Le temps des âmes noires
Toutes les périodes troubles
suscitent leur lot de bêtise, de rumeurs, de colère, de violence et de
délation. En ces temps de confinement abêtissant pour les uns, proscratinateurs
pour d’autres et révélateurs à eux-mêmes pour d’autres encore, la panoplie
des âmes noires ne manquent pas d’attributs et encore moins de sujets.
Ici «on» dénonce des jeunes
ados un peu bruyants, là «on» alerte la gendarmerie pour un barbecue en
famille, là encore «on» téléphone au 17 en espérant demeurer discrets pour
mettre en cause une heure dépassée ou un rassemblement suspect. Alors même que
les techniques permettent à tous les coups de connaître les correspondants.
Il est évident que face au
dévouement permanent de tous les personnels soignants, le travail continu des
transporteurs routiers ou des hôtesses de caisses qui, sans en avoir l’air
assument aussi le risque de devenir malades du coronavirus, ces âmes noires
d’une France obscure ne pèsent pas bien lourd.
Il n’empêche. La jalousie,
la haine, l’envie, tous sentiments mêlés de frustration et de désir de
vengeance, forment un maelstrom peu ragoutant. La France de 39-45 a évidemment connu des épisodes aussi
lamentables que mortels pour certaines familles juives décimées. «On» n’en est
heureusement pas là et certains jugeront ma comparaison obscène. Ils auront en
partie raison.
Tout de même, ce que je
souhaite évoquer c’est ce penchant humain, ce trait lourd de conséquences plus
durables qu’on ne le croit que forme cette France peureuse, rabougrie,
nationaliste (et pas patriote) souverainiste (et pas ouverte au monde)
dangereuse pour nos libertés, nos actes du quotidien, notre art de vivre à la
Française. Méfions nous des Trump, des Bolsonaro, des Modo, des Orban, des Xi jinping,
des Le Pen, tous dirigeants (passés, actuels ou futurs) de pays sans liberté de
penser et donc sans liberté de la presse. Ils nous préparent un monde
terriblement invivable. Le virus du totalitarisme, lui, ne porte pas de masque.
Au fait en 2019 près de 50 journalistes ont trouvé la mort en faisant leur
métier. Ne les oublions pas.
Paris-Normandie en liquidation judiciaire…
Justement, la presse ?
Parlons-en. J’apprends que les dirigeants de Paris Normandie ont sollicité du
tribunal de commerce de Rouen la liquidation judiciaire de l’entreprise de
presse éditrice du quotidien régional. Au fil du temps et surtout après la
reprise de PN par Robert Hersant, en 1977, les fines plumes spécialisées du
quotidien de Pierre René Wolf, repreneur du journal après la guerre, ont quitté
le navire devenu un canard sans tête…et sans jeu de mot. Paris Normandie a été
un quotidien très important, non seulement dans la vie normande mais également
à Paris où une rédaction spécialisée relatait les événements nationaux et
mondiaux. Je pense ainsi à tous mes confrères ébroïciens, Lovériens,
vernonnais, rouennais, les Pierre Joly, Pierre Lepape, Léonce Moutardier, Jean-François
Baudu, Claude Virlouvet, Pierre Bigot, Didier Bureau, sans oublier les
chroniqueurs sportifs grâce auxquels j’ai débuté dans le métier.
A lire les noms on voit peu
celui de femmes. A cette époque, les rédactions étaient majoritairement
masculines. Les temps ont heureusement changé. Aujourd’hui, on compte dans les
quotidiens nationaux ou régionaux, les agences de presse, les hebdomadaires (je
n’oublie pas La Dépêche bien sûr) un grand nombre de journalistes
professionnel(le)s issues des écoles ou formé(e)s sur le tas, à l’école de la
vie. Un mélange des genres et des styles.
Prenons des nouvelles des ami(e)s
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Suzanne va bien… |
On est confiné, certes, mais
pas sans moyens de communication. Ce bon vieux téléphone fixe a beau être
délaissé, nous avons en mains des outils informatiques formidables. Ils nous
relient à nos voisins, nos amis, et au monde entier. On aurait tort de ne pas
prendre de nouvelles de personnes que l’on estime, que l’on admire, ou que l’on
aime. Il paraît que si les images et les vidéos ont du succès, elles ne diront
jamais autant que la parole autrement dit la voix. La voix dit tout de nous.
Elle exprime nos craintes, nos angoisses mais aussi le bonheur que nous
apportent les beaux et bons messagers : acteurs, comédiens, poètes,
écrivains, parents, frères, sœurs et tout ceux et celles qui comptent pour nous.
Ecoutons donc avec encore plus d’attention — on a le temps n’est-ce pas ?—
les voix de ceux et celles à qui l’on pense de manière à entretenir cette
musique éloquente qui ne s’éteindra qu’à notre dernier jour, comme le fut
aujourd’hui pour le chanteur Christophe ce 17 avril victime du Covid 19 même si
sa famille parle de problèmes pulmonaires sans citer le nom de ce satané virus.
Ainsi, cet après-midi, j’ai
décidé d’appeler Suzanne Lipinska pour prendre des nouvelles de sa santé et aussi
de l’énergie qu’elle a emmagasinée pendant des décennies pour faire de son
Moulin d’Andé un lieu irremplaçable, inusable, intemporel. Suzanne a atteint un
âge respectable, elle appartient à la catégorie des personnes fragiles mais sa
volonté de vivre et surtout de partager l’a toujours emporté sur la tristesse
de voir ses amours et ses amis partir avant elle ce qu’elle ne doit pas
déplorer puisque nous sommes des centaines, des milliers peut-être, à tenir à
sa présence et à son histoire, un peu la nôtre aussi. Suzanne va bien, n'est-ce pas l'essentiel…
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