13 octobre 2019

Pour fêter le 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin, la SED de Louviers a écouté le récit historique et politique de Cyril Buffet


Cyril Buffet et Claude Cornu.©Jean-Charles Houel
Pour le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, la SED (la société d’études diverses de Louviers) avait programmé une conférence de rentrée avec comme invité Cyril Buffet, ancien haut fonctionnaire en Allemagne (à Berlin) et ancien collaborateur de Jack Lang et François Loncle, présidents de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. La salle Pierre Mendès France était comble, pleine d’un public empli d’une mémoire encore vive des événements historiques si importants dans la marche du monde.
Cyril Buffet connaît son sujet sur le bout des ongles. Avec des supports statistiques et photographiques bien choisis, le défilé des années 1948-1961, ponctuées par le blocus de 1948, la révolte de 1953, l’influence grandissante de la STASI (police secrète) au sein de la société, montre bien comment les dirigeants de l’Allemagne de l’est et de l’Union soviétique ont cru pouvoir agir sans crainte d’une réaction occidentale qui, il est vrai, aurait pu mener à une guerre mondiale.
Alors que la RDA était claquemurée, Berlin demeurait le seul ilot de liberté permettant aux Allemands de l’Est de fuir en occident et notamment en république fédérale. Des centaines de milliers d’Allemands de l’est ont fui. Jeunes, cadres, ingénieurs, tous formés, ont quitté une Allemagne dominée par le communisme collectiviste sous l’influence de Staline d’abord, de Kroutchev ensuite, initiateurs du mur de Berlin destiné à empêcher, coûte que coûte, la fuite des hommes et des femmes vers la société de consommation, une certaine opulence et surtout, une liberté individuelle si chère à des démocrates.
Des morts pour la liberté, il y en a eu de 1961 à 1989. Même si les dirigeants de la RDA assuraient que le mur tiendrait plus d’un siècle, c’était sans compter sur les soubresauts de l’histoire et la suprématie des droits de l’homme.
A la suite de l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir à Moscou, la perestroïka a permis au bloc de l’est d’éclater et aux Berlinois de l’est de conquérir leur liberté à la suite de quiproquos et d’improvisations au sein d’un système à bout de forces. Et pourtant, en 1988, François Mitterrand recevait en grandes pompes Ulrich Honecker, le principal dirigeant de RDA (1) ! Cyril Buffet a magnifiquement narré ces heures de novembre 1989. Elles devaient aboutir à un bouleversement mondial puisque quelques mois plus tard, non seulement la réunification de l’Allemagne était acquise mais en plus l’URSS éclatait. On croyait à la fin de l’Histoire. Ce n’était qu’une illusion puisque si des pays de l’est se sont libérés de l’influence soviétique, leurs peuples souffrant encore de dirigeants « illibéraux », autoritaires ou fascisants comme en Hongrie et dans une certaine mesure en Pologne.
Cette première conférence de l’année a donc été une réussite majeure. Cyril Buffet continue ses recherches historiques, motivé qu’il est par l’intérêt de bien connaître une Europe insuffisamment unie où des mouvements racistes et xénophobes aimeraient donner le jour à nouveau à des régimes autoritaires. François Loncle s’inquiète de l’influence de l’extrême droite à l’est là où le niveau de vie symbolise encore l’existence de deux Allemagnes.
(1) J’ai interrogé Cyril Buffet sur les réticences du président français à l’égard de la réunification allemande. Elmut Khol l’aurait rassuré rapidement : l’Allemagne resterait dans l’OTAN et poursuivrait avec la France, la construction de l’Europe.
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