13 février 2014

Le référendum est un outil trop sérieux pour le mettre dans les mains de Marine Le pen


La manifestation est un droit constitutionnel qui permet au peuple de faire connaître son avis. (photo JCH)
Christian Estrosi et Marine Le Pen, de conserve, demandent un référendum en France sur leur sujet favori : l’immigration. Dopés par les résultats de la votation suisse et le vote ancien sur les minarets, les deux représentants de la droite extrême (UMP) et de l’extrême droite (Front national) — en campagne électorale ne l’oublions pas — veulent surfer sur la vague populiste. Avouons-le : sur le plan purement électoraliste, ce n’est pas mal joué. Mais sur le plan de la cohésion sociale et de la responsabilité politique, c’est archinul.
Quel est le problème ? La votation populaire est constitutionnelle au sein de la confédération helvétique. Pour un oui ou pour un non, c’est le cas de le dire, des associations, des partis, des individus peuvent demander (sous certaines conditions) que les électeurs(trices) se rendent aux urnes afin de donner leur avis. Les sujets peuvent être très divers. Très locaux, strictement cantonaux ou de niveau suprême car ne l’oublions pas, la Suisse est un état fédéral où certaines compétences relèvent des cantons (terme qui n’a rien à voir avec nos cantons français). C’était le cas, dimanche dernier, pour la votation sur les quotas d’immigrés et sur la libre circulation avec l’Union européenne.
Le référendum, en France, peut être d’initiative présidentielle ou parlementaire. Il est strictement réglementé. Il serait idiot de nier qu’il s’agit de démocratie directe et que, sur des sujets constitutionnels par exemple, on peut comprendre que les gouvernants choisissent la voie de la consultation directe des électeurs(trices). En 2005, contre toute attente, les Français(e)s ont d'ailleurs dit non au projet de traité constitutionnel européen…mais Sarkozy, élu président, s’est empressé de faire adopter par le parlement (Assemblée plus Sénat) le traité de Lisbonne qui reprenait la majorité des dispositions prévues dans le projet de traité constitutionnel. Autrement dit, les Français se sont fait couillonner.
A l’extrême droite, on aime ces consultations directes qui font parler les émotions, les sentiments, qui permettent au peuple de faire entendre la voix des chefs, des guides. Vive le retour de la peine de mort ! Vive les immigrés à la mer ! Vive la préférence nationale ! Vive la suppression de l’Euro ! Voilà le genre de questions-affirmations que nous proposerait Marine Le Pen si, par malheur, elle dirigeait le pays.
Il faudrait faire vite, il faudrait une campagne-éclair genre Blitzkrieg, sans trop d’explications, sans trop de débats. Pourquoi embrouiller les esprits avec des évidences, pourquoi consulter le Parlement avec tous ces privilégiés, ces professionnels de la politique…que de temps perdu.
Le référendum à la sauce Le Pen, c’est la voix de son maître, les mandats impératifs, les ordres non transgressifs, l’obéissance absolue ! C’est surtout le règne de la démagogie, du populisme effréné, le recul de la république et de la politique noble même si elle est pétrie de contradictions et aussi, malheureusement parfois, de charlatans. L’information, la participation des habitants est pourtant indispensable. Mais rien ne remplacera une assemblée d’élu(e) prenant les décisions et contraints de rendre des comptes à ceux et celles qui les ont mandaté(e)s. Le contrôle de la population doit se faire en amont et en aval des élections. L’électeur ne doit pas demeurer passif. Il doit agir, lui aussi, sous des formes policées mais effectives. Les sources de la démocratie, non ?

1 commentaire:

ERNIS Jean-Louis DPVRS 27 a dit…

Quand vous écrivez,
« En 2005, contre toute attente, les Français(e)s ont d'ailleurs dit non au projet de traité constitutionnel européen…mais Sarkozy, élu président, s’est empressé de faire adopter par le parlement (Assemblée plus Sénat) le traité de Lisbonne qui reprenait la majorité des dispositions prévues dans le projet de traité constitutionnel. Autrement dit, les Français se sont fait couillonner. »
vous omettez de dire que sans la complicité du Parti Socialiste, le Traité de Lisbonne n’aurait jamais été ratifié par la France.
La Constitution française n’était pas compatible avec ce Traité, il a donc fallu qu’une majorité supérieure des 3/5 soit obtenue au Congrès.
Ce fut fait le 4 février 2008 à Versailles.
Avant le vote, au nom des socialistes, Pierre Moscovici déclara qu’une majorité de socialistes soutient le Traité, mais une partie s’abstiendra en réaction au refus du gouvernement d’organiser un référendum !
Déclaration plutôt hypocrite car l’abstention ne se comptabilise pas.
Ainsi, sur les 560 voix du Congrès obtenues pour modifier la Constitution, 32 venaient des rangs socialistes dont celles de Jack Lang et de Manuel Valls.
121 socialistes ont voté non, 142 se sont abstenus et 5 ont refusé de voter.
La complicité du PS, avec la majorité sarkozyste, a conduit à un large dépassement des 3/5 requis (445) pour rendre compatible la Constitution avec le Traité.
Il revenait alors au Parlement de ratifier le Traité. Ce fut fait sans problème car les 2 assemblées étaient majoritairement à droite. Mais cela n’a pas empêché des socialistes de se prononcer pour !
Les résultats furent : Assemblée Nationale = 336 pour, 52 contre
Sénat = 265 pour, 42 contre, 13 abstentions.
Si le Parti Socialiste n’avait pas voulu être mêlé à cette mascarade, il aurait revendiqué haut et fort un référendum en s’appuyant sur l’avis du peuple exprimé le 29 mai 2005.
Quelques précisions ne nuisent pas à la crédibilité du propos.
Jean-Louis Ernis
Animateur DPVRS-27
Site : http://dpvrs-27.viabloga.com