3 janvier 2015

Si l'armée française intervient en Libye, elle ne pourra pas y aller sans mandat de l'ONU ou sans appel d'un gouvernement représentatif


Mahamadou Issoufou.
« Tous les pays sont conscients que ce qui se passe en Libye est inacceptable (...), pour une fois il faut qu'on nous écoute, pour une fois il faut qu'on nous entende », a déclaré le président nigérien Mahamadou Issoufou qui ajoute : « Les pays de la région paient les frais de l'intervention militaire internationale de 2011 » qui a mis fin au régime de Mouammar Khadafi.
Depuis la mort du dictateur, des milices djihadistes libyennes s’entre-tuent pour la conquête du pouvoir, deux gouvernements s’affrontent et, surtout, le sud libyen est devenu le sanctuaire de tous ceux qui ont dû fuir les interventions, française au Mali, et algérienne dans l’est de l’Algérie.
L’intervention contre Kadhafi ? Rappelons qu’elle fut impulsée et activement soutenue par Nicolas Sarkozy et encouragée par l’écrivain Bernard-Henry Lévy, dont les allées et venues entre Benghazi et Paris (beaucoup sur le perron de l’Elysée) sont restées dans toutes les mémoires. Nous n’avons pas fini de payer l’impréparation des suites de cette guerre aux objectifs aussi flous que soudains.
Jean-Yves Le Drian, notre ministre de la Défense, appelle la communauté internationale à prendre conscience de la gravité de la situation actuelle. La déstabilisation de la Libye risque d’entraîner d’autres pays limitrophes (la Tunisie par exemple) dans un chaos ajouté à celui constaté en Syrie, en Irak ou dans d’autres pays du Moyen-Orient.
La France, même si elle le voulait, ne pourrait agir seule. Il y faudrait la constitution d’une coalition large, européenne bien sûr, mais également africaine. François Hollande a affirmé à plusieurs reprises que l’Afrique devait, elle-même, assurer la sécurité des régimes démocratiques et s’organiser militairement pour mettre fin aux crimes et exactions des groupes fanatisés. Aujourd’hui, cette organisation militaire africaine n’en est qu’à ses balbutiements. L’armée française aide donc à la formation des cadres, à l’armement des bataillons mais elle demeure indispensable (avec ses drones, ses forces spéciales, ses bases) et son installation au Niger à la frontière libyenne augure sans doute d’actions spécifiques contre les trafics en tous genres (drogues, êtres humains, clandestins, armes etc.) et contre les djihadistes sanctuarisés en Libye.
Je comprends tous ceux et toutes celles qui s’opposent à la guerre, tout le temps et en tous lieux. Mais l’Etat islamique ne respecte ni les femmes, ni les chiites, ni la vie de ceux qui contestent son totalitarisme fascisant. Que faire d’autre que de s’y opposer. Par tous les moyens.

2 janvier 2015

L'Union européenne ne doit pas laisser l'Italie seule pour faire face aux vagues de migrants venus du Moyen-Orient


Des immigrés du sud arrivent au large des côtes de Lampedusa.
L’Italie fait face à une suite de vagues d’immigrés originaires des pays en guerre au Moyen-Orient. Enfants, femmes, hommes de tous âges paient des sommes folles à des intermédiaires sans scrupules pour trouver une place sur des cargos pourris, dans les mains d’équipages voyous, à la merci des tempêtes et des abandons de postes. 900 par ci, 450 par là…heureusement la marine et les secouristes italiens agissent vite et bien pour sauver toutes ces personnes. Le désespoir de ces dernières est tel qu’elles n’hésitent pas à monter à bord de ces rafiots, d’y souffrir du froid, du manque de nourriture et d’affronter parfois des difficultés mettant en cause leur propre vie et celle de familles entières.
Un constat s’impose : l’Italie est bien seule pour affronter ces situations dramatiques. Non seulement, elle est seule pour anticiper les sauvetages mais elle est seule également pour accueillir les naufragés et les nourrir, les soigner, les héberger. Certains de ces immigrés retourneront dans leur pays mais d’autres tenteront leur chance dans un pays de l’union européenne où ils grossiront les rangs des demandeurs d’emplois et de conditions de vie dignes…et normales.
L’Union européenne ? Parlons-en. Où est-elle ? Que fait la Commission pour aider l’Italie ? Les 28 composent une soi-disant union où les droits de l’homme sont cités en exemple et où l’humanisme devrait primer le mercantilisme. Je ne sais si la comparaison est probante mais il en a été de même lors de l’intervention française au Mali. Seule notre armée est intervenue contre les djihadistes (avec des soutiens logistiques américains) démontrant l’incapacité européenne à unir ses forces quand les intérêts supérieurs de l’union sont en cause. 
Que vaut une union européenne s’il s’agit seulement de faire du commerce et de favoriser la libre circulation des biens et de « certaines » personnes ? On doit imaginer une UE active et solidaire. On doit imaginer la possibilité pour l’Europe de déployer des moyens communs afin d’alléger le poids des responsabilités nationales en cas de force majeure. Les solutions à l'arrivée impromptue de 900 migrants hier et de 450 autres aujourd’hui ne peuvent être abandonnées aux seules ressources du gouvernement de Matteo Renzi. Imaginons un instant que  l’Italie (ou un autre pays) soit dirigée par une Marine Le Pen ou quelqu’un dans son genre ? Ferait-elle tirer au canon sur ces navires chargés à bloc de personnes en détresse ? Refuserait-elle de leur venir en aide ? J’ai entendu une députée UMP (dont j’ai oublié le nom) proposer de rejeter les migrants à la mer ? Peut-on, doit-on, accepter que ces gens-là dirigent de grandes démocraties porteuses de valeurs supérieures qui fondent une civilisation ?

31 décembre 2014

Louviers, Val-de-Reuil et l'agglomération Seine-Eure gagnent des habitants


L'Eure, la Seine, l'autoroute A 13, la voie ferrée, que d'atouts pour Seine-Eure ! (photo JCH)
On aurait tort de faire une trop forte fixation sur l’évolution du nombre d’habitants dans une commune surtout quand elle ne se fait qu’à la marge. Pourtant, il n’est pas indifférent de constater une croissance (même faible) ou une perte. Dans une certaine mesure, cette évolution donne une idée de la force d’attraction ou de répulsion de la commune. A ce jeu-là, notre département, sans doute sous l’impulsion d’un conseil général dynamique et d’un président offensif, a vu sa population croître de 3 et quelques pour cent au cours des cinq dernières années. Avec 591 616 habitants au 31 décembre 2014, l’Eure se situe au 43e rang national entre les Côtes du Nord et la Somme.
Sans entrer dans le détail des centaines de communes de l’Eure, j’ai noté que la ville d’Evreux reprenait un peu de poil de la bête avec 49 634 habitants (en hausse donc) et que, pour ce qui nous concerne, notre bassin de vie se portait assez bien. Alors que Vernon perd des habitants (-2,66 %) Louviers en gagne près de 300 avec une hausse de 1,56 % et un total 17 973 habitants tandis que Val-de-Reuil en gagne près de 200 avec 13 407 habitants étant entendu qu’il s’agit de la population dite municipale. Ces chiffres ne prennent pas en compte les étudiants, les populations migrantes et autres personnes non définitivement fixées dans les villes. A Val-de-Reuil, le centre de détention rassemble 800 personnes !
Quand on sait que Pont-de-l’Arche progresse également, on constate que l’agglomération Seine-Eure est une sur une pente ascendante ce qui n’est pas très étonnant eu égard aux efforts déployés pour attirer les PME-PMI sur les parcs industriels, les salariés ayant évidemment besoin de se loger. A lire La Dépêche d’aujourd’hui et les programmes de construction prévus à Val-de-Reuil (logements, équipements culturels et commerciaux, gare etc.) la croissance de la ville nouvelle, et par voie de conséquence celle de l’agglomération, se poursuivra en 2015-2016.
Le maire de Louviers, François-Xavier Priollaud, interrogé par un journaliste, affirme que la main qu’il a tendue à son collègue de Val-de-Reuil n’a pas été saisie. Le nouveau premier magistrat de Louviers ne veut pas que le duel « Martin-Jamet » se perpétue eu égard aux dommages collatéraux déplorés ces dernières années. Pour lui, il n’y a pas de lieu de mettre en concurrence les deux villes, l’une ancienne, l’autre nouvelle. Il considère que les deux cités disposent de forces intrinsèques nécessaires à l’agglomération tout entière. Il n’a pas tort sauf que M. Priollaud n’est pas le président de l’agglomération et que l’attitude de Bernard Leroy à l’égard de Val-de-Reuil n’a pas toujours été coopérative ni positive. Et si M. Priollaud parvenait à convaincre son collègue du Vaudreuil ? Voilà un beau challenge pour 2015 !

29 décembre 2014

Le mouvement Syriza fait peur aux capitalistes et à la bourse d'Athènes


Alexis Tsipras.
Le mouvement Syriza en Grèce fait peur aux capitalistes et aux rentiers. La bourse d’Athènes a chuté de 11 % aujourd’hui après un dimanche considéré comme noir par les financiers, les élus du pays de Socrate et de Platon ayant refusé de désigner le nouveau président de la République proposé à la candidature par la majorité conservatrice. Ce refus a une conséquence : de nouvelles élections législatives sont programmées en janvier et février de l’an prochain de manière à donner une majorité au futur gouvernement.
Alexis Tsipras, le principal animateur de Syriza, est même largement favori pour occuper la place de premier ministre. Avec près de 30 % des suffrages, le parti d’extrême-gauche rallie actuellement les mécontents, très nombreux, victimes des différents plans d’austérité imposé par la troïka composée de la Commission Européenne (CE) la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI). Christine Lagarde, la directrice du FMI, est d’ailleurs consciente de la violence des efforts demandés aux Grecs et a senti venir le bouleversement démocratique en cours.
Les boursiers ont-ils raison d’avoir peur ? Oui si l’on considère qu’Alexis Tsipras veut remettre en cause la politique économique imposée par la troïka. Non si l’on se réfère à ses propositions institutionnelles et à son action. Pour Syriza, il n’est pas question de sortir de l’Europe et d’abandonner l’Euro. Et puis l’extrême-gauche n’est pas l’extrême-droite. La première est démocratique, antifasciste, ne fait preuve d’aucune xénophobie ni d’aucun racisme et n’utilise pas la violence physique comme moyen politique. Son combat est un combat d’idées, il passe par le suffrage universel et non par un quelconque « régime des colonels. » Il privilégie le peuple, ses conditions de vie et de travail.
Ce mouvement grec n’est d’ailleurs pas isolé en Europe. En Espagne, le mouvement Podemos a les mêmes objectifs et sa popularité grandit de jour en jour dans la péninsule ibérique. Ce mouvement « nous pouvons » rallie nombre de jeunes et de laissés pour compte à la suite de la crise économique et face à une corruption toujours plus importante puisque même la famille royale est touchée !
Les pays du sud, excepté la France, notamment ceux qui ont connu Franco, Salazar et les colonels, préfèrent — et on les comprend — la gauche à l’extrême droite. Ils ne veulent plus connaître les assassinats, les attaques contre les partis, les syndicats et la disparition d’une presse libre.
Les Français devraient regarder vers ces frontières du sud. Plutôt que de compter sur un Front national ringard, autocratique et autarcique (à l’heure de la mondialisation vous vous rendez compte !) mieux vaut choisir des partis de gouvernement respectueux du pluralisme et de la constitution. Cela passera, tôt ou tard, par un accord des partis de gauche dont celui de Jean-Luc Mélenchon, l'un des animateurs du…Parti de gauche proche des contestataires grecs et espagnols.

28 décembre 2014

Pourquoi les présidents de la République s'entourent-ils de chiens de race Labrador ?


Les présidents de la République qui se sont succédés depuis Valéry Giscard d’Estaing ont tous un point commun. Qu’il s’agisse de François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et maintenant François Hollande, tous étaient entourés d’un chien et, pour la plupart d’entre eux, d’un canin de race Labrador. Le président de la République actuel a même fait une référence savante à l'actualité en lui donnant le nom de Philaé, comme cette sonde posée sur la comète Tchouri.
Je me suis interrogé sur le besoin qu’ont nos présidents de choisir un animal de compagnie et sur la race de chien pour laquelle ils ont optée. Ainsi, je me suis souvenu de cette citation délicieusement britannique de John Major, un ancien premier ministre conservateur de Grande-Bretagne, écarté du pouvoir à la suite de manœuvres internes au grand Parti appelé à gouverner avec le Labour depuis des décennies : « Si un homme veut de la reconnaissance, il ne doit pas entrer en politique mais acheter un chien. » Si nos présidents se sont vu offrir ce dernier c’est sans doute parce qu’ils occupent les plus hautes fonctions mais surtout parce qu’ils ont un grand besoin de cette reconnaissance que le peuple, forcément ingrat, et les membres des cabinets plus préoccupés à réussir leur carrière qu'à lier leur sort aux chefs d'état, lui chipotent. A moins que les présidents pas aussi sûrs du bien fondé de leur politique et de ses résultats, préfèrent ces Labradors (1) très appréciés comme chiens d’aveugles…
(1) Le retriever du Labrador, plus communément appelé labrador ou labrador retriever est une race de chien originaire du Royaume-Uni. C'est un chien de taille moyenne, à l'allure ronde et robuste, de couleur entièrement jaune, marron ou noire. Issu du chien de Saint-John, la race a été importée puis développée au Royaume-Uni à partir du XIXe siècle. Le labrador est actuellement l'une des races les plus répandues dans le monde.
Race très docile, joueuse et intelligente, le labrador est d'abord sélectionné comme chien de chasse et notamment comme chien de rapport. Cependant, son caractère exceptionnel a fait de lui un chien très recherché comme chien de compagnie et chien de travail, notamment comme chien guide d'aveugle.

27 décembre 2014

700 journalistes tués depuis 2005


66 journalistes tués, 19 net-citoyens et citoyens-journalistes tués, 179 journalistes emprisonnés, 178 net-citoyens emprisonnés (selon Reporters sans frontières) aujourd’hui même on apprend qu’un journaliste congolais a été assassiné dans la province du nord Kivu (République démocratique du Congo) où sévissent des groupes armés depuis une vingtaine d’années. Ce pays est d’ailleurs classé à la 151e place des pays « respectant » la liberté de la presse c’est dire si les conditions d’exercice du métier d’informer est difficile dans ce pays africain qui ignore les droits de l’Homme. Malheureusement, il est loin d’être le seul en Afrique ou ailleurs.
Ce bilan, une fois encore catastrophique (plus de 700 journalistes tués depuis 2005) indique combien le métier de journaliste est un métier difficile, dangereux, risqué dans les pays où règnent la violence et l’arbitraire, où la vie d’un homme ou d’une femme n’a que peu d’importance. Ce qui compte pour les tyrans, les dictateurs, les groupes sectaires et fanatiques, c’est de faire taire ceux et celles dont le devoir est de raconter au public les comportements aberrants ou malhonnêtes, qu’ils soient justifiés par l’appât du gain, la religion, le terrorisme ou l’idéologie ou tout autre mobile tout aussi redoutable.
Finalement, ils sont bien peu nombreux les pays où la liberté de la presse est acquise. Il s’agit pourtant d’une nécessité citoyenne. C’est d’ailleurs sur la base de ce critère, notamment, qu’on peut qualifier de démocratique un état comme la France : il faut que les journalistes soient indépendants des pouvoirs politiques et économiques, qu’ils respectent la charte professionnelle édictée entre les deux guerres mondiales et que les lois protègent le secret des sources tout comme le droit de mener des investigations. Sans liberté d’informer il n’est pas de société harmonieuse même si les journalistes sont souvent porteurs de mauvaises nouvelles.

Marc-Antoine Jamet rend un hommage sensible à Gérard Thurnauer


Marc-Antoine Jamet avec Gérard Thurnauer et Jean-Eudes Roulier. (photo JCH)
« L'architecte et urbaniste Gérard Thurnauer vient de mourir, peu avant Noël, à l'âge de 88 ans. C'était un grand homme, à la fois très beau et très bon. Son regard limpide en imposait. Son intelligence également. Sa simplicité aussi. Il pétillait d'esprit et de charme. Son charisme ne laissait personne indifférent.

Né aux confluents du judaïsme et du protestantisme, résistant à 15 ans, élève des Beaux-Arts de Paris à 20 ans, à l'origine de travaux sur l'agencement moderne de Karachi, au Pakistan, à 25 ans, avant de se passionner pour le renouveau de quartiers populaires de Paris (La Villette, en 1984, ou la Goutte d'Or, en 1986), la transformation de Bagnolet (en 1986) ou, plus récemment, en 2000, pour l'aménagement de la baie de Tarhazoute, au Maroc, auteur, parmi d'innombrables projets de logements ou d'équipements, du siège d'EDF à Issy-les-Moulineaux (auquel une exposition à la Cité de l'Architecture avait rendu hommage avant sa destruction), de la Petite Bibliothèque Ronde de Clamart (Hauts-de-Seine) qu'il affectionnait, du bâtiment 264 d'Aubervilliers, du centre des Mureaux ou du Village de Vacances du Merlier à Cap Camarat (Var) qui devait précéder d'importantes réflexions sur l'Île de Porquerolles ou, encore, artisan du choix de l'Arche de Spreckelsen pour conclure le quartier d'affaires de La Défense grand prix national d'architecture en 1981, il était, avec l'atelier de Montrouge (fondé avec Jean Renaudie, Pierre Riboulet et Jean-Louis Véret), le concepteur de la Val-de-Reuil. 

Influencé évidemment par Le Corbusier, inventeur de son plan de voirie en grille, adepte d'une construction de forme scandinave, passionné d'écologie avant l'heure voulant une "ville-pilote en matière de qualité environnementale", il avait toujours soutenu la "cité contemporaine". Elle occupait dans son cœur une place à part et, comme au premier jour, il y croyait dur comme fer, s'enthousiasmant de chacune de ses réalisations, même les plus récentes ou les plus lointaines. Comme Jean-Paul Lacaze, ancien directeur de l'établissement public du Vaudreuil-Ville-Nouvelle et autre père fondateur de notre commune, décédé l'année dernière, dont la sévérité amère à l'égard de notre Commune avait peu à peu disparue devant ses efforts, il y voyait le renouveau ou la prolongation de son propre dessein. A grands pas, veste de tweed, pantalon de velours, chemise écossaise, épaisses et élégantes chaussures de marche, écharpe de laine, il arpentait la dalle qu'il voulait poursuivre jusqu'à la Gare nouvelle pour donner de l'urbanité à l'Eure, pour lui extension naturelle, sur l'eau, de Val-de-Reuil. Il y était chez lui. Chaque année amenait une de ses visites de chantier. C'était une tradition sacrée. Nous nous réunissions autour de lui. Ce n'était ni un prophète, ni un oracle, encore moins un des ces pénibles gardiens du temple implorant qu'on ne change rien à rien. Pourtant ce n'était un témoin. Il était resté un acteur proposant des solutions, des évolutions, des réparations. Jamais il ne critiquait. Il commentait. Il conseillait. Il corrigeait. Avec bienveillance. L'humain était au cœur de sa démarche. Le renouvellement urbain, celui de l'ORU, celui de l'ANRU, celui du PNRU2, n'avait pas de plus grand partisan. Il en demandait des nouvelles, guettait ses avancées, constatait, avec délectation, ses résultats. Subtil, moderne et drôle, il était tout sauf un conservateur et détestait qu'on enveloppe son œuvre dans une naphtaline imbécile.

La Ville Nouvelle se souvient de sa participation au dernier débat d'orientations budgétaires de la municipalité, en février 2014, où, déjà malade, il avait donné à chacun une leçon de courage, de force, d'engagement. Le Monde du 26 décembre rappelle que c'est à Val-de-Reuil, évoquant une donation d'une soixantaine d'œuvres qu'il souhaitait faire aux Rolivalois, qu'il avait déclaré : "les sociétés modernes ne peuvent survivre sans l'art et sans regarder le passé". Il était, en effet, notre avenir. Depuis le 22 décembre et son départ, la plus jeune commune de France est orpheline. Nous portons tous ce chagrin et ce deuil. »

Marc-Antoine JAMET

26 décembre 2014

Gérard Thurnauer, architecte de la ville nouvelle du Vaudreuil, est décédé le 22 décembre à Paris


Gérard Thurnauer en 1974 au Vaudreuil Ville nouvelle. (photo JCH)
Gérard Thurnauer s’est éteint paisiblement chez lui, à Paris, ces derniers jours suite à une maladie implacable. L’avis de décès paru dans le journal Le Monde, annonce donc la mort de celui qui a été l’un des fondateurs de la ville nouvelle du Vaudreuil et un grand architecte. Il se trouve qu’au fil des ans et des rencontres, nous étions devenus amis. Pas seulement parce qu’il avait fait œuvre de création et que j’avais été conduit à en rendre compte mais aussi parce qu’il appartenait à cette caste d’intellectuels dont l’esprit ouvert permet d’aborder tous les arts, toutes les cultures, toutes les idées.
Marc-Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil, tout en n’ignorant rien des « défauts » originels de la ville qu’il dirige, notamment son surdimensionnement dû aux excès d’espérance de développement, sait aussi quel a été l’apport considérable et visionnaire de « Thurnau » comme l’appelaient avec sympathie ses collaborateurs. Imaginer une ville autour de l’eau, celle de l’Eure et de la Seine, un système constructif évolutif, des circulations piétonnes et routières différenciées, tout cela était le produit de ses réflexions sur le monde de demain sans oublier les contraintes écologiques et vertes indispensables à l’équilibre des habitants…et tout cela bien avant que ce fut la mode.
Avec Jean-Paul Lacaze, directeur général de l’Etablissement public de la ville nouvelle, décédé il y a quelques mois, Gérard Thurnauer formait un couple inventif dont la principale tâche et aussi la principale difficulté furent d’imaginer ex-nihilo, des modes de vie, d’habitat, de circulation, sans oublier les équipements industriels, de loisirs et sportifs. Victimes de l’incompréhension des élus locaux rétifs à la nouveauté, ces deux hommes exceptionnels ont su surmonter les querelles de clochers et les petitesses de certains hobereaux plus attachés à leur fromage qu’au destin de toute une région.
Sur le plan purement architectural, dépassant le cadre strict de l’aménagement urbain, Gérard Thurnauer a jalonné sa vie de réalisations importantes en France et à l’étranger. Soutien indéfectible des hommes et des femmes de l’art, il a conservé l’état d’esprit qui avait contribué à la création du célèbre atelier de Montrouge. « Nous étions une bande de copains » aimait-il raconter.
http://www.lemoniteur.fr/153-profession/article/actualite/26810904-disparition-de-l-architecte-gerard-thurnauer

Antoine de Caunes nominé pour le « Gérard » du pire animateur

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Antoine de Caunes
Antoine de Caunes est nominé pour le Gérard (1) du pire animateur de l’année. Il n’est pas tout seul dans la liste mais s’il ramasse le premier prix, je n’en serai pas plus surpris que cela. Nous sommes nombreux, en effet, à faire de plus en plus l’impasse sur le Grand journal de Canal Plus dans l’attente du Petit journal de Yann Barthès. Tous les sondages le montrent, Canal Plus perd des points d’Audimat, le soir, entre 19 heures et 20 h 20 malgré la présence des Guignols et de PPD.
Malgré tous ses défauts dont une certaine propension à cirer les pompes des invités, Michel Denizot parvenait à prendre de la hauteur et à manifester une certaine distance notamment avec les politiques. De Caunes, visiblement, s’en moque éperdument, concentré qu’il est sur la lecture de son prompteur.
Je n’oublie pas que Le Grand journal est une émission de variétés payée par la publicité absolument dantesque à cette heure de la soirée. On ne peut donc en attendre ni profondeur ni analyse et les invités, quels qu’ils soient, doivent souvent se contenter d’une phrase ou d’une mimique. La stratégie des producteurs, si on peut appeler cela une stratégie, c’est de faire de l’info avec « du gros rouge qui tache » comme Sarkozy aimait à le dire avec ses arguments frappés au coin de l’islamophobie par exemple.
Pourquoi cela ? Parce que Jean-Michel Apathie, celui qui sait tout de tout et ne doute jamais, parce que Natacha Polony, encore pire que lui dans la suffisance et le mépris, occupent tout le temps d’antenne, tout obsédés de préempter leur présence et leurs fantasmes…Qui ne se souvient d’Apathie, vraiment haineux à l’égard d’Edwy Plenel lors de l’affaire Cahuzac et qui n’a jamais reconnu ses torts ? Qui ne constate, soir après soir, que Natacha Polony est engagé dans une course effrénée à une forme de zemmourisation soft en tenant des propos de plus en plus indigestes, du moins pour les téléspectateurs un peu informés ou éduqués…
La dégradation de l’image de Canal Plus est évidente. Il serait temps que les responsables de la chaîne revoient leur programmation et utilisent les hommes et les femmes actuels pour ce qu’ils et elles sont : des amuseurs…mais sans l’humour et l’esprit de finesse.
(1) Les Gérard de la télévision est une cérémonie satirique qui récompense les plus mauvais programmes et animateurs de la télévision française, en parodiant les codes des cérémonies du type 7 d'Or.

Luttons contre la « zemmourisation » des esprits


Zemmour ne rime pas avec amour.
La municipalité d’Angoulême a décidé de retirer les grillages qui entouraient les bancs publics de la ville. Ces grillages avaient été installés quelques jours avant les fêtes de Noël afin de dissuader des SDF de venir s’y asseoir, d’y manger et éventuellement d’y boire. Si ces mesures physiques ont satisfait la frange la moins humaniste de la population, elles ont révolté les riverains et les associations de défense des droits de l’homme.
La municipalité UMP, face à la vague d’oppositions, a considéré que les inconvénients étaient supérieurs aux avantages et a donc décidé (provisoirement) d’ôter les marques de cette infamie. Cette municipalité n’est pas la seule à voir dans certains marginaux de la société des « ennemis » de la bienséance. Récemment, une société d’HLM a trouvé le moyen d’apposer des affiches dans les halls d’entrée de ses immeubles locatifs afin d’y interdire l’accès à ceux qui, sans toit ni chauffage, venaient s’y mettre à l’abri des intempéries et de la froidure.
Notre système secrète ses injustices, ses victimes, non consentantes le plus souvent, et personne ne pourra affirmer péremptoirement, que le sort de ces pauvres parmi les pauvres doit nous laisser indifférents voire susciter notre vindicte. Car la différence, justement, entre une société civilisée et une société brutale c’est la compassion et le respect de la dignité humaine.
Le rôle des élus n’est pas de condamner ou d’ostraciser. S’ils sont là où ils sont, c’est pour aider à résoudre des problèmes collectifs ou individuels dans la mesure de leurs moyens. Depuis les lois de décentralisation, les élus locaux disposent ainsi d’une panoplie de possibilités destinées à renforcer le lien social. Je sais bien que la mode est à la zemmourisation des esprits et au rejet à la mer de tous ceux qui ne plaisent pas pour X raisons. Notre devoir de citoyen est de lutter contre ces fléaux même s’ils ont du succès en librairie. Le vrai suicide français serait d’oublier ce qu’est la France des Lumières !