15 mai 2010

La fin de la pauvreté ? Le monde néolibéral court à la catastrophe

La fin de la pauvreté ? C’est le titre d’un film documentaire de Philippe Diaz, présenté à La Semaine de la critique, à Cannes, en 2008. Il sort cette année en DVD chez Arte Éditions.

Laurence Garcia recevait sur France Inter, ce vendredi 14 mai, à 5H30 le réalisateur de ce film. Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt dit-on. Il faut la plupart du temps se lever très tôt ou se coucher très tard pour entendre sur ces questions un discours singulier tel que celui de Philippe Diaz. Radicalement différent du discours convenu, sorte de breuvage tiède et insipide que nous servent habituellement les médias aux heures de grande écoute.

"Avec tant de richesse dans le monde, pourquoi y a-t-il encore tant de pauvreté ? S'aventurant au-delà des réponses "populaires" sur les origines de la pauvreté, ce film s'interroge sur le fait que les véritables causes ne viennent pas d'une orchestration des pays riches pour exploiter les plus pauvres depuis l'époque coloniale..."

Le colonialisme, affirme Philippe Diaz, a débuté en Occident dès 1492 avec la conquête de l’Amérique par Christophe Colomb. C’est à partir de ce moment là que la plupart des pays occidentaux, dénués de ressources naturelles propres, ont pu démarrer un développement économique sans précédent en exploitant pour eux-mêmes les richesses des pays qu’ils avaient conquis. Que serait-il advenu de pays comme l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, l’Angleterre et la France sans la manne financière que représentèrent les métaux, précieux ou rares : l’or, l’argent, le cuivre, le nickel, mais aussi sans l’accaparement des ressources naturelles : le bois, la canne à sucre, le coton, l’arachide, le café, le cacao, etc. et plus récemment le pétrole et l’uranium ?

Nous vivons dans un monde fini, où l’Occident qui représente environ 20% de la population mondiale possède et consomme à lui seul 80% des richesses mondiales produites. La pauvreté des pays du tiers-monde ne résulte donc que de la confiscation de cette richesse par les pays développés. En dépit des beaux discours sur le développement, toutes les politiques conduites par les pays riches à l’égard des pays pauvres n’ont toujours eu pour seul véritable objectif que de les maintenir dans un état de dépendance et d’indigence sans lesquelles la richesse de l’Occident n’aurait pu ni se perpétuer, ni à fortiori croître.


La guerre de l’eau des paysans boliviens


C’est là un exemple très intéressant que Philippe Diaz a développé dans son film. La Bolivie a été pendant très longtemps gouvernée par des régimes politiques de droite ou d’extrême-droite, entièrement soumis aux volontés d’économistes américains pour servir les intérêts des États-Unis. La Bolivie a ainsi été utilisée sur une période très longue comme laboratoire de l’idéologie néolibérale avec pour unique objectif : tout privatiser.

C’est ainsi qu’avant l’arrivée au pouvoir d’Evo Moralès, l’actuel président, la Bolivie n’avait plus rien de bolivien. Qu’il s’agisse des télécommunications, de la médecine, de l’éducation et bien sûr de toutes les ressources naturelles, tout était alors entre les mains de sociétés étrangères, américaines pour la plupart. Ce qui expliquait que la Bolivie, pays doté de nombreuses ressources naturelles et faiblement peuplé était l’un des pays les plus pauvres du monde alors que ce pays aurait dû être un pays riche.

L’une des dernières ressources à ne pas être privatisée était l’eau. Lorsque la Bolivie, pour la dernière fois avant l’arrivée d’Evo Moralès a eu besoin de recourir à un emprunt auprès de la Banque mondiale, celle-ci a subordonné son accord à l’acceptation de la privatisation de l’eau dans l’ensemble du pays. Les six régions qui le constituent ont alors été chacune attribuées à de grandes sociétés internationales de l’eau, dont une filiale du groupe américain Bechtel.

Sur le papier, on retrouve toujours l’idée séduisante que la privatisation va permettre d’assurer les investissements nécessaires à la réalisation des grandes infrastructures de distribution de l’eau potable, avec bien entendu comme objectif de l’amener aux populations les plus pauvres. Mais la réalité est tout autre. Après deux ans de gestion de l’eau dans la région de Cochabamba attribuée au groupe Bechtel, peu de travaux avaient été engagés mais le coût de l’eau avait été multiplié par cinq, prix devenu impossible à payer par les populations pauvres qui se sont révoltées. En dépit d’une répression féroce, les Boliviens ont fini par gagner cette bataille de l’eau. Probablement selon Philippe Diaz, parce cette privatisation était pour eux culturellement et religieusement inacceptable. L’eau en Bolivie fait partie de la Pachamama, la Terre-Mère, la mère nourricière. Elle est un bien que personne ne peut posséder. La situation était devenue totalement absurde. Exigées par le groupe Bechtel pour protéger ses intérêts, des lois avaient été promulguées qui interdisaient aux paysans de puiser l’eau des rivières et de recueillir l’eau de pluie.

Le discours de Philippe Diaz est parfaitement clair. Les prêts accordés aux pays du Tiers-monde par la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international (FMI) n’ont pas, comme on ne cesse de nous le répéter, pour objectif d’aider au développement de ces pays. Car bien entendu, dans ces deux organismes, la réalité du pouvoir est indissociable de l’importance de la contribution des pays qui y siègent. Les États-Unis, première puissance mondiale, en sont par conséquent les maîtres. La plupart du temps, les projets financièrement soutenus ont sciemment des objectifs totalement irréalisables en termes de développement et de progression du PIB. Ainsi se font piéger les pays pauvres qui, quelques années plus tard, ne pouvant rembourser la dette, doivent alors accepter de céder à vil prix leurs ressources naturelles ou en concéder l’exploitation à des multinationales. Mais parfois c’est aussi autoriser sur leur sol l’installation de bases militaires ou encore accepter de soutenir par leur vote la politique occidentale dans les organismes internationaux. Ainsi va le monde néolibéral qui court à la catastrophe.

Reynald Harlaut
Propos librement adaptés de l’interview de Philippe Diaz

14 mai 2010

Loi sur le voile intégral : la conviction contre la répression

Le Conseil d'Etat vient de donner un avis consultatif sur l'interdiction «intégrale» du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national. Il confirme que le gouvernement va très loin, trop loin. Le projet de loi soumis à l'avis de la docte assemblée confirme qu'il devrait être impossible au législateur d'imposer une interdiction totale quel que soit l'espace public dans lequel une porteuse de voile évoluerait.

François Fillon se contrefout de l'avis du Conseil d'Etat. Il prend le risque d'une déclaration d'inconstitutionnalité par le conseil idoine mais parie qu'il ne se trouvera pas 60 parlementaires pour saisir ce dernier. Et s'il se trompait. Si, ce que je souhaite, 60 députés et sénateurs osaient braver la certitude de ce M. Fillon décidément bien imprudent. En voulant jouer la stigmatisation de l'Islam, on aboutit à des profanations de tombes ou à des tirs de fusil automatique sur une mosquée. On aboutit à désigner des boucs émissaires et à conforter les racistes et les xénophobes dans ce qu'ils ont de plus exécrable.

Fillon a déclaré qu'il allait passer outre l'avis du Conseil d'Etat. J'espère que les députés socialistes ne vont pas tomber dans le piège qui leur est tendu et approuver une loi qui ne concerne qu'une infime minorité de nos compatriotes. Contrairement à ce que j'entends, il ne s'agit pas de choisir entre liberté et oppression mais bien d'opter pour la conviction contre la répression. Viendra le temps où les femmes voilées, consentantes ou obligées, découvriront le bonheur d'aller et venir librement, et vêtues comme telles.

13 mai 2010

«Le Point» au Moulin d'Andé : une villa Médicis aux pommes

Clara Malraux au Moulin d'Andé. (photo JCH)

Lu dans «Le Point» de la semaine dernière sous la plume de Patrick besson : « Le Moulin d'Andé (65, rue du Moulin, 27430 Andé) : le lieu le plus culte, je veux dire le plus culture, de Normandie. Presque tout le monde des livres, de la musique, du théâtre et du cinéma y a des souvenirs. Suzanne Lipinska et Maurice Pons règnent depuis près de soixante ans sur ce royaume de l'esprit créateur, avec une majesté lente et souriante de monarques absolument démocratiques. Autour d'eux, si pacifiques, tout le monde tape : les écrivains et les scénaristes sur leur ordinateur, les pianistes sur leur piano. C'est la villa Médicis aux pommes, telle une bonne tarte. »

Le journaliste du Point était de passage au Moulin avant de gagner Caen où Maurice Pons était mis à l'honneur pour «Les Mistons», une nouvelle qui inspira François Truffaut pour son premier film. Ceux et celle qui lisent Le Point auront remarqué que Patrick besson a rendu compte d'une répétition du grand Alexandre Paley et d'une pianiste japonaise très grande interprète elle aussi.

Le Moulin d'Andé est un lieu culte — Patrick Besson a raison — et ce blog aurait été coupable de ne pas publier cet hommage si mérité.

Allemagne : On y pense plus Europe qu'en France !


La porte de Brandebourg aujourd'hui et une œuvre d'artiste peinte sur le mur de la honte. (photos JCH)

« En Allemagne j'ai aussi obtenu un extrait de naissance trilingue à la mairie de ma commune de naissance, ce qui serait impossible en France. On y pense plus "Europe" qu'en France apparemment. »
Sylvia Mackert

Mme Mackert me donne l'occasion d'exprimer la forme de bonheur éprouvée au cours d'un séjour récent à Berlin. Outre le fait que la capitale de l'Allemagne réunifiée est absolument magnifique, que la ville a dépassé le stade d'un immense chantier pour offrir aux habitants et aux touristes des habitats, des monuments superbes, j'ai eu la conviction que les Allemands savaient faire face à leur histoire récente et ancienne.

Quel pays oserait affronter l'holocauste, le facisme, la dictature, la division, la STASI, avec autant de liberté et de conscience ? Le monument destiné à ne pas oublier le génocide des juifs d'Allemagne et d'Europe est tout simplement bouleversant. Les parties du mur de la honte conservées et livrées aux artistes permettent de bien comprendre pourquoi ce fut un brise-cœur que de séparer familles, amis, et pourquoi, finalement, la réunification était indispensable.

Mais les Allemands et les Berlinois font plus. Le 8 mai dernier, ils ont inauguré un musée de la terreur aménagé à l'endroit même du siège de la GESTAPO et des bureaux du sinistre Goebbels. Les caves ont été mises au jour, les bunkers sont maintenant visités et ouverts au public gratuitement. L'histoire en face. L'histoire tragique devant les yeux avec les salles de torture et le nacht und nebel…

Les Allemands font plus, écrivai-je. Quel peuple accepterait de conserver, au nom de la mémoire, des monuments érigés à la gloire des soldats soviétiques, de Staline ou encore de Marx et Engels utilisés pour servir l'idéologie mortifère de la DDR ? Cette démocratie allemande a même prévu de faire siéger au Bundestag, près de la chancelière, un représentant du parlement, élu, et chargé de veiller aux conditions de vie et d'accueil des soldats de la bundeswehr sur tout le territoire.

Ne soyons pas idylliques. Même si le coût de la vie est moins élevé qu'à Paris (nettement) il y a des pauvres et des chômeurs en Allemagne et à Berlin aussi. Mais on peut s'y loger sans trop de problèmes (à des coûts accessibles) et les artistes du monde entier s'y sont donnés rendez-vous. C'est dire. De l'ouest et de l'est, sculpteurs, peintres, musiciens, comédiens, danseurs se retrouvent dans une ville verte, ouverte, créative.

12 mai 2010

1940 : la débâcle et l'espoir

J'ai rencontré ce matin Claude Cornu, membre éminent de la Société d'études diverses de Louviers et de sa région, responsable du programme des conférences. Il a eu l'occasion de me rappeler que le 5 juin prochain, Eric Roussel (photo JCH) président de la Fondation Mendès France sera à Louviers à 16 heures, dans la salle du conseil municipal, pour y évoquer son dernier ouvrage consacré à la journée du 16 juin 40. Ce fut le naufrage avec la démission de Paul Reynaud et l'arrivée au pouvoir de Philippe Pétain, maréchal de France.

Je ne saurais trop conseiller aux lecteurs de ce blog amateurs d'Histoire d'acheter le Hors série du Monde intitulé « 1940, la débâcle et l'espoir. » La débâcle fut celle de notre armée commandée par les généraux Gamelin et Weygand qui pensaient tranchées et guerre de position quand il fallait imaginer mouvement et guerre « technologique » avec chars et aviation.

On y apprend que les alliés n'étaient pas du tout inférieurs à l'armée allemande ni en matériel ni en nombre. On y apprend que les défaitistes le furent très tôt et qu'ils se recrutaient surtout chez les officiers généraux. Pour eux il importait d'imputer la défaite aux politiques, au Front populaire, à Daladier, Mandel et Blum !

Heureusement, en cette année 1940, un espoir se leva. Il avait pour nom De Gaulle. Comme l'a bien dit Régis Debray, « ceux qui ont entendu l'appel du 18 juin n'y ont guère répondu et ceux qui lui ont répondu ne l'ont pas entendu. » C'est ainsi que la flamme de la résistance s'est allumée et qu'elle ne s'est jamais éteinte.

N'oubliez pas le rendez-vous : samedi 5 juin à 16 heures, avec Eric Roussel et la SED.

11 mai 2010

L'éminence grise voit tout en noir

François Mitterrand avait ses visiteurs du soir. Nicolas Sarkozy a les siens aussi. Il faut croire que les ministres, les conseillers, les experts payés par l'Etat ne suffisent pas. Alors les Alain Minc s'en donnent à cœur joie.

Si je prends l'exemple d'Alain Minc, c'est parce que cette éminence grise a des idées toutes les minutes comme disait le maire de Louviers de l'un des anciens membres de son cabinet. Une idée toutes les minutes, mais pourquoi faire ? Pour réduire le déficit de l'Etat, et notamment son déficit en dépenses sociales.

Quand on voit tout en noir, le pire est souvent sûr. Le père d'Alain Minc a 102 ans. Il a eu besoin de soins, récemment, ce qui n'est pas exceptionnel à cet âge. Qui dit soins dit dépenses de santé. Qui dit dépenses de santé dit sécurité sociale. C'est là que l'homme de génie intervient. Il affirme tout de go que plutôt que de dépenser 100 000 euros d'argent public à soigner un vieillard de 102 ans (son père, excusez du peu !) on devrait solliciter son patrimoine s'il en a, ou celui de ses enfants. Alain Minc a le cœur sur la main. Avec lui, c'est le retour assuré aux soins à l'américaine. Montre moi ta carte bleue…et après je te guérirai.

Des calculs ont été faits par quelques spécialistes. Il apparait que les 100 000 euros de dépenses ne sont, au grand maximum, que 25 000 euros, ce qui n'est pas déjà pas si mal. Alain Minc, interpellé, a reconnu qu'il avait forcé le trait pour appuyer sa démonstration. 100 000 euros voilà une somme qui frappe les esprits. Le conseiller de Nicolas Sarkozy souhaitait suggérer des pistes pour économiser le fruit des cotisations patronales et salariales qui sont pourtant l'honneur de notre pays. Alors, il a exagéré.

J'ai déjà écrit, sur ce blog, combien notre système de soins hospitaliers, notamment, pouvait être cité en exemple dans le monde entier. Qu'on soit riche ou pauvre, le fait d'être malade est considéré par notre société comme un état prioritaire que celle-ci doit assumer dans toutes ses conséquences.
Pendant les trois premières années de son mandat, Nicolas Sarkozy a été conseillé par les Alain Minc et compagnie. On voit, aujourd'hui, où leurs conseils ont conduit le pays. Il serait temps de changer. Et de conseillers et de conseils.

10 mai 2010

Le « Grenelle 2 » enterre le « droit à l’eau pour les plus démunis »

Par Marc Laimé, 6 mai 2010

Le gouvernement vient de renvoyer aux calendes grecques (et à leur déficit abyssal, ceci expliquant à n’en pas douter cela, comme le souligneraient Alain Minc, M. Trichet ou DSK), tout espoir de voir la France se doter, dans des délais rapprochés, d’une réglementation (que le monde nous envierait), qui rendrait effectif le « droit à l’eau » pour les plus démunis. Le seul avantage de ces sinistres pantalonnades, qui trouvent leur fondement dans le refus obstiné de Veolia, Suez et Saur de consentir à renoncer à une part infime de leurs bénéfices aussi indus que scandaleux, le seul avantage de ces minables calculs est qu’ils vont placer la France dans une situation impossible quand les mêmes prétendront en mars 2012 à Marseille, faisant la leçon à la terre entière, qu’ils sont les seuls garants de l’accès à l’eau sur toute la planète. Le roi est nu.

Nous sommes à l’Assemblée nationale dans la nuit du 5 au 6 mai 2010.

Le train de nuit du « Grenelle » va son chemin de… député.

Avanti popolo :

« Après l’article 3 bis

- M. le président. Je suis saisi d’un amendement n°1604. La parole est à M. André Chassaigne.

- M. André Chassaigne. Notre amendement n°1604 propose que le comité national de l’eau remette chaque année un rapport d’évaluation sur la mise en œuvre du droit à l’eau pour les bénéficiaires de l’allocation de solidarité et dans le cadre des plans de maîtrise de la ressource dans les logements locatifs.

J’en profite pour évoquer trois amendements qui sont tombés sous le coup de l’article 40 et qui visaient à intégrer dans le projet de loi un chapitre sur l’amélioration de la maîtrise des ressources en eau et à mettre en œuvre le droit à l’eau de façon démocratique.

Il s’agissait, plus précisément, de mettre en oeuvre une allocation de solidarité, de la faire distribuer par les CAF et de mettre en place des comités adossés aux comités régionaux de l’habitat pour piloter la mise en œuvre de cette allocation.

Un amendement proposait également que ces comités, chargés de contrôler le prix de l’eau, soient tenus de financer des projets destinés à améliorer la protection des ressources en eau dans les logements collectifs, notamment en luttant contre les fuites, et à informer les habitants avec pour objectif de préserver la ressource en eau.

Ces propositions ont été élaborées avec diverses associations comme la Confédération nationale du logement, l’association Consommation, logement, cadre de vie et la fondation Abbé Pierre.

Nous n’en débattons pas malheureusement, suite à l’application de l’article 40.

Mais Mme Jouanno s’est engagée à déposer un amendement à ce sujet et j’espère que M. Apparu, secrétaire d’état qui représente pour l’instant le Gouvernement, rappellera à Mme Jouanno son engagement de déposer un amendement en faveur de la protection des ressources en eau et du droit à l’eau.

- M. le président. La parole est à M. Michel Piron, rapporteur pour avis de la commission des affaires économiques.

- M. Michel Piron, rapporteur pour avis de la commission des affaires économiques.

Avis défavorable, car l’amendement est hors du champ couvert par le projet, qui est déjà pourtant fort vaste.

- M. le président. La parole est à M. Benoist Apparu, secrétaire d’État chargé du logement et de l’urbanisme.

- M. Benoist Apparu, secrétaire d’État chargé du logement et de l’urbanisme.
Même avis. »

De profundis.


http://www.eauxglacees.com/Le-Grenelle-2-enterre-le-droit-a-l

8 mai 2010

La CASE va payer cher son isolement

Rien ne vaut une course d'équipe. (photo JCH)

On a beaucoup raillé ma prise de position en faveur de l'adhésion de la CASE à la CREA ou en Français clair à l'agglomération de Rouen. Contrairement aux opinions publiquement affichées par Franck Martin et par Bernard Leroy — ce dernier toujours fébrile à l'égard des dirigeants rouennais — hostiles au Grand Rouen, je suis de plus en plus persuadé que la communauté d'agglomération Seine-Eure a tort de ne pas monter dans le train qui passe. Et qui va passer de plus en plus vite.

Si j'utilise cette expression du train qui passe, c'est justement parce que le Département a publié son étude concernant les lignes à grande vitesse et que la CASE pourrait être une plaque tournante du futur réseau. Que pèsera la voix de Seine-Eure face aux mastodontes que sont le Grand Paris, le Grand Rouen, le Havre et Caen ? La lecture des articles relatifs aux craintes de Louviers face au futur contournement d'Elbeuf n'est-il pas symbolique de l'impuissance de notre ville et de ses élus qui veulent avoir leur mot à dire sans être sûrs d'être écoutés ?

Soyons concrets. La CASE c'est un peu plus de 60 000 habitants. Les atouts du site sont nombreux : situation géographique (l'A13, la Seine, les nationales) équilibre rural-urbain, développement touristique, implantations industrielles porteuses d'avenir (malgré la fermeture de plusieurs entreprises et la croissance du chômage) mais les obstacles se comptent aussi en nombre : vieillissement de la population, villes moyennes malheureusement concurrentes, certains élus trop obsédés par le pouvoir « qui ne veulent pas donner les clés de leur fief aux seigneurs de Seine-Maritime ».

Franchement, ces réflexions peu politiques ne sont pas à la hauteur des enjeux et des ambitions que des élus devraient avoir pour leur territoire. Je rappelle que la CREA (1) c'est 473 000 habitants, un budget conséquent, des services publics maîtrisés, des mutualisations positives (transports par exemple) et la capacité de discuter d'égal à égal avec Le Havre et Caen. Le dialogue devrait donc être ouvert entre Laurent Fabius, président de la CREA et les élus de la CASE.

La crise oblige à des gestes forts. Limiter les gaspillages et rationaliser les fonds publics, cela devient encore plus indispensable qu'hier. Les élus d'Andé ont mis des années avant d'accepter l'entrée de leur commune dans la CASE. Aujourd'hui, ils ne le regrettent pas. Il en ira de même demain pour ceux qui auront le courage de rejoindre la CREA.

(1) CREA : communauté Rouen-Elbeuf-Austreberte

7 mai 2010

Il y a quelque chose de pourri au royaume des capitalistes

Nicolas Sarkozy et François Fillon ont-ils conditionné l'aide de l'Europe aux Grecs (et celle de la France en particulier) à la condition que le gouvernement grec honore les contrats d'armement signés par l'ancien premier ministre Caramanlis ? Daniel Cohn-Bendit a affirmé, ce matin, que M. Papandreou (premier ministre grec) lui avait raconté cela, récemment à Paris, à l'occasion d'un sommet de l'OTAN.

Si le récit de Daniel Cohn-Bendit est vrai, on ne peut qu'être totalement scandalisé par une condition pareille alors que la Grèce se débat dans des difficultés financières presqu'insurmontables et que les citoyens de ce pays se voient imposer des mesures drastiques d'austérité. Franchement, il y a certainement mieux à faire avec l'argent prêté par l'Europe et le FMI que d'acheter des sous-marins ou des hélicoptères, fussent-ils Français.

A ce sujet, c'est déjà Daniel-Cohn-Bendit qui s'est révolté, au cours d'une séance du Parlement européen, contre les conditions financières exigées par l'Europe. L'Allemagne et la France vont emprunter quelques milliards d'euros à 3% alors qu'ils vont prêter cet argent à 5 % aux Grecs ! Autrement dit la France et l'Allemagne vont gagner de l'argent sur le dos des héllènes qu'elles sont censées secourir. Il y a quelque chose de pourri au royaume des capitalistes.

Ça n'arrive pas qu'aux autres ! La garde à vue n'est pas du cinéma

Un moment de vraie vie qui donne à réfléchir sur ce qu'est devenu notre pays.

C’est un reportage dans l’émission de Kathleen Évin l’Humeur vagabonde sur France Inter, le jeudi 6 mai 2010. Martine Abat, journaliste, a rencontré Hélène, militante RESF (Réseau Éducation Sans Frontières), abusivement retenue en garde à vue le 15 février dernier pendant plus de treize heures, par la section anti-terroriste de la brigade criminelle de Paris. En 2009, on a compté jusqu’à 800.000 gardes à vue, mais cela continue en 2010…

Hélène – « Je continue à croire quand même que c’est une erreur, que ce qui est en train de m’arriver, c’était pas possible, c’était quelque chose qui paraissait énorme, à 6h15 du matin, avoir cinq policiers avec des gilets pare-balles, un qui est armé, qui fouille partout. On a l’impression d’être dans les films. Enfin, je suis ressortie de là dedans 13 heures après. Ça a duré 13H25 tout ça. »

Kathleen Évin – « En France, ces derniers mois, il y a eu pas mal de réactions, d’enquêtes et d’articles sur les gardes à vue et sur ce qui maintenant s’appelle le délit de solidarité. Tous les journaux en ont parlé. Il y a eu des exemples partout, et vous Martine Abat, vous êtes allée interroger une petite dame un peu fragile à qui cette chose extravagante est arrivée un matin à 6 heures. »

Martine Abat – « Hélène est assistante sociale et militante depuis cinq ans à RESF, le réseau qui vient en aide aux sans papiers. Depuis deux ans, elle gère une liste anti-rafle, c’est-à-dire qu’elle dispose d’un téléphone portable avec une centaine de contacts de membres RESF et, dès qu’elle est informée qu’une rafle a lieu dans le métro – ce sont des contrôles au faciès assez massifs –, elle envoie un texto à tous ses contacts sur son portable.
Et puis, sale temps pour les militants puisque le 15 février dernier voici : »

H – « Le 15 février à 6h10 du matin, j’ai entendu frapper à ma porte. Donc, je me suis demandée si c’était pas une erreur, si c’était pas des voisins et j’ai attendu un petit peu, et au bout d’un moment j’ai entendu derrière la porte : « police ». Et quand j’ai ouvert la porte, j’ai vu cinq policiers, quatre hommes et une femme avec des gilets pare-balles, qui m’ont demandé si j’étais toute seule. Et quand j’ai répondu oui que j’étais toute seule, ils se sont engouffrés dans l’appartement et ils ont vérifié que j’étais bien seule. Et puis après, ils ont regardé mon chat et ils m’ont dit qu’ils le trouvaient beau et ils m’ont demandé comment il s’appelait. Je leur ai dit Rosa Parks et ils m’ont dit que c’était pas étonnant.

MA – « Rosa Parks, c’est une militante des droits des noirs aux États-Unis. »

H – « Rosa Parks, c’est la première femme noire qui a refusé de se lever pour laisser la place à un blanc. Quand ils m’ont répondu que c’était pas étonnant, là, j’ai compris qu’il y avait quelque chose à voir avec les sans papiers. Je leur ai demandé pourquoi ils étaient là. Ils m’ont dit « Madame, on est là pour vos idées gaucho et vos actes militants ». Quand ils m’ont dit cela, j’ai rien compris. Et au bout d’un moment ils m’ont expliqué qu’ils étaient là pour destruction de DAB (distributeurs automatiques de billets). Parce qu’apparemment, les distributeurs automatiques de billets appartenaient à des banques qui ont dénoncé les sans papiers ».

MA – « Et on en est arrivé à vous ? »

H – « Oui, on en est arrivé à moi, en m’expliquant qu’on était sur mon dos depuis plusieurs mois ».

MA – « Qu’on vous surveillait ? »

H – « C’est ce qu’ils m’ont dit. Au bout d’un moment, ils m’ont expliqué que j’allais signer le papier comme quoi j’allais être mise en garde à vue, et si je voulais un avocat, un médecin, et si je voulais prévenir mon employeur ou quelqu’un de ma famille. J’ai pas compris. Au début j’ai dit que je ne voulais pas d’avocat, et, une fois que j’ai signé, je suis revenue sur ma décision et j’ai dit que oui, je voulais un avocat. Et ils m’ont regardée et ils m’ont dit : « C’est trop tard, vous avez signé, donc, vous n’y avez pas le droit ». Ils ne m’ont pas expliqué que j’allais avoir le droit d’être une demi-heure avec lui. Rien ne m’a été expliqué ».

MA – « Alors là, vous étiez encore en chemise de nuit chez vous, à 6h30 du matin ? »

H – « Et ils regardaient partout. Ils ont fouillé ; ils ont pris des photos, des magazines, et ils cherchaient des lectures subversives. Et ils ont fouillé mon ordinateur. Et ils m’ont aussi demandé si j’avais des photos de manifs. Ils ont regardé les photos qu’il y avait dans mon appareil photo. J’ai appris dans l’appartement que je partais au 36, quai des Orfèvres et au fur et à mesure, les choses, elles s’écroulent, parce que ça devient quelque chose d’énorme. Je leur ai demandé si j’allais sortir le soir. Avant de partir de chez moi, ils m’ont autorisé à prendre mon petit-déjeuner. Ils m’ont demandé si je voulais leur faire un café. Et là j’ai dit qu’il ne fallait pas quand même exagérer.
Ensuite, on est partis au 36, quai des Orfèvres. Ils m’ont pris mes empruntes digitales, les doigts, puis les mains. Ils ont fait des photos anthropométriques. J’avais une ardoise sous la tête avec mon nom et mon prénom. Et après, alors qu’ils m’avaient sortie de mon lit, ils m’ont fait la fouille à nu. Et comme j’ai une maladie génétique – c’est la maladie de Reglinhausen – j’ai des traces dans le dos, sur la peau, ils les ont pris en photos. Ils m’ont expliqué que c’était pour que je sois reconnaissable »

MA – « Et c’étaient des femmes qui faisaient cela ? »

H – « Oui, c’étaient des femmes. Et quand ils m’ont mise en cellule, la femme policier disait à ses collègues : « Elle a plein de choses partout, sur le corps. Elle dit que c’est pas contagieux, mais on sait jamais ». Et ça je crois, des choses comme ça, c’est humiliant. Pour moi ça a été l’humiliation : la fouille à nu, les photos de mon corps et les réflexions.
Et j’ai été descendue pour ce qu’ils appellent je crois l’interrogatoire de personnalité. Ce que faisaient mes parents, ce que faisaient mes sœurs, toute ma scolarité depuis le primaire, quels avaient été mes voyages, enfin tout. Et après, quelles étaient mes opinions politiques. Quand je leur ai demandé pourquoi cette question, ils m’ont dit : « Mais Madame, vous êtes là pour ça, vous êtes là pour vos opinions politiques ».

KE – « Délit d’opinion. »

H – « Ah oui ! Et ils m’ont dit : « vous seriez pas un peu anar ou copine du p’tit facteur Madame ? » Et plusieurs fois, ils m’ont dit : « Madame, on pense que vous êtes innocente, mais on sait jamais, lors du deuxième interrogatoire, vous allez peut être craquer et tout nous raconter ».

MA – « Qui avait détruit ces distributeurs automatiques de billets ? »

H – « Eh bien, en fait, on n’en a jamais vraiment parlé de ces distributeurs automatiques de billets, parce que dans le premier interrogatoire, apparemment, c’était pour savoir qui j’étais, et ensuite je suis retournée en cellule pendant trois ou quatre heures. Quand ils m’ont réinterrogée, lors du deuxième interrogatoire, on n’en a pas reparlé de l’affaire. On m’a redemandé que mes opinions. Sur ce que je pensais des banques qui dénonçaient les sans papiers ; sur ce que je pensais des actes de violence. Et les faits en eux-mêmes, non. C’est moi qui leur ai demandé à quelle date avaient eu lieu les faits parce qu’ils ne m’en parlaient pas. Et les dernières questions, ils les ont modifiées, en fait.

MA – « Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

H – Ils ont posé des questions. J’ai répondu et ils m’ont dit : « Madame, faut pas les tourner comme ça ; faut modifier vos réponses sinon ça va vous enfoncer auprès du juge. Ce soir, il vaut mieux tourner les choses de cette manière là ». Moi, je leur ai dit que ce qu’ils étaient en train d’écrire, j’avais l’impression que ça m’enfonçait plutôt auprès du juge que ça m’aidait. Ils m’ont dit : « Mais Madame, faites-nous confiance ». Et il était 17h30. Ça faisait depuis 6 heures du matin que j’étais dans toute cette histoire. Bah j’ai signé ! Parce que je ne savais pas que j’avais le droit de ne pas signer. Je ne savais pas que j’avais le droit de ne pas répondre aux questions et de ne pas signer. Et que si je faisais cela, le risque que j’encourais était qu’on prolonge ma garde à vue, mais c’était tout ».

KE – « Et ce qu’ils ont modifié concernait quoi par exemple ? »

H – « Sur mes opinions toujours. Jamais sur des faits concrets. On était toujours sur mes opinions. Et sur la Colombie, j’avais expliqué que j’étais allée travailler dans une ONG qui faisait de la prévention aux enfants des rues de Bogota. Sur le cahier d’audition, ils avaient marqué que « Je suis allée traîner avec les enfants des rues de Bogota ». Donc quand j’ai relu, j’ai dit que j’avais pas dit ça. J’ai dit que j’avais travaillé. Et ils m’ont dit : « Mais vraiment Madame, vous chipotez sur les mots ! » Et ensuite, il faisait nuit, il était 19h35, ils m’ont refait signer un papier, et là, ils m’ont dit : « Rentrez chez vous ! Allez prendre un bain et remettez-vous de vos émotions ».

« Quand ça m’est arrivé, là, la terre elle s’écroule en fait. C’était tellement énorme ce qui est en train de se passer que je me suis dit : ce soir, je suis à Fleury ».

KE – Vous vous êtes dit cela ? Que vous alliez aller en prison ? »

H – « Oui ! »

MA – « Mais vous n’aviez rien à vous reprocher ? »

H – « Oui, mais ils étaient arrivés chez moi à 6 heures du matin, donc… »

MA – « Vous avez peur de la police ? »

H – « Peur ? Je ne sais pas. Ce qui est certain c’est que s’ils m’ont blessée, s’ils m’ont meurtrie, la seule chose qu’ils ne sont réussi à toucher, c’est à mes idées. Avant le 15 février, j’étais militante, et j’y suis encore. Ça c’est sûr ».

KE – « Voilà : délit d’opinion gaucho et pour avoir appelé son chat Rosa Parks, c’est une dangereuse celle-là ! »

MA – « Hélène a été libérée à l’issue de 13 heures de garde à vue et sans qu’aucune poursuite ne soit engagée contre elle. On lui a quand même confisqué son portable avec tous ses contacts, les autres militants RESF ».

KE – « Cela fait donc plein de personnes qui vont recevoir la visite de la brigade anti-terroriste à 6 heures du matin ! »

MA « Hélène a décidé de porter plainte pour atteinte illégitime à sa vie privée et à son intégrité physique, à sa liberté d’aller et venir ».

Demain soir 7 mai est organisé par RESF par solidarité avec Hélène, un bal de 18H00 à minuit à l’Espace Macaque, à Paris dans le XVIIe.

Transcription
Reynald Harlaut