1 septembre 2018

Suzanne Lipinska faite commandeur des Arts et des Lettres par Françoise Nyssen, ministre de la Culture


Suzanne Lipinska et Françoise Nyssen. © Jean-Charles Houel
Commandeur des Arts et des Lettres. Depuis hier, Suzanne Lipinska, présidente de l’Association culturelle du Moulin d’Andé, a rejoint ces centaines d’artistes : écrivains, comédiens, peintres, musiciens, cinéastes Français et étrangers que la République a souhaité honorer pour leur art ou leurs actions en faveur de la culture sous toutes ses formes.

Pour accomplir cette tâche symbolique, la République avait délégué Françoise Nyssen, ministre de la Culture et par ailleurs ancienne (future) éditrice de « Acte Sud ». Elle avait tenu à être présente malgré quelques vicissitudes auxquelles elle fit une allusion discrète dans son discours. La ministre était accompagnée du local Sébastien Lecornu, ancien président du conseil départemental, secrétaire d’Etat à l’environnement, orphelin depuis la démission de Nicolas Hulot.

La cérémonie avait lieu au Théâtre, lieu exemplaire s’il en est puisque c’est là que sont donnés concerts, surtout depuis 1983, et accueillis les séminaires des sociétés ou entreprises réalisant ainsi le vœu de « Suzon » de réunir le monde culturel et le monde économique. De nombreux amis avaient tenu à être présents à cette fête estivale magnifique. Des ami(e)s de longue date, des ami(e)s plus récent(e)s, tous et toutes admiratifs(tives) d’une œuvre humaine exceptionnelle et d’un lieu lui même favorable au développement des œuvres de l’esprit. François Loncle, ancien député et ami du Moulin, offrit à Suzon l’ensemble des lettres originales qu’il échangea avec les différents présidents de la République et ministres de la Culture, Jack Lang occupant une place essentielle.

Suzanne et sa décoration. ©JCH
Françoise Nyssen prononça un discours impeccable. Mêlant détails familiers et histoire d’un lieu où tant de grands noms se sont affichés un jour, un an, ou pour toujours. Elle n’omit pas, elle l’éditrice, de rappeler le souvenir de Maurice Pons, compagnon de 60 ans de vie au Moulin aux côtés de Suzanne, grand écrivain mais également artisan de l’accueil au Moulin d’opprimés ou de bannis par des régimes totalitaires et il n’en manque pas sur notre planète.

Suzanne, prônant une parole libre — ô liberté ! — répondit à la ministre sur le ton qui lui sied le mieux. Sans notes, nantie de sa seule mémoire qu’elle a immense, La maîtresse des lieux rappela comment ce lieu historique né au 12e siècle a traversé le temps et est devenu ce qu’il est. Un lieu dont elle exige, qu’après sa mort, il reste ce lieu de « tous les Possibles » afin qu’il ne devienne pas une banale étape sur la route de Giverny et du Château-Gaillard. Stanislas, l’un de ses petits enfants, devrait recevoir le flambeau dont la flamme servira de phare à tous ces jeunes créateurs(trices) qui, parfois, manquent de moyens matériels, pour exprimer le meilleur d’eux-mêmes. En conclusion des discours, « Stan » ne manqua pas d'insister sur le soutien des Institutions sans lesquelles l'équilibre de gestion ne pourrait être atteint. La roue du Moulin continuera donc de tourner pour quelques siècles encore…

29 août 2018

La vacance de Monsieur Hulot, le…chassé du gouvernement ?

Le poste ministériel de Nicolas Hulot est vacant depuis hier matin. Surprenant tout le monde (politique, médiatique, écologique) le ministre de la transition énergétique s’est fait la malle. L’ancien animateur d’Ushuaia a plus d’un tour dans son sac. Constatant que les chasseurs avaient plus de poids que lui lors de la réunion organisée avec le président, constatant qu’un lobbyiste amateur de chair fraîche était present sans avoir été invité (le quidam prétend le contraire) Hulot qui en avait déjà ras les chaussettes des Néonicotinoïdes, du glyphosate, de la disparition avérée de la biodiversité, de la canicule et des ours de Pyrénées s’est soudain rendu compte que gouverner sans pouvoir c’est une noce sans musique.

Alors, à quoi bon ? Pourquoi rester dans un gouvernement qui ne parle que de croissance, de déficit, de MEDEF, de CSG, en oubliant totalement le numéro 3 de l’équipe et les raisons de sa présence (Chirac, Sarkozy et Hollande avaient pourtant tout fait pour le récupérer) une présence justifiée par la lutte contre le réchauffement climatique et les progrès dans les énergies renouvelables. Tu parles Nicolas !

Hulot s’aperçoit qu’il est plus facile de renouveler un ministre que de limiter l’usage des énergies fossiles. Mais cela, on le savait déjà depuis que Travert, le ministre de l’Agriculture, avait quasiment gagné tous les arbitrages budgétaires sous l’influence de la FNSEA, un autre lobby aussi puissant que celui des chasseurs.

A ce sujet, je me suis rafraîchi la mémoire en écoutant la fameuse et 
édifiante chanson écrite par Henri Tachan et consacrée à la chasse et aux chasseurs.
Je l’ai sue par cœur puis, avec le temps comme dirait le grand Léo, je me suis surtout 
souvenu de ce passage-là : 
« Les soldats ça s'enraye, les soldats ça se rouille, c'est comm'e les carabines 
Le servic'e militair'e ça s'continue plus tard à coups de chevrotines : 
Pour le chasseur français y avait le perdreau boche ou le lièvre fellouze, 
Pour le chasseur franquiste l'anarchiste rouge-gorge et la chienne andalouse...  
La Chasse, C'est le défoul'ment national, c'est le p'tit Vietnam des frustrés, 
La Chasse, C'est la guéguerr'e permise aux hommes en temps de paix, 
De paix ?! » 
Exagéré ? Si peu…






27 août 2018

« Le Lambeau » de Philippe Lançon, chroniqueur de Charlie Hebdo, un livre à lire d'une traite.


On a dit que le 7 janvier 2015 à Paris était une sorte de 21 septembre 2001 à New York. Si le nombre de morts n’est pas comparable, le symbole est assurément équivalent. D’un côté les twin towers qui s’effondre avec 3000 personnes décédées et de nombreux blessés, d’un autre une équipe rédactionnelle et des dessinateurs assassinés le tout par des fanatiques liés à l’Islam radical. Déjà dans le passé les locaux de Charlie hebdo avaient été incendiés servant en quelque sorte d’avertissement. Des appels à la mort de l’équipe de Charlie circulaient sur les réseaux sociaux depuis des mois ! Enfin l’horrible survint.

Parmi les victimes de Charlie Hebdo, sont disparus : Cabu, Tignous, Honoré, Charb, Wolinski, sans oublier Bernard Maris, Franck, le policier garde du corps de Charb, et d’autres membres de la rédaction dont Elsa Cayat, psychiatre et psychanalyste. Certains s’en sont sortis avec de graves blessures. C’est le cas de Philippe Lançon, chroniqueur, donné pour mort, mais « ressuscité » grâce aux soins assidus d’équipes médico-chirurgicales expertes et compétentes.

Philippe Lançon est sorti laminé de ses trois années de soins, d’opérations de reconstruction de son visage cassé. Comme il est fondamentalement journaliste, qu’il sait écrire, réfléchir, interpeller son lecteur, Philippe Lançon, après avoir retrouvé ses esprit et son goût pour l’écriture, a d’abord envoyé ses billets pour Charlie Hebdo et Libération, mais cela ne serait rien ou si peu, face au livre témoignage qu’il a ensuite soigneusement parsemé de souvenirs, de cris et de larmes livre édité par Gallimard.

« Le Lambeau » puisque tel est le titre de ce livre émouvant, éprouvant, est un livre à lire d’une seule traite. Il n’autorise aucun répit, aucune inattention. J’ai imaginé la stupeur de l’auteur, son effroi, sa douleur. Perdre ses amis assassinés sous ses yeux, recevoir plusieurs balles d’AK 47 (si répandue dans nos villes), devoir affronter l’avenir qu’on voit sans lumière et sans certitude. Passer sur le billard, y repasser maintes fois, se reconstruire un visage, une philosophie de la vie, déambuler avec des gardes du corps, restituer une mémoire parfois morbide parfois cynique, voilà le travail qui attendait Philippe Lançon. Pour y faire face, il y faut des qualités personnelles sans doute exceptionnelles. Je ne connais pas Philippe Lançon. J’aimerais le rencontrer pour lui assurer à quel point son récit est rassurant sur l’âme humaine et sur la résilience dont parlent les psychanalystes. Cette résilience qui permet de ressouder des amitiés, de refaire société et de survivre au drame. Du surhumain quoi.

25 août 2018

Quand le parking du collège du Hamelet devient une affaire départementale…


La construction du collège du Hamelet en 1977. © Jean-Charles Houel
La fermeture définitive du collège Pierre Mendès France à Val-de-Reuil est, majoritairement, vécue comme une injustice flagrante. Injustice pour les collégiens, pour leurs parents, pour les enseignants, les équipes administratives et bien évidemment injustice pour les élus de l’ex-ville nouvelle dont les efforts permanents en matière d’éducation ne sont pas récompensés.

Malgré les prétextes et les arguments — on en trouvera toujours — développés par la majorité du Conseil départemental présidé par M. Lehongre maire LR de Pacy-sur-Eure, le citoyen lambda ne comprend pas bien pourquoi ni comment des élus responsables en arrivent à supprimer de la carte scolaire un établissement qui accueillait plus de 300 élèves. Les économies ne justifient pas tout. Surtout quand il s’agit de l’enseignement et de l’avenir des Rolivalois et des habitants des communes alentour.

Revenons à notre affaire de parking. Le conseiller départemental de Louviers — celui qui un jour est LR puis le lendemain macroniste et le surlendemain MODEM tout en restant LR — M. Daniel Jubert, se trouve contraint de justifier l’injustifiable. Comme plus de 120 collégiens de Val-de-Reuil vont devoir venir à Louviers pour suivre leurs études, il est clair que les mouvements des bus et autres voitures individuelles vont augmenter dans l'unique rue (cul de sac) menant au collège du Hamelet. Pour éviter les bouchons et satisfaire la demande légitime des usagers du collège, le Département avait promis (dixit M. Jubert) que des travaux d’amélioration en stationnement et en circulation seraient entrepris pendant les vacances scolaires. Promesse fallacieuse puisque la rentrée va se faire sans qu’un coup de pioche n'ait été donné. Ce n’est pourtant pas faute de savoir que la rue séparant Louviers de Pinterville est une rue relativement étroite puisque deux bus ne peuvent se croiser. Ces travaux, jugés prioritaires, auraient dû être entrepris dès la fin de l’année scolaire passée.

J’ignore quel pataquès administratif ou politique a conduit le conseiller départemental à présenter ses plates excuses au public puisque les travaux tardent et qu’il réitère une promesse nouvelle en assurant que les vacances de Toussaint seront mieux utilisées. Certains peuvent le croire sur parole, d’autres, dont je suis, estiment qu’il faut rester vigilants et mobilisés pour obtenir du conseil départemental une toute petite compensation face à l’énorme erreur que revêt la fermeture du collège Mendès France. J’attends avec une certaine impatience de connaître les effectifs des écoles primaires de la ville de Val-de-Reuil. Si, comme je le crois, ils montrent une augmentation sensible de la population scolaire et donc une fréquentation plus forte des collèges à moyen terme, on découvrira avec effroi que la majorité départementale actuelle a fait œuvre de basse politique en sacrifiant l’intérêt des enfants d’une ville qu’il faudra bien un jour (pour la droite) accepter telle qu’elle est : une ville en pleine croissance, source de richesses locales surtout si sa population scolaire lui promet d'assurer un avenir digne et prometteur.

23 août 2018

La mort récente de Bernard Parisot nous afflige au plus haut point


Bernard Parisot derrière Keba Dramé à gauche.  © JCH
La mort récente de Bernard Parisot nous afflige au plus haut point. Non seulement ses amis de la Ligue des Droits de l’homme sont en droit de déplorer la disparition de l’un de ses meilleurs militants mais en plus, ce citoyen inlassable et infatigable des causes solidaires remplissait à merveille les tâches les plus ardues nécessaires à l’avancée du progrès humain.
Bernard luttait, depuis de nombreux mois, contre le cancer. A diverses reprises, avec une élégance rare et un courage admirable, il avait tenu au courant ses amis de l’évolution de sa maladie et du caractère inéluctable qu’elle revêtait. C’est pourquoi il avait décidé, avec son épouse, de quitter la région de Louviers et sa Normandie d’adoption pour s’installer, il y a quelques mois maintenant, près de Perpignan où résident ses enfants.
Si je devais prendre un exemple de son opiniâtreté, je rappellerais simplement les semaines de lutte non violente mais persuasive qui ont conduit à la régularisation de toute une famille sénégalaise en 2009. Aux côtés de membres d’un comité de soutien bigarré composé d’enseignants, de RESF, de la LDH, de partis politiques de gauche — quand ce mot revêtait encore du contenu — grâce aussi à l’action résolue du député de l’époque, François Loncle et du maire de Val-de-Reuil, Marc-Antoine Jamet, cette famille obtint un travail, des papiers, une résidence digne de ce nom alors qu’ils habitaient dans une pièce de 10 m2 sans eau, ni électricité, ni chauffage.

Au cours de ce combat au long cours, j’avais appris à apprécier la détermination tranquille et les qualités humaines de Bernard Parisot : fiabilité, fidélité, responsabilité, engagement. Toujours du bon côté de l’action et des choix à opérer, il s’engagea également maintes fois à Evreux, notamment, pour venir en aide à des sans papiers souvent sans avenir. Comme secrétaire de la section de Louviers de la LDH, il participa à de nombreuses motions et pétitions collectives pour porter haut les valeurs de solidarité et de révolte, aussi, dont on ne mesure pas suffisamment le caractère indispensable dont chacun doit être doté. Dans une société telle que la nôtre, injuste et violente à l’égard des faibles, il est du devoir de chacun d’apporter sa pierre à une construction sociale différente, plus collective, plus écologique, plus socialiste, dans l’acception d’origine de ce mot qui n’a rien de gros.

Trop tôt enlevé à l’affection de sa famille et de ses amis, Bernard Parisot avait dû lever le pied, ces derniers mois, pour se soigner et se ménager. Il continuait de marquer un vif intérêt pour la vie lovérienne puisqu’il aura eu le temps de lire le livre d’Hélène Hatzfeld que j’avais eu grand plaisir à lui offrir. Un ultime clin d’œil avant qu’il ne fermât ses yeux pour toujours.
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12 août 2018

Dominique Jacob et Brendan Mac Farlane ont les honneurs du journal « Le Monde ». A Val-de-Reuil, on les connaît bien.


(capture d'écran) Dominique Jacob et Brendan Mac Farlane.
Le journal « Le Monde » consacre plusieurs articles à des couples originaux, homme et femme pour le coup, célèbres pour leur métier et leur complémentarité. Ainsi dans le journal daté de vendredi 10 août avons-nous découvert avec ravissement la présence de Brendan Mac Farlane et Dominique Jacob. S’ils sont devenus des stars de l’architecture contemporaine c’est surtout et avant tout pour leurs réalisations hexagonales à Paris, Lyon, Orléans et pour le style de leur architecture.

Il fut une époque, il y a plus de vingt ans, pendant laquelle Brendan et Dominique (contrairement à Harry Ballet, je préfère les prenons aux noms) n’avaient encore brillé au firmament des artistes designers. Mais à Val-de-Reuil, un jury averti, les désigna comme vainqueurs du concours organisé par la ville rolivaloise, sous l’impulsion de Bernard Amsalem et le concours actif de Patricia Houel-Deschamps.
De quoi s’agissait-il ? De réaliser, dans cette ville nouvelle, un monument à la mémoire et à la paix plutôt qu’un monument aux morts. D’un côté l’espoir et l’espérance, de l’autre les rites nécessaires mais morbides des célébrations et autres cérémonies. J’ai le souvenir d’une discussion avec Gérard Thurnauer, membre du jury et architecte en chef de la ville nouvelle, fort convaincu de la qualité de la proposition des deux jeunes architectes et également certain de leur avenir radieux. Il n’y a guère qu’un Sarkozy, profane avec la tête près du bonnet, pour ne pas comprendre qu’une architecture moderne n’a que peu à voir avec le château de Chambord. On oubliera donc ses remarques désobligeantes voire incultes.

Ce blog n’est pas le lieu de rappeler, par le menu, le bilan des espaces construits ou réhabilités par le couple Mac Farlane-Jacob. On aurait aimé trouver dans l’article du Monde, justement, des preuves plus affectives des raisons de leur union professionnelle et privée ainsi que de leur histoire commune alors que le texte de Harry Ballet choisit une distance froide avec ses interlocuteurs contrastant avec les autres textes de la série.

Qu’importe. Le simple fait d’avoir été choisis par le journal « dit de référence » démontre l’importance prise par Dominique Jacob et Brendan Mac Farlane dans le monde de l’architecture contemporaine. J’invite ceux et celles qui souhaitent mieux les connaître à se rendre sur le monument à la Mémoire et à la paix de Val-de-Reuil. Ils feront abstraction des oriflammes et des gerbes qu’affectionnent les anciens combattants. Très attachés à la mémoire et aux gestes honorifiques, ils se sont rabattus sur le monument transformé à son corps défendant en outil de souvenir. Alors que dès l’origine, sa destination devait glorifier la mémoire indispensable à la compréhension des temps et la paix, si nécessaire à préserver dans le monde violent qui est le nôtre. 

3 août 2018

Quelques réflexions au débotté : A 10 ans, on ne va pas en prison, un peu de répit pour les abeilles, vive la presse libre et indépendante Thérésa May n'est pas au bout de ses peines, rouvrir la ligne (ferrée) Louviers-Evreux : un casse-tête


Sans liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur (Beaumarchais)
Une démocratie digne de ce nom exige l’équilibre des différents pouvoirs. Elle se conforte en assurant, notamment, une liberté essentielle : la liberté de la presse. Depuis des années, sur ce blog, je défends comme je peux la liberté de penser, d’expression et d’édition. Malgré de nombreuses résistances, malgré les polémiques et malgré les fausses nouvelles qui fleurissent sur les réseaux sociaux (mais pas que) j’affirme qu’une presse libre est indispensable au bon fonctionnement des institutions.
Il est facile de comprendre que tout pouvoir souhaite dissimuler ses erreurs et masquer ses failles. Le Premier ministre actuel a raison quand il assure qu’« une République exemplaire n’est pas une République infaillible. » Les Français ne doivent pas oublier, par exemple, que sans Médiapart il n’y aurait pas eu d’affaire Cahuzac. Sans le Canard enchaîné, pas d’affaire Fillon…et sans Le Monde pas d’affaire Benalla. Il faut se réjouir, au contraire que notre pays dispose d’une presse d’information, voire d’opinion, couvrant l’ensemble du champ politique. Le citoyen ne peut se contenter de la parole officielle. Même si Les Français lisent moins de quotidiens ou d’hebdomadaires,  ils ne peuvent, non plus, faire une confiance aveugle aux chaînes d’informations télévisées ou aux chaînes dites historiques. C’est pourquoi, en ces temps délicats et dangereux, chacun et chacune d’entre nous doit se montrer exigeants sur le bruit de fond, distant avec les rumeurs et patients avec l’évolution des affaires dont le fin mot sera dit, un jour, par les juges.

Un peu de répit pour les abeilles
Réjouissons-nous. Les néonicotinoïdes sont interdits depuis le 1er juillet. Il est maintenant établi que ces produits portaient atteinte à la bonne santé des abeilles et qu’ils étaient une des causes de la mortalité exponentielle des mouches à miel. Voilà une décennie maintenant que l’Union nationale des apiculteurs et les différents syndicats départementaux mènent la lutte contre l’utilisation de ces éléments chimiques produits en accompagnement des semences. Des intérêts financiers colossaux sont mis en œuvre par l’industrie chimique afin de faire perdurer un système pervers finalement nuisible pour l’homme puisque l’abeille est indispensable à la pollinisation des plantes légumineuses et fruitières. Félicitons nous de l’opiniâtreté des professionnels et des amateurs tout autant passionnés par le monde des hyménoptères utiles à l’homme. Leur combat n’aura pas été inutile. Ils ont enfin gagné.
D’autant que les néonicotinoïdes ne sont pas les seuls à causer des dommages aux ruchers. Le varroa continue ses ravages et le frelon asiatique a atteint le nord de la France depuis des lustres. Ce prédateur d’abeilles doit être combattu avec obstination.  (Voir photo)


La grosse erreur des Britanniques
Les Britanniques commencent à se rendre compte de la grosse erreur qu’ils ont commise lors du référendum dit du Brexit. Non seulement la Livre a perdu sensiblement de sa valeur, non seulement nombres de sociétés et d’entreprises déménagent qui à Paris, qui à Francfort, qui à Bruxelles, mais en plus une commission parlementaire (à la Chambre des Communes) vient de rendre publiques des conclusions surprenantes pour les naïfs que nous sommes. La fédération de Russie de Vladimir Poutine a, semble-t-il, contribué au financement de la campagne des Brexiters sans oublier que Facebook a été mis en cause pour avoir contribué à inonder les Britanniques de messages fallacieux et pour le coup de fake news.
Certains espèrent un nouveau référendum qui ne serait pas entaché d’irrégularités et de mensonges à la Farage. C’est, à mon avis, croire au père Noël. Theresa May (dont les jours au 10 Downing street semblent comptés) ne prendra jamais le risque de se mettre à dos une nouvelle majorité de citoyens favorables à la sortie de l’UE. Un sondage donne 51% pour le maintien dans l’Union. La marge n’est pas assez nette pour assurer le tir de la seconde cartouche. Les Italiens et autres Hongrois feraient bien de méditer l’exemple britannique. Car chacun sait que s’il est facile de détruire il est bien plus difficile de construire. 70 ans de paix, ce n’est pas mal, non ?
Au fait, les services de renseignements américains confirment l’intention des Russes de perturber les prochaines élections de mi-mandat. Trump a beau crier sur tous les toits que l’enquête de M. Mueller est une chasse aux sorcières, l’intervention des hackers russes pendant la campagne présidentielle US est acquis. Un futur candidat prévenu en vaut deux.

A 10 ans on ne va pas en prison, heureusement
Un enfant de 10 ans vient d’être mis en examen pour avoir causé, très indirectement et très inconsciemment, la mort de quatre personnes dans un incendie à Aubervilliers. Un mineur de 13 ans ne peut pas aller en prison. Fort heureusement. La gamin a mis le feu à un torchon qui a mis le feu à……… et ainsi de suite. Bilan : quatre personnes mortes dans l’incendie, de gros dégâts matériels et surtout les remords éternels des parents qui ont laissé sans surveillance leur progéniture.  Bien que 10 ans ne soit pas un âge pendant lequel la raison fait défaut. L’oisiveté peut-être ?

Réouverture de la ligne Louviers-Evreux ?  
Ce fut le thème de campagne de l'élection cantonale de l'année 2008. Fallait-il rouvrir, oui ou non, la voie ferrée entre Louviers et Evreux. Franchement, je croyais ce projet enferré…ou plutôt enterré. L'élu écologiste de Louviers, Alexis Fraisse réveille ce vieux dossier — si controversé — et propose de favoriser le train à la voiture ce qui n'est pas idiot mais il faudrait qu'une prise de conscience globale contraigne les gouvernements et les citoyens à changer radicalement nos modes de vie et de production.

Légende de la photo : Rouvrir la voie ferrée nécessiterait des travaux très importants eu égard à l'état actuel de la voie. Cette photographie a été prise rue du Canal non loin du chantier de la nouvelle patinoire.



24 juillet 2018

La disparition de Charles Libman, grand avocat pénaliste


Charles Libman commandeur de la Légion d'honneur.©JCH
En lisant la rubrique nécrologique du journal Le Monde, j’ai appris que Charles Libman était décédé à l’âge de 93 ans.  Serge Klarsfeld, animateur de l’association des fils et filles des juifs de France déportés et assassinés dans les camps de la mort, a souhaité rendre publique le décès de Charles Libman, avocat dans les affaires Barbie, Touvier, Bousquet, etc. Il faut dire que Me Libman, devenu avocat dans le cadre du numerus clausus accordé à quelques juifs pendant la seconde guerre mondiale et l’occupation, réussit à devenir licencié en droit avant d’entamer une carrière de brillant défenseur. Serge Klarsfeld sait tout ce que Charles a apporté à la défense de la mémoire des juifs disparus entre 1940 et 1945 et à la volonté de juger les coupables de crimes contre l'humanité.

Si j’évoque la mémoire de Charles Libman c’est pour deux raisons. D’abord parce qu’il a possédé, pendant longtemps, une résidence secondaire à la Croix-Saint-Leufroy, et qu’ensuite nous sommes devenus amis suite à diverses rencontres professionnelles. Il a beaucoup aimé la région de Gaillon et de Louviers. Il y a vécu aux côtés de Guylaine Guy, chanteuse canadienne devenu artiste-sculpteur aujourd’hui installée à Trouville-sur-mer. Je me souviens d’une conférence donnée à l’Hôtel de ville de Louviers après la sortie du livre : « Justice impossible » devant un parterre de Lovériens intéressés par le fonctionnement de notre système judiciaire. Charles Libman m’accorda aussi une longue interview sur l’affaire Barbie, le boucher de Lyon, avant un procès qui dura plusieurs semaines et fut filmé pour étayer la mémoire des jeunes générations.

Avocat pénaliste, spécialisé dans les affaires de presse, Charles Libman fut aussi celui qui défendit les journalistes de « Paris-Normandie » en lutte contre Robert Hersant, le papivore devenu propriétaire du quotidien régional dans des conditions telles que le journal de Pierre-René Wolf y perdit maintes plumes très professionnelles avant de connaître une descente aux enfers.
Plusieurs grands procès d’assises ont permis à Charles Libman d’atteindre une notoriété supérieure à la normale. Je n’oublie pas que professionnellement et humainement, Charles Libman était un homme engagé, animé de convictions fortes, ardent défenseur des libertés publiques et individuelles.
Il est décédé le 14 juillet dernier et je prie Guylaine, les enfants de Charles et ses petits-enfants d’accepter mes condoléances aussi sincères qu’amicales.

20 juillet 2018

Quelques réflexions au débotté : la France aux couleurs de la victoire, Trump l'icompétent,Daniel Jubert ne sait plus où il habite, M. Benalla joue les petites frappes


Une équipe de France aux couleurs de la victoire

L’équipe de France de football a remporté la coupe du monde. A force de travail à la fois stratégique et physique, les hommes de Didier Deschamps sont venus à bout d’une équipe croate épuisée, surtout en fin de seconde mi-temps. J’ai suivi, de loin je l’avoue, l’épopée française sauf la finale, condensé absolu des méthodes et des moyens dont a usé le coach français. En fait, il les bien eus. Qu’ils soient Argentins, Uruguyens, Belges et Croates, enfin, Didier Deschamps n’a aucunement improvisé.
Pour lui, le football est quelque chose de simple. La possession de la balle n’a aucune espèce d’importance. Ce qu’il faut, c’est procéder en contre, là où l’adversaire se montre faible, là où M’Bappé et ses copains vont percer la carapace adverse. Est-ce beau ? Là n’est pas le problème a déclaré Didier Deschamps. Ce qui compte c’est l’efficacité et au final la différence de buts en faveur de l’équipe de France. Inutile de dire combien le chauvinisme franchouillard (je me compte dans ses rangs) a fait de ravages, dimanche dernier, après que Macron, Poutine, la présidente Croate et le président de la fédération française, ont mouillé le costume ou la robe, c’est selon, ont félicité les joueurs français à la fois ravis, joyeux, excessifs mais tellement sympathiques. Les deux étoiles sur le maillot de l’équipe de France (Merci Nike !) vont évidemment faire vendre dans les magasins des champs Elysées et d’ailleurs. N’oublions pas que le football professionnel est aussi une affaire d’argent et que les joueurs français, en triomphant à Moscou, ont fait croître leur valeur marchande sur le marché des transferts. Au fait, cette équipe de France n’est ni ultra-marine, ni africaine, ni quoi que ce soit d’autre qu’une équipe de France composée des meilleurs joueurs de notre pays dont le drapeau bleu, blanc, rouge, demeure le symbole le plus éclatant.

Donald Trump a atteint depuis longtemps son seuil d’incompétence
On le savait et cela ne date pas d’hier. Donald Trump, le président des Etats-Unis d’Amérique a atteint son seuil d’incompétence depuis longtemps. Même avant l’élection, on n’aurait pas misé un dollar sur ses capacités dont on sait qu’elles s’expriment surtout dans le bagout immobilier et la roulette des casinos. Lui qui joue les « balaises » partout où il peut est tombé sur un os lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine.
L’ancien responsable du KGB en Allemagne de l’Est connaît sur le bout des ongles les techniques verbales et infra-verbales qui permettent d’en savoir plus sur celui ou celle qu’on a en face de soi. Poutine est malin, il n’a dû faire qu’une bouchée (pendant deux heures) du président américain devenu subitement le petit garçon caricaturé par la poupée orange promenée dans les rues de notre vieille Europe qu’il traite comme une « ennemie » selon ses dires.
Trump a même été obligé de se contredire et de préciser que ce qu’il avait dit lors de sa conférence de presse n’est pas ce qu’il voulait dire et que, bien sûr, il était d’accord avec les services de renseignement de son pays pour assurer que la Russie a fait preuve d’ingérence lors de la dernière campagne présidentielle américaine. Jusqu’à maintenant, il croyait sur parole son ami Poutine ou feignait de le croire. Un jeu bien naïf pour un ancien agent du KGB qui a eu les moyens de le faire parler. J’aurais aimé être interprète lors du face-à-face Trump-Poutine.

Daniel Jubert ne s’est pas où il habite
L’adjoint au maire de Louviers a répondu à quelques questions d’un journaliste de La Dépêche. Ce der nier voulait savoir (et nous avec lui) ce que pense M. Jubert (membre de LR) de l’adhésion de François-Xavier Priollaud au MODEM.
Faisons simple, d’abord et rappelons quelques vérités : les Républicains sont dans l’opposition à Macron. Wauquiez et Ciotti, notamment, n’hésitent pas à utiliser un vocabulaire guerrier pour dénoncer la politique gouvernementale. Quant au MODEM, il est dans la majorité présidentielle même si François Bayrou se fait plus discret ces dernières semaines. A Louviers, cela n’a aucune conséquence sur la cohésion de l’équipe majoritaire. Pourquoi ? M. Jubert a la réponse : parce qu’il est LR mais ne soutient pas Wauquiez. Il n’est pas MODEM mais apprécie le maire ex-UDI devenu MODEM. En fait, M. Jubert ne sait plus très bien où il habite. Majorité-opposition, tout cela n’a, selon lui, plus grand sens ! Brrrh !

Et pourtant, l’affaire Cahuzac aurait dû les conduire à réfléchir vite
Le responsable de la sécurité présidentielle, déguisé en CRS pour une mission d’observation, a…observé d’un trop près deux manifestants inoffensifs le 1er mai dernier sur la place de la Contrescarpe à Paris. Il les a carrément frappés et traînés sur plusieurs mètres (vidéo à l’appui). Pour toute sanction : 15 jours de mise à pied…et retour au boulot comme si de rien n’était. Heureusement la presse française joue son rôle et la vidéo de l’agression a été rendue publique par Le Monde. Depuis quel Ramdam ! Le gouvernement a bien du mal à expliquer pourquoi, depuis le 1er mai, aucune enquête judiciaire n’a été diligentée et pourquoi M. Benalla est toujours à la tête de l’action sécuritaire rapprochée (Cf l’arrivée des bleus sur les Champs Elysées).
La leçon de l’affaire Cahuzac n’a donc été pas été retenue. La vérité finit toujours par triompher et la présidence de la République n’aurait jamais dû jouer sur le silence ou la discrétion autour de cette affaire gravissime. Hollande a tellement tardé à sanctionner Cahuzac (trois mois !) qu’il a perdu sa crédibilité auprès des Français jusqu’à la fin de son mandat. Les politiques n’apprennent rien. Quant à M. Benalla, le jeune homme a pris la grosse tête en fréquentant les cercles élevés du pouvoir et n’a pas su conserver la distance nécessaire qu’impliquait sa fonction. Si Macron a eu connaissance des faits du 1er mai, ce qui semble logique, il a commis une grosse erreur en ne se séparant pas d’un membre trop zélé de son entourage. « Père gardez moi de mes amis, quant à mes ennemis je m’en charge. » C’est vrai plus que jamais.



1 juillet 2018

L'adhésion de François-Xavier Priollaud au MODEM : une tactique en vue des futures élections municipales ?

FX Priollaud préside le conseil municipal de Louviers.
L’adhésion de François-Xavier Priollaud au MODEM de François Bayrou suscite bien des réactions. 

Que Mmes Danièle Jeanne présidente du MODEM dans l'Eure et Anne Terlez se félicitent du choix du maire de Louviers n’est pas surprenant. Elles défendent le Mouvement démocrate depuis bien des années, avec des fortunes diverses, mais l’alliance du MODEM et de La République en Marche fait que le MODEM est un parti de la majorité présidentielle.



Avant d’adhérer au MODEM, François-Xavier Priollaud était membre de l’UDI. L’Union des Démocrates et des Indépendants présidée par Jean-Christophe Lagarde dont les préventions à l’égard de M. Wauquiez sont une des caractéristiques de ce parti centriste. 

J’ai interrogé FXP pour connaître ses motivations. J’avais, tout d’abord, cru que son changement de pied était dû aux élections européennes de 2019. Le vice-président de la région Normandie est, en effet, souvent présent à Bruxelles où il défend les dossiers régionaux et tente d’obtenir des financements. Le maire de Louviers m’assure qu’il n’en est rien. Il ne cherche pas, à ma connaissance, de place sur une liste où il aurait quelque chance de siéger à Strasbourg et Bruxelles. 

FXP invoque une raison plus simple qu’on peut (ou pas) croire. Il considère que sa vision centriste de la société est mieux défendue par la nouvelle majorité au sein de laquelle le MODEM occupe une place respectable. Par cohérence intellectuelle et politique, il se sent plus proche de François Bayrou et Emmanuel Macron que d’un Lagarde dont on peut toujours craindre une entourloupe. De fait, FXP est dorénavant dans la majorité présidentielle ce qui pourrait être un avantage décisif lorsqu’il s’agira d’établir la liste lovérienne d’union « de la droite et du centre » lors des futures élections municipales. 
D’après les déclarations de M. Priollaud, Tous les membres de la majorité municipale (même M. Jubert ? - L'interrogation vaut question) sont favorables à son changement de parti. Est-ce à dire qu’aucun autre élu de la République en Marche ne pourra briguer une investiture à Louviers ? Si c’était le cas, ce serait bien joué. 
Tout de même, François-Xavier Priollaud devrait se souvenir que l’investiture de LREM aux dernières législatives qu’il a recherchée n’a pu être obtenue puisque Bruno Questel a bénéficié d’appuis locaux et nationaux et c’est lui qui a conquis le siège qu’occupait François Loncle, avec le soutien des Macronistes. 

Imaginons que le député actuel prenant en compte la disparition probable de deux circonscriptions dans l’Eure, décide de s’intéresser de près aux élections locales. Comme il a affirmé ne plus chercher de mandat dans la commune dont il a été maire, pourquoi ne tenterait-il pas sa chance à Louviers ou dans une autre commune importante de l’agglomération Seine-Eure. Soyons sûr que pas un élu digne de ce nom ne peut se tenir éloigné des affaires d’une agglomération en plein développement, économique, culturel et sportif. On aurait alors, soit une liste d’union entre MM. Priollaud et Questel, soit une guerre interne à la majorité présidentielle actuelle. Tout cela n’est que jeu de rôle et hypothèse, évidemment.