7 juillet 2010

Franck Martin fait travailler Hortefeux…


…pas le ministre de l'Intérieur mais son cousin germain. Pas Brice mais…Fabrice. Le Canard enchaîné (1) est décidément une mine précieuse pour les lecteurs-observateurs attentifs. En lisant un article en dernière page du Canard (notre photo) de ce jour, on découvre que Brice Hortefeux propose d'«inonder le pays de caméras» et ainsi de donner du travail à son cousin germain, Fabrice Hortefeux. Celui-ci dirige CIPCEO, un cabinet qui conseille les communes pour l'installation des systèmes de vidéosurveillance.

Parmi les villes clientes, on découvre que Louviers (Le Havre et Dinan aussi) travaille avec ce cabinet et qu'ainsi Franck Martin, maire dit de gauche, n'hésite pas à encourager le cousin du ministre lui-même fervent partisan, comme on peut le lire dans l'article, d'un développement exponentiel de la vidéosurveillance.

J'imagine que des conseillers municipaux d'opposition (ou de la majorité ?) n'hésiteront pas à interroger le maire sur le contrat (s'il existe) liant la ville de Louviers à la société de M. Hortefeux. M. Hortefeux, ministre de l'Intérieur, pourrait faire l'amitié à Franck Martin de venir inaugurer les futures installations lovériennes. Entre cousins, on n'a rien à se refuser.

(1) J'ose espérer que le journaliste auteur de l'article a puisé ses renseignements aux meilleures sources. Souriez, vous êtes filmé.

6 juillet 2010

Il ne faut jamais prendre les gens pour des imbéciles

Une fois n'est pas coutume, je vous conseille d'aller sur le blog de José Alcala, caméra diagonale. Vous y découvrirez un texte fielleux contre Marc-Antoine Jamet (que sait précisément José Alcala des antécédents familiaux de MAJ ?) et l'apologie de la conduite de Franck Martin relative à son affaire d'écrêtement. Je laisse libre les lecteurs d'apprécier l'un et l'autre. Je vais donner, modestement, mon éclairage sur les réflexions que m'inspire l'attitude du maire de Louviers, président de la CASE, conseiller régional.

J'avoue qu'elle m'a sidéré. Ma première remarque est simple : comment peut-il à ce point se payer notre tête ? Profitant d'une perche tendue par un commentaire, il déclare avoir voulu jouer les provocateurs, créer un cas d'école. Il nous demande de nous apitoyer sur son sort. Un sort malheureux pour un homme frappé par l'incertitude de la réélection et donc par les lendemains qui éventuellement déchantent. On en aurait les larmes aux yeux si on ne connaissait l'animal et le personnage. Que les gros salaires lèvent le doigt ! Si, avec 9500 euros mensuels, le président de la CASE se plaint, combien allons-nous être à nous plaindre ?

Le maire de Louviers est comme un enfant pris les doigts dans la confiture. Ne pouvant éviter la délibération du conseil municipal sur l'écrêtement de ses indemnités, et contrairement à ce qu'il affirme, il pensait tuer la discussion dans l'œuf en choisissant sa compagne comme bénéficiaire et en étant certain que personne ne lui chercherait de poux dans la tête. « Ils n'oseront pas ». Voilà quelle était sa certitude.

C'est si vrai que lors de la réunion de la commission des finances qui évoqua le sujet avant la réunion du conseil, il n'y eut pas de remarque acerbe ni de propos critique. L'étonnement rend muet. J'ai alors pensé qu'il fallait agir en amont pour amener le maire de Louviers à une saine réflexion et un changement d'attitude. En rendant publique cette délibération, j'ai souhaité qu'il retrouve la raison et reprenne ses esprits.

Peine perdue. Il a persévéré dans l'erreur. Et aujourd'hui, il doit faire face à un flot de critiques et d'agressivité peu surprenant eu égard à ce qui se passe au sommet de l'Etat et au comportement de certains responsables politiques de l'UMP. Les moyens de défense développés par le maire sont faibles, peu crédibles, pour tout dire inefficaces. Que José Alcala vienne à son secours en évoquant les turpitudes d'autres hommes politiques (il a oublié Bernard Tapie !) ne finit pas de m'étonner. Faut-il être à bout d'argument pour taper sur MAJ, maire de Val-de-Reuil, et tenter de sauver le maire «actuel» de Louviers…ainsi que sa compagne «actuelle»(1). Quelle élégance n'est-il pas ?

(1) L'expression est de Franck Martin lui-même.

5 juillet 2010

Des têtes vont tomber, il faut dire lesquelles !

Ne tombons pas dans le piège qui nous est tendu. Les démissions spontanées ou commandées des sous-ministres Joyandet et Blanc sont avant tout destinées à protéger le trésorier de l'UMP, un certain Eric Woerth. On apprend d'ailleurs aujourd'hui que le procureur de la République de Nanterre souhaite enquêter sur les conditions de l'embauche de Mme Woerth au sein de la société Clymène, chargée de gérer les dividendes de Mme Bettencourt. M. Courroye est un procureur, proche de Nicolas Sarkozy, en bisbille avec l'une des présidentes du tribunal correctionnel, ancienne juge d'instruction.

Cette dernière a refusé de juger François Marie Banier, le protégé de Mme Bettencourt, tant que les bandes enregistrées par un majordome, pendant plusieurs mois, ne seraient pas authentifiées et décryptées. Elle se propose même de reprendre son métier de juge d'instruction pour assurer que le dossier serait conduit à charge et à décharge. Que M.Courroye veuille avoir la main sur l'enquête n'est pas forcément bon signe d'où l'appel interjeté contre la décision de cette juge…jugée trop indépendante et trop imprévisible. Devrons-nous descendre dans la rue pour soutenir la présidente du tribunal de Nanterre ? Que veut-on cacher ? Qui veut-on protéger ?

Quant à M. Woerth, malgré la sérénité à toute épreuve qu'il dit afficher, il met le président et le gouvernement dans l'embarras. Edwy Plenel, l'un des patrons de Médiapart, publie à dose homéopathique le contenu des bandes dont il a obtenu copie. Chaque jour qui passe apporte son lot de révélations. Elles indisposent immanquablement le pouvoir. Ce dernier ignore jusqu'où vont aller les « aveux » du proche conseiller fiscal de Mme Bettencourt. Les comptes en Suisse, l'île aux Seychelles, les voyages de Mme Woerth à Genève (un, deux, trois ?) les 30 millions d'euros remboursés au titre du bouclier fiscal…que de découvertes ! Le dossier Woerth fragilise le ministre du travail chargé de conduire la réforme des retraites et le sondage assurant que plus de 60 % des Français considèrent que les hommes politiques sont corrompus commence à faire désordre. Les vacances sont là mais les Français ont plus de temps pour lire et suivre le feuilleton en temps réel, sur ce blog par exemple. Nous ne manquerons pas de l'alimenter.

Il va donc bien falloir que Nicolas Sarkozy prenne l'affaire en main et tente de stopper la machine emballée. Comme le remaniement ministériel de l'automne tombera lors des grandes manifestations contre la réforme des retraites, le président va devoir agir plus vite et plus fort. Des têtes vont tomber. Il faut dire lesquelles et pourquoi ?

Quand on est de Gauche, on doit avoir un comportement exemplaire

Les réponses de Franck Martin à José Alcala me rappellent celles que faisait Odile Proust, ancien maire de Louviers (UMP) à qui l’on reprochait de dépenser trop d’argent public dans les restaurants et les voyages. D’ailleurs, Denis Laheye, actuel adjoint, fut le principal pourfendeur de ces pratiques que les opposants d’alors (dont j’étais) jugeaient condamnables. A l’époque, Odile Proust déclarait qu’elle passait beaucoup de temps au service des Lovériens, que l’indemnité perçue n’était qu’une obole et que, finalement, il était bien normal qu’elle se rattrapât sur la bête. Elle ajoutait même qu'elle perdait au change avec le salaire gagné à son poste au sein du CNPF (Centre national du patronat français devenu MEDEF)

Au pouvoir aujourd’hui, le maire de Louviers se défausse, lui aussi, de façon tout à fait fallacieuse. Le connaissant, personne ne croira qu’il travaille de 9 à 23 heures sept jours sur sept au bénéfice des collectivités auxquelles il appartient. Quand on ose déclarer aux commerçants de Louviers qu’on n’a pas lu un document tel que le plan de déplacements urbains (1) c’est qu’on fait mal son travail, mal son métier en l’occurrence puisque le maire, président de la CASE, conseiller régional, est devenu un professionnel de la politique.

Il y a plus amusant. Dans une déclaration à France 3, FM affirme qu’il aurait pu, comme d’autres, désigner un élu quelconque « qui lui aurait restitué la somme écrêtée » sans que personne ne trouve à redire. Que Ghislaine Baudet, sa compagne, soit devenue cette élue quelconque, rend nulle et non avenue la déclaration sur « la compétence » de cette dernière. D’ailleurs, s’il a choisi l’écrêtement de son indemnité municipale et non celle de conseiller régional, c’est bien parce qu’il tenait à choisir la bénéficiaire la plus proche de lui.

S’il veut jouer la transparence à fond, cet argument n’est pas le bon. FM fond doit reconnaître qu’il a souhaité que l’écrêtement ne sorte pas de son foyer et doit maintenant l’assumer totalement. Bien sûr, c’est difficile car le contexte économique et financier oblige les Français à se serrer la ceinture. Et quand celui qui vous matraque fiscalement perçoit 9500 euros par mois avant écrêtement et autant après (du moins peut-on le penser) ses grandes déclarations sur les économies nécessaires ne sont que péroraisons.

Mon ami Reynald Harlaut dit bien ce qu’il faut dire. Denis Szalkowski aussi sur son blog voie militante qui ose même comparer Louviers à « Une République bananière ». L’agence France presse a diffusé une dépêche sur le sujet, dépêche reprise dans maints quotidiens régionaux. Cette information fait le buzz et c’est légitime. Après 15 ans de pouvoir, le maire actuel de Louviers a oublié ce qui avait fait son succès de 1995 : une démocratie rénovée et partagée, des pratiques inattaquables. Quand on est de Gauche, on doit avoir un comportement exemplaire.

(1) Le plan de déplacements urbains a été commandé par la CASE et payé par elle. Il est invraisemblable que le président de la CASE traite ce document d'un revers de main comme s'il s'agissait d'une étude tombée du ciel. Quant à sa lecture, elle demande une heure d'attention. Du moins est-ce le temps que cela m'a demandé. Et bénévolement !

Franck Martin ou le déni de la réalité

L’attribution par Franck Martin de son écrêtement d’indemnités d’un montant de 1.425 euros pour cause de cumul des mandats à sa compagne adjointe au maire Ghislaine Baudet n’a pas fini de faire des vagues.

Interrogé sur le sujet par José Alcala sur son site Caméra diagonale, les réponses qu’apporte le maire de Louviers ne laissent pas d’étonner. « Si cette affaire fait du bruit, c’est parce que j’ai voulu la totale transparence sur une pratique parfaitement légale […] j’ai voulu que cela soit su, voulu, exposé devant le conseil municipal en toute transparence alors que bon nombre de personnes écrêtées dans la même situation que moi s’arrangent pour que cela ne se sache pas ». Car, que ce soit sur le fond ou sur la forme, avec son art consommé de l’escamotage, Franck Martin travestit la réalité avec un aplomb que pourrait lui envier Frédéric Lefebvre, le porte-parole de l’UMP. Il serait victime, affirme t-il, de sa volonté de totale transparence. Mais de qui se moque t-il ? Faisant porter l’écrêtement de ses indemnités sur son mandat municipal, il n’a pas d’autre choix que de se soumettre à la loi. Et de soumettre à son conseil municipal la délibération accordant le bénéfice de cet écrêtement à la (ou aux) personne(s) de son choix. Ce n’est donc pas là du tout le fait d’une volonté quelconque de transparence, mais bien le résultat d’une obligation légale à laquelle il ne peut se dérober.

D’ailleurs, cette transparence qu’il revendique haut et fort, il prend avec elle des libertés qui la réduisent au minimum par lui inévitable. C’est d’abord, nous nous répétons, cette manière d’agir en inscrivant cette délibération à la toute fin du dernier conseil municipal, à la veille des vacances, quand la vigilance des citoyens se relâche, après avoir usé de tous les artifices pour faire traîner les autres délibérations en longueur. Et en se disant qu’à la rentrée en septembre, les citoyens auront bien d’autres chats à fouetter et que tout cela sera oublié. Si les mots ont encore un sens, est-cela qu’on nomme la transparence ? Et, c’est ensuite, cerise sur le gâteau, la censure qu’il a fait appliquer à la vidéo retransmettant la dernière séance du conseil municipal, en faisant purement et simplement disparaître, la partie du débat ayant trait à cette délibération. Terrible aveu !

Au constat que lui oppose José Alcala, pas vraiment satisfait de ses réponses précédentes : « C’est quand même un moyen de contourner la loi. Puisqu’il y a une loi sur l’écrêtement, c’est précisément qu’on estimait qu’on devait plafonner les revenus », Franck Martin a l’audace, car il en faut pour nier ainsi l’évidence, de commencer sa phrase par : « Absolument pas, je connais bon nombre de députés qui emploient comme assistant parlementaire leur épouse, leur fille, un membre de la famille. » Se défausser ainsi comme il le fait en invoquant pour sa défense les turpitudes des autres, quelles qu’elles soient, est un argument irrecevable. C’est une argutie de caniveau qui autorise à faire n’importe quoi sous le prétexte que d’autres font de même, et c’est indigne de tout élu en charge de responsabilités dont la première des vertus doit être l’exemplarité.

Nous ne cesserons de le répéter, le détournement à son avantage personnel et exclusif de l’esprit de la loi, s’il n’est pas juridiquement attaquable est moralement indéfendable. Il faut vraiment qu’il soit aveuglé par le goût du pouvoir et de l’argent pour ne pas vouloir ouvrir les yeux sur la réalité.

Reynald Harlaut

Quelques extraits de l'interview :

Est-ce illégal ? Pas du Tout. Franck Martin est-il le seul à avoir fait ce choix ? Évidemment non.
Il faut aussi parler des députés et sénateurs qui emploient leurs épouses ou enfants comme attachés parlementaires. Alors viser Franck Martin, pourquoi pas, mais ce n’est pas lui qui a fait la loi de 1992.
José Alcala
3 juillet 2010


Franck Martin: « J’étais un cadre supérieur. J’ai abandonné ma carrière professionnelle et tous les risques que cela impose pour travailler au service de Louviers, au service de la CASE, au service de la Région, maintenant, de 9H00 du matin à 23H00, sept jours sur sept. Il y a une possibilité d’être rémunéré. Je pense qu’il est tout à fait normal d’être rémunéré pour pouvoir précisément garder l’indépendance financière et ne pas être obligé d’avoir des pratiques douteuses. […] j’assume totalement le fait d’être payé normalement, comme un cadre supérieur, pour un travail de cadre supérieur ».

FM : « Absolument pas, je connais bon nombre de députés qui emploient comme assistant parlementaire leur épouse, leur fille, un membre de la famille. C’est, je l’espère parce que cette épouse, cette fille, ce membre de la famille est compétent. En l’occurrence, j’espère que personne n’osera contester ni le travail, ni la compétence, ni l’engagement de celle qui recevra cette indemnité et qui je le précise, était élue et exerçait ces responsabilités bien avant que nous vivions ensemble ».

2 juillet 2010

Conflits d'intérêts et intérêt des conflits

On parle beaucoup des conflits d’intérêts du couple Woerth. Des conflits nés des proximités entre les fonctions de Monsieur (ministre, trésorier de l’UMP et ancien trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy) et de Madame, cadre supérieure dans la société Clymène, société servant à faire fructifier les dividendes du capital de Mme Liliane Bettencourt. Madame vient de démissionner de son poste et reconnaît dans le Monde qu’elle n’avait pas bien mesuré l’ampleur du désastre public né du mêli-mêlo de toutes ces fonctions enchevêtrées.

Il existe donc des conflits d’intérêts entre l’argent privé et l’argent public. Il existe aussi des conflits d’intérêts entre argent public et argent public. Il tient en un mot cumul : des mandats. Comment, par exemple, un député-maire va-t-il voter telle ou telle loi sachant qu’elle aura telle ou telle conséquence pour sa ville ?

Nous avons l’exemple de Louviers et de la communauté d’agglomération. Franck Martin se réjouit du refus des délégués de la CASE d’accepter une avance de trésorerie sollicitée par la ville de Val-de-Reuil, ville dans laquelle il voit une concurrente et non pas une complémentarité collective. En affirmant publiquement ce qu’il affirme, il défend avant tout les intérêts de Louviers sans se soucier de ceux des autres communes et notamment ceux de Val-de-Reuil qu’il vit comme une rivale.

Idem pour l’affaire Immochan sur laquelle je me suis expliqué maintes fois. Franck Martin a utilisé sa casquette de président de la CASE pour empêcher le développement commercial de Val-de-Reuil et tenter de protéger ce qu’il croit être l’intérêt de la ville qu’il préside. Un président d’agglomération devrait être neutre, libre, indépendant des lobbies et ne considérer que l’intérêt général.

Quand il se défend devant les commerçants de Louviers en justifiant son action anti-Immochan, il ne fait que confirmer ce que tout le monde sait : la présidence de la CASE lui permet d’avoir le contrôle de l’ensemble des équipements des communes de la CASE, et finalement de posséder le pouvoir de décision ultime. Rappelons-nous la halle d’athlétisme de Val-de-Reuil. Il a fallu une révolte et un vote des délégués pour que le président de la CASE soit mis en minorité. Dernièrement, il s’en est fallu de quelques voix pour que le maire de Val-de-Reuil obtienne satisfaction.

Le conflit d’intérêts existe quand un élu est incapable de surmonter ses préférences personnelles ou politiques, et qu’il privilégie son pré carré. Accorder un écrêtement de 1425 euros à sa compagne et non pas procéder à une répartition collégiale, est-ce un choix qui relève d’un conflit d’intérêts ? A chacun et chacune d’entre vous de répondre. Je retiens une chose cependant : on a toujours intérêt à mener les conflits qui en valent la peine.

1 juillet 2010

Petits arrangements entre “amis”…par Reynald Harlaut

Nous dénonçons ici régulièrement les dérives du pouvoir sarkozyste. Comme ces conflits d’intérêts dont l’affaire Woerth est un cas d’école. Comment peut-on être ministre du Budget chargé de traquer l’évasion fiscale – sport pratiqué par les Français les plus riches – et dans le même temps être trésorier de l’UMP, parti politique de droite défendant les intérêts des mêmes, et recevoir d’eux des dons ? À qui fera t-on croire que ces généreux donateurs n’espèrent pas en retour une certaine indulgence du fisc à leur égard ? Il n’y a que cet histrion de Frédéric Lefebvre, le comique troupier du gouvernement, pour oser s’indigner qu’on puisse imaginer cela et tenter de nous faire avaler la couleuvre.

Les Français dans leur immense majorité ne sont pas dupes de cette manière de faire de la politique en mélangeant tout : intérêt général et intérêts privés, en faisant argent de tout, en profitant de tout : ministres qui mènent grand train sur le dos du contribuable qu’on s’apprête à saigner à blanc. Tel le secrétaire d’État au Grand Paris Christian Blanc et ses 12.000 euros de cigares ; telle Christine Boutin et ses 9.500 euros par mois pour un rapport fumeux ; tel Jean Sarkozy qui devait prendre la direction de l’EPAD, etc. La liste devient longue comme un jour sans pain.

Raison de plus pour ne pas s’exonérer de dénoncer certaines pratiques à l’échelon local lorsqu’elles viennent du personnel politique réputé être à gauche ou plutôt se définissant comme tel. Deux exemples nous sont fournis par l’actualité dans lesquels se trouve impliqué Franck Martin, maire de Louviers, président de l’Agglomération Seine Eure et conseiller régional.

Maire de Louviers, Franck Martin, a fait des indemnités d’élu qu’il perçoit son affaire personnelle et fait voter par son conseil municipal, lors de la dernière séance du lundi 28 juin, l’attribution de son écrêtement d’indemnités pour cause de cumul des mandats à sa compagne adjointe au maire Ghislaine Baudet. Du balkanysme pur sucre. Il est d’ailleurs si fier de son exploit que dans la vidéo retransmettant la dernière séance du conseil municipal, il a censuré en la faisant purement et simplement disparaître, la partie du débat ayant trait à cette délibération. Bel exemple de démocratie, de transparence et de courage politique.

« À l’école de Sarkozy et de Balkany, Franck Martin, l’escamoteur, fait d’énormes progrès. Même cynisme, même absence d’éthique sinon de morale, mêmes méthodes tordues : je fais mes mauvais coups en douce, à la veille des vacances, quand la vigilance des citoyens se relâche, en fin de séance, après avoir usé de tous les artifices pour faire traîner les autres délibérations en longueur. À la rentrée, en septembre, ils auront déjà oublié, pense-t-il. Le maire de Louviers doit savoir que cet « arrangement » pour contourner la loi et conserver le bénéfice de ces 1.425 euros d’indemnités, il va désormais devoir le traîner sans cesse comme un boulet jusqu’à la fin de son mandat, tout comme Sarkozy, avec le bouclier fiscal, la soirée avec la bande du Fouquet’s et le séjour sur le yacht de Bolloré.

Président de l’Agglomération Seine Eure, la CASE, Franck Martin, à force de manœuvres et d’intrigues auprès d’Alain Le Vern, président de région et de Jean-Louis Destans, président du conseil général, est parvenu à se faire placer en position éligible sur la liste socialiste aux dernières régionales. Situation ubuesque puisque le Parti socialiste est dans son opposition au conseil municipal. En conséquence de quoi, Michel Ranger a perdu le siège qu’il espérait «regarnir» au conseil régional. Mais, auparavant, Michel Ranger, conseiller régional, avait été élu en 2008 président du Syndicat mixte de la base de plein-air et de loisirs de Léry-Poses, présidence qui n’est pas qu’honorifique et bénéficie d’une rémunération. En toute logique et dans le respect des statuts prévoyant que seul un élu pouvait assurer la présidence du Syndicat mixte de Léry-Poses, Michel Ranger aurait dû s’en retirer. Le Syndicat mixte est dans les compétences de la CASE. Franck Martin le sait bien, lui qui toujours à l’affût d’un fromage, avait déjà jeté son dévolu dessus en 2005 et tenté de se faire élire à cette présidence. Mis en minorité lors du vote par les délégués territoriaux, il avait vu Ghislaine Raud, à l’époque maire de Poses, lui ravir la place. Il s’était alors vengé sur les délégués félons en leur retirant leur délégation. Histoire de leur apprendre à bien se tenir et leur rappeler, lui le suzerain, la place des vassaux.

Cependant, il existait dans le pacte conclu entre ces grands seigneurs qui nous gouvernent localement, une clause secrète. C’était que, comme lot de consolation, Michel Ranger conserve la présidence du Syndicat mixte. Que croyez-vous qu’il advint ? À la dernière séance du conseil communautaire, Franck Martin a fait voter par l’assemblée des délégués qui s’est exécutée, la modification des statuts du Syndicat mixte, permettant ainsi à Michel Ranger d’en conserver la présidence. L’engagement est honoré. Les comptes sont apurés.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais en ces circonstances, en adoptant certains comportements du pouvoir en place, ces braves gens ne seront sûrement pas les mieux placés pour critiquer dans les prochains mois l’équipe de bras cassés qui gouverne notre malheureux pays. Les citoyens du canton de Louviers-Nord devront s’en souvenir lorsqu’ils iront voter aux prochaines cantonales (1) de mettre leur bulletin dans l’urne. Nous saurons leur rafraîchir la mémoire en temps utile. »

Reynald Harlaut
Parti de Gauche


(1) NDLR : il va de soi, qu'en ce qui me concerne, j'appelle d'ores et déjà mes amis et les électeurs du canton nord de Louviers à voter pour Leslie Cléret, la conseillère générale sortante. Elle est socialiste, elle a un bilan, elle est honnête et elle est franche ce qui lui vaut quelques fois des reproches mais je préfère ces personnes-là.
Jean-Charles Houel

L'écrêtement de l'indemnité du maire fait le buzz sur Internet

La décision du maire de Louviers d'écrêter son indemnité municipale en faveur de sa compagne fait le buzz sur Internet. Je viens d'être appelé par un journaliste d'une grande agence de presse nationale qui a lu sur ce blog mon article intitulé « le maire de Louviers se balkanyse. » Il se dit très intéressé par cette information et comme il est bon journaliste, il se livre à une enquête complète voire exhaustive pour comprendre le fonctionnement de Franck Martin, maire de Louviers. On peut donc s'attendre à des développements nationaux et, qui sait, à découvrir un article dans Le Canard enchaîné spécialisé dans les révélations à la fois opportunes et légitimes s'agissant de l'utilisation de l'argent public.

Evidemment, lui aussi considère que le cumul des mandats et des indemnités est un mal bien français. Il ne connaît pas beaucoup de situations comparables et s'étonne que les élus fassent preuve de tant de largesse avec ledit argent public. Des largesses bien ciblées, personnellement intéressées, et — ce qui est effarant — justifiées par les personnes qui en bénéficient. Il arrive un moment où l'usure du pouvoir, les habitudes (mauvaises) l'absence d'opposition interne, aveuglent les élus et les éloignent des réalités. Aujourd'hui, qui peut sans sourciller, palper 9600 euros (car il s'agit bien de cela) quand la loi cherche à limiter le plafond à 8200 euros !

Il faut être bien peu scrupuleux pour affirmer péremptoirement comme le maire de Louviers le fait dans La Dépêche de ce jour, qu'une indemnité totale de 8 200 euros est bien ordinaire eu égard au travail accompli. Attention ! Il n'est pas question de contester la nécessité de verser des indemnités correctes aux élus. Ce qui est contestable, c'est la course aux mandats, la chasse aux indemnités que j'avais dénoncées lors de la campagne des cantonales. J'avais mis le doigt sur les risques évidents engendrés par ces excès, le pire étant sans doute l'incapacité d'assumer chaque mandat dans sa globalité. La plupart des élus cumulards rétorquent qu'ils délèguent, font confiance...le fait est que plusieurs élus de la majorité municipale étaient absents de la séance de conseil de lundi sans avoir donné de pouvoir. Compte tenu de la main de fer avec laquelle le maire tient sa majorité, cette attitude nouvelle de certains élus n'est absolument pas anecdotique.

Avec mon ami Reynald Harlaut, du Parti de Gauche, mes camarades du PS, du PC, du NPA, nous allons populariser cette affaire d'écrêtement. Elle le mérite, non par acharnement personnel, mais plutôt par obligation tranquille : une opposition correctement conduite doit veiller au bon usage des impôts des Lovériens !