9 janvier 2014

La blogosphère se déchaîne contre les sénateurs protecteurs de leur caste


J’ignore si le souhait de Jean-Pierre Bel, président du Sénat, d’imposer le vote à mains levées pour les décisions graves sera suivi des faits. En tout état de cause et comme je le craignais sur ce blog, hier, le vote à la majorité du bureau de la chambre haute et permettant à Serge Dassault de conserver le bénéfice de son immunité parlementaire est ravageur. Sur la blogosphère et les réseaux sociaux, les citoyens se déchaînent et reprochent aux sénateurs d’avoir fait jouer le privilège de caste sur la justice.
Il me fait corriger mon texte d’hier sur un point. N’ayant mis en cause que les deux sénateurs de gauche (l’un à voté pour Dassault, l’autre s’est abstenu) plusieurs personnes m’ont signalé que les sénateurs de droite (UMP et UDI) n’étaient pas plus honorables que les deux traîtres. En effet, les douze sénateurs sur douze — on connaît les noms — ont soutenu comme un seul homme l’ancien maire de Corbeil-Essonnes alors que les faits susceptibles de lui être reprochés sont gravissimes : achat de vote et tentative d’assassinat.
Il est une tradition en France à laquelle il faudra bien un jour mettre un terme c’est de tolérer de la droite ce qu’on n’accepte pas de la gauche. Cette dernière a eu pendant longtemps une image d’intégrité et de moralité sérieusement mise à mal par le comportement de quelques caciques du PS. Je nommerai Cahuzac, Guérini, Kucheïda… et la liste serait longue des socialistes impliquées dans des abus de biens sociaux ou autres turpitudes financières. Mais dans l’inconscient collectif, la gauche serait, normalement, plus encline à respecter l’état de droit eu égard au rapport complexe et complexé qu’elle entretient avec l’argent.
De Sarkozy on s’attendait à tout…Karachi, Bettencourt, Tapie…autant de dossiers dont on ignore encore aujourd’hui s’ils iront au bout et si l’ancien président se verra accrocher durablement une casserole. Claude Guéant sera-t-il à Sarkozy ce que Juppé fut à Chirac ? D’ailleurs, tout le monde s’en fout et Juppé va être triomphalement réélu à Bordeaux.
Le Sénat, déclare Jean-Pierre Bel, sera (éventuellement) de nouveau saisi par les juges sur l’opportunité de lever l’immunité de M. Dassault. D’ici là le règlement aura peut-être changé et les sénateurs de gauche et de droite, donc, devront justifier publiquement leur vote pour ou contre cette demande des juges. Une demande qui ne revient, en fin de compte, qu’à faire de M. Dassault un justiciable comme un autre. En attendant, pas de garde à vue, pas de contrôle judiciaire, pas de perquisition. C’est toujours ça de gagner, hein Serge ?

8 janvier 2014

Il s'est trouvé des sénateurs de gauche pour refuser la levée de l'immunité parlementaire de Serge Dassault


Serge Dassaut (photo JDD)
Corbeil-Essonnes est une drôle de commune. Le maire, Jean-Pierre Bechter est un protégé de Serge Dassault et l’opposition de gauche doit faire face à des pratiques qu’on espérait d’un autre âge en démocratie. Qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre, les méthodes pour gagner sont les mêmes. L’une est d’une simplicité enfantine : on paie les électeurs et en remerciement, ils choisissent le bulletin de vote du généreux donateur. Évidemment, pour aller sonner chez les gens, il faut des exécutants et les choisir ne relève pas d’une équation simple. Leur moralité laisse à désirer et il arrive que des bavures se produisent. On en vient aux mains et aux armes. C’est ainsi qu’un tireur a tenté de dézinguer un collègue chipeur de voix pour des « notes » de frais mal réparties ou mal équilibrées.
Dans un enregistrement maintenant célèbre et publié sur le site Médiapart, Serge Dassault avoue ces pratiques…inavouables. Il évoque même les centaines de milliers d’euros qu’il a investis pour gagner lui-même ou faire gagner les élections par ses amis. Comme toute bonne chose a une fin, Il annonce qu’il ne versera plus un sou. Depuis la justice a été saisie et des juges d’instruction désignés. Ils collectent des témoignages permettant de rassembler des indices graves ou concordants permettant d’envoyer les protagonistes devant le tribunal correctionnel.
Mais il y a un hic. Serge Dassault est sénateur. Du temps de l’ancien président Gérard Larcher (UMP) M. Dassault, avionneur et grand patron de presse, avait même un bureau personnel et permanent au sénat. Avec l’arrivée d’une majorité (théorique) de gauche, ces avantages ont pris fin. Pour interroger Serge Dassault, ce que les juges ont déjà fait, et utiliser les moyens coercitifs qu’on oppose à tout un chacun, les magistrats instructeurs ont sollicité du bureau du Sénat la levée de son immunité parlementaire. Le bureau comprend une majorité de sénateurs de gauche et cette levée d’immunité aurait dû passer comme une lettre à la poste. Mais les votes à bulletins secrets possèdent une part de mystère qu’il appartient aux exégètes d’interpréter : vous me croirez si vous voulez, mais Serge Dassaut a échappé aujourd’hui même à cette levée d’immunité si bien que les juges ne pourront pas le placer en garde à vue !
Le signal envoyé par les honorables parlementaires est ravageur. Les citoyens sont en droit de se demander pourquoi Serge Dassault a bénéficié de cette mesure et ils doivent s’interroger sur l’amitié, sincère ou pas, l’activation des réseaux, connus ou inconnus, le réflexe corporatiste de ces élus de la nation qui en prennent vraiment à leur aise. Comme on ignore qui, à gauche, a refusé de lever cette immunité refusée par la droite, on soupçonne tout le monde et c’est dramatique. Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice socialiste s’est déclarée scandalisée et époustouflée. Jean-Pierre Bel, président du Sénat, avoue son impuissance. Une fois de plus, comme Lionel Jospin jadis, il serait temps de se poser la question : le séant est-il réellement une anomalie démocratique ? Je réponds oui.
Il est ainsi assez aisé au Syndicat de la magistrature de dénoncer après cette décision du Sénat une « justice d’exception où les parlementaires se protègent entre eux du déroulement normal d’investigations pénales. Il est inadmissible, dans un État de droit fondé sur la séparation des pouvoirs et l’indépendance de l’autorité judiciaire, que perdure ainsi un régime permettant au pouvoir législatif de faire obstruction au fonctionnement de la justice ». De son côté, Anticor « s’élève contre cette décision qui jette le discrédit sur l’ensemble de la classe politique et porte atteinte au fonctionnement de la justice »

7 janvier 2014

Et si le système faisait un sacré bras d'honneur à Dieudonné ?


Les arrêtés préfectoraux ou ceux des maires des villes concernées interdisant les meetings de Dieudonné M’Bala M’Bala risquent de devenir anecdotiques dans les semaines qui viennent. Non pas que le respect de la liberté d’expression soit à négliger, bien au contraire, et ceux qui souhaitent que les mesures judiciaires interviennent en aval des spectacles du comique (et non en amont) continuent, selon moi, d’avoir raison. Manuel Valls, je l’avoue, m’a pourtant semblé aussi motivé que convaincant dans son argumentation mais les risques que fait courir une interdiction systématique me paraissent excessifs eu égard au personnage. Ce dernier mérite un traitement judiciaire (pour le moins) à chaque fois qu’il moque la Shoah et nie les chambres à gaz. Les lignes qui suivent montrent la voie à suivre : taper au portefeuille tant et tant qu’il abandonne la course faute de carburant.
Dieudonné est antisémite, c’est une affaire entendue. Ce que nous ignorions c’est que le procureur de Chartres, suite à un signalement de Tracfin, la cellule de Bercy chargée de repérer les fraudes ou les conduites suspectes, avait ouvert en février 2013 une enquête préliminaire contre Dieudonné pour blanchiment et organisation d’insolvabilité. Bien qu’il doive des dizaines de milliers d’euros au Trésor public, il semble bien que Dieudonné a transféré au Cameroun plusieurs centaines de milliers d’euros versés sur le compte d’une société dont le titulaire ne serait autre que son fils.
Voilà donc à quoi sert l’argent des billets des admirateurs de Dieudonné. A alimenter une éventuelle fraude fiscale très bien organisée au nez et à la barbe du fisc français. Dieudonné peut bien se moquer du système et lui faire une quenelle, j’ai l’impression que le système à son tour va lui faire un sacré bras d’honneur.

6 janvier 2014

« Vous n'imaginez pas tout ce que Citroën peut faire pour vous »


Une fois de plus c’est le site d’informations Médiapart qui nous apprend un fait vieux de quelques mois mais non porté à la connaissance du public. Une brigade de sécurité de la SNCF s’est livrée, semble-t-il pendant des années, à des agressions verbales, voire physiques, de type raciste, notamment à l’égard de passagers maghrébins. Il a fallu que des destinataires de SMS et de messages outranciers alertent le déontologue de la compagnie de chemin de fer pour que cette scandaleuse attitude soit mieux connue dans le milieu des cheminots. Et au dehors. Et comme il ne semble pas que la direction de la SNCF se soit réellement inquiétée de ces déplorables agissements, j'ai demandé à François Loncle, député, de poser une question écrite au ministre de l'Intérieur et à celui des transports afin de savoir s'ils comptent agir pour sanctionner les auteurs de ces « blagues » racistes et de ces comportements en contradiction avec leur devoir.
Sans entrer dans les détails des propos tenus par ces racistes « ordinaires » sachez qu’ils véhiculaient des blagues d’un très mauvais goût du genre : « trois jeunes maghrébins tués dans l’accident de leur Picasso…deux ratons meurent dans l’accident de leur Saxo…Vous n’imaginez pas tout ce que Citroën peut faire pour vous ! » Et le reste à l’avenant.
Je suis de ceux qui pensent qu’il ne faut pas laisser un poil de sec à ces racistes à la petite semaine. Ils véhiculent des idées putrides, des pensées rebutantes. C’est avec des gens comme ceux-là qu’un Dieudonné peut tromper son monde, qu’un Faurisson répand des énormités mensongères, qu’une Le Pen fait son miel (produit noble s’il en est) sur le dos des minorités, quelles que soient la couleur de la peau, la religion, ou la situation sociale.
Daniel Schneiderman, dans une tribune parue dans Libération, affirme qu’on ne viendra pas à bout de ces idées « morbides et mortelles » (1) par l’anathème moral ou l’interdiction des spectacles de Dieudonné l’insolvable.
Par l’éducation, la connaissance et la reconnaissance, le dialogue, chacun d’entre nous est apte à comprendre l’inanité de ces théories d’un autre âge. Il faut sans cesse le répéter, le diffuser : le racisme ne passera pas ! Les leçons de l’histoire peuvent nous aider dans cette tâche mais le travail essentiel doit se faire dans les familles, dans leur ouverture d’esprit et leur compréhension du monde.
Dans l’attente d’une évolution forcément lente, on attend donc de nos gouvernants qu’ils poursuivent sans relâche tout propos, tout geste, toute attitude dont il est prouvé que le racisme ou la xénophobie en est la motivation.
(1) expression de Christiane Taubira.

5 janvier 2014

A Val-de-Reuil, la droite républicaine peine à constituer une liste municipale…


A quelques semaines des élections municipales à Val-de-Reuil, il semble que Mme Cascajarès, UMP et conseillère municipale sortante, éprouve quelques difficultés pour constituer une liste de droite qui tienne la route. Il fut une époque — il y a trente ans exactement — où cette droite se montrait active et présente dans l’opposition à Bernard Amsalem, alors maire.
Ce n’est pas sans pincement au cœur que les militants de l’UMP et de l’UDI, (re)découvriront les visages des hommes et des femmes qui, en 1983, défendaient les couleurs de la droite républicaine. Mais demain, comme hier, les Rolivalois de droite ne pourront pas compter pour gagner la mairie, les 23 et 30 mars prochains, sur leurs courageux représentants, surtout candidats…à la défaite et donc à l'opposition permanente. (photo Jean-Charles Houel)

« Il faut commencer par cesser d'être professeur pour pouvoir l'être »…le message de Jean-Pierre Vernant aux enseignants


Mara Goyet, enseignante en histoire et en géographie tient un blog sur le site du Monde. Elle y rend hommage à Jean-Pierre Vernant qui aurait eu cent ans aujourd’hui. Elle a reproduit un extrait d’un texte de cet humaniste qui parle si bien de ce que peuvent être les relations entre professeurs et élèves. Elle écrit : « Il y  a chez lui une manière simple et subtile de faire le lien entre une conception de la classe et une conception, plus large, de la société, de la vie, de penser l’autorité sous le jour d’une esthétique et d’une éthique de la relation sociale qui est, à mes yeux, fondamentale. »
« Un professeur fait du théâtre quand il arrive dans une classe. Mais il y a différentes manières de s’y prendre. On peut taper sur la table et faire sentir toute la distance qui sépare les élèves du professeur. On peut aussi jouer le jeu inverse, et c’est ce que je faisais quand j’enseignais au lycée : non seulement en tutoyant les élèves, mais en s’efforçant d’abolir, jusque dans sa tenue vestimentaire et son vocabulaire, tout indice d’une autorité conférée par une hiérarchie sociale. Évidemment, le professeur sait bien, quelle que soit la stratégie qu’il adopte, que ce n’est pas la même chose d’être élève et d’être professeur. Celui qui est sur le banc et celui qui est derrière le bureau n’ont pas le même statut. La stratégie de la non-distance peut être très adroite ou, au contraire, amener celui qui l’emploie  à la catastrophe. Mais s’il y recourt plutôt qu’à une autre, ce n’est pas par pure stratégie. C’est parce qu’elle correspond à l’idée qu’il se fait du rapport entre maître et élève, de ce qu’est un groupe. Si on entre dans le jeu de l’abolition de la hiérarchie, ce n’est pas simplement de l’habileté, c’est aussi une esthétique, et une éthique de la relation sociale.
Il faut commencer par cesser d’être professeur pour pouvoir l’être. Cela signifie obligatoirement — à mon avis c’est une idée grecque — que toute relation sociale, avec une classe comme avec le groupe dans lequel on s’est engagé dans la Résistance, implique un ciment qui est l’amitié. Cet élément fondamental est le sentiment d’une complicité, d’une communauté essentielle sur les choses les plus importantes. Dans le rapport du professeur avec ses élèves, c’est le fait de partager une certaine idée de ce que doit être quelqu’un, d’avoir en commun une certaine forme de sensibilité, d’accueil à autrui, de s’accorder sur l’idée qu’être autre signifie aussi être semblable. »

4 janvier 2014

Cessons de trier entre bons et mauvais cadavres !


Je découvre, au détour d’un article, que les thanatopracteurs ne sont pas autorisés et ce, depuis 1998, à apporter des soins de conservation aux personnes décédées des suites du SIDA ou des hépatites B et C. Ces règles ont été édictées pour protéger ces professionnels des éventuels accidents comme jets de sang, piqures, coupures, susceptibles d’altérer leur santé. 1998, ce n’est pas si loin, c’était hier. Dit plus crument, ces victimes des suites de maladies ne sont pas des victimes comme les autres puisque leur dépouille n’est pas une dépouille comme une autre.
Eu égard à la meilleure connaissance que les scientifiques ont de ces maladies, on connaît aujourd’hui les moyens à mettre en œuvre pour protéger les thanatopracteurs durant leur intervention. Mais les règlements ne changent pas. Alors que les socialistes ont déclaré, il y a plusieurs mois, que ces mesures discriminatoires étaient choquantes et qu’il convenait de les supprimer, Marisol Touraine, la ministre de la Santé, met en avant une décision interministérielle pour en retarder la décision formelle.
Elle a tort. Et Jean-Luc Romero, actif militant de la cause anti-SIDA, fervent partisan du droit de mourir dans la dignité, est également l’un de ceux qui réclament à cors et à cris la modification rapide des règles, il ne manque donc pas de rappeler la ministre à ces devoirs. Parmi eux, l’égalité de traitement des corps des victimes de maladies dont un certain imaginaire collectif s’est emparé pour les classer au ban de la société. Un gouvernement de gauche s’honorerait en édictant rapidement la fin de ce tri entre bons et mauvais cadavres. Si on ne peut plus rien pour ceux qui sont partis, on peut faire beaucoup pour ceux qui restent.

NKM avale la fumée…de travers


« Je suis amoureuse d’une cigarette, la sainte journée, elle me colle au bec…»Voilà la chanson de Jacques Higelin qui va…coller à NKM durant toute sa campagne municipale parisienne. La photo a fait le tour de la toile et le photographe de SIPA, auteur du cliché, doit se frotter les mains. Peut-être même va-t-il s’en rouler une. Elle aura sans doute autant de succès que celle de la vadrouille de NKM dans le métro, là où cela sent bon l’aisselle réchauffée.
Rappelons les faits. Au cours de la semaine de Noël, Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la mairie de Paris est partie en maraude, nuitamment, pour aller saluer prostitué(e)s et SDF histoire de toucher la réalité inconnue à Longjumeau. La sincérité du geste aurait voulu qu’il n’y ait eu ni témoins ni photographes. Mais chassez le naturel, il revient au galop et c’est grand plaisir de voir NKM, cheveux au vent et blouson de cuir sur l’épaule, se faire allumer sa cibiche par un sans logis dont, rappelons-le, Nicolas Sarkozy voulait la disparition de nos rues et de nos villes. S’encanailler, c’est tellement bon !
Marie-Arlette Carlotti, en charge de la lutte contre l’exclusion, a sorti un communiqué ravageur dans lequel elle écrit à l’intention de NKM : « vous posez, tel un mannequin en compagnie de personnes à la rue, feignant la décontraction et la sympathie. Votre ambition ne vous autorise pas à instrumentaliser les personnes démunies. Des personnes qui auraient bien eu besoin que vous fassiez preuve de solidarité et de fraternité à l’époque où vous étiez au pouvoir mais qui n’ont eu droit qu’à la condescendance au mépris et à la violence de votre politique…»
L’attaque est sans pitié mais la déculottée est méritée. Fragilisée par les maintes dissidences au sein de son camp, affaiblie par la sérénité d’Anne Hidalgo (elle fait un sans faute) NKM n’a pas encore trouvé le bon tempo. Tantôt, elle est en retard d’un wagon, tantôt elle va trop vite et se prend les pieds dans le tapis. Une campagne électorale a ses règles. Elles n’empêchent pas l’innovation ou l’originalité. Mais aller se faire allumer son clope par un SDF, c’est un coup à avaler la fumée de travers…

3 janvier 2014

David Cameron se moque de la France et de notre modèle français…« non négociable »


La fortune de Bill Gates, le patron de Microsoft est estimée à près de 80 milliards de dollars. En 2013, elle s’est accrue de 16 milliards de dollars. C’est assurément l’homme le plus riche de la terre. Que peut-on faire avec autant d’argent ? Créer, par exemple, une fondation avec son épouse ? C’est fait et il y a déjà injecté 28 milliards de dollars, ce qui ne se trouve pas sous le pied d’un cheval.
Est-ce mérité, légitime, moral ? Une chose est sûre. Bill Gates n’a pas volé son argent. Sa richesse est le résultat d’un état d’esprit conquérant servi par un cerveau bien développé et un talent de surdoué. Qui a fait sa fortune ? Vous et moi. Tous les acheteurs de PC et autres machines fonctionnant sous Windows. Il a également dû s’entourer de financiers avertis sachant placer son argent ailleurs que sur des livrets A et dans l’immobilier dont la valeur varie selon les lois du marché. Une chose est sûre : la crise des subprimes l’a peu affecté.
Est-ce trop d’argent pour un seul homme ? Il s’agit là d’un jugement moral. Personnellement, je pense que oui. Mais ce qui touche à l’argent, aux moyens de devenir riche, de le devenir encore plus, toujours plus, devrait choquer tout un chacun, soulever des protestations collectives. Le communisme à la soviétique ayant produit les fruits que l’on sait, il ne se trouve pas beaucoup d’opposants aux lois du marché. Lois évidemment édictées par ceux qui en vivent et ont intérêt à ce que la machine continue de tourner et si possible dans le même sens.
Quand David Cameron se moque de la France et de notre modèle français « non négociable » comme l'a redit le président de la République, il ne fait rien d’autre qu’alimenter cette machine. Pourtant, je ne suis pas certain que l’exemple britannique soit à suivre. Sous Mme Thatcher, les services publics ont été démembrés, démolis et les privatisations engagées tous azimuts. Je connais des Britanniques qui traversent aujourd’hui le Chanel (par le Shuttle) pour se faire soigner les dents ou se faire poser des prothèses de hanche. La santé à la française, voilà un exemple à suivre…
Comme la Livre n’est pas dans la zone euro, Cameron joue la dévaluation compétitive, le chômage non indemnisé, la City toujours plus influente. Depuis le fameux « I want my money back » on sait que les Britanniques ne sont Européens que pour le meilleur. Ils laissent le pire à la piétaille dont la France, l'Espagne, l'Italie et la Grèce. Mais l’union c’est pour le meilleur et pour le pire, n’est-il pas ?Je me demande si le général de Gaulle n'avait pas raison en refusant l'entrée de la Grande-Bretagne dans l'Europe. De 1940 à 1944, il avait eu le temps de les apprécier. Et de savoir que leur regard serait toujours tourné vers l'ouest et pas vers le continent.

1 janvier 2014

Meilleurs vœux, happy new year, feliz año nuevo, gutes Jahr, buono anno, bom ano, καλό έτος


En ce premier de l’an, il est de bon ton de présenter ses vœux à ceux qu’on aime, qu’on estime et aussi à tous ceux et celles avec lesquels on partage des idées, des activités, des buts communs. Je ne m’exonère pas de cette tradition et vous présente, cher(e)s lecteurs et lectrices, connu(e)s et inconnu(e)s, mes meilleurs vœux à l’aube de cette année 2014.
Je suis heureux de vous informer que ce blog, grâce à vos visites, connaît un succès grandissant. Il m’incite à poursuivre une tâche totalement bénévole et désintéressée. Je vous invite, même si c’est difficile, à me faire connaître vos remarques et vos accords (ou désaccords) avec les points de vue que je défends sur les sujets essentiellement politiques, objets principaux d’intérêt de ce blog.

L’accident de ski de Michaël Schumacher conduit à plusieurs constats. La banalité, d’abord, qui fait qu’un grand champion spécialiste du danger peut, lui aussi, être victime d’un accident causé par des éléments d’une dramatique simplicité. L’émotion générale, ensuite, légitimée par la notoriété de la victime et le charisme encore vif régnant autour de sa personne. L’attention médicale, encore, démontrant qu’en France, il n’y a ni héros ni exception : Schumi est traité comme n’importe quel malade, avec toute l’attention et toute la rigueur médicale nécessaire. L’intérêt médiatique, enfin. Toutes les télés, tous les journaux de notre continent actualisent l’état de santé de l’ancien pilote de formule 1 heure après heure.
La hiérarchie des informations est ainsi faite que le sort de Michaël Schumacher intéresse plus les Français et les autres européens que les drames de Bangui, les morts d’Alep et les violences au Soudan ou en République populaire du Congo. Peut-on se le reprocher ?

Manuel Valls soulève une question de fond en s’interrogeant sur la possibilité d’interdire préventivement les spectacles de Dieudonné. Philippe Bilger, ancien procureur général, interrogé dans l’émission C à dire, considère que l’état de droit et la loi ne permettent pas, au nom de la liberté d’expression et de réunion, de procéder à cette importante décision. Tous les moyens judiciaires existent, selon lui, pour traîner Dieudonné devant les tribunaux. M. M’bala M’bala a d’ailleurs déjà été condamné à diverses reprises pour incitation à la haine raciale. Le problème est que Dieudonné s’est arrangé pour être insolvable et qu’il ne paie pas ses amendes dont le montant atteint plusieurs milliers d’euros.
Ceux qui s’estiment victimes de Dieudonné, par ses paroles, ses écrits, ses gestes, doivent immédiatement saisir la justice. Il appartiendra ensuite aux juges d’estimer la réalité des délits et de le condamner éventuellement. Philippe Bilger estime que les peines — si peines il doit y avoir et certains propos ne font pas de doute là-dessus — doivent être alourdies pour récidive et que le ministère de la justice doit tout faire pour que Dieudonné casque…c’est en tapant au portefeuille, souvent et concrètement, qu’on amènera cet antisémite et ses financiers à se remettre en cause.
Quant à la «quenelle», tout en reconnaissant qu’il peut s’agir d’un symbole très contestable moralement, M. Bilger voit mal comment un juge pourrait condamner leurs auteurs. L’immoralité n’entre pas toujours dans le champ de la loi, constate-t-il, et c’est d’une certaine manière, heureux.

L’année 2014 sera marquée par deux moments électoraux importants pour la France et les Français. D’abord, les élections municipales les 23 et 30 mars prochains. Ce sera un moment de vérité pour les équipes sortantes. Elles seront jugées sur leur bilan et aussi sur leur projet. Contrairement à de nombreux exégètes, je ne suis pas trop inquiet pour les équipes de gauche. Elles ont souvent fait leurs preuves et le socialisme municipal n’est pas un mot vide de sens.
Partir à l’assaut de la mairie de Louviers, par exemple, sera pour la droite un combat perdu d’avance. On ne gagne pas cette ville sans une préparation lente et minutieuse, un projet construit, une équipe polyvalente en âges, origines, avec un leader connu. A notre connaissance, la droite sous toutes ses formes, ne possède pas ces qualités.
Viendront ensuite les Européennes. Élections «défouloir» par excellence, ces élections donneront peut-être l’occasion à Marine Le Pen de se pavaner sur les chaînes info. Car la France n’est pas comme l’Allemagne. Les élus européens y sont inconnus, leur rôle minimisé eu égard aux choix des candidats dont la plupart sont des élus nationaux recalés, recasés, reclassés. Comment donner crédit à l’Europe quand le rôle de cette Europe-là est à ce point minimisé. Un exemple : Nadine Morano. Battue aux dernières législatives, elle dispute la tête de liste UMP dans sa région à un élu éprouvé et compétent. Si elle est désignée, elle ne fera pas de vieux os à Bruxelles ou Strasbourg. Comme dirait Bernard Accoyer qui la connaît bien : « mais quelle est sa compétence en matière européenne ? » Ce qu’elle attend : le retour de Sarkozy et son éventuelle victoire en 2017 pour récupérer un strapontin…