19 juillet 2014

Martine Aubry rentre dans le lard du projet de découpage régional


On ne fera pas taire Martine Aubry. (photo JCH)
Martine Aubry sort de son silence. Elle a tenu une conférence de presse, vendredi, à Paris, non loin de l’Assemblée nationale où les députés venaient d’adopter le découpage territorial avec treize régions et non plus quatorze. Pourquoi prendre la parole sur un sujet apparemment secondaire ? Tout simplement parce qu’il ne l’est pas du tout. Ni sur la forme adoptée par le gouvernement, ni sur le fond puisque ce découpage régional va induire des modifications considérables de compétences et de responsabilités dont on ne sait…rien ou pas grand-chose.
La première raison de la colère de Martine Aubry est le rattachement à la région Nord-Pas-de-Calais de la région picarde. Sans aucune concertation, sans aucun dialogue avec les élus du nord, le gouvernement Valls a souhaité de cette façon minorer le rôle du Front national puissant autour de Marine Le Pen, nouvelle députée européenne et très investie en Picardie. La maire de Lille constate pourtant que deux régions pauvres ne font pas une région riche et propose — pourquoi pas ? — de lorgner vers les deux Normandie pour réaliser un petit chelem susceptible de satisfaire Nicolas Mayer-Rossignol, le président du conseil régional haut-normand qui avait exprimé l’idée de s’unir à la Picardie. Cette proposition a malheureusement peu de chances de réussite eu égard au verrouillage gouvernemental.
C’est là que le bât blesse et c’est la seconde raison de l’ire aubryste. Martine Aubry considère que la méthode n’est pas acceptable. On fait violence aux élus en accélérant le pas, en refusant le dialogue et en les obligeant à choisir…sans contre-proposition discutée, négociée. Martine Aubry est étonnée par un processus brutal voire violent quand il s’agit de l’avenir institutionnel de collectivités territoriales comme autant de bassins de vie et d’échanges. Pour elle, on ne vote pas dans des conditions précipitées et surtout sans qu’on connaisse en détail les projets du gouvernement en matière de décentralisation et de déconcentration. Pour elle, on met la charrue avant les bœufs.
Le fait qu’elle prenne la parole alors qu’elle se tenait à distance de Paris et du pouvoir, est enfin une indication précieuse. Ses adversaires au PS l’accusent de préparer le congrès (dont on ignore la date de réunion) mais surtout lui reprochent de faire du tort à la politique globale suivie par le tandem Hollande-Valls.
On ne fera pas taire Martine Aubry (au passage, elle a évoqué les réussites et aussi les loupés de François Hollande) c’est bien pourquoi j’étais de ceux qui l’ont soutenue lors de la primaire socialiste et continuent de penser qu’elle aura un rôle important à jouer dans les futures campagnes présidentielle et législative. Martine Aubry a des convictions, elle ne les reniera pas pour un plat de lentilles.

18 juillet 2014

L'acquittement de Silvio Berlusconi en appel nous enseigne la prudence eu égard aux affaires judiciaires


Berlusconi acquitté en appel !
L’acquittement de Silvio Berlusconi, par une cour d’appel italienne composée de trois juges n’a pas fini d’étonner les Italiens, d’abord, les magistrats de première instance ensuite, et les observateurs de ce beau et grand pays qu’est l’Italie. Berlusconi avait été condamné à des travaux d’intérêt général (après avoir frôlé l’emprisonnement) et surtout à une peine d’inéligibilité l’empêchant de conduire la campagne des Européennes comme candidat de son parti Forza Italia.
Les raisons — il en faut, non ? — qui ont conduit les juges à blanchir le champion du Bunga Bunga poursuivi pour détournement de mineur et consommation excessive de plaisirs lascifs sont simplissimes : pas de preuve. Accusé d’abus de pouvoir, les magistrats ont en effet estimé qu'«il n’y avait pas de délit faute de preuves», et sur la prostitution, ils ont souligné que «les faits reprochés ne constitu(ai)ent pas un délit».
Berlusconi, s’il est blanchi par une justice indépendante, n’est pas pour autant réhabilité politiquement. Maintenant âgé de 77 ans, Silvio n’en a d’ailleurs pas fini avec les magistrats puisque d’autres procès s’annoncent tout aussi périlleux en première instance mais dont les décisions seront évidemment susceptibles d’appel. Il n’est pas impossible que dans l’affaire du Ruby Gate, le parquet italien se pourvoie en Cassation. Il faudra évidemment des mois avant de connaître l’issue finale d’un éventuel procès. Alors qu’il sortait de la maison gériatrique où Berlusconi accomplit son travail d’intérêt général, il a été salué par des supporters enthousiastes très heureux du dénouement.
J’ai imaginé la situation en France avec, par exemple, une condamnation de Sarkozy en première instance (quel que soit le procès futur ?) et un acquittement en appel. Cette situation serait évidemment très différente du cas italien car Sarkozy n’a pas le même âge et il s’apprête à devenir très actif dans la préparation de son retour sur la scène politique. Il suffit d’un problème de forme ou de procédure, pour que la meilleure instruction du monde soit réduite à néant. Ou qu’un manque de preuves, aux yeux des juges, permette de sauver la face de l’ancien président. On n’en est pas encore là. L’affaire Bettencourt, l’affaire des sondages de l’Elysée, le financement de la campagne d’Edouard Balladur et l’affaire Karachi, l’affaire de l’arbitrage Tapie, le scandale Bygmalion, le financement de la campagne électorale de 2007, celui de 2012…que de petits cailloux et de grosses pierres sur le chemin de Nicolas Sarkozy…vers l’investiture suprême !

16 juillet 2014

Neuf mois ferme et cinq ans d'inéligibilité pour la candidate du FN (exclue depuis)


Christiane Taubira. (DR)
Neuf mois ferme et cinq d’inéligibilité. Le tribunal correctionnel de Cayenne, saisi par une association guyanaise, a condamné une candidate du Front national aux élections municipales récentes à cette peine infamante et particulièrement sévère. La jeune militante frontiste s’était présentée à Rethel (Ardennes) sur une liste municipale et avait trouvé judicieux de faire figurer sur sa page Facebook la photo d'un jeune singe avec à proximité le portrait de Christiane Taubira légendé ainsi : «18 mois » sous la photo du singe et « maintenant » sous la photo de la ministre de la Justice.
J’avais, à l’époque, exprimé dans ces colonnes tout le dégoût que m’inspirait cette initiative. Elle n’était d’ailleurs pas une action isolée puisque d’autres, notamment des membres de la « Manif pour tous », s’étaient déjà associés à cette infamie. Christiane Taubira, on s’en doute, avait regretté « qu’une belle et haute voix ne se soit pas élevée » rapidement pour dénoncer ces propos et ces images infects.
Tout au long de l’audience, comme le rapporte le journal Libération, les avocats de Walwari avaient stigmatisé la politique du Front national qui constitue, comme l’a souligné Joël Pied, secrétaire général de Walwari, «une menace et un danger pour la société cosmopolite». En conclusion, les avocats avaient demandé que la décision qui serait prise «fasse jurisprudence inscrite en lettres d’or».
En l’absence des prévenus, Anne-Sophie Leclère et le Front national (qui depuis l’a exclue du mouvement) le tribunal a souhaité marqué le coup et indiqué aux éventuels imitateurs actuels ou futurs ce qu’il en coûtera de fustiger un(e) citoyen(e) français(e) pour la couleur de sa peau ou ses origines.
On se doute que la dame Leclère et le Front national (condamné à 30 000 euros d’amende et 50 000 euros à l’association plaignante) vont interjeter appel. Il n’empêche que ce jugement (provisoire donc) va marquer les esprits et exprime bien le souci des magistrats d’appliquer avec sévérité les atteintes à la dignité des personnes qu’elles soient un ministre de la justice ou un quidam.

15 juillet 2014

Michel Mendès France lègue la bibliothèque économique de son père à l'université de Rouen


Durant l'intervention de Françoise Chapron. (DR)
Le 17 juin dernier, une cérémonie particulièrement émouvante s’est déroulée à l’UFR Droit et Sciences économiques de l’université de Rouen. C’est en effet la date qu’a choisie Françoise Chapron, maître de conférences et spécialiste de Pierre Mendès France, pour remercier Michel Mendès France et son épouse Joan d’un legs fait à l’université.
Alors que la bibliothèque de l’ancien Président du Conseil « dormait » au Collège de France où a été hébergé l’Institut Pierre Mendès France, le changement d’adresse de ce dernier (1) a obligé Michel Mendès France à transférer l’ensemble des archives de son père (650 cartons) au bénéfice des archives nationales. Sauf les 1300 ouvrages de la bibliothèque économique légués à l’université de Rouen — « la grande banlieue de Louviers » — région où PMF fut si actif politiquement et si apprécié humainement.
A l’occasion de cette cérémonie, Françoise Chapron a eu l’immense joie de saluer Léone Nora, collaboratrice de Pierre Mendès France, présente à l’Assemblée nationale le 17 juin 1954, lors de son fameux discours d’investiture comme président du Conseil, alors que la guerre d’Indochine avait pris un tour tragique à Dien Bien Phu.
Yves Léonard, conseiller régional, représentait Nicolas Mayer-Rossignol, président du conseil régional et les élus de l’Eure notamment les deux députés, J.L. Destans et F. Loncle, retenus à l’Assemblée nationale.
(1) l'Institut Pierre Mendès France  est installé désormais dans des locaux provisoires  aux Archives nationales 60 rue des Francs Bourgeois 75003 Paris, non loin du lieu de sa naissance et de sa jeunesse…Les accès sécurisés des bâtiments ne permettant pas d'y venir sans rendez vous préalable. Il est nécessaire pour l'instant d'utiliser l'adresse suivante : contact@mendes-france.fr et de vous reporter au site dont l'adresse a aussi changé www.mendes-france.fr

14 juillet 2014

Ce n’est pas seulement l’équipe allemande qui a gagné, c’est aussi le football.


Götze, le buteur.
L’Allemagne a mérité de remporter la coupe du monde de football. Les amateurs (et les autres) les amoureux de ce sport populaire s’il en est, verront dans la victoire de la Mannshaft le fruit d’une stratégie collective, d’une cohésion totale entre le banc et le terrain et l’art de manager de Joachim Loew.
Durant l’ensemble des matches disputés par les Allemands, les qualités athlétiques et constructives ont donné des résultats positifs. Au cours de la finale contre les Argentins, ceux-ci attendaient tous de Messi qu’il compensât leur infériorité tactique. Trop de jeu dur, trop d’antijeu de l’équipe albicéleste, trop de laxisme de la part de l’arbitre italien qui, à deux reprises au moins, aurait dû sortir un carton rouge contre des arrières argentins. Et pourtant, l’équipe allemande est parvenue, malgré la fatigue et les prolongations et aussi les blessures de joueurs importants, à continuer d’attaquer le but défendu par Romero et à tenter le tout pour le tout. Schweinsteiger est le symbole même du joueur qui ne lâche rien, tout comme Boateng, dont les commentateurs ont peu cité le nom mais qui a joué un rôle essentiel pour endiguer les vagues argentines et maintenir la cage allemande inviolée.
Comble de bonheur, c’est un jeune joueur remplaçant, entré à la 88e minute et chouchouté par Loew qui, d’une amortie de la poitrine et d’une reprise immédiate de volée, a marqué le but synonyme de victoire en finale de coupe du monde. Belle récompense pour Götze, un joueur maintenant adulé de l’autre côté du Rhin.
Ce qui fait penser à l’équipe de France, également composée de jeunes joueurs. Cette équipe a montré de réelles qualités de groupe et elle a magnifiquement préparée l’euro de 2016 en France. Il ne fait pas de doute que l’équipe allemande, si elle continue sur sa lancée, sera un adversaire redoutable.
La soirée d’hier nous a fait oublier les finales anciennes disputées aux tirs au but. Il aurait été indécent et injuste que l’Argentine gagne cette coupe du monde sur coups de pieds arrêtés. C’eût été la loterie et eu égard à l’épuisement des joueurs des deux équipes une sorte de pile ou face pitoyable. Hier soir, ce n’est pas seulement l’équipe allemande qui a gagné, c’est aussi le football.

13 juillet 2014

De « grotesques » les écoutes de Nicolas Sarkozy deviennent « redoutables » pour lui et son avocat


Au risque de paraître une nouvelle fois obsessionnel, il me semble impossible pour quelqu’un qui s’intéresse à la vie politique, de ne pas commenter les derniers développements dans l’affaire de corruption active pour laquelle Nicolas Sarkozy est mis en examen. Face aux Français, sur TF1, les yeux dans les yeux, il a déclaré que les « deux dames » (comprendre les deux juges d’instruction) s’acharnaient à vouloir le détruire lui qui n’a jamais mis à mal l’état de droit (ce qui ne veut rien dire) et que les faits qu’on lui reprochait étaient « grotesques » autrement dit pas sérieux.
Le cœur des militants de l’UMP le croit sur parole et évoque un acharnement des juges, de la gauche, du gouvernement, des barons de l’UMP, tous voulant sa perte et empêcher son retour sur la scène publique. Heureusement, la France possède des organes de presse libres et une justice qui l’est (pour combien de temps ?) tout autant. C’est ainsi que le journal « Le Monde » a publié sur son site, hier, l’article de ses deux journalistes d’investigation reproduisant en détail les textes des écoutes judiciaires concernant MM. Sarkozy, Herzog son avocat, et Azibert, le magistrat de la Cour de Cassation (1) taupe des deux premiers nommés.
De grotesques, les faits deviennent redoutables pour Sarkozy. On saisit l’effroi que l’ancien président et son avocat ont dû connaître en apprenant que leurs téléphones officieux étaient aussi sur écoute et on comprend mieux l’évolution à 180° de leur discours concernant l’éventuelle action en faveur de la nomination d’Azibert à Monaco. A la lecture de l’article du Monde, on mesure aussi le culot dont est capable de faire preuve l’ancien président — mais cela ce n’est pas une découverte — la seule chance de Sarkozy de se sortir de ce mauvais pas étant d’obtenir l’annulation des écoutes ce qui détruirait la totalité du dossier en cours d’instruction.
On peut imaginer que les défenseurs de Sarkozy vont engager toutes les actions nécessaires (mais peut-être pas suffisantes) pour obtenir gain de cause. On ne peut le leur reprocher dans la mesure où les avocats sont là pour mettre à profit toutes les règles de droit et éventuellement aider à créer de la jurisprudence. Tout de même, quelle que soit l’issue judiciaire de ce dossier, les Français ont eu sous les yeux la réalité d’une pensée, d’un système de copinage avec taupes dans la police, dans la justice au plus haut niveau, une réalité qui devrait dans une démocratie comme la nôtre discréditer à jamais l’acteur-comédien de ce théâtre d’ombres dangereux pour…l’état de droit. Justement.
(1) Gilbert Azibert a demandé à bénéficier d’un départ en retraite anticipé…et accordé.

11 juillet 2014

Conflit israélo-palestinien : le président de la République devrait peser ses mots


Cent morts. 670 blessés côté palestinien. Les attaques de l’armée israélienne contre les habitants de la bande de Gaza élargissent encore — comme si c’était possible — le fossé séparant l’état d’Israël du futur état palestinien. « La Paix maintenant » du nom d’un mouvement israélien réaliste et humaniste n’est pas pour demain ni après-demain. D’ailleurs on ne les entend plus beaucoup les partisans de la paix !
Que l’assassinat des trois jeunes adolescents israéliens soit plus que condamnable et cause des troubles graves, cela peut se comprendre. Qu’un jeune palestinien soit brûlé vif par des barbares extrémistes religieux juifs est également plus que condamnable et l’envie de vengeance s’explique. Mais tout cela mène à quoi ? Vers quel débouché ? Vers quelle solution : la guerre !
C’est bien pourquoi on se demande ce qui a poussé notre président de la République, François Hollande, à publier un communiqué condamnant unilatéralement le Hamas alors que ses prédécesseurs — excepté Sarkozy peut-être — avaient scrupuleusement veillé à maintenir un certain équilibre entre les parties sous peine d’être discrédité lors des négociations futures, inévitables pour parvenir à une forme de cohabitation raisonnable. Le président, conscient de sa gaffe, a tenté de corriger le tir, hier, mais le mal est fait.
La France ne peut avoir qu’une seule attitude dans le conflit israélo-palestinien : un équilibre permanent tenant compte des intérêts des deux états actuel et futur : la sécurité pour Israël dans des frontières sures et reconnues, un état palestinien indépendant comprenant Gaza et la Cisjordanie sans la colonisation à outrance actuellement conduite par les gouvernants extrémistes israéliens.
Le Hamas, d’un côté et le gouvernement israélien actuel sont animés par des faucons. Aucun d’entre eux ne veut sincèrement construire la paix ni passer de compromis. Il faudra donc l’intervention d’un tiers ou de plusieurs tiers : Etats-Unis, ONU, Union européenne, Russie…mais le temps de la négociation n’est pas venu. Tant que la haine — « la colère des faibles » — prendra le pas sur le dialogue et l’écoute de l’autre, rien ne sera possible. Raison de plus pour peser ses mots.

Robert Ménard, le nouveau maire de Béziers, est un immense provocateur


Robert Ménard, le nouveau maire de Béziers, serait-il plus extrémiste encore que ne l’est le Front national lui-même ? S’il se réclame de la couleur bleu Marine, il revendique son origine pied-noir et surtout sa descendance oranaise région connue pour ses drames lors de la lutte pour l’indépendance. Ménard aime faire part de la sa nostalgie de petit blanc chez les sauvages ! Pour preuve la commémoration avec écharpe tricolore et drapeau bleu blanc rouge devant la stèle érigée à Béziers, en mémoire de quatre membres de l’OAS (http://ldh-toulon.net/OAS-Organisation-Armee-Secrete-par.html) fusillés pour des crimes et des attentats terroristes.
A maintes reprises, les élus de gauche de la région, dont les communistes, ont demandé au maire de Béziers ancienne formule (UMP) de ne pas honorer ces membres de l’Organisation de l’armée secrète engagés dans une lutte suicidaire qui n’avait d’autre but que d’empêcher toute relation future entre la France et le nouvel état. Rien n’y a fait. C’est si vrai que le candidat UMP à la mairie de Béziers lors des dernières municipales avait tenu à être présent à la cérémonie des nostalgiques des colonies aux côtés de Ménard. C’est dire si le vote des « rapatriés » — comme on disait en 1962 — compte beaucoup dans cette région. L’UMP se réclame encore d’un Gaullisme dont le chef (le général de Gaulle) a été victime d’un attentat perpétré par l’OAS !
Les quatre membres de l’OAS dont les noms figurent sur la stèle se sont battus pour une Algérie française éternelle et ont soutenu ceux qui tuaient et assassinaient comme ils ont eux-mêmes tué et assassiné. Dans la région de Louviers, nous rappelons aussi souvent que possible la mémoire de Maxime Marchand, inspecteur d’Académie au sein de l’Education nationale, assassiné à El Biar par les tueurs de l’OAS avec divers collègues algériens. Le crime de Maxime Marchand, originaire de Montaure : espérer une indépendance pour une Algérie…algérienne. Il est de ces hommes qui ont soutenu les combats des indépendantistes algériens et le 10 juillet 2012, j’ai publié sur ce blog des textes racontant en détail l’action de Maxime Marchand. Si une mémoire doit être honorée c’est la sienne et pas celle des desperados d’une cause qui ne fit couler que le sang et les larmes.

9 juillet 2014

Jacques Toubon confirmé comme Défenseur des droits


J’étais de ceux — et je continue de l’être — qui s’opposaient à la nomination de Jacques Toubon comme défenseur des droits. L’ancien ministre de la justice de Jacques Chirac ne présentait pas un CV exempt de taches même si les faits politiques qu'on peut lui reprocher remontent à quelques années. Je n’ai pas souvenir, par exemple, que Jacques Toubon ait associé son nom à une loi  rendant les procureurs indépendants du pouvoir politique ou à un texte permettant à des condamnés de bénéficier de sanctions autres que les peines de prison. Autrement dit, Jacques Toubon était un fervent partisan de ce qu’on appelait la tolérance zéro et un ministre adepte de mesures particulièrement coercitives.
Le défenseur des droits « est une autorité constitutionnelle indépendante. Unique en son genre, elle est chargée de veiller à la protection de nos droits et de nos libertés et de promouvoir l’égalité. » Je me demande vraiment si Jacques Toubon est la bonne personne et correspond au profil de responsable d’une institution qui regroupe les missions du Médiateur de la République, du Défenseur des enfants, de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) et de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS). Excusez du peu !
L’ancien ministre a été entendu par les commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat. J’ai ouï dire qu’il a été convaincant et habile, corrigeant quelques erreurs factuelles le concernant et plaidant la possibilité de changer ou d’évoluer avec le temps. Il reste que la majorité des 3/5e des parlementaires qui aurait pu l’empêcher d’être désigné n’a pas été atteinte. Des députés et sénateurs de gauche ont donc accepté la nomination d’un homme proposé par François Hollande, Président de la République, qui voulait un successeur de droite à Dominique Baudis, homme de droite également.
Il va de soi que la nomination de Jacques Toubon étant devenue officielle, le nouveau défenseur des droits sera particulièrement observé par les associations dont les objectifs sont de protéger nos libertés et d’agir pour les faire progresser. Je demeure persuadé qu’il existait, à gauche ou ailleurs, un homme ou une femme dont le profil correspond mieux et plus à ce qu’on attend d’une personnalité forcément exemplaire.

On peut comprendre que le militant de base de l'UMP voit rouge !


Jean-François Copé. (DR)
J’ai mis longtemps avant d’adhérer à un parti politique. J’avais 60 ans lorsque j’ai pris ma première carte de membre du PS. Ces décennies de militantisme actif (avec des hauts et des bas) sur le plan municipal et lors des élections décisives sous cette 5e République m’avaient appris à relativiser l’importance du militant de base sur les choix et les orientations des partis politiques. D'où une certaine suspicion. Qu’il participe au congrès, qu’il vote des motions (de synthèse ou non) qu’il appartienne à tel ou tel courant, qu’il colle et distribue nuit et jour, qu’il rédige des textes ou des communiqués n’a, au fond, aucune espèce de valeur aux yeux des ténors des partis et des élus choisis parmi eux. Les militants sont indispensables mais leur opinion importe peu. Ou pas.
Appartenir à un parti politique nécessite donc soit une grande modestie, soit une énorme ambition. Modestie dans la capacité à peser, ambition dans la volonté de réussite d’une politique. Mais si vous n’êtes pas élu, vous ne comptez pas. Et cela a toujours été vrai même au temps du Comité d’action de gauche de Louviers au sein duquel les apparences permettaient de penser (et de croire aussi) qu’un militant ou un élu avait la même valeur. Ce n’était évidemment pas vrai car être élu transforme les hommes et les femmes bénéficiant d’un mandat. Celui-ci les responsabilise individuellement et collectivement, d’où un sentiment de « puissance » et de pouvoir qui transforme la démocratie la plus éclatante en clan ou en groupuscule.
Les affres de l’UMP éclairent d’un jour sombre les pratiques et les habitudes d’un grand parti de gouvernement de droite. L’audit rendu public hier soir par le triumvirat dirigeant de l’UMP chiffre le déficit à près de 80 millions d’euros et met au jour des pratiques douteuses s’agissant des largesses et des avantages financiers obtenus par certains et certaines. De Mme Copé à Rachida Dati, de Geoffroy Didier à Marc-Philippe Daubresse, de Jérôme Lavrilleux à Eric Césari, la liste est longue des notes de téléphone, des voitures dites de « fonctions », des salaires mirobolants payés par les adhérents, les fonds publics ou par les assemblées puisque Mme Copé, non contente de se faire payer ses billets d’avion par l’UMP, est également assistante parlementaire de son mari… pour des conseils…le soir sur l’oreiller ?
24 000 euros par ci, 10 000 euros par là, 8 500 euros encore par là…600 000 euros de salaires annuels (charges comprises) pour les quatre responsables UMP autour de Copé avant qu’il ne démissionne. Et lui qui annonçait des propositions de loi sur la transparence. Et sans rire.
J’ignore si au Parti socialiste, on pratique de même. J’espère que non. Je sais bien que le népotisme régional ou départemental a déjà sévi mais les élus de gauche semblent avoir des scrupules (encore que…) que n’ont pas toujours des élus de droite même si je sais que la plupart d’entre eux sont honnêtes.
Revenons au militant de base, de droite par exemple. Le brave petit soldat regarde le spectacle parisien de la rue de Vaugirard (1) avec consternation. Il se dit que si les idées ne marchent pas toutes seules, elles nécessitent des hommes et des femmes pour les porter. Que la démocratie a un coût. Qu’il est légitime que les fonds publics rémunèrent les partis qui concourent à l’expression des idées et du suffrage. Mais de là à se goberger, à posséder trois téléphones portables (comme M. Copé) à payer les doubles facturations de Bygmalion ou les amendes de M. Sarkozy, es qualité, le militant de l’UMP voit rouge. Et ce n’est pas tous les jours.
(1) Adresse du siège de l'UMP à Paris.