23 septembre 2022

« Mendès la France » un documentaire sensible et émouvant d'Yves Jeuland bientôt sur la 5

Les producteurs et les réalisateurs, Yves Jeuland et Alix Maurin (à droite)

Seul. Seul face à une foule fanatisée. Hurlante. Elle veut l’empêcher de s’exprimer. Mais Pierre Mendès France fait face. Il se tient droit et sourit. Il attend que Georges Pompidou (ou un autre) fasse taire cette foule hostile, irrespectueuse. Nous sommes à Grenoble en 1967 lors de la campagne des législatives. PMF participe à une réunion contradictoire mais ses adversaires ont bourré la salle d’opposants. Il a accepté de débattre, au lieu de cela il va devoir combattre. Comme d’habitude. Ces premières images du documentaire qu’Yves Jeuland et son équipe ont réalisé récemment disent tout de Pierre Mendès France, de son courage, de ses convictions.
Yves Jeuland.

Il aura fallu une rencontre fortuite en 2016 entre Michel Mendès France (à qui le film est dédié) et le documentariste pour que la possibilité d’un documentaire retraçant la vie de l’ancien Président du Conseil se concrétise. Projeté mercredi au Forum des images de Paris devant plus de 500 invités « Mendès La France » a d’immenses mérites. Il tombe à pic avant le 40e anniversaire de sa disparition et il répare un regret qu’Yves Jeuland présente comme un remord. Celui d’avoir omis dans l’un de ses précédents films consacré aux juifs de France en 2007(« Comme un juif en France »), une personnalité exceptionnelle à la fois pour la qualité de ses engagements publics mais aussi pour l’importance qu’il accordait aux relations familiales et à sa généalogie qu’il cultiva jusqu’à sa mort en octobre 1982.

Pierre Mendès France était juif. Et alors ! Juif d’origine portugaise (Mendès Franca) dont les aïeuls gagnèrent la France il y a plusieurs siècles pour devenir des Français à part entière et dont certains s’illustrèrent dans des combats pour tenir haut le drapeau tricolore. La lettre qu’il adressa au Maréchal Pétain après qu’il eut choisi de s’évader de la prison de Clermont-Ferrand en 1942 à la suite d’un procès inique souligne l’attachement de cet homme aux règles de vie qu’il s’était fixé : la vérité, la droiture, la fidélité, la fierté d’un nom et la défense d’une patrie qu’il n’avait pas trahis à l’image de son ami Jean Zay, assassiné par la milice de Vichy.

Le documentaire d’Yves Jeuland égrène les moments « Mendès France » : La naissance à Paris rue Turbigo, l’amour de ses parents et de sa sœur, l’avocat de la rue Tatin à Louviers, l’élection législative gagnante de 1932 comme radical socialiste, le secrétaire d’Etat de Léon Blum qu’il admirait, l’aviateur de la France libre (1) et son attachement au général de Gaulle, son mariage avec Lily Cicurel et la naissance de ses fils Bernard et Michel. Il faut entendre Pierre Mendès France chanter Cadet Roussel à ses enfants alors réfugiés aux Etats-Unis avec leur maman : un grand moment de magie tendre et poétique.

7 mois et 17 jours. Cette période aussi courte que fulgurante continue de marquer les esprits. C’est le temps passé à la présidence du Conseil de la République par PMF appelé par le président René Coty. S’il parvint à obtenir la fin de la guerre d’Indochine (et à sauver la vie de milliers d’hommes), à assurer l’autonomie de la Tunisie ; la CED (Communauté européenne de défense) et les événements (on ne disait pas encore la guerre) d’Algérie vont mettre un terme à ce qui reste encore aujourd’hui une exemplarité fondée sur la parole donnée, la politique expliquée, le citoyen privilégié. Ses causeries du samedi (à la radio car la télévision n’en était qu’à ses balbutiements) demeurent ce qu’un dirigeant politique pouvait faire de mieux à une époque où les réseaux sociaux n’existaient pas même si la presse écrite tenait alors le haut du pavé, celui de la rue Réaumur.

Battu à Louviers en 1958 pour avoir dit non au « coup d’état » gaulliste (2) et surtout pour avoir refusé les institutions de la 5e république qu’il considérait comme dangereuses, Pierre Mendès France se mua alors en observateur engagé de la vie publique en France et à l’étranger où son intelligence et ses avis continuaient de peser. Elu député de Grenoble en 1967, il y fut battu en 1968 de quelques dizaines de voix, les communistes ayant opté pour un vote dit « révolutionnaire » en favorisant objectivement le candidat de la droite. Et pourtant. Qui niera que le souci permanent de celui qu’on appelait alors PMF furent la justice sociale et le progrès sous toutes ses formes : éducatif, scientifique, économique, culturel…avec un corollaire obligé : la recherche de la paix surtout au Moyen Orient où il défendit avec conviction la cause de deux états (israélien et palestinien) vivant dans des frontières reconnues et sécurisées.

Joan Mendès France avec Jean-Noël Jeanneney et François Marthouret.

Le film d’Yves Jeuland explore avec bonheur des archives de l’INA, elles couvrent toute la vie publique de PMF. Mais sans l’aide et le soutien appuyé de Joan Mendès France et de Tristan et Margot, ses petits-enfants, l’exposé eut pu demeurer trop didactique. Grâce à des documents inédits : des photos, des lettres, des tableaux de Lily, à Paris ou dans la maison des Monts à Louviers, le spectateur entre dans le monde discret d’un homme tant aimé et tellement respecté. Qu’un Jean-Marie Le Pen, député poujadiste de sinistre mémoire, l’insulte à l’Assemblée nationale doit nous faire nous souvenir, si jamais nous l’avions oublié, que l’extrême droite française puise ses racines dans un antisémitisme systémique que les années n’effacent pas. 

Après la projection du film, mercredi dernier, le public a fait une ovation à l’équipe de réalisation à laquelle il convient d’ajouter les producteurs, le créateur de la musique originale, sans oublier le soutien du Mémorial de la Shoah et de l’Institut Mendès France pour leur subvention. Le documentaire « Mendès la France » sera projeté sur la 5 à une date que j’indiquerai quand elle  sera connue. Le 14 octobre à 20 h 30 au Moulin, la mairie de Louviers a pris l’initiative de présenter le film d’Yves Jeuland et d’organiser un débat à la suite de la projection.

(1) Pierre Mendès France participa à plusieurs missions de bombardement à bord des avions de la RAF. Il y fit preuve, là encore, d’un réel courage physique.

(2) Cette défaite lui causa du chagrin. Elle entraîna — décision remarquable — sa démission de son poste de maire de Louviers et de la présidence du Conseil général de l’Eure. « Les électeurs(trices) me confia-t-il en 1978, avaient le droit de ne pas être d’accord avec moi. »

Quelques précisions que vient de m'indiquer Joan Mendès France doivent être ajoutées à ce texte : PMF s'est évadé de la prison de Clermont-Ferrand en juin 1941 et non en 1942. Yves Jeuland a réalisé son projet avec Alix Maurin, co-réalisatrice par conséquent, et c'est en 2006 et non 2016 que Michel Mendès France et Yves Jeuland ont évoqué l'idée de ce documentaire. Dont acte.

 

 

17 septembre 2022

Le Hub de Louviers au cœur de la révolution technologique du territoire de Seine-Eure

Alexandre Le Targa coupe le ruban aux côtés des élu(e)s.
Il aura donc fallu dix ans. Dix ans pour imaginer et concrétiser la réhabilitation d’un site industriel important dans l’histoire de Louviers. Après maintes vicissitudes dues à l’évolution technologique et la disparition de l’industrie du disque microsillon sous divers noms capitalistiques (Philips, Polygram, CIDIS, Cinram…) et la suppression des emplois qui allaient avec, le site inauguré par Pierre Mendès France en 1957 connaît enfin une nouvelle vie. Ce qui avait été la première usine de production de disques d’Europe devenait alors une friche industrielle désolante.

Rachetés par l’agglomération Seine-Eure — Patrice Yung en était alors le président — avec le soutien de l’Etablissement public foncier de Normandie, les bâtiments et les terrains attenants (sans oublier la maroquinerie-sellerie Hermès et ses cinq hectares dont l'ouverture est programmée au printemps prochain) sont dorénavant dévolus en majorité à des activités numériques plus dans l’air du temps. Le hub, puisque tel est son nom, propose des salles de congrès, d’exposition, une pépinière d’entreprises, des ateliers relais, un espace de co-working… le tout s’intégrant dans un environnement paysager où voiries, parkings, ligne de bus à haut niveau de service (entre la gare SNCF de Val-de-Reuil et la place Ernest Thorel de Louviers) complètent une offre abondante. Je n’aurais garde d’oublier le chantier de fouilles archéologiques qui, durant les travaux, a authentifié un site de production de pierres et d’outils vieux de 20 000 ans !
« La rue du Magdalénien » impose de ne pas oublier nos ancêtres. Comme l’a indiqué Bernard Leroy, non sans sourire, « Les hommes de la préhistoire cassaient déjà des cailloux sur la route de Louviers. »

Place Nelson Mandela.
Les élus à l’origine de cette épopée de modernisation, MM. Bernard Leroy, donc, président de la CASE et François-Xavier Priollaud, vice-président de la Région Normandie et maire de Louviers, ont été aidés par des financements épars abondés depuis Bruxelles (fonds structurels), Rouen (la Région), Evreux (le département) et bien évidemment le budget de l’agglomération Seine-Eure, principal financeur d’un budget total de 23 millions d’euros. L’état n’a joué un rôle qu’à la marge même si le sous-préfet des Andelys a promis d’apporter sa contribution administrative aux futurs projets de développement.

Dans les discours forcément un peu convenus où se mêlaient humour et histoire, Bernard Leroy a eu la bonne idée de saluer les milliers d’hommes et de femmes qui ont assuré la production de ces millions de microsillons ou de CD au service des talents de la chanson ou de la musique (1). Certains et certaines d’entre eux et elles étaient d’ailleurs présent(e)s à l’inauguration du hub organisée ce vendredi. Alexandre Le Targa ancien de l’usine Philips du temps des Pasquier, Crapard, Graux, des noms illustres pour les salarié(e)s de ce poumon industriel lovérien, eut l’aimable tâche de couper le ruban symbolisant le lancement officiel du nouvel outil.

photo Jean-Charles Houel

Le maire de Louviers a profité de l’occasion pour baptiser la place située devant l’entrée du Hub et devenu carrefour de rencontres. Elle portera le nom de Nelson Mandela, ancien président sud-africain, prix Nobel de la paix, farouche combattant des droits humains qui permit de mettre fin au régime d’apartheid et de rendre sa dignité à la population noire de ce grand pays d’Afrique. Après les discours une soirée plus conviviale a retenu les passagers du Hub à qui l’on offrit l'opportunité d’apprécier musique, boissons et petits fours.

(1) Citons Georges Brassens, Serge Gainsbourg, Nana Mouskouri, Johnny Hallyday, Henri Salvador parmi les plus connus…


11 septembre 2022

Sur les traces de Georges-Paul Roussel, l'architecte du musée de Louviers

Michel Natier. 
Georges-Paul Roussel est l’architecte qui a « imaginé » le musée de Louviers. Ce musée qu’on connaît aujourd’hui, financé par Edouard Lanon, a ouvert ses portes et ses salles en 1888. M. Lanon avait légué ses collections à la ville de Louviers et souhaitait un lieu adapté pour les exposer. Il avait la volonté et l’argent. Ce musée est le seul du département à avoir été, dès sa naissance, conçu comme un musée.

GP Roussel a quant à lui été l’auteur de plusieurs constructions encore visibles aujourd’hui dans l’immédiate région de notre ville. Il a laissé plus que des traces à Lisors, Amfreville-sur-Iton (la ferme près du château), Andé, Muids et dans quelques autres villages. Il prenait ainsi la suite de son père Etienne Roussel disparu en 1880.

Michel Natier, ancien directeur du musée municipal, lui-même diplômé en architecture, a pris plaisir à emmener les adhérents et les amis du musée, sur les traces de ces Lovériens peu connus. A force de recherches dans les archives locales, départementales ou nationales ainsi qu’à l’école des Beaux Arts de Paris, et l’aide du service des archives de l’agglomération Seine-Eure, Michel Natier est parvenu à dresser le portrait d’un homme, certes pas génial— n'est pas Le Corbusier qui veut —
mais ayant pratiqué son métier avec certains gestes intéressants et une profonde honnêteté intellectuelle. S’appuyant sur des photographies, des esquisses, des plans et parfois des devis détaillés, l’orateur d’un soir nous a permis de pénétrer dans le monde mystérieux de la création même si parfois les œuvres de Roussel semblent inspirées de formes et de lieux vus ailleurs. L’Association des Amis du musée, à l’origine de cette conférence, est devenue, l’espace d’un moment, l’association des amis de Georges-Paul Roussel qui méritait bien ce coup de chapeau.

9 septembre 2022

Philippe Brun a inauguré sa permanence dans le centre de Louviers

Philippe Brun avec Nolwenn Léostic (à droite), membre de EELV.
Peut on imaginer un député sans permanence ? Sans des assistants pour recevoir tous et toutes celles qui ont besoin de leur élu national pour démêler un dossier compliqué, résoudre un problème personnel, ou porter la voix d’une circonscription dans ses différences et ses crises. Par les temps qui courent, le député doit être toujours plus proche des citoyens et des citoyennes. Il doit non seulement proposer des amendements législatifs, travailler en commission, mais aussi et surtout se tenir à « portée de gifle » comme l’a déclaré avec humour Philippe Brun à un journaliste de Médiapart. Ainsi, la permanence du député de Louviers a-t-elle été inaugurée, ce jeudi, en présence de camarades et d’amis parmi lesquels de nombreux acteurs(trices) de la récente campagne électorale. Des maires, des conseillers municipaux et des militants de base ont répondu à l’invitation de Philippe très reconnaissant des efforts de tous et de toutes. Elle se situe au centre de Louviers (rue du Sornier) non loin de la place de la Halle.

Lors d’un premier mandat, ce qui est le cas de celui qui sauva l’honneur du suffrage en battant une candidate du Rassemblement national, le nouvel élu doit labourer le terrain, connaître à fond sa circonscription et agir au plus près des préoccupations de ses mandants. Les faits prouvent qu’on peut faire confiance à Philippe Brun (PS-NUPES). N’a-t-il pas fait approuver 36 amendements lors de l’examen des différents textes proposés au vote par le gouvernement depuis le second tour des législatives ? N’a-t-il pas programmé des rencontres dans divers villages de la circonscription où il a répondu à toutes les questions des habitants ? Des esprits chagrins ou revanchards (il y en a toujours) ne manqueront pas de jalonner son chemin de chausse-trapes ou de pièges divers. Nul ne fait l’unanimité et le combat électoral est tel que jalousies et perfidies ne doivent pas détourner un élu conséquent de ses objectifs : servir la population dans toute sa diversité. On peut en être certain : Philippe Brun tiendra sa feuille de route.


Mais, comme je l’écrivais plus haut, un député n’est pas un homme seul. Philippe Brun sait donc pouvoir compter sur Smaïl Chibane, un homme d’expérience (un ancien collaborateur de François Loncle) et Lisa Moreau, sa suppléante, très au fait des besoins des populations défavorisées. En accueillant ses invités, ce jeudi, Philippe Brun n’a pas manqué de remarquer qu’ils étaient issus des cinq cantons de la circonscription, un témoignage concret de sa volonté de n’oublie
r personne.

18 juillet 2022

Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, enfourche le mauvais cheval

Le point Godwin. Le fameux point Godwin. L’expression point Godwin désigne le moment où un participant à un débat utilise un argument qui fait référence, de façon plus ou moins prononcée, à Hitler ou au régime nazi. En général c’est quand il est à court d’arguments que l’un des interlocuteurs en cause évoque le nazisme, Hitler ou, pour ce qui concerne les Français, le Maréchal Pétain. Il a donc fallu à Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, une pensée peu profonde pour qu’elle commette un tweet (1) fort peu aimable à l’égard d’Emmanuel Macron devenu sous sa plume, un contempteur du Maréchal condamné à mort en 1946 puis gracié par le général de Gaulle…en mémoire de celui qui avait été son chef.

 

Pétain adulé pour son rôle pendant la grande guerre est devenu un vieillard qu’on disait sénile mais qui, en vérité, se souvenait très bien d’avoir été ambassadeur de France à Madrid où il devint un admirateur de Franco et du fascisme. Sa Révolution nationale avait pour but de détruire la République. Il fut surtout un calculateur redoutable et devint le chef d’un état sans élection, sans parlement donc sans démocratie. L’entrevue de Montoire où il rencontra Hitler fit entrer notre pays dans « la collaboration » Laval et Pétain ayant fait le pari de la victoire finale de l’Allemagne et donc de la défaite de la Grande-Bretagne. Dans l’esprit du régime de Vichy, il fallait pourfendre le Front populaire et ses droits si chèrement acquis. Sans oublier l’antisémitisme d’Etat, la détestation des partis de gauche, des syndicats, des francs-maçons…les procès iniques fait à Léon Blum, Georges Mandel, Jean Zay et Pierre Mendès France (tous quatre juifs) ainsi que la création des sections spéciales composant une justice d’exception et parfois rétroactive au mépris du respect des règles du droit.

 

Les historiens ont montré comment Pétain s’accommoda de la présence allemande. La rafle du Vel d’hiv fut un de ces moments tragiques de l’occupation qui vit plus de 13 000 juifs (hommes, femmes, enfants étrangers et Français) de tous âges, arrêtés par la police…française, livrant des personnes qu’on devait protéger à leur bourreau et à la mort puisque seuls 5% d’entre eux revinrent des camps d’extermination.

Dans son discours, hier à Pithiviers, le Président de la République a rappelé ces heures tragiques de notre histoire. Il n’a pas manqué de souligner que les 16 et 17 juillet 1942, « la France a commis l’irréparable » ce qu’avait déjà affirmé Jacques Chirac le 16 juillet 1995 et ce que François Mitterrand refusait de dire, lui qui avait pour ami le sinistre René Bousquet, secrétaire général de la police en cette année 1942.

 

En fustigeant Emmanuel Macron — que je ne vénère ni exècre — qui, en 2018, rappela le rôle positif du Pétain de 1917, ce qui répond à des faits historiques incontestables, Mathilde Panot, sans doute emportée par la fougue de la jeunesse et le désir vif d’en découdre à toute heure et en tout lieu, n’a pas démontré qu’elle savait se tenir à une distance correcte de l’histoire. Elle a voulu, avec quelle subtilité, associer les collaborationnistes…et l’actuel Président de la République. Cette députée mélenchoniste doit apprendre son « métier ». Présider un groupe parlementaire minoritaire c’est savoir exprimer des convictions et les défendre mais c’est aussi et surtout ne pas commettre de contre-vérités historiques en mélangeant les torchons et les serviettes. Je ne suis pas certain que les membres des autres composantes de la NUPES (PC,PS,EELV) aient beaucoup apprécié la saillie gratuite et somme toute, inutile, de Mme Panot.

 

(1) « Il y a 80 ans, les collaborationnistes du régime de Vichy ont organisé la rafle du #VeldHiv Ne pas oublier ces crimes, aujourd’hui plus que jamais, avec un président de la République qui rend honneur à Pétain et 89 députés RN ! »

5:50 PM · 16 juil. 2022·Twitter for iPhone

 

11 juillet 2022

Quelques réflexions au débotté : Philippe Brun occupe le terrain, le hobereau Balsan n'aime pas Nelson Mandela, Le 80e anniversaire de la Triste Rafle du Vel d'Hiv



Philippe Brun devenu député de l’Eure le 19 juin dernier, a décidé d’occuper le terrain et de ne pas négliger ses mandats locaux. La menace d’une dissolution oblige les nouveaux élus à demeurer vigilants et à être bien présents dans leur circonscription. C’est ainsi qu’il a assisté à la récente réunion du conseil municipal de Louviers, le maire ayant eu l’élégance de le féliciter pour son élection (applaudissements unanimes ou, plutôt presque, M. Bidault s’abstenant de saluer l’élection de son collègue…socialiste) et qu’il sera présent aux séances du conseil de l’agglomération Seine-Eure où il siège depuis les dernières élections locales.

Philippe Brun a également pris l’initiative d’aller à la rencontre des habitants, qu’il s’agisse de ceux de Pitres où il a organisé une rencontre sur le thème des familles monoparentales ou de La Haye-du-Theil ce lundi soir, village qui a voté à plus de 70 % pour le Rassemblement national. A l’évidence, Philippe Brun s’inscrit dans une démarche résolument concrète. Et surtout, il sait que le député doit être à l’écoute des citoyens et des citoyennes et que sa présence en circonscription est la clé de la compréhension des difficultés que connaît la population.

Cette présence locale ne l’empêche d’ailleurs pas de participer activement à la commission des finances de l’Assemblée nationale où, au nom du groupe PS, il a dit tout le mal qu’il pensait de la loi de finance rectificative présentée par Bruno Le Maire, ministre de l’économie. Voilà un nouveau député qui trace sa route, inspiré sans doute par l’exemple de Pierre Mendès France lequel était un des rares élus de gauche à maîtriser les enjeux financiers nationaux et mondiaux.

 

Le hobereau Balsan n’aime pas Nelson Mandela

Lors de la dernière séance du conseil municipal, le maire a proposé aux élu(e)s de donner le nom de Nelson Mandela à un lieu situé près du hub implanté dans l’ancienne usine Polygram. Le nom de Nelson Mandela, un héros de la suppression de l’apartheid en Afrique du sud, avait été proposé par la municipalité de Frank Martin à la Place du Parvis mais son successeur a préféré y conserver le nom actuel.

Nelson Mandela est un symbole. Le symbole de l’antiracisme, de la cohabitation des noirs et des blancs, il est une figure universelle et un exemple de tolérance. N’a-t-il pas passé plus de vingt ans en prison pour la défense de la dignité humaine et de la liberté et l’égalité entre tous les hommes ? La proposition du maire aurait dû faire l’unanimité de l’assemblée. Et bien non. Le hobereau Balsan (RN) a refusé d’adopter le nom de Mandela au prétexte qu’il existe nombre de Français susceptibles de donner leur nom à une rue, une place, un établissement scolaire. Le FN-RN ne change pas. Il paraît qu’il se dédiabolise et se gouvernementalise ! Pas à Louviers en tout cas.

 

 

Il faut enseigner aux élèves l’histoire des hommes et des femmes qui l'ont faite

Cette proposition du maire me fait penser que bien des Lovériens et même des élus  ignorent tout des personnages dont les noms franchissent les décennies. Qui connaît Jean Zay, Jean Prévost, Ferdinand Buisson, Jules Ferry, Anatole France, Maxime Marchand, Paul Morin, dont les noms ornent les frontons des écoles ou des salles de sport de Louviers ? Il serait bien qu’à chaque rentrée scolaire, les enseignants informent les élèves de l’établissement qu’ils et elles fréquentent et évoquent la vie des personnalités choisies pour passer à la postérité. Prenons les exemples de Jean Zay, de Jean Prévost ou encore de Maxime Marchand. Ce sont de grands Français. L’un, ministre du front populaire, a été assassiné par la milice pétainiste parce que juif, l’autre a été fusillé par les Allemands pour faits de résistance. Maxime Marchand lui est né à Montaure. Il a été assassiné par l’OAS à la fin de la guerre d’Algérie alors qu’il était inspecteur de l’Education nationale et favorable à l’indépendance. Mourir sous les balles de ceux qui voulaient également assassiner le général de Gaulle et qui pratiquèrent la politique de la terre brûlée, tel fut le destin dramatique de Maxime Marchand. Les adeptes du sport sauront, s’ils lisent ces lignes, qu’un Normand a donné sa vie pour que les Algériens ne soient plus des « indigènes » mais des citoyens à part entière.

 

Les 16 et 17 juillet 1942, la police de Pétain commettait l’irréparable. 80e anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv.

Plus de 13 000 hommes, femmes et enfants juifs ont été raflés et « parqués » dans l’enceinte du vélodrome d’hiver. Ce fut la triste et célèbre Rafle du Vel d’hiv. 4500 policiers furent requis pour arrêter 27 000 juifs listés en amont par la police. Seuls 50 % d’entre eux furent interpellés. Certains policiers, informés, ont invité, la veille de la rafle, nombre de familles juives à se cacher ou à quitter leur logement. D’autres accomplirent sans broncher la sale besogne.

Malheureusement, de nombreuses mères et enfants n’ont pas abandonné leur domicile ne croyant pas les rumeurs et n’imaginant pas le sort qui les attendait. Les personnes arrêtées furent concentrées dans des conditions horribles sans nourriture, sans eau, sans hygiène…avant d’être transférées dans des camps de transit et leur départ pour les camps de la mort. Laurent Joly, dans un livre récent, raconte en détail ce crime de l’Etat français. Cabu a même réalisé, dans sa vie de dessinateur débutant, des dessins exposés jusqu’à l’automne au Mémorial de la Shoah.

 

3 juillet 2022

Philippe Brun a remercié les militant(e)s de sa campagne législative victorieuse

Philippe Brun et ses coéquipiers

Les lendemains de victoire, surtout en politique, doivent être fêtés pour solidifier les liens des équipes surtout quand il s’agit de militants et de militantes. Philippe Brun, nouveau député, en est déjà à sa 3e campagne (municipale, cantonale et enfin législative) et il a souhaité, avec son entourage, organiser une rencontre collective et amicale. Elle a eu lieu, vendredi soir, à l’île du Roy sur un territoire de l’agglomération Seine-Eure dont les villes principales ont été décisives pour permettre l’élection du nouveau député de la circonscription de Louviers.

Louviers, Val-de-Reuil, Pont-de-l’Arche, Gaillon, et plus surprenant, le Vaudreuil aussi ont en effet placé en tête Philippe Brun et sa suppléante, Lisa Moreau, les seuls dans l’Eure à avoir défait une candidate du Rassemblement national. En présence de Marc-Antoine Jamet, maire de Val-de-Reuil, soutien constant et efficace de Philippe Brun, une bonne centaine de personnes ont participé à un barbecue champêtre dans une ambiance bon enfant.

Le député avec Lisa Moreau et Marc-Antoine Jamet

Philippe Brun a eu l’occasion de commenter l’actualité et de fustiger le vote du groupe Renaissance (Ex-LREM) en soutien des candidats RN aux postes de vice-présidents de l’Assemblée nationale. Les digues ont explosé. Jusqu’à maintenant, elles contenaient les poussées d’un parti qui a eu l’audace de faire campagne sur le pouvoir d’achat pour mieux taire ses vieilles haines des étrangers et alors que même que ce parti (le RN) continue de défendre la fameuse priorité nationale pourtant interdite par la Constitution.

Le député a aussi eu l’occasion de présenter son équipe d’assistants parlementaires rassemblant l’expérience avec Smaïl Chibane et la jeunesse représentée par des femmes et des hommes appelés à composer les futurs cadres de la nation. Philippe Brun nous a dit sa joie de constater que toutes les générations se sont levées autour de sa candidature pour empêcher le FN-RN de prendre le siège que Pierre Mendès France occupa pendant 26 ans.

2 juillet 2022

Denis Lavant lit « les Saisons » : Maurice Pons en majesté au Moulin d'Andé


Denis Lavant au pupitre

Le 29 juin 1957, Maurice Pons posait son sac et son havresac au Moulin d’Andé. Il y découvrait un lieu enchanteur et une meunière fort avenante. Il y écrivit, des romans, des nouvelles, des scenarii, il y traduisit des auteurs de langue anglaise, y connut des amours et des amourettes, y sua sang et eau en y exerçant son métier d’écrivain, métier que le happa dès ses jeunes années. Il y passa toute sa vie puisqu’il y mourut en 2016. Son dernier texte — prémonitoire — fut celui qu’il écrivit pour décrire « l’île engloutie », une toile de Paul Klee. Maurice n’était pas une île mais un monument de la littérature hexagonale. Ne reçut-il pas, sans qu’il l’ait jamais demandé, le grand prix de l’Académie Française pour la qualité de ses nouvelles et, en fin de compte, pour l’ensemble de son œuvre.

 

Ce 29 juin 2022, 65 ans après sa rencontre avec Suzanne Lipinska et dans le cadre du 60e anniversaire de la création de l’Association culturelle du Moulin d’Andé, Maurice Pons a suscité souvenirs et émotions. Jean-Paul Rappeneau et Alain Cavalier ont dit tout ce qu’ils devaient à Maurice Pons. Jérôme Enrico (fils de Robert) et Bernard Queysanne, le neveu de Maurice, ont souligné la qualité des dialogues de ce dernier, dialogues d’« une Belle vie » film antimilitariste et anti-guerre d’Algérie, sans oublier « la Dormeuse » un court métrage tout droit sorti de l’univers imagé de Maurice Pons.

 

Avant d’écrire ce billet de blog, j’ai relu « les souvenirs littéraires et quelques autres » de Maurice Pons. J’y ai retrouvé l’écriture élaborée, sérieuse, féroce aussi, que l’écrivain préféré du Moulin d’Andé savait déployer. Pour dire les textes de Maurice Pons et notamment de longues séquences des « Saisons » ce mercredi, il a fallu tout le talent de Denis Lavant (un ami de Maurice Pons) venu tout exprès d’Avignon où il prépare le festival d’été, pour nous faire entrer dans le monde singulier de notre ami. Le public, subjugué, pris à la gorge, saisi, a dû se contenter d’applaudir pour saluer l’artiste.

 

« Les Saisons ». Voilà un livre-culte créateur d’une communauté de lecteurs et lectrices de tous âges et de toutes conditions. Ils et elles forment une tribu d’êtres sensibles prêts à partager comme Siméon « le pain des mots et le vin de la phrase. » Cette arrivée, cette intrusion devrais-je dire, de cet horsain dans ce monde foutraque, cette irruption de cet amoureux des voyelles et des consonnes, du papier de couleur neige, de la littérature, en un mot, touchent le cœur des amoureux du verbe mais aussi celui de ceux et celles qui se laissent porter par l’imaginaire étrange des obsessions de Maurice Pons. Avec lui, la catastrophe, l’accident, la souffrance ne sont jamais bien loin. Même si le corps des femmes et l’amour fleurent bon la vie qui va dans le paradoxal théâtre du monde. Ah Clara…

 

Denis Lavant jette, une à une, les pages du livre qu’il interprète dans une chorégraphie poétique économe d’emphase. Du grand art. Vêtu…comme Siméon, la douleur aux orteils en moins, le comédien de sa voix chaude, limpide, de son débit précis et précieux, nous transporte dans cette vallée où il pleut depuis 16 mois et où les habitants ne se nourrissent que de lentilles.

 

Quelques souvenirs lttéraires
Je ne saurais trop inviter les lecteurs amateurs de beaux textes à se jeter sur les « Les Saisons » mais aussi sur « Rosa », « Mlle B », « La Maison des Brasseurs » sans oublier « Le passager de la nuit » en hommage à tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont soutenu le combat pour l’indépendance de l’Algérie, choisi la décolonisation et l’émancipation des peuples opprimés. Maurice Pons fut un des 121 signataires de l’appel à l’insoumission qui devait leur valoir censure et répression de la part de Michel Debré, Premier ministre, favorable à l’Algérie française. Mais Maurice Pons était en bonne compagnie avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir,  Simone Signoret, Claude Simon, Pierre Vidal-Naquet, Marguerite Duras, Jean Pouillon, Bernard Pingaud, Vercors pour ne citer que quelques noms… et avec le soutien plein et entier de nombre d’amis du Moulin où certains exilés de l'est et du sud trouvèrent refuge.

 

Hier soir ont été projetés deux films : Les Mistons et Jules et Jim, de François Truffaut. Le premier a été inspiré d’une nouvelle de Maurice Pons et le second a été tourné (en partie) au Moulin et dans ses environs. Maurice avait adressé à François Truffaut des photos de « repérage » et quelques lettres commentées par Bernard Bastide présent au théâtre ce vendredi. Notre écrivain préféré a peut-être permis à l’un des principaux chefs de file de la « Nouvelle vague » de devenir l’auteur d’un film chichement reçu à sa sortie et devenu au fil des décennies un classique unanimement adulé.

 

Ce samedi et ce dimanche, les activités se poursuivent au Moulin. Le programme peut être consulté en ligne.



29 juin 2022

Alain Cavalier et Jean-Paul Rappeneau retrouvent le Moulin de leur jeunesse

Jean-Paul Rappeneau, Alain Cavalier, Suzon et Stanislas Lipinski
Avant la lecture d’extraits des « Saisons » le livre culte de Maurice Pons, ce mercredi soir, au Moulin d’Andé, par Denis Lavant, les nombreux spectateurs présents hier au Théâtre, ont vécu un intense moment d’émotion. Emotion d’entendre Suzanne Lipinska narrer la genèse d’une belle histoire de rencontres et d’amitié qui, dans les années soixante, donna naissance à cet endroit idyllique fréquenté par les artistes et créateurs. Emotion d’écouter Suzon rappeler ses voyages en barque sur la Seine, de Connelles, où ses parents habitaient, à cette île d’Andé qui lui servit de refuge avant de devenir sa tanière enchantée et camper le décor du premier film d’Alain Cavalier « Le combat dans l’île ».

 

Grande complicité
Le réalisateur était présent hier, en compagnie de son complice d’alors, Jean-Paul Rappeneau, (notre photo ci-contre) auteur des  dialogues. Il y a une éternité que les deux amis n’avaient mis les pieds ensemble au Moulin. Quels changements depuis ces années tourmentées par la guerre en Algérie et les menaces de coups d’état militaire. Je n’avais jamais vu ce film. Il est d’une actualité brulante. A l’heure où les démocraties subissent les coups de boutoir des « illibéraux » à la Orban ou à la Trump, à l’heure où les néofascistes osent tendre le bras, le duel opposant Jean-Louis Trintignant et Henri Serre — auxquels se joint Romy Schneider pour un autre combat aussi douloureux, celui de l'amour — tient le spectateur en haleine Jusqu’à sa conclusion…que je tairais pour celles et ceux qui auront un jour, le bonheur de découvrir ce film.

 

Avant la projection du « Combat dans l’île », Alain Cavalier et Jean-Paul Rappeneau ont fait preuve de malice. Tour à tour, ils ont rappelé, souvent avec humour, comment le Moulin fut pour eux un lieu pour leur imaginaire créatif mais aussi et surtout un nœud d’échanges politiques et intellectuels de grande valeur. Il paraît que Maurice Pons fut un lecteur-correcteur attentif du scénario. Rien d’étonnant de la part de ce grand écrivain dont la magie du mot fut portée à un très haut niveau d’exigence.


28 juin 2022

Au Moulin d'Andé : Hier « Je suis Pierre Rivière » ce soir « Le combat dans l'ïle »

Christine présente son film

Dans le cadre de la semaine du 60e anniversaire de la création de l’Association culturelle du Moulin d’Andé, le coup d’envoi cinématographique a été donné ce lundi par Christine Lipinska et son premier long métrage « Je suis Pierre Rivière ». Une belle assistance a revu (ou vu pour la première fois) une œuvre que sa réalisatrice présente comme une première, ses grandes qualités dépassant les défauts que seuls des yeux avertis ou experts pourraient avoir relevés. 

L’histoire de Pierre Rivière n’a rien de banale. Elle se déroule au 19e siècle dans un village où la terre vaut identité et l’intimité étouffante de la famille, passeport pour le futur. Pierre Rivière est ce jeune garçon qui a tué « sa mère, sa sœur et son frère » à coups de serpe pour protester contre le mauvais sort fait à son père humilié mais sans doute aussi pour vaincre une forme de honte de soi que les médecins de l’époque n’appelaient pas encore névrose ou psychose mais « folie » meurtrière. Fait étonnant, Pierre Rivière après avoir tenté d’échapper à la justice décida de se soumettre à sa décision : une peine de mort pour parricide commuée en prison perpétuelle avant de se suicider. Il nous a légué une profession de foi étonnante dans laquelle il exprime « toute sa haine d’une société à laquelle il ne veut pas appartenir. »

La mise en scène du film (en 1976) de Christine Lipinska se déroule dans la campagne normande autour d’Andé et de Louviers notamment. Au générique défilent les noms d’Isabelle Huppert, Jacques Spiesser, Francis Huster, Anne Lipinska, en une apparition fugace mais aussi celui de Suzanne Lipinska, photographe sur le tournage.. Nous avons reconnu nombre de figurants originaires des villages de la région (dont Maurice Pons) ainsi que les bords de Seine et une campagne normande où s’illustrent les portes en bois des chaumières et les costumes d’époque. Le tout rehaussé par des silences en avance sur leur temps et les pensées introspectives du héros malheureux que la cinéaste parvient à rendre intelligibles.

A partir de 18 heures, ce mardi, Alain Cavalier et Jean-Paul Rappeneau seront au Moulin pour présenter « Le combat dans l’île ».