27 janvier 2009

Bruno Le Maire, tête de liste UMP aux régionales

Les têtes de liste de l'UMP aux prochaines élections régionales se font connaître. C'est ainsi que Bruno Le Maire, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, ancien député d'Evreux, sera le rival d'Alain Le Vern en Haute-Normandie. On ne peut pas dire que Bruno Le Maire ait labouré la région. S'il connait les limites de sa circonscription, il aura fort affaire pour venir à bout d'une liste de la Gauche unie, compte tenu de l'ignorance dans laquelle le tiennent les habitants de la Seine-Maritime.
Il est vrai, également, que l'action d'Alain Le Vern, en collaboration avec les présidents de conseils généraux de Seine-Maritime et d'Eure, a permis d'engager des politiques communes efficaces et concrètes, notamment dans les domaines des transports, de l'environnement, du tourisme, du sport etc…Et puis, Bruno Le Maire va trop vite en besogne. Dans un journal de l'UMP « Réussir ensemble » les militants sarkozystes de Seine-Maritime le présente comme député-maire d'Evreux en écorchant son nom au passage (Lemaire n'est pas Le Maire). Député, il l'était, maire d'Evreux, il aurait bien aimé l'être mais Jean-Pierre Nicolas a fait barrage de son nom et de son non. Le maire c'est Michel Champredon, ex-PS.
Gageons que les candidats du Nouveau Centre d'Hervé Morin ne se laisseront pas facilement intimider et qu'ils défendront leur peau, notamment dans l'Eure, avec une certaine pugnacité.

La journée d'Enzo, élève de cours préparatoire, septembre 2012

Cette projection est fondée sur les textes actuels du Ministre Darcos, les expérimentations en cours et les annonces du gouvernement. Ce texte est évidemment une fiction mais il arrive que la fiction devienne réalité…

« Enzo est assis à sa place, parmi ses 32 camarades de CP. Il porte la vieille blouse de sonfrère, éculée, tâchée, un peu grande. Celle de Jean-Emilien, au premier rang, est toute neuve et porte le logo d'une grande marque. La maîtresse parle, mais il a du mal à l'entendre, du fond de la classe. Trop de bruit. La maîtresse est une remplaçante, une dame en retraite qui vient remplacer leur maîtresse en congés de maternité. Il ne se souvient pas plus de son nom qu'elle ne se souvient du sien. Sa maîtresse a fait la rentrée, il y a trois semaines, puis est partie en congés. La vieille dame de 65 ans est là depuis lundi, elle est un peu sourde, mais gentille. Plus gentille que l'intérimaire avant elle. Il sentait le vin et criait fort. Puis il expliquait mal. Du coup Enzo ne comprend pas bien pourquoi B et A font BA, mais pas dans BANC ni dans BAIE ; ni la soustraction ; ni pourquoi il doit connaître toutes les dates des croisades. On l'a mis sur la liste des élèves en difficulté, car il a raté sa première évaluation. Il devra rester de 12 à 12 h 30 pour le soutien. Sans doute aussi aux vacances. Hier, il avait du mal à écouter la vieille dame, pendant le soutien ; son ventre gargouillait. Quand il est arrivé à la cantine, il ne restait que du pain. Il l'a mangé sous le préau avec ceux dont les parents ne peuvent déjà plus payer la cantine. Il a commencé l'école l'an dernier, à 5 ans. L'école maternelle n'est plus obligatoire, c'est un choix des mairies et la mairie de son village ne pouvait pas payer pour maintenir une école. Son cousin Brice a eu plus de chance : il est allé à l'école à 3 ans, mais ses parents ont dû payer. La sieste, l'accueil et le goûter n'existent plus, place à la morale, à l'alphabet ; il faut vouvoyer les adultes, obéir, ne pas parler et apprendre à se débrouiller seul pour les habits et les toilettes : pas assez de personnel. Les enseignants, mal payés par la commune, gèrent leurs quarante élèves chacun comme une garderie. L'école privée en face a une vraie maternelle, mais seuls les riches y ont accès. Mais Brice a moins de mal, malgré tout, à comprendre les règles de l'école et ses leçons de CP. En plus, le soir il va à des cours particuliers, car ses parents ne peuvent pas l'aider pour les devoirs, ils font trop d'heures supplémentaires. Mais Enzo a toujours plus de chance que son voisin Kévin : il doit se lever plus tôt et livrer les journaux avant de venir à l'école, pour aider son grand-père, qui n'a presque pas de retraite. Enzo est au fond de la classe. La chaise à côté de lui est vide. Son ami Saïd est parti, son père a été expulsé le lendemain du jour où le directeur (un gendarme en retraite choisi parle maire) a rentré le dossier de Saïd dans Base Élèves. Il ne reviendra jamais. Enzo n'oubliera jamais son ami pleurant dans le fourgon de la police, à côté de son père menotté. Il parait qu'il n'avait pas de papiers...Enzo fait très attention : chaque matin il met du papier dans son cartable, dans le sac de sa maman et dans celui de son frère. Du fond, Enzo ne voit pas bien le tableau. Il est trop loin, et il a besoin de lunettes. Mais les lunettes ne sont plus remboursées. Il faut payer l'assurance, et ses parents n'ont pas les moyens. L'an prochain pour aller à l'école, Enzo devra se lever plus tôt pour prendre le bus, et rentrer plus tard. L'EPEP (établissements publics d'enseignement primaire) qui gère son école a décidé de regrouper les CE1 dans le village voisin, pour économiser un poste. Ils seront 36 par classe. Que des garçons. Les filles iront dans une autre école.
Enzo se demande si après le CM2 il ira au collège ou, comme son grand frère Théo, en centre de préformation professionnelle. Peut-être que les cours en atelier seront moins ennuyeux que toutes ces leçons à apprendre par coeur. Mais sa mère dit qu'il n'y a plus de travail, que ça ne sert à rien. Le père d'Enzo a dû aller travailler en Roumanie, l'usine est partie là-bas. Il ne l'a pas vu depuis des mois. La délocalisation, ça s'appelle, à cause de la mondialisation. Pourtant la vieille dame disait hier que c'est très bien, la mondialisation, que ça apportait la richesse. Ils sont fous, ces Roumains !
Il lui tarde la récréation. Il retrouvera Cathy, la jeune soeur de maman. Elle fait sa deuxième année de stage pour être maîtresse dans l'école, dans la classe de monsieur Luc. Il remplace monsieur Jacques, qui a été renvoyé, car il avait fait grève. On dit que c'était un syndicaliste qui faisait de la pédagogie. Il y avait aussi madame Paulette en CP, elle apprenait à lire aux enfants avec des vrais livres, un inspecteur venait régulièrement la gronder, elle a fini par démissionner. Cathy a les yeux cernés : le soir elle est serveuse dans un café, car sa formation n'est pas payée. Elle dit : « A 28 ans et un bac +5, servir des bières le soir et faire la classe la journée, c'est épuisant. » Surtout qu'elle dort dans le salon chez Enzo, elle n'a pas assez d'argent pour se payer un loyer. Après la récréation, il y a le cours de religion et de morale, avec l'abbé Georges. Il faut lui réciter la vie de Jeanne d'Arc et les dix commandements par coeur. C'est lui qui organise le voyage scolaire à Lourdes, à Pâques. Sauf pour ceux qui seront convoqués pour le soutien…
Enzo se demande pourquoi il est là. Pourquoi Saïd a dû partir. Pourquoi Cathy et sa mère pleurent la nuit ? Pourquoi et comment les usines s'en vont en emportant le travail ? Pourquoi ils sont si nombreux en classe ? Pourquoi il n'a pas une maîtresse toute l'année ? Pourquoi il devra prendre le bus ? Pourquoi il passe ses vacances à faire des stages ? Pourquoi on le punit ainsi ? Pourquoi il n'a pas de lunettes ? Pourquoi il a faim ? Est-ce l'école que nous voulons ?

(texte repris d’une diffusion de la liste contre base élève de L’Aveyron) Groupe Départemental 44, Revue L'Emancipation Syndicale & Pédagogique-Emancipation Tendance intersyndicale
c/o FSU - 8 place de la Gare de l'Etat - 44276 Nantes cédex 2 emancipationgd44@no-log.org
http://www.emancipation.fr/emancipa/ http://pays-de-la-loire.emancipation.fr/

Légende photo : des lycéens de Louviers manifestent contre la réforme Darcos. (photo JCH)

Nous serons des millions dans la rue jeudi 29 janvier

La journée de protestation de jeudi 29 janvier s'annonce comme un cru exceptionnel. Selon certains sondages, de 65 à 75 % de la population française ont des sympathies pour le mouvement de grève suscité par une forte union des syndicats, qu'ils représentent la fonction publique ou le privé. La nouveauté ? L'appel clair et pressant des partis politiques de gauche. La rue doit faire entendre sa voix à ce pouvoir sourd. Déjà à l'Assemblée nationale, les députés socialistes rejoints par les communistes et les Verts, ont montré qu'on pouvait faire reculer la majorité. Le travail du dimanche est reporté à des jours meilleurs (pour Sarkozy) et les lycéens ont acculé Darcos à annuler sa réforme mal discutée, mal préparée, mal expliquée.
Etre dans la rue, ce jeudi, c'est dire non au boulet-paquet fiscal, c'est refuser que l'Etat soutienne les banques sans qu'il ait son mot à dire sur l'utilisation de l'argent public, c'est protester contre le pouvoir d'achat qui baisse baisse et contre le chômage (boursier ou de circonstance) qui continue de s'aggraver. C'est faire savoir au pouvoir des Sarkozy-Fillon-Bertrand que les Français entrent en capacité de résistance. Ils seront des millions dans la rue. Il faudra bien en tenir compte.

26 janvier 2009

Victime d'un canular

Comme dirait mon ami Christophe Bonnevault, sur Internet, tout va très vite. Une source fiable m'ayant adressé la lettre d'une professeur soi-disant présente à la visite de Nicolas Sarkozy à Saint-Lô, je l'ai publiée sans prendre la précaution de vérifier la source…de ma source. Il se trouve qu'il s'agissait d'un canular. Le texte était vraisemblable d'où mon erreur et mes excuses à mes lecteurs. J'ai évidemment supprimé ce texte de mon blog. Et merci à Christophe Bonnevault pour sa vigilance et le talent qu'il manifeste pour humer les mauvaises blagues. Je ne peux pas affirmer qu'on ne m'y reprendra plus même si j'essaierai d'éviter une nouvelle mésaventure. Tout va si vite sur Internet. Parfois trop.

Quand on a des petits moyens on ne peut servir de grandes causes

J'étais prêt à attendre jusqu'à demain pour en parler mais je ne résiste pas au plaisir de vous faire part dès ce soir du comportement de Jean-Michel Baylet, le chef des radicaux de gauche. Il a regretté, aujourd'hui, avoir été éconduit «violemment» par François Bayrou, président du MODEM, à qui il proposait de faire liste commune lors des prochaines élections européennes. Le leader du MODEM, écartant d'un revers de main la proposition de discussion du responsable national du PRG, a mis en avant son indépendance et son « ni droite ni gauche » pour justifier son refus d'engager le dialogue avec des radicaux dont il n'a vraiment pas besoin eu égard au score (12-13 %) que lui accordent les sondages d'intentions de vote.
Baylet s'est rendu compte, ce jour, «qu'il y avait toujours eu des différences sensibles entre les chrétiens démocrates et les républicains laïques». Impayable Baylet. Il s'est même souvenu qu'il existait un Parti socialiste vers lequel il a décidé de se tourner pour grapiller quelques sièges. Il va proposer une rencontre à Martine Aubry qui, telle que je la connais, doit attendre Baylet comme on attend le Messie. Je plaisante évidemment.
J'ai eu, au cours de ma carrière, l'occasion de rencontrer M. Baylet, patron de presse et PDG de La Dépêche du Midi. C'était en 1994. Je défendais les intérêts des salariés de «La Dépêche» en règlement judiciaire devant le tribunal de commerce d'Evreux et mes faveurs allaient (naïvement) à la création d'une Coopérative ouvrière qui aurait permis aux salariés d'assumer eux-mêmes leur destin. M. Baylet fit une proposition de rachat jugée ridiculement basse financièrement comparée à celle de Philippe Hersant que je ne défendais pas, oh cela non ! Mais quand on a des petits moyens, on ne peut servir de grandes causes. Et Baylet repartit à Toulouse comme il était venu. Les mains vides.

Malek Boutih attend un appel de l'Elysée

Ne nous y trompons pas. Le discours «gauchi» de Nicolas Sarkozy devant les adhérents de l'UMP n'a qu'un but tactique : gêner encore un peu plus la Gauche et le Parti socialiste. Ne nous y trompons pas. Il va poursuivre sa politique de débauchage et il semble bien que des poissons sans vraie colonne vertébrale idéologique — et considéré finalement comme du menu fretin — soient prêts à se faire prendre dans les mailles du filet. Malek Boutih est mûr pour la trahison. Son interview donné au Parisien libéré est de ces textes volontairement excessifs écrits dans un seul but : plaire au prince qui nous gouverne. Gageons que le prince saura à qui il a affaire…
Tout y est : les clichés, les banalités, les agressions gratuites, l'attaque sur le passéisme (manque le musée d'Epinay) la volonté de nuire à Martine Aubry…Malek Boutih, dit-on, devait entrer dans le gouvernement lors du dernier remaniement mais sa proximité avec Julien Dray a empêché le pendule d'aller au bout de son mouvement. C'est dingue : les Fadela Amara (notre photo) les Malek Boutih, les potes d'SOS Racisme et de Ni putes ni soumises qui se réclamaient de la gauche sont tombés subitement à droite en découvrant les vertus du Sarkozysme. C'est du Besson tout craché avec son identité nationale, ses 26 000 reconduites à la frontière et son lapsus sur «l'invasion venue d'Afrique» : « Nicolas Sarkozy est l'homme de la situation. Je pense comme lui. » Où est le hic ? Sarkozy est de gauche ou Besson est de droite. Comme on connait le premier depuis 30 ans, on l'a jugé sur pièces et sur déclarations : Sarkozy n'est pas de gauche. Il singe la Gauche. Il marche sur les brisées de la Gauche. Jusqu'à quand ? Jusqu'où ? On aura un début de réponse jeudi. Les Français, dans la rue, lui diront qui il est, s'il ne le sait pas encore. Quant à Besson, il finira tôt ou tard, à la poubelle de l'histoire…

Tous à la manifestation du 29 janvier

Le Bel ébat est le lieu de rendez-vous de la manifestation de jeudi. (photo JCH)
Le pouvoir est inquiet. La journée du 29 janvier s'annonce, en effet, comme une journée de mobilisation qui va faire date. L'ensemble des organisations syndicales représentatives, la plupart des partis politiques de gauche dont le Parti socialiste, appellent à descendre dans la rue pour faire connaître son opposition à la politique économique et sociale conduite par le gouvernement Fillon-Sarkozy.
Les députés socialistes ouvriront la semaine de protestation par le dépôt d'une motion de censure, mardi, qui permettra d'expliquer en quoi un gouvernement de gauche pourrait proposer une autre politique.
La motion de censure n'a aucune chance d'être approuvée ce qui n'est pas grave. L'important est qu'elle soit discutée. La vraie censure du gouvernement, elle se produira jeudi dans les grandes villes de France où le mécontentement s'exprimera tranquillement mais avec la force de la conviction. Nicolas Sarkozy a eu l'impudence d'affirmer : « aujourd'hui, en France, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit. » Sachons lui prouver qu'il a tort de jouer les bravaches.
Dans l'Eure, le rendez-vous est fixé jeudi 29 janvier à Evreux à 14 heures, au Bel Ebat, non loin du magasin Cora.

25 janvier 2009

«L'opposition est là pour empêcher la majorité de faire trop de bêtises»

En invitant Claude Goasguen, député UMP de Paris, Roger Karoutchi, ministre des Relations avec le Parlement, Jean-Luc Mélenchon, sénateur (Parti de Gauche) et Arnaud Montebourg (député PS) Serge Moati savait qu'il allait «pourrir» son émission Ripostes de ce dimanche sur France 5. Goasguen et Karoutchi sont les caricatures du débat pseudo-démocratique. Quand ils entendent le mot Gauche, ils sortent leur révolver c'est-à-dire leur morgue, leur aversion, leur exécration de tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à la Gauche.

Que voulait Serge Moati ? Faire comprendre aux téléspectateurs pourquoi le groupe socialiste de l'Assemblée nationale a fait le siège du…fauteuil du président de l'Assemblée nationale, mardi dernier, et pourquoi les députés PS ont entonné La Marseillaise. La réponse est simple. L'opposition — on connait bien cela aussi à Louviers — n'a pas cent moyens à sa disposition pour s'opposer. Face à des majorités pléthoriques, l'opposition dispose de la parole et donc du temps de parole. Si on encadre (on limite) ce temps de parole, on prive la Gauche (notamment) d'un temps d'explication nécessaire pour que le pays à l'écoute comprenne ce qui se joue. Quand les députés PS déposent 200 fois le même amendement, ils n'ont pas l'intention de le discuter 200 fois. Ce qu'ils cherchent à faire, c'est à disposer d'un temps suffisamment long pour que les médias s'emparent de leur parole et la répercutent dans le pays. C'était ce qu'ils souhaitaient faire autour de l'article 13 de la loi organique sur le règlement intérieur de l'Assemblée nationale.

Est-ce satisfaisant ? Bien sûr que non. Cela prête le flanc à ce que la droite appelle une manœuvre d'obstruction alors qu'il ne s'agit que d'une volonté d'explication. D'ailleurs, quand elle était minoritaire, la droite a usé et abusé (légitimement) de ce droit d'amendement dévoyé. On se souvient de Christine Boutin tenant le micro et lisant la bible pendant cinq heures pour s'opposer à la discussion sur le PACS. Aujourd'hui, la droite avoue qu'elle s'est trompée, qu'elle est passée à côté d'une réforme plebiscitée par les Français. Mme Boutin avait raison de défendre son droit d'opposition même si elle avait tort sur le fond.

Mis sous pression par Jean-François Copé et Roger Karoutchi, Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée nationale et donc le président de la totalité des députés a admis avoir commis une erreur en ne respectant pas, mardi, l'opposition de gauche. Depuis il a adressé des propositions écrites à Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS, qui vont servir de base à une négociation engagée sous le signe du débat, du dialogue et non plus du coup de massue. Cela prouve une chose : l'attitude des députés PS a abouti à un changement d'attitude du président UMP de l'Assemblée. Comme le dit bien Arnaud Montebourg : « l'opposition est là pour empêcher la majorité de faire trop de bêtises. »Piétiner l'opposition démocratique, c'est prendre un risque : que le débat n'ait plus lieu dans les assemblées. Mais dans la rue.

Légende photo : On reconnait François Loncle, député PS de l'Eure, en veste bleue au premier rang, près du perchoir. (DR)

Une arête n'est rien à côté d'une couleuvre

Je n'ai pas l'habitude commenter les décisions du pape. Si j'étais l'une de ses ouailles, je me poserais des questions sur le sens de sa mission. Benoit XVI ne vient-il pas de réintégrer au sein de l'Eglise catholique les intégristes du célèbre Mgr Lefebvre et d'annuler l'acte d'excommunication qui concernait certains évêques, un acte assumé et signé par Jean-Paul II ? Vous me direz, en quoi cela nous regarde-t-il, nous, les laïques qui respectons la liberté de conscience, le choix individuel de chacun de croire ou ne pas croire.
Dans la mesure où l'un des quatre évêques réintégrés, Mgr Richard Williamson, a déclaré publiquement cette semaine que « 200 à 300 000 juifs étaient morts dans les camps de concentration mais pas dans les chambres à gaz », il est devenu une figure de proue des négationnistes. Et cette attitude nous concerne tous. Un ecclésiastique réécrit l'histoire de manière tendancieuse et immonde et en prime il est admis à nouveau à la table du père ! Il y a de quoi s'inquiéter pour le père, ses fils et ses filles et toute la famille. Mgr Vingt-trois, archevêque de Paris, assure que l'arête lui reste au travers de la gorge. Une arête n'est rien à côté d'une couleuvre !

Les embusqués de 14-18 n'étaient pas si nombreux qu'on le croit

Pour échapper à la mort et donc aux combats en première ligne, des Français en bonne santé, en âge de porter les armes, se sont dérobés. Ils ont, par piston, chance, argent, réussi à éviter les tranchées là où ont péri 1000 hommes par jour en moyenne durant la grande guerre. Cette histoire des embusqués, Charles Ridel, professeur agrégé d'histoire au lycée Senghor d'Evreux, est venue la narrer devant un auditoire nombreux, attentif, invité par la Société d'études diverses de Louviers et de sa région. Le fait que Bernard Bodinier et Claude Cornu soient tous deux des historiens de qualité a facilité la rencontre avec Charles Ridel, passionné par ses recherches et sa thèse de doctorat.
Evacuons les clichés. Les embusqués ne furent pas des centaines de milliers d'hommes. La rumeur, la délation, l'utilisation de ce thème par l'extrême droite (entre les deux guerres) ont laissé penser que trop de Français avaient échappé à leur devoir…Surtout quand la République affirmait que l'impôt du sang était versé par tous, à égalité. Des caricatures de l'époque désignaient l'embusqué sous les atours de grands bourgeois monoclés, magnifiquement apprêtés, ayant du succès auprès des femmes (ce qui était intolérable pour les poilus du front) couvert de fausses médailles et susceptibles grâce aux relations et aux moyens matériels de fuir la conscription.
Charles Ridel explique bien ce qu'est une conduite d'évitement ou un embusqué malgré lui. Il fallait évidemment des hommes, à l'arrière, pour assurer les besoins vitaux de l'armée en armes, en nourriture, en vêtements…l'économie de guerre ne fonctionnait pas avec les femmes seules. Il fallait des boulangers, des menuisiers, des ajusteurs, des ingénieurs, des camoufleurs…ils n'étaient pas des embusqués.
Pourtant, de 1915 à 1916, ce sujet préoccupa les gouvernements. Il ne fallait pas ruiner le moral des troupes quand les morts et les blessés n'étaient pas compensés par des avancées significatives sur le front donnant le sentiment d'une boucherie énorme et du peu de cas que faisaient les genéraux de la vie des soldats qui avaient conscience que la guerre serait longue : «Une polémique prit corps dans le pays et le gouvernement entreprit une chasse aux embusqués.»
Les résultats ne furent pas toujours à la hauteur des espoirs. Un chiffre fut avancé justifié par l'application de la loi Dalbiez : plus de 300 000 Français auraient pu, auraient dû être sous l'uniforme face à l'ennemi et ils n'y étaient pas. Pourquoi ? De tous temps, sous toutes les latitudes, quelles que soient les époques, les planqués et les embusqués existèrent. Relativement. Charles Ridel nous apprit avec un certain sourire que l'artilleur lourd était un embusqué pour l'artilleur des canons de 70 (plus proche du front) lui-même embusqué pour l'artilleur sur le front lui-même…tout est relatif.
En 1917, la polémique n'était pas éteinte même si elle avait moins de vigueur. Clémenceau, devenu président du Conseil, se fit un devoir de chasser l'embusqué pour ne pas déprimer le poilu. Et Charles Ridel de nous conter par le menu les techniques d'embusquage utilisées par ceux qui, après deux ou trois ans dans les zones de combat, jugeaient qu'ils avaient assez fait pour la patrie. Le cas de Fernand Léger, artiste peintre, est remarquable. Cet homme, brancardier courageux, a passé trois années à frôler la mort et la souffrance. Que de lettres, que d'actions pour aller dans la section camouflage qui comprenait 5000 artistes peintres comme lui. Mais Fernand Léger, provincial, n'avait pas le bon filon ni les bonnes relations. Toutes ses tentatives pour aller à l'arrière échouèrent. Ajoutons que son galeriste d'avant-guerre n'était autre que M. Kahnweiler, un Allemand de Paris, expulsé de France, et protecteur de Picasso, Van Dongen etc…
Le fait est que le thème des embusqués fut à l'origine de campagnes de diffamation menées par l'extrême droite contre Léon Blum ou Roger Salengro. Ce dernier, en 1936, victime de calomnies, se donna la mort alors que jamais il n'avait fauté ni manqué à son devoir. « Il fut même un prisonnier rebelle pas facile pour les Allemands. » précise Charles Ridel. Et nous n'étions alors qu'à trois années du début de la seconde guerre mondiale qui allait faire connaître à la France d'autres formes de délation et aussi, heureusement, de résistance.

Les auditeurs de la SED et les lecteurs de ce blog intéressés par l'histoire des embusqués peuvent acquérir le livre écrit par Charles Ridel. « Les Embusqués », préface de Stéphane Audoin-Rouzeau, éditions Armand Colin.