4 novembre 2022

Bronca antiraciste à l'Assemblée nationale : un député RN tombe le masque et insulte un député noir LFI

Chassez le naturel, il revient au galop. Rien n’y fait, rien n’y fera. Les fondamentaux du Rassemblement national, ex Front national, sont bien ceux qu’un député plus impétueux que les autres, moins dissimulateur que les autres, a exprimés avec vigueur ce jeudi, dans l’hémicycle du Palais Bourbon où siègent les membres de l’Assemblée nationale. En apostrophant un député de la région parisienne, Carlos Martens Bilongo, d’un : « qu’il retourne » en Afrique selon les uns ou d’un « retourne en Afrique » selon d’autres, n’enlève rien au caractère raciste de l’injure. L’auteur de cette déplorable intervention, un certain Grégoire de Fournas, est un viticulteur de la région bordelaise. Même si certains de ces tweets anciens ont disparu dans la journée, on sait que l’auteur de l’injure est coutumier du fait. Il s'est emporté contre le député LFI car celui-ci protestait contre l'indifférence des gouvernements européens aux drames que vivent des migrants sur des bateaux secouristes. De Fournas a dit tout haut ce que trop de Français et aussi ses collègues pensent tout bas.

 

C’est ainsi. Ce n’est pas parce que Marine Le Pen a réussi à faire élire 89 député(e)s que son mouvement est devenu subitement fréquentable. Dans le naturel de ce parti politique où Jean-Marie Le Pen a longtemps sévi avec maintes saillies dès son élection en 1956 dans le mouvement de Poujade, qu’il a répétées tout au long de sa vie, figurent en bonne place la nostalgie  des bruits de botte et celle des insultes racistes les plus primaires. Inviter un député français, noir de peau, mais n’ayant jamais vécu en Afrique, à retourner sur un continent qui n’est pas le sien mais celui de ses ancêtres, c’est faire preuve d’une extrême bêtise et d’un grand mépris que l’Assemblée nationale a décidé de sanctionner. Sur proposition de sa présidente, Mme Yael Braun-Pivet, les élu(e)s ont en effet privé le député coupable de présence dans les travées pendant deux semaines et diminué son indemnité parlementaire, sanctions utilisées pour la seconde fois depuis 1958.

 

A l’évidence, c’est un rude coup contre le parti d’extrême droite. La fameuse dédiabolisation, ligne centrale de la stratégie de Marine Le Pen, démontre qu’il s’agit d’une illusion destinée à tromper les gogos. Jérôme Jaffré, un spécialiste de l’analyse politique considère que cette injure d’un député de base qui visiblement n’a rien compris à la ligne Le Pen, fait reculer le RN de plusieurs cases. La dame aux chats est en fait entourée de nostalgiques de l’Algérie française et de la colonisation, de skin-heads reconvertis, de petits fachos méchants et de racistes enfin vus sous leur vrai jour. Le masque est tombé.

 

 

2 novembre 2022

L’élection de Lula au Brésil : une bonne nouvelle pour l’Amazonie et la planète tout entière

L’élection de Lula, comme président du Brésil est aussi et surtout la défaite du machiste-raciste Bolsonaro. C’est une première satisfaction. C’est très important pour les minorités qui vont, enfin, pouvoir marcher la tête haute dans le respect de leur dignité. Mais Lula président va être confronté à un mur d’hostilité et de vengeance de la part des assemblées récemment élues et majoritaires à droite et à l’extrême droite. La violence de la campagne électorale et le déchainement des évangélistes, de certains militaires et des nostalgiques des coups d’état laissent planer un doute (Bolsonaro affirme vouloir respecter la constitution) sur une paisible passation de pouvoirs qui, de toutes façons n’aura lieu que dans deux mois. D’ici là, on peut compter sur le perdant pour se livrer à toutes les manœuvres possibles et…imaginables destinées à compliquer la tâche du nouveau président.

 

La victoire de Lula est aussi la victoire de la préservation de l’Amazonie et donc de toute la planète. Bolsonaro se moquait des alertes climatiques et favorisait des groupes et des intérêts financiers occupés à la déforestation et la disparition des peuples autochtones. On doit espérer que Lula va user de son pouvoir pour mettre un terme (provisoire ?) à ces terribles atteintes à la protection du poumon vert de notre terre. Sauver la forêt amazonienne c’est sauver l’oxygène du monde. En ce sens la victoire de Lula est un peu la victoire de tous ceux et toutes celles qui luttent pour préserver l’avenir de nos enfants contre le réchauffement climatique. L’accord économique du Mercosur et de l’Union européenne peut-il retrouver de la vigueur ? Devra-t-on le réexaminer pour le rendre supportable en termes d’émissions de CO2 ?

 

L’urgence est ailleurs. Des nuées de camions organisent des barrages routiers pour empêcher les échanges entre les villes et les régions brésiliennes. Que mijote l’apprenti dictateur ? Il avait prévenu, comme le fit Trump il y a deux ans, qu’il ne reconnaîtrait pas la victoire de Lula. Le peuple a parlé. Le suffrage universel ne se discute pas. Le drapeau de la gauche flotte dorénavant sur toute l’Amérique du sud. A elle de ne pas rater sa rencontre avec l’histoire.

30 octobre 2022

Le poutinien Jean-Luc Mélenchon n'est pas la solution pour une gauche de gouvernement

La constitution de la NUPES trouve sa justification dans une stratégie électoraliste permettant à un parti socialiste en état de mort cérébrale de sauver quelques positions. S’il est évident que des sièges ont été conquis grâce à cette union (1) un certain nombre de circonscriptions ont été perdues, nombre d’électeurs(trices) étant effarés par la violence et la tension suscitées par Jean-Luc Mélenchon, le grand architecte, bizarrement absent de l’Assemblée nationale pour des raisons que je ne m’explique pas. Le bruit et la fureur, s’ils sont légitimes face à certaines situations de pauvreté ou d’abandon sur le plan individuel, ne peuvent être conçues comme des méthodes de gouvernement ou d’opposition. Surtout si ces oppositions aspirent à gouverner un jour. Mélenchon fait peur à une majorité de Français et de Françaises. Il le sait et il en joue. Comme Jean-Marie Le Pen à ses débuts. Seulement lui, il ne voulait pas du pouvoir.

 

La majorité relative des partis Renaissance, Modem et Horizon, oblige le gouvernement à trouver des compromis pour faire adopter ses textes, et l’opposition à s’opposer avec les moyens du bord, la motion de censure étant un de ces moyens constitutionnels. Et c’est là que la faiblesse de la NUPES apparaît. Une opposition de gauche divisée en quatre parties inégales fait surgir, tôt ou tard, des différences devenues des divergences. L’histoire du PS, du PCF, des écologistes ne ressemble pas à celle de La France insoumise qui, même si elle est récente, est fondée sur la tension dans les rapports humains et donc sur une forme d’intolérance. L'Assemblée nationale n'est pas seulement une caisse de résonance. Elle est le lieu du débat qui ne se résume pas à un combat.

 

La prochaine motion de censure prônée par LFI ne sera pas signée par les trois autres partenaires (?) de la NUPES. EELV, le PCF et le PS (tendance Faure) refusent de faire de la censure un système apte à créer bien des contre-sens si on pense à la provocation du RN appelant à rejoindre la NUPES dans son opposition. Dans une France majoritairement de droite, le retour de la gauche au pouvoir ne pourra pas se faire seulement en hurlant ou en quittant l'hémicycle.

 

Car qu’on le veuille ou non, le RN n’est pas un parti comme un autre. Jeudi soir, dans l’émission « complément d’enquête » (sur la 2) les réseaux de Poutine en France étaient mis au jour. On y découvre les luttes d’influence des Russes engagées par des hommes comme François Fillon, Thierry Mariani, Philippe Olivier (2). C’est tout bénéfice pour Poutine. Les voyages ou les locaux qu’ils occupent sont (étaient ?) financés par la Russie qui a tenté avec RT (Russia Today) et Spoutnik d’entrer dans les foyers de l’hexagone pour y répandre la parole du Kremlin ou colporter des fausses nouvelles quand ce n’est pas pour porter atteinte à la sincérité du suffrage universel. Les neuf millions d’euros prêtés par une banque russe au RN contraint ce dernier à renvoyer l’ascenseur d’une manière ou d’une autre. On se souvient aussi des mails de LREM publiés sauvagement entre les deux tours de la présidentielle de 2017. On apprend dans le reportage que des hackers russes ont voulu rejouer la scène en 2022. 

 

Mais au fait, Jean-Luc Mélenchon (3) n’est-il pas l’homme qui le 24 février dernier, quand les Russes envahissaient l’Ukraine, prévoyait (outre les soi-disant « provocations américaines et de l’OTAN ») une guerre de quelques jours gagnée, selon lui, par Poutine. Depuis l’Ukraine se bat et les Russes reculent. Il y a là un point commun avec le RN qui devrait tous nous interpeller…y compris ses partenaires de la NUPES.

(1) dont celle de la 4e circonscription de l'Eure 

(2) Le beau-frère de Marine Le Pen.

(3) Je n'aime pas sa façon de toucher, les journalistes en particulier, en des gestes souvent condescendants autant que méprisants. 

27 octobre 2022

L'entrée de Pierre Mendès France au Panthéon est-elle pour demain ?

François Loncle vient d'offrir quelques livres de (ou sur) PMF au Président de la République.©Jean-Charles Houel

 

Le 18 octobre dernier, jour du quarantième anniversaire de la disparition de Pierre Mendès France, le Président de la République a rendu « un hommage discret » (1) à l’ancien Président du Conseil, ancien député et président du conseil général de l’Eure, ancien maire de Louviers…mais un hommage quand même. D’un commun accord avec François Loncle, actuel président de l’Institut Mendès France, Emmanuel Macron a en effet souhaité partager un déjeuner à l’Elysée avec une quinzaine de personnalités et personnes ayant côtoyé PMF dont Joan et Tristan Mendès France, sa belle-fille et son petit-fils.

 

Le Président voulait surtout écouter. Il a donc très peu parlé. Il désirait entendre les témoignages concrets de ceux et celles qui ont aimé, admiré l’homme que la quatrième République et les jeux politiciens ont entravé dans ses efforts visant à conduire une politique de paix, de progrès social et de relèvement national. Son refus de céder à la démagogie, son obstination à vivre et agir selon des valeurs et des principes que sa famille notamment lui avait inculqués, l’ont empêché de réaliser tout à fait son destin. Comme Jaurès, comme Léon Blum, cet homme supérieurement intelligent, cultivé, curieux de tout, a ouvert (en sept mois et 17 jours) nombre de chemins et démontré que la politique pouvait être ni sale ni opportuniste. On aurait aimé apprendre d'Emmanuel Macron ce qu'il a retenu sur les plans politique et philosophique d'un Mendès France connu pour sa rigueur et sa lutte contre ce qu'il appelait « la facilité».

 

Dans son livre « Révolution » l’actuel Président évoque les personnalités exceptionnelles qu’étaient le général de Gaulle, à droite, et Pierre Mendès France, à gauche. Je serais bien imprudent d’en tirer quelque conclusion ou quelque leçon que ce soit. On a décrit, ici ou là, un Emmanuel Macron « et de droite et de gauche. » Il se trouve que Pierre Mendès France, lui, a toujours été de gauche, socialiste plutôt que radical, car il abhorrait le pouvoir personnel et sublimait le rôle du citoyen au nom duquel les politiques agissent. Et pour lui ce n'était pas de la théorie.

 

Une question fut posée au président par François Loncle : que penserait-il de l’entrée au Panthéon de Pierre Mendès France  (« Aux grands hommes (et femmes) la patrie reconnaissante ») cet « éveilleur de consciences » ? Les tentatives déjà anciennes (en 2012) sont restées lettre morte si l’on compte les réponses polies de François Hollande. L'actuel Président de la République a répondu vouloir étudier l’éventuelle demande qui ne pourrait aboutir qu’en accord avec sa famille. Le maître des horloges aura donc jusqu’à l’année 2027 (sauf surprise) pour que le monde entier apprenne que « l’homme sans qui rien n’eût été possible » (2) a toute sa place parmi les grands Français.

 

Les discussions d'après déjeuner.©Jean-Charles Houel

J’oubliais. Des invité(e)s important(e)s étaient présents autour de la table dressée dans le salon des ambassadeurs. La pétillante Anne Sinclair, le magistral Jean-Pierre Chevènement, l’élégant Claude Perdriel, le sage Claude Weil, les historien et historienne Robert Frank et Sabine Jansen, l’académicien Eric Roussel…on notait aussi la présence de Sébastien Lecornu (très en verve), ministre des Armées, successeur de PMF à la tête du conseil départemental de l’Eure, de François-Xavier Priollaud, maire de Louviers. Philippe Brun, élu en juin dernier député de la 4e circonscription de l’Eure (NUPES-PS) celle de Pierre Mendès France était absent. La touche d’un macronisme peu soluble dans le mendésisme ?

 

(1)  Comme l’a écrit la journaliste du Monde Claire Gatinois

(2)  Le mot de François Mitterrand à PMF le jour de son investiture.

25 octobre 2022

L'embardée de Bardella nous promet des jours sombres

Le journal Le Monde a raison de s’indigner. L’exploitation politique de l’assassinat de la jeune Lola, adolescente tuée dans des circonstances encore confuses mais bien réelles par une femme, de nationalité algérienne, sous le coup d’une OQTF (obligation de quitter le territoire) est répugnante. Il n’est pas question, ici, de se lancer dans une analyse que seuls des experts qualifiés pourront étayer pour connaître les causes et le déroulement de cette tragédie. Mais que les Ciotti, Zemmour, Le Pen, et autres Bardella, s’en donnent à cœur joie pour faire de ce fait divers un élément de leur campagne électorale ancienne mais constante est tout simplement odieux.

 

On savait Zemmour incorrigible. On connaissait les penchants racialistes de la droite extrême et de l’extrême droite. Leur opposition absolue et permanente au Président de la République et au gouvernement les aveugle. Car s’il existe bien un problème migratoire, il est mondial. Les déplacés par la guerre, la faim, la recherche d’une vie meilleure, seront de plus en plus nombreux et sur tous les continents. L’Europe occidentale et la France « ne pourront accueillir toute la misère du monde mais devront prendre toute leur part. » (1).

 

J’entendais hier soir sur la 5 le jeune coq Bardella affirmer que si le RN était au pouvoir, les étrangers frappés d’une OQTS seraient dans l’avion dans le quart d’heure suivant son arrivée aux rênes du gouvernement. Paroles, paroles…On a même assisté à un rétropédalage en règle de Marine Le Pen qui avait prévu d’assister (avec ses député(e) à la manifestation organisée par Zemmour et qui finalement a préféré se faire plus discrète suite aux souhaits émis par la famille de Lola désireuse d’éviter toute récupération politique. La salle des pas perdus de l’Assemblée nationale a pourtant brui de ces clameurs protestataires faisant fi de la douleur de la famille de Lola et cherchant des voix à bon marché.

 

On compte environ 100 000 OQTF par an. Seules 15 à 17 % d’entre elles sont effectives. Ce n’est pas que la France est plus molle, plus laxiste que d’autres. Les pays d’accueil refusent de délivrer les laisser passer consulaires indispensables pour pénétrer sur leur territoire. Et comme les renvoyés sont soit délinquants, soit prosélytes, soit sans formation, les gouvernements refusent de récupérer leurs ressortissants. C’est un fait regrettable mais c’est la réalité. Hurler avec les loups ne fait pas une politique. L’embardée de Bardella donne une idée assez précise de ce qui attend notre fragile démocratie. Le peuple ferait bien d’y regarder à deux fois avant de lui confier un jour le pouvoir.

(1) De la citation de Michel Rocard, on ne retient souvent que la première moitié de la phrase.

 

23 octobre 2022

Les activités de la SED : un film sur Maupassant et une conférence sur le château de Gaillon

Lors d'une visite à Gaillon en 2019. (photo Jean-Charles Houel)

Le congrès de la Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, qui s’est tenu à Louviers du 12 au 15 octobre, a été une réussite. Près de 140 personnes ont assisté, durant ces quatre jours, à tout ou partie des différentes séances. La SED remercie une fois de plus chaleureusement la municipalité de Louviers et l’agglomération Seine-Eure sans qui nous n’aurions pu organiser cette manifestation, mais aussi tous ceux d’entre vous qui nous ont apporté leur concours ou sont venus écouter telle ou telle des communications. Nous reprenons dès le mois prochain le cours normal de nos activités. La SED organise, en partenariat avec l’Université populaire, la projection du film documentaire de Christian ClèresJ’aime pas Maupassant, le mardi 8 novembre, à 18 h 30, dans la salle du Moulin, rue des Anciens combattants d’Afrique du Nord.

Nous avons déjà accueilli Christian Clères à plusieurs reprises, pour les films qu’il a consacrés à Michel Bussi, Marcel Proust, Gustave Flaubert. Il nous offre, cette fois, l’occasion de parcourir la vie et l’œuvre de l’auteur de Boule de suif. La projection se déroulera en présence du réalisateur et sera suivie d’un débat avec le public. Nous réintégrerons la salle Pierre Mendès France le samedi 10 décembre pour une conférence d’Emmanuel Pous, directeur du château de Gaillon, sur l’histoire du bâtiment et les projets de rénovation et de valorisation mis en œuvre par l’agglomération Seine-Eure.

Dans l’immédiat, nous suggérons une idée de lecture à tous ceux qu’intéresse le passé de notre ville. Le dernier numéro de la revue Études normandes, outre un dossier thématique sur la photographie en Normandie, comporte, dans la rubrique Regards variés, un article de Claude Cornu consacré à une Lovérienne, Madame de Saint-Marceaux (1850-1930). Née Marguerite Jourdain, elle appartenait à une famille de drapiers de Louviers. Elle a quitté jeune la ville et vécu à Paris, où elle a tenu pendant plus d’un demi-siècle, sous la Troisième République, un salon musical réputé dans son hôtel du boulevard Malesherbes. Ses vendredis ont accueilli tous ceux, compositeurs et interprètes, qui ont laissé un nom, de Claude Debussy à Francis Poulenc, d’Alfred Cortot à Marguerite Long. Vous pouvez commander la revue à la librairie Quai des mots.


16 octobre 2022

Que reste-t-il de Pierre Mendès France ? Une modernité, un style, un engagement à Louviers et dans le monde

François-Xavier Priollaud, maire de Louviers, anime le débat. Yves Jeuland et  Alix Maurin (à droite)
Difficile d’établir un portrait robot des personnes présentes, ce vendredi, à Louviers, pour assister en avant-première à la diffusion du film d’Yves Jeuland et Alix Maurin consacré à Pierre Mendès France et intitulé « Mendès la France ». Le fait est que les jeunes ne garnissaient pas en nombre les travées de la grande salle de la Scène 5. Et c’est bien dommage quand on connaît l’intérêt de PMF pour la jeunesse et la construction de leur avenir (1). Le maire de Louviers, François-Xavier Priollaud, avait mis les petits plats dans les grands pour marquer d’une pierre blanche l’évocation de la vie « romanesque et rocambolesque » de celui qui ne gouverna que sept mois et 17 jours mais qui, aujourd’hui, semble faire l’unanimité à gauche, c’est normal, mais aussi à droite ce qui paraît plus inattendu.Tout homme (ou femme) politique a été, est ou sera Mendésiste.

 

Il en va ainsi de la mémoire et des grands hommes « sic transit gloria mundi ». Avec le temps, tout s’en va et en 2022 on oublie les menaces, les attentats, les diffamations (souvent dues à l'extrême droite raciste) et les basses besognes politiciennes (chez les radicaux-socialistes notamment) tous moyens utilisés pour empêcher un homme de paix et de bonne volonté de réussir dans son entreprise de redressement du pays. Heureusement le documentaire d’Yves et Alix existe afin que nul n’oublie qui était ce petit parisien né en 1907, précoce en tout, supérieurement doué, qui décida un beau jour de mettre son intelligence, sa force morale et physique et son courage au service d’une grande cause : la France et les Français.

 

Après la diffusion du film (visible ce dimanche soir sur France 5 à 22h50), un débat a rassemblé quelques personnalités (dont François Loncle, président de l’Institut Mendès France, Bernard Leroy, président de l'agglomération Seine-Eure, Anne Terlez, vice président du Conseil départemental) qui ont succédé à Pierre Mendès France dans ses différents mandats de député, maire ou président du conseil général. Ses successeurs ne sont pas tous et toutes de gauche, c’est évident, mais la présence de Philippe Brun, député PS, a évité l’inévitable unanimisme qu’une soirée d’hommage comme celle-là peut susciter. Car bien des questions sont toujours l’objet d’intenses débats : l’Europe dont il contestait le caractère technocratique dessaisissant de fait les politiques de leurs responsabilités (2)? Les institutions de la 5e République qu’il condamna ? Les rapports avec le général de Gaulle auquel il resta attaché, avec François Mitterrand qu’il soutint dans toutes ses campagnes présidentielles puisqu’il ne connaissait qu’un camp, celui du progrès contre les conservatismes.

 

Le film d’Yves Jeuland et Alix Maurin se situe ailleurs. Le fil rouge qui détermine la force (et peut-être la faiblesse) de PMF, c’est sa judéité et son corollaire : l’antisémitisme. Comme Blum, comme Jean Zay (son ami) comme Georges Mandel, Pierre Mendès France a souvent été visé non pas pour ce qu’il faisait mais pour ce qu’il était. Cette identité est constitutive de son regard sur le monde et aussi de ce qu’il appelait lui-même les qualités et les défauts des hommes et des femmes en politique. Même s’il n’était pas juif au sens religieux, Pierre Mendès France se savait, se sentait juif. C’était son patrimoine, c’était le legs d’une famille aimante et bienveillante, une vraie famille française dont bien des fils se sont distingués sur les champs de bataille au cours des 19e et 20e siècle pour défendre l’empire ou la république. Ou défendre le capitaine Dreyfus et Emile Zola.

 

 Aujourd’hui encore, Joan, la belle-fille de PMF, épouse de son second fils Michel, Tristan et Margot ses petits-enfants veillent avec beaucoup de soins sur l’héritage de leur aïeul. La maison des Monts constitue le témoignage concret de l’attachement qu’éprouvait Pierre Mendès France pour la ville de Louviers et plus largement pour cette Normandie qu’il connaissait si bien. « Mais, me confia-t-il en mai 1981, les électeurs avaient le droit de ne pas être d’accord avec moi. » Il éprouva donc un vrai chagrin après sa défaite de 1958 et il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre son refus de revenir à Louviers en 1962 et son choix de tenter une aventure à Evreux où on ne l’attendait pas. De l’orgueil ? Si c’est le cas, cela renforce sa profonde humanité.

 

Et les citoyens ? Pierre Mendès France avait une haute idée du suffrage universel et bien qu’ayant connu déceptions et déconvenues chez les radicaux et même au PSA-PSU, il a toute sa vie privilégié la délibération collective où chacun peut apporter sa pierre à la vie démocratique, et pourquoi pas dans un parti. En ce sens, il a inspiré les maires de gauche qui lui ont succédé. Ernest Martin, Henri Fromentin, Franck Martin (lors de son premier mandat) ont tous tenté (parfois avec des réussites) d’associer les citoyens aux décisions qui les concernent eux, et donc leur ville, et donc leur région. C’est bien pourquoi, comme l’a souligné Philippe Brun, PMF est demeuré fidèle au scrutin d’arrondissement qui favorise le lien entre le citoyen et l’élu, scrutin cruel quand naissent les vagues indomptables et font de l’électeur(trice) le bourreau d’années de travail.

 

Que reste-t-il de Pierre Mendès France ? Sa modernité, sa méthode, ses objectifs dont la justice sociale si importante quand l’inflation frappe d’abord les plus pauvres et les épargnants. Un passage du film offre  à Jean-Louis Bourlanges l’occasion de souligner les soi-disant échecs de PMF. Il cite ses démissions, ses refus, ses combats perdus et PMF de lui répondre : « On m’a souvent dit que j’avais eu raison trop tôt. C’est mieux que d’avoir tort. »

 

J’emprunte à Frédéric Potier, membre de l’Institut Mendès France auquel j’ai l’honneur d’appartenir, la conclusion d’un article qu’il vient d’écrire pour la Fondation Jean Jaurès : « Mendès France n’était pas un simple gestionnaire prudent et rigoureux, une version sociale démocrate d’Antoine Pinay, mais bien un authentique socialiste soucieux de transformer profondément le réel ! En réalité, la figure de Pierre Mendès France constitue une synthèse remarquable entre un attachement viscéral à la démocratie et à la République et une modernité économique rompant avec un capitalisme non régulé. Ainsi Simon Nora, le principal conseiller économique de Pierre Mendès France, note qu’être keynésien à la façon de Pierre Mendès France, c’était « une façon polie d’être socialiste  ». Un socialisme assurément atypique. »

 

(1)  Il serait bien qu’à Louviers, outre l’analyse détaillée de ses archives — 26 000 lettres — une initiative soit prise pour que l’engagement de Pierre Mendès France soit enseigné aux élèves de notre ville et que son nom ne soit pas seulement celui d’une rue.

(2)  Théorie contestée par Claude Cornu. Pourtant, dans les œuvres complètes de PMF (Gallimard) page 274, on lit lors du débat sur le marché commun : Pierre Mendès France déclare à l’Assemblée nationale : « L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne…soit la délégation des pouvoirs à une autorité extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale finalement une politique au sens le plus large du mot, nationale et internationale. » C’est bien le rôle joué par la Commission européenne que les 27 membres de l'UE ont aujourd'hui accepté.

11 octobre 2022

Un documentaire sur Pierre Mendès France et l'Adieu à Suzanne Lipinska

« Mendés La France » Le 14 octobre à Louviers

PMF à Louviers le 10 octobre 1954

La date est maintenant connue. La projection du documentaire d’Yves Jeuland et Alix Maurin consacré à Pierre Mendès France aura lieu le 16 octobre à 22h50 sur la cinq. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de ce film de 73 minutes censé retracer la carrière de l’ancien président du Conseil et ancien député-maire de Louviers.

Yves Jeuland et Alix Maurin ont dressé un portrait intimiste et sentimental d’un homme qui jamais n’a oublié qu’il était un Français, juif, de gauche, beaucoup plus européen que certains de ses détracteurs ont voulu le dire, et surtout un homme épris de paix et de progrès. Pierre Mendès France a eu le « malheur » d’être désigné aux plus hautes fonctions de la République par une assemblée nationale très à droite qui a utilisé sa popularité pour mettre un terme à la guerre d’Indochine et qui, ensuite, n’a eu de cesse de l’empêcher de gouverner pour changer le pays.

Les Lovériens auront la possibilité d’assister à la projection du film « Mendès la France » le 14 octobre à 20 h 30 dans la grande salle de la Scène 5 (1) . La mairie a pris l’initiative de commémorer le 40e anniversaire de la mort de PMF au cours d’une soirée ponctuée par un débat qui associera notamment les réalisateur(trice)s ainsi que François Loncle, président de l’Institut Mendès France, François-Xavier Priollaud, maire de Louviers, et Philippe Brun, le nouveau député de la 4e circonscription de l’Eure.

(1) Il est plus que temps de réserver vos places, la demande étant très importante. La billetterie est ouverte au Moulin, rue des Anciens combattants en Afrique du Nord.

 

L’Adieu à Suzanne Lipinska


La cérémonie d’obsèques de Suzanne Lipinska s’est déroulée vendredi au crématorium d’Evreux. Sa famille, ses amis et quelques personnalités étaient présent(e)s pour rendre un dernier hommage à celle qui a beaucoup compté dans le paysage artistique de notre région. Ses enfants et petits-enfants ont su trouver les mots aptes à définir une personnalité éclatante, irradiante même. « Une grande et belle dame » comme l’a dit Christine, l’une de ses filles. Un exemple pour Stanislas Lipinski, appelé à lui succéder à la tête de l’association culturelle du Moulin d’Andé.

Le nom de Suzanne Lipinska sera d’ailleurs donné au nouveau collège du Hamelet sur proposition de Sébastien Lecornu, président du Conseil départemental. Lors de sa remise récente de la croix d’Officier de la Légion d’honneur, Suzanne avait accepté la demande du ministre des Armées.

 

 

 

 

1 octobre 2022

La disparition de Suzanne Lipinska : une page noire sur le livre d'or du Moulin d'Andé

Suzanne Lipinska (à droite) lors d'un tournage au Moulin d'Andé en 1976

J’ai appris avec une énorme stupeur et une profonde tristesse le décès, hier dans l’hôpital où elle avait été admise en début de semaine, de Suzanne Lipinska, à l’âge de 94 ans. Le Moulin d’Andé et les nombreux amis qui soutiennent l’action de l’Association culturelle tournent ainsi une page bien noire de sa longue et belle histoire.

Suzon était à la fois le cœur et l’âme de ce lieu qu’elle avait façonné à son image : un phalanstère privilégié pour les artistes et les créateurs quels que soient leurs domaines d’épanouissement. La littérature et le cinéma, bien sûr. Mais aussi la musique, le théâtre, la sculpture, la fête aussi. Ce qui n’aurait pu être que pur divertissement est devenu au fil des décennies partage, générosité et profond humanisme, autant de ressorts de l’action de la belle meunière. Au fil des ans, le Moulin s’est, en effet, transformé, à la fois dans ses murs mais plus encore dans la diversité de ses actions au service des arts. La création du Centre des écritures cinématographiques fut sans doute l’une de ses plus belles réussites. La musique est ensuite devenue une ressource essentielle de la vitalité du Moulin avec des classes de perfectionnement, des concerts, la venue de solistes et d’ensembles de très haut niveau. Le festival Alexandre Paley s’est inscrit dans la durée et était un moment très attendu de la saison par les mélomanes et les amateurs de piano.

Facétieuse aussi…

Si on doit louer l’une des plus belles qualités de Suzanne Lipinska c’est sans doute cette ouverture au monde qu’elle avait choisie dès sa prime jeunesse. Elle ignorait les frontières, les barrières linguistiques, les statuts sociaux, elle méprisait les racistes de tout poil. Elle soutint autant qu’elle put les amis des peuples luttant contre les méfaits du colonialisme. Elle accueillit nombre d’exilés avec la complicité de celui qui devint son compagnon de route et de vie, l’écrivain Maurice Pons, dignement fêté lors du 60e anniversaire de la création de l’association au mois de juillet dernier.

La mort en juin 2016 de Maurice Pons a beaucoup affecté Suzanne Lipinska. Elle a constamment ressenti l’absence d’une personnalité aussi originale qu’exceptionnelle. Maurice était toujours là pour elle et pour le Moulin. Dominant son chagrin, Suzon a souhaité que la roue de ce dernier continue de tourner sous la houlette de l’un de ses petits-fils, Stanislas, qui devient de fait, son successeur à la tête de l’association et chef d’une entreprise alliant la culture et l’économie. Mais il n’est pas seul. Il sait pouvoir compter sur Christine l’une des filles de Suzon, Charlotte, l’une de ses petites-filles, sans oublier les autres membres de la famille et du conseil d’administration ainsi que les institutions publiques dont le soutien va s’avérer décisif.

Avec JP Rappeneau, Alain Cavalier et son petit-fis Stanislas lors du 60e anniversaire.

Il y a peu de temps, Suzanne Lipinska s’était vu remettre la croix d’officier de la Légion d’honneur par Sébastien Lecornu, ministre de la Défense. La cérémonie eut lieu en petit comité et ce fut là la dernière apparition publique de Suzon. Quant à moi, grâce à elle et son moulin, j’ai fait des rencontres d’une grande richesse intellectuelle donnant naissance à des amitiés solides. Car Suzon savait provoquer les rencontres, les faire s’épanouir, les enrichir. Pour le journaliste que j’étais le Moulin était « le lieu de tous les possibles », une formule qu’appréciait celle dont la présence irradiante va terriblement nous manquer.

A Anne, Christine, Stéphane, ses enfants, à ses petits-enfants, sa famille, ses proches, je souhaite témoigner toute ma sympathie et aussi toute mon amitié. Je ne doute pas qu’une cérémonie aura lieu un jour prochain, pour unir dans une même communion de pensée ceux et celles qui ont eu la chance de la connaître et de l’apprécier.

 

 

 

23 septembre 2022

« Mendès la France » un documentaire sensible et émouvant d'Yves Jeuland bientôt sur la 5

Les producteurs et les réalisateurs, Yves Jeuland et Alix Maurin (à droite)

Seul. Seul face à une foule fanatisée. Hurlante. Elle veut l’empêcher de s’exprimer. Mais Pierre Mendès France fait face. Il se tient droit et sourit. Il attend que Georges Pompidou (ou un autre) fasse taire cette foule hostile, irrespectueuse. Nous sommes à Grenoble en 1967 lors de la campagne des législatives. PMF participe à une réunion contradictoire mais ses adversaires ont bourré la salle d’opposants. Il a accepté de débattre, au lieu de cela il va devoir combattre. Comme d’habitude. Ces premières images du documentaire qu’Yves Jeuland et son équipe ont réalisé récemment disent tout de Pierre Mendès France, de son courage, de ses convictions.
Yves Jeuland.

Il aura fallu une rencontre fortuite en 2016 entre Michel Mendès France (à qui le film est dédié) et le documentariste pour que la possibilité d’un documentaire retraçant la vie de l’ancien Président du Conseil se concrétise. Projeté mercredi au Forum des images de Paris devant plus de 500 invités « Mendès La France » a d’immenses mérites. Il tombe à pic avant le 40e anniversaire de sa disparition et il répare un regret qu’Yves Jeuland présente comme un remord. Celui d’avoir omis dans l’un de ses précédents films consacré aux juifs de France en 2007(« Comme un juif en France »), une personnalité exceptionnelle à la fois pour la qualité de ses engagements publics mais aussi pour l’importance qu’il accordait aux relations familiales et à sa généalogie qu’il cultiva jusqu’à sa mort en octobre 1982.

Pierre Mendès France était juif. Et alors ! Juif d’origine portugaise (Mendès Franca) dont les aïeuls gagnèrent la France il y a plusieurs siècles pour devenir des Français à part entière et dont certains s’illustrèrent dans des combats pour tenir haut le drapeau tricolore. La lettre qu’il adressa au Maréchal Pétain après qu’il eut choisi de s’évader de la prison de Clermont-Ferrand en 1942 à la suite d’un procès inique souligne l’attachement de cet homme aux règles de vie qu’il s’était fixé : la vérité, la droiture, la fidélité, la fierté d’un nom et la défense d’une patrie qu’il n’avait pas trahis à l’image de son ami Jean Zay, assassiné par la milice de Vichy.

Le documentaire d’Yves Jeuland égrène les moments « Mendès France » : La naissance à Paris rue Turbigo, l’amour de ses parents et de sa sœur, l’avocat de la rue Tatin à Louviers, l’élection législative gagnante de 1932 comme radical socialiste, le secrétaire d’Etat de Léon Blum qu’il admirait, l’aviateur de la France libre (1) et son attachement au général de Gaulle, son mariage avec Lily Cicurel et la naissance de ses fils Bernard et Michel. Il faut entendre Pierre Mendès France chanter Cadet Roussel à ses enfants alors réfugiés aux Etats-Unis avec leur maman : un grand moment de magie tendre et poétique.

7 mois et 17 jours. Cette période aussi courte que fulgurante continue de marquer les esprits. C’est le temps passé à la présidence du Conseil de la République par PMF appelé par le président René Coty. S’il parvint à obtenir la fin de la guerre d’Indochine (et à sauver la vie de milliers d’hommes), à assurer l’autonomie de la Tunisie ; la CED (Communauté européenne de défense) et les événements (on ne disait pas encore la guerre) d’Algérie vont mettre un terme à ce qui reste encore aujourd’hui une exemplarité fondée sur la parole donnée, la politique expliquée, le citoyen privilégié. Ses causeries du samedi (à la radio car la télévision n’en était qu’à ses balbutiements) demeurent ce qu’un dirigeant politique pouvait faire de mieux à une époque où les réseaux sociaux n’existaient pas même si la presse écrite tenait alors le haut du pavé, celui de la rue Réaumur.

Battu à Louviers en 1958 pour avoir dit non au « coup d’état » gaulliste (2) et surtout pour avoir refusé les institutions de la 5e république qu’il considérait comme dangereuses, Pierre Mendès France se mua alors en observateur engagé de la vie publique en France et à l’étranger où son intelligence et ses avis continuaient de peser. Elu député de Grenoble en 1967, il y fut battu en 1968 de quelques dizaines de voix, les communistes ayant opté pour un vote dit « révolutionnaire » en favorisant objectivement le candidat de la droite. Et pourtant. Qui niera que le souci permanent de celui qu’on appelait alors PMF furent la justice sociale et le progrès sous toutes ses formes : éducatif, scientifique, économique, culturel…avec un corollaire obligé : la recherche de la paix surtout au Moyen Orient où il défendit avec conviction la cause de deux états (israélien et palestinien) vivant dans des frontières reconnues et sécurisées.

Joan Mendès France avec Jean-Noël Jeanneney et François Marthouret.

Le film d’Yves Jeuland explore avec bonheur des archives de l’INA, elles couvrent toute la vie publique de PMF. Mais sans l’aide et le soutien appuyé de Joan Mendès France et de Tristan et Margot, ses petits-enfants, l’exposé eut pu demeurer trop didactique. Grâce à des documents inédits : des photos, des lettres, des tableaux de Lily, à Paris ou dans la maison des Monts à Louviers, le spectateur entre dans le monde discret d’un homme tant aimé et tellement respecté. Qu’un Jean-Marie Le Pen, député poujadiste de sinistre mémoire, l’insulte à l’Assemblée nationale doit nous faire nous souvenir, si jamais nous l’avions oublié, que l’extrême droite française puise ses racines dans un antisémitisme systémique que les années n’effacent pas. 

Après la projection du film, mercredi dernier, le public a fait une ovation à l’équipe de réalisation à laquelle il convient d’ajouter les producteurs, le créateur de la musique originale, sans oublier le soutien du Mémorial de la Shoah et de l’Institut Mendès France pour leur subvention. Le documentaire « Mendès la France » sera projeté sur la 5 à une date que j’indiquerai quand elle  sera connue. Le 14 octobre à 20 h 30 au Moulin, la mairie de Louviers a pris l’initiative de présenter le film d’Yves Jeuland et d’organiser un débat à la suite de la projection.

(1) Pierre Mendès France participa à plusieurs missions de bombardement à bord des avions de la RAF. Il y fit preuve, là encore, d’un réel courage physique.

(2) Cette défaite lui causa du chagrin. Elle entraîna — décision remarquable — sa démission de son poste de maire de Louviers et de la présidence du Conseil général de l’Eure. « Les électeurs(trices) me confia-t-il en 1978, avaient le droit de ne pas être d’accord avec moi. »

Quelques précisions que vient de m'indiquer Joan Mendès France doivent être ajoutées à ce texte : PMF s'est évadé de la prison de Clermont-Ferrand en juin 1941 et non en 1942. Yves Jeuland a réalisé son projet avec Alix Maurin, co-réalisatrice par conséquent, et c'est en 2006 et non 2016 que Michel Mendès France et Yves Jeuland ont évoqué l'idée de ce documentaire. Dont acte.