15 mars 2016

« Vade retro satanas » ou le péché de Monseigneur Barbarin


J’ignore quelle suite sera réservée à l'action judiciaire en cours contre Mgr Barbarin, cardinal et archevêque de Lyon. Le prélat est mis en cause dans une affaire — devinez quoi ? — de pédophilie ! Non pas que le monsignore soit lui-même amateur de petits garçons mais il est inquiété pour avoir tu des agissements coupables de la part d’un curé trop pressant et trop entreprenant auprès de jeunes scouts qu’il avait sous sa garde. Depuis 2007, semble-t-il, Mgr Barbarin savait !

Mgr Barbarin est bien embêté et on le serait à moins car il fallu l’intervention des victimes directement auprès du Vatican pour que le cardinal se manifeste lui qui avait, si j’ose dire, fait le mort pendant plusieurs années en attendant l’oubli et des jours meilleurs. Il se trouve que l’Eglise vaticane est traversée par de nombreuses crises et notamment par la conduite pleine de reproches de prélats américains, à l’origine d’un film oscarisé et actuellement sur les écrans (1). Car la pédophilie est un crime. Se livrer à des attouchements sexuels sur des mineurs, filles ou garçons, est totalement interdit par la loi et encore plus scandaleux quand les victimes sont très jeunes, voire pré-adolescentes. Le Vatican ne veut plus du silence ni du secret.

Le pape François successeur de Benoit XVI, s’inscrit ainsi dans le droit fil de son action puisque ce pape retraité avait décrété la tolérance zéro à l’égard des brebis galeuses. Il se trouve pourtant que l’Eglise a du mal à faire le ménage au sein de son personnel et se limite trop souvent à entendre en confession les auteurs des crimes sexuels. Les mettre à l’écart des enfants est plus qu’un devoir moral, c’est une obligation de même que la dénonciation de ces crimes auprès des autorités policières et judiciaires.

Si je consacre un billet à cette affaire ce n’est pas par provocation à l’égard des catholiques. Mais Mgr Barbarin, grand donneur de leçons devant l'Eternel, a participé activement à la Manif pour tous qu’il a soutenue voire inspirée. Il n’a jamais été avare de paroles plus ou moins blessantes à l’égard des homosexuels désirant se marier. Peut-être aurait-il dû faire preuve de compassion à l'égard des futurs mariés d’autant plus que l’homosexualité, en France, n’est ni un crime ni un délit. La loi punit au contraire ceux et celles qui injurient, agressent des hommes ou des femmes pour leurs préférences sexuelles. Dans un état de droit, la loi s’applique à tous. Qu’elle plaise ou pas. Il appartenait à l’évêque de Lyon, non seulement de dénoncer le crime de ses ouailles en soutane mais surtout de veiller à ce qu’elles ne soient plus en situation de récidive…et de tentation. Ce qu’il n’a malheureusement pas fait. Vade retro satanas !

(1) Adapté de faits réels, Spotlight retrace la fascinante enquête du Boston Globe – couronnée par le prix Pulitzer – qui a mis au jour un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique. Une équipe de journalistes d’investigation, baptisée Spotlight, a enquêté pendant 12 mois…

13 mars 2016

« Merci patron ». Quand la bipolarité de Marc-Antoine Jamet fait le buzz sur les écrans


Connaissant les liens qui m’unissent à Marc-Antoine Jamet : proximité idéologique, estime réciproque (du moins l’espérè-je…) respect mutuel des différences voire des divergences, certains de mes amis m’ont lancé un défi : « oseras-tu annoncer sur ton blog la projection du film Merci patron » diffusé sur les écrans lovériens en avril prochain. Certains journaux (sauf le Parisien libéré et les journaux du groupe LVMH) parlent de ce film comme d’une information vraie et surtout comme la preuve de la schizophrénie dont serait victime le maire de Val-de-Reuil. Car le thème de la controverse est simple : « comment peut-on être de gauche (1) et également secrétaire général du groupe dirigé par Bernard Arnault, peu connu pour ses idées sociales et sa philanthropie ? »

Marc-Antoine Jamet. (photo JCH)
Il ne m’appartient pas de répondre à ces questions relevant à la fois de la psychanalyse, du goût du pouvoir, de l’acquis familial (du côté de sa mère) des dons et des qualités personnels de MAJ, de sa volonté de bien gagner sa vie (résultats d’une réussite sociale et éducative) et aussi d’exercer une diversité de genres que permettent à la fois ses responsabilités élevées dans le secteur privé et ses engagements concrets au bénéfice des gens moins favorisés qu’il aspire à défendre dans le domaine public. D’un côté, donc, le salarié éminent d’une grande entreprise du CAC 40, de l’autre l’élu animateur du débat idéologique au sein du parti de Jaurès, de Blum…et de Mitterrand et acteur de la vie locale et régionale avec des bilans plutôt positifs.

François Ruffin, réalisateur de « Merci patron » a longuement répondu aux questions de La Dépêche de cette semaine. Il y explique la nature de son projet et déclare s’inscrire dans une action permanente visant à dénoncer les méfaits d’un capitalisme inhumain et injuste — ce que je ne lui reproche point, bien au contraire —. Certes, il reconnaît que les moyens utilisés ne répondent pas toujours à une éthique exemplaire (avec l’utilisation d’une caméra cachée par exemple) mais c’est une concession nécessaire, affirme-t-il, quand on veut dénoncer des pratiques qu’il juge condamnables et qui sans cela, demeureraient cachées…ou en tout cas inconnues du grand public. Son film répond ainsi à un besoin de transparence si nécessaire eu égard au déplorable spectacle que nous offrent les acteurs de la vie politique française, à droite souvent et à gauche parfois.

Interrogé, Marc-Antoine Jamet personnage important ( ?) du film — à son corps défendant — considère, selon le journaliste de La Dépêche, ce documentaire « sans intérêt. » Il est évident que placé là où il est, il préfère botter en touche et ne pas remettre un euro dans le bastringue de la mise en cause personnelle. Le film ? Pour le juger, et j’en parlerai évidemment sur ce blog, j’attends de le voir et de m’en faire une idée personnelle. Ce que j’en sais aujourd’hui c’est ce que je lis et ce qui s’en dit. LVMH, Bernard Arnault et par conséquent Marc-Antoine Jamet en prennent pour leur grade.

Dans ce documentaire, l’objectif de François Ruffin est de venir en aide à une famille détruite par la violence d’un licenciement résultat de choix industriels tant de fois dénoncés par les syndicats de salariés et nombre de partis de gauche. La délocalisation d’activités textiles a entraîné la suppression de dizaines d’emplois dans le nord dont ceux du couple Klur poussés par le directeur du journal « Fakir » à réclamer une indemnisation à hauteur du préjudice subi. « Le Monde diplomatique » (dans lequel écrit François Ruffin) met en cause nommément « Antoine Jamet ancien hiérarque socialiste. » (sic) ce qui est approximatif car Marc-Antoine Jamet (c’est son vrai prénom) est toujours le Premier secrétaire de la fédération de l’Eure du PS au sein de laquelle il ne manque d’ailleurs pas d’opposants. Mais là n’est pas l’essentiel. Ce film fait le buzz pour dénoncer le double langage que tiendrait MAJ à Paris…et à Val-de-Reuil. François Ruffin sera présent à Louviers le 19 avril jour de la présentation de son film au cinéma Forum et pour une rencontre avec le public et des explications. Il a eu beau jeu de proposer au secrétaire général de LVMH un débat contradictoire que Marc-Antoine Jamet a évidemment refusé considérant sans doute qu’il s’était fait piéger.

Plus équilibré, me semble-t-il, serait de proposer à François Ruffin de tourner un autre documentaire sans caméra cachée, cette fois, sur l’action de Marc-Antoine Jamet à Val-de-Reuil. Il s’intéresserait, par exemple, au-delà des changements importants apportés à l'urbanisme de la ville, au sort de la famille Dramé. Voilà une famille sénégalaise de six personnes (deux parents et quatre enfants) menacée, il y a maintenant quelques années, de reconduite à la frontière qu’une lutte importante de la société civile relayée par la mobilisation des élus (2) a permis de sauver de l’expulsion programmée. Aujourd’hui cette famille est intégrée à la vie rolivaloise, elle dispose de papiers pérennes, le père travaille, la mère parle le Français comme vous et moi et les enfants, doués, excellent à l’école. A l’heure où tant de voix s’élèvent contre l’accueil des réfugiés, contre l’ouverture de nos frontières et où tant d’intellectuels crient avec les loups, François Ruffin ferait œuvre salutaire en mettant en exergue l’intégration réussie de cette famille appelée à devenir française. Et je ne parle pas des 10 familles (dix !) syriennes accueillies à Val-de-Reuil, une ville qui n’est pas Calais.
 
S’attarder sur les défauts, ou présentés comme tels, de Marc-Antoine Jamet, personnage public, n’est pas critiquable. Comme tout un chacun, il a ses limites et ses contradictions. Elles mériteraient toutefois d’être compensées par les actions qu’il engage ou initie en faveur des collectivités qu’il sert et des populations qui lui en sont gré. Je souhaite que François Ruffin reçoive ce message 5 sur 5.

(1)  Si « socialiste » rime encore avec gauche évidemment.
(2)  Marc-Antoine Jamet, maire, a donné sans hésiter une seconde un travail à Keba Dramé alors même qu’il ne possédait aucun titre de séjour mais c’était la condition de sa régularisation. François Loncle, député, a agi auprès de la préfète d’alors Fabienne Buccio, pour débloquer le dossier administratif et Franck Martin a proposé un logement d’urgence à Louviers d’où le succès commun.

11 mars 2016

La Normandie berceau de la science économique ? Une conférence le 17 mars à Louviers


Communiqué de M. de Feuardent, relayé par le Sociétés d’études diverses de Louviers et de sa région :
« L’université populaire de Louviers aura le plaisir d'accueillir à la Mairie, jeudi 17 Mars, à 15 heures Benoit Malbranque , jeune auteur-chercheur et éditeur en Economie. Au moment où la Normandie, enfin unifiée, s'interroge utilement sur son caractère propre, a ses "Fondamentaux" culturels et historiques, Benoit Malbranque illustrera l'une de ses remarquables particularités : elle fut, a bien des égards le "berceau" de la Science Economique.
Cela tient sans doute à une tradition maritime très ouverte, sur de vastes espaces et de nombreuses civilisations. Probablement aussi a ses liens étroits avec le monde marchand Anglo-Saxon ou Hanséatique. Mais peut-être aussi à son génie propre, qui reste notre bien commun.
La présentation de Benoit Malbranque se fera autour de quatre grands précurseurs Normands :
     — Nicole Oresme , souvent appelé le " Einstein du XIV° siècle", Evêque de Lisieux, proche conseiller de Charles V , Mathématicien, Philosophe et théoricien de la monnaie.
     — Antoine de Montchrestien dont la vie et la mort furent particulièrement agitées et qui écrivit, à l'attention du jeune Louis XIII le premier "Traité d'Economie politique".
   Pierre Le Pesant de Boisguilbert (qui murit en bonne partie son œuvre à Pinterville) fut un bouillant et génial précurseur de l'économie Politique que Louis XIV finit par exiler. Il fut le premier à proclamer que le simple but de l'Economie est de "soulager la Population".
   Léon Walras (né à Evreux en 1834) est le fondateur de «l’Ecole Mathématique» dont la méthodologie est au cœur de débats très actuels. L'Economie c'est la Vie. Elle n'est que la résultante globale des multiples comportements, aspirations, projets ou regrets de chacun d'entre nous. Plus qu'une "science" abstraite elle est un Art. Art souvent ignoré, décrié ou vilipendé dans notre pays. Mais, sans lui, la gamme des "possibles" se réduit dramatiquement pour tous...
L'Université populaire de Louviers offre ainsi une bonne occasion de retrouver des penseurs marquants, dont les idées, conçues et forgées naguère en Normandie pourraient encore apparaître comme neuves de nos jours...»

9 mars 2016

Migrants : on aimerait entendre la voix de la France ! Les bobards de Bruno Le Maire…


A lire les presses nationale et internationale, notamment anglaise et allemande, la France semble totalement absente dans la résolution du drame des réfugiés et des migrants. C’est à la fois choquant et navrant. Il est vrai que la déclaration inopportune et blessante de Manuel Valls à l’égard d’Angela Merkel — et très contre productive pour l’Union européenne — n’a pas arrangé les affaires hexagonales. Trop d’égoïsme et peu de solidarité.
Le couple franco-allemand, dont chacun s’accorde à penser qu’il est absolument nécessaire à la bonne marche de l’Union européenne, est en panne. Après le forcing de François Hollande lors de la crise grecque et la menace de sortie de l’Europe du pays gouverné par Alexis Tsipras, le gouvernement français ne parle plus, n’agit plus, fait preuve d’une mollesse coupable.
Maurice Pons à Rouen au cinéma Omnia. (Photo CB)
Bien sûr, le président doit d’abord fouetter les chats intérieurs. Ils comprennent la maintenant trop fameuse déchéance de nationalité et le projet de loi travail supporté (dans tous les sens du terme) par Mme El Khomri. Quand même, le pays des droits de l’Homme se devait de montrer le vrai visage de l’accueil de personnes et d’enfants fuyant la guerre et les catastrophes humanitaires. Est-il trop tard ? Je le crains. D’autant plus que les populistes de tous poils fourbissent leurs armes : le racisme ordinaire, le bon sens (quelle banalité !) et la peur de l’étranger. Je profite de l’occasion pour saluer Maurice Pons. L’écrivain du Moulin d’Andé, a été mis à l’honneur récemment à Rouen à l’occasion de la projection d’un film de Sylvie Habault consacré à « une saison pour Maurice Pons. » Les plus lettrés d’entre vous, chers lecteurs, s’empresseront de lire ou de relire « Les Saisons » roman majeur de l’œuvre de notre ami Maurice. Il y évoque justement l’arrivée d’un étranger venu de nulle part dans un village de n’importe.

Nicolas Sarkozy a des solutions miracle pour assainir la situation financière de notre pays. Supprimer 300 000 emplois de fonctionnaires ! Les faire travailler 37 heures ! Créer des contrats de droit privé pour certains d’entre eux ! Il conteste que les hommes et les femmes chargé(e)s des services publics bénéficient d’un empli sécurisé et durable. Pour Sarkozy la flexi-sécurité c’est avant tout le droit de virer les gens au doigt et à l’œil. Pense-t-il aux hôpitaux, aux services de sécurité, à l’Education nationale, à nos forces armées, aux services des transports, aux communications, etc. etc.
Les solutions les plus simplistes ne sont pas forcément les meilleures. Quand on lui demande pourquoi il n’a pas fait cela avant notamment quand il était président, il répond: « c’est bien pour cela que je voulais être réélu ! » Quel culot.

Dans son émission « 28 minutes » Elisabeth Quin laisse la parole au responsable d’une rubrique destinée à corriger erreurs et mensonges. Évidemment les plus cités car les plus approximatifs (dans le meilleur des cas) sont les élus candidats à quelque chose. Hier soir, le héros avait pour nom Bruno Le Maire. Le candidat à la candidature des primaires de l’Ex-UMP a affirmé récemment que les titulaires de droits sociaux gagnaient plus que ceux qui travaillent ! Le journaliste d’Arte a pris l’exemple d’une famille de quatre personnes comprenant le père et la mère ainsi que deux enfants. D’un côté les parents au RSA touchent 1400 euros (avec l’APL et les allocations familiales) de l’autre le papa payé au SMIC et la maman au RSA touchent plus de 2000 euros (avec l’APL et les allocations familiales). Il y aurait même une différence de 700 euros en faveur de celui qui a un emploi. Bruno Le Maire raconte sciemment des bobards. Et il use de moyens que la morale reprouve et que les électeurs feraient bien de sanctionner.

8 mars 2016

Intense activité à la Société d'études diverses de Louviers : une conférence sur la draperie le 19 mars prochain


Dans les ateliers de l'usine Jeuffrain de Louviers dans les années cinquante. (DR)
La prochaine conférence de la SED aura lieu le samedi 19 mars, à 16 heures, dans la salle Pierre Mendès France, à l'Hôtel de Ville de Louviers avec la participation de M. Alain Becchia, professeur émérite à l'Université de Savoie et vice-président de la Société de l'Histoire d'Elbeuf. Spécialiste de l'histoire de l'industrie textile, à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages, il abordera un sujet qui intéresse notre région, dont ce fut longtemps l'activité essentielle : « La draperie d'Elbeuf et de Louviers et la quête de l'eau (XVIIe-XVIIIe s.) ».

Les industries textiles, et tout particulièrement les industries lainières, ont toujours eu besoin de grandes quantités d'eau : pour les diverses opérations de fabrication (lavage et dégraissage des laines, teinture, foulage des draps) ; pour l'activation des premières « mécaniques » ou le fonctionnement ultérieur des machines à vapeur ; pour la lutte contre les incendies, de plus en plus fréquents ; pour l'acheminement des matières premières et des produits finis, le transport fluvial ou maritime s'avérant le moins coûteux. C'est la raison pour laquelle les cités textiles se sont toutes développées sur des cours d'eau. Louviers en constitue évidemment un très bon exemple. Mais la situation d'Elbeuf, qui ne disposait que d'un court ruisseau au faible débit (le Puchot) et qui longtemps refusa d'utiliser les eaux de la Seine pour la fabrication des draps, peut sembler au contraire paradoxale.
Il fallut sans cesse régler les nombreux conflits qui surgissaient entre les divers usagers et recourir à des sites dispersés aux alentours. Les industriels cherchèrent à mécaniser les diverses opérations afin d'économiser au maximum l'emploi de l'eau. Ils firent creuser également des puits artésiens. En fait, on l'oublie trop souvent, la quête de l'eau fut longtemps une des préoccupations fondamentales de l'industrie, même dans une région qui ignore pourtant (en général) les problèmes de sécheresse.
Lors de son assemblée générale récente la SED a renouvelé son bureau :
 Président :
M. Jean-Pierre BINAY
Vice-présidents :
Mme Claudine JEULIN
M. Claude CORNU (conférences et musées)
Trésorier :
M. Gilles BETHON
Trésorier adjoint :
M. Roland HAZARD
Secrétaire:
M. Patrick MASSON
Secrétaire adjoint :
M. Claude DUFLO
Archiviste:
Mme Yvette PETIT-DECROIX
Chargés de mission:
M. Claude BLANLUET (relations extérieures)
M. François CHARMOT (bulletin)
M. Christian GATEAU (fichier adhérents, bulletin)
Membres :
Mme Katy ROBERT, Mme Marie MACHNICK,
M. François FERMANEL, M. Jean QUERE
M. Pierre QUEMENER
Membres honoraires :
Mme Henriette LONGUET, Mme Jeanne PAPAVOINE
Mme Yvonne TREUT, M. Daniel MARINIER

7 mars 2016

Le courage de Michel Viger vaincu par la maladie


Michel Viger (second à partir de la droite) en visite sur un chantier de la ville nouvelle. (photo Jean-Charles Houel)
Ne pourront se souvenir de lui que les hommes et les femmes lié(e)s à la création de la ville nouvelle du Vaudreuil (devenue Val-de-Reuil) et intéressé(e)s par l’immense chantier que fut la naissance de cette ville. Michel Viger, décédé samedi dernier à Puteaux, où il résidait, fut pourtant un membre éminent de l’équipe constituée autour de Jean-Paul Lacaze, d’abord, puis d’Henri Troude, ensuite, et de Michel Doucet, enfin. Un professionnel dynamique, entreprenant, très au fait du marché du travail et ayant foi en une aventure forcément passionnante.

Son travail consistait à mieux définir les zones d’activités et à favoriser l’implantation d’industries et d’usines créatrices d’emplois. Né dans la Manche, la Basse-Normandie d’hier, Michel Viger était donc très attaché à nos régions et à leur développement. Son professionnalisme, son sens relationnel, son exigence éthique, son sens de l’anticipation faisaient de lui un homme incontournable et précieux pour la construction de la ville nouvelle. Entouré d’urbanistes, de sociologues, de géographes, de spécialistes de l’environnement, Michel fit le maximum dans l’établissement public où il œuvrait quotidiennement mais également pour les communes environnantes. Il avait compris, en effet, que Louviers, Pont-de-l’Arche, et les communes du site immédiat devaient se développer en harmonie avec la ville nouvelle et non contre les intérêts des autochtones.
C’est ainsi qu’il fut l’un des initiateurs des zones d’activités des Ecoparcs de Vironvay et Heudebouville si appréciés aujourd’hui dans l’agglomération Seine-Eure. Après avoir quitté l’EPVN, Michel voyagea de Caen à New York, des Etats-Unis à la Nouvelle Calédonie où il accomplit des missions au service de l’Etat avec le même zèle et la même obstination.

Sur le plan humain et amical, Michel Viger était on ne peut plus estimable. Doté d’un solide sens de l’humour, amoureux de la vie, il enchantait les lieux de réjouissance où son sourire et ses éclats de rire emplissaient tous les espaces disponibles. Nous avons souvenir de soirées de Saint-Urbain, de rencontres au Moulin d’Andé, que de joie ! C’est peu dire qu’il comptait vraiment pour ceux et celles qu’il enchantait.

En ces instants de tristesse, je pense à son ex-épouse, Geneviève, à ses enfants et à Christine, qui l’a accompagné au cours de ces derniers mois pendant lesquels la maladie est venue à bout de son courage. Michel sera inhumé mercredi à Tréauville, le village de la Manche dont il était originaire. Un dernier mot : Michel était roux et comme l’écrivait Cocteau : « il est né roux, il vivra roux. » Une belle vie…

3 mars 2016

Sarkozy et le coup d'état permanent…


« Il y a urgence à changer de président » a déclaré l’ancien président Sarkozy lors de sa visite au salon de l’agriculture. Souvenons-nous. C’est dans ce même salon qu’il avait décoché un « casse toi pôv con » à un visiteur qui avait refusé de lui serrer la main : « touche moi pas tu vas me salir » (en Français dans le texte). Le propos de Sarkozy m’inquiète. Comme tout un chacun, il connaît le calendrier et donc la date des prochaines élections présidentielles…en 2017. Il lui faudra donc attendre un an et quelques mois pour calmer son impatience comme celle des Français qui, depuis 2012, pestent, protestent contre cette gauche forcément incompétente et illégitime. Cette phrase m’inquiète parce qu’elle appelle à bouleverser les échéances constitutionnelles…sans qu’on sache très bien ce qui se cache derrière des propos d’autocrate plus habitué à se faire obéir (par le peuple éventuellement) qu’à respecter les règles de la démocratie.

A moins que Sarkozy n'ait d’autres idées en tête et souhaite accélérer le processus. Quelles idées ? Un coup d’état ? Avec qui, avec quelle armée ? L’armée française est légaliste et légitimiste. Pas forcément républicaine mais obéissante au pouvoir civil issu d’élections régulières, pas comme ces présidentielles de 2012 qui ont vu Sarkozy dépasser les plafonds de dépenses créant une inégalité évidente entre les candidats. Excluons donc le coup d’état. 

Alors quoi d’autre ? Une révolte dans la rue à l’occasion des prochaines manifestations contre la loi El Khomri, révolte ouvrant ensuite la voie à une révolution et enfin à une vacance du pouvoir genre voyage à Baden Baden en 1968 ? Sarkozy rêve tout haut. Si la révolte n’est pas exclue, la révolution ne semble pas encore inscrite à l’ordre du jour. Je sais bien que Sarkozy est un immense provocateur mais tout de même…

Sarkozy n’est pas seul. Il doit compter avec Juppé, Le Maire, Fillon, NKM et tous les autres. Depuis l’affaire des écoutes Azibert-Paul Bismuth, je me méfie pourtant de cet homme comme de la peste. La peste a disparu mais pas Nicolas Sarkozy et ses mises en examen. Il est vrai qu’il voulait faire disparaître les juges d’instruction, ces petits pois indigestes capables de mettre au pas les politiques sûrs d’eux-mêmes et dominateurs. Au final, la justice triomphera…du coup d'état permanent.

2 mars 2016

Pierre Jacquemain, ancien conseiller de Myriam El Khomri, condamne le projet de loi « travail »


Le journal « Le Monde » publie aujourd'hui, un texte de Pierre Jacquemain, conseiller auprès de la ministre Myriam El Khomri depuis plusieurs mois. En total désaccord avec l'esprit et la lettre du projet de loi Travail, il vient de démissionner de ses fonctions. Il explique pourquoi il s'oppose au texte.
« Pour faire de la politique, il faut rêver. Peut-être ai-je été trop naïf sur la capacité de la ministre du travail, Myriam El Khomri, à faire rêver et progresser les travailleurs de notre pays ? A incarner une parole de gauche, une parole libre, une parole utile, une parole forte. Une parole juste. Celle qui dénonce la paupérisation de la société, celle qui s’insurge devant la précarisation du monde du travail qui conduit des millions de Français à vivre au jour le jour – avec toujours cette peur du lendemain.
La réforme de Myriam El Khomri devait porter l’exigence d’un nouveau modèle de société. C’était, je le crois, l’ambition de la huitième ministre du gouvernement. Une place de choix dans la hiérarchie gouvernementale. Un porte-voix exceptionnel pour donner le la à une réforme majeure du quinquennat dans un gouvernement au parti pris libéral assumé. Le président de la République lui-même avait fait de cette réforme l’un des tournants de son quinquennat. Ce devait être une réforme de progrès, ce sera au mieux une réforme de compromis – voire de compromission. Au pire, cela restera comme une trahison historique – et destructrice – d’une gauche en mal de repères.
Pourtant, Myriam El Khomri a gagné des batailles. C’est une militante qui n’a peur de tenir tête ni au premier ministre ni au président de la République. Son parcours, ses engagements, son action à la Ville de Paris et au secrétariat d’Etat à la politique de la ville auraient pu – auraient dû – la conduire à porter haut et fort les revendications des travailleurs.
A défendre les salariés d’Air France quand 3 000 postes sont menacés. A s’opposer fermement au travail du dimanche. Ou encore à ne rien céder sur les commandes patronales, notamment en matière de licenciement. J’y ai cru. Et nous avons échoué. Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Myriam El Khomri y croit encore. Je n’étais donc plus utile à ses côtés. J’ai quitté son équipe sur un désaccord politique et stratégique majeur. D’ordinaire, un conseiller ministériel, petite main de l’ombre, ça ferme sa gueule.
Autoritarisme de Matignon et poids de la technostructure
Mais, parce que je suis profondément convaincu que cette réforme nous entraîne collectivement dans le mur, parce que j’ai la conviction qu’elle sert les intérêts politiques de quelques-uns et les intérêts économiques de quelques autres (privilégiés), enfin parce que je suis déterminé à ce qu’une autre voix pèse à gauche, j’ai assumé publiquement le désaccord qui m’opposait à la ministre. C’est déloyal diront certains. Je ne le pense pas. Il ne s’agit aucunement de remettre en cause une ministre en exercice, qui m’a fait confiance au cours de ces dix derniers mois et que je respecte pour ses qualités humaines.
Il s’agit d’attaquer sur le fond un texte droitier, une réforme libérale qui déshonore la gauche – pis, l’atomise, alors que cette gauche-là est en responsabilité. Et quelle responsabilité ! Comment peut-on avoir raison contre tous ? A quel moment et de quel droit pense-t-on avoir raison contre ses propres alliés ? Pour qui parlent-ils ? D’où parlent-ils ? Ils ont tué la gauche.
Aujourd’hui, le malaise est partout. Dans les cabinets ministériels, sur les bancs de l’Hémicycle, à droite, à gauche, sur Internet. Et bientôt dans la rue. L’histoire se répète. Prenez Villepin, mettez Valls. Dix ans plus tard, même remède, même combat. Souhaitons à cette réforme le même sort que le CPE. Parce qu’il faut tout réécrire. Tout. Qui peut croire par exemple que favoriser les licenciements va permettre de lutter contre le chômage ? Qui pense sérieusement que la dématérialisation des fiches de paye est une révolution sociale ? Qui peut décemment parler de démocratie sociale, au plus près de l’entreprise, quand on sait le rapport de force qui se joue, au quotidien, entre employeur et employé ?
Ce texte est un non-sens économique. Une aberration politique. Il résulte d’une équation terrifiante : d’une part, l’autoritarisme matignonnesque et, d’autre part, l’invasion, à tous les étages, de la technostructure. La technocratie aura-t-elle raison de la politique ? Le renouvellement générationnel de nos dirigeants n’est en vérité qu’une façade, une illusion. Un faux-semblant. Et je veux croire qu’une autre voie est possible. Elle est possible, souhaitable, et nécessaire. Dehors à présent. Pour construire l’alternative à gauche. La politique est une affaire de conviction, de colonne vertébrale, de vision, de transformation, et de rêve, disais-je. Parce que, pour faire de la politique, il faut rêver. »
Pierre Jacquemain
Ancien conseiller de Myriam El Khomri

1 mars 2016

Manuel Valls recule…avant d'aller dans le mur ?


Myriam El Khomri en visite à Val-de-Reuil. (photo JCH)
Les centaines de milliers de signatures apposées au bas de la pétition sur change.org contre le projet de loi El Khomri, le coup de gueule de Martine Aubry, les réticences de Jean-Christophe Cambadélis, nombre de députés rétifs et les critiques acerbes de la CFDT sont venus à bout de la morgue du Premier ministre Manuel Valls. 
Sans doute sous la pression du Président de la République, le chef du gouvernement a préféré prendre le temps d’une utile réflexion avant de présenter le projet de loi devant l’Assemblée nationale. C’était bien le moins qu’il pouvait faire, assuré qu’il était d’aller dans le mur et de se faire applaudir par une droite moqueuse trop heureuse de mettre le fer dans la plaie ouverte à gauche. 
Je ne vais pas entrer dans les détails du projet de loi mais la flexisécurité dont se repaît M. Le Guen, secrétaire d’état aux relations avec le parlement, est surtout caractérisée par beaucoup de flexibilité sur le temps de travail ou sur les indemnités de licenciements « sans cause réelle ni sérieuse » et peu de sécurité professionnelle si l’on en juge par les désobligeantes remarques de l’ensemble du monde syndical des salariés.
Le président de la République assure qu’il réformera jusqu’au bout de son mandat de cinq ans. Soit. Si ses réformes destinées, affirme-t-il, « à améliorer la compétitivité des entreprises » ne sont pas équilibrées par des mesures en faveur du pouvoir d’achat ou du salaire minimum, il ne sera pas surpris que le salariat manifeste une colère au moins égale à celle des éleveurs et des agriculteurs. D’ailleurs, quand ces derniers saccagent un stand ministériel ou insultent copieusement le président et son Premier ministre, je ne sache pas que les auteurs des violences soient poursuivis et condamnés comme le furent les syndicalistes auteurs de violences matérielles et sévèrement punis par les tribunaux correctionnels. Il faut croire que dans la France de 2016, il existe les violences légitimes …et les autres !

28 février 2016

On connaît mieux le domaine de Louis Renault grâce à Yvette Petit-Decroix et la Société d'études diverses


Un public nombreux et attentif aux propos d'Yvette Petit-Decroix. (photo Jean-Charles Houel)
Petite annonce : cherche thésard(e) et (ou) président(e) d’association apte à passer quatre ou cinq années à éplucher les nombreux documents et archives relatifs au domaine de Louis Renault dans la boucle de Seine d’Herqueville-Connelles-Daubeuf-Muids et Andé.
Yvette Petit-Decroix trouvera-t-elle la perle rare ? Après le travail immense engagé par elle-même au titre de la pure connaissance et de la joie de transmettre, il serait bien qu’une âme passionnée s’attachât à poursuivre cette patiente et rigoureuse obsession.

La salle Pierre Mendès France de l'hôtel de ville de Louviers a connu une belle affluence, hier, répondant ainsi avec élégance à l’invitation de la Société d’études diverses à laquelle appartient Yvette Petit-Decroix très à l’aise devant son micro pour narrer une aventure humaine colossale.
Le domaine de Louis Renault, tout le monde en parle mais personne ne sait vraiment de quoi il retourne. Les pires fantaisies circulent : 20 000 hectares…un tunnel jusqu’à Château-Gaillard…Drieu La Rochelle y séjournait…que de rumeurs !

La réalité est plus prosaïque mais non moins surprenante. A son apogée, en 1939, le domaine Renault couvre 2000 hectares, il comprend une dizaine de fermes productives et surtout un ensemble de constructions neuves ou restaurées à usages professionnel et privé. Il est le résultat d’une attention permanente et d’une inlassable série d’acquisitions fruit d’une fortune évidente. Le constructeur automobile a tout compris du système puisqu’il réussira à acquérir des chemins communaux ou des équipements publics allant même jusqu’à rénover l’église d’Herqueville !

Louis Renault, bricoleur de génie, a découvert la boucle de Seine par hasard, il jette sur elle son dévolu au début du 20e siècle imaginant y développer un domaine agricole très varié : céréales, vaches laitières, beurre, porcs, volailles, lapins et même le cidre ! N’en jetez plus la cour est pleine. Situé près de Paris, relié à la capitale par route et voie ferrée, dans un site merveilleux, le domaine exceptionnel de Louis Renault lui permettra d’exprimer tous ses talents d’industriel, d’inventeur, de bâtisseur. 
Yvette Petit-Decroix.

Au fil des années, les hectares s’accumulent, les châteaux et les fermes s’embellissent, les productions se diversifient. Maison de matelots en bord de Seine, château d’habitation sur les hauteurs, architecture anglo-normande, mécanisation des outils de production, ordre et organisation rationnelle, régisseurs, chefs de fermes, à l’évidence sans la seconde guerre mondiale, le domaine Renault se serait encore considérablement épanoui et aurait fait de notre région immédiate l’une des plus enviées de l’ouest parisien.

Yvette Petit-Decroix ne dira mot de la fin de vie de Louis Renault. Comme on le sait, ses usines de Billancourt seront nationalisées quelques mois après sa mort par le gouvernement du général De Gaulle pour faits de collaboration économique. De 1940 à 1944, des chars, des camions et d’autres engins sont sortis des usines de l’île Seguin et ont immédiatement équipé l’armée allemande. Décédé en octobre 1944 (1) dans la cellule qu’il occupait à la prison de Fresne, il n’aura donc jamais été jugé. Certains ont expliqué la mort de Louis Renault par de mauvais traitements qu’on lui aurait infligés. Il semble, en réalité, qu’il soit mort des suites de maladie. Il avait 67 ans. Son fils Jean-Louis a tenté de poursuivre l’œuvre entreprise mais en 1962, le domaine est éclaté et c’est la fin de l’histoire. Fin provisoire, peut-être, si, comme je le crois, une bonne âme accepte de se saisir du flambeau brandi par Mme Petit-Decroix. Parmi les nombreux propriétaires actuels des châteaux, maisons, terrains, il en est qui ignorent l'origine de leur bien. Cette conférence et le livre de Mme Petit-Decroix éveilleront sans doute des vocations d'historien parmi ces successeurs de Louis Renault.

(1) En 2011, sept des petits-enfants de Louis Renault engagent une procédure afin d'obtenir une indemnisation du préjudice causé par la nationalisation. Ils tentent de faire valoir une question prioritaire de constitutionnalité, en arguant du fait que l'ordonnance N° 45-68 du 16 janvier 1945 qui institue la nationalisation serait contraire aux droits fondamentaux, de la propriété notamment. Ils sont déboutés le 11 janvier 2012 : le tribunal de grande instance de Paris se déclare incompétent pour statuer sur leur demande. Leurs avocats annoncent leur décision de faire appel. Le 21 novembre 2012, la cour d'appel de Paris confirme la décision du tribunal de grande instance de Paris et déboute la famille Renault.