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Larissa Cain et Claude Cornu. ©JCH |
La destruction des juifs d’Europe
fut un des pires moments de l’histoire humaine. Jamais une politique, un
gouvernement, une armée, une industrie, ne se mirent à ce point à l’unisson
pour faire disparaître de notre continent des hommes, des femmes, des enfants
de tous âges et de toutes conditions uniquement parce qu’ils étaient juifs.
Dès 1933 et la prise pouvoir
d’Hitler en Allemagne, les juifs étaient en danger. Le livre écrit par Hitler «
Mein Kampf » dans les années vingt
annonçait la douleur. L’ennemi juré serait le juif qu’il faudrait exterminer !
Larrisa Cain, invitée ce
samedi par la société d’études diverses de Louviers, jeune juive du ghetto de
Varsovie, demeure un témoin survivant de ces années noires. A l’occasion du 75e
anniversaire de la libération des camps, Jean-Pierre Binay et Claude Cornu
souhaitaient inscrire au calendrier un événement relatif à cette période. Ils
ont été entendus puisque la salle Pierre Mendès France s’est avérée bien exiguë
pour accueillir le public intéressé par le témoignage de Mme Cain. Un témoignage
émouvant, parsemé d’anecdotes et de souvenirs encore très présents dans sa mémoire
et écoutés dans un silence religieux par les dizaines de Lovériens (ou non) intéressés.
« J’avais 10 ans quand on m’a extrait du ghetto et je
ne savais pas où aller. » Perte des
parents, perte de repères, souffrances physiques (la faim) psychologiques,
affectives, Larissa Cain raconte comment « la chance » qui l’a accompagnée a
fait d’elle une femme debout, auteure de plusieurs livres. Comment elle a trouvé
en la France sa nouvelle patrie, sa nouvelle langue et son nouvel avenir. Au
passage elle aura été accueillie par des Polonais courageux risquant la mort
pour oser abriter des juifs et des juives et devenus des « justes parmi les
nations » avec leur nom inscrit sur le monument de Yad Vashem (1) en Israël. Grâce
à Internet, une famille polonaise a même retrouvé la trace de Larissa Cain.
Avec émotion, elle raconte comment, aujourd’hui encore, elle fréquente cette
famille devenue « sa famille polonaise. »
Mon but n’est pas de revenir
en détail sur l’histoire du ghetto de Varsovie. Sachons qu’il se composait de
deux quartiers, peuplés de 400 000 personnes, où la faim, la terreur, la mort régnaient
en maîtres. Ici comme ailleurs dans le gouvernement général (2), les Nazis
voulaient faire disparaître toute trace de la race dite inférieure. En avril
1943, à la suite d’un patient travail de collecte et une organisation secrète,
des armes sont entrées dans le ghetto permettant une insurrection — vouée à l’échec
contre des forces bien supérieures — mais qui dura tout de même 27 jours et
permit à quelques dizaines de combattants de fuir (par les égouts notamment) et
de continuer le combat dans la résistance. L’autre insurrection à Varsovie eut
lieu en août 1944. Elle fut l’œuvre de cette résistance polonaise qui crut, naïvement,
à l’assistance de l’armée soviétique laquelle n’avança pas d’un mètre pour lui
venir en aide.
Bien des questions ont été
posées à Mme Larissa Cain. Elle y répondit méthodiquement faisant de cette conférence
un moment privilégié pour celles et ceux qui ont eu le bonheur de partager cet
intense moment d’une mémoire dont on souhaite que la flamme brûle encore très longtemps.
(1)
Mémorial vivant
du peuple juif en souvenir de la Shoah, Yad
Vashem œuvre à préserver la mémoire du passé et à lui donner un sens pour
les générations à venir.
(2)
La Pologne a été
divisée en trois dès 1939. La partie orientale pour les soviétiques, la partie
occidentale pour les Allemands, la partie centrale étant appelée Gouvernement général de Pologne (en allemand :
Generalgouvernement Polen, Generalna Gubernia pour les Polonais) une entité
administrative mise en place sur une partie du territoire, contrôlée – mais non
incorporée – par le Troisième Reich selon le décret signé par Hitler le 12
octobre 1939.
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