4 décembre 2016

Plutôt que leur victoire, Macron et Mélenchon souhaitent avant tout la défaite d'un socialiste


Le règlement de la primaire socialiste de 2011. (photo JCH)
Les primaires, qu’elles soient de droite ou de gauche, ont plusieurs vertus. Elles permettent de clarifier les lignes politiques. A droite, la ligne brutale et libérale de François Fillon a été plébiscitée face à celle d’Alain Juppé qui, même si elle n’avait rien de tendre pour le modèle social français, était jugée plus acceptable par une grande majorité de nos compatriotes. Au premier tour, cette primaire « de la droite et du centre, a permis de régler définitivement son compte à Nicolas Sarkozy dont les provocations et contradictions ont été massivement désapprouvées par les participants à cette primaire. Celle-ci a par ailleurs démontré que des candidatures extérieures auraient été condamnées. Quand l’alternance est au bout du processus, les desperados n’ont pas leur place dans une course de première catégorie.
Le paysage à gauche a considérablement changé avec le renoncement de François Hollande. Cette hypothèque étant levée, la primaire à gauche a dorénavant pour fonction essentielle de désigner le champion qui affrontera François Fillon et Marine Le Pen. J’ignore qui, aujourd’hui, aura le plus de chance de triompher si toutefois la victoire est encore possible. La campagne des primaires à gauche permettra, comme à droite, de juger les hommes et les femmes en compétition et leurs programmes ainsi que leur bilan puisque plusieurs candidats ont été ministres des gouvernements Ayrault et Valls. Et Mélenchon et Macron ? Ils ont fait le choix de partir en solo.

Jean-Luc Mélenchon, soutenu du bout des lèvres par les militants du PCF (1) et l’appareil communiste, n’a jamais caché qu’il était hostile à la primaire dite « socialiste » mais ouverte aux écologistes et aux radicaux de gauche s’ils le souhaitent. La France insoumise ne se soumet pas. Il fera donc cavalier seul et obtiendra, sans conteste, un succès d’estime. Avec Nathalie Artaud et Philippe Poutou, il se partagera le vote d’extrême gauche et de certains déçus du Hollandisme même si les sondages actuels (mais on sait ce que valent les sondages aujourd’hui depuis le Brexit, Trump et la primaire de droite !) lui donnent une avance sur les autres concurrents (sauf Macron). Une seule question se pose : Mélenchon a-t-il une chance de gagner la présidentielle ? Autrement dit a-t-il une chance de passer le premier tour et de se retrouver face à Fillon ou Le Pen au second ? Franchement — je peux me tromper — qui croit que Jean-Luc Mélenchon peut obtenir autre chose que la défaite d’un socialiste puisque c’est ce qu’il veut avant tout. Pour gagner la présidentielle, il faut réunir au second tour 50 % et quelques voix de plus que son adversaire du moment. Ce résultat potentiel exige un élan, une dynamique, une mobilisation en un grand mouvement des classes moyennes et populaires. Sans nier ses qualités de tribun, de meneur d’hommes et sans oublier qu’il n’est pas né de la dernière pluie, Jean-Luc Mélenchon possède-t-il les capacités de rassemblement indispensables à une victoire. Je suis au regret de constater que Mélenchon, par son agressivité, son ego surdimensionné, sa volonté de cliver en permanence, s’il est apte à réunir des foules en liesse, ne ratissera pas assez largement pour séduire les modérés de gauche sensibles à une recherche de compromis bien utile pour gouverner. L’idée de la constituante chargée d’écrire la constitution d’une future 6e République est-elle réaliste quand le tripartisme s’impose dans la France de 2017 ? On ne modifie pas une constitution avec 35 % des suffrages. Sauf situation révolutionnaire…

Emmanuel Macron se situe dans un autre registre. Celui du ni de droite ni de gauche, un créneau longtemps occupé par François Bayrou dont on ignore aujourd’hui quelle sera son attitude dans les semaines qui viennent. Lui aussi juge le programme de Fillon antisocial et dangereux. Affrontera-t-il le suffrage universel une cinquième fois ? S’il n’y va pas, Macron occupera tout son espace. Si je ne crois pas, par nature, aux vertus du jeunisme et du renouveau (cf. Bruno Le Maire et son piteux récent résultat) j’ai le sentiment que Macron fait illusion. La magie en politique demande qu’on explique les tours de passe-passe et qu’on comprenne ce qui se trame dans les coulisses. Pour qui Macron roule-t-il ? A qui s’adresse-t-il ? Si j’osais, je dirais : Macron, combien de divisions ? A part la division du PS, que cherche-t-il ? Avec Macron on est dans le brouillard le plus total. Vous me direz, Mélenchon et Macron jouent l’après mai 2017 et la recomposition inévitable à gauche si le candidat PS ne gagne pas et surtout s’il est éliminé au premier tour. Tout ça pour ça ?

Il reste une évidence : si la gauche ne s’unit pas au premier tour de la présidentielle, elle n’a aucune chance de figurer au second tour et donc d’être élue à la présidence. C’est ce que souhaitent certains à gauche. Il appartient aux électeurs(trices) éclairé(e)s de leur donner tort. Nous sommes en décembre 2016, l’élection décisive aura lieu dans cinq mois et demi. Un peu de patience…



(1) Les cadres du PCF avaient majoritairement voté contre un soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

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