4 février 2013

Une reculade à la fois lamentable et inutile sur la PMA


Le cafouillage gouvernemental autour de la PMA (1) est du plus mauvais effet. Mme Bertinotti, ministre de la Famille dit blanc, Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre dit noir, le président du groupe socialiste affirme que les députés auront le dernier mot…tout cela parce que le gouvernement, croyant amadouer les opposants au mariage pour tous en intégrant la PMA « dans une grande loi sur la famille » ou « toute seule après avis du Comité national d’éthique » se fait tancer par la droite. Le député Mariton parle même de déroute !
Ce nouveau couac fait même dire à Serge Coronado, député EELV que la PMA va être enterrée par le gouvernement ! Si cela était, ce serait à la fois lamentable et inutile. Lamentable parce qu’on ne recule pas sous les coups de boutoir de l’opposition même si j’en connais à gauche qui ne sont vraiment pas clairs dans cette affaire de PMA et inutile puisque les députés ont les moyens, par amendement, de faire passer cette PMA selon un calendrier leur convenant.
C’est d’autant plus regrettable que la PMA existe en France, qu’elle n’a rien d’illégale et que des couples y recourent quand des nécessités biologiques s’imposent. J’ai lu avec un certain étonnement la tribune de Mme Sylviane Agacinski dans le journal Le Monde où elle dénonce les couples recourant à la GPA à l'étranger et critique, à mots feutrés, la circulaire de Mme Taubira sur la nationalité des enfants nés par GPA. Elle considère que cette circulaire va encourager la GPA, donc le recours à l’étranger, donc la commission d’un délit eu égard à la loi française. Veut-elle qu'on jette en prison les couples recourant à la GPA quoiqu'on pense de cette pratique ?
Dois-je rappeler à Mme Agacinski que nous sommes un certain nombre d’hommes et de femmes, membres du planning familial ou de centres d’orthogénie, qui avons accompli quelques traversées de la Manche afin d’accompagner des femmes en état de détresse et volontaires pour une interruption de grossesse alors interdite en France. Nous l’avons fait et nous le referions si la législation française était demeurée criminogène !
L’image que donne le gouvernement, celle d’une reculade, doit être rapidement modifiée. Plus d’un député PS regrette aujourd’hui d’avoir accepté qu’on retire la PMA du projet de loi sur le mariage pour tous. Les débats n’en auraient pas été plus difficiles et la gauche y aurait gagné une solidarité de bon aloi. Quant à la droite, fidèle à son archaïsme, elle aurait de toutes façons hurlé à la mort de notre civilisation. Grotesque ! 
(1) Procréation médicalement assistée. La PMA serait ouverte aux couples homosexuels femmes.

1 commentaire:

philippe Kuntz a dit…

Partisan d'une pleine cohérence en matière d'égalité pour tous au regard du mariage, de l'adoption et de la filiation, je partage mille fois votre indignation sur ce pas de clerc dans le débat !
Mais je voudrais signaler par ailleurs, une avancée à la fois réjouissante et utile en la circonstance : celle du Président du Comité consultatif national d'éthique, Jean-Claude AMEISEN, sur ce qu'il persiste à appeler, comme tous ses confrères scientifiques et non sans raisons, l'AMP (assistance médicale à la procréation) plutôt que la PMA (procréation médicale assistée)... en se désolidarisant dans l'édition du Monde du 2 février, d'une culture de débat se limitant trop souvent à confronter, parfois violemment, des points de vue déjà établis.
Il y a là beaucoup plus qu'une subtilité sémantique :
Le débat sur la PMA, mal engagé par les politiques et les médias, porte sur la « PROCREATION », et autorise inévitablement toute possibilité d'affrontements et de débordements entre points de vue contradictoires établis, selon qu'on la considère sous l'angle biologique, spirituel, éthique ou moral. Et il conduit inexorablement, en l'absence établie de consensus sur tous ces points, à des « non décisions » politiques en vertu de ce monstrueux principe de précaution, stérile et irresponsable, derrière lequel se réfugient nos sociétés devenues frileuses.
Le débat sur l'AMP, réclamé par Jean-Claude AMESEIN, porte lui sur l' « ASSISTANCE A LA PROCREATION », c'est à dire qu'il resitue d'emblée à sa juste place le rôle du scientifique en matière de procréation, celui d'un assistant technique et humain... pas celui d'un directeur de conscience !
Alors, vive ce débat là : laissons à la société le soin de dire aux politiques là où elle veut aller pour qu'en leur grande sagesse, ils en délibèrent et aux membres du Comité consultatif national d'éthique de dire à la société quelles sont les barrières éthiques qu'ils ne franchiront pas.
Je sais, c'est très anglo-saxon comme conception de la vie en société, mais il se trouve qu'en matière de modernité, il n'y a pas de honte à prendre les bonnes formules là où elles se trouvent !