27 janvier 2014

Il a existé un populisme de gauche en France, surtout en 1968


Des observateurs avisés et lecteurs de ce blog ont été étonnés, à la lecture de mon billet relatant la conférence d’Olivier Wieviorka à Val-de-Reuil, de n’y lire que des observations sur le populisme de droite ou d’extrême droite. Je me dois donc d’éclairer un peu plus ces lecteurs et de leur exprimer un regret. Je n’ai pas, il est vrai, été tout à fait complet. Non pas que j’ai souhaité censurer le propos d’Olivier Wieviorka mais j’ai jugé que les principaux griefs et les dangers encourus par la démocratie représentative relevaient surtout des menées d’extrême-droite.
Alors, existe-t-il un populisme de gauche ? La réponse est oui, malheureusement. L’Amérique du sud semble être le continent le plus affecté par ce dernier. Le péronisme en Argentine et le Chavezisme au Vénézuela, par exemple, sont des formes de populismes dans la mesure où le pouvoir s’incarne dans des leaders charismatiques et l’absence de relais des corps intermédiaires.
Et la France ? « En 1968, rappelle Olivier Wieviorka, il a existé un populisme de gauche, le gauchisme. Ce fut l’appel des intellectuels maoïstes à rejoindre le monde du travail, les ouvriers ou les paysans…combien d'entre eux ont arrêté leurs études pour aller travailler à l'usine. » On se souvient de l’accueil glacial réservé aux gauchistes chez Renault à Boulogne-Billancourt. Aujourd’hui, a poursuivi l'orateur, un Jean-Luc Mélenchon pourrait être taxé de populiste mais avec des nuances essentielles très importantes : « Mélenchon n’est pas antiparlementariste, il est républicain et surtout, il n’est ni nationaliste, ni raciste, ni xénophobe. » Son populisme à lui tiendrait plus de l’anti-élitisme et de l’anti-journalisme. Une forme d’antisystème donc n’ayant rien à voir avec un Dieudonné, par exemple, un populiste d’extrême-droite, antisémite et révisionniste.
Le sondage du JDD publié dimanche dernier, plaçant le FN en tête des intentions de vote des Français lors des prochaines européennes, montre bien que le populisme d’extrême-droite est le plus influent. Il rassemble les nostalgiques du pétainisme, de l’Algérie française et de la colonisation, il réunit les membres des réseaux identitaires, souverainistes, intégristes catholiques, homophobes, islamophobes, (1) il attire à lui une frange non négligeable de citoyens déboussolés et sensibles au discours anti UMPS. Avec 23 % des intentions de vote lors du scrutin du 25 mai prochain, le FN est en tête devant l’UMP (21 %) le PS (18 %) les centristes (11 %) le Front de Gauche (9 %) les écologistes (6,5 %) le NPA (2,5 %) les 6 autres % se répartissant entre des groupes ou mouvements tels que celui de Nicolas Dupont-Aignan. Il reste quatre mois pour convaincre certains de ces électeurs égarés de réviser leur jugement et leur intention actuelle.
(1) Tous ces mouvements étaient dans la rue hier à Paris composant un fourre tout idéologique n’ayant qu’un point commun : l’anti-Hollandisme.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Dès lors qu’il s’agit de « nuances essentielles très importantes », ce ne sont plus par définition des nuances, et l’accusation de populisme à l’égard de Jean-Luc Mélenchon n’étant pas fondée ne tient plus, sauf à vouloir lui nuire politiquement.

Quant à ses critiques à l’égard de l’élitisme et du journalisme tels qu’ils se manifestent aujourd’hui en France, elles résultent me semble-t-il d’un constat partagé par des gens d’horizons politiques différents.

Ce qui serait inacceptable dans la bouche de Jean-Luc Mélenchon le deviendrait-il quand un journaliste, Jean-François Kahn en l’occurrence, s’en empare et en fait un ouvrage qu’il intitule « L’Horreur médiatique » ?

Reynald Harlaut

Jean-Charles Houel a dit…

Reynald, JFK n'est pas chef de parti, il n'a pas été candidat aux élections présidentielles et n'aspire pas à fonder une 6e république.
Amicalement