7 avril 2017

Les pudeurs de gazelle de Cambadélis à l'égard des dissidents


JC Cambadélis et François Loncle sont de vieux amis.
La direction du Parti socialiste est d’une faiblesse insigne. Alors que des membres du PS : candidats, ministres importants, élus de tous niveaux, dont plusieurs députés, rejoignent Emmanuel Macron, Jean-Christophe Cambadélis a des pudeurs de gazelle comme dirait Jean-Luc Mélenchon. Il prend des pincettes et use de formules plus que prudentes pour tenter de sauver ce qui, de son point de vue, peut l’être. Donc, il ne sanctionne pas les nouveaux frondeurs ou plutôt les dissidents. Qu’ils aient signé la charte sur l’honneur les engageant à soutenir le vainqueur de la primaire de gauche, qu’ils aient parraîné le leader d’En Marche, qu’ils aient renié leurs promesses d'antan ne gênent pas plus que cela le Jean-Christophe, premier secrétaire du PS.

Mettons nous un instant à sa place. Son candidat (Benoît Hamon) dévisse dans les sondages au grand dam de ceux qui chaque jour mouillent le maillot, collent des affiches, distribuent des tracts sur les marchés, payant sans doute à la fois une stratégie hésitante et la revanche des Vallsistes. Il se doit donc éviter d’insulter l’avenir et de ne pas trop taper sur Emmanuel Macron devenu un adversaire-futur-candidat du PS lors d’un second tour éventuel opposant EM à Marine Le Pen. Il doit aussi éviter de subir une Bérézina lors des élections législatives de juin qui risquent, pour le PS, d’être bien pires que celles de 1993 de sinistre mémoire. Donc Cambadélis — c’est ce qu’il réussit le mieux — doit ménager la chèvre et le chou. Tantôt il sermonne, tantôt il promet de sanctionner, le tout demeurant, comme disent les politiques, des paroles verbales. Le sabre de Cambadélis est un sabre de bois. Il ne fait plus peur à personne.

Prenons un exemple local. François Loncle, le député de Louviers, parrain d’Emmanel Macron lors du recueil des 500 signatures, explique aux journaux locaux qu’il ne souhaite pas démissionner du Parti socialiste, qu’il n’adhère pas à en Marche, mais qu’il apportera sa personne ou son soutien au futur candidat d’En Marche dans la 4e circonscription ! Certes, lui ou un autre, ne pourra obtenir l’investiture PS et donc le financement du Parti du moins sur le papier. Gageons que la réalité du lendemain du 7 mai conduira Camba et ses acolytes à faire preuve de réalisme comme le PS le fait à chaque fois qu’il exclut l’un de ses membres. La rédemption ne tarde jamais à entériner le choix des électeurs(trices) et les exclus reviennent au bercail en triomphant. Cette façon de faire de la politique lasse les citoyens. Alors que ces derniers exigent plus de transparence et plus de probité, on les voit mal récompenser les artisans du mélange des genres et des adeptes de la confusion. Du moins sur le papier…

5 avril 2017

Assez des pleurnicheries et des jérémiades de François Fillon


Il va nous faire pleurer. Il faut pourtant qu’il cesse de jouer les victimes ; de se faire passer pour le souffre douleur du soi-disant cabinet noir, des magistrats, des médias, de Christian Estrosi…victime de quoi au juste ? Ce ne sont tout de même pas les juges ni les policiers qui ont inventé les — éventuels — emplois fictifs de Madame et des enfants ? Ce ne sont pas ses concurrents de gauche qui ont reçu en cadeaux costumes et montres de luxe ? Ce ne sont pas les journalistes de Mediapart qui ont fait un montage photo sur laquelle on voit Fillon l’entremetteur, Poutine et le milliardaire libanais à Moscou. Il y en a plus qu’assez des jérémiades et des pleurnicheries de François Fillon. Quand on se présente à la présidence de la République soit on est clean et basta ! Soit on est moins propre qu’on le disait et alors on assume !

Mais voici la meilleure. Répondant à Jean-Jacques Bourdin (sur BFM) qui lui demandait « s’il mettait de l’argent de côté », François Fillon a répondu tout de go qu’il lui était impossible d’épargner. Bien que, sur les quatre dernières années, François Fillon ait perçu plus de 24 000 euros par mois (tout compris, indemnités parlementaires plus société 2F) il ne parvient pas à joindre les deux bouts. Alors là, c’est le bouquet ! Mais pour qui nous prend-il ? Les députés, élus depuis 1981 comme lui, n’ont cependant aucun souci à se faire côté retraite. Nul besoin pour Fillon de se constituer un patrimoine ou un portefeuille d’actions ou d’assurances vie. Quand il touchera sa retraite de député, il lui tombera entre 5 et 6000 euros par mois ! On a connu pire situation, non ? L’ancien Premier ministre propose quand même de repousser l’âge de la retraite à 65 ans pour les autres et il ajoute : « pensez à vos vieux jours : épargnez autant que vous pourrez pour améliorer votre quotidien ». Mais lui ne peut pas mettre pas d’argent de côté. Il est même contraint d’en emprunter à sa fille pour payer ses impôts ou de demander un prêt à M. Ladreit de la Charrière pour financer des travaux domestiques. Mais que fait-il de son argent (et de celui de sa femme) ? Le sport auto serait-il un puits sans fond ?

On aura tout vu et tout entendu de la part de ce Fillon-là. Il n’est pas encore admissible aux restos du cœur. Peut-être le Secours catholique (ou Sens commun ?) pourra-t-il lui venir en aide en cas de coup dur ? Si jamais il était condamné à rembourser des revenus indus par exemple ?

(article à paraître dans La Dépêche de ce jeudi)

2 avril 2017

Législatives : Richard Jacquet devra-t-il affronter François Loncle ?


Sur le marché de Louviers ce samedi.
Tenir jusqu’au 23 avril. Ne rien lâcher. S’appuyer sur des convictions sincères. Faire campagne contre vents et marées. Contre les traîtrises et les aléas d’une campagne chaotique, notamment au sein du Parti socialiste et face à un député sortant qui laisse entendre la possibilité de se représenter. Dans un entretien publié par TV5, François Loncle évoque, sans conditionnel (est-ce dû à une interprétation du journaliste ?) sa candidature aux législatives dans la 4e circonscription de l’Eure où il est élu depuis 1981 avec une interruption de 1993 à 1997. Richard Jacquet, candidat PS et soutien de Benoît Hamon, va donc devoir conjuguer force intérieure et hauteur de vue pour ne pas céder à la tentation de livrer un combat singulier que tout justifierait pourtant quand on a, comme il l’a fait, soutenu le sortant et ses campagnes pendant tant d’années.

Peut-être, ce serait heureux, s’agit-il d’un poisson d’avril daté du 31 mars ? Rien n’interdit d’être en avance sur le calendrier. Mais quand François Loncle évoque la constitution d’un groupe composé de progressistes avec Manuel Valls aux commandes, on ne peut que s’interroger. Quand il déclare inscrire sa démarche sous le sigle de la majorité présidentielle, nos yeux s’écarquillent. S’agit-il de la majorité ancienne ou de la majorité future ? Et avec qui ? Si Fillon est élu (gardons-en nous) l’étiquette ne colle plus. Majorité présidentielle, voilà un slogan bien pratique sous tous rapports…gageons qu'une mise au point publique s'imposera dans les meilleurs délais.

Revenons à Richard Jacquet. Le maire de Pont-de-l’Arche peut compter sur des soutiens vaillants.  Pour preuve, la présence samedi sur le marché de Louviers, d’une cohorte de « camarades » — un substantif approprié — venus l’entourer et distribuer avec lui. Certes, Richard Jacquet n’a pas la notoriété du sortant mais il a pour lui le rajeunissement, le renouvellement, un travail de terrain reconnu et offre une vraie solution pour le futur. Car si Emmanuel Macron a raison sur un point, c’est bien sur cette nécessité de changement dans le personnel politique. Cette élection doit donc être l’occasion de tourner la page, parfois glorieuse, parfois moins, d’un livre ouvert en 1981.

Ce qu’il faut retenir de la campagne présidentielle c’est que, cette fois, le vainqueur de l’élection suprême ne pourra pas tout. Il devra notamment s’appuyer sur une majorité parlementaire dont les contours sont aujourd’hui bien flous et bien incertains. La 4e circonscription, classée à gauche, peut donc se doter d’un député de terrain, dont la personnalité affiche des qualités recherchées : clarté, simplicité, convivialité, fidélité…Jacquet.

29 mars 2017

L'invisible cabinet noir du clan Fillon


Gérard Larcher, président du Sénat et supporteur de François Fillon, interrogé ce mardi sur France Info, est comme Saint Thomas. Il ne croit que ce qu’il touche ou ce qu’il voit. Et d’un cabinet noir à l’Elysée, il n’a jamais vu la couleur ? Il ne peut attester l’existence de cette officine puisqu’il n’y a aucune preuve formelle permettant d’accuser le pouvoir en place d’une quelconque manœuvre destinée à déstabiliser ses adversaires. Quand un élu du premier cercle — ce qu’est Gérard Larcher — refuse de reprendre la chansonnette c’est qu’il y a de l’eau dans le gaz. Et plus que des doutes sur les accusations sans preuves du clan Fillon.

Un journaliste de BFM TV n’a d’ailleurs eu aucune peine à retrouver la fameuse citation de Charles Pasqua sur les affaires. Quand vous êtes mis en cause dans une affaire, créez en une autre puis encore une autre dans cette dernière au point que personne n’y comprend plus rien. François Fillon est passé maître dans l’art de l’enfumage. Il applique donc à la lettre la doctrine Pasqua embarquant dans sa galère six « ténors » de la droite plus ou moins obligés de remonter le courant avec lui. J’avoue que la présence de Nathalie Kociusko-Morizet parmi les signataires de la demande de saisine du parquet m’étonne. On l’a connue plus circonspecte et mieux avisée.

Alors ce cabinet noir ? Pour les auteurs du livre brandi comme le petit livre rouge par les Fillonnistes, à aucun moment ils n’en ont révélé l’existence. Ce qu’ils affirment ? Que sous Hollande comme sous Sarkozy et comme sous n’importe quel président de la 5e République, le président est informé des déboires ou des turpitudes des responsables politiques ou autres. Ils précisent : « C’est bien le moins qu’on puisse attendre d’un chef d’Etat. Il est normal qu’il sache ce qui se passe en France. »

Oui mais voilà. François Fillon « s’embrouille, patauge, s’égare dans un tissu d’inepties ». Il risque même la noyade. Placé troisième, au premier tour, dans des sondages à prendre avec des pincettes, il est vrai, le candidat qui ne pouvait pas perdre la présidentielle se trouve aujourd’hui dans l’impossibilité de la gagner. Cette histoire de Cabinet noir va donc se dégonfler rapidement…plus rapidement sans doute que les affaires judiciaires, bien réelles celles-là, qui le conduisent là où il va.  

(Texte à paraître dans La Dépêche de ce jeudi)

26 mars 2017

« Les Borgia : tel père, tel fils, mais Lucrèce... ? » par Danielle Serrano, professeur émérite


Lucrèce Borgia.
Dans le cadre de ses conférences mensuelles, la Société libre d’agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l’Eure, association laïque fondée en 1798 sous le Directoire, a invité le samedi 1er avril Danielle Serrano, professeur émérite, enseignante en techniques professionnelles en langues étrangères au lycée Aristide-Briand à Évreux de 1975 à 2004. Cette conférence est intitulée « Les Borgia : tel père, tel fils mais Lucrèce... ? ». Elle aura lieu comme de coutume aux Archives départementales de l’Eure à Évreux, 2 rue de Verdun, à partir de 14 h 30.

Une série télévisée a récemment mis en scène cette famille Borgia à la réputation pour le moins sulfureuse mais si passionnante. Quelle famille ! Trahisons ! Complots ! Incestes ! Empoisonnements ! Quelle source d’inspiration pour les romanciers ! Et pas des moindres : Alexandre Dumas fait revivre ses membres dans sa série des « Crimes célèbres ». Michel Zévaco, l’auteur des Pardaillan et du Capitan, l’un des héros incarnés au cinéma par Jean Marais, leur consacre un livre. Jusqu’à Mario Puzo, l’auteur du « Parrain », qui publie « Le sang des Borgia ». Sans oublier Victor Hugo et son drame « Lucrèce Borgia » en 1833. Et bien d’autres…Mais qu’en est-il vraiment ? Cette période est bouillonnante : guerres, découvertes des grands navigateurs, des génies artistiques mais troublants. Une famille de dignitaires de l’Église : des prélats, des cardinaux et deux papes, d’abord Alphonse Borgia sous le nom de Calixte III de 1455 à 1458, et Rodrigo, autrement dit le pape Alexandre VI de 1492 à 1503.

Qu’en est-il des réalités et des fictions sur ce pape Rodrigo Borgia et sur ses enfants, César et surtout la mythique Lucrèce ? Une longue vie – pour l'époque – pour ce pape intelligent, retors, jouisseur, subtil connaisseur de l'âme humaine. Un parcours rapide, dense, foisonnant pour César Borgia, inspirateur de Machiavel pour son livre majeur, « Le Prince ». Une existence brève, trois mariages et une réputation d'empoisonneuse pour Lucrèce Borgia, immortalisée à l’écran sous les traits de Martine Carol dans le film de Christian-Jaque en 1953. Les recherches d’Ivan Cloulas, ancien directeur des Archives départementales de l’Eure et ancien secrétaire général de la Société libre de l’Eure, spécialiste de la Renaissance, ont été l’une des sources documentaires de la conférencière.

Entrée libre et gratuite.
Société libre de l’Eure, 2 rue de Verdun 27025 Evreux cedex. – http://societe-libre-eure.org


Marine Le Pen est allé baiser les babouches de Vladimir Poutine


Un ex-député russe, abattu de plusieurs balles en Ukraine ! Boris Nemtsov, le principal opposant à Vladimir Poutine, abattu de la même façon près des murs du Kremlin l'année dernière ! Anna Politkovskaïa, journaliste gênante, elle aussi assassinée en 2006. Difficile de ne pas voir, dans ces meurtres organisés et prémédités la forte influence du maître de la fédération de Russie. Il ne supporte ni une quelconque opposition interne, ni une presse libre, ni des états frontaliers réellement indépendants. Il faut une Marine Le Pen pour justifier l’annexion de la Crimée ou demander la levée des sanctions économiques de la part de l’occident sans contreparties des Russes.

Ce sont les babouches de ce Poutine-là que Marine Le Pen a choisi de baiser. On avait Sarkozy–caniche de Bush, on a maintenant une Le Pen prête à manger dans les mains du dictateur manipulateur… même si Marine Le Pen sait très bien ce qu’elle fait quand elle va rendre visite à l’autocrate tchadien ou au dictateur russe. Elle envoie des messages internes et externes destinés à la faire passer pour une dirigeante crédible. Ce qu’elle vient en réalité chercher à Moscou (pas à N’Djamena) c’est de l’argent et pas de la respectabilité, une denrée rare en politique et difficile à obtenir quand on puise ses racines dans la tradition historique d’une extrême droite raciste et antisémite. Poutine veut la dislocation de l'Union européenne et tous les moyens sont bons. Point. 

Ne vient-on pas par ailleurs d’apprendre — c'est effarant — qu’un élu FN avait proposé qu’on extraie les dents en or des Roms pour qu’ils paient leurs dépenses d’enseignement, de nourriture et d’hébergement ? Après coup, il a dit que c’était de l’humour. Quant au dénommé Chatillon, admirateur d'Hitler, spécialiste du « print » comme le dit joliment Marine Le Pen son amie de trente ans, il est surtout un spécialiste des détournements de fonds à l'aide d'un système mis en place lors des élections (tous genres confondus) avec achat obligatoire de kits par tous les candidats FN, avec un taux d’intérêt de 6,5 %, et d'autres fariboles destinés à piller les fonds publics. Le FN peut bien se moquer de François Fillon.

Marine Le Pen pourra toujours traiter René Dosières de « voyou », le député de l’Aisne est celui qui, parmi les parlementaires, aura le plus fait  pour obtenir des lois de moralisation et de contrôle du bon usage des contributions collectives. D’ailleurs qui pille l’Europe (qu’ils exècrent pourtant) sinon Marine Le Pen, Nigel Farage et leurs acolytes d’extrême droite eurosceptiques ? Aymeric Chauprade, ancien conseiller proche de Marine Le Pen et toujours député européen, a bien décrit devant les magistrats instructeurs, les mécanismes des emplois fictifs qui, si la candidate FN respectait à la lettre nos lois, lui vaudraient d’être aujourd'hui mise en examen. Elle a évidemment préféré fuir ses responsabilités et crier au loup en attendant que la campagne électorale prenne fin. Pourvu que les Français ouvrent enfin leurs yeux.

24 mars 2017

« La première fois c'est une erreur, la seconde c'est qu'on le fait exprès »


Christine Angot, indignée, blessée, n’a pas voulu engager le dialogue, avec François Fillon hier soir sur France 2, et elle a eu raison. De la même façon qu’on ne peut pas débattre avec un Donald Trump, il sera dorénavant écrit qu’on ne peut pas débattre avec François Fillon. Trop de contritions, trop d’erreurs, trop de fautes, trop de mensonges. Pour débattre, il faut des protagonistes sincères, francs, dignes. François Fillon n’appartient plus, dorénavant, à cette catégorie d’hommes politiques crédibles.

Hier soir, il a fait tapis comme un joueur de poker qui n’a pas de jeu risquant le tout pour le tout au prix d’un bluff inconsidéré. Depuis deux mois, les postures changent. Les costumes de Bourgi ? Il les a rendus. Mais que faire de costumes taillés sur mesure et déjà portés ? Le prêt de 50 000 euros de Ladreit de la Charrière ? Remboursé après l’ouverture de l’enquête préliminaire ! Les emplois familiaux de Pénélope et de ses enfants ? Erreurs de jugement qui déplaisent aux Français. Sans oublier les clients de la société 2F, le reniement de sa parole…et maintenant un cabinet noir de l’Elysée démenti par l’auteur du livre sur lequel se fonde l’agression de François Fillon contre François Hollande ! Comme celui-là le dit bien : « le cabinet noir n’existe que dans l’imagination de Fillon. La preuve, c’est ce soi-disant cabinet noir qu’il voulait utiliser contre Sarkozy lorsqu’il était allé voir Jouyet pour accélérer le processus judiciaire contre l’ancien président ». En vain puisqu’Hollande affirme n’être jamais intervenu dans une affaire judiciaire durant son quinquennat et que les magistrats ont considéré les lois sur la moralisation de la vie politique comme un progrès réel même si Fillon a voté contre les six textes approuvés par le Parlement. A la lumière de ce qu’on sait aujourd’hui, qui sera surpris par ces votes hostiles à une transparence nécessaire ?

Et le reste à l’avenant. D’ailleurs seuls 28 % des téléspectateurs ont été convaincus par Fillon loin des scores obtenus par les autres invités de l’émission politique. Seul subsiste après de lui le noyau dur des fanatiques. Et si, comme improbable, Fillon était élu président de la République, combien d’erreurs serait-il conduit à commettre avant de s’en excuser devant les Français : la TVA, la sécurité sociale, la réduction du nombre de fonctionnaires (casse-cou selon François Baroin) la politique pro-russe ou pro-Assad : il revoit tout à la baisse tant son programme est chamboulé par les affaires. La presse d’aujourd’hui, qu’elle soit française ou étrangère, n’est pas tendre avec François Fillon lequel pourra méditer ce proverbe chinois : « la première fois, c’est une erreur, la seconde c’est qu’on le fait exprès. »

22 mars 2017

« Pierre Mendès France et la vérité en politique » une bien belle nécessité par des temps confus et incertains


Vérité et politique, deux mots irréconciliables ? Les temps présents confirment cette opposition apparente quand deux candidats à la présidence de la République font l’objet d’enquêtes judiciaires, de soupçons pertinents quant à leur probité ou leur honnêteté morale. Les affaires Fillon-Le Pen empoisonnent le climat général de la campagne présidentielle. Que vaut en effet la parole publique d’un homme (ou d’une femme) politique si, dans le même temps, des turpitudes forcément inavouables polluent leurs propos et surtout leurs promesses ?

L’initiative prise par le Centre d’histoire de Sciences Po-Paris en collaboration avec l’Institut Pierre Mendès France (1) d’organiser une conférence-débat autour de la singularité et l’éthique de la communication politique de l’ancien Président du Conseil sur le thème « dire la vérité en politique » ne pouvait donc mieux tomber. Emmanuel Laurentin, producteur à France-Culture et médiateur du débat, nous avouait que la date n’avait, bien évidemment, pas été choisie au hasard : « Il fallait absolument que cette soirée ait lieu avant le premier tour de la présidentielle. »

jean-François Sirinelli. (Photo JCH)
En introduction, Frédéric Mion, directeur de Sciences Po et Jean-François Sirinelli, historien, ont rappelé les grandes étapes de la vie politique de Pierre Mendès France en insistant sur l’originalité de son parcours et de son positionnement. Certes, la carrière nationale et internationale du député de Louviers a brillé de mille feux mais il eût été judicieux de ne pas oublier l’engagement local de PMF puisque c’est d’abord à Louviers et dans l’Eure que l’homme politique a su « capitaliser » sur le lien indissoluble entre les citoyens et leur représentant. Alain Chatriot avait pour tâche de mettre en exergue le style de la communication gouvernementale du président du Conseil. Ses causeries du samedi soir sont restées mémorables. Quel autre dirigeant a fait l’effort systématique d’expliquer aux Français le sens de son action, les raisons de ses choix, les difficultés à surmonter ? Alors même qu’un Poujade flattait « les tripes », PMF s’adressait à l’intelligence et à la raison en pédagogue confiant sans jamais passer par dessus les parlementaires desquels il tenait la légitimité de son pouvoir.
Pierre Joxe. (Photo JCH)

Et vint Pierre Joxe. L’ancien ministre, ancien membre du Conseil constitutionnel est demeuré un militant. Il a érigé un éloquent tableau d’honneur à l’homme qui a sauvé toute une génération, lui permettant de croire en la synergie des idées et des actes sur la base de valeurs que les Lumières avaient inspirées.  Si PMF a été l’homme de la paix en Indochine, s’il a évité le pire en Tunisie et au Maroc, qui sait comment aurait évolué la guerre d’Algérie si René Coty, au lieu d’appeler Guy Mollet, avait convié PMF à diriger le gouvernement en 1956 ? Pierre Joxe, avec humour, affirme que PMF a « tout loupé » tout en affirmant aussitôt l’importance vitale du rôle qu’il joua sous la 4e et la 5e République comme un des principaux opposants au De Gaulle d’après 1958. Chargé d’évoquer la nécessité du secret incompatible avec le devoir de vérité, Pierre Joxe interpella ses auditeurs: « Que pensait PMF de la bombe atomique ? Quelle valeur accordait-il à la Communauté européenne de défense (la CED) ? » Le mystère restera entier.

Perrine Simon-Nahum. (photo JCH)
Pour Perrine Simon-Nahum, dans une démocratie moderne, la vérité doit demeurer la base du contrat avec le citoyen. Voilà bien un mot qu’affectionnait PMF : le contrat. A condition évidemment, comme le releva l’ancien ministre Georges Kiejman, que les deux parties en respectent les termes. Ce fut le cas de Pierre Mendès France, pas des députés qui le renversèrent en février 1955. Notre ère de Post-vérité et de « fake news »…autrement dit du mensonge, ferait horreur à Pierre Mendès France. Et pourtant. Il accordait une confiance illimitée à la démocratie représentative puisque, même désespérante parfois, elle est irremplaçable. Parmi les extraits aimablement prêtés par l’INA et diffusés pendant le débat, on entend PMF justifier l’engagement en politique s’il répond à des convictions profondes pour servir l’intérêt général. « Alors, oui, assure-t-il, il ne faut pas hésiter. Mais si c’est pour acquérir du pouvoir, lorgner des sièges ou des maroquins, mieux vaut faire autre chose. »

De ce grand résistant, de cet intransigeant — par un principe de réalité personnelle — de ce phare qui éclaira tant d’esprits, de cet homme de paix et de progrès, les étudiants de Sciences Po présents dans l’amphithéâtre devraient s’inspirer…à condition de mettre en application cette citation de Pierre Mendès France : « Le citoyen doit comprendre qu’au-dessus des intérêts particuliers, même très respectables, l’intérêt général doit toujours dominer : c’est le civisme. » (Discours d’Evreux du 23 juillet 1955).

(1) Françoise Chapron, secrétaire générale de l'Institut Pierre Mendès France, a été la cheville-ouvrière de cette soirée.

21 mars 2017

L'hommage de Marc-Antoine Jamet à Henri Emmanuelli décédé ce 21 mars


Henri Emmanuelli avec Leslie Cléret alors conseillère générale. (photo JCH)
« Henri Emmanuelli est mort en emportant avec lui une époque. Il pensait que la démocratie était un « moteur à deux temps ». C’est ce qu’il nous répétait sans cesse. Depuis toujours, deux pistons luttaient sans relâche afin que la société avance. Pour l’éternité des siècles, la machine politique, ainsi réglée, ferait s’opposer l’ordre et le mouvement, les conservateurs et les progressistes, les riches privilégiés et les pauvres oubliés, ceux qui avaient tout et ceux qui n’avaient rien ou trop peu. D’un côté l’abondance indue. De l’autre la misère injuste. C’était la grande bataille, la lutte finale. On n’en sortirait pas. Aucune place pour les coalitions et les compromis dans son esprit. Pas question d’imaginer une troisième voie. Il y avait une Gauche et une seule, immense, belle et souveraine, celle de Jaurès et de Blum. Face à elle une droite sans la moindre majuscule. Un point c’est tout. Ce n’était pas une posture. Ce n’était pas une attitude. C’était une conviction. Peut-être était elle excessive ? Quoi qu’il en soit, elle lui était chevillée au corps. Il avait adopté cette ligne dans les années soixante-dix. Il n’en variait pas. La maladie, les maladies qui l’envahissaient depuis plusieurs années n’y avaient rien changé. Ce credo était toujours le sien. Entêtement disait les imbéciles. Fidélité proclamait-il tranquillement.

Il faut dire qu’il avait quelques raisons personnelles de s’être forgé cette constance. Rien n’avait été donné à ce petit enfant à la santé fragile. La fortune ne s’était pas penchée sur sa famille. Bien qu’il en parlât peu, il restait marqué par une jeunesse rude où chaque mètre gravi pour s’élever demandait sacrifices et travail. Il y était parvenu, lui le corse pyrénéen monté à Paris. Il y avait entendu les sarcasmes des petits marquis qui, à Sciences Po, moquaient son allure de provincial mal dégrossi. Il en avait souffert. Mais, à l’adversité il était parvenu à tout arracher : diplômes, statut, métier. Autant de revanches sur la bourgeoisie.

Du coup, il savait d’où il venait et n’avait rien oublié. Il aurait pu être banquier, haut fonctionnaire ou créer une entreprise. Il en aurait eu mille fois l’occasion. Il en possédait cent fois le talent. Mais voilà, son but était autre. Il voulait faire de la politique pour changer la vie. Dans ses références multiples et appuyées à la Grande Révolution, il s’était longtemps vu siégeant sur la Montagne, haranguant jacobins et cordeliers, conspuant les Girondins dont, verbalement, il avait les héritiers en exécration. Il ne détestait pas tout à fait Lénine et s’imaginait parfois, par une nuit froide d’octobre, prenant d’assaut le Palais des Tsars. Insurgés africains et leaders sud américains trouvaient auprès de lui asile pour échapper à la prison et de quoi vivre pour ne pas crever de faim. Pour autant, il ne croyait pas que la solution réside en un Grand Soir après lequel les lendemains chanteraient d’eux-mêmes. Sa recette était autre et bien plus raisonnable qu’il ne le prétendait. Il fallait par la progressivité fiscale, la solidarité sociale, l’éducation initiale et la formation professionnelle, une bonne dose de dirigisme économique et de la volonté industrielle, recréer les conditions de l’égalité des chances, de l’emploi pour tous et de la justice sociale. Ainsi était fait son monde, simple, facile à comprendre, rempli de certitudes bonnes à partager. On ne pouvait laisser des femmes et des hommes dans la détresse.
 
Avec Michel Champredon à Evreux. (photo JCH)

Il trouva entre Epinay et Solferino celui qui allait lui permettre de réaliser son idéal. Il attacha ses pas à ceux de François Mitterrand et ne les quitta plus. Il en fût un sabra. Il le servit, à l’Outre-Mer, au Budget, non sans fulminer, le second septennat s’achevant, contre les décisions monarchiques de celui qu’il appelait le « vieux », non sans douter face aux révélations d’un sombre passé. Mais il l’aimait. Comme un fils aime son père. Plus qu’accéder à la Présidence de l’Assemblée Nationale, son bonheur, sa fierté, avait été d’occuper après lui le bureau du Premier Secrétaire du Parti Socialiste. Un jour, admiratif, il m’avait dit à l’oreille, alors que s’éternisait un bureau national où s’affrontaient pour la énième fois, Poperen, Fabius, Mermaz, Aubry Chevènement et les autres : « vous voyez Mitterrand a dû supporter les mêmes. Mais la pièce était plus petite et cela a duré dix ans… ». Il était député des landes, Président du Conseil Général de ce département, mais il avait l’orgueil d’être également l’élu de Latché. Jamais, il ne fit le moindre reproche au Président sibyllin qui, après l’avoir convaincu de prendre la tête d’un parti moribond et ruiné, le laissa se fracasser dans une primaire contre Jospin. Pour celui-ci qui l’avait défait, il mena avec panache une campagne exemplaire et ordonna à tous ses collaborateurs de faire de même « pour faire gagner Lionel ». Pour tout remerciement, il prit sur lui et sur lui seul les conséquences de l’affaire Urba, système auquel, en tant que Trésorier du PS, il m’avait donné instruction de mettre fin. Il fût condamné et compta alors ses amis moins nombreux qu’il ne l’avait été. Il ventait fort devant sa porte… Beaucoup d’éminences du Parti ne lui manifestèrent que peu de reconnaissance d’avoir accepté de se déclarer seul responsable de ce dont tant d’autres avaient profité pour régler leurs affiches et imprimer leurs bulletins. Laurent Fabius ne l’abandonna pas. Marie-Noelle Lienemann alla témoigner devant les juges de Saint Brieuc et de Rennes. Ce n’était pas beaucoup. Ce n’était pas assez. D’autres auraient pu faire un geste. Un ressort en lui alors se cassa.

Mais, à un « fils du tonnerre, de l’éclair, de l’orage et du vent, » ainsi qu’il ne lui déplaisait pas se nommer, ajoutant qu’il partageait cette parenté avec tous les enfants nés dans la vallée de l’Osso, le calme est étranger. Il avait connu l’époque des géants et des héros. Il aimait les corridas et les taureaux. Même si tout semblait rapetisser, il trouva avec le siècle nouveau d’autres causes, d’autres combats, le non au referendum européen en fût un, le développement de son département en fut un autre, pour exercer sa verve et faire entendre sa voix. Il était bon orateur. Il était impressionnant. De la Gitane permanente aux sourcils broussailleux, en passant par une crinière devenue poivre et sel et un accent à couvrir le bruit des torrents, il savait la crainte qu’il suscitait et en jouait habilement. Il fut un ténor de l’hémicycle. Dans l’opposition, il s’opposa. C’était en fait le meilleur des hommes, émerveillé devant ses enfants, jouant avec les miens à quatre pattes sous le bureau du premier des socialistes, toujours bienveillant pour ses amis. Pour ses proches, Henri était paternel, fraternel et presque maternel. Sa témérité, son assurance, sa manière d’en imposer, cachaient réserve, pudeur et timidité. Il exécrait l’extrême droite, l’injustice, la misère. Il avait une grande et réelle affection pour Benoît Hamon.

La politique et le socialisme étaient sa vie. A moi, qui suis devenu son collaborateur, son directeur de cabinet, âgé de guère plus de trente ans, il a donné des mots, de l’idéologie, des repères et des valeurs. De congrès en congrès, nous nous retrouvions. De conseil national en conseil national, nous poursuivions notre conversation. Nous nous sommes toujours vouvoyés par respect et par amitié pour marquer notre différence dans un parti où chacun se tutoie y compris pour s’affronter. J’ai longtemps vu le monde à travers sa manière de l’expliquer. Il m’a beaucoup appris. La lutte contre l’esclavage, la guerre d’Espagne, l’exploitation des ouvriers, la résistance, étaient ses repères pour penser. Parlementaire d’exception, il vivait pour le débat, pour la confrontation, pour la controverse parce que de la crise naît la rédemption. Dans sa vie, tout avec lui n’était que bruits et fureurs. Il était difficile à suivre. Mais si exceptionnel. Jamais on ne s’ennuyait avec lui. Il y avait toujours une salle à retourner. On s’entassait à l’arrière de sa voiture pour voler au secours de la section d’un ami. On se précipitait dans un cortège. On tentait de construire une majorité. C’était éreintant. C’était réjouissant. On riait avec Henri. On pleurait avec Henri. On partageait ses joies et ses peines. Trop. On y laissait des plumes. Personnelles. Professionnelles. Epuisé, il nous épuisait. Mais on en était heureux et, la fois, d’après, encore on le suivait. Imagine-t-on d’Artagnan sans mousquetaires ? Pas dans le Béarn. Les années, les unes après les autres, étaient ponctuées de motions et de synthèses, de nuits blanches et de jours de gloire, de déclarations et de manifestations. Il n’arrêtait jamais de bataille en bataille. Banquier il méprisait l’argent. Ministre, il ne vénérait pas le pouvoir. Premier secrétaire du Parti Socialiste, il en aurait été le dernier militant. Tu n’imagines pas ce que va être notre tristesse sans toi Henri Emmanuelli. »

Marc-Antoine Jamet

20 mars 2017

Il faut imaginer Richard Jacquet élu député de la 4e circonscription


Richard Jacquet, au centre de la photo. (Photo Jean-Charles Houel)
Il n’attendra pas le résultat de la présidentielle pour annoncer sa candidature aux législatives. Engagé dans la vie municipale depuis 23 ans à Pont-de-l’Arche, maire depuis deux mandats de cette commune qu’il a changée et améliorée, Richard Jacquet fait partie du paysage politique de la 4e circonscription et bénéficie d’une notoriété évidente. Il est un homme du pays qui y vit et y travaille. En tenant, lundi, sa première conférence de presse après son élection avec 94 % des suffrages au sein des sections socialistes, il prend son courage à deux mains et affiche une légitime ambition, celle de succéder à François Loncle, arrivé au terme d’une carrière débutée en 1981 et achevée dans une relative confusion.

Richard Jacquet est un homme de parole. Il est fiable et fidèle. Il est solide et efficace. Quand on aura dit qu’il également crédible et honnête, on aura dressé le portrait d’un candidat tel qu’en lui-même pouvant compter sur ses propres forces et sur celles des différents sympathisants et militants des huit cantons de cette circonscription classée à gauche depuis des décennies. Sa campagne active ? Elle débutera dès le 9 mai. Il l’axera sur les propositions sociales et économiques dans la dynamique des propositions de Benoît Hamon. Mais aussi et surtout, il tiendra compte des signaux d’alerte que lancent les rurbains et les ruraux, ces populations qui se sentent abandonnées, privées de services publics, d’écoles ou de poste voire même de commerces : « Je demande à ceux qui proposent de supprimer des postes de fonctionnaires de dire où ils vont engager des coupes claires. Pour l’un c’est 500 000, pour un autre 120 000 ! Ce sera donc encore moins de services publics. Idem pour le système de retraite par répartition et l’âge légal. J’espère que les électeurs et les électrices vont lire avec attention les programmes car ce sera projet contre projet. »

Pour cette conférence de presse tenue à Val-de-Reuil où la gauche a su se montrer aussi entreprenante que tonique , Richard Jacquet avait à ses côtés Marc-Antoine Jamet, maire de la ville et premier secrétaire de la fédération du PS de l’Eure, Jean-Jacques Coquelet, conseiller départemental, Thomas Toutain, représentant la fédération, Albert Naniyoula, secrétaire de la section de Pont-de-l’Arche et Catherine Duvallet secrétaire de la section de Val-de-Reuil. Marc-Antoine Jamet considère la candidature de Richard Jacquet comme porteuse d’avenir et riche de symboles. Il vante les qualités humaines de ce dernier mais également ses engagements d’élu dans sa ville et au sein de l’agglomération. Il met en avant son bilan ô combien éloquent et son travail : « Ni héritage, ni parachutage. » Les habitants de la 4e circonscription, s’ils l’élisent, auront un représentant présent auprès des associations, des syndicats, des forces vives du territoire qu’il connaît comme sa poche. Il faut imaginer Richard Jacquet élu député de la 4e circonscription de l'Eure ! A l’Assemblée nationale, il s’intègrera dans une future majorité de coalition et représentera son territoire avec la conviction qui, jamais, ne lui a fait défaut. Pour MAJ, une histoire importante se termine, un nouveau livre va s’écrire avec Richard Jacquet en première page…