7 juin 2010

Sondages : comment se fabrique l’opinion ?

« Les instituts de sondage manipulent de plus en plus ouvertement l’opinion et tentent d’imposer les idées ou les candidats qui leurs conviennent le mieux, à eux et à ceux qui en leur commandant ces sondages, les font exister.

On se souvient de la manière dont ils donnaient presque tous le oui largement vainqueur en 2005 lors de la campagne du référendum sur la Constitution européenne. On a vu ensuite, à partir de son succès aux élections régionales de l’année suivante, comment ils ont « fabriqué » la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle de 2007, l’imposant dans les faits au Parti socialiste.

Les voici à nouveau à l’œuvre dans la perspective de la présidentielle de 2012, disant à l’opinion quels sont les candidats convenables à leurs yeux entre lesquels il conviendra de choisir le moment venu. L’exemple le plus caricatural de cette manipulation est celui de la candidature supposée de Dominique Strauss-Kahn. Sondage après sondage, ils ne cessent à l’unisson de nous dire que ce dernier serait le mieux placé pour l’emporter sur Nicolas Sarkozy, dont personne ne sait aujourd’hui compte tenu du rejet massif qu’il suscite dans l’opinion, s’il sera en mesure de se représenter en 2012.

Pour dire les choses simplement, avec Sarkozy, la Droite est dans l’impasse. Elle sent bien que la situation risque fort de lui échapper. Et dans la perspective d’un échec à la prochaine présidentielle et de l’arrivée de la Gauche au pouvoir, elle considère que Dominique Strauss-Kahn, social-démocrate largement acquis aux idées capitalistes serait pour elle le moindre mal. À la direction du FMI, il lui a donné et lui donne encore tellement de gages de bonne conduite libérale. Alors, tout est fait pour l’imposer comme candidat de gauche et ce rôle est dévolu aux instituts de sondage. Dominique Strauss-Kahn qui n’a pourtant pas grand-chose de socialiste n’a jusqu’à présent rendu public le moindre élément de ce qui pourrait ressembler à un début de programme de gouvernement. Mais il s’est déclaré favorable à l’allongement de la durée du travail et à la fin de la retraite à soixante ans. Voilà de quoi rassurer le Medef et les marchés. La machine s’est donc mise en marche et le matraquage fonctionne à plein régime.

Cependant, et pour faire bonne mesure, il faut aussi, dans la même perspective, affaiblir ou marginaliser les autres candidats potentiels. C’est le cas avec Martine Aubry. Chaque nouveau sondage la donnant devancée par Dominique Strauss-Kahn tend évidemment à l’affaiblir au sein du Parti socialiste. La méthode utilisée à l’endroit des autres composantes de la Gauche n’est pas vraiment différente. Chez Europe Écologie et chez les Verts, alors que monte un courant de sympathie à l’égard de l’ancienne magistrate Éva Joly, les instituts de sondage, pour la marginaliser, enquêtent sur la popularité de Cécile Duflot.

Enfin, alors que commence à émerger pour le Front de Gauche, la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, ils enquêtent sur Marie-Georges Buffet, pourtant partante de la direction du Parti communiste et qui plafonnerait disent-ils à 3% dans les intentions de vote. Plus fort encore, au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), pourtant chargé de garantir l’exercice de la liberté de communication dans l’audiovisuel, on ne sait même pas qui est Jean-Luc Mélenchon, absent de toutes les hypothèses électorales. Sans doute vient-il de débarquer d’une autre planète ?

Nous n’oublierons pas de sitôt comment les médias dans leur ensemble, presse et audio-visuel confondus, ont ostracisé le Parti de Gauche dès sa création. Impasse quasi-totale sur son premier meeting le 29 novembre 2008 à l’Île-Saint-Denis et sur son congrès fondateur du 30 janvier 2009 à Limeil-Brévannes ; impasse totale sur le meeting du Front de Gauche au Zénith du 9 mars 2009 pour le lancement des Européennes qui réunit plus de 4.500 personnes. Et nous n’aurons pas ici, sur ce blog ami, la cruauté de rappeler au Parti socialiste combien de personnes il parvint à réunir le 23 mars 2009 pour son meeting du « Printemps des libertés » au même endroit et qui cependant eut droit aux honneurs de la presse et des télévisions.

Ainsi se fabrique jour après jour l’opinion. Et pour contrer cela, internet et les blogs sont incontestablement aujourd’hui un formidable outil pour la démocratie. Il suffit de les utiliser. »

Reynald Harlaut

Parti de Gauche

J'ai publié intégralement le texte de mon ami Reynald, c'est la règle du jeu. Ses pertinentes analyses aident à mieux comprendre les différences à gauche. Avant l'union ?
JCH

Crimes et châtiment au Musée d'Orsay

Il ne reste plus que quelques jours pour se rendre au Musée d'Orsay à Paris et visiter l'exposition consacrée aux « crimes et châtiment » inspirée du texte de Dostoïevski. Sur une idée de Robert Badinter et une réalisation de Jean Clair, l'exposition permet de mieux comprendre comment la société juge, condamne (tue aussi) les voleurs, les brigands, les assassins, et de mieux connaître les moyens techniques et philosophiques qu'elle utilise pour justifier le châtiment suprême heureusement aboli en 1981.

« L'exposition envisage une période d'environ deux siècles : de 1791, lorsque Le Peletier de Saint-Fargeau réclame la suppression de la peine de mort, jusqu'au 30 septembre 1981, date du vote de son abolition en France. Durant toutes ces années, la littérature a créé d'innombrables personnages de criminels. Dans la presse, notamment dans les quotidiens illustrés, le crime de sang décuple par la fiction du romanesque sa puissance fantasmatique. Dans le même temps, le thème criminel investit les arts visuels. Chez les plus grands peintres, Goya, Géricault, Picasso ou Magritte, les représentations du crime ou de la peine capitale sont à l'origine d'œuvres saisissantes. Le cinéma également assimile sans tarder les charmes troubles d'une violence extrême, sa représentation la transformant même en plaisir, voire en volupté…»

…« Au-delà du crime, il s'agit de poser encore et toujours le problème du Mal, et au-delà de la circonstance sociale, l'inquiétude métaphysique. A ces questions, l'art apporte un témoignage spectaculaire. Esthétique de la violence, violence de l'esthétique, cette exposition ne saurait que les réconcilier en rapprochant des images de toutes sortes, littérature et musique…»

Dans l'exposition on trouve, sur son passage, une guillotine et une phrase de Marat : « l'instrument du supplice doit susciter l'effroi alors que la mort doit être douce. » J'ignore, quand on a la tête tranchée, si la mort est douce, mais je suis certain que la guillotine peut susciter l'effroi. Le biseau de la lame parait si bien affûté.

Exposition visible jusqu'au 27 juin au Musée d'Orsay à Paris (photo JCH)

6 juin 2010

Charasse et Dray se distinguent

En assurant que Brice Hortefeux n'a rien d'un raciste, Michel Charasse et Julien Dray, deux hommes dits de gauche ou du moins qualifiés comme tels par la presse nationale, se distinguent une fois encore. Pour avoir rencontré Michel Charasse lors de l'inauguration de l'école Coluche à Val-de-Reuil, je sais qu'il a une aversion profonde pour les journalistes et qu'il ne se cache pas pour leur dire tout son mépris. Charasse est un homme intelligent, cultivé même mais c'est un grossier personnage. Il joue d'ailleurs de la vulgarité comme d'un sésame vers une forme d'originalité. En soutenant Sarkozy (sans le dire ouvertement) entre les deux tours de la dernière présidentielle, il a aidé à balayer les espoirs de Ségolène Royal et a reçu sa récompense en étant nommé au Conseil constitutionnel par le président de la République. Alors que cet homme-là vienne donner des leçons de comportement et aide à préciser qui est ou n'est pas raciste, franchement, on s'en tape.

Quant à Julien Dray, c'est une autre histoire. Juju a du mal à se remettre de l'enquête préliminaire ouverte par le parquet sur des paiements bancaires « jugés suspects » par la cellule antiblanchiment tracfin. On sait que Juju aime les belles montres, les montres très rares et très chères. Il a dit merci à Nicolas Sarkozy qui a fait ce qu'il fallait pour que le député socialiste ne soit plus inquiété par la justice, dise du mal de ses amis et beaucoup de bien de ses adversaires.

Julien Dray, conseiller régional, toujours député, devrait se souvenir qu'un système de dette est toujours pénalisant pour celui qui doit. Quant au créancier, il aurait tort de ne pas profiter de la situation. Les affaires sont les affaires. Je souhaite simplement qu'on ne vienne pas mouiller la gauche dans cette histoire d'Auvergnats à la sauce Hortefeux, le seul ministre à avoir été condamné pour injure raciale.

Les socialistes défendent la retraite à 60 ans

Le Parti socialiste a lancé une grande campagne de défense de la retraite à 60 ans. D'ailleurs, l'immense majorité des Français considèrent cette conquête sociale comme acquise et refusent de voir changer l'âge légal de départ en inactivité. Inactivité est un mot inapproprié car chacun sait que la retraite est un moment idéal pour faire tout ce qu'on ne peut pas faire quand on a un métier, des horaires, des contraintes.

Samedi, sur le marché de Louviers, plusieurs militants de la section PS de Louviers dont Christian Renoncourt, son secrétaire (photo JCH) étaient présents pour distribuer le quatre pages réalisé par les responsables nationaux et visant à bien faire comprendre aux Français pourquoi la volonté du gouvernement de modifier l'âge légal est une injustice. Une vraie injustice qui va, une fois de plus, désavantager les classes moyennes et les professions rangées au rayon de la « pénibilité ».

Le PS propose de taxer les stocks options et les revenus du capital, de revoir les privilèges fiscaux, de supprimer le bouclier fiscal, et d'abonder le fonds de réserve des retraites créé par Lionel Jospin. Une remarque, il semblerait que l'unanimité des socialistes soit acquise aux 60 ans sauf, peut-être, DSK (Dominique Strass-Kahn). Il doit être influencé par les mesures d'austérité qu'à titre de président du FMI, il impose à la Grèce et à tous les pays trop endettés. Répondant récemment à une question d'Arlette Chabot, il a raconté comment son rôle pouvait être comparé à celui d'un médecin : « on m'appelle quand les finances des états vont mal. Je suis là pour proposer un diagnostic et des remèdes. »D'ici l'été 2011, date des primaires à gauche, DSK a encore le temps de s'adapter à la situation française. Martine Aubry sera bien présente pour lui rappeler les évidences à gauche.

5 juin 2010

Hortefeux condamné pour injure raciale

Le préfet Girod de l'Anglade a été débarqué par Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, après qu'il a tenu des propos « racistes » lors d'un contrôle dans un aéroport. Qui vient d'être condamné pour injure à caractère racial ? Brice Hortefeux lui-même suite à sa « blague » sur les Auvergnats plus bronzés que bronzés. « Quand il y en a un ça va, c'est quand ils sont plusieurs que ça pose des problèmes ». Il avait prononcé cette phrase alors qu'il était filmé et enregistré et s'adressait à un militant UMP d'origine maghrébine. Le tribunal, dans ses attendus, a assuré que M. Hortefeux ne le savait pas. Le caractère public de sa petite phrase raciste a donc été rejeté par les juges.

Il n'empêche que le sieur Hortefeux avait, au sujet du préfet Girod de l'Anglade, assuré qu'aucun cadre ou employé de la fonction publique ne serait épargné s'il prononçait un propos condamnable par notre droit et notre jurisprudence. C'est la raison pour laquelle les socialistes demandent (vainement) la démission du ministre de l'Intérieur, ex-ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale.

Démissionner n'est pas donné à tout le monde. Il faut s'appeler De Gaulle, Mendès France ou Chevènement voire Savary. Il faut être un homme d'Etat, pas un copain du président placé là où il est pour servir d'autres intérêts que l'intérêt général. La condamnation d'Hortefeux à une peine d'amende de 750 euros et à des dommages et intérêts à verser au MRAP à hauteur de 2000 euros est d'ores et déjà frappée d'appel. Cette condamnation n'est donc pas définitive. Mais comme il pressent une confirmation en appel, Brice Hortefeux a annoncé qu'il irait en Cassation. Ces manœuvres dilatoires ne trompent personne. Elles lui servent seulement à gagner du temps. Quand il ira en cassation, il ne sera plus ministre depuis longtemps !

3 juin 2010

Les choristes nous ont donné de l'amour

Les choristes (photo JCH) de l'école de musique de Louviers donnaient de la voix, hier soir, au Moulin. Sous la direction d'Eric Boyer, ces hommes et ces femmes de tous âges et de toutes professions, ont procuré bien du plaisir au public d'amis et de connaissances venus les écouter. En groupe, en solo, duo, trio, les membres de la chorale avaient choisi de placer leur concert sous le signe de l'amour. Le répertoire de Jean Ferrat fut mis à l'honneur, tout comme celui de Prévert et on n'oubliera pas l'hymne à l'amour qu'immortalisa Édith Piaf.

Je n'avais encore jamais suivi de bout en bout un concert de la chorale. J'y ai décelé beaucoup de complicité, d'affection, de joie collective. A l'évidence, ses membres préfèrent chanter ensemble plutôt que de passer des soirées devant leur poste de télévision. J'y ai aussi apprécié des voix magnifiques telles celles des deux choristes interprétant le duo des chats. Drôlerie, mimiques, jeux, travail de la voix, rien ne manquait à cet instant magique.

Autres beaux moments : les morceaux rock-and-roll repris par des guitaristes avidement passionnés. Dominique est excellent et le chœur des femmes aussi magnétique que leurs mouvements de danse. Et le public ? Conquis évidemment. Solidaire, bien sûr. Bienveillant pour tout dire.

2 juin 2010

Reykjavik se dote d'un maire « anarchiste-surréaliste »

Les Islandais sont de drôles de paroissiens. Les électeurs de la ville de Reykjavik viennent, lors d'une élection locale, de donner la majorité des sièges à une liste dite « anarchiste-surréaliste » composée d'artistes et de créateurs d'arts divers. La tête de cette liste avait un programme original. Qu'on en juge. Il souhaitait être élu « pour trahir ses promesses, placer ses petits copains…» il est même allé jusqu'à se faire prendre en photo avec des handicapés et des personnes âgées pour mimer les expressions favorites des élus plus traditionnels.

Je ne vais pas entrer dans le détail de son programme d'action. Ses propositions sont toutes plus fantaisistes les unes que les autres. Mais maintenant que cette liste clownesque doit assumer ses responsabilités et trouver un accord politique avec les socio-démocrates (on ne voit pas la droite rejoindre une liste pareille !) il va bien falloir s'atteler à la résolution des problèmes que connaissent les Islandais et les habitants de la capitale en particulier.

J'ignore si le futur maire a proclamé l'extinction du volcan mais voilà le genre de promesse qu'il aurait pu faire. Il aurait également dû rassurer les banquiers (au bord de la banqueroute) convaincre les citoyens qu'il n'y aurait pas d'augmentation des impôts et le reste à l'avenant. Dans l'univers gris, cette pointe de fantaisie est bonne à prendre. Attention tout de même, si la politique est une chose trop sérieuse pour la laisser aux seuls politiciens, il serait peut-être excessif de la donner en pâture aux histrions. Il est vrai que la politique n'en manque pas.

Véolia n'a pas la mémoire de l'eau

Véolia n’a pas la mémoire de l’eau. Au moment même où se tient à Paris le procès de Jean-Marie Messier, ex patron de Vivendi Universal, pour, entre autres chefs d’inculpation, délits de manipulation de cours boursiers et abus de biens sociaux, c’est fou ce que sa mémoire flanche. On recherchera en vain sur le site internet de Véolia Eau, dans l’historique de la société, les noms de Vivendi ou encore de Jean-Marie Messier.

Pour en savoir davantage, mais guère plus, il faut se rendre sur le site internet de Véolia Environnement. On y apprend en quelques phrases d’une sobriété d’alcoolique repenti que c’est en 1998 que le groupe CGE (Compagnie Générale des Eaux) a pris le nom de Vivendi, en 1999 que s’est constitué Vivendi Environnement regroupant toutes les activités de service, dépendant de Vivendi Universal dont il se sépare en 2002. Fermez le ban !

Là encore on semble ne pas s’enorgueillir d’avoir eu comme principal dirigeant M. Jean-Marie Messier, le flamboyant J2M, comme il fut surnommé au temps de sa splendeur. Pourtant, allons, faites un effort, souvenez-vous… C’était lui, dont la réussite insolente faisait la une de tous les magazines people de l’époque. Rappelez-vous… Lorsque, interviewé dans son loft new-yorkais, nonchalamment étalé à même le sol, son gros orteil nous faisait un clin d’œil au travers du trou d’une de ses chaussettes. Même la Vieille dame indigne en eut honte. Et pourtant elle en avait vu de toutes les couleurs au cours de sa longue vie. C’est qu’elle avait déjà des mètres-cubes au compteur !

La Vieille dame indigne – nous en reparlerons – c’était la Compagnie Générale des Eaux, créée en 1853 par décret de Napoléon le Petit (le IIIème du nom, pas l’actuel). Tel un gigolo, Jean-Marie la culbuta sans ménagements et lui fit subir les derniers outrages. Il s’en fallut d’un cheveu qu’elle ne succombât pour de bon sous ses assauts. Coriace, elle survécut cependant mais dans un tel état qu’il fallut, pour la rendre présentable, lui refaire une virginité. Mission impossible me direz-vous ! Et pourtant non ; à la besogne, c’est un nommé Fourtou (ça ne s’invente pas !), Jean-René de son prénom, qui s’y colla. Il la secoua, la rhabilla, épousseta sa robe longue, redressa son chapeau, lui paya un lifting et la rebaptisa du doux nom de Véolia. Un vrai conte de fées vous dis-je !

(à suivre…)

R.H.

1 juin 2010

Les aberrations du nouveau découpage cantonal

Le député et président PS du conseil général des Landes Henri Emmanuelli a qualifié, dimanche, d'« aberrante » la répartition des futurs conseillers territoriaux adoptée par l'Assemblée nationale dans le cadre de la réforme des collectivités territoriales.
« Nous allons intenter un recours devant le conseil constitutionnel », promet également le député dans une réaction publiée par Sud-Ouest-dimanche. « La répartition des conseillers territoriaux me semble aberrante. je l'ai dit au rapporteur comme au ministre. ils ont été incapables de me fournir le moindre critère ... je ne sais pas qui a fait ça mais ça ne peut pas fonctionner comme ça », déclare-t-il, estimant que les Landes, avec 27 conseillers, « vont être sous-représentées en Aquitaine ».
L'Assemblée nationale a adopté vendredi un amendement gouvernemental fixant à 3 471 le nombre des futurs conseillers territoriaux appelés à remplacer, en 2014, les quelque 6.000 conseillers régionaux et généraux.
De son côté, l'assemblée des départements de France a rejeté samedi le redécoupage des cantons prévu par le gouvernement dans le cadre de la réforme territoriale, estimant qu'il n'a ni cohérence ni logique. « L'avis des assemblées départementales aurait dû être obligatoire », précise-t-elle. Le gouvernement a présenté dans son amendement, sous forme de tableau, le nombre exact de conseillers territoriaux, département par département et région par région. Dans son communiqué, l'ADF « déplore la méthode employée par le gouvernement pour faire adopter au travers de la mesure-phare de son projet », à savoir la création du conseiller territorial, « un redécoupage des territoires qui porte un coup à la démocratie locale ».
Les départements « ont été surpris de découvrir, quelques heures seulement avant l'ouverture des débats », ce tableau « sans qu'à aucun moment ils n'aient été associés ou consultés sur ce redécoupage », indique le communiqué. L'ADF relève notamment qu' « aucune proportionnalité de représentativité n'a été organisée entre les territoires de régions voisines ».
Les effectifs de certains conseils régionaux vont augmenter « démesurément +180 en midi-Pyrénées à 255 élus, +150 en Ile-de-France à 309 élus, ce qui va nécessiter des frais d'installation importants dans les régions et la création de nouveaux hémicycles, » ajoute l'ADF. Elle accuse également le découpage prévu de ne pas respecter les équilibres démographiques départementaux. L'Essonne aura 33 élus, quand le Var en aura 45, la Loire-Atlantique 52, la Gironde 79 et la Haute-Garonne 91, alors même que ces départements ont un nombre comparable d'habitants.

Sarkozy n’en est pas à son coup d’essai

Insulter la mémoire d’un président de la République défunt, comme l’a fait Nicolas Sarkozy en rendant François Mitterrand responsable des difficultés actuelles des régimes de retraite, voilà ce qu’aucun président de la République en exercice n’avait encore jamais fait. Mais pour qui cherche à s’informer de la conduite de notre président, il apparaît qu’en termes d’insultes, Nicolas Sarkozy n’en est pas à son coup d’essai. Et nous ne nous étendrons pas sur le fameux « Casse-toi pov’con ! » proféré en 2008 à l’encontre d’un visiteur du salon de l’agriculture.

Le vendredi 4 mai 2007, l’avant-veille du second tour de l’élection présidentielle et pour conclure sa campagne, Nicolas Sarkozy débarque en le faisant savoir à peine quelques heures auparavant aux médias nationaux, au plateau des Glières, haut lieu de la Résistance de Haute-Savoie. Pour les authentiques résistants dont aucun n’a été prévenu, c’est là, sans possibilité d’y répondre avant la clôture de la campagne, une lamentable opération de récupération électorale.

Mais à ce moment là, seul l’entourage de Sarkozy sait réellement ce qui se cache derrière le mot de rupture dont il a fait le leitmotiv de sa campagne. Cela, les Français vont le découvrir quelques mois plus tard après son élection quand Denis Kessler, ancien vice-président du Medef et l’un des principaux inspirateurs du programme du futur président de la République, se lâche enfin. Le 4 octobre 2007, il déclare publiquement : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. […] Le Gouvernement s’y emploie. »

Le déplacement de Nicolas Sarkozy au plateau des Glières où tombèrent en mars 1944 sous le feu des nazis et des miliciens français de Vichy quelques149 maquisards était donc une véritable imposture au regard du contenu du programme du Conseil national de la Résistance magnifiquement intitulé « Les jours heureux » et publié ce même mois de mars 1944, alors que la France n’était pas encore libérée. Car, comme l’écrit Jean-Luc Porquet –, journaliste et l’un des contributeurs à un remarquable ouvrage qui vient de paraître sur le sujet, à l’initiative de l’Association Citoyens Résistants d’hier et d’aujourd’hui –, « si l’on parle encore aujourd’hui de “l’exception française“, du “modèle social français“, c’est parce que notre système social français – celui des retraites et de la Sécurité sociale entre autres – est issu de ce texte fondateur. »

Mais cette énorme provocation car c’en est une, véritable insulte à la mémoire des Résistants ne s’arrête pas là. Nicolas Sarkozy est aussi l’homme qui rit dans les cimetières. L’année suivante, le 18 mars 2008, deux jours seulement après la première déculottée électorale de l’UMP aux municipales, il remet ça. Il est de nouveau sur le plateau des Glières. Nous résumons Jean-Luc Porquet. « Et là, au petit cimetière de Morette où reposent 105 maquisards, se passe une scène totalement hallucinante. Si elle n’avait pas été filmée par le cinéaste Gilles Perret qui avait subrepticement réussi à se faire admettre dans la cohorte des médias officiels, personne ne pourrait croire cela. Sarkozy, d’excellente humeur, quelques minutes à peine après la minute de silence et alors que les prises de vues officielles des télévisions et du service des Armées sont terminées, se met à parler de lui, de Carla et à plaisanter. Il commence par apostropher une femme dans l’assistance : “Ce rose vous va très bien. Je n’en tire aucune conclusion politique“. Et il est hilare, et autour de lui dans le cimetière, tout le monde ou presque se marre. Un des rares anciens résistants présents, profondément choqué, lui demande de faire cesser les rires. Il n’en a cure. Un autre ancien résistant lui offre un livre qu’il a écrit. Sarkozy le remercie puis aussitôt lui lance : “C’est bien, comme ça, je pourrai dire que j’ai un copain FTP“ ce qui à nouveau déclenche les rires de l’assistance. Puis encore au même : “Et vous direz : j’ai un copain président de la République. “ »

Voilà qui est réellement Nicolas Sarkozy. Alors, que ses copains du Gouvernement crient à l’outrage et à l’insulte et se scandalisent des propos qu’a tenus sur lui Martine Aubry en le comparant non sans humour à Bernard Madoff, est purement et simplement grotesque. Car s’il n’est pas Bernard Madoff, cet homme sans scrupules, n’est-il pas, bel et bien, un homme vulgaire et indélicat ?

Reynald Harlaut, Parti de Gauche

Sous le parrainage de Stéphane Hessel et de l’Association Citoyens Résistants d’hier et d’aujourd’hui. « Les Jours heureux ». Le programme du Conseil national de la Résistance de mars 1944 : Comment il a été écrit et mis en œuvre, et comment Sarkozy accélère sa démolition. Avec les contributions de Emmanuelle Heidsieck, Martine Orange, Jean-Luc Porquet, François Ruffin et Olivier Vallade.

Éditions La Découverte, 2010.