31 mars 2009

« Vous faites comme ces gros patrons qui touchent des bonus mais licencient »

Merci à Patrice Yung. L'adjoint aux finances de Franck Martin, général et confus lors du débat d'orientations budgétaires, s'est lâché avec franchise, lundi, à l'occasion de l'examen du budget primitif 2009 et de celui du compte administratif 2008. Après les exposés pertinents, précis, argumentés de Christian Renoncourt et Michel Doucet qui ont laissé le maire coi, Patrice Yung a reconnu que l'augmentation de 9 % des impôts lui faisait mal et allait faire mal aux Lovériens. Lui n'a pas employé de grands mots : « poujadistes, solidarité, Caillaux…». Il n'a pas non plus agressé l'opposition ni traité avec mépris les arguments politiques de Christian Renoncourt et la démonstration financière de Michel Doucet à qui il a déclaré : « tu m'as tout appris » et Michel Doucet de lui rétorquer avec humour : « j'ai été un bon professeur mais tu n'as pas été un bon élève. »
Avec le renfort de Sophie Ozanne (NPA) et de Claudine Dutheuil (PC) que le maire a traitée avec une condescendance coupable et un cynisme blâmable, l'opposition de Gauche n'a pas cédé un pouce de terrain au maire et à ses prétextes. La droite d'Olivier Aubert et Benoit Veyrat a même écourté ses remarques tant les explications de Michel Doucet, ciselées au coin du bon sens, faisaient mouche !
Que retiendra-t-on de cette soirée ?
— Un rassemblement de 90 personnes dans la cour de la mairie (du folklore pour le maire) pour protester contre l'augmentation de 9 % des impôts et celle des tarifs des services municipaux.
— Le lapsus du maire (1) qui a évoqué « le déficit » du compte administratif 2008 alors qu'il présente un excédent « comptable » de 200 000 euros après « un sacré tour de passe-passe » comme dirait Michel Doucet.
— Une contestation intelligente, justifiée de la part de l'opposition de Gauche. Elle a fait des contre-propositions et invité le maire « à ne pas vivre au-dessus de ses moyens »(Michel Doucet). « Louviers est une petite ville et vous avez la folie des grandeurs. »(Claudine Dutheuil) « L'augmentation de 9 % des impôts est une faute politique (Sophie Ozanne) elle est indécente, scandaleuse, on va perdre des habitants et les primo-accédants ne viendront pas à Louviers. » (Michel Doucet).

Extrait de la déclaration de Christian Renoncourt :
« Michel Doucet dira, après moi, ce qu’il faut penser de votre très forte augmentation des impôts. Il dira qu’elle est injuste, qu’elle pouvait être évitée et surtout qu’il fallait l’éviter. Vous dites : La faute à la crise, la faute à pas de chance, la faute à l’Etat, toujours la faute des autres ! Jamais votre faute ! Ne faites-vous donc jamais d’erreur ? Etes vous donc incapable de reconnaître vos torts ? « Sans moi Louviers meurt. » Louviers a existé avant vous et notre ville existera après vous. »
Nous voterons donc contre votre budget 2009 pour trois raisons essentielles : — nous refusons d’ajouter la crise à la crise dans une période économique et sociale très dure pour les salariés, les familles, ceux que la Gauche a vocation à défendre et à protéger en priorité. Nous refusons la double peine : Non à plus d’impôts et Non à des services plus chers ! — Nous refusons de cautionner une gestion devenue hésitante, hasardeuse voire dangereuse. Vous qui aimez les métaphores marines, je dirais que la ville n’est plus pilotée, qu’elle part à la dérive…vous promettez de changer de cap mais pour aller où ? — Nous refusons, enfin, que vous nous fassiez porter le chapeau d’une situation qui est de votre unique responsabilité et que vous devez assumer avec votre majorité. Vous avez été élu sur la base d’un programme réduit en miettes un an après votre élection. Il appartient maintenant aux Lovériens de payer la note de vos vaines promesses. »

Extrait de la déclaration de Michel Doucet :
« Dans une période ou le pouvoir d’achat baisse, ou de lourds nuages assombrissent l’horizon ou le chômage peut du jour au lendemain affecter un grand nombre de nos concitoyens…il est indécent de demander un effort financier supplémentaire aux contribuables dont nous avons la responsabilité, indécent dis je de leur demander de se serrer un peu plus la ceinture parce que la municipalité refuse pour sa part de baisser son train de vie, indécent je le répète pour continuer, par exemple, d’ injecter de la propagande dans nos boîtes à lettres, de ponctionner ce contribuable qui n’en peut mais…ce même contribuable auquel vous aviez pourtant promis, en campagne électorale, la neutralité fiscale ! »
«…Alors, monsieur le maire, nous voterons évidemment contre ce budget qui prend la population à la gorge tant au niveau des impôts qu’à celui des tarifs municipaux…à défaut de consentir les efforts nécessaires et possibles, nous venons d’en faire la démonstration, sur son train de vie… -1.5% de dépenses d’une part…+9% d’augmentation des impôts d’autre part.... Ou si vous préférez 1 300 000 euros pris dans la poche des lovériens et des usagers contre 300 000 euros économisés, le compte n’y est pas ! Et nous ne le répéterons jamais assez, il y a de l’indécence à oser ce choix de l’argent des autres pour ne pas avoir à se restreindre. Vous faites comme ces gros patrons qui licencient et touchent des bonus ! Mais vous le ferez sans nous ! »
(1) Comme l'écrit Gérard Courtois dans Le Monde d'hier « les Lapsus en politique comme dans la vie, ont ceci de pratique — et de savoureux — qu'ils disent tout haut ce que l'on pense tout bas. » Le compte administratif, sans tour de passe-passe est bel et bien déficitaire. Et c'est le maire qui le dit…

Photo JCH : Les quatres élus de l'opposition de gauche pendant le rassemblement dans la cour de la mairie.

30 mars 2009

Le Conseil municipal de Val-de-Reuil condamne les propos du Pape

Le Conseil municipal de Val-de-Reuil, plus jeune commune de France, dont la moitié de la population a moins de 25 ans, a voté la motion suivante (moins les deux voix de l’UMP) lors de sa séance du vendredi 27 mars 2009 :
« Le conseil municipal de Val-de-Reuil exprime son indignation et condamne les propos tenus par le pape Benoît XVI. Trois jours avant la quinzième édition du Sidaction, à bord de l’avion qui le conduisait à Yaoundé au Cameroun, celui-ci a en effet déclaré que le problème du sida ne « peut pas être réglé » par la «distribution de préservatifs », mais «au contraire, que (leur) utilisation aggrave le problème».
Au-delà de toute considération religieuse, ces propos sont irresponsables et dangereux. L’usage du préservatif représente aujourd’hui la seule protection disponible contre le sida/VIH, maladie sexuellement transmissible qui reste mortelle. Nul ne peut ignorer que, sur les 33 millions de personnes séropositives dans le monde, 22,5 millions vivent en Afrique où l’influence de l’Eglise est grande. Une personne y est contaminée par le VIH toutes les six secondes. Une autre en meurt toutes les dix secondes. Seul un tiers des Africains nécessitant un traitement antirétroviral y ont accès. Le Cameroun (pays où se rendait le pape au moment de ses déclarations) connaît l’une des épidémies les plus importantes d’Afrique de l’Ouest. En 2005, près de 500 000 adultes y vivent en étant porteurs du VIH sur une population de près de 17 millions d’habitants. A Yaoundé, 8,3% des habitants sont atteints, les femmes majoritairement. Parmi les jeunes femmes, la prévalence du VIH a été multipliée par sept ces dernières années (Chiffres ONUSIDA – Le point sur l’épidémie de SIDA – 16 avril 2008).
Le conseil municipal de Val-de-Reuil souhaite rappeler qu’aucune thérapie ne permet à l'heure actuelle d'éradiquer le virus et que l'épidémie de sida continue à faire des ravages. En France, les experts estiment à 150 000 le nombre de personnes vivant avec le virus. Elles seraient 40 000 à ignorer en être porteuses. Chaque jour, près de 20 personnes, hétérosexuelles ou homosexuelles, découvrent leur séropositivité, les moins de 24 ans et les seniors étant de plus en plus touchés. Le virus ne choisit ni le sexe, ni la sexualité, ni l'âge, ni le statut social. Souvent la cause est identique : plus de 25 ans après la découverte du VIH/sida, la majorité des Français sont toujours aussi mal informés.
Chacun doit, pour lui, pour les autres, adopter une conduite prudente, se protéger de l’infection par l’utilisation de préservatifs et, au moindre doute, procéder à un test de dépistage auprès du planning familial (à Val-de-Reuil au 28 route des Falaises) dont l’accès est libre, anonyme et gratuit tous les mercredis sans rendez-vous. Le Pape aurait du avoir des paroles de vie et d’espoir. Il a favorisé l’obscurantisme. »
Le sida-VIH continue à tuer, continuons à informer et prévenir.

« La France na pas besoin d'un président survitaminé »

" Malheureusement, les journalistes souffrent, comme d'autres citoyens, d'activités criminelles." Cet aveu du président russe Medvedev éclaire d'un jour nouveau les divers assassinats dont ont été victimes des hommes et femmes de presse russes ou étrangers, victimes de vengeances politiques ou de désir de les faire taire pour éviter la publication d'informations dérangeantes sur la Tchetchénie par exemple.
On aurait tort, pourtant, de n'accabler que les régimes totalitaires ou despotiques. En France, on connaît des journalistes qui ont été tués (voir le cas de la Polynésie) interpellés (voir le cas du journaliste de Libération) dont les bureaux et les domiciles ont été perquisitionnés (voir le cas du Canard enchaîné etc.) et pourtant, nous avons l'impression de vivre dans un pays libre où la liberté de la presse est assurée.
Depuis deux ans, depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, on a tout de même l'impression que cette liberté est sous surveillance comme dirait le Parti socialiste. S'il est vrai que les grands groupes de presse sont dans les mains d'amis du président (Lagardère, Bouygues, Dassault etc.) il est également patent que la nomination des présidents des chaînes (radio et télévision) publiques par Nicolas Sarkozy pose un grave problème éthique. Vous me direz, l'éthique n'est pas la première préoccupation d'un homme qui « a la banane » et réalisé son rêve. Mais comme l'affirme Dominique de Villepin, un connaisseur « la France n'a pas besoin d'un président survitaminé, ce dont elle a besoin, c'est d'un président sage. » C'est évidemment trop demander.

Notre version de l'incendie de voitures aux Acacias

Après avoir « triomphé » sur le blog d'informations de la mairie (le nom de Franck Martin apparait dans un blog officiel de la ville ce qui est tout de même troublant ?) et assuré que l'incendiaire du quartier des Acacias avait été interpellé grâce aux caméras de Vidéosurveillance, nous avons mis nos fins limiers sur la piste du délinquant et reconstitué le fait divers lui-même. Il s'avère que la version du maire est un récit quelque peu arrangé pour les besoins de sa cause.

En réalité, si l'incendiaire a été interpellé et condamné à un an de prison ferme, c'est tout simplement parce que cet homme quelque peu « arraché » au moment des faits était resté près des voitures en feu lors de l'arrivée des pompiers et des policiers qui ont demandé les indentités des personnes présentes et donc celle de l'auteur présumé porteur (devinez quoi ?) d'un coktail molotov ! Il se trouve que l'homme était sorti de prison deux semaines avant, qu'il avait été condamné à six mois de prison ferme et que les juges l'ont à nouveau jeté au trou sur la base de la loi sur la récidive de Mme Dati laquelle n'est pas particulièrement tendre.

Notre collectif a ses entrées dans le quartier des Acacias. Le maire aurait dû, avant de gonfler ses biscottos, s'assurer de la véracité de la version rapportée par ses services. Il aurait dû se douter que nous ménerions notre enquête sans gober toutes crues ses affirmations. Divers récits, dont celui livré publiquement lors du débat d'orientations budgétaires (1) nous ont conduits à être très prudents et circonspects à l'égard des déclarations péremptoires du maire. Nous avons raison, la preuve avec ce fait divers. La vidéosurveillance n'est pour rien dans la résolution de cette affaire sinon une preuve supplémentaire de la culpabilité d'un homme qui ne semble pas disposer de tout son discernement.
(1) Rendez-vous ce soir à la réunion du conseil municipal.

Rappel : rassemblement ce soir à 18 heures dans la cour de l'hôtel de ville

Je rappelle que l'opposition municipale de Gauche appelle à un rassemblement ce soir à 18 heures, dans la cour de l'Hôtel de ville de Louviers. Le NPA, le PS et le PC seront présents collectivement (avec de nombreux Lovériens) pour demander aux conseillers municipaux de refuser l'augmentation des impôts de 9 % demandée par le maire. Ceux qui le pourront devraient assister à la séance du conseil municipal au cours de laquelle nous aurons l'occasion de donner notre avis sur le compte administratif 2008 et sur le budget primitif 2009.

Non au Cruiser : déjà 35 000 signatures !

« 35 000 personnes déjà mobilisées contre le Cruiser : tel est le message adressé aujourd’hui par France Nature Environnement à Michel Barnier, Ministre de l’agriculture. FNE demande l’interdiction de l’insecticide Cruiser, dangereux pour les abeilles, et l’application immédiate du plan Ecophyto 2018. Parallèlement à cette mobilisation de l’opinion publique, FNE conduit une action en justice pour obtenir l’annulation de l’autorisation du Cruiser.
Cette pétition a été initiée par France Nature Environnement (FNE) en décembre dernier pour demander :
— d’interdire immédiatement le Cruiser ;
— de mettre en œuvre, sans retard et avec la plus grande vigilance, le plan Ecophyto 2018 issu du Grenelle de l’environnement, qui prévoit la réduction de 50% de l’usage des pesticide.
Utilisé en France depuis janvier 2008 en enrobage de semences de maïs, le Cruiser (produit proche du Gaucho et du Régent), est un insecticide classé « dangereux pour l’environnement, dangereux pour les abeilles, les oiseaux et les mammifères sauvages et très toxique pour les organismes aquatiques ».
Ces dernières années, de fortes chutes des effectifs de pollinisateurs (plus de 1000 espèces en France) ont été constatées partout dans le monde. Les abeilles sont particulièrement touchées, avec une mortalité annuelle de 30 à 40 % et des exemples quotidiens de destruction totale des populations dans les ruchers. Est-ce au moment où les abeilles sont en danger qu’il faut encore ajouter de nouveaux poisons dans leur alimentation ?
Claudine Joly, en charge du dossier à FNE, rappelle que : « 35 % du tonnage mondial d’aliments végétaux (fruits, légumes…) et la survie de plus de 80% des espèces végétales dépendent directement de la pollinisation par les insectes ! » Pour Jean-Claude Bévillard, chargé des questions agricoles à FNE : « La réduction de moitié de l’usage des pesticides est une nécessité sur le plan agricole, alimentaire, sanitaire et environnemental. C’est aussi une attente forte de la société, comme en témoignent les 35 000 signatures recueillies à ce jour. Seule une décision politique permettra aujourd’hui d’atteindre cet objectif. »
FNE avait déposé en février devant le Conseil d’Etat une requête demandant la suspension de l’autorisation du Cruiser. L’ordonnance du 23 mars 2009 a rejeté cette requête et condamné FNE à verser la somme de 3000 Euros à la société Syngenta, productrice de l’insecticide. Une procédure sur le fond (recours en annulation) est toujours en cours auprès du Conseil d’Etat. »

FNE poursuit son combat contre les pesticides, signez la pétition :
http://www.fne.asso.fr/fr/actualites/petitions.html

29 mars 2009

Quand le FN assassine Jaurès une seconde fois…

« Pour lancer sa campagne des élections européennes de juin prochain dans la région Sud-ouest, le Front national vient d’éditer un tract et une affiche (déjà apposée sur les murs de plusieurs villes) scandaleusement mensongers. Après avoir repris, hors contexte, une phrase de Jaurès (« A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien »), ces deux documents affirment en effet, en reproduisant un portrait connu du personnage, que le député socialiste du Tarn aurait voté Front national.
C’est particulièrement malhonnête et c’est bien mal connaître Jaurès que de le faire parler ainsi un siècle après sa mort… Et cela ne repose bien sûr sur aucun fondement historique.
Les nationalistes et la droite d’alors l’ont en effet sans cesse insulté, méprisé, menacé, agressé, et ce qu’il a fait et qu’il représente est encore aujourd’hui profondément honni de l’extrême droite et d’une bonne partie de la droite.
Nous assistons donc à une campagne d’opinion indécente qui a pour but de perturber les programmes en cours relatifs au 150e anniversaire de la naissance de Jean Jaurès. Et ce n’est pas un hasard si c’est dans la région toulousaine qu’a été conçu ce « coup médiatique », puisque c’est là que rayonne le plus la mémoire du leader socialiste et que les projets culturels les plus ambitieux ont été décidés.
Tout au long de sa vie politique, notamment lors de l’affaire Dreyfus et au moment du débat contre la loi de trois ans de service militaire, les nationalistes l’ont traité d’ennemi de la France, de sans-patrie, de lâche et de traître. A l’approche de la crise de l’été 1914, leur presse et une partie des titres conservateurs ainsi que les Maurras, les Daudet, les De Waleffe, les Franc-Nohain ont même armé, par leurs propos haineux et serviles, le bras de son assassin. Oui ! ce sont bien les allégations mensongères et les attaques directes de l’extrême droit e et de la droite extrême d’alors qui ont tué Jaurès. Et ceux-là mêmes qui se situent aujourd’hui dans la lignée directe de ces mouvements d’idées et d’action et de ces pousse-au-crime, se réclameraient à présent de lui ? C’est un comble !…
Nous ne pouvons accepter qu’ils salissent ainsi la mémoire de Jaurès. Sans dénier à quiconque le droit de le citer, dans la mesure où les principes d’honnêteté intellectuelle et de probité de langage et de méthode sont observés, et sans nous ériger en gardiens d’une mémoire unique et d’un temple jaurésien intouchable qui n’existent pas, nous voulons seulement remettre l’histoire à sa place et rappeler quelques points fondamentaux de la vie du Grand homme qui savait, lui, respecter ses adversaires…
Jaurès était profondément attaché à son pays, à la nation française, tout en étant internationaliste. Il aimait la France, mais pas celle de la droite et de l’extrême droite monarchiste, cléricale et nationaliste. Nul besoin de jouer sur la complexité historique du mot Patrie pour affirmer cela. Il aimait en effet la France républicaine, celle des Lumières et de la révolution de 1789, celle des Quarante-huitards, de la Commune, de Hugo et de Zola ; celle qui lui paraissait de plus en plus en capacité, grâce à la progression du socialisme et d u syndicalisme, d’imposer la République sociale qu’il appelait de ses v½ux. Il s’est maintes fois prononcé en faveur d’une « armée nouvelle », liée à la nation, défensive et débarrassée du code militaire barbare alors en vigueur.
Il s’est battu pour les droits de l’homme, mais de tous les hommes, pas seulement des Français. Il a par exemple défendu les militants syndicaux poursuivis et son plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort demeure un des moments forts de son engagement. Il s’est aussi prononcé à différentes reprises pour le droit de vote des femmes, mesure à laquelle s’opposaient avec acharnement tous les conservateurs (et en ce domaine, nous le savons, il y en avait aussi à gauche …) appuyés sur le Sénat.
Il a lutté, en outre, contre la politique coloniale de la France, pour l’accession des musulmans d’Algérie à la citoyenneté, contre l’antisémitisme et le racisme. Dans un de ses derniers articles (L’Humanité, 24 juin 1914), il demandait par exemple de « protéger les ouvriers étrangers contre l’arbitraire administratif et policier pour qu’ils puissent s’organiser avec leurs camarades de France et lutter solidairement avec eux sans crainte d’expulsion ».
Au sein de l’Internationale socialiste, dont il fut un des deux représentants français, il a oeuvré en faveur de l’entente entre les peuples et de la paix. Il voulait aussi que soient établies des règles de droit (tel l’arbitrage obligatoire) qui dépassent le cadre politique national. Contre la guerre de revanche, il s’est sans cesse opposé au nationalisme cocardier et à ceux qu’il nommait lui-même « les maquignons de la patrie », souhaitant l’apaisement au moment des crises diplomatiques et le rapprochement, en vue d’actions communes, des socialistes et des salariés français et allemands. Il alla même jusqu’à proposer la grève générale simultanée en cas de guerre.
Anticlérical mais non anti- religieux, il fut aussi un ardent militant de la laïcité, de l’éducation publique et laïque et un artisan de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Ce fut là encore un épisode qui attira contre lui les foudres les plus véhémentes des droites coalisées.
Enfin, son engagement de tous les jours consistait à améliorer les conditions de travail et à étendre les droits économiques et sociaux (au profit de tous les travailleurs, et pas seulement des travailleurs français) : assurances sociales contre la maladie, les accidents du travail, le chômage…, retraites ouvrières et paysannes, impôts progressifs sur les revenus et sur les successions, baisse du temps de travail… Plus généralement, mais en l’affirmant sans relâche, il vou lait créer les conditions pour qu’advienne, en France comme ailleurs, une société nouvelle débarrassée de toute forme d’oppression et d’exploitation ; une société basée sur la propriété collective et l’intervention directe des travailleurs et de leurs syndicats dans l’économie, sous l’égide d’un Etat démocratisé de fond en comble : le socialisme.
Ces quelques exemples non exhaustifs l’indiquent clairement : sa conception de l’homme, des rapports sociaux et des relations internationales, de la vie même, n’avait rien de commun avec celle prônée aujourd’hui par le FN. Ni même sa conception du passé, du présent et de l’avenir.
L’opération qui consiste à « annexer Jaurès » n’est pas nouvelle. Mais elle témoigne autant de la grandeur du personnage lui-même que de la malhonnêteté intellectuelle et politique de celles et ceux qui s’y livrent, tout en sachant que rien ne les y autorise, souvent par calcul électoral et pour brouiller les repères politiques historiquement construits. Déjà l’entourage de Pétain s’était prêté à ce jeu sous Vichy et, depuis une trentaine d’années, les milieux les plus rétrogrades du patronat lui ont emboîté le pas, en faisant circuler un texte tronqué de Jaurès, sans jamais tenir compte des observations faites par les historiens de la Société d’Etudes Jaurésiennes. Et l’on sait que le Président de la République s’est lui aussi « recommandé » du dirigeant socialiste à plusieurs reprises, durant la campagne des élections présidentielles, en utilisant tous les ressorts des plans de communication « politiciens » … L’affiche et le tract édités aujourd’hui par le FN continuent de creuser ce sillon. Sans leur donner l’importance qu’ils n’auront pas, ces documents de propagande montrent à quoi en sont réduits à présent les responsables et candidats du FN pour tenter de gagner quelques voix…
Non, vraiment, tout le monde ne peut pas se réclamer de Jaurès ! »

Alain Boscus, Rémy Cazals, Jean Faury, Rémy Pech, Rolande Trempé, (Historiens), Bruno Antonini (Philosophe), Jacques Poumarède (Historien du Droit)
A lire également sur le blog de Gérard Contremoulins (voir ci-contre)

François Hollande ne manque pas d'humour

J'ai rapporté sur ce blog les propos de Nicolas Sarkozy devant les députés UMP qu'il avait invités à l'Elysée. Avec un grand sourire, le président leur a déclaré : « j'ai la banane ». Certes, l'expression est à la limite du trivial mais venant de ce président-là et avec le passé qu'on lui connait, rien d'étonnant. François Hollande, ancien premier secrétaire du PS ne manque ni d'à-propos ni d'humour. Il a rétorqué au président ce dimanche : « lui il a la banane et les Français ont les peaux ».
Pour qu'on soit informé des expressions présidentielles, il a fallu qu'un député vende la mèche à un journaliste. Un député UMP, certes, mais pas très ami-ami avec Nicolas Sarkozy. Le président ne fait plus l'unanimité dans ses rangs depuis belle lurette. Dans son livre « Après la démocratie » Emmanuel Todd décrit Nicolas Sarkozy comme un parvenu inculte, arriviste et sans scrupules. Il n'est pas plus aimable avec Ségolène Royal d'ailleurs mais à vous de lire le livre si vous voulez en savoir plus.

Tchernobyl est toujours dans nos têtes

Dans la lumière des projecteurs, les quatre artisans de la Compagnie du 2e souffle sont applaudis par le public. (photo JCH)
Cet après-midi à 15 heures, dans les caves du Moulin à Louviers, sera donnée la seconde représentation de « Nous ignorions que la mort pouvait être aussi belle ». Après la fusion du cœur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en avril 1986, des conséquences catastrophiques ont entraîné des morts et des irradiés par centaines, des migrations de populations, des pollutions de l'eau, de la terre, de l'air. Des milliers de personnes, Ukrainiens, biélorusses, russes, ont été victimes du plus grand drame technologique du 20e siècle.
Dans une société finissante, les réactions des autorités soviétiques n'ont pas été à la hauteur de la secousse ! Les capsules d'iode n'ont pas été distribuées, les riverains n'ont pas été protégés et le circuit de protection stalinien s'est mis en marche pour mettre à l'abri les apparatchiks et taire la vérité.
La pièce met en scène un physicien et deux femmes. L'une proche d'un « contaminé » de la centrale, une autre victime de sa proximité avec la centrale. Jean-Claude Mary et Jean-Pierre Vernizeau (qui joue le rôle du savant) ont adapté le texte de Svetlana Alexievitch (la supplication). Deux comédiennes apportent leur force et leur sensibilité : Maud Delescluse, et Fabienne Videcoq. Quant à Claude Desnoyers, malgré son trac de comédien débutant, il a lu avec conviction introduction et conclusion d'une pièce qui fait réfléchir. Le débat a montré que les cinquante spectateurs présents se sentaient réellement concernés par le choix du « tout nucléaire » effectué par nos gouvernants. Un Tchernobyl est-il possible en France ? Notre société est démocratique, stable, développée…mais le risque zéro n'existe pas.

La foire aux livres d'Amnesty International

Annick Quéré au cours de son intervention. (photo JCH)
Vous avez encore cette journée de dimanche pour vous rendre au Lycée de Val-de-Reuil où se déroule la foire aux livres du groupe Louviers-Val-de-Reuil d'Amnesty International. Hier, lors de l'inauguration, Annick Quéré, l'une des responsables du groupe a rappelé les principales actions collectives de 2008 (Jeux olympiques en Chine, 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits d' l'homme) et insisté sur l'élection de Barack Obama qui soulève quelques espoirs au sein des défenseurs des libertés, de la démocratie et des droits humains.
Elle a évidemment remercié le proviseur du lycée et le maire de Val-de-Reuil, Marc Antoine Jamet, présent avec François Loncle, député, Leslie Cléret et Janick Léger, conseillères générales, ainsi que les services municipaux et les élèves du lycée qui ont contribué au succès de cette initiative qui se renouvelle depuis plus d'une décennie. Les visiteurs avaient également la possibilité de signer pétitions et lettres adressées aux différents chefs d'Etat où la liberté de la presse, de penser, de se déplacer est bafouée. Comment ne pas avoir en tête le chiffre monstrueux de plus de 2500 exécutions capitales chaque année en Chine ?
Marc Antoine Jamet, précis et informé, a pris quelques exemple ici et là pour démontrer que la le combat en faveur des droits de l'homme dépasse les frontières et les régimes politiques. Evidemment, ils sont plus souvent bafoués en Afrique, en Asie mais aussi au proche orient où le conflit israélo-palestinien ne prend pas le chemin du terme. Il n'a surtout pas oublié que parmi les droits de l'homme, les droits des femmes occupent une place essentielle. Et que nombre de pays obscurantistes continuent de les ignorer.