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Olivier Faure a soutenu Philippe Brun. ©JCH
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L’élection du Premier secrétaire
du Parti socialiste, si la logique l’avait emporté, aurait du voir Olivier
Faure être réinstallé confortablement dans son siège. Si c’était le plus
probable ce n’est plus une certitude car bien des socialistes ne supportent pas
qu’un parti humaniste, européen, doté d’une charpente sociale et démocrate
solide soit peu ou prou sous la coupe d’un Jean-Luc Mélenchon dominateur et sur
de lui. En lisant les réactions des socialistes qui ont pris part au vote
interne, nombreuses sont celles reprochant à Olivier Faure d’être dans les
mains de LFI ou plutôt dans cette de Jean-Luc Mélenchon, un ancien membre du PS
qui y a toujours milité à l’aile gauche, même quand François Mitterrand en était
le leader.
Des hommes et les femmes de
gauche dont l’engagement durable ne peut être mis en cause, des admirateurs de
Pierre Mendès France qui privilégiait l’information des citoyens et la nécessité
d’un débat permanent mais ouvert sur la société, ne peuvent pas se reconnaître
dans la verticalité brutale des animateurs de la France insoumise dont les
contradictions internes apparaissent au grand jour. Qu’il s’agisse de l’affaire
Quattenens ou de la désignation de Manuel Bompard comme coordinateur du
mouvement à forte connotation trotskiste avec la mise à l’écart de compagnons
historiques comme Alexis Corbière, Raquel Garrido ou Clémentine Autain sans
oublier François Ruffin, les faits sont là : LFI est devenu une forme de secte toujours plus
pure, toujours plus dure animée d’une volonté hégémonique à gauche. Le PS
se devrait d’y résister sans nier l’intérêt de certains votes « unis » lors de
l’examen des lois devant le parlement. Et parfois pour affronter le suffrage
universel en cas de scrutin majoritaire lequel ne supporte pas l’émiettement.
La France insoumise des législatives
a ainsi bénéficié de l’élan du premier tour de la présidentielle. Dominatrice,
elle est apparue comme la plus susceptible de sauver les meubles d’une gauche décontenancée
par la déroute d’Anne Hidalgo dont la candidature n’a jamais accroché pas plus
que celle de Fabien Roussel d’ailleurs. JLM est donc apparu comme la
personnalité ayant le plus de chances de faire vaincre la gauche. Mais à quel
prix ! Mélenchon a toujours joué sa propre partition : « La République
c’est moi ! » Sa formation d’origine lambertiste lui avait enseigné l’art
de l’entrisme et il ne se privait pas pour tenir des discours et proposer des
motions iconoclastes n’ayant que peu à voir avec la sociale démocratie. L’homme
n’a pas changé. Il a réussi à fédérer autour de lui, des hommes et des femmes
que sa radicalité séduit. Il est devenu une sorte de gourou que l’on aime écouter
pour ses qualités tribuniciennes et ses bons mots. Mais sa troisième défaite à
l’élection présidentielle a été le révélateur d’un plafond de verre qui ne va
pas s’arranger avec l’âge. Sera-t-il candidat en 2027 ? Si c’est le cas la
messe serait d’ores et déjà dite et la victoire de Le Pen deviendrait possible sinon
probable.
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MA. Jamet a soutenu NMR.©JCH
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Nicolas Mayer-Rossignol, le
maire de Rouen, conteste les résultats du vote interne au PS et la désignation
d’Olivier Faure comme premier secrétaire. Agé de 45 ans, le maire de Rouen a
connu la haute fonction publique, des responsabilités dans le privé, des échecs
électoraux qui tannent le cuir. Il n’est pas un perdreau de l’année. Sa motion
a recueilli 30 % au premier tour atteignant 50 % avec celle d’Hélène Geoffroy. Il
met en avant des tricheries et des tripatouillages qui, comme souvent hélas, donnent
l’avantage à la direction sortante. Le fait est que la victoire d’Olivier Faure
— si victoire il y a — sera étriquée autant que contestée. Le PS sortira de cet
épisode durablement affaibli, lui qui ne compte plus que 40 000 adhérents dont
un peu plus de 20 000 votants lors du dernier scrutin sur les textes dit d’orientation.
Le congrès de Marseille qui s’ouvre aujourd’hui, ne sera pas une promenade de
santé. On aurait tort de se moquer du psychodrame en cours. Il en dit beaucoup
sur les personnalités s’estimant légitimes à incarner l’histoire d’un grand
parti de la gauche. Faure s’accroche (il a les députés derrière lui) et
Mayer-Rossignol ne lâche rien.
NMR reproche à la direction
sortante de ne pas avoir travaillé à la reconstitution d’un axe théorique
susceptible de susciter l’adhésion. Cela veut-il dire que le PS n’a plus d’idées ?
Le député de Louviers, Philippe Brun (PS-NUPES) sort du lot. A l’assemblée et
dans la circonscription, le successeur de François Loncle fait preuve d’initiative
et n’hésite pas à proposer. Avec des membres de la Fondation Jean Jaurès, par
exemple, il vient d’avancer une proposition permettant aux ouvriers et employés
(les premiers de corvée) de partir en retraite à 55 ans tandis que les cadres
travailleraient jusqu’à 65 ans. Pourquoi pas ? Même si cette proposition
vient un peu tard, elle pourrait être discutée durant le débat qui va s’ouvrir
la semaine prochaine à L’assemblée nationale. On suivra avec intérêt les
interventions du député de Louviers.
Au fond l’accord de la NUPES
(LFI,PS,PC,EELV) n’a été qu’un accord de transition dont le but principal a
consisté à inscrire durablement LFI dans le paysage et surtout à en faire le
pivot central d’une gauche passablement abimée lors de sa confrontation au réel
et de ses années récentes au pouvoir. Sur l’OTAN, l’Ukraine et la Russie, l’Union
européenne, l’avenir du nucléaire, les institutions, il existe bien des différences
entre les quatre membres de la NUPES. En fait le problème du parti socialiste
est simple : est-il plus vivant que mort ? Le congrès de Marseille devrait apporter une première réponse en cette fin de semaine.