1 avril 2014

Elections municipales : les points chauds de l'agglomération et la défaite des deux conseillères générales


le dépouillement à Louviers (Photo JCH)
Si la ville de Louviers et son sort électoral ont focalisé toutes les attentions durant ces dernières semaines, elle le doit à son rôle de ville-centre et à l’incertitude sur le nom du vainqueur final. A dire vrai, je n’ai jamais douté de la victoire de Franck Martin. Et sa défaite prouve qu’en matière d’élections, personne n’est à abri d’un échec, personne ne joue sur du velours. Je ne vais pas répéter les raisons de cet échec — elles sont locales et nationales avec une déferlante toute bleue — je souhaite plutôt jeter un œil sur les autres communes où un vrai enjeu était proposé aux électeurs avec la participation de personnalités engagées depuis longtemps dans les combats locaux.
Prenons la commune d’Incarville. En 2008, Leslie Cléret, maire sortante, avait été sèchement battue par la liste Lemarchand. La conseillère générale du canton de Louviers-nord (cette nuance a disparu depuis) avait eu du mal à accepter sa défaite, ce qui se comprend aisément. Quand j’ai appris que Leslie Cléret souhaitait repartir à l’assaut de la petite forteresse incarvillaise, j’ai senti le danger. Que diable la conseillère générale allait-elle faire dans cette galère ? J’étais certain que Leslie Cléret n’avait pas remonté la pente et son second échec en est la preuve. Pendant six années, elle va occuper les rangs de l’opposition. J’imagine qu’elle fera montre de pugnacité et de connaissance des dossiers mais à quoi bon s’exposer un an avant le renouvellement du conseil général ?
Janick Léger, conseillère générale du canton de Val-de-Reuil, souhaitant s’émanciper de la tutelle de Marc-Antoine Jamet, a tenté sa chance dans la commune de Léry. En accord avec le maire sortant Robert Ozeel, qui ne se représentait pas, Janick Léger pensait faire la différence sur son expérience, sa vice-présidence du conseil général, son action au sein de la mission locale et sa capacité à contribuer au rapprochement avec Val-de-Reuil où elle était adjointe. Mais Léry, c’est la commune des Femel, Page, et autres représentants de la droite. Ce village a toujours été en pointe contre Val-de-Reuil. Ce qui devait arriver est arrivé : Janick Léger a fédéré contre elle tout et son contraire, permettant aux autochtones de droite et contre le mariage pour tous de conquérir cette commune.
A Pitres, village de l’ancien canton de Pont-de-l’Arche, le retour sur la scène locale de René Dréan, ancien maire, pouvait susciter un suspense…vite éteint. Dès le premier tour, Jean Carré, maire sortant, malgré la présence d’une troisième liste conduite par Florence Lambert, a réussi à sortir en tête et à prendre une option sur la victoire finale. Pitres déchaine les passions. Après la victoire de Jean Carré, dimanche dernier, on parle de recours devant la justice…mais l’écart est tel que je ne vois pas un tribunal administratif annuler l’élection.
A Saint-Pierre-du-Vauvray, aussi l’élection municipale a été passionnée. Jérôme Bourlet de la Vallée, conseiller régional EELV se voyait beau et croyait sincèrement mettre un terme à la carrière d’Alain Loeb, maire sortant. Avec 56 %, des voix, ce dernier est réélu, témoignage d’un attachement ou d’un rejet, Jérôme Bourlet de la Vallée ne laissant personne insensible à son discours et à ses engagements.
Je n’ai pas encore eu l’occasion de citer le remarquable succès de la liste de Richard Jacquet à Pont-de-l’Arche. Comme par hasard, ce maire socialiste n’a pas été victime du PS-bashing en vogue dans le département. Incontestablement, la personnalité de Richard Jacquet a beaucoup compté dans le jugement des électeurs. Homme tranquille, animé de convictions, soutenu par une équipe homogène, Richard Jacquet a battu facilement la liste d’Hervé Lour qui…n’a pas fait le poids. La présence de Dominique Jachimiak (ancien maire) sur cette liste, après qu’il avait annoncé un renoncement, n’a rien apporté de positif…au contraire.

31 mars 2014

Mme Nicole Bricq me donne envie de gerber


Le remaniement, alors qu’on a besoin d’un changement de gouvernement, est sur les rails à l’heure où j’écris ces lignes. Ce remaniement me fait penser à certains ministres dont la compétence et le sérieux ont échappé à mon jugement. Je ne vais pas dresser une liste exhaustive de ceux et celles qui, en période d’apprentissage, n’ont pas réussi leur CAP et encore moins leur bac professionnel de ministre.
Le parfait exemple de ces hérauts de la République me semble être incarné par Mme Nicole Bricq. On raconte que cette sénatrice était une excellente parlementaire spécialiste des finances et apte à remplir les difficiles fonctions de rapporteur. Devenue ministre, elle passa un mois dans son premier poste avant d’être dirigé vers une autre adresse de l’Etat suite à une décision mal appréciée en haut lieu.
Pourquoi est-ce que je parle de Nicole Bricq ? Parce que les micros de BFM TV repris par le Petit Journal de Yann Barthès sur Canal Plus nous en apprennent plus sur le comportement de certain(e)s que tous les beaux discours bien rédigés ou bien appris. Invitée au dîner de gala organisé en l’honneur du président chinois, Mme Bricq, à peine sortie de table, s’est livrée à une envolée très classe assurant « que la bouffe de l’Elysée était dégueulasse en tout cas bien moins bonne que celle de Matignon. » Et comme elle affirmait cela devant Jean-Marc Ayrault, j’ai tendance à penser qu’elle lui cirait les bottes.
Je suis resté baba devant une telle désinvolture et en un tel moment puisqu'au lendemain de premier tour catastrophique pour la gauche et pour le PS en particulier. Vraiment, ces gens-là vivent sur une autre planète à moins qu’avec le temps, ils aient oublié qu’ils ne devaient leur rang et leur titre qu’au bon vouloir des électeurs (trices). Le second tour a dû rendre le menu de Mme Bricq encore plus indigeste. Et si elle est virée du gouvernement, comme je le suppose, Mme Bricq pourra toujours dégueuler sur le président. En tout cas, moi, elle me donne envie de gerber.

Après la défaite de Franck Martin à Louviers, quel avenir pour la communauté d'agglomération Seine-Eure ?

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Franck Martin félicite son adversaire de sa victoire.
Oser imaginer que des hommes et des femmes de gauche pourraient se satisfaire de la défaite de Franck Martin à Louviers est une insulte à l’intelligence et à la défense de l’intérêt général que représentent l’avenir et les projets de la communauté d’agglomération Seine-Eure. C’est pourtant à cette lecture passionnelle et partiale que s’est livrée une minorité gonflée par l’amertume et peu au fait de la réalité locale. La seule présence de Marc-Antoine Jamet dans la salle du Moulin (il y est resté jusqu’à la proclamation du résultat final hier soir) démontre bien que des responsables dignes de ce nom savent placer leur amour-propre au dessous de la nécessité et travailler au service du collectif quand il y a le feu au lac.
A Louviers, les hommes et les femmes de gauche conséquents n’avaient en réalité pas le choix, hier, lors du second tour. Face à une liste de droite sans étiquette (mais comprenant des adhérents de l’UMP, de l’UDI, du MODEM) dont le programme pèse par sa légèreté et son absence de réalisme, il est évident que la gauche ne pouvait s’exprimer qu’en apportant ses suffrages à la liste d’union PS-PRG-EELV. Une liste d’union pas aussi évidente que cela si l’on remonte à six mois du premier tour.
Souvenons-nous. La section PS hésitait à rallier le maire sortant à la fois pour des considérations liées à la personnalité de Franck Martin, très contestée, et pour des raisons de fond développées sur ce blog depuis 2008. J’étais de ceux qui pensaient qu’une liste d’union du PS avec le PCF, les Verts, le NPA, aurait eu un sens politique. François Loncle a agi activement en faveur d’un rassemblement avec Franck Martin et les protagonistes éventuels ont préféré joué l’autonomie (le NPA-PC) ou la victoire assurée (Les Verts). Les résultats de ce week-end donnent raison au député de Louviers. Une liste socialiste autonome (ou pas) aurait bu la tasse. Du moins l’honneur aurait-il été sauf.
Au cours de ce dernier mandat, la volonté d’investir a été plus forte que celle d’améliorer le quotidien des habitants. La gestion active de la dette n’a pas permis de la réduire et les impôts sont demeurés très lourds dans un contexte peu favorable aux dépenses. Dans le sondage dont Franck Martin s’est réclamé plusieurs fois pour affirmer qu’il était en quelque sorte irremplaçable, la question des impôts suscitait plus que des interrogations. Les charges supplémentaires votées par la gauche au pouvoir ont alourdi le fardeau au grand dam des classes moyennes et modestes. 
Jacques Normand optimiste puis…pessimiste.
Si l’on ajoute l’affaire de l’écrêtement, le conflit avec les enseignants de l’école de la Souris verte, la récente controverse avec les enseignants des collèges et les parents d’élèves au sujet des droits d’entrée au centre aquatique, la dissidence de Jacky Bidault démontrant une cacophonie interne, on a les ingrédients d’un vote de défiance masqué par le fait qu’en 2008, une partie de l’électorat de droite avait voté en faveur du maire sortant. Jacques Normand, notre CEVIPOF local, avait établi des projections de premier tour compte tenu de ce qu’il sait de Louviers et de son histoire. Il plaçait Franck Martin à 41 % des suffrages, ce qui lui aurait assuré la victoire au second tour. Avec 34 % et quelques, l’affaire était plus que corsée, plus que délicate.
Quand, en plus, la politique gouvernementale suscite doutes, hésitations et finalement rejet pour une absence de résultats économiques et sociaux, on a un cocktail détonnant qui a explosé au visage de nombre d’élus de gauche. Pourtant, tous les maires de gauche n’ont pas mordu la poussière. Pourquoi ? Parce qu’ils ont tissé des liens affectifs avec leur population, convaincu leurs concitoyens des difficultés des temps, écouté le mécontentement qui sourd de partout et oblige les élus à être attentifs, présents, chaleureux. Parce qu'ils ont privilégié la pacification au conflit, l'apaisement à la tempête.
Et en face ? Anne Terlez a habilement manœuvré en s’affichant sans étiquette dès le premier tour alors qu’elle est membre du MODEM. Je l’avoue, je ne la voyais pas si haut au soir du 23 mars. Je pensais que François Xavier Priollaud (UMP-UDI) serait premier à droite mais avec une différence de voix beaucoup plus importante. J’en conclus que l’apport de Jacky Bidault et de ses réseaux a été décisif dans le choix des Lovériens. François-Xavier Priollaud, conseiller régional UDI, candidat aux législatives de 2012, n’a pas fait une campagne extraordinaire. Il a surfé sur la vague bleue et son mérite est d’avoir accepté de remplacer au pied levé Benoit Veyrat, lequel pour des raisons bien compréhensibles liées à son état de santé, a laissé  passer sa chance alors qu’il a fait le travail de l’opposition de droite pendant presque six années.
le nouveau pouvoir lovérien.
Le tableau peint hier est apocalyptique pour la gauche. Non seulement, elle perd la mairie de Louviers mais en plus, elle risque de perdre la présidence de la communauté d’agglomération Seine-Eure. La rapide visite de Bernard Leroy, maire du Vaudreuil, au Moulin hier soir, la défaite de Janick Léger à Léry, les nouveaux équilibres politiques au sein de la CASE révèlent un nouveau paysage dont on ne sait ce qu’il en sortira. La droite va tenter de s’emparer d’un pouvoir — ce qui est légitime — jusqu’ici réparti en fonction des compétences individuelles et des projets communs. Il s’agissait plus d’un état d’esprit qu’un état des forces politiques, plus d’une synergie commune qu’une foire d’empoigne. Avec la présence d’une majorité et d’une opposition, le temps du consensus est sans doute terminé. Une nouvelle histoire commence. Nous contribuerons à la décrypter.

Marc-Antoine Jamet : « travailler, proposer, se rassembler après la défaite »

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Christian Renoncourt et Marc-Antoine Jamet, hier soir, au Moulin. (photo JCH)
Marc-Antoine Jamet, premier secrétaire de la fédération de l'Eure du PS, communique :
« Le parti socialiste et ses alliés ont subi les 23 et 30 mars 2014 une lourde défaite dans l'Eure. La Gauche perd trois des quatre plus grandes villes du département et s'efface dans de nombreuses communes importantes. Elle se réduit désormais, principalement, au triangle Conches/Pont-Audemer/Val-de-Reuil construit il y a quinze ans. C'est un incontestable échec. Les victoires remportées à Verneuil-sur-Avre et à Quillebeuf-sur-Seine, les confirmations à Bourgtheroulde, à Serquigny ou dans la vallée de l’Andelle, les succès renforcés de Gaillon et de Pont-de-l'Arche, la bonne tenue de nos partenaires à Brionne et Alizay, entre autres, l'atténuent, mais ne suffisent pas à le compenser. Seule la résistance au Front National, à sa violence et à son intolérance, par son recul après un premier tour inquiétant, est à mettre au crédit de ce dimanche électoral. Je veux avant toute autre considération saluer tous nos candidats qui se sont battus avec sincérité et engagement, remercier tous nos électeurs qui ne se sont pas trompés.
Cependant il faut discerner avec lucidité les raisons qui expliquent ce résultat.
1) La démobilisation de l'électorat de Gauche est flagrante. Elle se mesure notamment à Evreux, Louviers et Vernon où les municipalités en place ont subi le contrecoup de l'abstention nationale. Les chiffres du chômage dramatiques pour toutes les familles euroises, le sentiment que la pression fiscale devient étouffante pour les classes moyennes et les petits entrepreneurs, un discours gouvernemental qui ne convainc pas, sont manifestement à l'origine de cette désaffection. Sans oublier la sanction traditionnelle du pouvoir en place que constituent les élections intermédiaires et la situation économique calamiteuse héritée de la période Sarkozy, qui aurait handicapé toute majorité, le Président de la République doit entendre la demande de justice sociale, d'efficacité gouvernementale et de clarté politique que les Français ont exprimée.
2) Toutefois, dans l'Eure comme sur bien des territoires de notre pays, la dispersion, la dissidence et la division de la Gauche, actuelles ou passées, ont joué un rôle central dans son recul municipal. L'indiscipline, l'oubli des étiquettes, les ambitions personnelles ont été source de confusion et de rejet. Il appartiendra aux militants d'en tirer toutes les conséquences pour préparer l'année prochaine, après les élections sénatoriales et européennes, les campagnes en vue du renouvellement du conseil général et du conseil régional.
3) La Droite a su, au profit direct des anciens ministres qui font fonction de leaders locaux, implanter de nouveaux candidats aux idées radicales et aux valeurs incertaines. Ils ont su attirer, à Gisors et aux Andelys par exemple, le vote extrême tout en captant les voix du centre. Cette ambiguïté ne leur portera pas chance. Il n'y a d'adhésion ni pour leur personnalité sans aspérité, ni pour leur équipe sans unité, ni pour leur programme sans originalité. C'est une alternance par le rejet et le vide qui s'organise. Cependant ce réseau conservateur, cette toile d'araignée, ont été mis en place au lendemain de la débâcle de MM. Le Maire et Morin aux dernières élections régionales et cantonales sous un double signe : celui de la coordination et du renouvellement. Cette tactique a été favorable à la droite. Elle a pu mettre en exergue l'usure ou les difficultés de certaines équipes.
En analysant sans complaisance et sans psychodrame le processus qui a conduit à cette situation, la Gauche et les socialistes dans l'Eure, dont on connait le bilan plus que positif au département, à la région, dans les communes, doivent repartir dès aujourd'hui à la conquête politique et électorale des Eurois. Il faut de nouveau proposer et rassembler. »



30 mars 2014

Franck Martin battu à Louviers

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Je reviendrai en détail, demain sur les résultats de Louviers. Sachez que François Xavier Priollaud, UMP-UDI, a gagné l’élection avec 45,84 % des voix alors que la liste de Franck Martin en remporte 42,87 % et que le Front national glane 11,29 %.
La droite aura 25 élus, la gauche 7 et le Front national, 1.
La droite aura 13 représentants à la CASE, la gauche 3 et le FN 1.

28 mars 2014

Le conseil constitutionnel censure la loi « Florange-M-Real » au nom de la défense de la propriété privée et de la liberté du commerce


Arnaud Montebourg était présent à Alizay lors de la signature des accords de reprise de l'usine M-Real par le conseil général.
En censurant la loi dite Florange alors qu’il s’agit, en fait, de la loi M-Real puisqu’imaginée par les travailleurs de l’usine d’Alizay et les élus normands, le Conseil constitutionnel rappelle un droit inscrit en toutes lettres…dans la déclaration des droits de l’homme. On ne peut s’attaquer, même au nom de principes généreux et justifiés, à la propriété privée s’il n’y a pas nécessité d’un intérêt supérieur. Il est évident que dans une société libérale comme la nôtre, la loi Florange qui prévoyait d’obliger un industriel désireux de cesser une activité rentable à chercher un repreneur (sous peine de sanctions financières) avait quelque chose d’inédit. Mais le cas de l’usine M-Real était emblématique de la toute puissance du marché puisque le Finlandais propriétaire de l’usine voulait mettre la clé sous la porte alors qu’il faisait tout pour empêcher la reprise du site parfaitement adaptés aux conditions industrielles d’aujourd’hui afin de ne pas favoriser un concurrent.
La preuve ? Il a fallu l’implication totale de l’Etat, du conseil général, des élus locaux et des syndicats de l’usine M-Real pour obtenir que l’industriel accepte de céder l’outil de production à une société thaïlandaise qui semble se porter au mieux depuis la remise en marche de l’usine de la vallée de Seine.
J’en connais qui vont hurler après la décision du conseil constitutionnel. Une décision sans appel. Je pense au NPA qui jugeait déjà la loi votée par le Parlement bien trop timide et bien trop prudente. Je pense aussi aux députés de la majorité qu’il a fallu convaincre de l’utilité de cette loi et c’est bien pourquoi elle a mis tant de temps pour arriver sur le bureau de l’Assemblée nationale.
Est-ce la fin de l’histoire ? Sans doute pas. Le gouvernement et les parlementaires doivent se remettre au travail pour trouver un chemin juridique conforme à la constitution, protecteur du droit de propriété et apte à envisager un avenir pour des salariés premières victimes du laisser faire de certains grands industriels. Si la solution ne passe pas obligatoirement par des contraintes financières et des pénalités, peut-on envisager des règles nouvelles à imaginer dans les cabinets de la République qui ne manquent pas de beaux esprits ?
En fait, la loi dite Florange était plus symbolique que réellement efficace. Conscients de l’éventualité d’un refus du Conseil constitutionnel, les parlementaires l’avaient rédigée a minima en obligeant l’industriel en situation de cession à chercher un repreneur mais dans des conditions de temps et de concurrence très amoindries par rapport au texte d’origine défendu par Guillaume Bachelay, Jean-Louis Destans et François Loncle, députés de Haute-Normandie. En tout état de cause, la décision de censurer le texte ne tombe pas forcément au meilleur moment puisqu’entre les deux tours des municipales alors que la gauche est déjà en grande difficulté.

26 mars 2014

Face à François-Xavier Priollaud, Franck Martin fait parler l'expérience et sa connaissance des dossiers


Le face-à-face va commencer. (photo Jean-Charles Houel)
Excellente initiative que celle de la rédaction lovérienne de «La Dépêche», organisatrice d’un débat entre les trois têtes de listes qualifiées pour le second tour des élections municipales. Ludovic Larue, pour le Front national s’était fait porter pâle (il ne connaît rien aux dossiers locaux). Il s’est donc agi d’un face-à-face Martin-Priollaud puisque ce dernier, depuis hier soir 18 heures, est à la tête de la liste d’union de la droite recomposée avec des candidats issus des listes UMP-UDI, d’une part, et de la liste Terlez (sans étiquette) d’autre part. Cette fusion n’étonne personne. Elle était dans les tuyaux avant le premier tour. Elle était l’unique chance pour la droite de « reprendre » la mairie. L’étonnement vient de la disparition subreptice des sigles UMP et UDI imposée par Anne Terlez qui tient à cette apparence citoyenne.
Les sujets choisis par les journalistes comprenaient : la sécurité, la dette, la CASE, le rôle du maire, les rapports avec l’opposition ainsi que les explications concernant la soi-disant poussée du Front national.
Un mot du climat tout d’abord. Franck Martin est un vieux routier des débats publics. Il en possède la maîtrise et l’art de déstabiliser un adversaire. Surtout quand celui-ci est un jeune politicien désigné il y a trois mois et ne possédant pas toute la gamme que requiert l’art de la confrontation des hommes et des idées. Pour affronter Franck Martin avec quelque succès, il faut connaître les dossiers sur le bout des doigts et surtout élaborer une stratégie à laquelle on se tient.
Pour l’avoir ignoré, François Xavier Priollaud est apparu fragile, friable, trop général pour être percutant. Il avait pourtant bien démarré le débat en assurant qu’avec lui devenu maire, l’opposition aurait des droits, qu’elle serait respectée et présente dans toutes les commissions au nom de la transparence. 
Il a suffi d’aborder le premier thème important, la sécurité, pour comprendre que le maire sortant avait réussi par son action et la baisse statistique de la délinquance à couper l’herbe sous le pied de son adversaire d’accord avec lui pour augmenter les effectifs de la police municipale, ne pas l’armer, et généraliser la vidéo-protection (1) à toute la ville.
Sur la montée du Front national, on peut invoquer la tendance européenne au repli et aux nationalismes comme l’a fait Franck Martin, on peut trouver une explication sociale et protestataire comme l’a indiqué FX Priollaud. Aucun n’a accusé l’autre d’être à l’origine des presque 18 % de Ludovic Larue uniquement dus à la présence de Marine Le Pen sur les tracts.

L’animation et la culture sont des points forts du programme de la liste PRG-PS-EELV. Malgré les regrets de M. Priollaud « la ville est morte le soir » « les jeunes ne savent pas quoi faire », le maire sortant a fait état des nombreuses initiatives municipales faisant, selon lui, « de Louviers la capitale de l’Eure de la culture ». Moulin, Gare aux musiques, Scène nationale, relance des cinémas (2)…tandis que M. Priollaud « veut redonner le sourire à Louviers ».
 
Franck Martin a tétanisé son adversaire.
La dette : Le sondage de l’automne dernier faisait état d’un talon d’Achille dans l’action municipale : impôts trop lourds à Louviers. Le candidat UMP-UDI-SE aurait pu, s’il avait mieux connu le dossier financier et fiscal lovérien, tirer son épingle du jeu. S’il a souligné le départ de 700 Lovériens en quelques années, il n’a pas réussi à gêner Franck Martin qui confirme le gel de la dette à son niveau actuel et assure le succès de « la gestion active de cette dette » à des taux bancaires exceptionnellement faibles.

L’intercommunalité : M. Priollaud proposera, s’il est élu, une mutualisation de certains services et dépenses « mais cela existe déjà » rétorque Franck Martin. Quant au conseil des forces vives (entrepreneurs, commerçants, artisans dont l’écoute fait, selon lui, défaut) dont la création est souhaitée par le candidat de la droite, « il s’appelle, répond Franck Martin, conseil du développement durable et rassemble patrons, syndicats, associations. Et il existe déjà. »
M. Priollaud veut créer une filière numérique porteuse d’emplois futurs et nécessitant des énergies propres. « Nous avons la Cosmetic Valley (chimie fine, pharmacie) la logistique et des milliers d’emplois créés », « cette filière est une utopie, c’est de la foutaise » assène Franck Martin avec dédain.
Seront-ils candidats l’un ou l’autre à la présidence de la CASE en cas d’élection favorable dimanche prochain ? Les deux impétrants demeurent évasifs. Ils étudieront les rapports de forces après le second tour. Franck Martin glisse au passage « Patrice Yung, c’est moi ! » comme le disait Flaubert de Mme Bovary.
Si M. Priollaud est élu maire de Louviers, il abandonnera ses fonctions d’administrateur de l’Assemblée nationale pour être maire à 100 % et s’ils sont battus, les deux débatteurs affirment qu’ils siégeront au sein de l’assemblée communale.

FX Priollaud n'a eu que trois mois pour se préparer.
Le débat a pris fin sur l’attaque frontale de Franck Martin contre la nouvelle liste de second tour de la droite classée sans étiquette après que M. Priollaud a eu le soutien de l’UMP et de l’UDI au premier ! « Tambouille, magouille » s’écrie Franck Martin ! « Vous mentez aux électeurs qui ont le droit de savoir qui vous êtes. » M. Priollaud ne se rappelle pas avoir vu les logos du PS ou du PRG sur les affiches de la liste de gauche et affirme que ce qui unit Priollaud et Terlez « c’est qu’il n’y a pas de contradiction entre nos deux projets. » FXP conclut : « Dimanche, les Lovériens auront la chance historique d’exprimer leur désaveu à l’égard de votre gestion. »
Franck Martin : « Nous avons bien compris votre souhait : faire un Louviers pour les riches et pour les nantis. Pendant trois mandats nous avons été au service des Lovériens. »

Lesquels disposent encore de quelques jours pour faire leur choix définitif. S’ils avaient pu assister au débat d’hier (sous l’œil impassible de Marianne voir photo) — mais ils bénéficieront d’un compte rendu fidèle et complet dans La Dépêche dès jeudi — ils auraient pu constater les différences sensibles entre les deux têtes de listes. D’un côté, un jeune politicien en début de carrière qui veut se construire un fief mais se trouve affaibli par sa méconnaissance du terrain et des dossiers, de l’autre un homme d’expérience qui a tout connu : les succès et les échecs et qui n’ignore pas que dimanche se joue son avenir politique et professionnel. 
(1) Il n'est pas vrai que tous les maires sont unanimes pour imposer la vidéo-surveillance. Une commune consultée par referendum local a refusé à 59 % cette solution préférant la création d'une police municipale.
(2) Le maire de Louviers cite les cinémas locaux en exemple. Pourtant, des problèmes techniques surviennent parfois amputant le plaisir de se faire une toile.

25 mars 2014

Louviers : François Loncle demande de choisir « entre la cohérence et l'attelage bancal bâti dans le désordre et l'esprit politicien »

François Loncle, député et 33e sur la liste de Franck Martin communique :
« La liste Bravo Louviers conduite par Franck Martin est arrivée nettement en tête du 1er tour de scrutin. Il reste, dimanche prochain, une étape décisive. Il nous faut transformer l’essai, forger une nouvelle victoire, affirmer la volonté de progrès et de justice qui anime la grande majorité des Lovériens. Pour cela, il suffit de comparer bilans, programmes et équipes. Pas d’abstention, pas d’hésitation !
L’opposition a laborieusement fusionné ses listes. Cela ressort à la fois du bricolage et de l’imposture. Comment celles et ceux qui s’affirmaient même timidement centristes ou démocrates ont-ils pu rallier la pire droite UMP, celle des excès et des méfaits ? Voilà un mystère qu’il faudra éclaircir après leur défaite.
Car désormais, la voie est tracée. Pour que notre ville ne retombe pas dans les errements du passé, pour que les Lovériens puissent continuer à être fiers de leur ville, ils doivent faire confiance à l’équipe qui a fait gagner Louviers. Choisissons la cohérence contre l’attelage bancal bâti dans le désordre et l’esprit politicien, qui conduirait Louviers au déclin et à la désespérance. La liste UMP qui ose désormais s’afficher sans étiquette rase honteusement les murs. »


La poussée du Front national doit être relativisée


Dans le bureau N° 8, le Front national a totalisé 135 suffrages soit 20,64 % ! (photo JCH)
Dominique Reynié, président du Fondapol, a raison. La forte poussée du Front national est un effet d’optique ou plutôt un effet mathématique comparatif. Que font les analystes et les médias ? Ils mesurent la progression du FN municipal d’une élection à l’autre alors que 2008 fut une année particulièrement médiocre pour le parti des Le Pen puisqu’absent dans de nombreuses villes de France. Sa progression d’aujourd’hui, dès lors que le FN présentait des listes dans plus de 500 communes, ne pouvait être qu’explosive. Rappelant à peu de chose près les résultats de 1995 quand le FN eut 1100 élus — l’objectif de Marine Le Pen pour dimanche prochain — et quatre mairies gagnées telles Orange, Vitrolles, Marignane et Toulon.
La victoire de Steve Briois, dimanche dernier à Hénin-Beaumont dès le premier tour, est certes un exploit (1) mais les résultats définitifs de second tour donneront le vrai visage du FN en 2014 avec quelques poussées dans le nord, dans l’est et un peu l’ouest, des résultats pitoyables à Paris. Le FN va connaître des situations lui permettant d’entrer dans le jeu démocratique, une démocratie que les frontistes exècrent mais qu’ils vivent comme un passage obligé pour tenter de conquérir d'autres forteresses. Le bilan des anciennes mairies frontistes devrait nous rassurer : excepté Orange, aucun autre maire FN n'a réussi à tenir la distance et, depuis, ont disparu du paysage.
Le secrétaire national du PS, Harlem Désir, a décidé de demander aux listes socialistes susceptibles de faire passer le FN en se maintenant au second tour de se retirer. Et cela à l’unique bénéfice de l’UMP-UDI puisque Copé, lui, maintient la règle du ni-ni, ni appel au vote en faveur du PS, ni front républicain. Les enjeux locaux risquent pourtant de heurter de front les volontés nationales. A Fréjus (à Béziers on en a parlé) les responsables PS et UMP se concertent pour empêcher le FN de prendre la ville. Franchement, comment les électeurs (trices) PS pourraient-ils avaler une couleuvre pareille ? Alors que les dirigeants de l’UMP soutiennent, reprennent, avalisent nombre de thèmes du Front national et cela depuis des années grâce à Sarkozy, alors que 50 % des membres de l’UMP et du FN sont d’accord pour composer des listes ensemble, je vois mal des hommes et des femmes de gauche donner la main à des hommes et des femmes de droite pour nuire à l’extrême-droite dont les idées polluent la République ? Les tactiques de dernière minute ne plaisent pas aux électeurs. Les fusions ne peuvent marcher que si des projets communs sont partagés, si une proximité humaine, idéologique permet à une équipe de fonctionner sans trop de heurts. A l’évidence, les unions de dernière minute, opportunistes mais inopportunes, sont incapables de susciter une mobilisation. Surtout dans le climat politique actuel. Et puis les Français ont besoin de clarté, pas de calculs sordides. Fut-ce au prix d’une défaite.
(1) Dans cette ville du nord, les socialistes sont victimes d’un phénomène de rejet dû, notamment, aux affaires judiciaires de Gérard Dalongeville, l’ancien maire de la commune.

24 mars 2014

La Ligue des droits de l'Homme veut faire barrage au Front national


« Trois faits majeurs s’imposent au lendemain du premier tour des élections municipales ; d’abord la force de l’abstention ; les Françaises et Français sont de plus en plus nombreux à considérer l’exercice du vote comme vain, dans la mesure où les élus du suffrage universel semblent incapables de porter les projets mis en avant durant les campagnes électorales. De par sa portée nationale, l’abstention prend une dimension nette de désaveu du gouvernement en place, qui va au-delà du caractère local du scrutin.
Ensuite, ce désaveu passif mais dangereux accompagne et amplifie une montée généralisée et spectaculaire du Front national, qui confirme un enracinement dans le tissu local et dans les villes moyennes. Enfin, les candidats du parti au gouvernement enregistrent, au-delà de résultats diversifiés, un mouvement de reflux.
Les accords passés entre partis de gauche et candidats de la droite républicaine seront décisifs pour mettre en avant des configurations républicaines susceptibles de limiter le nombre d’élus FN. La Ligue des droits de l’Homme presse les abstentionnistes du premier tour à prendre cet enjeu en considération et à faire barrage aux candidats d’extrême droite lors du second tour.
Au-delà, elle invite le gouvernement à entendre le message porté par les résultats de ce premier tour et à rompre avec des politiques qui, socialement et économiquement, sont loin de faire vivre le changement, confortent inégalités, injustices sociales et craintes du lendemain. Face à la montée d’une droite extrême — montée qui ira au-delà des municipales — il est urgent d’afficher avec clarté et courage des priorités de solidarité et de fraternité répondant clairement aux demandes et inquiétudes qui s’expriment dans le pays. »
(Communiqué de la Ligue des droits de l'Homme)