22 octobre 2008

Jean Louis Destans : « d'énormes difficultés sont devant nous ! »

Jean Louis Destans (à gauche) assure que les collectivités territoriales vont avoir de grosses difficultés pour boucler leur budget en 2009. (photo JCH)
La signature du contrat d'agglomération avait lieu mardi soir au siège de la CASE (Communauté d'agglomération Seine-Eure) en présence d'Alain Le Vern, président de la Région, de Jean-Louis Destans, président du conseil général et du président de la communauté d'agglomération. Ce dernier a rappelé que le montant global des projets se situait à hauteur de 73 millions d'euros dans les domaines de l'habitat, du développement durable, du développement économique, du sport, du tourisme, de la culture et de l'action sociale.

Devant des élus finalement peu nombreux et en l'absence totale des citoyens non informés (comment ensuite reprocher aux habitants de ne pas connaître les compétences de la CASE ?) Jean Louis Destans a dressé un tableau financier, politique, administratif plus qu'inquiétant. Suite à l'assemblée générale des présidents des conseils généraux de France, chacun d'entre eux est convaincu que Nicolas Sarkozy reste déterminé à « faire fusionner les départements et les régions ou les agglos et les départements ou à supprimer les départements…Sa volonté est forte. Il a nommé Edouard Balladur à la tête d'une commission qui va rendre ses conclusions avant la fin de l'année. On se dirige tout droit vers une loi qui modifiera sensiblement le paysage : cumul des mandats, raccourcissement des mandats, référendum possible sur le changement institutionnel…»

Il a ensuite évoqué le contexte — la crise financière et économique — qui va avoir des conséquences négatives et graves : baisse des recettes du département estimée entre 11 et 13 millions d'euros en 2009 (1) sur 120 à 130 millions d'euros d'investissements, difficultés dans le secteur du logement (des promoteurs privés proposent à Eure-Habitat de finir leurs programmes en cours). « Vous devez vous attendre à voir chuter votre DGF (Dotation globale de fonctionnement) accordée par l'Etat. » Le président du conseil général, grave et solennel, dresse un constat négatif : « d'énormes difficultés sont devant nous. Je vous invite à réfléchir collectivement à plusieurs sujets : le logement, l'agence urbaine de Rouen et celle du Havre, l'axe structurant qu'est la Seine, ne pas oublier les relations entre Vernon et Louviers même si Louviers est tourné vers Rouen. »
Alain Le Vern invite les élus à ne pas céder au pessimisme : « Nous, nous sommes dans l'économie réelle, nous sommes tournés vers les gens et nous préparons l'avenir. La vie continue. Nous devons valoriser nos pôles d'excellence. La région demeure à vos côtés pour mener à bien vos projets. » Il ajoute : « Nous n'avons pas d'emprunts toxiques. Nous avons multiplié par deux notre participation au contrat d'agglo par rapport au premier. »
Quant aux changements institutionnels, il commente : « En 2010, il est possible qu'un d'entre nous (il regarde JL Destans) ne soit plus là. Nous sommes fiers d'avoir créé le 276, une structure qui unit les deux départements de l'Eure et de la Seine-Maritime et la Région. Elle nous a permis une solidarité sans faille et aussi de mettre sur pied des projets communs tel que celui que nous approuvons ce soir. Il n'y a pas d'autres exemples en France. »

Une suggestion : il serait bien que l'agglomération prépare un document sur le contrat d'agglomération et le distribue aux habitants des 29 communes. Ils sauront quel avenir on réserve au territoire sur lequel ils circulent, habitent, travaillent, vont à l'école, au collège, au lycée, à l'université…
(1) La baisse des recettes du Département en 2009 s'explique par une chute des droits de mutations (10 millions d'euros) et une baisse des participations de l'Etat.

Cyrille Sergé s'en est allé

Cyrille Sergé s'en est allé, accompagné de tous ses amis musiciens qui lui ont rendu un vibrant hommage... (photo Reynald Harlaut)

21 octobre 2008

Gare de Val-de-Reuil : enfin le bout du tunnel…mais en 2011 !


Alain Le Vern, Guillaume Pépy et Marc-Antoine Jamet visitent la gare de Val-de-Reuil (photo JCH)
Alain Le Vern accueille le président de la SNCF. (photo JCH)
Les usagers de la gare rolivaloise ainsi que les maires des communes de l'agglomération Seine-Eure et ceux de la communauté Seine-Bord attendaient beaucoup de la visite de Guillaume Pépy, président de la SNCF, ce matin à Val-de-Reuil. Peut-être trop d'ailleurs, quand on connait l'inertie de certaines grandes sociétés publiques ou privées avant de passer à l'acte. Accueilli par Alain Le Vern, président du conseil régional, François Loncle, député, Jean-Louis Destans, président du conseil général et Marc Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil, M. Pépy a tout d'abord jeté un œil sur la gare elle-même prenant ainsi toute la mesure des besoins et de l'urgence des travaux à effectuer. Il n'a pas omis de saluer le personnel employé aux guichets, lui qui venait d'arriver en gare à bord d'un train d'un autre âge.

Quelques minutes après la signature d'une « convention » de principe liant les différents partenaires (1) Guillaume Pépy, au cours d'une conversation avec François Loncle, à laquelle je participais, a reconnu que les lignes TGV n'avaient pas besoin d'être soutenues : « elles ont le soutien de tous les Français. La politique qu'on m'a assignée, c'est d'être aux bons soins d'une ligne comme celle qui relie Paris au Havre et qui besoin d'un énorme effort de modernisation et d'entretien. Des lignes comme celles-là ont besoin de mon soutien. »

Après sa rencontre avec les élus, un communiqué a été distribué insistant sur les manques criants de la gare de Val-de-Reuil et des remèdes à apporter : « La modernisation de la gare rolivaloise s'inscrit dans le prolongement des évolutions démographiques et économiques de Val-de-Reuil et du territoire de Seine-Eure comme celui de Seine-Bord, du développement des transports publics…
…Ce programme a pour but de rendre la gare plus sûre, plus moderne et plus fonctionnelle. Trois actions seront mises en œuvre (note du blogger : mais quand ?)
— Améliorer les conditions de transport des voyageurs par la remise à niveau des installations existantes, la réhabilitation du parking, voire son extension car il est aujourd'hui saturé, la réalisation d'une plate-forme permettant la création d'une aire de dépose-minute, le remodelage de la station d'arrêt des bus ainsi que de la piste réservée aux taxis, l'association des modes de déplacement doux.
— Favoriser l'accès de tous les usagers à la gare et par là-même, l'accessibilité des personnes à mobilité réduite afin que chacun bénéficie, de manière optimaler, des services publics de transport.
— moderniser le bâtiment voyageurs pour accroître le confort et la qualité de l'accueil des clients et développer un nouvel espace de vente. »

Les différents partenaires ont signé une convention de pré-études visant à préciser les travaux à engager, leur coût et leur mode de financement. Mais une phrase nous inquiète. On peut lire : « le budget nécessaire à l'établissement de ce document sera réparti entre les différents partenaires et les collectivités locales intéressées à la rénovation de la gare et qui en seront volontaires. Une précision : la réalisation des travaux est envisagée entre 2010 et 2011. » Ce qui fait encore quelques marches à monter.
(1) Les partenaires : le conseil régional, le conseil général de l'Eure, La CASE, la commune de Val-de-Reuil, Réseau Ferré de France et la SNCF.

Conférence débat le 29 octobre au Moulin : « Politique sécuritaire et contrôle social » avec Dominique Guibert, secrétaire général adjoint de la Ligue

Le mercredi 29 octobre au Moulin (rue des anciens combattants en Algérie) à 20 h 15, Dominique Guibert, Secrétaire Général adjoint de la Ligue des Droits de l'Homme au niveau national, sera présent à Louviers pour animer une conférence débat sur « le contrôle social et la politique sécuritaire » et abordera, bien évidemment le thème de la vidéo-surveillance.

Le collectif constitué à Louviers contre l'installation des caméras dans les quartiers recueille un succès certain avec la pétition actuellement en cours de signature aux Acacias, dans le quartier de Maison-Rouge et sur le marché du samedi. Plus de 700 signatures ont été comptabilisées à ce jour. Le collectif poursuivra son action jusqu’à ce que chaque appartement ait reçu la visite d’un membre du collectif. Ces pétitions seront ensuite utiles pour démontrer l’inanité d’un choix municipal coûteux et inefficace.

Au cours de notre conférence de presse, tenue lundi dernier, nous avons également évoqué les dangers des différents fichiers dont EDVIGE (même s’il porte un nouveau nom) les carnets de M. Bertrand, ancien directeur général des RG (renseignements généraux) pleins de rumeurs et d’attaques sur la vie privée, les enquêtes conduites par des officines privées sur la vie de leaders politiques…Ces faits exigent de chaque citoyen une vigilance de tous les instants.

Le collectif anti vidéo-surveillance invite tous les Lovériens et toutes les personnes (signataires de la pétition contre EDVIGE par exemple) à être présents à cette soirée exceptionnelle qui donnera l'occasion à l'orateur de rappeler la position de La Ligue des Droits de l'Homme contre les systèmes d'enregistrement des citoyens et à l'auditoire de poser des questions.

Le collectif anti-vidéosurveillance comprend : le PS, le PC, la LCR, La Ligue des Droits de l’Homme, l’association Avenir Citoyen, les quatre conseillers municipaux de gauche d’opposition.

20 octobre 2008

le président de la SNCF en visite à Val-de-Reuil

Guillaume Pépy, le président de la SNCF, sera en visite demain, à Val-de-Reuil. Il y rencontrera les élus et viendra sur place se rendre compte de l'inconfort de la gare rolivaloise qui n'a pas évolué depuis son inauguration en 1978. Le président de la SNCF tiendra un point presse puis ira au devant des chefs d'entreprises de la région qui souhaiteraient en savoir plus sur le ferroutage ou tout autre sujet à leur convenance.
Il s'agit sans doute d'un pur hasard — à moins que M. Pépy soit lecteur de ce blog — (je plaisante) mais cette visite s'inscrit dans un tempo idéal après que j'avais mis en avant, il y a peu, les difficultés et les obstacles placés sur le parcours des personnes âgées et des handicapés dans la gare rolivaloise. Je rendrai évidemment compte, dès demain, de la visite du président de la SNCF qui ne peut se permettre ce voyage normand sans annonce intéressante pour les centaines d'usagers d'une gare qui nous tient à cœur.

Cyrille Sergé est décédé

Nous apprenons le décès, le jeudi 18 octobre dernier, de Cyrille Sergé, fils de Rémy et Francine Sergé, bien connus à Louviers pour leur engagement au sein de la société civile. Rémy est un des responsables locaux de l'association ATTAC et Francine a été pendant un mandat conseillère municipale. Cyrille est mort des suites d'une maladie cruelle qui l'avait frappé il y a huit ans. Les traitements médicaux, les attentions de sa compagne Amélie et sa volonté de vivre pour son fils Cyprien, lui ont permis de tenir au-delà de ce qu'imaginaient ses médecins. Il a lutté contre la mort avec un courage énorme.
Il est vrai que Cyrille, musicien de jazz, a passé des heures à Mont-St-Aignan, au centre Marc Sangnier, où chaque semaine, il donnait ses cours, répétait, et jouait lors de concerts. Il était animé d'une véritable passion pour son art et nous l'avons entendu plusieurs fois à Louviers où il aimait revenir de temps à autre puisque c'était la ville de son enfance.
En ces instants de douleur, nous assurons Rémy et Francine, ainsi qu'Amélie, de toute notre sympathie et de notre amicale compassion.

19 octobre 2008

Mieux vivre à Acquigny toujours incontournable


Hervé Le Guern et Annick Quéré peuvent être satisfaits : la première manifestation de Mieux vivre à Acquigny, nouvelle formule est un beau succès.

Hervé Le Guern, le nouveau président de Mieux Vivre à Acquigny a accueilli les nombreux visiteurs souhaitant flâner dans le parc du château en ce beau dimanche d’automne. Cette année la poésie s’était invitée aux côtés de la peinture et de la sculpture. Des poèmes célébrant les charmes de l’automne avaient été apposés sur de nombreux troncs d’arbres dans la parc du château. Les enfants ont manifesté beaucoup d’enthousiasme à les lire en répondant au questionnaire qui leur avait été remis à l’entrée du parc.
Un détour par l’Orangerie permettait de découvrir les réalisations de différents artistes et notamment les petites figurines en terre de Ann Soui, d’une grande délicatesse. Vous pouvez les découvrir sur son site : www.annsoui.fr

Prochain rendez-vous le 8 novembre pour la bourse aux plantes

18 octobre 2008

Fadela Amara et le produit Destop

Le Destop serait-il le karcher du pauvre ? Le produit utilisé pour déboucher les canalisations et notamment celles des toilettes aurait-il suppléé le célèbre mot de Nicolas Sarkozy en visite sur une dalle bien connue d'un quartier d'Argenteuil devenu célèbre au corps défendant de ses habitants ? « Un bon coup de Destop pour stopper les sifflets dans les stades » voilà ce que propose la secrétaire d'Etat à la Ville, accueillie il y a peu à Val-de-Reuil, où de gros efforts sont faits pour que toutes les communautés s'agglomèrent et se respectent.

Dans la bouche d'un membre du gouvernement, qui plus est ancienne présidente de « Ni putes et ni soumises » qui n'avait pas de mot assez durs contre ceux qui fustigeaient les petits délinquants ou les ados d'origine étrangère en difficulté dans les quartiers chauds, ce propos est tout simplement scandaleux. Je sais bien que Fadela Amara n'a pas un langage chatié et qu'elle se vante assez de ne pas avoir fait ses humanités (et « Merci Sarkozy de m'avoir faite ministre moi qui viens de la banlieue ») mais quand un membre du gouvernement parle ainsi de milliers de jeunes en révolte contre le rejet dont ils sont victimes, que peut-on attendre ? On ne peut attendre que plus de violence, plus de haine, plus de désir de vengeance. Contre quoi ? contre le fait de ne pas être accepté comme Français. Voilà pourquoi les jeunes ont sifflé. Ils ont sifflé, alors qu'ils sont Français, contre un pays qui ne les reconnaît pas comme tels.

Fadela Amara n'est plus dans son rôle lorsqu'elle parle ainsi. Le mot Karcher a collé à la peau du candidat UMP à la présidence et lui colle encore. Le mot Destop collera longtemps à la peau de Fadela Amara alors que d'elle on attendait des paroles compatissantes.
(photo JCH)

Pourquoi j'ai signé la motion de Martine Aubry

Martine Aubry à Pont-Audemer (photo JCH)
Parmi les six motions soumises au vote des adhérents du Parti socialiste, j'ai signé celle proposée par Martine Aubry. Non pas que la motion de Benoit Hamon ne m'ait pas intéressé mais les statuts du Parti socialiste (qu'il faudrait sans doute modifier) font que c'est autour de la motion arrivée en tête que se font les accords politiques. Il ne fait aucun doute que la motion Hamon est respectable et juste sur bien des points. L'exigence de la création d'un pôle bancaire public a tout mon accord. Mais compte tenu des affinités idéologiques des motions Aubry et Hamon, il eût fallu trouver un accord avant le vote des militants pour ne pas permettre à d'autres motions de faire la course en tête pour cause de divisions à gauche. Et finalement de demeurer maîtres du jeu. Si les sondages ont un sens — et ils en ont un — la motion Delanoë devrait prendre la première place. Le conditionnel s'impose car le résultat dépendra surtout de la mobilisation des adhérents. A l'heure actuelle, il me semble que c'est l'indifférence qui l'emporte.

Que dit Martine Aubry ? Elle affirme que, depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, les Français souffrent encore plus que sous Chirac, que l'intervention de l'Etat dans la crise financière sera sans lendemain puisque le contribuable vient au secours des banquiers avant qu'ils ne retrouvent leurs billes. Elle reconnaît que l'alternance se fera autour du PS ou ne se fera pas. Elle proposera à toute la Gauche (PC, Verts mais aussi LCR) un accord de gouvernement. Chacun devra justifier son accord ou son…refus. Et on verra bien qui préfère qui ou quoi ?

L'objectif essentiel de la motion Aubry c'est de « réarmer la puissance publique ». De rendre son rôle à l'Etat qui a abandonné ses fonctions au marché. » Martine Aubry propose « …La question sociale doit être au cœur de nos préoccupations. Sauver l’Ecole de la République, redistribuer les richesses en commençant par augmenter les salaires en engageant une grande réforme fiscale, restaurer le droit à l’emploi, au logement, à la santé, sont des priorités absolues. J’y ajoute l’impératif écologique à l’heure des pénuries de matières premières et de la crise énergétique. Sur l’immigration, nous devons refuser de cautionner par notre silence, la peur de l’autre et l’intolérance… »
«…L’Europe ? Elle fait partie de l’identité socialiste. Nous devons avoir une Europe qui défende des règles, une Europe politique, sociale, humaniste… nos conquêtes (congés payés, abolition de la peine de mort, décentralisation, parité, PACS, RMI, CMU, l’aide personnalisée aux personnes âgées, les 35 heures, nous les assumerons, nous les défendrons… »
Comment réussir ? En dépassant les clivages du passé. Martine Aubry rassemble autour d’elle Laurent Fabius, Arnaud Montebourg, Jean-Christophe Cambadélis… elle est celle qui rassemble : « La motion D (Aubry) est la motion qui dépasse les clivages anciens et les vieilles querelles. Tournons nous vers l’avenir ! »
Le projet ? « Je propose la tenue de cinq conventions nationales (NDLR : depuis 2002 aucune ne s’est tenue) pour bâtir notre projet. Je veux un parti qui met en avant de nouvelles générations aux couleurs de la France. Un parti dirigé par une équipe large et soudée qui parle d’une même voix. » Finis la cacophonie actuelle, les oui de Manuel Valls à Sarkozy, les refus de vote, les abstentions sur des projets dangereux…« la présidentielle ce n’est ni aujourd’hui, ni demain. Après-demain, nous aurons des primaires aussi ouvertes que le permettra le dialogue avec nos partenaires. »
Le 6 novembre prochain, jour du vote des militants, je soutiendrai l'action entreprise par Martine Aubry. C'est une femme bien à gauche, opiniâtre, déterminée, courageuse. Je souhaite qu'elle devienne la Première secrétaire du Parti socialiste.

17 octobre 2008

L’Empire de la honte (1)

Enfants de Madagascar

« C’est ce titre qu’avait choisi Jean Ziegler pour son avant-dernier livre dans lequel il disait tout le mal qu’il pense du néolibéralisme et des agissements des sociétés transcontinentales, pour l’essentiel américaines, qui tiennent, de par leur puissance financière, les pays du Sud dans un état d’asservissement de plus en plus préoccupant.

À l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation, Jean Ziegler, ex rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation, était interviewé récemment sur France-Inter. Il a rappelé les promesses qu’avaient faites il y a une dizaine d’années l’ensemble des pays développés, d’éradiquer le lancinant et terrible fléau que représente la faim dans le monde.

La faim dans le monde, c’est aujourd’hui 923 millions d’êtres humains qui ne mangent pas chaque jour à leur faim ; c’est un enfant qui meure toutes les 5 secondes et 100.000 personnes qui meurent chaque jour, ou de la faim, ou de ses conséquences immédiates. Sans parler des ravages que font les carences alimentaires sur le développement physique et intellectuel des enfants mal-nutris. Il fallait pour cela dix ans à raison de trois milliards de dollars par an.

30 milliards de dollars, comparés aux 700 milliards de dollars du plan de M. Henry Paulson pour tenter de sauver l’économie américaine, ou encore aux 1 500 milliards d’euros du plan qu’à mis en place l’Europe de la zone Euro pour stabiliser le système bancaire, c’est me direz-vous, une goutte d’eau.

Mais cette goutte d’eau, les gouvernants des pays riches n’ont pas en dix ans réussi à la trouver. Et, loin de s’améliorer, la situation au regard du problème de la faim dans le monde s’aggrave chaque jour. Cette situation est totalement scandaleuse, car c’est bel et bien là un crime contre l’humanité que nous sommes en train de commettre, nous les pays riches, ainsi que le dénonce Jean Ziegler, crime dont nous aurons un jour à rendre compte.

Les organismes internationaux dépendant de l’ONU, chargés de venir en aide à ces pays ou d’organiser les échanges : la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dirigés pour ces deux derniers, on ne le soulignera jamais assez, par MM. Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy, des socialistes – c’est surréaliste –, sont totalement noyautés par les États-Unis d’Amérique et leur affidés. Ces organismes ne sont là, en réalité sous la caution morale que fournit l’étiquette de leurs dirigeants, que pour défendre les intérêts des sociétés transcontinentales les plus riches et accroître la dépendance et la misère des pays les plus pauvres par le moyen de la dette et de son corollaire la faim qui empêchent tout développement.

Jean Ziegler dénonce le double langage insupportable tenu par l’Occident envers les pays du Sud : le droit à l’alimentation, les droits de l’Homme, la démocratie. Et pendant ce temps-là, les Etats-Unis torturent en Irak, en Afghanistan, à Guantanamo. Pendant le même temps, ils retirent du marché mondial de l’alimentation 138 millions de tonnes de maïs et de blé pour en faire le bioéthanol nécessaire à faire rouler leurs voitures, faisant ainsi exploser les prix et affamant davantage les pays du Sud. Pendant le même temps l’Union européenne organise la famine en Afrique par le dumping agricole qui ruine la petite paysannerie.

Nul ne peut douter que cela va conduire à court terme à la Haine de l’Occident (2) c’est le titre qu’a donné Jean Ziegler à son dernier ouvrage. On voudrait encourager le terrorisme qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Ce sera, comme on peut le craindre, si rien n’est rapidement fait pour mettre un terme à cette honte, l’arme du désespoir qu’utiliseront les populations affamées face à l’étalage toujours plus arrogant de la richesse incommensurable d’une poignée d’hommes, situation dont nous devenons chaque jour davantage par notre impuissance ou notre indifférence, les complices involontaires.
Reynald Harlaut

(1) Jean ZIEGLER, l’Empire de la honte, Librairie Arthème Fayard, Paris, 2005, Le Livre de poche, réédition 2008.
(2) Jean ZIEGLER, La Haine de l’Occident, Éd. Albin Michel, Paris, 2008.