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Frédéric Salat-Baroux et l'animatrice de la fondation Jean Jaurès
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Frédéric Salat-Baroux et
Frédéric Potier ne sont pas des historiens. A tout prendre, rentrer dans la vie
de Léon Blum pour l’un et dans celle de Pierre Mendès France, pour l’autre,
n’est pas interdit bien au contraire. Qu’un homme de droite (1) et un préfet de
gauche (2) décident de célébrer la mémoire de ces deux grandes figures de la
gauche française, et dans la période actuelle si chaotique, ne doit pourtant
rien au hasard. Notre pays a besoin de grandes références car le monde
politique français contemporain manque d’incarnation. Notamment à gauche. Si
l’on excepte Emmanuel Macron, au centre de l’échiquier politique et, dans une
moindre mesure Jean-Luc Mélenchon, à la gauche de la gauche, la France souffre bien
d’une forme de médiocrité « historique » que ne compensent pas un Xavier
Bertrand, une Marine Le Pen et encore moins un Eric Zemmour dernier venu dans le
paysage médiatique hexagonal. Cet olibrius assure connaître l’histoire de
France ! Et pourtant. Il a tout faux sur Pétain, sur l’affaire Dreyfus,
sur la colonisation, sur les rapports homme-femme et, enfin et surtout, sur le
théorie du grand remplacement, du grand n’importe quoi.
Qu’il était bon et roboratif,
jeudi soir, au siège de la Fondation Jean Jaurès à Paris, d’écouter les deux
Frédéric présenter leur dernier livre et évoquer la vie de ces hommes d’état au
caractère bien trempé. « Blum Le magnifique », c’est l’homme
qui plaçait, dans l’ordre : l’amour, la littérature et la politique !
Frédéric Salat-Baroux, on le sent, on l’entend, aime Léon Blum, ce Français
juif vomi par une presse de caniveau, ce socialiste invétéré « gardien de la
vieille maison », ce grand leader inspiré par Jaurès et surtout celui qui, à la
tête du Front populaire, sut faire avancer la justice sociale et faire fonctionner
(grâce à des hommes comme Jean Zay notamment) l’ascenseur méritocratique bien
en panne en 2021.
L’homme Blum, quel
est-il ? Frédéric Salat-Baroux Prend un exemple : il rappelle qu’une fois Georges Mandel (3) assassiné
par la milice, Léon Blum imagine pour lui-même (alors qu’il est emprisonné à
Buchenwald) une fin aussi tragique. Il rédige alors deux testaments. L’un
pour son fils (à qui il lègue sa bibliothèque…et pas la fameuse vaisselle dorée
objet de tous les fantasmes antisémites et qui n’a évidemment jamais existé) et
l’autre pour la postérité c’est à dire ce que devrait être une France d’après-guerre
avec à sa tête le général De Gaulle et les politiques définies par le Conseil National
de la Résistance. Malheureusement, le retour du régime des partis mit fin à ce grand dessein.
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Frédéric Potier
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Frédéric Potier dans son « Pierre Mendès France, la foi démocratique
» insiste plus sur l’action politique de PMF que sur ses traits de
personnalité même s’il met en avant sa vive intelligence ou son charisme. Il le
décrit comme volontaire — « gouverner c’est choisir »— doté d’un esprit
scientifique peu répandu chez les élus ou la haute fonction publique, attaché à
des valeurs issues de la Révolution française. Sa devise pourrait être « la
République et la démocratie ». Comme Léon Blum Pierre Mendès France a été
toute sa vie attaqué par les antisémites. On dit qu’il refusa de présider le
Conseil du gouvernement en 1956 parce qu’un juif ne pouvait régler l’affaire
algérienne. Je m’interroge sur cette affirmation. Son bilan de 1954 à 1955
était si riche et si dense, son entourage était si brillant (à l’image de Georges
Boris devenu son ami) qu’on a peine à imaginer un PMF refusant l’obstacle. Le
keynésianiste qu’il fut aurait doté la France de dirigeants intègres,
passionnés, au service du progrès qu’il opposait au conservatisme. Au lieu de
cela, la France hérita de Guy Mollet…
M. Salat-Baroux, soulignant
l’engagement légaliste des deux hommes à l’honneur d’un soir, insiste sur
l’humiliation et le déshonneur ressenti par PMF lors du procès inique de
Clermont-Ferrand. Qu’on ait pu le traiter de déserteur — ce que fit la justice
de Pétain — était une tache que PMF parviendra à effacer définitivement en
1954 (4) quelques semaines avant
son arrivée à la tête du gouvernement de la France. Georges Kiejman, dans son
dernier livre, affirme qu’il s’est toujours senti Français juif plutôt que juif
français. Il en allait de même pour Léon Blum et Pierre Mendès France. Jamais ils
n’oublièrent leur judéité. Mais jamais ils n’en firent ni l’alpha ni l’omega de
leur engagement. La sincérité pour l’un et la vérité pour l’autre, et
réciproquement, furent les deux obsessions de ces hommes remarquables. C’est
pourquoi la courte période au pouvoir de Blum et Mendès France a durablement
marqué la politique française. Que Frédéric Salat-Baroux et Frédéric Potier
aient décidé de rappeler leur mémoire et leur action n’est pas anachronique.
C’est un signe de modernité. Leur exemple devrait inspirer tous les citoyens
épris de progrès et de justice sociale.
(1)
Frédéric
Salat-Baroux, né le 12 juillet 1963 à Paris, est un haut fonctionnaire et
avocat français. Du 2 juin 2005 jusqu'à la fin du mandat de Jacques Chirac, il
occupa les fonctions de secrétaire général de la présidence de la République
française à l'Élysée.
(2) Frédéric
Potier, né le 18
janvier 1980 à Pau, est un haut
fonctionnaire français. Préfet, il est délégué général à l’éthique et à la
conformité de la RATP.
(3) Georges
Mandel, ministre de la 3e République, a été assassiné par la milice
peu de temps après le débarquement de Normandie le 6 juin 1944.
(4) Pierre Mendès
France a obtenu la Cassation de la décision du tribunal militaire de
Clermont-Ferrand qui l’avait condamné pour désertion en 1941.