13 mars 2013

Réponse à la lettre ouverte de José Alcala sous le sceau de la confidence

Une amitié réelle est longue à construire. Elle peut être vite détruite. (photo Jean-Charles Houel)
José Alcala m’a adressé une lettre ouverte qu’il publie sur son blog. Je ne lui en conteste ni le droit ni l’opportunité. Je lui donne acte du fait qu’il traduit comme une erreur de s’être présenté aux élections municipales de Louviers sur la liste d’Odile Proust. A cette époque, il n’était pourtant pas un perdreau de l’année. Mais bon…
Plus symptomatique me semble être son obstination à apparaître comme un journaliste intègre, loin des querelles partisanes, apte à distribuer les bons et les mauvais points aux vilains militants forcément aveuglés par leur idéologie. Avec en prime, une considération excessive, selon moi, pour l’ordre établi et les élus d’« importance ». Pour sauver la face, José — pour lequel je n’ai aucune antipathie — veut à tout prix démontrer qu’il n’est pas l’homme lige de Franck Martin. Je ne le crois pas. (1)
Dans l’affaire qui nous préoccupe — le procès Jamet contre Martin — il se trouve que le maire de Val-de-Reuil est celui par lequel mes relations avec Franck Martin se sont dégradées au point de devenir ce qu’elles sont : conflictuelles. Est-ce l’effet du hasard ? Pour que nul n’en ignore, je rappelle (ou j’informe) que le premier à avoir dégainé est Franck Martin. En nous accusant publiquement sur son blog, mon épouse et moi, de « bouffer à tous les râteliers » (2) Franck Martin m’a déclaré la guerre. Comme nous avions partagé bien des combats communs, j’ai considéré qu’il avait rompu d’une manière honteuse le pacte tacite et immuable liant deux personnes amies. Je rappelle (au passage) que contrairement à ce que le maire de Louviers raconte partout, ce n’est pas lui qu’Odile Proust a mis en cause lors de ses défaites : « Jean-Charles m’a tuer » écrivait-elle à la une de son journal municipal !
Consulté après cette attaque aussi imprévisible que suprenante, mon avocat me poussait au procès. J’ai renoncé pourtant à porter plainte pour atteinte à ma vie privée et à celle de mon épouse par égard pour Ernest, le père de Franck Martin, et notre passé. Mais j’ai compris à cette occasion de quoi était capable l’homme que j’avais aidé, soutenu, encouragé par mes écrits et mes actes lors de ses différentes campagnes électorales. Qu’il se montrât ingrat ensuite ne fit qu’ajouter à ma déception. Eu égard aux relations personnelles que j’avais toujours nouées avec lui et sa famille, il aurait dû prendre le temps de se relire et de jeter son article à la corbeille. M’accuser de «bouffer à tous les râteliers» alors que durant toute ma vie, je suis resté fidèle au Comité d’action de gauche et à ses valeurs, à son père que je porte haut dans mon cœur, c’était porter atteinte à mon honneur et à ma considération. Dès lors, rien ne serait plus jamais comme avant.
Avec le temps, j’ai mesuré la distance qui, finalement, nous séparait. Je m’étais trompé sur le bonhomme, il n’était pas celui que je croyais qu’il était. Il était pour moi devenu d’hygiène publique de le faire savoir et de fixer des limites à un politicien retors, habile, d’où ma candidature aux cantonales avec le résultat que l’on sait. La défaite de Franck Martin l’a ramené, en partie, à la raison et c’est bien pourquoi en 2012, il n’a pas commis à nouveau la bêtise de se présenter contre François Loncle comme il ‘avait fait en 2007 au prix d’une humiliation certaine. Le député, d’ailleurs, lui en sait gré.
Marc-Antoine Jamet, en portant plainte pour diffamation après des années passées à supporter insultes et agressions, a fait ce que j’aurais dû faire depuis longtemps. En gagnant son procès, il va de facto aider à fixer des règles plus acceptables dans le jeu politique local. C’était d’ailleurs son premier objectif comme il l’a excellemment écrit dans un billet publié sur ce blog. Quand Franck Martin déclarait que la politique a ses us et coutumes dont celui « d’en prendre plein la gueule », il ne faisait que jouer sa propre partition écrite à une main. Le tribunal lui a dit « STOP ».
José Alaca a donc tort de me présenter comme l’unique adversaire de Franck Martin. Il se trouve que nous sommes nombreux, socialistes ou pas socialistes, à mieux lire ses manières de se comporter et à mieux décrypter ses façons de faire de la politique. En étudiant de près ses réalisations, ses objectifs, on comprendra les erreurs et les fautes qu’il a commises. Quand il dit « mon projet c’est mon bilan » il nous pousse à éplucher au plus près sa politique et son relationnel et à aller regarder derrière le miroir aux alouettes. Je reste ainsi persuadé que l’élection de Patrice Yung à la présidence de la CASE n’est pas un cadeau de Franck Martin. Sous la pression collective et un mouvement puissant d’hostilité des délégués des communes de Seine-Eure-Seine-Bord, le président sortant a senti le vent du boulet et s’est rallié à son « ami de 20 ans » pour masquer une réalité : un rejet de plus en plus fort. Rejet des méthodes, certes, mais aussi rejet de certaines propositions. J’ai toujours dit que viendrait le jour où les yeux se décilleraient. Le temps est venu.
Cher José, grâce à toi, et je t’en remercie, j’ai enfin l’occasion de mieux faire comprendre mon attitude d’aujourd’hui et mon engagement au PS dans un contexte où la gauche de gouvernement — à Louviers et ailleurs en France — a besoin de militants aguerris, de militants de conviction prêts à rechercher l’union dans la loyauté et la durée. Ceux et celles qui me connaissent savent que je lutte, depuis l’âge de 20 ans, à gauche, très à gauche, sur la base de valeurs en partie acquises grâce aux idées éclatantes d’Ernest Martin et de ses amis.
Franck Martin indique dans un commentaire : « Houel est sorti de mon radar. Il y a longtemps que je ne polémique plus avec lui. » La dernière fois, c’était le 24 décembre 2012. Hier quoi. La polémique a beaucoup de défauts et quelques avantages. Parmi eux, la création de ce blog en 2007, un outil d’information supplémentaire dans le paysage lovéro-rolivalois. Un outil d’autant plus utile que le maire-ex-président de la CASE avait le monopole d’un discours surabondant jamais contredit. Il ne s’est pas privé d’en user et, le procès d’Evreux l’a prouvé, d’en abuser.
Ces quelques explications ne vident pas la querelle m’opposant au politicien Franck Martin. Elles permettent, je le crois vraiment, de mieux comprendre mon cheminement. Il dépasse de loin une simple querelle personnelle, une opposition qui ne serait qu’« affective » ou « jalousie ». Cette opposition s’est construite, renforcée au fil des ans et des attitudes changeantes du maire sortant de Louviers. Obnubilé par son maintien au pouvoir et ses mandats, quel qu’en soit le prix, Franck Martin est devenu le fils indigne d’un père connu pour son désintéressement et sa grandeur d’âme. Elu maire grâce au père, au travail du CAG et de quelques amis dévoués… quand on pense qu’il reproche à Marc-Antoine Jamet d’être un fils à papa !

 (1) Un lecteur attentif de ce blog me signale que José Alcala était candidat sur la liste d'Hervé Morin aux régionales de 2004 aux côtés de Marie-Hélène Gateau, devenue adjointe de Franck Martin. Quand il dit qu'il ne fait pas de politique…
(2) En 2007, Marc-Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil, nous avait, mon épouse et moi, invités à déjeuner. Franck Martin en tira une interprétation toute personnelle qu’il rendit publique sur son blog. Initiative fâcheuse, démarrage d’une brouille définitive. Que croyait-il ? Que je me coucherais !

2 commentaires:

sophie ozanne a dit…

Laisser la place à Patrice Yung a aussi permis à F. Martin de faire
baisser ses indemnités d'élu, donc de faire annuler la délibération sur son écrêtement en décembre dernier. Rappelons nous ce lamentable épisode où il avait fait voter par sa majorité (moins 3 absents, des récalcitrants ?) le reversement de son trop-plein d'indemnités (1425 euros) à Madame Baudet, sa compagne, gardant ainsi l'argent bien au chaud dans le ménage. Maintenant sans l'indemnité de président de la CASE, il repasse sous la barre des 8300 euros, peut faire annuler l'écrêtement et récupérer les 1425 euros pour lui. Il se présentera ainsi devant les Lovériens en mars prochain débarrassé de ce boulet. Enfin, l'espère -t-il....

Nelly a dit…

Cher Jean-Charles,
En suivant ton blog, je te retrouve toujours aussi vibrant ; et je vois que la vie politique lovérienne (et alentour) est toujours mouvementé. Je ne la commente pas car j'en suis éloignée depuis trop longtemps, mais je revis mes années de jeune journaliste curieuse des joutes verbales. Si je réagis aujourd'hui, c'est que je suis émue à ta dernière évocation d'Ernest Martin. C'était mon toubib et "mon maire", et j'ai été marquée par sa personnalité et ses actions. Je n'étais pas engagée comme toi (je tenais dur comme fer à mon indépendance) mais il était ma "famille naturelle" et j'ai gardé cet ancrage, et des souvenirs forts. Je ne connais pas le fils, mais au portrait que tu en donnes, je préfère garder... le père.
Cela m'amuse aussi de savoir, grâce à toi, ce qu'est devenu José Alcala ! Je l'ai (un peu) connu alors qu'il était l'un des cameramen pour la Trois aux Essarts, et que, lycéeenne encore mais journaliste en herbe, je filais (bénévolement) les infos locales au directeur de la chaîne. A quoi tient le destin ? Ce dernier appréciait ce que j'écrivais (il m'avait même dit être capable de lui écrire trois pages pour lui dire qu'il ne se passait rien... et j'ai relevé le défi !), peut-être m'aurait-il embauchée par la suite, mais il a été promu à... Cayenne ! Mon avenir télévisuel s'est arrêté là, et peu ou prou mes contacts, dont celui de José ! Je vois que vous vous retrouvez... face à face !