19 octobre 2023

Le moratoire du PS (anti NUPES) valide la stratégie de Nicolas Mayer-Rossignol

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour qu’Olivier Faure, l’un des responsables du Parti socialiste, décide (avec l’aval des adhérents) d’imposer un moratoire concernant l’intergroupe de la NUPES signifiant la fin (provisoire ?) de l’accord originel entre LFI, le PS, le PC et les Ecologistes. Les récentes déclarations de certains élus de LFI (la France insoumise) étant la goutte de fiel qui a fait déborder le vase. En effet, si Mme Obono (députée) considère que le Hamas est « un groupe de résistance », il n’y a pas un responsable politique français d’un autre parti de gauche pour accréditer une affirmation aussi énorme et erronée. Dans la série « dis moi qui tu fréquentes je te dirai qui tu es » il devenait impossible pour un parti de gauche responsable comme le PS de faire comme si de rien n’était. Et donc de poursuivre une union qui n’en aurait plus eu qu’une façade…celle des faux semblants et de l’absence de confiance.

Olivier Faure était venu à Louviers soutenir Philippe Brun.©JCH
Le vote des quelques dizaines de délégués du PS avant-hier soir, valide en fait la stratégie défendue depuis un an par Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen, battu de justesse pour n’être que le vice-président délégué d’un Olivier Faure hier conquérant et aujourd’hui affaibli. Dès sa constitution, le maire de Rouen avait rejeté une union déséquilibrée faisant la part belle aux insoumis devenus hégémoniques et surtout aux ordres de leur leader maximo. Olivier Faure parle de brutalisation et Mélenchon considère que seule sa ligne est juste et incontestable. Les saillies insultantes de certains députés LFI avaient pourtant alerté les républicains aguerris. Une joute verbale doit avoir une hauteur de vue et un respect pour les personnes.

Est-ce à dire que le vent a tourné et qu’on va avoir à faire à un PS ragaillardi ? Ce serait aller bien vite en besogne et ignorer les affects des uns et des autres. Qu’importe, il sera plus facile aux socialistes de concourir aux Européennes sur leurs valeurs et derrière leur drapeau (ils sont à 8-10 % dans les sondages), les Mélenchonistes se trouvant esseulés eu égard à leurs positions ambigües sur la guerre en Ukraine et surtout leur soutien plus ou moins assumé aux terroristes palestiniens.

Le  tragique samedi 7 octobre, s’il a eu et aura encore des conséquences mondiales, aura planté un coin dans une union de la gauche française en un moment décisif permettant enfin aux députés et sénateurs PS (hommes et femmes comme Philippe Brun ou Laurence Rossignol) d’avancer et de repartir à la conquête d’un électorat qui comprenait de moins en moins des alliances en forme d’alliages incompatibles. Sur des points concrets la gauche dans son ensemble pourra unir ses voix mais la décision récente, je le répète, valide les analyses et positions de Nicolas Mayer-Rossignol, Carole Delga, Anne Hidalgo voire Manuel Valls, auteur de la fameuse théorie des gauches irréconciliables. Les faits lui donnent raison. Le plus grave : si au second tour d’une élection un candidat frontiste est en lice avec un candidat LFI, il nous faudra y regarder à deux fois. Et se pincer le nez.


17 octobre 2023

Quand les socialistes vont-ils quitter la NUPES ? Le plus tôt serait le mieux

©JCH

La question n’est pas de savoir si le PS va quitter la NUPES. Elle est de savoir quand. Fabien Roussel et le PCF ont pris cette décision ces jours derniers après l’impensable réponse de Mathilde Panot, chef du groupe LFI à l’Assemblée nationale, sommée en conférence de presse de nommer l’attaque des commandos du Hamas le 7 octobre dernier et son refus d’appeler un chat un chat à savoir un attentat terroriste. Elle n’a aucune excuse et son double langage ne lui fait pas honneur.

Le chef de l’OLP a, lui, dans un éclair de lucidité, affirmé que le Hamas ne représentait pas les Palestiniens. Soit. Dans la guerre opposant l’un à l’autre, le Hamas s’est imposé à Gaza, l’OLP « veillant » sur la Cisjordanie  devenu un gruyère suite à la colonisation israélienne interdisant de ce fait toute évolution positive vers deux états distincts.

Le parti socialiste français est, de fait, à la croisée des chemins. Nombre de ses députés ont été élus dans le cadre de la NUPES — c’est le cas de Philippe Brun à Louviers — et ce serait forcément un déchirement de mettre fin à l’intergroupes à l’Assemblée. Jérôme Guedj, député PS, pourtant très favorable à l’union, a le premier déclaré que l’accord avec LFI devenait intenable. Comment, en effet,  poursuivre une relation de confiance quand les désaccords sont aussi profonds. J’ai, sur ce blog, dénoncé les excès de Jean-Luc Mélenchon, ses rodomontades, sa violence verbale, son délire de persécution. Comme tout bon trotskyste qui se respecte, il ne tolère ni différence ni nuance, Sophia Chikirou (députée LFI) ayant même traité Fabien Roussel de « Doriotiste » du nom de Doriot ce suppôt de Pétain de sinistre mémoire et ancien membre du parti communiste d’avant la seconde guerre mondiale.

Alors quand le PS franchira-t-il le Rubicon ? Qu’attend Olivier Faure pour signifier à Jean-Luc Mélenchon et ses élu(e)s qu’un travail commun nécessite une plateforme politique qui doit avant tout répondre à des exigences morales et de dignité qui dépassent le cadre politicien du quotidien. Après le 7 octobre, les contextes ont changé. Au Proche-Orient bien sûr mais également dans notre hexagone. Ce qui s’est passé en Israël et ce qui va se passer à Gaza, sûrement, au Liban et en Syrie peut-être ou en Iran très certainement, bouleverse nos références habituelles. Nous sommes sans doute à l’aube d’un conflit meurtrier dans une région sensible où l’intelligence et la maîtrise vont être des éléments décisifs. Le PS s’honorerait en décidant, dès ce soir, un moratoire visant à mettre entre parenthèses une union bancale dès sa formation. Mme Obono, une proche de Jean-Luc Mélenchon, a qualifié aujourd’hui le Hamas comme « organisation de résistance. » Ce Hamas classé depuis plus de vingt ans parmi les organisations terroristes, celles qui appellent notamment à la disparition d’Israël…et donc des Israéliens !

 Légende de la photo : Alexis Corbières (LFI) à Léry lors de la fête populaire organisée par Philippe Brun. Il est de ceux qui s'éloignent des positions extrêmes de Jean-Luc Mélenchon.

 

 

13 octobre 2023

Les commandos du Hamas ressuscitent les einsatzgruppen de sinistre mémoire

Ceux et celles qui s’intéressent à l’histoire de la seconde guerre mondiale savent que les nazis ont mis du temps pour aboutir à « la solution finale » de la question juive élaborée par Heydrich et Himmler lors de la conférence de Wansee. La destruction des juifs d’Europe a été l’obsession constante des hitlériens jusqu’à leur chute…finale. Lors de l’invasion de l’URSS en juin 1941 (qui faisait voler en éclat le pacte germano-soviétique signé par Ribbentrop et Molotov avec le partage de la Pologne) la Wehrmacht était précédée par des commandos, les einsatzgruppen, dont la tâche immonde était de tuer un maximum de juifs, enfants, femmes, hommes, de tous les âges dans les villes et villages. Le leitmotiv était : tout juif doit être considéré comme un partisan quel que soit son sexe ou son âge ! Pour procéder aux tueries de masse, les nazis avaient mis au point ce qu’on appelle « la Shoah par balles ». Mois après mois, les méthodes se sont affinées dans l’abject. Après les tueries par balles, par définition individuelles, sont venues les tueries collectives par asphyxie dans des camions transformés à cet effet. On utilisait les gaz d’échappement quand les moteurs tournaient et les malheureux mouraient dans d’atroces souffrances. Le point culminant fut évidemment la mise en service des chambres à gaz avec l’utilisation du trop célèbre Zyklon B. Au total les historiens estiment que six millions de juifs d’Europe ont été décimés par la folie meurtrière des nazis.

Ce qui s’est passé en Israël, le 7 octobre, est une réminiscence dramatique de la shoah par balles. Les commandos du Hamas ont organisé un pogrom. Ils ont tué enfants, femmes, hommes, de tous âges dans les mêmes conditions qu’en URSS dans les villages et le kibboutz situé près de la ligne de démarcation avec Gaza. Des jeunes qui faisaient la fête dans l’innocence et dans la joie, ont été fusillés, certains décapités, d’autres enlevés pour servir d’otages. Le Hamas a, en effet, dans son préambule idéologique, inscrit la disparition d’Israël et des juifs.

Cela étant, je ne comprends pas que la gauche française, laïque, humaniste, ne soit pas unanime pour condamner ce qui s’est  passé le 7 octobre ! On ne peut pas mettre un signe égal entre ce qui s’apparente à une forme génocidaire et la colonisation en Cisjordanie, déplorable sur bien des points. La faute en incombe à Netanyahou. Il a composé un gouvernement des plus extrêmes ouvrant la route au fanatisme religieux pour se protéger des poursuites judiciaires engagées contre lui. Depuis des semaines, des centaines de milliers d’Israéliens manifestaient dans les rues des villes de l’état hébreu pour fustiger l’« agression » en cours contre le tribunal suprême.

Netanyahou avait la tête ailleurs. En orientant la focale sur la Cisjordanie où il a massé 31 divisions jour de  shabbat, il a oublié, de fait, les Palestiniens de Gaza et négligé la sécurité du front sud. Tôt ou tard les Israéliens lui feront payer l’impéritie qui a conduit à des centaines de morts et des dizaines d’otages de plusieurs nationalités dont des Français. 

En France, l’unanimité s’est — presque faite — pour condamner ce pogrom. Seule la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon a fait part d’une « pudeur de gazelle » comme l’a dit François Ruffin (1) pour dénoncer les crimes du Hamas. Cette attitude de LFI ne sera pas sans conséquences sur la NUPES. De nombreux socialistes ont condamné LFI et s’interrogent sur la poursuite d’une coalition pétrie de contradictions. Les affaires Quatennens, Chikirou, les mises à l’écart de militants et d’élus historiques, le jusqu’auboutisme de Jean-Luc Mélenchon et de Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, doivent conduire les partisans de l’Union à questionner une gauche extrême adepte de la radicalité en tous lieux et en tous temps.

Je pense à Philippe Brun, notre député. Jusqu’ici il s’est montré loyal à la NUPES et il souhaite légitimement que la gauche dans la circonscription ne se divise pas. Je le sais suffisamment intelligent pour mesurer le gouffre qui, dorénavant, sépare les républicains sincères des insoumis.

(1) François Ruffin assure que la parole des insoumis n’a pas été à la hauteur du drame vécu par Israël.

7 octobre 2023

La semaine Mendès France : colloque à Paris et conférence à Louviers

 

François Loncle au micro. A droite Joan Mendès France©JCH

On connaît l’homme politique, l’homme des convictions et des choix. On sait moins que Pierre Mendès France a également été professeur et pas n’importe quel professeur puisque c’est au sein de l’ENA (Ecole nationale d’administration) et en faveur des étudiants de la promotion « Europe » en 1950, que le maire de Louviers futur président du Conseil a donné 19 leçons à des hommes et une femme destiné(e)s aux plus hautes fonctions.

Consécutivement à l'arrivée au pouvoir du Front populaire et de son ministre de l'éducation nationale, Jean Zay, l'idée de créer une unique école de sélection et de formation des hauts fonctionnaires voit le jour mais elle se heurte à un vote défavorable du Sénat. Il faut attendre 1945 pour que l’ENA soit créée devienne une école « ouverte » et plus seulement réservée à ceux et celles et d'origine « favorisée » qui aspirent à devenir les cadres supérieurs de la fonction publique, qu’il s’agisse de l’Inspection des finances, du Conseil d’Etat, ou des différents ministères et de la haute administration.

Pierre Mendès France est nommé professeur en 1946 mais c’est quatre ans plus tard qu’il intervient alors que sur le plan politique il se tient en réserve, refusant tous les compromis ou « la facilité » qui progressivement vont aboutir à sa promotion à la tête du gouvernement où pendant 7 mois et 17 jours il laissera une empreinte si forte.

Alain Chatriot©JCH

 

Ces 19 leçons ont été recensées par Michel, le fils de PMF et Joan Mendès France sa belle-fille, contextualisées et annotées par Alain Chatriot, professeur à Sciences po Paris. PMF n’est pas un universitaire mais un homme politique qui a déjà un passé prestigieux notamment pour sa conduite pendant la guerre et son rôle auprès du général de Gaulle après avoir été sous-secrétaire d’Etat dans le second et éphémère gouvernement Blum. Son cours donné devant les élèves de l’ENA est intitulé « Problèmes économiques et financiers que pose la politique des investissements et de la reconstruction en France ». PMF place son cours sous les auspices de l’économiste britannique J.M. Keynes qu’il a lu avant la seconde guerre mondiale et qu’il a rencontré lors de la conférence de Bretton Woods aux Etats-Unis en juillet 1944.

« Ces leçons, comme l’écrit Alain Chatriot, permettent de revenir sur la trajectoire intellectuelle et politique de Pierre Mendès France, sur l’ENA de 1950 et ses élèves de la promotion Europe (NDLR : dont Marceau Long, André Chandernagor, Valéry et François Giscard d’Estaing) et sur la compréhension des questions économiques dans la France de la libération et des débuts de la 4e République autour notamment des principaux enjeux de la Reconstruction. Ce cours apparaît comme une étape signifiante dans la trajectoire politique de Mendès France et dans l’énonciation des convictions économiques qui font de lui l’une des figures majeures de cette période de reconstruction. »

Le colloque organisé au ministère des finances le 4 octobre avait pour but de saluer la parution de l’ouvrage « Financer la reconstruction de la France » (1) et d’entendre des intervenants aux qualités reconnues. Qu’il s’agisse d’Antoine Prost, de Marc-Olivier Baruch, d’Hélène de Largentaye…avant d’écouter une synthèse brillante et éclatante d’intelligence de Mme Céline Husson-Rochcongar, directrice de recherche à l’INSP, le nouveau nom de l’ENA.

A Louviers aussi…

Dans la salle PMF à Louviers ce samedi.©JCH
 

A Louviers, ce samedi, dans la salle… Mendès France de l’Hôtel de ville, Claude Cornu, membre de l’Institut Mendès France et président de la SED, s’était donné pour tâche de narrer le rôle de PMF dans les relations franco-allemandes. Il fallait d’abord camper le personnage, aussi eûmes-nous droit au récit de la vie personnelle et familiale de Pierre Mendès France, sa découverte de l’Eure, ses campagnes électorales comme candidat radical et les attaques antisémites, son lien avec Louviers, son élection comme maire et député, sa conduite glorieuse dans les forces aériennes de la France Libre et surtout ses actions pour amorcer une relation franco-allemande mise à mal par la guerre encore toute récente. 

Claude Cornu commente une affiche des années trente.©JCH

Claude Cornu sait de quoi il parle (2). Ses explications relatives à la CED (Communauté européenne de défense) ont mis l’accent sur la crainte d’un réarmement allemand non contrôlé alors que les Américains exigeaient de l’Europe qu’elle puisse faire face à l’URSS et donc qu’elle intègre l’Allemagne dans la défense de l’ouest (3). Pour l’écouter il fallait bien la présence (courte) du maire, François-Xavier Priollaud, celle (plus longue) du député Philippe Brun qui n’hésite pas à inscrire ses pas dans ceux de son illustre prédécesseur. Le comité de jumelage franco-allemand (Louviers-Holzwickede) était coorganisateur de la conférence saluée chaleureusement par un public attentif et comblé. Il faut dire que l’orateur avait étayé son propos d’illustrations émouvantes telle cette photographie prise vers 1914-1915 mettant en scène les parents de PMF et sa sœur Marcelle qui fut un soutien indéfectible lors du procès de Clermont-Ferrand.

(1)  éditeur : Comité pour l’histoire économique et financière de la France. L’Institut de la gestion publique et du développement économique. Ouvrage publié avec le soutien de l’Institut Mendès France. 31 euros. Htpp://books.openedition.org/igpde/

(2)  Claude Cornu avait raison et j’avais donc tort. C’est bien à Riom que Jean Zay a été extrait de sa prison pour être assassiné par la milice même si c’est à Clermont-Ferrand qu’il a été jugé et condamné. Faute avouée…

(3)  Le MRP a toujours reproché à PMF de ne pas s’être engagé en faveur de la CED. Elle lui en tiendra éternellement rigueur.


25 septembre 2023

Le sénat français demeure une anomalie démocratique…J'aurais dû voter oui en 1969

L'entrée du Palais du Luxembourg

 

Dans ma longue histoire politique, je n’ai pas souvenir d’avoir ressenti une quelconque hésitation avant de déposer mes différents bulletins dans l’urne. Quelle que soit la consultation. J’ai, certes, voté pour Jacques Chirac en me pinçant le nez mais face à un candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen en l’occurrence, mon choix était simple. Depuis ce tragique dimanche de 2002 qui vit Lionel Jospin choir à cause des la multiplicité des candidatures à gauche, la montée du FN-RN est devenue inexorable. L’ élection de trois candidats du FN, hier,  dans des régions où le RN avait déjà atteint des sommets lors des législatives, pourrait sembler anecdotique mais il s’agit bien là d’une notabilisation infernale des amis de Matteo Salvini, animateur du parti néofasciste italien. Il y là de quoi être inquiet.

Ai-je donc un regret de l’un de mes votes ? Oui. En 1969, le général de Gaulle avait proposé de supprimer le sénat, cette assemblée censée représenter « les territoires ». De fait les territoires en question sont surtout des terroirs sur lesquels on ne cultive pas que la vigne ou le blé ; le système électoral est tel que les petites communes sont surreprésentées par rapport aux agglomérations urbaines. Le referendum que le général  proposa dans la foulée des événements de 1968 s’attira (en 1969) un Non magistral (dont le mien) entraînant sa démission immédiate.

Et pourtant. A y réfléchir à deux fois, le sénat est bien une anomalie démocratique dans la mesure où l’alternance y est rendue impossible offrant à la droite une stabilité qui confine à une totale injustice. Depuis toujours le sénat est majoritairement conservateur. Il ne peut être dissous ni voter une motion de censure du gouvernement, certaines de ses commissions d’enquête peuvent se révéler utiles (l’affaire Benala) mais ce bicamérisme devient une chasse gardée de la droite grâce à un scrutin privilégiant la ruralité synonyme de rente de situation.

Les élections d’hier (le sénat est renouvelé par moitié pour un mandat de six ans) confirment cette stabilité à quelques exceptions près. La gauche (PS,PC,EELV) sera représentée par trois groupes qui ont gagné quelques pièges et en ont perdu six « grâce » aux candidats LFI . Une fois encore les LR seront majoritaires à droite avec le soutien à géométrie variable des centristes habitués à jouer le rôle de groupe charnière et à monnayer chèrement leur contribution.

En votant non au référendum en 1969, j’ai contribué à ma modeste place au maintien de cette anomalie démocratique. En fait mon non fut un non à la personne du général de Gaulle alors que le texte qu’il proposait aurait dû me conduire à être plus attentif et surtout plus stratège.

24 septembre 2023

Les conférences de la SED : Claude Cornu évoquera le rôle de Pierre Mendès France en faveur de la réconciliation franco-allemande


 

PMF avec Anthony Eden et Konrad Adenauer en 1954. (photo Keystone)

 À l’occasion du 60e anniversaire du traité de l’Élysée, signé par le général de Gaulle et le chancelier Adenauer, le comité de jumelage Louviers-Holzwickede a sollicité la Société d’Études Diverses pour organiser une conférence sur les relations franco-allemandes. Cette conférence aura lieu le samedi 7 octobre, à 16 heures, dans la salle Pierre Mendès France, à l’Hôtel de Ville de Louviers. Claude Cornu, président de la SED, évoquera les liens de Pierre Mendès France avec l’Allemagne et l’œuvre qu’il a accomplie en 1954 en faveur de la réconciliation entre les deux pays : « Pierre Mendès France et l’Allemagne ».

Pierre Mendès France (1907-1982) était deputé-maire de Louviers lorsqu’il devient président du Conseil en 1954. Il eut alors l’occasion d’œuvrer en faveur d’un dialogue et d’une coopération entre la France et l’Allemagne. Un pays contre lequel il avait été amené à se battre quelques années plus tôt, au cours de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir rappelé comment, Parisien de naissance, il vint s’installer à Louviers en 1930 pour briguer le siège de la circonscription, puis son arrivée à Londres en 1942 et son engagement dans les Forces aériennes françaises libres, le conférencier soulignera le rôle qu’il joua, à la tête du gouvernement sous la IVe République, pour permettre le réarmement de l’Allemagne et le rétablissement de sa souveraineté, de l’échec de la CED (Communauté européenne de défense) aux accords de Paris, mais également pour régler l’ensemble des contentieux entre les deux pays.

17 septembre 2023

A la Société d'études diverses : l'hystérie de Madeleine Bavent et…un nouveau livre pour la promenade

Claude Blanluet et Claudine Michel.©Jean-Charles Houel

La ville de Louviers est célèbre. Par son drap, par sa chanson, bien sûr, mais aussi par la présence à sa tête pendant plusieurs années de Pierre Mendès France dont l’Institut qui porte son nom perpétue sa mémoire et son action. Un événement du 17e siècle moins connu du grand public a laissé des traces que les historiens continuent d’analyser tant il véhicule d’idées reçues. Il y avait les possédées de Loudun, il y aurait les possédées de Louviers.

Dans le cadre de ses conférences, la société d’études diverses avait programmé, ce samedi au Moulin, une affaire de sorcellerie mêlant : le démon et la religion, l’exorcisme, la sexualité, la justice, le bucher et la prison et bien sûr les sorcières. Les faits se sont produits en 1642 (c’était hier) dans le couvent Saint-Louis situé dans les jardins actuels de l’hôtel de ville. Des nones furent accusées d’être « possédées » et parmi elles Madeleine Bavent, originaire de Rouen, issue d’une famille ayant pignon sur rue. Elle devait devenir malgré elle l'héroïne d'une affaire dont on parlait même à Paris.

Les confesseurs, les curés David et Le Picard entretiennent des relations charnelles avec les religieuses. Après la  mort d’un des prêtres, certaines d’entre elles se déclarent « possédées par le démon ». Madeleine Bavent, elle, est « ensorcelée ». Elle est décrite comme menteuse, séductrice, folle. Elle finira ses jours emprisonnée à Evreux et Rouen, où elle tentera de se suicider…non sans avoir été, quelques années avant, victime de convulsions devant l’évêque d’Evreux. L'hystérie en marche…

Isabelle Arnaud et JP Binay
Claude Blanluet, Jean-Pierre Binay, Isabelle Arnaud et Claudine Michel, psychanalyste, ont tour à tour décrit le contexte de l’époque, souligné l’influence de la hiérarchie catholique et « modernisé » l’affaire des possédées de Louviers. A la lumière des découvertes de Freud et de Lacan, Mme Michel, psychanalyste, a parfaitement décrit le « mal dire » et non la maladie à l'origine de ce qu'on appelle communément l’hystérie. La photo qui illustre ce propos et qu’on peut deviner sur l’écran n’est autre que la reproduction de la toile conservée à l’école de médecine de Paris où l’on voit le professeur Charcot entourés d’hommes éminents — Freud a assisté à l’une de ses séances — décrivant les symptômes de ce qui n’est rien d’autre que ceux d’une névrose aujourd’hui bien connue. Point de sorcière ou de démon là-dedans mais l’expression du refoulé qu’aucun exorciste ne parviendra jamais à maîtriser. Le public venu nombreux au Moulin a apprécié les interventions après qu’Evreux avait bénéficié de l’histoire il y a quelques mois. Une exposition à la Médiathèque Boris Vian et une lecture de morceaux choisis complétaient le programme.

Je profite de l’occasion pour inciter les Lovériens et les Lovériennes à acquérir la dernière parution de la SED. « Découvrir Louviers » a été présenté au public ce vendredi. Il s’agit, comme l’écrit le maire dans la préface d’un « véritable dictionnaire amoureux de notre ville. » Ce livre incite à la promenade : « Il emmène le lecteur dans les différents quartiers de la ville. »

« Découvrir Louviers ».216 pages. 16 euros. A la librairie Quai des mots.


16 septembre 2023

Quelle mouche a piqué Fabien Roussel ?

La dernière fois que j’ai entendu parler d’envahir les préfectures, c’était en mai 1968. Le 13 mai, je crois. Nous manifestions dans une rue d’Evreux et Jean-Pierre Vidal, dont le nom évoque les grandes heures de l’équipe de basket de la Madeleine (amateure) aux côtés duquel je marchais d’un pas révolutionnaire (de salon) me dit tout de go : « Tu vois, on n’envahit pas la préfecture. La révolution est terminée. »

Fabien Roussel, le leader maximo du Parti communiste français, qui n’avait pas manqué de tacler Jean-Luc Mélenchon pour une incitation à la révolte, s’est distingué ces jours derniers. Pour lutter contre l’inflation, il a proposé, ni plus ni moins, « d’envahir » les préfectures. Et de faire la révolution ? Si les mots ont un sens, le responsable communiste invite les Français et les Françaises à sortir de la légalité et à occuper les lieux du pouvoir représenté par les préfets dans les départements français.

On peut être d’accord avec M. Roussel sur les méfaits de l’inflation. Depuis Keynes, elle est considérée comme une ponction exorbitante sur les moyens d’existence des familles françaises notamment les plus pauvres d’entre elles. Pierre Mendès France, un des rares hommes de gauche à avoir fait preuve de courage et de compétence en matière économique et financière, redoutait l’inflation. Tout au long de sa vie, il n’a eu de cesse de dénoncer ce qu’il appelait la facilité car l’inflation est une facilité. Peut-être M. Roussel aurait-il dû relire les œuvres complètes d’un homme dont l’action continue d’irriguer la pensée de gauche. On l’a peut-être oublié mais lors de son discours du 10 octobre 1954 à Louviers, PMF avait annoncé une sensible augmentation du salaire minimum pour contrer les effets de l’inflation sur les budgets modestes.

Que veut M. Roussel ? Le grand bazar ? Qui est prêt à descendre dans la rue pour la remonter jusqu’aux murs des préfectures ? Il ne sert à rien de se payer de mots. Face à la montée du RN dans les sondages et dans les têtes, face à un danger réel pour les libertés démocratiques et le maintien d’une cohésion sociale déjà abimée par le macronisme, nous n’avons pas besoin de matadors. L’arène politique n’est que trop encombrée.

13 septembre 2023

Avec la SED « découvrir Louviers » et la lecture de « sorcières la puissance invaincue des femmes »

La place du béquet avant la création de l'A 154©Jean-Charles Houel
La SED (Société d’études diverses de Louviers) propose plusieurs rendez-vous ce week-end, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine :

 

Vendredi 15 septembre, à 20 h 30, dans la salle du Moulin, la présentation du nouveau livre, Découvrir Louviers, suivie d’un verre de l’amitié.

 

Samedi 16 septembre, en partenariat avec la Médiathèque, une après-midi consacrée à l’affaire des Possédées de Louviers : à 14 h, visite commentée de l’exposition présentée à la Médiathèque ; à 15 h, au Moulin, communications de Claude Blanluet, Isabelle Arnaud, Jean-Pierre Binay et la psychanalyste Nadine Michel ; à 17 h, pause gourmande, suivie d’une lecture d’extraits du livre de Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes.

 

Dimanche 17 septembre, 15 h-16 h 30, une visite guidée de l’un des circuits proposés dans le livre  Découvrir Louviers, de la place Ernest Thorel à l’église Notre-Dame. Jean-Pierre Binay et Claude Cornu vous donnent rendez-vous sur la place, devant le Musée.




11 septembre 2023

Mathieu Kassovitz : « Ce qu'il se passe dans les hôpitaux est tout simplement incroyable »

« On a beau dire ce que l’on veut de la France à tous les niveaux, mais ce qu’il se passe dans les hôpitaux est tout simplement incroyable », dit-il, s’émerveillant du fait qu’on puisse rentrer dans un hôpital et se faire soigner sans « qu’on nous demande quoi que ce soit ». « Ces gens sont payés beaucoup trop peu pour le travail qu’ils donnent » regrette-t-il. « Tout ce qu’ils font, ça me rend fier d’être Français et je comprends qu’on paie autant d’impôts », poursuit-il.

Celui qui s’exprime ainsi est l’acteur Mathieu Kassovitz, victime d’un accident de moto sur un circuit où il n’a pas réussi à démontrer ses talents de motard accompli. Dans une vidéo publiée hier, il revient sur son accident, une de ses jambes en charpie et un pied en miettes. Il essaie de traiter ce gravissime accident avec  l’humour et le détachement qu’on lui connaît mais il a été à deux doigts d’une amputation.

La déclaration de Mathieu Kassovitz devrait mettre du baume au cœur de tous les hospitaliers : chirurgiens, médecins, infirmières, aides-soignants hommes et femmes qui tous et toutes à leur niveau défendent avec ardeur et courage un système de soins exceptionnel. Pour en avoir eu besoin moi-même dans certaines circonstances, je suis heureux de confirmer le jugement de l’homme-comédien qui nous a appris ce qu’était le bureau des légendes des agents secrets. Pour défendre l’hôpital public et ses dévoués serviteurs, nul besoin de secrets ou de taupes. Les Français et Françaises qui, à un moment de leur vie, expriment une souffrance, savent que le maximum sera fait pour les soigner toujours et les sauver le plus souvent.