27 avril 2014

Bientôt l'élection du parlement européen : il y a mieux à faire que rejeter, refuser, démolir. Une autre Europe est possible !


Claude Roiron, candidate PS. (photo JCH)
Si les instituts de sondage ne se trompent pas (aux élections municipales plusieurs d’entre eux se sont méchamment plantés notamment à Marseille) la participation des Français aux prochaines européennes du 25 mai va être catastrophique. Il y a six ans, 41 % des Français avaient rempli leur devoir de citoyens. Il apparaît dans les projections actuelles que seuls 35 % d’entre eux sont certains d’aller déposer un bulletin dans l’urne. Et parmi eux seuls 18 % des 18-25 ans alors que l’Europe est quand même faite pour eux et leur avenir. 
Mais pourquoi donc cette indifférence ou cette défiance vis-à-vis de l’Europe ou plus exactement vis-à-vis du Parlement européen puisque c’est de lui qu’il s’agit. Car le 25 mai, les électeurs éliront les parlementaires de Strasbourg ; La gravité de ce geste ne devrait échapper à personne. Chacun devrait avoir conscience que son bulletin de vote pèsera sur le sort de la nouvelle Europe.
Les 770 et quelques députés des 28 pays de l’Union européenne ont, cette année pour la première fois, un rôle extrêmement important puisque le Parlement européen va élire le prochain président de la Commission européenne. Pour qu’on comprenne bien de quoi il s’agit, je rappelle que le parlement est doté de compétences diverses (1) à côté des autres institutions.

Le rôle des autres institutions
La Commission européenne est un organe indépendant des États doté de pouvoirs importants. Elle représente et défend les intérêts de l’Union dans son ensemble. Elle présente des propositions législatives. Elle veille à la bonne application des politiques et exécute le budget de l’UE.

Le Conseil ou Conseil des ministres, ou – depuis le traité de Maastricht – Conseil de l’Union européenne, partage le pouvoir législatif et budgétaire avec le Parlement européen et conclut les accords internationaux au nom de l’UE.
Il réunit les représentants de niveau ministériel de chaque État membre qui siègent en 10 formations compétentes par domaine d’activité (Agriculture et pêche, Affaires économiques et financières, Justice et affaires intérieures…).

Ces institutions permettent à l’Europe de fonctionner. Mais le principal reproche fait à l’Europe est d’être trop éloignée des préoccupations des citoyens. Ces derniers ont le sentiment que l’Europe se construit sans eux ou contre eux. Comme le plupart des hommes et des femmes politiques (Marine Le Pen à l’extrême droite, Jean-Luc Mélenchon à l’extrême gauche) accusent l’Europe d’être principalement responsable de tous nos maux (chômage, austérité, politique monétaire) on oublie facilement que l’Europe nous a apporté un bien aussi précieux qu’essentiel, la paix, et qu’elle est un élément essentiel de l’économie mondiale. Ce qui n'empêche pas de tenter de mettre fin aux dérives du libéralisme à tout crin déployé ces dernières années.

En discutant avec un ami aux convictions européennes bien ancrées, il m’affirmait que l’élection des députés européens avait, finalement autant, sinon plus, d’intérêt que l’élection présidentielle française. Je ne sais pas si nous en sommes à ce stade mais elle mérite mieux que les 35 % de participation annoncée surtout si c’est le Front national qui arrive en tête de l’élection. On sait que Marine Le Pen veut saboter le projet européen et saborder l’Euro (trop fort au demeurant) pour se replier sur nos frontières.
Il y a mieux à faire que refuser, rejeter, démolir. Il faut poursuivre la construction de l’Europe, une Europe sociale, solidaire, harmonisée, inventive réellement au service des peuples.

(1) Les compétences du Parlement européen :
Des compétences législatives : il participe à l’adoption des actes juridiques aux côtés du Conseil (Conseil des ministres). Si le pouvoir d’initiative concernant les propositions d’actes reste réservé à la Commission dans la procédure législative ordinaire, le Parlement peut lui demander de soumettre les propositions de textes qui lui semblent nécessaires. Le traité de Lisbonne a aussi accru ses compétences en étendant le domaine d’application de la procédure législative ordinaire ;
Des compétences budgétaires : il établit, avec le Conseil, le budget annuel de l’Union. Le traité de Lisbonne a étendu ses prérogatives en matière de dépenses grâce à la disparition de la distinction entre dépenses obligatoires – déterminées par les traités ou par des actes arrêtés en vertu de ceux-ci – sur lesquelles le Conseil avait le dernier mot –, et dépenses non obligatoires sur lesquelles le Parlement avait le dernier mot.
Des compétences de contrôle de l’exécutif de l’UE : le Parlement dispose de moyens de contrôle. Il peut censurer la Commission qui doit alors démissionner. Le président de la Commission est élu par le Parlement et le choix des autres membres de la Commission est soumis à son approbation. Il peut aussi poser des questions écrites ou orales au Conseil et à la Commission, recevoir des pétitions émanant des citoyens européens, constituer des commissions temporaires d’enquête. Il dispose d’un droit d’accès à la Cour de justice afin de sauvegarder ses prérogatives notamment face au Conseil et à la Commission.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Pourquoi les français pourraient ne pas voter ????

Peut être parce que :
- comme vous dites, le parlement "avance" ou recule, loin de tout, de toutes et tous,
- parce que nous savons tous que l'Europe (et le monde) est dirigée par les banques et les lobbying industriels,
- parce que l'univers politique est à mille lieu du réel,
- parce que presque plus personne ne croit en l'intégrité des hommes/femmes politiques,
- parce que les malversations, la corruption existent et gangrènent ce parlement même si certain(e)s travaillent honnêtement et avec foi.
- parce que personne ne croit en l'Europe: si à 3 tu n'as pas réduit ton déficit budgétaire national de 0.3 points je t'applique cette grosse sanction !! 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 ....
- parce que l'Europe a été incapable de voir, d'anticiper et d'agir pour sauver l'économie grecque (ah si pardon les banques et les grosses fortunes),
- parce que les chômeurs augmentent sans cesse et les inégalités croissent,
- parce que la politique agricole et environnementale de l'Europe est déplorable et honteuse.

Je peux continuer très longtemps. Et vous pourrez toujours me rétorquer que l'Europe a fait ça ou ci. Ce qui est vrai en partie. Comme une paix (précaire et fragile), ce qui n'a pas de prix je vous l'accorde.

Jean-Charles Houel a dit…

Si la paix n'a pas de prix, elle a un coût. La paix c'est comme la santé. Tant qu'on l'a, on ne mesure pas notre bonheur. Le coût est sans aucun doute élevé et c'est bien pourquoi, comme toujours, il ne suffit pas de protester ou de s'indigner. Il est nécessaire d"agir à son niveau et avec ses moyens. Le bulletin de vote est insuffisant, certes, mais en démocratie, connaissez-vous un autre moyen ? L'élection par tirage au sort ?

Anonyme a dit…

Entendons-nous bien. Je ne suis ni pour ni contre l'Europe. Par contre je suis pour une institution de droit, d'équité et d'égalité, éléments dont je n'ai pas l'impression qu'ils rayonnent au sein du parlement européen.

Vous avez raison la paix à un coût ou un prix comme on veut (tout, absolument tout à un coût) et l'on ne peut mesurer sa valeur. Ensuite c'est à chacun d'accepter ou non ce coût.

Mais il ne faut pas être naïf non plus. La paix est ténue. La guerre reviendra un jour, quoique l'on fasse. Et ce coût aujourd'hui si dur à endosser, à supporter pour certains, ce coût si profondément injuste parfois, aura été vain.
Un jour l'Europe s'effondrera, le barbarisme ressurgira avec les atrocités des conflits armés (quoique pour moi, le barbarisme existe toujours mais de façon beaucoup plus subtile), pour qu'un "équilibre" nouveau renaisse.

Le bulletin de vote vous avez raison est insuffisant mais à le mérite d'exister.
Agir dans son mode de consommation, dans ses actions, dans l'éducation des enfants est surement plus marquants. Toucher le "porte-monnaie" des banques et des multinationales qui dirigent l'Europe (ne nous leurrons pas, le Parlement ne dirige pas l'Europe) est surement parmi la meilleure des actions possibles.

Et je n'ai pas l'impression d'évoluer dans une démocratie mais plutôt une oligarchie.

Jean-Charles Houel a dit…

Vous voulez sans doute parler de Barbarie…c'est vrai qu'elle guette le moindre faux pas des démocrates. Raison de plus pour ne pas alimenter le discours défaitiste et pessimiste. Une remarque : il me semble difficile de n'être ni pour ni contre à moins d'être normand ce qui est peut-être votre cas. L'Europe a commencé à exister dans les années cinquante. Elle est jeune. Elle n'a évidemment pas atteint sa maturité. Pensez aux années d'entre les deux guerres mondiales aux efforts de paix de Briand et Streseman…et à la montée des fascismes. Si tu veux la paix, prépare la paix. Cela reste toujours vrai.

Anonyme a dit…

Vous avez raison, je voulais dire barbarie. Par contre ma faute est presque un barbarisme :). Ça ne me fera pas de mal.

Démocrate et démocratie sont des mots que j'ai du mal à cerner. En tout cas je ne retrouve pas la définition d'un Larousse dans l'horizon politique.

" Raison de plus pour ne pas alimenter le discours défaitiste et pessimiste" - Je ne suis pas d'accord. Sous prétexte que la guerre guetterait, il ne faudrait pas manifester son mécontentement de l'Europe. Peut-être que les nations iraient "mieux" si l'entité politique Europe n'existait pas. Tout comme nous ne pouvons savoir qu'elle serait la situation sans elle. Je constate juste aujourd'hui que la situation d'une manière globale se dégrade et que le fascisme et l’ultra-nationalisme progressent dangereusement. Ce qui, très facilement je l'avoue, me laisse penser que le parlement européen n'est qu'un couche supplémentaire permettant à certains de vivre grassement et surtout aux banques et industries d'asseoir leur hégémonie.

Je ne suis pas normand. Si je devais voter, ça serait non à l'Europe telle qu'elle se présente aujourd'hui.

Si l'Europe est jeune, n'est pas à maturité, pourquoi dans ce cas lui donner autant de "pouvoirs" ? Cela semble incompréhensible. Vous ne pouvez faire des ajustements, des essais sur le dos de millions de personne.

La paix n'est qu'un état transitoire qui sera toujours instable.