10 avril 2015

« Les coups tordus de M. Lecornu » par Marc-Antoine Jamet


« Tout avait bien mal commencé. Dès le soir du second tour des élections départementales, le 29 mars dernier, alors que la droite, pendant toute la campagne, était restée muette sur l’identité de son candidat à la présidence du département, manière scandaleuse de traiter les électeurs, les pressions, les menaces, les coups de téléphone parisiens s’abattaient sur le centriste Jean-Paul Legendre, pourtant représentant véritable et - quant à lui - authentiquement enraciné de notre territoire, pour l’obliger à renoncer à se présenter à ce poste qu’il aurait occupé, disait-il, dans un esprit de justice et une volonté d’équité, valeurs étrangères à la jeune garde lemairiste. Il s’est exécuté. Il s’est effacé. C’était brutal.

Dès sa séance d’installation, le nouveau président UMP de l’Eure a donné le ton. Pas un mot d’estime, de reconnaissance ou de courtoisie pour son prédécesseur et le travail fait pendant quinze ans par une équipe au service du département et de son développement. Le nom de Jean-Louis Destans ne fut même pas prononcé. La tradition républicaine était foulée aux pieds. C’était grossier.

Dès avant que les résultats officiels soient publiés - du jamais vu ! - l’ancien directeur général de l’UMP en faillite était propulsé à la tête des services du département. L’impréparation flagrante et la compétence incertaine du nouvel élu rendaient obligatoire ce parachutage en catastrophe d’un ancien préfet pour cacher que le roi des vernonnais était nu. Le grand vizir, après avoir demandé son chemin à la gare, découvre en ce moment même la réalité de nos villes et de nos villages sur Wikipédia. C’était méprisant.

Dès avant que le pauvre Sébastien ne s’assoit sur son fauteuil, ces deux parrains, ces deux chaperons, ces deux papas, ces deux tontons, Cousin Morin, éleveur de Yearlings qui se souvient avoir débarqué à Omaha, et grand-père Le Maire, permanent patenté d’une politique de cumuls déguisés, mettaient sur leur petit débutant la pression, lui rappelant, en s’asseyant au premier rang de la séance d’installation, qu’ils étaient les vrais patrons. Comme les émigrés de Coblence, ils n’ont pas changé. Rien compris. Rien appris. C’était arrogant.

Dès avant que l’ancien attaché parlementaire du Ministre des affaires européennes, qui a ruiné en son temps les agriculteurs et éleveurs eurois, n’a dit un mot, émis un son, prononcé une parole, on lui adjoignait, un peu comme à Mgr Gaillot autrefois, un coadjuteur, élu battu de Paris, un dénommé Laurent Dominati, pour limiter ses erreurs, maladresses, et autres bêtises, annoncées jusque depuis les rangs de la droite comme volant en escadrilles lorsque le jeune président s’exprime. C’était exagéré.

Dès avant que les habitants de Vernon s’aperçoivent que celui qu’ils avaient élu -il y a moins de douze mois- pour 6 ans leur avait menti par omission, taisant sa future désertion et prenant aussitôt la poudre d’escampette pour Evreux M. Lecornu révélait dans un entretien scandaleux donné au blog « caméra diagonale », donnant l’air de ne pas comprendre l’énormité qu’il proférait, qu’il s’assiérait sur les lois, ignorerait la morale et contournerait les institutions pour nommer « à titre de remplaçant » un maire de « paille » dont il serait le ventriloque à chaque conseil municipal. Quel modèle d’instruction civique ! C’était honteux.

Mais le plus gros était encore à venir. Pour préparer, au chaud, sa candidature aux législatives de 2017 et faire face au tollé que suscite à Vernon aussi bien son départ précipité que la nomination d’un prête nom missionné à l’inauguration des chrysanthèmes, un coup tordu vient d’être mis au point. Un recours bidon est déposé depuis deux jours contre l’élection de M. Lecornu. L’objectif de cette manipulation est de neutraliser, tant que la procédure sera en cours, l’incompatibilité entre les fonctions de maire de Vernon et de président du conseil départemental de l’Eure qu’il veut cumuler. Ainsi est tourné l’esprit de la règle. Ainsi est dupé le citoyen. Ainsi est anesthésiée la colère populaire.
  
Devant cette hypocrisie que certains qualifient de magouille les socialistes n’ont pas envie de dire « bravo l’artiste ». Les affaires publiques, les impôts, les équipements, la voirie ne sont pas un jeu d’enfant. En 15 jours seulement, c’est déjà un recul de 15 ans en arrière. C’est le retour aux vieilles méthodes, aux petits arrangements entre amis, à la politicaillerie la plus détestable. Le département avait « une Eure d’avance ». Avec la droite, il commence déjà, au bout de deux semaines seulement, à accumuler les retards. »

Marc-Antoine Jamet
Premier secrétaire fédéral du PS de l'Eure

8 avril 2015

Le Pen père est-il jaloux du « succès» de sa fille ? Ou s'agit-il de jeux de rôles ?


Jean-Marie Le Pen est un personnage. Extravagant, obsessionnel, impulsif et surtout, fidèle à des idées méprisables. Dans un entretien avec le journal d’extrême droite Rivarol, il réitère quelques unes de ses formules célèbres mais célèbres pour leur ignominie et leur rancissement. Les chambres à gaz, « point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale » lui ont valu plusieurs condamnations mais la commission à répétition d’un délit ne semble pas l’émouvoir. Il est vrai que l’ancien para en a vu d’autres, notamment quand il portait le béret rouge dans l’Algérie encore française.

Le problème de Jean-Marie Le Pen est qu’il gêne la progression électorale de sa fille et pollue les messages de cette dernière. En réaffirmant son amour du maréchal Pétain et son dégoût pour la démocratie, le président d’honneur (ou de déshonneur) du Front national semble s’amuser comme un petit fou à mettre en colère sa fille et ses suppôts. Il a même contraint la présidente du FN à se désolidariser de « papa » laquelle envisage de ne pas l’investir aux prochaines élections régionales dans la région PACA. Elle va réunir la commission exécutive de son parti pour sanctionner le vieillard de 86 ans dont les facultés mentales semblent intactes. En tout cas elles continuent de le rendre apte aux dérapages intentionnels.

Une question se pose. S’agit-il de jeux de rôles ou tout simplement d’une forme stylistique de caractère névrotique ? Jean-Marie Le Pen souhaite-t-il l’échec de sa fille et du mouvement qu’il a fondé, considérant que nombre des fondés de pouvoir de Marine fleurent trop l’homosexualité ou le marxisme ? Quel est l’objectif réel du vieux libidineux ? On dit qu’une partie des électeurs du FN d’aujourd’hui est composée de nostalgiques de la Révolution nationale, de Pétain par conséquent, mais aussi de tous ceux qui apprécient l’autoritarisme et le pouvoir du chef. Marine, sa fille, a plus de succès que Jean-Marie, son père et il ne le supporte pas. La clé de ses saillies réside-t-elle dans une jalousie maladive ?

Ne soyons pas dupes. Si la forme change et évolue, le fond du parti bleu marine demeure celui d’un parti rétif à la République. J’ai déjà dit, ici, que sans alliés, le FN n’arriverait jamais au pouvoir. Sarkozy a d’ailleurs compris tout le bénéfice qu’il pouvait tirer des mauvaises idées du FN tout en refusant un accord politique avec ce parti. Les résultats du second tour des élections départementales confortent son analyse : faire du FN sans le FN ! En 2002, Chirac a tué Le Pen père avec le soutien de la gauche. En 2017, ce qu’à Dieu ne plaise, Sarkozy pourrait bien tuer (électoralement s’entend) l’égérie des identitaires. Mais sans nous.

« Le prix à payer » vendredi 10 avril au cinéma Les Arcades de Val-de-Reuil


« Le prix à payer » et si c'était la mort de la démocratie ? Film du canadien Harold Crooks co-écrit avec Brigitte Alepi, Vendredi 10 avril à 20 h au Cinéma les Arcades à Val-de-Reuil, Débat avec Guy MAURAU, ancien maître de conférences à l’université de Rouen, en retraite, membre des « Économistes atterrés ».

Ce qu’en pense la presse
Synopsis. Un film du canadien Harold Crooks co-écrit avec Brigitte Alepin. Avec quelques très grandes pointures comme Thomas Piketty, John Christensen, Pascal Saint Amant,…
L’évasion fiscale à grande échelle, telle que les géants de la nouvelle économie la pratiquent, creuse l’écart des revenus entre les privilégiés et le reste du monde, appauvrit les classes moyennes, et affaiblit les fondations de nos sociétés. Et si le prix à payer était la mort des démocraties ?
Selon « Challenge » : « En abordant un sujet fortement traité ces derniers mois, "Le Prix à payer" prenait le risque de tomber dans le "déjà vu". Il n’en est rien. L’approche pédagogique voulue par le réalisateur, le rythme du récit renforcé par une mise en scène soignée et la qualité des intervenants, font de ce documentaire l’un des plus aboutis de ces dernières années. »
« Le Figaro » : « De 21.000 à 32.000 milliards de dollars, soit l'équivalent de 10 à 15 % du patrimoine financier mondial! C'est une estimation de l'argent caché dans les paradis fiscaux fin 2010. Dans son documentaire choc sorti en salle mercredi, Harold Crooks, habitué des films engagés, s'interroge: si le «prix à payer» - titre du film - était la mort de nos démocraties? «L'âge d'or de l'État libéral, l'État providence, c'est fini, assène Saskia Sassen, l'une des économistes interrogées. Le contrat social est rompu.» La prospérité d'après-guerre - qu'illustrent les prises de vue de quartiers proprets, des éclats de rire d'enfants et du bonheur de leurs parents - contraste avec celles des déshérités de la crise financière: quartiers abandonnés, maisons délabrées, familles jetées à la rue. »
« Le Canard Enchainé » : « Que faire ? Le réalisateur appuie la création d’une taxe Robin des bois sur les mouvements financiers…Mais ne peut-on imaginer plus efficace ? Et si Alexis Stipras transformait la Grèce en super-paradis fiscal ? Il coulerait la City, la Suisse, le Luxembourg, etc. Et aurait la troïka à ses pieds ! « Ce n'est pas illégal, c'est immoral ! »

7 avril 2015

Le suicide de Jean Germain, ancien maire de Tours, nous atteint tous


Le suicide de Jean Germain nous atteint tous. Du moins tous ceux et toutes celles qui sont engagés dans le monde politique, un monde cruel et impitoyable. Sa mort programmée et expliquée dans une lettre destinée à ses proches, choque ses amis du parti socialiste mais aussi ceux que la politique placent sur le devant de la scène, souvent sans pudeur ni respect.

L’ancien maire de Tours n’a pas supporté, au premier jour de ce qui devait être son procès, les accusations de malhonnêteté et de détournement de fonds dans une affaire liée à des mariages à la chinoise. Il affirme n’avoir jamais touché un centime d’argent propre ou sale dans le cadre de ses fonctions d’élu et donc en souhaitant s’enrichir personnellement. Il jure n'avoir pas pu supporter, ne serait-ce que sous la forme d'un doute, une mise en cause de sa probité et de son comportement.

Pour avoir préféré la mort au déshonneur et à la salissure, Jean Germain — c’est du moins mon avis — devait avoir la conscience tranquille. Comme Pierre Bérégovoy, ancien premier ministre de François Mitterrand, Jean Germain a commis l’irréparable dans une forme sacrificielle qui n’appartient qu’aux personnes exceptionnelles. L’un, l’ancien ajusteur et ancien Premier ministre harcelé dans une affaire de prêt sans intérêt, l’autre, l’ancien maire de Tours, avaient évidemment des points communs dont le principal était de croire en des valeurs et non en la valeur.

La politique est-il un monde cruel ? Sans nul doute puisqu’il exige des élus un comportement inattaquable moralement et sans tache matériellement ce qui est normal mais les place dans une situation exposée, que cela soit juste ou non. La société médiatique fait le reste sans nuances. L’élu reçoit l’onction du suffrage universel, ce qui ne le change pas fondamentalement du jour au lendemain mais lui confère une image de désintéressement et d’engagement. Dès lors, quand des accusateurs ou des comités de salut public lancent leurs chiens aux basques des honnêtes gens, le regard de l'autre devient un reproche, une insulte permanente.

Les Tapie, les Balkany et tant d’autres comme Jérôme Cahuzac ont abusé et usé de leurs positions ou de leurs relations au pouvoir. Mis en cause par la justice, je n’imagine pas un seul instant que ces anciens ou actuels élus aient été indifférents aux articles de presse parfois écrits dans l'urgence et le sensationnalisme. Il se trouve pourtant qu’ils ne sont pas nombreux ceux et celles qui sont capables de surmonter la suspicion de malhonnêteté quand toute leur vie a été construite sur l’exemple. Choisir la mort ressemble alors à une ultime exigence d'amour propre. Ce qui n'empêche pas la rumeur de continuer à courir…

Ce jeudi au Moulin, « Raging bull » à 20 heures


Autour du spectacle :
Exposition à la Médiathèque du reportage photo des boxeurs du club full boxing de Louviers.

La réservation pour assister au spectacle est conseillée ! Le Moulin - Louviers
02.32.40.31.92
infomoulin@gmail.com
http://moulin.ville-louviers.fr

5 avril 2015

La grosse colère de Leslie Cléret, victime non consentante…


Leslie Cléret avec Eric Lardeur sur le marché de Louviers. (photo JCH)
Leslie Cléret n’est pas contente. Fidèle à sa franchise habituelle, elle ne mâche pas ses mots dans un entretien accordé à La Dépêche cette semaine. Elle a attendu les résultats du second tour des élections départementales pour exprimer son amertume et ses regrets même si elle le fait avec un certain panache. Elle considère, en effet — et elle a totalement raison — que sa défaite dès le premier tour des élections départementales est à la fois injuste et imméritée. S’il est une conseillère générale qui s’était attelée à la tâche avec efficacité et pendant plus d’une décennie c’est bien elle. Ce n’est pas le bilan de la majorité de gauche sortante qui a été condamné. C’est la collusion de quelques facteurs que je vais tenter d’expliquer.

Leslie Cléret était la sortante du canton de l’ancien canton de Louviers-nord. Les électeurs de Heudebouville, Vironvay, Saint-Pierre et Saint-Etienne du Vauvray, et de quatre bureaux de la ville de Louviers, s’ils avaient été attentifs, auraient retenu le bilan de Leslie Cléret très orientée sur l’aide sociale et le travail des associations. Sans parti pris, elle a su tisser des liens forts avec la population et ses différentes réélections prouvent que quand l’action locale est visible et prioritaire, les citoyens savent le reconnaître.

Cette élection de 2015, sous la forme de binômes homme-femme, aurait donc dû conforter les choix de Leslie Cléret, féministe active sans être partiale. Mais les votants ont décidé de faire de ces départementales une forme de législative sanctionnant l’action du gouvernement et de sa politique plutôt que de juger le bilan et le projet du couple Cléret-Yung. J’avais, en son temps, porté un jugement négatif sur le choix de l’ancien président de la CASE comme colistier eu égard à son ancienneté sur le terrain politique, sa défaite à la présidence de la CASE et son insuccès aux municipales. Il faut savoir passer la main, ce que le PRG n’a pas su faire même dans le Tarn-et-Garonne où Baylet, le président national du PRG, a pris la tasse. Il n’a pas su le faire non plus à Louviers.

La désunion ? Tous les authentiques gens de gauche regrettent que l’union de la gauche n’ait pas été recherchée dès le premier tour. Ils le regrettent mais tout a été fait pour l’empêcher. Le président sortant du conseil général, Jean-Louis Destans, a adopté une posture guerrière contre le front de gauche à Brionne (le PCF en réalité) empêchant tout accord départemental ailleurs. Les primaires à gauche ont donc été un massacre ! Il est difficile pour Leslie Cléret (et pour d’autres) d’avaler cette grosse couleuvre. C’est la preuve du peu de considération consacrée aux petits et aux sans grades. Elle considère avec raison que les élus « d’en haut » comme elle le dit bien dans ses déclarations, se préoccupent peu du sort de ceux « d’en bas ». C’est le premier message qu’adressent les électeurs du FN à ceux qui nous gouvernent.

Faute d’accord à gauche — et cet accord était sans doute possible à obtenir — la primaire a été ravageuse. La désaffection des gens de gauche a été aggravée par une réforme mal comprise, en cours d’examen au Parlement ( ?) et une médiatisation plus que faible pourtant indispensable quand on veut que les électeurs comprennent les enjeux et les approuvent. A Louviers, le taux de participation a été très bas et la gauche en a pâti. Si l’on ajoute que certaines personnalités du PS n’ont pas mouillé le maillot malgré les communiqués d’autosatisfaction, on se dit que ces départementales n’étaient pas si vitales que cela pour certains parlementaires du parti socialiste plus à l’aise devant les micros que sur les marchés.

Il est évident que les mêmes causes produisant les mêmes effets, si le contexte ne change pas d’ici au mois de décembre, les futures élections régionales risquent de faire déchanter la gauche. Marc-Antoine Jamet a raison d’insister sur le travail à engager dès maintenant pour tenter de limiter la casse. Cela passe évidemment par un sursaut militant, la volonté de privilégier ce qui rassemble plutôt que ce qui divise mais l’union ne se décrète pas, elle se construit et il faut que les différents partis en expriment la volonté. Le PS, le PCF, EELV ont géré la région (et bien) pendant six ans. Il est donc possible de travailler ensemble. Si cette union ne se réalise pas, on comptera les régions gagnées par la droite et pire, par le Front national. Qui a intérêt à cette extrémité ? Peut-être plus de gens qu’on ne le croit.

1 avril 2015

L’Union de la Gauche est indispensable pour la résistance et vers la reconquête

Déclaration du Premier Secrétaire de la Fédération de l’Eure du Parti Socialiste :
Marc-Antoine Jamet et Janick Léger qui a conservé son canton.

« Le Parti Socialiste a subi, au second tour des départementales dans l’Eure, la défaite, inéluctable, qu’annonçait le premier tour du scrutin. Notre département n’a jamais été acquis à la Gauche. Elle l’a conquis. Bien plus que les mérites imaginaires dont une Droite au triomphe tonitruant sans la moindre humilité se pare, la division des femmes et des hommes de « bonne volonté », les conséquences du récent redécoupage, certains choix tactiques mal acceptés, la politique nationale expliquent donc cet échec. Il faut le reconnaître. Nous en débattrons.

Cependant, là où nos candidats étaient encore présents, les électeurs ont corrigé, plutôt qu’amplifié, la tendance qui s’était dégagée au soir du dimanche 22 mars. Malgré des combats perdus de peu à Evreux, Bernay et Bourg-Achard, la Gauche conserve ainsi davantage de cantons (Beuzeville, Bourgtheroulde, Conches, Gaillon, Pont-Audemer, Pont-de-l’Arche, Saint-André-de l’Eure, Val-de-Reuil) que les observateurs lui en octroyaient. Socialistes, Front de Gauche et écologistes sont assurés de pouvoir, non seulement défendre le bilan de la majorité conduite depuis 2001 par Jean Louis Destans, mais aussi de faire entendre, pour l’avenir, leurs valeurs, leurs principes, leurs idées. Une résistance est possible. Elle conditionne la reconquête. Il faut en remercier tous ceux qui, à Gauche, se sont mobilisés, militants, sympathisants, élus et électeurs. Congrès, échéances, consultations, modernisations, nous ne pouvons pas les décevoir à nouveau. Ce serait la fois de trop. Notre cohésion doit marquer cette volonté.

Le système Le Maire, dont le principal intéressé, lui même, interrogé par France 3, a été contraint de nier qu’il soit « une caserne » (sic), probablement parce qu’il est une prison, a gagné. Appuyé sur un réseau d’obligés et de collaborateurs, subi depuis douze mois dans nombre de nos villes et de nos villages, il s’étend désormais, avec son cortège d’amateurisme et d’immobilisme, de clientélisme et de sectarisme, au département. C’est un grand bond en arrière. Il ramène les Eurois à l’ère Collard dont le conservatisme, pendant 25 ans et jusqu’à la fin du siècle précédent, anesthésia notre territoire. C’est pourquoi, la droite UMP/UDI s’est avancée honteuse et  masquée. Sans dire quel serait son commis, adoubé par l’ex ministre de l’agriculture, à la présidence du conseil départemental, cachant jusqu’au bout, pour mieux piéger M. Legendre, l’abandon de Vernon, moins de douze mois après y avoir été élu, par M. Lecornu. Sans dire quelle est sa stratégie face au Front National, dissimulée derrière le ni-ni, cette politique nunuche ni claire, ni courageuse. Sans hésiter à vouloir tout supprimer (le service public, l’action sociale, la solidarité) au détriment des plus jeunes, des plus faibles, des plus âgés…, tout en prétendant tout promettre (des médecins qui ne viendront pas, du haut débit auquel nous avons déjà travaillé, du rasage gratis…) au profit des mêmes. Sans rédiger la moindre ligne d’un projet local un peu honnête, abritée derrière des thèmes nationaux à des années lumière des compétences du Conseil Départemental. Ce flou, tout comme l’absence de signature des contrats d’agglomération d’Evreux et de Vernon, l’absence de candidature des communes UMP au nouveau plan de renouvellement urbain pour les quartiers de grande pauvreté, l’absence de soutien aux institutions culturelles et aux associations, l’absence de vision stratégique quant aux projets concrets du 276, fait craindre que l’efficacité et, surtout, l’équité entre les territoires, suivant qu’ils ont « bien » ou « mal » voté, ne soient pas au rendez-vous des prochaines années. Notre inquiétude et notre crainte sont là. En cette injustice réside le vrai dessein de la droite pour 2017. Il faudra l’empêcher.

Enfin, à l’instar de ce qui s’est passé dans le reste du pays, le Front National n’a pas atteint ses objectifs dans l’Eure. Comme en Seine-Maritime, il n’emporte aucun siège, ne retrouve pas ses scores des européennes et, parfois, recule, à tout le moins en valeur relative d’un tour à l’autre. Il n’en demeure pas moins qu’un tiers des électeurs a pu voter pour des binômes qui n’ont pas fait campagne, qu’ils n’ont jamais rencontrés et dont ils seraient bien en peine de reconnaître le visage et la voix. Oubliant le sentiment républicain et l’exigence démocratique, des gens qui sont nos concitoyens, nos voisins, ont accepté la xénophobie, l’exclusion, le poujadisme éhonté, la sourde bêtise qui caractérisent le discours frontiste. Les manipulations présentées comme des statistiques, les supercheries comme des solutions, les mensonges comme des arguments, les anathèmes comme des évidences ont fait, renforcés par le discours national du principal dirigeant de l’UMP, enfermé dans une campagne Buisson sans Buisson, le lit d’un parti qui propose la ségrégation raciale, l’explosion sociale, la faillite économique et l’isolement international comme seuls horizons pour notre pays. Nous ne pouvons l’accepter. Nous nous y opposerons. Il faut faire barrage à l’extrême-droite comme nous l’avons démontré au cours des jours écoulés prônant unilatéralement le désistement républicain dans tout le département et à Verneuil, notamment, désistement qui, ici, explique les pourcentages de la droite, ailleurs, a conditionné ses victoires.

Face à cette situation et à l’enracinement d’un nouveau tripartisme, la Gauche n’a qu’une seule solution : l’union. Favoriser par la dispersion l’élection de collectivités de droite n’est pas le meilleur moyen d’enclencher le « grand soir » ou de faire advenir « des lendemains qui chantent »... C’est évidemment le contraire. Les élections départementales constituent en cela un avertissement cruel. C’est pourquoi nous, socialistes de l’Eure, tendons la main à toutes les forces de Gauche et de progrès. C’est pourquoi nous, désormais les challengers,
et non les sortants, nous pouvons dans huit mois gagner les régionales. C’est pourquoi nous, socialistes, communistes, écologistes, radicaux, nous devons nous rassembler. La reconquête ne pourra s’engager qu’à cette condition. La fédération socialiste de l’Eure y est prête. »

Marc-Antoine Jamet

30 mars 2015

Sans alliés, le Front national n'accèdera jamais au pouvoir !


Marine Le Pen se lamente : « Dans tel département, 38 % pour le front national et Zéro canton ! » Ce mode de scrutin est fait contre elle et son parti affirme-t-elle. Ou c’est de la mauvaise foi, ou elle n’a rien compris au film. Le scrutin uninominal ou binominal à deux tours est fait, non pour déplaire à qui que ce soit, mais pour permettre des alliances que le premier tour ne permet pas de dégager. Et donc de constituer des majorités à plusieurs couleurs soit avec des élus soit avec des électeurs.

Ce scrutin possède des règles et applique une loi d’airain : un parti sans allié ne peut gagner puisqu’il faut obtenir plus de 50 % des suffrages au premier tour pour être élu ! C’est très simple et Marine Le Pen peut toujours pleurer sur elle-même. Le fait est que personne ne veut (officiellement) s’aimanter à ses causes. Elle parviendra peut-être à se hisser au second tour de l’élection présidentielle mais sans aucun espoir de victoire, les candidats des partis de gouvernement et les citoyens l’en empêchant.

Le second tour d’hier illustre bien ce que j’avais écrit avant le premier tour. Le Front national pourra éternellement piaffer d’impatience au pied du pouvoir. Comme le Parti communiste à une autre époque de notre histoire, le FN est dans l’impossibilité politique et mathématique de gouverner la France à lui tout seul. Si, demain, comme le font ici ou là quelques débauché(e)s de l’UMP, de l’UDI ou de la…CGT comme on l’a vu parfois, des cohortes entières d’élus abandonnaient leur âme pour le FN ou des alliances durables avec lui, la donne serait différente. Mais nous ne sommes pas du tout dans cette situation.

Car Sarkozy, s’il délire souvent, n’est pas fou. Pourquoi irait-il s’allier avec un parti que les Français rejettent massivement au second tour ? Pourquoi, alors qu’il siphonne les thèmes du Front national sans vergogne et sans honte, irait-il à Canossa quand l’UMP, l’UDI et peut-être le MODEM formeront une majorité demain. Une majorité d’idées autour du pain au chocolat de Copé et des menus avec porc dans les cantines scolaires. On peut comprendre le dépit de Marine Le Pen : tout ce bruit pour 64 conseillers départementaux ! Pas un département gagné ! Même pas le Vaucluse où Mme Maréchal-Le Pen nous voilà plaçait tant d’espoirs de victoire.

Le FN a perdu le second tour. Sarkozy a gagné. C’est comme si le FN avait, un peu, partagé la victoire.

Second tour des départementales : les résultats dans les huit bureaux de Louviers et dans le canton


28 mars 2015

« Pas de ça chez nous »…on dirait du Sarkozy dans le texte


Un ami d’origine maghrébine m’affirme que la déception des jeunes « rebeus » est telle vis-à-vis de la gauche et de la droite républicaines qu’ils s’apprêteraient, peut être pas tous heureusement, à voter pour le FN ce dimanche, histoire de donner « un coup de pied dans la fourmilière ». Et pourtant. Comme dans une ruche, une fourmilière est un monde organisé, hiérarchisé, où chaque individu ne dépend que de l’attitude des autres affirmant ainsi une solidarité sans faille entre tous les membres de la collectivité. La taille même de chaque individu est fonction de l’utilité commune. Le tout servant à faire perdurer la colonie, à la faire grandir, à assurer sa subsistance et sa sécurité. Donner un coup de pied dans la fourmilière reviendrait donc à semer le désordre, la peur, l’angoisse, à déstructurer la colonie dont les individus seraient perdus…ce qui n’est que provisoire car les insectes savent, par bonheur, se reconstituer rapidement et ailleurs. Ce qui n’est pas toujours le cas au sein des colonies humaines.

Loin de moi l’idée de comparer notre société à une ruche ou une fourmilière. Je sais que certains économistes flattent l’organisation des hyménoptères dont il faudrait s’inspirer. Mais il s’agit d’un anthropomorphisme déplacé. Les jeunes « rebeus » devraient y regarder à deux fois avant de commettre un geste citoyen libre, certes, mais lourd de conséquences. Car ce que n’affirme pas péremptoirement Marine Le Pen, Sarkozy le fait à sa place : pas de menu de substitution dans les cantines scolaires ! Absence de liberté de choix ! Plus de voile pour les étudiantes à l’université ! S’ils ne sont pas contents qu’ils aillent dans le privé confessionnel ! Et que je t’en remets une louche. Au point d’indigner même des ténors de l’UMP comme Fillon, Juppé…ou Rachida Dati qui demande « qu’on arrête le délire. »

Le mot est bien choisi. Sarkozy délire. Et certains Français l’approuvent. Il est tellement sûr de lui, tellement certain de gagner la prochaine présidentielle qu’il ne prend plus de gants pour asséner ses vérités partagées par les électeurs communs au Front national et à la droite forte. Mais le « Pas de ça chez nous » crié à la face d’une jeune femme enceinte de huit mois, portant le foulard et agressée physiquement, hier, par deux voyous fanatiques devrait pourtant être un signal d’alerte.
« Chez nous » comme si ces deux voyous pouvaient se revendiquer de la France éternelle, celle des lumières et des droits de l’homme. Comme si la Laïcité à la sauce Le Pen n’avait d’autre objectif que de défendre l’espace public pour en interdire l’accès aux kippas, aux djellabas et aux autres tenues religieuses portées par qui le veut quand il ou elle le veut. Les Français musulmans ont autant de droits que les autres. Pas plus, mais pas moins. Ils sont nos compatriotes et doivent pouvoir circuler librement dans toutes les rues de nos villes. Avec ou sans foulard sur la tête.

Des responsables du CFCM (Comité français du culte musulman, d’ailleurs constitué à la demande de Nicolas Sarkozy) accusent les politiques imprudents ou pyromanes de jeter de l’huile sur le feu. D’attiser des braises toujours chaudes. Et cela, bien évidemment, à la veille du second tour d’une élection. Ils ont raison, tout cela recèle des arrières pensées. Le « Pas de ça chez nous » illustre parfaitement la volonté de marginaliser, stigmatiser, rejeter, tous thèmes à l’œuvre à l’extrême droite. Jouer sur des réflexes d’exclusion, voilà la nouvelle politique qu’on nous propose. Comme à Hénin-Beaumont où la ligue des droits de l’homme a été expulsée de son local, comme à Béziers où la liste des associations subventionnées a été revue à la baisse. Quand on pense que dimanche, ces gens-là sont bien capables de gagner quelques cantons. Misère.