livre et le film qu’il a réalisé avec le concours de gilets jaunes triés sur le volet, symboles d’une France invisible car oubliée. J'ai suivi sa prestation avec attention.

Certes, François Ruffin demeure le débatteur iconoclaste peu sensible aux règles conventionnelles comme dirait Pierre Lescure. Qu’il siège à l’Assemblée nationale, tende le micro aux personnes qu’il rencontre, réponde aux questions des journalistes de France 5, l’adversaire farouche d’Emmanuel Macron, demeure un orateur insatiable et impitoyable. Se revendiquant d’une gauche anticapitaliste, amateur de la lutte des classes et des rapports de force, acceptant des doutes, une fragilité et une sensibilité à fleur de peau, François Ruffin est apparu terriblement humain et  solidaire. Si l’on peut parler de mépris de classe de la part de certains à l’égard des gilets jaunes, on peut sans se tromper évoquer le mépris qu’éprouve François Ruffin à l’égard d’Emmanuel Macron dont la seule qualité serait, selon lui, « l’art de la séduction. » C’est déjà cela mais c’est peu.

François Ruffin revendique une œuvre, un statut d’artiste, avec films et livres au bilan, un amour immodéré des gens faibles, des modestes, des gens qu’on ne reconnaît pas, dont l’amour propre est sans cesse agressé et il n’omet pas de souligner que lui, François Ruffin, a déjà songé à quitter volontairement notre monde, quand le sens qu’il y donne, penche vers l’absurde absolu ou l’irrespect total des personnes…« J'avais le sentiment d'être une merde » avoue-t-il. Il y a chez lui de la sincérité, une clarté intellectuelle et militante, une forme de sectarisme, sans doute, qui lui permet de demeurer installé fermement sur ses valeurs et ses principes de vie.

Ruffin ne sait pas (ne veut pas ?) cultiver pas l’art du compromis. Il fonce, les yeux grands ouverts contre un monde qu’il juge injuste, inégalitaire, brutal. Il ne reconnaît aucune qualité intellectuelle à Emmanuel Macron qui serait, au fil du temps, passé de l’école de la Providence d’Amiens à l’ENA et à l’Elysée par des portes dérobées. Sur ce point, François Ruffin devrait être économe de son mépris. On ne devient pas Président de la République sans un minimum de background, comme disait Philippe Pontet, ancien député de l’Eure. Directeur d’un journal — Fakir — pendant 20 ans, François Ruffin demeure un journaliste curieux, talentueux, attaché à un territoire et à ses habitants. Il se désole de déplorer la fermeture des services publics et celle des usines. Il reconnaît ne pas avoir la stature d’un Président de la République et quand on évoque devant lui le Brexit, il souhaite des solutions équilibrées car « il n’est pas un spécialiste de la politique étrangère. »

Finalement, Ruffin est un être torturé, tout le temps dans l’empathie. Il sait faire pleurer les dames ce qui démontre un charme certain et une volonté de ne pas blesser. Du moins ceux et celles qu’il préfère. Les autres ? Il ne veut même pas les connaître.
-->