Nous avions consacré l’an dernier plusieurs
articles à l’ouvrage de Fabrice Nicolino « Qui
a tué l’écologie ? ». L’auteur, journaliste indépendant, s’intéressait
de près au rôle réel que jouent les quatre grandes associations
environnementales : le WWF (Fonds mondial pour la nature, Greenpeace, la
Fondation Nicolas Hulot et FNE (France Nature Environnement). Fabrice Nicolino
avait mis au jour les rapports troublants existant entre ces organisations et
les pouvoirs politique,
économique et financier – ce qu’on regroupe sous le terme d’oligarchie –, dans
les pays occidentaux.
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Eucalyptus |
Le sujet
peut et doit être élargi. Car il est aussi des personnalités qui méritent qu’on
s’y arrête un instant. Des personnalités dont on se rend compte, si on les suit
dans la durée, qu’elles ont fait de l’écologie leur fonds de commerce. On
constate alors à quel point elles veillent jalousement sur lui, l’entretenant
méthodiquement. Plus intéressées qu’elles sont à le faire fructifier qu’à
régler véritablement les problèmes qui le font exister et les font vivre. De
plus, elles se réclament généralement de l’écologie comme si elles en étaient
les propriétaires attitrés, dénonçant avec un bel ensemble tout nouveau venu et
d’une manière plus générale, tout ce qui pourrait d’une façon ou d’une autre
leur porter ombrage. En les dépossédant par exemple d’une parcelle de leur
pouvoir ou de leur autorité.
Tout ce
petit monde fonctionne en bonne entente en un cercle restreint. On y retrouve
pêle-mêle des personnalités comme le photographe Yann Arthus-Bertrand,
Nicolas Hulot – toujours lui –, Denis Cheyssou l’animateur de « CO2, mon amour », le
magazine écologique de France Inter. Gravitent autour des noms qui reviennent
régulièrement. Des noms dont chacun s’accorde à dire qu’ils font autorité dans
leur domaine. Autorité scientifique ou autorité morale, indiscutables, cela va
de soi. Érik Orsenna est un de ceux là.
Brillant
esprit, au point d’avoir été élu à l’Académie française, il fut longtemps le
porte-plume de François Mitterrand. L’homme ne manque ni de charisme ni de
talent pédagogique – il commença dans l’enseignement – et peut apparaître à
plus d’un titre comme le parfait humaniste, nourrissant sa réflexion aux
sources de la littérature et de la culture française, européenne et
internationale. Autorité morale disions-nous, comme Martin Hirsch a pu l’être
dans son domaine. Cela, c’est pour l’image de respectabilité.
Spécialiste
des matières premières, il a occupé ou occupe encore diverses fonctions
honorifiques liés au paysage, à la forêt, etc. La première interrogation à son
sujet nous vint lorsqu’il participa aux travaux de la fameuse « Commission
pour la libération de la croissance » dite « Commission Attali »,
créée à l’initiative du président de la République. Les conclusions des
travaux, d’essence largement libérale, n’avaient guère d’états d’âme sur les
ressorts de cette croissance dont le président avait dit qu’ « il irait la chercher avec les
dents ». Que diable Érik Orsenna était-il allé faire dans cette galère
sarkozyste ?
La
confirmation de nos inquiétudes nous vint un peu plus tard, à l’occasion de la
diffusion du film document « Crise,
krach et gueule de bois » en janvier 2011 sur France 2. Film dans
lequel Érik Orsenna déclarait, à propos des raisons d’espérer en
l’avenir : « … Il faut changer
les menaces en opportunités. Je voyage énormément. J’ai fait un livre sur
l’eau. Et je me rends compte que l’eau sera un des problèmes principaux que va
rencontrer la planète. Et comme par hasard, les deux plus importantes, les plus
efficaces sociétés au monde dans le domaine de l’eau et de l’assainissement
sont des sociétés françaises ». S’agissant des enjeux, on ne saurait
être plus clair ! M. Orsenna est un des lobbyistes les plus influents des
multinationales de l’eau. Qu’on se le dise !
Apparemment, cela n’a pas l’air de déranger outre
mesure M. Denis Cheyssou qui vient de l’inviter à nouveau dans son émission, en
direct du Salon du livre, à l’occasion de la parution de son dernier ouvrage
écologique « Sur la route du
papier ». Très grande consommatrice de bois autant que d’eau,
l’industrie papetière occidentale fait de plus en plus appel à des bois
importés comme l’eucalyptus, à croissance extrêmement rapide, et dont la
plantation, tout comme celle du palmier à huile, tend à se substituer un peu
partout dans le monde, à des forêts primaires qu’on détruit. Sans que M.
Orsenna n’y trouve grand-chose à redire, considérant la situation actuelle
comme irréversible et, semble t-il, la culture de l’eucalyptus comme un moindre
mal.
Le même Denis Cheyssou avait pourtant commencé par
se plaindre parce qu’aucun des candidats à la présidentielle ne prendrait
sérieusement en compte l’écologie dans ses interventions, la reléguant ainsi au
plan des sujets anecdotiques, à droite comme à gauche. S’agissant des candidats
de droite, nous n’en sommes guère surpris. Nous ne nous attendions pas à voir
celui qui a été le coproducteur de l’enfumage dénommé « Grenelle de
l’Environnement » puis a ensuite déclaré « l’environnement, ça commence à bien faire » se
transformer en écologiste exigeant. Mais à gauche, M. Cheyssou fait encore
comme s’il n’existait aucun autre candidat que celui du Parti socialiste, pour
dénoncer l’indigence de son programme en matière d’environnement. Pas un mot de
la campagne d’Éva Joly, pas plus que de la
planification écologique du programme du Front de Gauche. Jean-Luc Mélenchon y
a pourtant consacré l’essentiel de son discours le 14 mars lors de son meeting
de Clermont-Ferrand. Mais tout cela se passait il est vrai, loin, si loin de ce
petit cénacle dont nous avons parlé.
C’est pourquoi M. Denis Cheyssou n’a rien entendu.
Par chance, il avait aussi invité une indignée, pour lui permettre, selon
l’expression consacrée, de pousser un « coup de gueule » : Isabelle
Delannoy, accessoirement coscénariste avec Yann Arthus-Bertrand du film « Home », et collaboratrice du
même pour « La Terre vue du
ciel ». Une experte, donc, des questions environnementales, qui vient
de créer à point nommé « un
collectif de femmes professionnelles de l’écologie » intitulé « Vertes de rage ! ». Ce
collectif a lancé son « appel du 8
mars, à toutes celles et ceux qui pensent que l’écologie devrait occuper une
position centrale dans les débats à la présidentielle, ce qui n’est pas le cas ».
Isabelle Delannoy se fait donc le porte-parole dudit collectif. On est
sauvés !
Après cela, nous ferions preuve du plus mauvais
esprit à souligner ce dont il n’a pas été question dans l’interview.
Qu’Isabelle Delannoy a écrit un livre intitulé : « Environnement : les candidats au banc d’essai ».
Et que cela n’a vraiment, mais alors vraiment rien à voir avec son coup de
gueule. La preuve, c’est que lorsqu’on clique sur le titre du livre dans la
présentation de l’émission sur le site de France Inter, on se retrouve
directement sur une librairie en ligne pour commander l’ouvrage. On comprend
alors pourquoi elle n’est pas au courant du programme écologique des candidats
en 2012. C’est que le bouquin a été écrit en 2007, qu’il y en a encore à vendre
2 neufs et 14 d’occasion à 1,99 €. Mais à ce prix là, c’est une affaire. Et on
sera ainsi très heureux de savoir ce que pensent de l’écologie les candidat-e-s
Ségolène Royal, Philippe de Villiers, Olivier Besancenot, Dominique Voynet et
Jean-Marie Le Pen, et ça, foi d’écologiste, c’est du vrai recyclage !
C’était le spécial copinage de « CO2, mon amour ».
Reynald Harlaut
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