6 janvier 2016

Un état fort n'est pas forcément un état policier


Un état fort. C’est ainsi qu’Alain Juppé nous décrit la France qu’il imagine une fois parvenu au pouvoir c’est-à-dire à la présidence de la République. Porté par les flots déchainés des sondages, Alain Juppé, maire de Bordeaux, ancien Premier ministre, ex-exilé au Canada, blogueur devant l’éternel, sort, à petit feu, les livres qui valent projet présidentiel.

Alain Juppé.
Un état fort, donc. Et en lisant attentivement les mesures qu’il compte faire adopter par un futur parlement à ses bottes dans lesquelles il continue de se tenir droit, Alain Juppé ne va pas rassurer les électeurs de gauche dont certains, aujourd’hui, ont un faible pour lui. Si ses propositions économiques à venir sont du même tonneau que ses motivations en matière de sécurité, de justice, de police et de répression, les syndicats de salariés et quelques autres ont du mouron à se faire.

Alain Juppé est malin. Il est contre la déchéance de la nationalité qu’il juge inutile mais déclare qu’il voterait la proposition Hollande s’il était député. Il propose également de supprimer la circulaire actuelle sur les migrants, de cogner contre les parents de délinquants en leur coupant les vivres, de supprimer les réductions de peine, de revenir aux peines plancher…etc.etc. Alain Juppé est bien un homme de droite. Il pense à droite et n’a donc que très peu de différences idéologiques avec Sarkozy.

Il se trouve que les propositions de modification de la loi pénale avancée par Manuel Valls collent parfaitement avec l’état policier souhaité par la droite ; La mise sur la touche du juge judiciaire au bénéfice des procureurs devrait soulever les foules. Qu’on puisse pénétrer chez vous à deux heures du matin et fouiller votre véhicule sans discernement c’est-à-dire sans contrôle d’un magistrat indépendant du pouvoir ne laisse pas d’inquiéter. Il s’agit ni plus ni moins de maintenir l’état d’urgence sous une forme plus policée mais pas moins policière. Je ne doute pas que les associations de défense des droits de l’homme et des garanties attendues d’une démocratie mature vont se mettre en branle pour stopper les dérives en cours.

4 janvier 2016

L'IRFM, une indemnité parlementaire qui fait tache en période de disette


5770 euros ! C’est le montant de l’IRFM que touche chaque député mensuellement ! Cette indemnité pour frais fait l’objet de critiques déjà anciennes pour diverses raisons. La première est que cette indemnité ne fait l’objet d’aucun contrôle ni d’aucune obligation si ce n’est celle de ne pas utiliser cet argent lors des campagnes électorales. Pour la contester d’autres motivations sont avancées : complément de salaire, acquisition de biens immobiliers, confusion entre utilisation publique et usage privé puisque tout concourt à rendre cette indemnité très opaque et aussi très substantielle.

Tous ceux qui, parmi les élus de la nation tel Charles de Courson, ont tenté de réformer son existence se sont heurtés à un mur. Non pas le mur de l’argent mais le mur des habitudes et des situations privilégiées. Autant on peut comprendre qu’un élu de la nation soit défrayé pour ses déplacements, ses frais d’habillement, les dépenses d’équipement de sa permanence etc. autant le rituel mensuel versé sur un compte à part ne trouve pas de justification rationnelle s’il sert aux élus à arrondir leur fin de mois. Si les députés doivent, en théorie, reverser le trop plein de leur indemnité, bien peu s’en soucient. Il est loisible de comprendre leur faiblesse et la force de l’habitude face à des sommes non négligeables et si peu régulées.

Je viens de signer une pétition sur change.org proposant que l’argent versé au titre de l’IRFM soit utilisé autrement. Par exemple pour alimenter les budgets de la Défense, de l’Intérieur ou de la Justice, autant de dépenses bien utiles en ces temps de menace terroriste. Je sais que certains crieront à la démagogie, au poujadisme, à l’antiparlementarisme…mais comme de nombreux députés ont demandé, eux-mêmes, une révision des usages, je pense qu’il ne faut pas se montrer plus royaliste que le roi et se rendre à l’évidence : cette IRFM fait tache quand tant de Français ont du mal à joindre les deux bouts.

2 janvier 2016

Les Français plébiscitent un renouvellement du personnel politique


Un sondage Odoxa sur le jugement des Français à l’égard du monde politique est éloquent et contradictoire. S’ils sont immensément favorables à un renouvellement de la vie politique en France et donc à un renouvellement des hommes (puisque les femmes sont quasi absentes du pouvoir) ils approuvent quand même majoritairement la candidature d’Alain Juppé à la prochaine présidentielle contrairement à celles de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Alain Juppé n’est donc pas un perdreau de l’année et son âge n’en fait pas un petit jeune qui monte. Et pourtant…

Bruno Le Maire est nouveau mais tellement vieux dans sa tête.
Les sondés sont également archi favorables au non cumul des mandats que l’ex-UMP veut revoir (pour supprimer les mesures limitatives applicables en 2017) et que certains politiciens de droite mais de gauche aussi malheureusement cultivent avec abondance. Le non cumul des mandats et la limitation du nombre de mandats dans le temps sont deux mesures impératives puisque les défaites subies n’entraînent pas (contrairement aux démocraties anglo-saxonnes ou nordiques, en Espagne aussi) dans notre beau pays la disparition de la scène politique des perdants. Au contraire. Ils s’accrochent à leur situation et leur notoriété lesquelles, il est vrai, présentent bien des avantages.

Etrange démocratie que la démocratie française. Elle épuise dans tous les sens du terme son personnel politique mais limite l’accession aux responsabilités des femmes, des Français issus de l’immigration, des classes sociales considérées comme non élitistes. Les textes destinés à améliorer son fonctionnement sont systématiquement vidés de leur substance ou considérés comme dangereux (cf. le vote des étrangers aux élections locales). Quelqu’un a dit récemment : « le système est à bout de souffle. » Si les politiciens ne prennent pas eux-mêmes conscience de la nécessaire précarité de leur état, il ne serait pas étonnant que les citoyens soient obligés d’agir à leur place. Dès lors, le pire du pire pourrait nous pendre au nez.

Le 23 janvier à Louviers Eric Roussel évoquera la vie de François Mitterrand


Je viens de terminer la lecture de la biographie de François Mitterrand écrite par Eric Roussel. De ce livre important et passionnant, on retiendra la personnalité exceptionnelle de l’ancien président de la République élu en 1981 après son échec de 1974 face à Valéry Giscard d’Estaing et celui de 1965 contre le général De Gaulle.

Dernière page de couverture du livre d'Eric Roussel.
Exceptionnelle est bien le mot puisque François Mitterrand, situé à la droite de la droite pendant sa jeunesse et finalement maréchaliste jusqu’à la mi 43, effectua ensuite et progressivement plusieurs virages : d’authentique résistant de 1943 à 1944, il devint 13 fois ministre sous la 4e République et évolua ensuite à gauche pour prendre la tête du Parti socialiste, réduire l’influence du Parti communiste, et enfin devenir le premier des Français, son but avoué dès sa plus tendre enfance. Si l’on ajoute au portrait ses « affaires » (l'observatoire, le Rainbow warrior, les Irlandais de Vincennes etc.) ses pérégrinations sentimentales, on comprend que François Mitterrand, comme l’a justement décrit Laurent Fabius, est un personnage dont le trait principal est l’ambivalence.

Eric Roussel sera présent à Louviers le 23 janvier prochain à 16 heures dans le cadre des conférences de la Société d’études diverses. Les Lovériens et tous ceux que la vie politique passionne ne manqueront pas d’assister à celle qu’il y donnera pour tenter de comprendre la trajectoire d’un homme supérieurement intelligent, cultivé, courageux, secret, machiavélien, parfois cynique, souvent distant mais toujours fidèle en amitié quels que soient les hommes et leurs travers.

30 décembre 2015

Déchéance de la nationalité, un texte de Pierre Joxe sur le site Mediapart : « La gauche est bien vivante »


Pierre Joxe
Voici le texte de Pierre Joxe paru ce jour sur le site d'information Mediapart : 


« Bonne année ! Bonne nouvelle ! La gauche est bien vivante !
On pensait bien – malgré les mots crispés d’un oracle nerveux au regard sombre –, on savait bien que non, la gauche ne pouvait pas mourir.
Mais aujourd’hui on le voit bien : elle est en pleine santé la gauche, jeune, claire et tonique, affirmant sa volonté avec confiance et s’adressant – comme il convient – à l’armature démocratique de la République, aux représentants du peuple, ceux qui sont les seuls, tous ensemble, à pouvoir faire la Loi, expression de la volonté générale : les parlementaires.
Jugez vous-mêmes. Allez les lire !
Je les cite ici :
« Les Jeunes Socialistes déplorent le choix fait par le gouvernement…
« Permettre la déchéance de nationalité de binationaux, même lorsqu’ils sont nés en France, crée une inégalité de droit entre les citoyens. Cette mesure place les Français binationaux sous un régime juridique différent de celui de tous les autres Français. Elle fige une différence symbolique et de droit entre les citoyens français.
« Cette mesure ouvre une brèche dans le droit du sol, qui fait partie de notre identité républicaine et qui est attaqué depuis des décennies par l’extrême droite.
« Cette mesure est surtout inefficace car elle n’a aucun caractère dissuasif. En effet, comment imaginer que des fanatiques puissent renoncer à commettre des actes sanglants par peur de perdre leur nationalité française alors qu’ils sont prêts à mourir ?
« Si cette mesure est autant contestée et avait été écartée par le gouvernement à la suite des attentats de janvier, c’est sans doute parce qu’elle heurte nos valeurs de justice, notre conception de la République, et que son inefficacité est certaine.
« Les Jeunes Socialistes espèrent que la sagesse parlementaire permettra d’écarter cette mesure et de concentrer l’action de l’Etat sur ce qui permet de lutter efficacement contre le terrorisme, et de préserver notre modèle démocratique et républicain pour l’égalité de tous les citoyens. »
Ces Jeunes Socialistes ont bien raison de se tourner vers le Parlement, car en France la Loi ne découle pas d’un discours, même proféré à Versailles.
Et la Constitution ne peut être modifiée que par un référendum ou par une majorité dite « qualifiée » de 3/5 des parlementaires – et non par la bouche cousue d’un Conseil des ministres surpris.
Ces jeunes socialistes ont bien raison de défendre des valeurs.
Non, ils ne « s’égarent » pas – comme le leur reproche ingénument un Premier Ministre feignant d’ignorer que, bien au contraire, c’est en oubliant leurs valeurs que de vieux socialistes « égarés » ont jadis déconsidéré la gauche, détruit pour dix ans leur Parti et abattu la IVRépublique.
Non seulement ces Jeunes Socialistes ne s’égarent pas, mais ils donnent le bon exemple, un exemple saisissant. Dans un texte vibrant d’indignation contenue, ils montrent qu’ils ont parfaitement assimilé les aspects juridiques les plus ardus de ce dossier complexe.
Ils ont décrypté les réserves polies et les hésitations précautionneuses des quatre-vingts honorables membres de l’Assemblée générale du Conseil d’Etat évoquant la violation de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.
Ils ont bien compris la portée de la jurisprudence ancienne et récente du Conseil constitutionnel, non seulement sur l’état d’urgence, mais surtout sur la déchéance de nationalité.
Ils ont bien lu le stupéfiant exposé des motifs du projet (n° 3381) de réforme constitutionnelle.
Comme ce texte officiel semble être passé inaperçu, j’en cite cet extrait éclairant, facilement consultable sur le site de l’Assemblée : 
« ... pour des personnes nées françaises, les lois républicaines n’ont jamais retenu la possibilité d’une déchéance de nationalité... Il en a d’abord été ainsi de la Loi du 7 avril 1915 puis avec la Loi du 10 août 1927 ainsi qu’avec le Décret-loi du 12 novembre 1938... Ainsi toutes les caractéristiques dégagées par le Conseil constitutionnel dans sa jurisprudence sont réunies pour qu’il existe un principe fondamental reconnu par les lois de la République relatif à l’absence de possibilité de déchéance de nationalité pour une personne née française même si elle possède une autre nationalité » (Ass. Nat. : projet n° 3381, exposé des motifs).
Oui, c’est bien « notre conception de la République », invoquée à juste titre par les Jeunes Socialistes, qui est en cause. Et qu’un socialiste adulte, encore jeune, mais déjà très mûr, puisse proférer qu’« une partie de la gauche s’égare au nom de grandes valeurs », cela rappelle de vieux et mauvais souvenirs.
Heureusement peut-être, entre précipitation et velléités, la longue liste des « Projets de réformes constitutionnelles » exhibés puis enterrés depuis bientôt trois ans peut laisser penser que l’explosif effet d’annonce d’aujourd’hui va disparaître dans l’effet de souffle qu’il a provoqué...
On ne le regrettera pas.
On regrettera peut-être davantage les réformes annoncées, rédigées et mises au congélateur depuis trois ans, comme en particulier :
Tous ces projets déposés en 2013, consultables sur le site internet de l’Assemblée, confiés au rapport du président de la commission des lois, Jean-Jacques Urvoas, et tombés rapidement dans l’oubli... parfois sans qu’un rapport soit rédigé !
Souhaitons cette douce euthanasie au projet n° 3381 et félicitons les Jeunes Socialistes. Quand on les lit, on n’a pas peur : la gauche est bien vivante.
*
On le sait, qu’un ou plusieurs personnages politiques parvenus au pouvoir changent d’avis, renient leurs promesses ou oublient tel ou tel engagement pris publiquement, ce n’est pas un phénomène rare.
On l’a déjà constaté en France sous la Ve République ; mais aussi sous la IVe – qui en est morte ; sous la IIIe et déjà sous la IIe République – celle de Badinguet ; sans oublier notre Première République – celle de la Terreur.
Ce qui est singulier dans les circonstances présentes, c’est le contraste entre certaines déclarations passées – mais récentes – et les décisions qui les contredisent.
Ce contraste éclate entre les propos tenus en 2010 contre les propositions de Sarkozy pour l’extension de la déchéance de nationalité. On pouvait lire à l’époque dans Le Figaro :
« “Est-ce que c’est conforme à notre histoire, nos traditions, notre Constitution, quand on sait que depuis 1889, la nationalité française s’exerce par la naissance et s’acquiert par mariage au bout de quelques années après un contrôle? (...) Pourquoi remettrait-on en cause ces principes essentiels ? (...) C’est finalement attentatoire à ce qu’est finalement la tradition républicaine et en aucune façon protecteur pour les citoyens”, a jugé le député de Corrèze. Interrogé sur les réserves exprimées par Bernard Kouchner, Hervé Morin ou Fadela Amara sur le virage sécuritaire du chef de l’Etat, François Hollande a répondu que ces ministres avaient “leurs responsabilités entre leurs mains” » (Le Figaro du 31 août 2010).
Décalage singulier aujourd’hui entre l’effet juridique espéré d’une décision controversée et l’effet politique instantané : soudain, la gauche anesthésiée se réveille.
Tous mes vœux. »

Pierre Joxe 
Avocat au Barreau de Paris
Membre honoraire du Parlement
Membre honoraire du Conseil constitutionnel
Premier président honoraire de la Cour des comptes

26 décembre 2015

Allons nous devenir des « déchus » du socialisme ?

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Malgré toutes les précautions sémantiques prises par le gouvernement, la déchéance de la nationalité pour les binationaux coupables de crimes terroristes, qu’ils soient nés en France ou ailleurs pourrait être inscrite dans notre constitution. Cette proposition choque plus d’une conscience et en révolte bien d’autres.

En reprenant à son compte lors de son discours devant le congrès réuni à Versailles, une antienne du Front national et de nombre d’élus de la droite dite forte, François Hollande n’escomptait pas un avis favorable du Conseil d’Etat. La juridiction chargée de conseiller le gouvernement lui a tendu un piège en le laissant libre de choisir ou non cette opportunité et comme le Président de la République n’a pas voulu se dédire, il pris le risque de se faire maudire.

Le plus important n’est pas tant la mesure elle-même qui ne visera que quelques individus, de toutes façons perdus pour la nation. Le plus important et le plus déplorable aussi, c’est le choix de donner du crédit à une opinion jusqu’à maintenant réservée à celles et ceux qui attaquent sans cesse la République et la démocratie même en termes voilés.

Avec la déchéance de la nationalité retenue comme proposition constitutionnalisable, François Hollande contribue à la dédiabolisation du FN et de ses propositions. Ainsi ce parti d’extrême droite, réputé pour ses idées xénophobes, serait capable de convaincre des gens de gauche du bienfondé de leurs objectifs ! C’est gravissime. Ça l’est encore plus quand on sait que cette déchéance, éventuellement inscrite comme une menace dans notre loi fondamentale, ne jouera aucun rôle dans les choix des djihadistes convertis ou en passe d’être radicalisés.

La presse étrangère la plus respectable se moque même de notre président. Il Manifesto titre : « François Le Pen ». C’est dire en quelle considération il tient le président de la République française. Si à droite, les Wauquiez et Sarkozy applaudiront, à gauche les supporteurs de Christiane Taubira seront malheureux pour elle et les couleuvres qu’elle se voit contrainte d’avaler par kilos. Peut-elle demeurer dans ce gouvernement ? Si le président et son premier ministre préfèrent s’appuyer sur les 94 % de Français favorables à cette mesure inquiétante, c’est leur droit. Mais nous, nous avons le devoir de clamer haut et fort que nous ne sommes pas d’accord et que l’avenir nous donnera raison. Christiane Taubira, elle, fait face à sa conscience. Et à ses contradictions.

23 décembre 2015

« A la fin Goldman Sachs gagne toujours ». C'est effarant…


Les grosses têtes de Lehman brothers déménagent.
A la fin Goldman Sachs gagne toujours. Si le documentaire diffusé sur la chaîne parlementaire, récemment, recèle des côtés quelque peu vieillots (il date pourtant de 2012 seulement) sa démonstration demeure valable aujourd’hui. Quelle est-elle ? La banque d’affaires américaine continue de placer ses hommes (ses pions) dans les centres de décisions du monde entier, elle poursuit son objectif unique : gagner de l’argent, en y parvenant, quels que soient les moyens utilisés et quels que soient les malheurs causés par cette obsession à des états, des banques de détails, des actionnaires naïfs ou des contribuables essorés.

Ceux qui n’ont pas vu ce documentaire apprendront que la plus importante banque d’affaires mondiale a des « représentants » directement ou indirectement actifs au sein des gouvernements (du gouvernement américain bien entendu) du Fonds monétaire international, de la banque mondiale, de la Commission et de la banque centrale européennes sans oublier les anciens premiers ministres de certains gouvernements comme Mario Monti, Romano Prodi…j’en passe et des meilleurs.

En quelques dizaines de minutes on comprend presque tout de la force du capitalisme financier. La naissance et l’organisation des crises (1) la disparition des concurrents (la faillite de Lehman Brothers) la duperie dont sont victimes certains états (comme la Grèce dont les comptes publics ont été frelatés) les sordides spéculations contre les clients même des banques d’affaires (Aux États-Unis ou ailleurs) les contrats secrets pour fausser les bilans, le rôle des Paulson et autres Draghi, tous liés à Goldman Sachs.

Autrement dit, cette banque est un empire mondial où ne règnent ni l’éthique ni la morale ni la régulation. Le but ultime étant de « toujours gagner de l’argent », il n’est pas surprenant que les états, même quand ils l’exigent, soient incapables de contrer cette pieuvre aux pouvoirs immenses. Je dois le dire, après avoir regardé avec attention et effarement ce documentaire, on se demande bien comment contrer un système aussi bien huilé et aussi parfait pour les quelques centaines de traders et dirigeants qui se mettent des millions de dollars plein les poches. A quand la prochaine crise financière ?

(1) La titrisation des créances est à nouveau autorisée…même quand elles sont pourries ?

22 décembre 2015

Les Le Pen dans le collimateur des juges financiers


La Haute Autorité sur la transparence de la vie publique vient d’estimer qu'il «existe [...] un doute sérieux quant à l'exhaustivité, l'exactitude et la sincérité de leurs déclarations, du fait de la sous-évaluation manifeste de certains de leurs actifs immobiliers détenus en commun». De qui parle la HAVP ? De vulgaires manants ? D’un Cahuzac au petit pied ? Pas du tout. Les magistrats indépendants de cette haute autorité qui, je le rappelle, en ont pris plus d’un (à gauche comme à droite) dans leurs filets évoquent les déclarations de patrimoine immobilier (et mobilier) de Jean-Marie Le Pen et de sa fille Marine.

Les Le Pen et leurs amis crient évidemment au scandale, au harcèlement « républicain », à une provocation du pouvoir politique. Comme si Valls et Hollande passaient leur temps à étudier de près les déclarations de revenus et de patrimoine des Le Pen ! Justement. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique a été créée pour mettre un terme aux abus et aux « oublis » d’hommes et de femmes dont on attend une certaine exemplarité eu égard aux mandats électifs qu’ils détiennent. Les élus sont égaux devant la loi mais, si j’ose dire, ils doivent être encore plus égaux que d’autres puisque la démocratie représentative repose sur la confiance que les citoyens délèguent à leurs élus et sur leur probité.

Je ne connais pas le dossier en détail puisque la HAVP rend publique une décision générale adressée au procureur de la République, à charge pour celui-ci de déclencher l’ouverture d’une enquête judiciaire plus approfondie. A en juger par cette décision, les Le Pen ont d’ailleurs eu tout loisir de présenter leurs observations et remarques. Les affirmations des deux députés européens — puisque c’est à ce titre qu’ils ont été « auscultés » — n'ont pas convaincu les membres de la Haute autorité, c’est pourquoi les Le Pen (même s’ils font appel devant le conseil d’Etat) devront affronter cette nouvelle affaire qui arrive après quelques autres…dont le financement a priori illégal de candidats aux législatives 2012 !

Le Front national et ses représentants aiment à fustiger ceux et celles qui appartiennent au « système ». Ils oublient, tout simplement, que « le système » a mis en place des outils visant à moraliser la vie publique et à pénaliser ceux qui tentent de contourner la loi. Si les Le Pen ont réellement sous-évalué leurs biens, ils devront comme d'autres avant eux en assumer les conséquences et s’ils encourent une peine d’inéligibilité, c’est qu’il l’auront bien cherché.

21 décembre 2015

Au Danemark, les réfugiés migrants pris pour des riches…


J’avais une autre idée du Danemark. J’imaginais un pays nordique à la « Borgen » où les femmes peuvent être premier ministre et le gouvernement social autant que solidaire. Un pays où les réfugiés-migrants ne sont pas soupçonnés de vouloir récupérer des aides sociales mais désireux de vivre en paix dans un pays d’Europe, chassés qu’ils sont par une guerre longue et ruineuse.
Patatras ; la belle image s’est envolée. Et les espérances d’un monde meilleur fracassées pour quelque temps. Le gouvernement danois a demandé à ses policiers de « récupérer » les surplus de richesses des aspirants à l’asile danois pour payer leurs menus frais d’hébergement et de nourriture ! Il faut entendre par le mot richesses, selon certains élus danois, autre chose que des biens à connotation sentimentale…Comme si les migrants en quête de territoire d’accueil se promenaient avec des chargements de biens matériels sonnants et trébuchants, des valises de diamants ou de billets de banque ! On ne va tout de même pas les priver de leurs bagues et de leurs maigres économies s'ils en ont !
Les réfugiés, à entendre ces xénophobes patentés, ne seraient donc que des envahisseurs animés par l’appât du gain. La vérité est tout autre. Divers partis danois et plusieurs associations humanitaires contestent la vision caricaturale de leurs gouvernants. Ils voient, dans les migrants, des populations en quête de plus de sécurité physique et d’un avenir professionnel. Ils voient dans ces hommes et dans ces femmes ainsi que dans leurs enfants des populations fragilisées et pas des vautours venus « manger » le pain danois.

20 décembre 2015

Quelques réflexions au débotté : Tapie, Fabius, Mayer-Rossignol, Bertrand, Estrosi…


La condamnation de Christine Boutin à 5000 euros d’amende pour avoir affirmé que « l’homosexualité est une abomination » ne semble pas avoir mis fin à la croisade homophobe de l’ancienne ministre de la République. Elle a toutefois tenu à corriger le tir en assurant que condamner le pêché n’était pas condamner le pêcheur qui, lui, a droit au pardon de ses « fautes ». Sacrée Boutin.
Ils sont plus nombreux qu’on croit, tous ces intégristes dont certains et certaines ont réussi à se faire élire dans les conseils régionaux notamment en île-de-France. J’ai déjà écrit, sur ce blog, combien Valérie Pécresse, catholique pratiquante — ce qui est son droit le plus strict évidemment — avait attiré à elle et sa candidature nombre de membres de la « Manif pour tous » dont la majorité d’entre eux ne désespèrent pas de faire modifier une loi de liberté et d’ouverture que beaucoup à droite ne veulent pas toucher.

Les lendemains de défaite donnent la gueule de bois aux perdants. Du moins dans la majorité des situations. Ainsi, Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, s’est fait prescrire quelques jours d’arrêt de travail avant de remonter au perchoir. Il faut dire que sa fin de campagne a été calamiteuse dans la forme car sur le fond, il n’avait sans doute pas tort.
Il se consolera en apprenant que même si les électeurs du Front national qui ont choisi de voter Pécresse au second tour étaient restés chez eux ou avaient apporté leurs voix à de Saint-Just (FN), il aurait quand même été battu. Sur le fil d’accord mais battu. Après 17 ans de gestion de gauche, les Franciliens ont choisi l’alternance. La guerre est déclarée entre Pécresse et Hidalgo au sujet de la future métropole.

Une étude très intéressante a été publiée par le journal Le Monde. Elle fait état des transferts de voix entre le premier et le second tour des élections régionales dans les régions dites sensibles. Cette étude a été réalisée en analysant les listes d’émargements des différents bureaux de vote et en étudiant les conséquences de l’abstention raisonnée ou de la participation salvatrice.
Il en ressort que Xavier Bertrand a été élu au second tour avec 81 % des voix de gauche du premier tour tandis que Christian Estrosi n’en récupère que 60 % mais ces voix étaient indispensables pour lui donner la victoire. L’étude démontre également que plus de deux millions de votes FN au premier tour se sont détournés de ce parti au second tour si bien que ce ne sont pas 6,8 millions d’électeurs qui ont voté FN (au premier et au second tour) mais près de neuf millions ! Pourquoi un tel vote le second dimanche ? Les électeurs ont-ils choisi de renverser la table tout en  souhaitant conserver intacts les couverts ? N’ont-ils aucune confiance en Marine Le Pen pour gouverner ?

Laurent Fabius très ému.
Pour certains le succès de la COP 21 n’est qu’un succès médiatique sans conséquences. Pour d’autres, il restera un accord historique puisque 195 pays ont accepté de signer un texte non contraignant, certes, mais doté de lignes de forces destinées à limiter le réchauffement climatique. Laurence Tubiana, bras droit de Laurent Fabius depuis plusieurs années pour conduire les négociations, dresse un bilan positif des 15 jours du Bourget, elle retient les clauses signées par tous comme autant d’impératifs nécessaires si l’on veut éviter les catastrophes humanitaires.
L’accord final démontre une fois encore les qualités et les talents de Laurent Fabius. Le ministre des Affaires étrangères a fait preuve de pédagogie, de respect de l’autre, d’écoute et d’ouverture, des qualités bien utiles quand on parle de vous comme futur ( ?) président du Conseil constitutionnel. Une fois de plus, il a su s’entourer d’une équipe compétente, professionnelle, totalement acquise à la cause qu’elle défendait collectivement.

Bernard Tapie revient en politique ! Il s’agit d’un grand classique. Quand les hommes politiques ne trouvent pas grâce auprès des juges, ils souhaitent se blanchir par le suffrage universel, une machine à laver les délits et les fautes. Condamné à reverser à l’état la modique somme de 404 millions d’euros que le trio de l’arbitrage frelaté lui avait attribuée, Tapie a réussi à obtenir la protection du tribunal de commerce de Paris et à planquer ses avoirs pendant quelques mois, du moins ce qu’il en reste. Comme dirait sa femme : « on ne nous traite pas comme les autres. » Quels autres ?
Plus intéressantes sont les mesures qu’il va proposer en détail en janvier prochain pour endiguer le chômage des jeunes. Il est vrai que le système de formation actuel ne donne pas de résultats à hauteur des sommes engagées et que le gouvernement devrait imaginer des solutions nouvelles et pourquoi pas celles qu’avancera Bernard Tapie. Maintenant, quand ce dernier affirme vouloir diminuer l’influence du Front national, ce ne sera sans doute pas en suivant son exemple puisque le FN récolte aussi les voix de ceux et celles qui ne supportent plus les escrocs et les aigrefins.

Il fallait s’y attendre. De belles âmes veulent donner des noms aux coupables du mauvais résultat du PS aux régionales dans l’Eure. Après les municipales, avec Evreux, Louviers, Vernon, Les Andelys perdus par la gauche, les Européennes avec un FN très haut, les départementales et la perte de la majorité donc de la présidence avec JL Destans, cette 3e place aux régionales sonne comme une forme de désaveu.
Alors, les coupables ? Et si c’était tout simplement la faute des électeurs et des électrices de l’Eure dont le positionnement à droite et extrême droite ne date pas d’aujourd’hui ? Et si ceux qui glapissent s’interrogeaient sur leur contribution personnelle à la campagne ? S’ils se livraient une légère introspection pour définir leur niveau de motivation, à l’image des radicaux de gauche qui n’ont pas levé le petit doigt ni distribué un tract avant le premier tour ? Ils attendaient que les mandats (au propre et au figuré) leurs tombent dans le bec. Pitoyable.

La liste des conseillers régionaux de gauche : 
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Eure : Marc-Antoine Jamet PS - Mélanie Mammeri PS - Timour Veyri PS - Laetitia Sanchez EELV 
Orne : Laurent Beauvais PS - Gaëlle Pioline PS

Calvados : Raphaël Chauvois PS - Helene Mialon-Burgat PS - Franck Guegueniat PRG Caroline Amiel EELV - Emmanuel Mezeray PS - Marie-Jeanne Gobert PC
Manche : Stephane Travert PS - Claudie Launoy PS - Benoit Arrivé PS  - Muriel Jozeau Marigné PS
Seine-Maritime : Nicolas Mayer-Rossignol PS - Oumou Niang PS - Sebastien Jumel PC - Estelle Grelier PS - Claude Taleb EELV - Valérie Garraud PS - Joachim Moyse PC Catherine Troallic PS - Frederic Sanchez PS - Celine Brulin PC - Gilles Haudouin PC