18 décembre 2010

Réponse à MM. Aubinais-Martin et leur motion magique sur le prix et la qualité de l'eau dans la CASE

M. Aubinais à Evreux lors de la conférence sur le prix de l'eau dans l'Eure. (photo JCH)

Je viens de terminer la lecture de la motion sur la gestion des services d'eau et d'assainissement proposée au vote des délégués de la communauté d'agglomération Seine-Eure. Cette motion lue par M. Aubinais, maire de Poses et vice-président chargé de ces questions, préparée par les services techniques de la CASE, est un texte intéressant.

Mais il commence mal. Ecrire que « depuis plusieurs mois certains élus sont la cible de violentes attaques sur la gestion etc. » n'est pas conforme à la vérité. Ces écrits sont donc malheureusement polémiques alors que la vérité est la suivante : l'association que je préside et que j'anime collectivement, cherche à faire passer (chez les élus et dans le public) des messages nécessaires à la fois sur les plans démocratique et financier. Nous faisons le travail que les élus ne font pas car il est légitime de savoir comment sont justifiés les millions d'euros payés à Véolia. Et donc à ses actionnaires.

Malgré des justifications historiquement vraies sur la responsabilité d'Odile Proust, M. Aubinais en tire des conclusions opposées aux nôtres uniquement pour conforter l'analyse de Franck Martin favorable au privé. Autrement dit, M. Aubinais est l'otage de Franck Martin. Quand il affirme que « les élus de l'agglomération sont très fiers de la politique conduite en ces domaines complexes et très techniques » il ne fait que reprendre l'antienne de M. Martin. Ce dernier a toujours vanté la soi-disant «complexité» pour s'exonérer de l'absence d'informations citoyennes. Cette motion est une réponse à nos critiques et en ce sens, nous considérons que le dialogue est amorcé alors qu'il était impossible jusqu'à maintenant.

Je suis heureux, également, de constater que cette motion affirme enfin, haut et fort, que le contrat avec Véolia sera caduc en février 2015 ! Il en aura fallu des mois d'affirmation répétées de notre part pour en arriver là ! Pourquoi avoir tant tardé à admettre l'inévitable ? Pourquoi M. Martin s'est-il obstiné à affirmer, il y a encore quelques semaines, que le contrat expirerait en 2024 ?

Je remarque, d'autre part, que l'essentiel du plaidoyer de M. Aubinais est un plaidoyer pro domo. La CASE a beaucoup investi, beaucoup dépensé… tout cela est très bien. L'eau est de bonne qualité (bravo !) la ressource est protégée (encore bravo !) mais l'essentiel est ailleurs. Quand on regarde sa facture d'eau que voit-on ? Que la part de Véolia dans le mètre cube d'eau potable est de 87 % (13 % pour la CASE) alors que pour le mètre-cube d'eau assainie, elle est de 52 % pour Véolia et 48 % pour la CASE laquelle a effectivement construit des stations d'épuration performantes. Qui paiera sinon les usagers ? Idem pour l'action au Bénin. Je suis favorable au creusement de puits en Afrique et à la solidarité technique et financière avec le Bénin d'Hubert Zoutu. Mais quand la fondation Véolia verse 82 000 euros à l'association pour Bohicon, d'où vient l'argent sinon du 1% de contribution pour les pays en voie de développement ? Véolia est généreux avec l'argent des autres !

S'agissant des révisions quinquennales, elles ne sont pas du fait de la CASE mais sont rendues obligatoires par la loi (1). Je suis de ceux qui pensent, comme MM. Aubinais-Martin, qu'une tarification progressive est utile pour responsabiliser les usagers mais faire croire que cela favorise une tarification sociale pour les ménages les plus modestes est une contre-vérité dans la mesure où les coupures d'eau continuent de sévir et les pénalités avec (de quatre à six par mois en moyenne).

Le rendement et le renouvellement de réseau ? M. Aubinais se targue d'un rendement de 84 % (84 mètres-cubes distribués sur 100 mètres-cubes produits soit 16 % de fuites) sur le territoire de la CASE. Il s'agit, là encore, d'un leurre. Ce résultat excellent n'est dû qu'au rendement rolivalois (93 %) lui-même conséquence de réseaux neufs. Qu'en est-il à Acquigny ou même à Louviers où le rendement n'est que de 77 % !
L’année 2009 a été une mauvaise année pour le taux de renouvellement des réseaux qui a été particulièrement faible. Avec un taux de 0,36 % on peut dire que le résultat n'est pas bon du tout. Sur les quatre dernières années, il a été de 1,3 % ! La moyenne française.

Un peu de sémantique enfin : la case s'est dotée, selon MM. Aubinais-Martin d'une régie d'«ingénierie» terme que nous avons utilisé pour décrire la régie créée par Daniel Leho que M. Martin a traité d'escroc intellectuel et de manipulateur. Affirmer ainsi que la CASE est devenue la donneuse d'ordres est un abus de langage. Car le contrôle des élus et des techniciens sur les prestations de Véolia demeure laxiste. M. Yung, vice-président de la CASE l'a reconnu : « quand on passe un contrat, on fait confiance. »Les actionnaires de Véolia n'en demandent pas plus.

Je ne saurais conclure sans m'insurger (pour le coup) contre l'affirmation de M. Aubinais : « la CASE a renégocié ses contrats à deux reprises. » C'est formellement vrai mais l'usager n'en a rien su ni rien vu. Et cette renégociation n'a eu aucune influence sur le prix de l'eau, bien au contraire. Si la régie publique peut modifier le prix du mètre-cube chaque année, ce n'est pas le cas de Véolia qui voit le prix être modifié au gré des indexations acceptées par l'autorité organisatrice à l'origine du contrat sans préjudice des procédures de révision quinquennale. Le prix du mètre-cube d'eau est de 3,86 euros sur la majeure partie du territoire de la CASE. Il pourrait baisser de 20 à 30% en cas de renégociation serrée avec le délégataire (2). C'est cela que nous aurions aimé lire sous la plume de MM. Aubinais-Martin. Et c'est vers cela que tendra notre action jusqu'à complète satisfaction.

(1) La loi sur l'eau contraint les agglomérations à mettre en ligne sur Internet le rapport sur le prix et la qualité de l'eau. A la CASE, ce n'est pas fait, M. Aubinais !
(2) La marge nette ne doit pas aller dans la poche des actionnaires de Véolia. Elle doit permettre de baisser le prix de l'eau, d'améliorer la capacité d'investissement de la CASE et les conditions de travail des salariés.

10 commentaires:

Anonyme a dit…

Il n'y a rien à ajouter à l'excellente analyse de Jean-Charles qui démontre que lui-même et les membres de son association (dont je fais partie) sont bien plus compétents en matière d'eau que les "responsables" de la CASE.

Simplement, je voudrais dire quelques mots sur le scandale du SPANC.
J'ai reçu la facture VEOLIA de 60 euros.
60 euros pour quoi faire : pour recevoir pendant 20 minutes un membre de Veolia à qui j'ai fait un plan de mon installation, à qui j'ai montré la facture de l'entreprise qui l'a réalisée et à qui j'ai montré les factures de vidange de ma fosse.
J'ai reçu, par la suite, un beau rapport qui me disait que...mon installation n'est pas conforme ???, sans me dire en quoi et qu'il faudrait prévoir des travaux sans m'en préciser la nature !!!

Je vais, naturellement, payer ces 60 euros, mais le chèque sera fait à l'ordre des restos du coeur et non à l'ordre de Veolia.

J'invite toutes les victimes de ce racket honteux à faire le même geste que le mien.

M Aubinais préside aussi le SPANC.

Patrick ROBERT

Anonyme a dit…

il est quand même dommage que vous ne publiiez pas la dite motion... et qu'il faille aller sur le blog de Martin pour constater ... que vraiment elle ne fouette pas un chat.

L'essentiel étant qu'elle ouvre officiellement le Débat - ce dont nous pouvons que nous réjouir - on voit mal pourquoi vos amis socialistes ne l'ont pas voté...

politique politicienne quand tu nous tiens ...

Jean-Charles Houel a dit…

Des socialistes et d'autres (M. Jean Carré, maire de Pitres n'est pas adhérent du PS) ont refusé de participer au vote de cette motion-surprise. Quel était son but ? Derrière une façade technique, il y avait un dessein politique : exprimer le soutien de la CASE à Franck Martin. Autrement dit, il s'agissait d'un plébiscite déguisé. Il est sain que des élus aient refusé cette manipulation.
Il eût été normal que cette motion soit publiée sur le site de la CASE, non ? Et pas sur les sites du président-maire !

Anonyme a dit…

que les employés de la CASE aient leur week end ne me choque pas. Qu'en revanche cette motion de quitus sur une gestion unanimement partagé jusque là et ouvrant le débat sur 2015 (ce qui est l'essentiel) n'aient pas été voté unannimement reste incompréhensible. A moins que l'accord pour ne pas voter cache des divergences profondes sur l'évolution de la gestion de l'eau.
La participation au débat et l'expression des uns et des autres aurait levé toute ambiguité politicienne à cette "sortie de séance"

Jean-Charles Houel a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Jean-Charles Houel a dit…

Un débat sérieux à minuit après quarante autres délibérations, vous y pensez ? Il faudrait consacrer à ce débat, pour qu'il soit contradictoire, une séance de deux heures au moins et pas seulement entre délégués de la CASE dont la majorité n'a pas lu une ligne du rapport sur l'eau ! Pourquoi croyez-vous que la gestion ait été jusqu'à ce jour unanimement adoptée ? L'action de notre association ouvre les yeux de certains élus, nous ne pouvons que nous en satisfaire. Vous évoquez 2015 mais le président de la CASE considère qu'il est bien trop tôt pour parler de l'avenir. Ce n'est pas mon avis ni celui des cadres territoriaux.

Anonyme a dit…

On peut lire sur le blog de F Martin qu'il a demandé à un cabinet d'audit d'étudier combien cela coûterait de retourner en régie. Donc il y réfléchit et il fait un effort dans cette direction.
J'ai reçu ma facture Véolia et elle a baissé de 0.13 E /m3 de 3.53 à 3.40 hors abonnement qui a subi une augmentation de 30 centimes (20.91 au lieu de 20.61, mais voilà, deux abonnements par an, en juin et en décembre, cela fait 41.52 E cette année uniquement en abonnement)Et il y a d'autres changements pour lesquels il faut s'adresser à Véolia.

Sylvia Mackert

Anonyme a dit…

@ Sylvia

Monsieur Martin passe le plus clair de son temps à demander des audits et des études diverses et variées.
Tout cela est fort onéreux et, en plus, nous n'avons jamais le résultat de ces "audits et études diverses et variées".
Tel est le cas pour l'eau et tel est le cas pour "le train de la vallée de l'Iton".

Il s'agit de sujets fort sérieux..

Demander (et payer) des audits, c'est la "marotte" de Martin.

Vous souvenez-vous du sketch de Fernand Reynaud sur le gala des organisateurs de gala ?

Patrick ROBERT

Anonyme a dit…

J'ai reçu jeudi dernier ma facture d'eau. Et surprise, elle comportait une somme de 12 € pour impayés. Renseignements pris auprès de Véolia, j'aurai payé ma précédente facture avec quelques jours de retard (sans doute étais-je absent de mon domicile lors de son envoi). J'ai expliqué à la personne que j'ai eu au téléphone que je ne paierai pas cette somme. Je trouve cela proprement scandaleux de prélever une telle somme pour quelques jours de retard... alors que notre argent ravaille pour eux, puisque l'abonnement, par exemple, du premier trimestre 2011 (quelque 20 €) figure sur la dernière facture 2010. Et pour moi ce n'est pas grave, mais cette politique de racket ne fait qu'accroître les difficultés financières des petites gens.
Non, je ne paierait pas ces 12 €, et l'on verra ce qu'il adviendra. J'invite les autres abonnés à Véolia à faire de même, si d'aventure, les mêmes frais leur étaient facturés.
François Charmot

Anonyme a dit…

Ceux qui ont ouvert le débat sur la gestion de l'eau, ce sont tous les syndicalistes, associatifs et militants politiques qui depuis des années expliquent que l'eau ne peut être source de profits pour des actionnaires privés. Si le président de la CASE vous semble "ouvrir le débat" aujourd'hui, c'est contraint et forcé par le travail acharné de quelques personnes sur le territoire de l'agglomération qui ne peuvent accepter que les factures servent à alimenter les gains des actionnaires avides de gros bénéfices. Vous dîtes, monsieur ou madame ( votre anonymat m'empêche de vous appeler par votre nom), que la motion de F Martin ne fouette pas un chat. Je me demande souvent si les mots ont le même sens pour tout le monde. Si vous lisez cette motion, vraiment, vous reconnaîtrez que pas une seule fois la possibilité d'un retour en régie publique n'est évoqué, qu'au contraire, le texte justifie à chaque page "la bonne gestion" de Véolia, la qualité de ses services, le bon choix fait par notre collectivité de déléguer ce service public à une entreprise privée. Je tiens à dire que les fonctionnaires de la CASE employés au service de l'eau, ne sont aucunement en cause quand nous critiquons la gestion privée du service. Ces personnes font un travail qui leur est demandé, avec sérieux et compétence. Mais malgré tout leur savoir faire et leurs connaissances, elles ne peuvent contrôler le travail de l'entreprise privée. Rappelons-nous " la bavure" du dépotage sauvage de La Haye Malherbe, en mai 2009, quand l'eau pompée dans des avaloirs a failli être rejetée dans la nature au lieu d'être transportée jusqu'au centre de retraitement comme le prévoit la loi. Sans l'intervention d'un habitant de la Haye Malherbe, qui l'aurait su ?
Seul un service public est le garant de la stricte conformité légale, de l'assurance que personne ne s'engraisse avec les factures d'eau, que les salariés ont de bonnes conditions de travail et que les consommateurs ne sont pas pris pour des vaches à lait !
Sophie Ozanne