18 juillet 2022

Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, enfourche le mauvais cheval

Le point Godwin. Le fameux point Godwin. L’expression point Godwin désigne le moment où un participant à un débat utilise un argument qui fait référence, de façon plus ou moins prononcée, à Hitler ou au régime nazi. En général c’est quand il est à court d’arguments que l’un des interlocuteurs en cause évoque le nazisme, Hitler ou, pour ce qui concerne les Français, le Maréchal Pétain. Il a donc fallu à Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, une pensée peu profonde pour qu’elle commette un tweet (1) fort peu aimable à l’égard d’Emmanuel Macron devenu sous sa plume, un contempteur du Maréchal condamné à mort en 1946 puis gracié par le général de Gaulle…en mémoire de celui qui avait été son chef.

 

Pétain adulé pour son rôle pendant la grande guerre est devenu un vieillard qu’on disait sénile mais qui, en vérité, se souvenait très bien d’avoir été ambassadeur de France à Madrid où il devint un admirateur de Franco et du fascisme. Sa Révolution nationale avait pour but de détruire la République. Il fut surtout un calculateur redoutable et devint le chef d’un état sans élection, sans parlement donc sans démocratie. L’entrevue de Montoire où il rencontra Hitler fit entrer notre pays dans « la collaboration » Laval et Pétain ayant fait le pari de la victoire finale de l’Allemagne et donc de la défaite de la Grande-Bretagne. Dans l’esprit du régime de Vichy, il fallait pourfendre le Front populaire et ses droits si chèrement acquis. Sans oublier l’antisémitisme d’Etat, la détestation des partis de gauche, des syndicats, des francs-maçons…les procès iniques fait à Léon Blum, Georges Mandel, Jean Zay et Pierre Mendès France (tous quatre juifs) ainsi que la création des sections spéciales composant une justice d’exception et parfois rétroactive au mépris du respect des règles du droit.

 

Les historiens ont montré comment Pétain s’accommoda de la présence allemande. La rafle du Vel d’hiv fut un de ces moments tragiques de l’occupation qui vit plus de 13 000 juifs (hommes, femmes, enfants étrangers et Français) de tous âges, arrêtés par la police…française, livrant des personnes qu’on devait protéger à leur bourreau et à la mort puisque seuls 5% d’entre eux revinrent des camps d’extermination.

Dans son discours, hier à Pithiviers, le Président de la République a rappelé ces heures tragiques de notre histoire. Il n’a pas manqué de souligner que les 16 et 17 juillet 1942, « la France a commis l’irréparable » ce qu’avait déjà affirmé Jacques Chirac le 16 juillet 1995 et ce que François Mitterrand refusait de dire, lui qui avait pour ami le sinistre René Bousquet, secrétaire général de la police en cette année 1942.

 

En fustigeant Emmanuel Macron — que je ne vénère ni exècre — qui, en 2018, rappela le rôle positif du Pétain de 1917, ce qui répond à des faits historiques incontestables, Mathilde Panot, sans doute emportée par la fougue de la jeunesse et le désir vif d’en découdre à toute heure et en tout lieu, n’a pas démontré qu’elle savait se tenir à une distance correcte de l’histoire. Elle a voulu, avec quelle subtilité, associer les collaborationnistes…et l’actuel Président de la République. Cette députée mélenchoniste doit apprendre son « métier ». Présider un groupe parlementaire minoritaire c’est savoir exprimer des convictions et les défendre mais c’est aussi et surtout ne pas commettre de contre-vérités historiques en mélangeant les torchons et les serviettes. Je ne suis pas certain que les membres des autres composantes de la NUPES (PC,PS,EELV) aient beaucoup apprécié la saillie gratuite et somme toute, inutile, de Mme Panot.

 

(1) « Il y a 80 ans, les collaborationnistes du régime de Vichy ont organisé la rafle du #VeldHiv Ne pas oublier ces crimes, aujourd’hui plus que jamais, avec un président de la République qui rend honneur à Pétain et 89 députés RN ! »

5:50 PM · 16 juil. 2022·Twitter for iPhone

 

11 juillet 2022

Quelques réflexions au débotté : Philippe Brun occupe le terrain, le hobereau Balsan n'aime pas Nelson Mandela, Le 80e anniversaire de la Triste Rafle du Vel d'Hiv



Philippe Brun devenu député de l’Eure le 19 juin dernier, a décidé d’occuper le terrain et de ne pas négliger ses mandats locaux. La menace d’une dissolution oblige les nouveaux élus à demeurer vigilants et à être bien présents dans leur circonscription. C’est ainsi qu’il a assisté à la récente réunion du conseil municipal de Louviers, le maire ayant eu l’élégance de le féliciter pour son élection (applaudissements unanimes ou, plutôt presque, M. Bidault s’abstenant de saluer l’élection de son collègue…socialiste) et qu’il sera présent aux séances du conseil de l’agglomération Seine-Eure où il siège depuis les dernières élections locales.

Philippe Brun a également pris l’initiative d’aller à la rencontre des habitants, qu’il s’agisse de ceux de Pitres où il a organisé une rencontre sur le thème des familles monoparentales ou de La Haye-du-Theil ce lundi soir, village qui a voté à plus de 70 % pour le Rassemblement national. A l’évidence, Philippe Brun s’inscrit dans une démarche résolument concrète. Et surtout, il sait que le député doit être à l’écoute des citoyens et des citoyennes et que sa présence en circonscription est la clé de la compréhension des difficultés que connaît la population.

Cette présence locale ne l’empêche d’ailleurs pas de participer activement à la commission des finances de l’Assemblée nationale où, au nom du groupe PS, il a dit tout le mal qu’il pensait de la loi de finance rectificative présentée par Bruno Le Maire, ministre de l’économie. Voilà un nouveau député qui trace sa route, inspiré sans doute par l’exemple de Pierre Mendès France lequel était un des rares élus de gauche à maîtriser les enjeux financiers nationaux et mondiaux.

 

Le hobereau Balsan n’aime pas Nelson Mandela

Lors de la dernière séance du conseil municipal, le maire a proposé aux élu(e)s de donner le nom de Nelson Mandela à un lieu situé près du hub implanté dans l’ancienne usine Polygram. Le nom de Nelson Mandela, un héros de la suppression de l’apartheid en Afrique du sud, avait été proposé par la municipalité de Frank Martin à la Place du Parvis mais son successeur a préféré y conserver le nom actuel.

Nelson Mandela est un symbole. Le symbole de l’antiracisme, de la cohabitation des noirs et des blancs, il est une figure universelle et un exemple de tolérance. N’a-t-il pas passé plus de vingt ans en prison pour la défense de la dignité humaine et de la liberté et l’égalité entre tous les hommes ? La proposition du maire aurait dû faire l’unanimité de l’assemblée. Et bien non. Le hobereau Balsan (RN) a refusé d’adopter le nom de Mandela au prétexte qu’il existe nombre de Français susceptibles de donner leur nom à une rue, une place, un établissement scolaire. Le FN-RN ne change pas. Il paraît qu’il se dédiabolise et se gouvernementalise ! Pas à Louviers en tout cas.

 

 

Il faut enseigner aux élèves l’histoire des hommes et des femmes qui l'ont faite

Cette proposition du maire me fait penser que bien des Lovériens et même des élus  ignorent tout des personnages dont les noms franchissent les décennies. Qui connaît Jean Zay, Jean Prévost, Ferdinand Buisson, Jules Ferry, Anatole France, Maxime Marchand, Paul Morin, dont les noms ornent les frontons des écoles ou des salles de sport de Louviers ? Il serait bien qu’à chaque rentrée scolaire, les enseignants informent les élèves de l’établissement qu’ils et elles fréquentent et évoquent la vie des personnalités choisies pour passer à la postérité. Prenons les exemples de Jean Zay, de Jean Prévost ou encore de Maxime Marchand. Ce sont de grands Français. L’un, ministre du front populaire, a été assassiné par la milice pétainiste parce que juif, l’autre a été fusillé par les Allemands pour faits de résistance. Maxime Marchand lui est né à Montaure. Il a été assassiné par l’OAS à la fin de la guerre d’Algérie alors qu’il était inspecteur de l’Education nationale et favorable à l’indépendance. Mourir sous les balles de ceux qui voulaient également assassiner le général de Gaulle et qui pratiquèrent la politique de la terre brûlée, tel fut le destin dramatique de Maxime Marchand. Les adeptes du sport sauront, s’ils lisent ces lignes, qu’un Normand a donné sa vie pour que les Algériens ne soient plus des « indigènes » mais des citoyens à part entière.

 

Les 16 et 17 juillet 1942, la police de Pétain commettait l’irréparable. 80e anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv.

Plus de 13 000 hommes, femmes et enfants juifs ont été raflés et « parqués » dans l’enceinte du vélodrome d’hiver. Ce fut la triste et célèbre Rafle du Vel d’hiv. 4500 policiers furent requis pour arrêter 27 000 juifs listés en amont par la police. Seuls 50 % d’entre eux furent interpellés. Certains policiers, informés, ont invité, la veille de la rafle, nombre de familles juives à se cacher ou à quitter leur logement. D’autres accomplirent sans broncher la sale besogne.

Malheureusement, de nombreuses mères et enfants n’ont pas abandonné leur domicile ne croyant pas les rumeurs et n’imaginant pas le sort qui les attendait. Les personnes arrêtées furent concentrées dans des conditions horribles sans nourriture, sans eau, sans hygiène…avant d’être transférées dans des camps de transit et leur départ pour les camps de la mort. Laurent Joly, dans un livre récent, raconte en détail ce crime de l’Etat français. Cabu a même réalisé, dans sa vie de dessinateur débutant, des dessins exposés jusqu’à l’automne au Mémorial de la Shoah.

 

3 juillet 2022

Philippe Brun a remercié les militant(e)s de sa campagne législative victorieuse

Philippe Brun et ses coéquipiers

Les lendemains de victoire, surtout en politique, doivent être fêtés pour solidifier les liens des équipes surtout quand il s’agit de militants et de militantes. Philippe Brun, nouveau député, en est déjà à sa 3e campagne (municipale, cantonale et enfin législative) et il a souhaité, avec son entourage, organiser une rencontre collective et amicale. Elle a eu lieu, vendredi soir, à l’île du Roy sur un territoire de l’agglomération Seine-Eure dont les villes principales ont été décisives pour permettre l’élection du nouveau député de la circonscription de Louviers.

Louviers, Val-de-Reuil, Pont-de-l’Arche, Gaillon, et plus surprenant, le Vaudreuil aussi ont en effet placé en tête Philippe Brun et sa suppléante, Lisa Moreau, les seuls dans l’Eure à avoir défait une candidate du Rassemblement national. En présence de Marc-Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil, soutien constant et efficace de Philippe Brun, une bonne centaine de personnes ont participé à un barbecue champêtre dans une ambiance bon enfant.

Le député avec Lisa Moreau et Marc-Antoine Jamet

Philippe Brun a eu l’occasion de commenter l’actualité et de fustiger le vote du groupe Renaissance (Ex-LREM) en soutien des candidats RN aux postes de vice-présidents de l’Assemblée nationale. Les digues ont explosé. Jusqu’à maintenant, elles contenaient les poussées d’un parti qui a eu l’audace de faire campagne sur le pouvoir d’achat pour mieux taire ses vieilles haines des étrangers et alors que même que ce parti (le RN) continue de défendre la fameuse priorité nationale pourtant interdite par la Constitution.

Le député a aussi eu l’occasion de présenter son équipe d’assistants parlementaires rassemblant l’expérience avec Smaïl Chibane et la jeunesse représentée par des femmes et des hommes appelés à composer les futurs cadres de la nation. Philippe Brun nous a dit sa joie de constater que toutes les générations se sont levées autour de sa candidature pour empêcher le FN-RN de prendre le siège que Pierre Mendès France occupa pendant 26 ans.

2 juillet 2022

Denis Lavant lit « les Saisons » : Maurice Pons en majesté au Moulin d'Andé


Denis Lavant au pupitre

Le 29 juin 1957, Maurice Pons posait son sac et son havresac au Moulin d’Andé. Il y découvrait un lieu enchanteur et une meunière fort avenante. Il y écrivit, des romans, des nouvelles, des scenarii, il y traduisit des auteurs de langue anglaise, y connut des amours et des amourettes, y sua sang et eau en y exerçant son métier d’écrivain, métier que le happa dès ses jeunes années. Il y passa toute sa vie puisqu’il y mourut en 2016. Son dernier texte — prémonitoire — fut celui qu’il écrivit pour décrire « l’île engloutie », une toile de Paul Klee. Maurice n’était pas une île mais un monument de la littérature hexagonale. Ne reçut-il pas, sans qu’il l’ait jamais demandé, le grand prix de l’Académie Française pour la qualité de ses nouvelles et, en fin de compte, pour l’ensemble de son œuvre.

 

Ce 29 juin 2022, 65 ans après sa rencontre avec Suzanne Lipinska et dans le cadre du 60e anniversaire de la création de l’Association culturelle du Moulin d’Andé, Maurice Pons a suscité souvenirs et émotions. Jean-Paul Rappeneau et Alain Cavalier ont dit tout ce qu’ils devaient à Maurice Pons. Jérôme Enrico (fils de Robert) et Bernard Queysanne, le neveu de Maurice, ont souligné la qualité des dialogues de ce dernier, dialogues d’« une Belle vie » film antimilitariste et anti-guerre d’Algérie, sans oublier « la Dormeuse » un court métrage tout droit sorti de l’univers imagé de Maurice Pons.

 

Avant d’écrire ce billet de blog, j’ai relu « les souvenirs littéraires et quelques autres » de Maurice Pons. J’y ai retrouvé l’écriture élaborée, sérieuse, féroce aussi, que l’écrivain préféré du Moulin d’Andé savait déployer. Pour dire les textes de Maurice Pons et notamment de longues séquences des « Saisons » ce mercredi, il a fallu tout le talent de Denis Lavant (un ami de Maurice Pons) venu tout exprès d’Avignon où il prépare le festival d’été, pour nous faire entrer dans le monde singulier de notre ami. Le public, subjugué, pris à la gorge, saisi, a dû se contenter d’applaudir pour saluer l’artiste.

 

« Les Saisons ». Voilà un livre-culte créateur d’une communauté de lecteurs et lectrices de tous âges et de toutes conditions. Ils et elles forment une tribu d’êtres sensibles prêts à partager comme Siméon « le pain des mots et le vin de la phrase. » Cette arrivée, cette intrusion devrais-je dire, de cet horsain dans ce monde foutraque, cette irruption de cet amoureux des voyelles et des consonnes, du papier de couleur neige, de la littérature, en un mot, touchent le cœur des amoureux du verbe mais aussi celui de ceux et celles qui se laissent porter par l’imaginaire étrange des obsessions de Maurice Pons. Avec lui, la catastrophe, l’accident, la souffrance ne sont jamais bien loin. Même si le corps des femmes et l’amour fleurent bon la vie qui va dans le paradoxal théâtre du monde. Ah Clara…

 

Denis Lavant jette, une à une, les pages du livre qu’il interprète dans une chorégraphie poétique économe d’emphase. Du grand art. Vêtu…comme Siméon, la douleur aux orteils en moins, le comédien de sa voix chaude, limpide, de son débit précis et précieux, nous transporte dans cette vallée où il pleut depuis 16 mois et où les habitants ne se nourrissent que de lentilles.

 

Quelques souvenirs lttéraires
Je ne saurais trop inviter les lecteurs amateurs de beaux textes à se jeter sur les « Les Saisons » mais aussi sur « Rosa », « Mlle B », « La Maison des Brasseurs » sans oublier « Le passager de la nuit » en hommage à tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont soutenu le combat pour l’indépendance de l’Algérie, choisi la décolonisation et l’émancipation des peuples opprimés. Maurice Pons fut un des 121 signataires de l’appel à l’insoumission qui devait leur valoir censure et répression de la part de Michel Debré, Premier ministre, favorable à l’Algérie française. Mais Maurice Pons était en bonne compagnie avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir,  Simone Signoret, Claude Simon, Pierre Vidal-Naquet, Marguerite Duras, Jean Pouillon, Bernard Pingaud, Vercors pour ne citer que quelques noms… et avec le soutien plein et entier de nombre d’amis du Moulin où certains exilés de l'est et du sud trouvèrent refuge.

 

Hier soir ont été projetés deux films : Les Mistons et Jules et Jim, de François Truffaut. Le premier a été inspiré d’une nouvelle de Maurice Pons et le second a été tourné (en partie) au Moulin et dans ses environs. Maurice avait adressé à François Truffaut des photos de « repérage » et quelques lettres commentées par Bernard Bastide présent au théâtre ce vendredi. Notre écrivain préféré a peut-être permis à l’un des principaux chefs de file de la « Nouvelle vague » de devenir l’auteur d’un film chichement reçu à sa sortie et devenu au fil des décennies un classique unanimement adulé.

 

Ce samedi et ce dimanche, les activités se poursuivent au Moulin. Le programme peut être consulté en ligne.



29 juin 2022

Alain Cavalier et Jean-Paul Rappeneau retrouvent le Moulin de leur jeunesse

Jean-Paul Rappeneau, Alain Cavalier, Suzon et Stanislas Lipinski
Avant la lecture d’extraits des « Saisons » le livre culte de Maurice Pons, ce mercredi soir, au Moulin d’Andé, par Denis Lavant, les nombreux spectateurs présents hier au Théâtre, ont vécu un intense moment d’émotion. Emotion d’entendre Suzanne Lipinska narrer la genèse d’une belle histoire de rencontres et d’amitié qui, dans les années soixante, donna naissance à cet endroit idyllique fréquenté par les artistes et créateurs. Emotion d’écouter Suzon rappeler ses voyages en barque sur la Seine, de Connelles, où ses parents habitaient, à cette île d’Andé qui lui servit de refuge avant de devenir sa tanière enchantée et camper le décor du premier film d’Alain Cavalier « Le combat dans l’île ».

 

Grande complicité
Le réalisateur était présent hier, en compagnie de son complice d’alors, Jean-Paul Rappeneau, (notre photo ci-contre) auteur des  dialogues. Il y a une éternité que les deux amis n’avaient mis les pieds ensemble au Moulin. Quels changements depuis ces années tourmentées par la guerre en Algérie et les menaces de coups d’état militaire. Je n’avais jamais vu ce film. Il est d’une actualité brulante. A l’heure où les démocraties subissent les coups de boutoir des « illibéraux » à la Orban ou à la Trump, à l’heure où les néofascistes osent tendre le bras, le duel opposant Jean-Louis Trintignant et Henri Serre — auxquels se joint Romy Schneider pour un autre combat aussi douloureux, celui de l'amour — tient le spectateur en haleine Jusqu’à sa conclusion…que je tairais pour celles et ceux qui auront un jour, le bonheur de découvrir ce film.

 

Avant la projection du « Combat dans l’île », Alain Cavalier et Jean-Paul Rappeneau ont fait preuve de malice. Tour à tour, ils ont rappelé, souvent avec humour, comment le Moulin fut pour eux un lieu pour leur imaginaire créatif mais aussi et surtout un nœud d’échanges politiques et intellectuels de grande valeur. Il paraît que Maurice Pons fut un lecteur-correcteur attentif du scénario. Rien d’étonnant de la part de ce grand écrivain dont la magie du mot fut portée à un très haut niveau d’exigence.


28 juin 2022

Au Moulin d'Andé : Hier « Je suis Pierre Rivière » ce soir « Le combat dans l'ïle »

Christine présente son film

Dans le cadre de la semaine du 60e anniversaire de la création de l’Association culturelle du Moulin d’Andé, le coup d’envoi cinématographique a été donné ce lundi par Christine Lipinska et son premier long métrage « Je suis Pierre Rivière ». Une belle assistance a revu (ou vu pour la première fois) une œuvre que sa réalisatrice présente comme une première, ses grandes qualités dépassant les défauts que seuls des yeux avertis ou experts pourraient avoir relevés. 

L’histoire de Pierre Rivière n’a rien de banale. Elle se déroule au 19e siècle dans un village où la terre vaut identité et l’intimité étouffante de la famille, passeport pour le futur. Pierre Rivière est ce jeune garçon qui a tué « sa mère, sa sœur et son frère » à coups de serpe pour protester contre le mauvais sort fait à son père humilié mais sans doute aussi pour vaincre une forme de honte de soi que les médecins de l’époque n’appelaient pas encore névrose ou psychose mais « folie » meurtrière. Fait étonnant, Pierre Rivière après avoir tenté d’échapper à la justice décida de se soumettre à sa décision : une peine de mort pour parricide commuée en prison perpétuelle avant de se suicider. Il nous a légué une profession de foi étonnante dans laquelle il exprime « toute sa haine d’une société à laquelle il ne veut pas appartenir. »

La mise en scène du film (en 1976) de Christine Lipinska se déroule dans la campagne normande autour d’Andé et de Louviers notamment. Au générique défilent les noms d’Isabelle Huppert, Jacques Spiesser, Francis Huster, Anne Lipinska, en une apparition fugace mais aussi celui de Suzanne Lipinska, photographe sur le tournage.. Nous avons reconnu nombre de figurants originaires des villages de la région (dont Maurice Pons) ainsi que les bords de Seine et une campagne normande où s’illustrent les portes en bois des chaumières et les costumes d’époque. Le tout rehaussé par des silences en avance sur leur temps et les pensées introspectives du héros malheureux que la cinéaste parvient à rendre intelligibles.

A partir de 18 heures, ce mardi, Alain Cavalier et Jean-Paul Rappeneau seront au Moulin pour présenter « Le combat dans l’île ».

26 juin 2022

« France Inter, pour ceux qui n'ont plus grand-chose entre les oreilles » (1)

Mon ami Reynald Harlaut m'a adressé le texte ci-joint :

« En consacrant la totalité de sa partie enquête, d’une durée d’environ vingt minutes, à la situation politique du département de l’Eure au lendemain du deuxième tour des élections législatives, France Inter, la radio du service public, en ce premier jour de l’été, s’est littéralement assise sur la déontologie du métier de journaliste, et sur le devoir qu’il a d’informer loyalement.

L’équipe d’enquêteurs de l’après-journal du 13/14, animé par le journaliste Bruno Duvic, était donc en direct de Vernon – l’ancien fief de Sébastien Lecornu, très proche du président de la République, depuis peu ministre des Armées -, pour tenter d’analyser les raisons de ce coup de tonnerre dans la France macroniste qui a vu dans ce département normand proche de Paris, le basculement dans l’opposition de ses cinq circonscriptions acquises à LREM en 2017. Et pas n’importe quelle opposition puisque le Rassemblement national a raté de peu le grand chelem. Seule la 4ème circonscription auparavant représentée par le député sortant Bruno Questel, battu dès le premier tour, a élu Philippe Brun, conseiller municipal d’opposition à Louviers, appartenant au Parti socialiste et à la NUPES.

Après avoir largement donné la parole à Thimotée Houssin, nouveau député du Rassemblement national, élu de la 5ème circonscription, sur les raisons de son succès et à ses électeurs sur les raisons de leur vote, France Inter, pour équilibrer le débat, a réalisé la performance surréaliste de longuement interviewer l’ex député Bruno Questel, sans qu’une seule fois ne soit cité le nom de Philippe Brun, son challenger victorieux, se contentant de signaler, au détour d’une phrase anodine, que cette circonscription (la 4e) avait élu un candidat de la NUPES.

Cela fait déjà bien longtemps que nous observons la dérive de ce service public de l’information, devenu au fil des ans organe de propagande de la République en marche, chargé par le pouvoir de faire la courte échelle au Rassemblement national, en lui servant la soupe dès que l’occasion s’en présente, tout en feignant de jouer la surprise quant à sa progression au fil des élections successives.

Au bal des faux-culs, M. Bruno Duvic et sa clique sont donc passés orfèvres, rivalisant en cela avec l’équipe des matinaliers que sont Nicolas Demorand et Léa Salamé." Écrire cela m'a été nécessaire pour canaliser l'indignation qui m'a submergé à l'écoute de cet exercice de manipulation de l'information. »

 

 (1) Il fut une époque où le slogan de France Inter était : « une radio pour ceux qui ont quelque chose entre les oreilles. »

25 juin 2022

L'Amérique de Trump-le-fourbe est devenue folle

Et le pire est à venir. La Cour suprême des Etats-Unis d’Amérique vient de permettre aux Etats fédéraux d’interdire l’avortement ce qui ne leur était plus permis depuis 1973 date de l’arrêt Roe-Wade. C’est une régression absolue du droit des femmes à disposer de leur corps. C’est la victoire de la droite conservatrice et religieuse. Donald Trump, ce président menteur et tricheur, savait ce qu’il faisait en nommant trois juges républicains à sa main faisant basculer à l'extrême droite et pour des décennies, la Cour suprême des Etats-Unis dont le rôle politique est devenu patent. Alors que les trois juges nommés par Trump-le-fourbe avaient promis lors des interrogatoires conduits devant le Congrès de ne pas revenir sur la loi autorisant l’avortement, ces juges ont méprisé la parole donnée et ouvert la voie à des mesures régressives déplorées partout dans le monde libre.

Pourquoi le pire est-il à venir ? Parce qu’un des juges réactionnaires a annoncé publiquement que la Cour suprême allait maintenant revoir les lois sur le mariage homosexuel et sur la contraception. Si tel était le cas et nous n’avons aucune raison de ne pas croire ce juge, les Etats-Unis deviendraient encore plus obscurantistes qu’ils ne l’ont jamais été. En 2022 quelle institution serait assez folle pour empêcher les femmes (et les hommes) d’avoir recours à des méthodes contraceptives ? Il faudrait voir là l’influence pernicieuse des extrémistes évangélistes et des créationnistes dont on mesure aujourd’hui le rôle néfaste au sein de la société américaine.

La décision de la cour suprême démontre qu’un pouvoir, politique ou juridictionnel, peut remettre en cause, du jour au lendemain le progrès scientifique et l’évolution sociétale. C’est bien pourquoi, en France, comme ailleurs, notre vigilance doit être permanente quant à la pérennité des lois que sont les lois sur la PMA, l’IVG, le mariage pour tous et toutes. Trump a osé dire que la décision des juges américains exprimait « la volonté de Dieu ». L’Amérique est devenue folle.

24 juin 2022

Mettre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon au même niveau de détestation est une insulte à notre intelligence

Jean-Luc Mélenchon auprès des travailleurs de M Real.
L’entrée en force des député(e)s du Rassemblement national a surpris l’ensemble du monde politique (et des sondeurs !) et Marine Le Pen elle-même qui ne s’attendait pas à ce que 89 des siens deviennent parlementaires. Il a fallu une conjugaison de circonstances qui fait que quatre députés de l’Eure sur cinq appartiennent au parti des Le Pen. En 2017 Emmanuel Macron avait fait élire cinq députés…sur 5 ! Dans le département de Sébastien Lecornu et de Bruno Le Maire, ça la fout mal.

 

La campagne électorale : Emmanuel Macron a voulu endormir les Français, les anesthésier. Les macronistes ont attendu des signes du chef…qui ne sont pas venus. Il n’a même pas pensé à faire adopter — avant le premier tour des présidentielles — par l’Assemblée nationale le paquet de mesures prévues en faveur du pouvoir d’achat. Alors les Français se sont réveillés. Non pas pour aller voter puisque l’abstention a atteint 53 % des inscrits mais pour aller dire à M. Macron « ça suffit ! » Emmanuel Macron a paru fatigué, sonné par la guerre en Ukraine mais pourtant rasséréné par le second tour des présidentielles. Erreur fatale !

 

Mais il y a plusieurs manières de dire non. On peut choisir la voie républicaine. C’est ce qui s’est fait dans l’agglomération de Louviers. Philippe Brun, un homme qui n’a pas de couteau entre les dents, a coiffé sur le fil une parfaite inconnue du RN…que personne ne regrettera. Philippe Brun a conduit une campagne acharnée, collective, et finalement, il a touché l’en-but. C’est positif pour l’agglomération, pour la circonscription et pour les Eurois.

 

On peut aussi choisir…de ne pas choisir. C’est ce que la droite bien pensante a suggéré aux électeurs et électrices de la 4e circonscription. En adoptant le « ni, ni » les Priollaud, Questel, Terlez et consorts, ont placé au même niveau de détestation Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pitoyable. D’autant que Philippe Brun n’a pas caché qu’il était socialiste et que Marc-Antoine Jamet a affirmé que la NUPES était le produit de la démission regrettable des dirigeants actuels du PS. Les arguments de la droite n’étaient donc que prétexte pour ne pas mettre en selle un adversaire bien inscrit dans le paysage local. Diego Ortega — il a joué le jeu de l’union — va plus vite que la musique en extrapolant et en visant les futures municipales. Aucun scrutin ne se ressemble et les enjeux locaux ainsi que les personnalités en lice dépassent souvent les simples règles arithmétiques. Il est bien trop tôt pour viser la mairie de Louviers.

 

Quant à JLM, il n’est pas ma tasse de thé. Il parle haut et fort. Il bouscule, harcèle, apostrophe. Il a l’ego bouffi mais ce n’est pas un adversaire de la République. Il est dans le champ de la démocratie puisqu’il a été conseiller général, sénateur, député européen, député national et même ministre de la formation professionnelle où il n’a pas laissé de mauvais souvenirs. Le mettre au niveau d’incompétence de Marine Le Pen est une insulte à notre intelligence à celle des citoyens et des citoyennes. Et c’est aussi commettre un contre sens politique et idéologique. Mélenchon est certes un tribun populiste mais il respecte le fonctionnement institutionnel, même s’il veut le changer, et sacrifie à l’idéal démocratique français. Ni lui, ni son parti ne veulent assumer le pouvoir autrement que par le suffrage. Tout est dit.

 

 

22 juin 2022

Yves coppens, mort aujourd'hui, était venu à Louviers invité par Yves Martin

Yves Martin et Yves Coppens
Le paléontologue mondialement connu, Yves Coppens, mort aujourd'hui, était venu donner une conférence à Louviers dans la salle de la Rotonde du musée municipal, invité par Yves Martin, inventeur avec son frère de la grotte ornée de Gouy près de Rouen. Yves Coppens avait captivé son auditoire venu nombreux pour entendre celui qui avait mis au jour en 1974, aux côtés des scientifiques Maurice Taieb et Donald Johanson, les ossements d'un australopithèque, en Ethiopie, considéré comme un des ancêtres de l'homme. Il avait trouvé dans le massif des Afars, les restes d'un hominidé vieux de trois millions d'années. Il s'agissait des ossements d'une femme qu'il appela Lucy, nom qu'il choisit alors en hommage à une chanson des Beatles.

Odile Jacob, son éditrice, a déclaré : "Yves Coppens nous a quittés ce matin. Ma tristesse est immense", saluant "un très grand savant". "Je perds l'ami qui m'a confié toute son oeuvre. La France perd un de ses grands hommes", a ajouté l'éditrice. Le scientifique est mort des suites d'une longue maladie, à l'âge de 87 ans, a par ailleurs précisé la maison d'édition à l'AFP.

Paléontologue de renommée mondiale, professeur émérite au Collège de France et membre de l’Académie des sciences, Yves Coppens n'a eu de cesse de raconter l'épopée humaine, avec un "talent d'écrivain de conteur, d'essayiste", a aussi commenté Odile Jacob.